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Heavy Stoner Rock International

Stonus : energy vs vibrations [Interview]

Pionnier devenu pilier de la scène Stoner chypriote, STONUS trace un chemin semé d’embûches et de coups de sort surtout liés aux aléas du monde, sans jamais se résigner. Bien au contraire, le quintet semble même y puiser sa force et son énergie. D’ailleurs, chez Ripple Music, on ne s’y est pas trompé et le nouvel album « Space To Dive » sort sur le légendaire label californien. Et cela ne doit rien au hasard, car les îliens ont pris du volume et de la hauteur et leur Heavy Stoner Rock présente des compositions très aboutis et parfaitement mises en valeurs par une production aussi massive que soignée. Nikolas Frangoulis, guitariste et principal compositeur de la formation méditerranéenne revient sur une épopée pas si commune…

– Avant de parler de « Space To Dive », j’aimerais qu’on revienne sur votre parcours. « Aphasia », votre premier album, était sorti aux premiers jours du confinement et vous n’aviez évidemment pas pu le défendre sur scène. Pourtant, vous étiez revenus rapidement avec « Séances », un bel EP. C’est presque un acte de bravoure de résister à de tels débuts, non ?

Oui, on dirait que le timing a toujours été mauvais pour la sortie de nos albums… (Sourires) Comme tu l’as dit, « Aphasia » est sorti en pleine pandémie de Covid, ce qui nous a freinés et forcés à annuler notre première tournée européenne. On se sentait dans une impasse et on avait besoin d’extérioriser tout ça. C’est ainsi qu’est né « Séance ». Mais bon, même notre nouvel album est sorti alors que le monde est au bord de la Troisième Guerre mondiale… (Sourires) Le prochain, on aura peut-être le droit à une invasion extraterrestre, qui sait ! (Rires)

– STONUS est donc resté fidèle à sa première idée, malgré les turbulences. Est-ce que, finalement, « Space To Dive », n’apparaît pas comme votre véritable entrée sur la scène Stoner européenne, tout en étant forts d’une déjà belle expérience d’une dizaine d’années ?

Tu as tout à fait raison ! « Aphasia » était comme notre porte d’entrée sur la scène musicale, une façon de dire : « Salut tout le monde, on est là, un petit groupe de Chypre ! » Evidemment, les tournées de ces dernières années et les rencontres avec tant de musiciens formidables nous ont permis de mieux nous comprendre et de nous exprimer avec une plus grande liberté artistique. C’est pourquoi « Space To Dive » est comme une invitation à découvrir notre moi profond. Cet album est le reflet de qui nous sommes.

– Entre l’EP et ce nouvel album, vous avez également sorti un live, « Live In Zen », ce qui peut paraître rapide dans une si courte discographie. Etait-ce aussi une réponse à tous ceux qui n’avaient pas pu vous voir en concert durant la période de pandémie, et ainsi confirmer que vous êtes redoutables sur scène ?

Oui, « Live In Zen » devait répondre à deux objectifs principaux. Le premier était de permettre au public de ressentir notre énergie et notre performance live depuis chez lui. Nous sommes conscients des difficultés liées aux tournées et à la nécessité de toucher un large public à travers le monde. Nous avons tous un emploi à temps plein, il nous fallait donc trouver un moyen de communiquer avec le plus grand nombre de personnes possible. Le second objectif était une collaboration avec Ouga Bouga Records et travailler en étroite collaboration avec le groupe 1000mods, car partir en tournée avec eux était un rêve pour nous.

– STONUS a toujours revendiqué ses origines méditerranéennes et cela s’entend d’ailleurs dans certaines sonorités. Est-ce que c’est votre désert de Mojave à vous ? Un repère autant qu’une influence essentielle pour vous et garante d’une approche vraiment spécifique ?

Chypre est l’un des endroits les plus isolés et les plus chauds de la Méditerranée. L’île arbore un paysage désertique pendant la moitié de l’année, du fait de sa proximité avec l’Afrique et le Moyen-Orient. C’est un paradis multiculturel et nous sommes fiers d’y être nés. On pourrait donc comparer l’environnement du désert de Mojave à celui de Chypre, en effet, avec de vastes étendues de sable, un soleil brûlant et une épaisse brume humide. C’est donc tout naturellement que nous sommes attirés par cette sonorité désertique. Elle correspond à notre environnement et nous espérons pouvoir transmettre cette énergie à l’auditeur.

– Parlons de « Space To Dive », qui marque une nouvelle étape dans votre parcours. Musicalement, bien sûr, mais pas seulement, car nous arrivez chez Ripple Music, après des débuts chez Electric Valley Records et Daredevil Records. Cela marque aussi une certaine ascension. Est-ce que vous le prenez comme une reconnaissance aussi de votre travail, sans dénigrer vos précédents labels évidemment, qui restent également des références ?

Nous sommes convaincus que cet album marquera une étape importante dans notre carrière et nous avons toujours rêvé de signer avec un label américain, et surtout un label aussi légendaire, puis de partir en tournée aux Etats-Unis. Bien sûr, nous sommes également extrêmement reconnaissants envers Marco (Electric Valley Records) et Jochen (Daredevil Records). C’est grâce à eux que nous avons pu faire connaître notre musique, ce qui aurait été quasiment impossible sans eux. Alors oui, signer avec un label plus important peut sembler une petite reconnaissance de notre travail, mais l’avenir nous le dira ! (Sourires)

– Pourtant, même s’il y a ce changements de label, couplé à un album très abouti, vous conservez toujours ce côté DIY, qui reste presque une marque de fabrique chez STONUS. C’est important pour vous de garder un pied dans cette démarche indépendante ?

L’esprit DIY, ce ‘Do It Yourself’, est ce qui nous a permis d’en arriver là et il est au cœur de notre état d’esprit. En effet, nos débuts en tant que groupe ont été difficiles. A Chypre, la scène Rock était moribonde à nos débuts et les occasions de jouer étaient rares. Il ne nous restait donc qu’une seule option : prendre notre destin en main. Nous avons commencé à organiser nos propres concerts, nos propres festivals, nos propres EP et même à programmer des concerts et des festivals à l’étranger. Nous sommes l’un des rares groupes de l’île à tourner régulièrement et nous sommes devenus de véritables ambassadeurs de la scène Heavy Rock chypriote. De plus, cette expérience s’est avérée essentielle pour guider d’autres groupes locaux et les aider à faire connaître leur musique.

– Pour « Space To Dive », vous avez développé un concept qui s’inspire du champ torique qui, pour faire court, est le croisement et l’assimilation entre diverses énergies et vibrations. Comment cela s’est-il développé au départ dans la composition des morceaux ? Est-ce que le but premier a été de leur donner une couleur claire et précise ?

En tant que compositeur principal, j’ai écrit cet album pendant mon doctorat. Un événement précis a donné une cohérence à l’ensemble du projet. En effet, tout ce qui nous entoure dépend de ces ‘vibrations environnementales’ et évolue en fonction de celles-ci. Ce fut l’union de la science et de la musique, un point crucial à mes yeux, car il prouve que la musique peut influencer les émotions et même certains processus. Elle peut avoir un impact physique sur l’auditeur ! L’idée maîtresse était de canaliser nos sentiments à travers les vibrations musicales et, simultanément, de montrer au monde que nos pensées peuvent avoir un impact réel et influencer le cours des événements.

– Ce nouvel album est direct avec des riffs très épais, un chant aussi très appuyé et des mélodies peut-être plus soutenues cette fois. « Space To Dive » contient aussi de nombreux passages aériens aux allures de jam. Est-ce que l’objectif était de laisser respirer au maximum ces nouveaux morceaux ? C’est l’impression que l’album donne…

L’album a été conçu en tenant compte du champ toroïdal. Pour canaliser les fréquences adéquates, nous avons dû travailler avec les émotions véhiculées par la musique. Nous avons expérimenté différents modes et signatures rythmiques, sans tomber dans la complexité, en nous connectant plutôt à leur essence. Par exemple, une mesure à 6/6 peut sembler plus fluide, plus intense. Il en va de même pour les ambiances : certaines peuvent susciter la joie, d’autres la nostalgie, d’autres encore la mélancolie. Nous avons cherché à comprendre ce langage et à l’utiliser comme un outil. Ainsi, chaque morceau s’est développé grâce à sa propre énergie, puisant dans le message universel qui a imprégné notre subconscient.

– Les titres sont globalement assez compacts, même si d’autres s’étalent un peu plus en longueur comme « Tangerine » et « Berlin » qui ouvre l’album. Vu le concept, on pouvait s’attendre à de plus grandes plages instrumentales. Est-ce que vous avez eu un peu peur de vous perdre sur des morceaux trop longs, et ainsi favoriser plutôt l’efficacité et l’impact ?

Comme tu le mentionnais, même si de nombreuses chansons durent moins de cinq minutes, elles conservent une belle aération. Je pense que cela tient à une approche de composition plus réfléchie que pour nos précédents travaux. Nous souhaitions respecter les besoins de chaque morceau, et nous devons cela en partie à John S.A., qui nous a apporté son aide précieuse à la production grâce à son immense expérience et à ses connaissances approfondies. L’idée était de n’utiliser que des éléments essentiels. En revanche, certaines chansons comme « Berlin » et « Tangerine » nécessitaient d’être plus longues pour que leur message ait un impact plus fort.

– Enfin, un mot sur la production, car « Space To Dive » rivalise largement avec les meilleures réalisations actuelles. Est-ce que vous avez composé l’album en vous disant que le mix et le mastering seraient aussi des étapes très importantes pour un rendu très réussi et en restant personnel aussi ?

C’est là que le destin s’en est mêlé. De nombreux paramètres sont entrés en jeu, mais une chose est sûre : nous avons cru en cet album de tout notre cœur dès le premier instant. John S.A. venait de quitter 1000mods pour se consacrer pleinement à la production et à l’enregistrement. Nous avions déjà travaillé dans son studio, mais avec son ingénieur du son de l’époque. Cette fois-ci, il est resté avec nous pendant deux semaines et s’est investi corps et âme, ce dont nous sommes extrêmement reconnaissants. Après le mixage, les morceaux ont commencé à sonner énormes ! (Sourires) Le son était tellement puissant que je me suis dit : « Tant pis, je vais les envoyer à Howie Weinberg, qui a masterisé Nirvana, Metallica, Deftones et bien d’autres ! » (Rires) Sa réponse nous a tout simplement époustouflés, et à partir de là, tout était possible. En termes de personnalisation, John et Howie sont tous deux très attentifs aux besoins d’un groupe. Ils veulent s’imprégner de notre style et de notre personnalité, ce qui est primordial, surtout pour un album aussi personnel. Toutes les réponses se trouvent sur le disque, alors n’ayez pas peur de plonger dans cet espace intérieur ! (Sourires)

le nouvel album de STONUS, « Space To Dive », est disponible chez Ripple Music.

Retrouvez aussi la chronique dur EP « Séance » :