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Thrash Metal

Kamala : la force du karma

Chez KAMALA, ça tabasse en règle et minutieusement et ça fait même 20 ans que ça dure ! Le trio brésilien sort son sixième opus studio (en plus d’un Live enregistré en France) et paraît avoir atteint la totale plénitude de son jeu. Avec « Karma », le combo conjugue vélocité, puissance et mélodie dans un juste équilibre très racé.

KAMALA

« Karma »

(M&O Music)

Cela fait maintenant deux décennies que KAMALA diffuse son Thrash Metal depuis Campinas au Brésil. D’une fraîche sauvagerie, la musique du combo s’affine au fil du temps forcément, mais aussi et surtout au gré des multiples changements de line-up. Il semblerait que son créateur, le guitariste et chanteur Raphael Olmos, soit en quête perpétuelle d’excellence, ce qu’on ne saurait lui reprocher.

Sur ce très bon sixième album, le frontman est entouré du bassiste Zé Cantelli et de la batteuse Isabela Moraes, tous deux rompus à l’exercice et d’une redoutable efficacité. Il faut bien avouer que la Brésilienne avoine sévère derrière ses fûts et non sans un groove certain, faisant corps avec des lignes de basse imparables. KAMALA montre les crocs et sort une fois encore l’artillerie lourde.

Sur des riffs acérés et agressifs, le power trio avance à toute allure dans un registre qui prend racine dans les 90’s et qui n’est d’ailleurs pas si éloigné de ses aînés et compatriotes Sepultura à leurs débuts. Cela dit, les Sud-Américains se démarquent grâce à une belle touche de modernité et « Karma » dispose également d’une production massive, qui élève aujourd’hui KAMALA dans la hiérarchie Thrash Metal.

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Thrash Metal

Praetor : bulldozor

Un pied en Lorraine et l’autre dans le Duché de Luxembourg, PRAETOR est solidement ancré dans un Thrash Metal percutant et sans détour. Rageur, le combo se montre facile dans un exercice très maîtrisé pour un premier album. Bien aidé par une riffeuse et soliste hors-pair, l’unité affichée se montre fracassante et très prometteuse. 

PRAETOR

« Praetor »

(Metal East Productions)

Forcément pour avoir œuvré dans des Tribute Bands dédiés à Metallica, Sepultura et Pantera, les influences de PRAETOR sur ce premier album éponyme sont manifestes. Et on ne va pas s’en plaindre ! Bien au contraire, les Franco-Luxembourgeois sont parvenus à élaborer un mix vraiment convaincant à travers des compositions musclées, efficaces et rentre-dedans.

Avec des tonalités Old School et directement marqué par l’héritage de la Bay Area, le quatuor a des arguments que les puristes de Thrash Metal trouveront familiers et addictifs. Composé d’Hugo Centero (guiatre, chant), Alex Guignard (batterie), Sébastien Gouttes (basse) et Noémie Bourgois (guitare), PRAETOR envoie du bois avec un savoir-faire de vieux briscards.

Ce premier effort présente une production puissante et massive, où les dix morceaux se libèrent dans un registre à la fois rugueux et sans concession. Véloce et groovy, le style de PRAETOR se détache rapidement de ses modèles avec des titres agressifs et mélodiques (« No Return », « Enemy », « Dormant Brain », « Screens », « Distant Road »). Une belle et grosse claque !

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Doom France Sludge

Seum : montée en puissance [Interview]

Porteur d’un Doom’N’Bass massif et puissant depuis ses débuts, SEUM a étoffé son répertoire à vitesse grand V depuis que le trio français a posé le pied à Montréal. Et depuis sa nouvelle terre d’accueil, le groupe effectue une montée en puissance assez phénoménale, qui se traduit par de nombreuses sorties discographiques en un laps de temps record. De quoi avoir la banane ! Alors que le virulent combo sort son nouvel album, « Double Double », l’occasion était trop belle pour s’entretenir une nouvelle fois avec Piotr (basse), Gaspard (chant) et Fred (batterie) que Rock’n Force suit depuis leurs débuts dans la Belle Province.

Photo : Alban Soto

– Avant de parler de « Double Double », j’aimerais que l’on revienne sur ces derniers mois où vous avez enfin pu enchaîner les concerts avec également quelques dates en France. J’imagine qu’après la période pénible de vos débuts avec la pandémie, vous commencez à trouver vos marques et à vous éclater…

Piotr: Effectivement, lorsque Gaspard, Fred et moi avons monté SEUM, on était en pleine période de Covid et on passait le plus clair de notre temps en studio. Lorsque les mesures ont commencé à s’assouplir à l’été 2021, on s’est empressé de faire découvrir notre musique en concert. Je crois même que nous avons été les premiers à organiser un concert Metal à Montréal en Juillet 2021 après le déconfinement – concert encore pirate à l’époque – c’est dire si on était motivé ! Depuis, on a enchaîné les shows sur Montréal et ses alentours et on est même venu en France faire la première partie d’ASG à Paris et quelques autres dates dans la foulée. Après avoir connu des débuts difficiles, on essaye d’en profiter au maximum.

– Avec le recul que vous avez aujourd’hui, quel premier bilan dressez-vous de votre expatriation au Québec ? La différence avec la France est-elle vraiment notable ? Les choses se font-elles plus facilement là-bas ?

Piotr : Le bilan est globalement très positif. Ça fait déjà plus de cinq ans que nous sommes là et nous avons trouvé nos marques dans nos vies quotidiennes et musicales. Malgré la langue commune, il y a des différences culturelles avec la France. On est en Amérique du Nord, un continent où la débrouille et l’entreprenariat sont très encouragés. Je pense que ça nous a influencé et nous a poussé à traiter le groupe plus sérieusement. On a investi dans notre propre matériel d’enregistrement, on produit nos disques, on organise nos concerts et nos tournées. J’ai l’impression qu’on était un peu plus passifs avec les groupes qu’on avait précédemment en France. C’est dû au changement de culture, mais aussi à l’expérience, car on est plus vieux. En revanche, je ne veux pas te faire un portrait idyllique, non plus. Pour les concerts par exemple, c’est plus facile de les organiser au Canada. Par contre, tu te débrouilles tout seul, la salle ne fait que te prêter ses locaux. En France, tu peux généralement compter sur un repas chaud, à boire et si tu as fait de la route, tu auras aussi un endroit où dormir. Ce sont deux réalités différentes avec leurs avantages et leurs inconvénients.

Gaspard : Il y a effectivement des différences entre la France et le Canada. Je dirais qu’ici rien n’arrive tout seul. Il faut en quelque sorte être l’artisan de son propre bonheur, personne ne va venir te prendre par la main. Je pense que c’est ce qu’on fait avec SEUM. On fait tout nous-mêmes, ce qui demande pas mal de temps, mais on prend beaucoup de plaisir à travailler ensemble notre musique ! Les longs hivers te donnent vraiment l’occasion de créer. Pour le côté personnel, je dirais que le Canada m’a permis d’évoluer professionnellement. J’ai enfin pu accéder à mon job de rêve : brasseur. Il faut savoir que la bière, comme la musique, est une de mes passions. Si je dois faire le bilan, je dirais que c’est positif.

Fred : Je ne m’attendais pas à autant de différence entre le Québec et la France ! On a une langue commune mais, culturellement, c’est un monde différent, en tout cas pour moi. En termes de mentalité, ça me rappelle beaucoup plus les Etats-Unis. C’est très dynamique, les choses évoluent rapidement et on a l’impression qu’il y a tout à faire. C’est un vrai paradis si tu es un peu entrepreneur et que tu veux créer quelque chose de nouveau. C’est vrai aussi pour SEUM : on s’est bâtit notre communauté tout en découvrant ce pays, un gros challenge, mais très gratifiant.

Photo : Mouad El Ykb

– Depuis vos débuts au Québec, SEUM s’est montré très actif avec le premier EP « Summer Of Seum », un split avec Fatima, suivi de l’album « Winterized », puis le « Live At The Seum Cave » et enfin « Blueberry Cash ». C’est assez surprenant une telle production en si peu de temps…

Piotr : C’est vrai qu’avec le recul, on n’a pas chômé ces dernières années. C’est dû à plusieurs choses : on a d’abord été coincé en studio avec le Covid et on avait que ça à faire que d’enregistrer ! Mais aussi, on a très vite voulu être indépendants, on s’est donc trouvé un local à nous et on a acheté du matériel pour pouvoir s’enregistrer nous-mêmes. Et puis Fred a de bonnes notions en enregistrement et mixage (en dehors de SEUM, il a mixé le dernier album de Fatima, « Fossil », par exemple). Tout ça nous a permis de pouvoir enregistrer beaucoup plus rapidement que si on avait dû aller en studio. Et puis, je ne te cache pas qu’on adore ça. Chaque projet est l’occasion de tester de nouvelles méthodes d’enregistrement, un nouveau son, de collaborer avec des gens de l’extérieur, que ce soit Greg Dawson pour « Blueberry Cash » ou John Golden pour « Double Double ».

– Et donc, vous revoilà déjà avec « Double Double », un album assez court et ramassé, mais qui tabasse une fois encore ! Vous composez très vite, ou est-ce que vous aviez déjà des morceaux de côté ?

Piotr : Un peu des deux, en fait. La majeure partie de « Double Double » a été composée très rapidement à l’hiver 2021, mais on a ensuite passé une bonne partie de 2022 à peaufiner les titres. Jusqu’à présent, on a toujours découpé notre processus de composition en deux étapes : je maquette d’abord les titres dans mon coin de manière à avoir un squelette des morceaux avec des batteries programmées, puis on rebosse avec l’ensemble en groupe. On retouche les structures, Fred s’approprie les batteries et Gaspard ajoute le chant. Le but étant d’obtenir à la fin des morceaux catchy qui sonnent presque ‘évidents’, mais c’est un long chemin pour arriver à un résultat qui nous convienne. L’avantage de cette manière de travailler, c’est aussi de pouvoir réfléchir les projets dans leur ensemble en amont, qu’ils ne soient pas qu’un enchaînement de titres. Sur « Double Double », encore plus que sur « Winterized », on a voulu que l’album puisse s’écouter à la suite et on a donc composé les titres en conséquence.

Photo : Mouad El Ykb

– Dites-moi si je me trompe, mais ce deuxième album sonne assez Punk dans l’énergie déployée et dans le chant notamment. Est-ce à dire que vous êtes en train de faire bouger les lignes ? De passer d’un Sludge Doom à un registre plus rapide ?

Piotr : L’album est définitivement plus direct et plus Punk. Si « Winterized », composé en plein confinement, était lourd et oppressant, « Double Double » lui est extraverti et énergique. Les nombreux concerts qu’on a donnés et les réactions du public ont eu une influence sur les morceaux. Par contre, ce n’est pas un virage définitif. On admire beaucoup des groupes comme Boris ou les Melvins qui, bien que liés à la scène Metal et Sludge, sont complètement imprévisibles d’un projet à l’autre. Et un virage à 180 degrés pour le prochain projet n’est pas impossible…! (Sourires)

– Est-ce que le fait d’ouvrir le groupe en faisant produire vos morceaux par quelqu’un comme John Golden vous a fait prendre conscience de nouvelles possibilités, d’ouverture et peut-être de champ d’action que vous n’aviez pas pensé explorer jusqu’à présent ?

Piotr : La collaboration avec John Golden est née d’un besoin, mais aussi d’une envie des fans que nous-sommes, associer notre ‘petit’ groupe à l’ingé-son qui a masterisé des groupes aussi légendaires que les Melvins, Sleep, OM, Weedeater, Sonic Youth, Soundgarden et j’en passe… C’est un sacré kiff ! Je pense que la grosse révélation de cette collaboration est qu’on s’est rendu compte que le mastering est une étape essentielle de la production. Elle ouvre la porte à des sons qu’on n’aurait pas imaginé obtenir pour les productions à venir.
Fred : John a vraiment fait un travail incroyable sur notre album et en un temps record. Quel talent ! Cela m’a aussi permis de gagner du temps au mixage, car je savais que le mastering était entre de bonnes mains. Typiquement, cela me prend beaucoup de temps d’écouter le mix sur plein de systèmes différents (écouteurs, enceintes, voiture, …) pour être sûr que le tout est bien équilibré. Mais John sait faire ça plus efficacement avec toute l’expérience acquise et son studio dédié.

Photo : Mouad El Ykb

– « Double Double » bénéficie donc d’une production beaucoup plus soignée et peut-être même plus ‘ronde’. Qu’est-ce qui a changé à ce niveau-là ? Vous aviez besoin de faire évoluer votre son ?

Fred : Sur cet album, le processus d’enregistrement était assez proche de « Winterized », si ce n’est qu’on a changé l’ampli basse pour un bon gros Orange. Ce qui fait la grosse différence, c’est d’avoir fait appel à John Golden pour le mastering, comme on le disait plus haut. Pour lui laisser le plus de possibilités, j’ai mis très peu de compression sur mon mix. La compression est une étape super importante pour obtenir un gros son, mais si c’est mal fait, on perd en dynamique et en clarté… Avec John aux manettes, on savait qu’il nous ferait un master dynamique et impactant, tout en gardant une bonne épaisseur. Grâce à son expertise, il a su aussi corriger tous les petits défauts d’équilibrage de fréquence pour que l’écoute ne soit pas fatigante et que tous instruments restent lisibles. Comme tu dis, le rendu est donc plus soigné, un vrai step en qualité pour nous.

– Cette nouvelle production amène aussi beaucoup de groove à votre jeu. J’ai l’impression que cette étiquette ‘Doom’N’Bass’ prend enfin toute son ampleur. C’est aussi votre avis ?

Piotr : L’étiquette Doom’N’Bass est née spontanément lorsqu’on a commencé le groupe et elle vit sa propre vie depuis. (Sourires) Elle décrit finalement assez bien notre son et elle se révèle encore plus sur « Double Double ».

Fred : Pour moi, cet album est plus varié dans les ambiances… Parfois quasiment Punk, parfois plus Rock, mais toujours Sludge… On varie davantage notre répertoire avec des morceaux qui prennent leur temps comme « Seum Noir » et des rafales comme « Dollarama ». C’est peut être ça le groove, quand il y a du contraste ! Surtout en opposition avec l’approche Doom Metal classique où les morceaux sont dans la lourdeur monolithique… Ce que l’on fait sur le morceau éponyme d’ailleurs, mais on n’abuse pas de cette carte, pour que l’auditeur ait envie de rejouer l’album encore et encore.

Photo : Alban Soto

– Maintenant que vous avez un répertoire conséquent, quel est le programme ? Est-ce que vous envisagez de multiplier les concerts, d’éventuellement aller vous produire en dehors du Canada ? Ou d’aller voir à l’Ouest aussi, car le pays est grand…

Piotr : Après Montréal et la France, on a effectivement décidé d’élargir notre champ d’action. Nous ferons nos premiers concerts aux Etats-Unis début avril et nous enchaînerons aussi sur une tournée en Ontario avec des concerts, entre autres, à Toronto et Ottawa début mai. On a hâte de partager notre musique avec ce nouveau public !

– J’aimerais aussi que vous nous parliez du visuel, qui a une part importante chez SEUM. Là encore, vous avez fait fort. Avec qui avez-vous travaillé et comment se passent toutes ces collaborations, qui sont toujours très étroites entre vous et les autres artistes ?

Piotr : Ravi que la pochette de « Double Double » te plaise, on l’aime beaucoup aussi ! Elle a tendance à diviser ce qui était dans nos intentions. On voulait un visuel atypique pour du Metal, qui puisse aussi bien correspondre à du Punk, de la Pop ou n’importe quel autre style de musique. On a la chance d’avoir pas mal de dessinateurs et d’artistes dans notre entourage, on aime aussi partir à la découverte d’artistes méconnus, comme ce fut le cas pour Fadzee, le dessinateur malaysien qui a fait la pochette de « Blueberry Cash ». Dans le cas de « Double Double »,  on a collaboré avec un ami, Gorka Uztarroz, qui avait déjà fait la pochette de notre split avec Fatima. On est arrivé avec le titre de l’album et quelques propositions de concepts  qui, avec le recul, n’étaient pas vraiment terribles. On avait en référence la pochette de « Houdini » des Melvins. Gorka nous a poliment écouté et est revenu avec sa propre proposition, un personnage au visage ‘double’, qui nous a immédiatement convaincu. On a ensuite itéré autour du concept avec d’abord l’idée d’intégrer des vrais bâtiments caractéristiques de Montréal, puis d’avoir des sets de couleurs différentes suivant les versions : orange pour le digipack, vert pour le vinyle et enfin faire que ces deux versions se répondent (l’album sur le Billboard au verso de la version digipack est la version vinyle et vice-versa), etc… On trouve que l’identité visuelle d’un album est importante et on y investit autant de temps et d’efforts que dans la musique.

– Enfin, vous êtes toujours fidèles à une confection et une conception DIY de votre musique. Est-ce que le travail avec John Golden vous a donné des envies de signature sur un label, par exemple, ou l’idée n’a pas encore fait son chemin ?

Piotr : Tu n’es pas le premier à nous le demander. Tout faire en indépendant nous permet de prendre des décisions atypiques et d’être à 100% aux commandes du groupe. La pochette de « Double Double » en est un exemple, mais il y a d’autres cas. Pour promouvoir l’album, on a passé des nuits à parcourir Montréal et peindre des pochoirs SEUM aux quatre coins de la ville. On a ensuite organisé un concours pour nos fans consistant à prendre les pochoirs en photo et les partager sur leurs réseaux sociaux pour, finalement, récompenser ceux qui en auraient trouvé le plus. Pas sûr qu’un label nous aurait suivi sur une idée aussi loufoque ! Mais on n’est pas fermés à l’idée d’un label sur le principe, il faudrait rencontrer une équipe de gens aussi tordus que nous. Ce n’est pas une mauvaise manière de conclure l’interview d’ailleurs : vous avez un label ? Vous aimez faire tout le contraire de ce qu’il faudrait faire ? Contactez-nous !

Retrouvez SEUM sur son Bandcamp : https://seumtheband.bandcamp.com/

Et SEUM sur Rock’n Force, ça fait aussi un moment que ça dure !

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Doom Extrême Metal

Misanthrope : loin du déclin

Après 34 ans au service du Metal extrême hexagonal, MISANTHROPE n’en finit pas de choyer ses fans. En allant piocher dans ses premiers pas musicaux et dans les albums s’étalant sur la période allant de « Hater Of Mankind » à « Visionnaire », le combo nous plonge dans une certaine nostalgie, pourtant vite oubliée grâce à un travail de réécriture, de réarrangement et de production remarquable.

MISANTHROPE

« Les Déclinistes »

(Holy Records)

Offrir un simple Best Of à des fans fidèles depuis 34 ans maintenant ? Pas vraiment le genre de MISANTHROPE ! Non, le groupe a vu les choses en grand et s’est attelé à un long travail durant sept années avec un objectif bien précis en tête et surtout très attendu par ses admirateurs. S.A.S. de l’Argilière et ses compagnons ont décidé de jeter un œil dans le rétroviseur et les bâtisseurs se sont donc mis à l’ouvrage.

Avec Frédéric Gervais aux manettes pour le mix et le master, le quatuor a décidé de réarranger et de réenregistrer une grande partie de son répertoire devenue des classiques. Entièrement chantés en français pour la première fois pour certains titres, MISANTHROPE revisite avec une production très actuelle ses premières démos et parcourt ses albums parus entre 1990 et 1997 avec un regard neuf.

Comprenant 12 morceaux (et cinq inédits instrumentaux en bonus), les vétérans du Metal français ont enregistré « Les Déclinistes » de 2015 à 2021 entre tournées et sorties de disques pour un résultat vraiment bluffant. Avant-gardiste et Doom, l’esprit des débuts est intact et dégage la puissance qu’il manquait peut-être sur les versions originales. MISANTHROPE y a remédié avec toute l’expérience acquise depuis et la mission est accomplie.

Photo : Christophe Hargoues

L’album et le merchandising du groupe est à retrouver sur son site : https://holyrecords.com/

Relisez également l’interview donnée à Rock’n Force en janvier 2021 :

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Post-HardCore

Polar : une charge sonore

Après l’excellent « Nova » sorti en 2019, les Anglais ont pris leur mal en patience et ressurgissent avec le monumental « Everywhere, Everything », nourri de la frustration de la pandémie, qui est parfaitement distillée sur ce nouvel opus avec une force incroyable et chargé de refrains imparables. POLAR s’impose et en impose.

POLAR

« Everywhere, Everything »

(Arising Empire)

Devenu incontournable sur la scène post-HardCore depuis un peu plus de dix ans, POLAR s’est posé beaucoup de questions début 2020, quand sa tournée avec After The Burial, Spiritbox et Make Them Suffer s’est brutalement arrêtée. Le monde entier s’est mis sur pause et le groupe a même failli déposer les armes. Mais les Londoniens se sont repris et ont remis le bleu de chauffe pour livrer cet album très personnel.

C’est à un véritable travail d’introspection que s’est livré le quatuor en puisant au plus profond de lui-même pour bâtir ce « Everywhere, Everything » assez étonnant dans son contenu. Finalement, la pandémie semble avoir été profitable à POLAR, mettant les Britanniques dos au mur, poussés dans leurs retranchements et il en ressort dix morceaux percutants, puissants d’où il émane aussi de solides mélodies.

Explosif et agressif, ce cinquième album du combo affiche une constante pression, malgré quelques rares passages en clairs de son frontman Adam Wooford. Compact et véloce, « Everywhere, Everything » ne tombe pourtant pas dans une frénésie de décibels, mais parvient au contraire à développer des atmosphères saisissantes (« Rush », « Baptism Of Fire », « Burn », « Dissolve Me », « Snakes Of Eden »). Tout en puissance !

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Doom Psych Stoner Doom

Doom Sessions Vol.7 : no tomorrow

Avec ce septième volume, c’est une nouvelle déferlante Doom teintée de Metal et de Stoner que lâchent ENDTIME depuis la Suède et les Américains de COSMIC REAPER. Toujours constituées de titres jamais enregistrés jusqu’ici, les « Doom Sessions » continuent de nous offrir la crème de la scène actuelle, ou en devenir, à travers des splits EP originaux et dans lesquels les musiciens donnent le meilleur d’eux-mêmes.

ENDTIME & COSMIC REAPER

« Doom Sessions Vol.7 »

(Heavy Psych Sounds Records)

Rendez-vous devenu incontournable du label italien Heavy Psych Sounds Records, les « Doom Sessions » se présentent déjà avec un septième volume tout aussi écrasant et dévastateur que ses prédécesseurs. Cette fois, ce sont les Suédois d’ENDTIME qui croisent le fer avec les Américains de COSMIC REAPER. Après avoir réalisé respectivement leur premier album en 2021, ils unissent leurs forces dans un déluge Doom assourdissant.

Les Suédois d’ENDTIME

Entrant dans leur troisième année, les « Doom Sessions » ont la particularité de sortir sur des splits EP toujours inédits et surtout présentant une production d’égale qualité sur les deux faces. Guidé par un nihilisme porté à bout de bras dans une torpeur presque sinistre, ENDTIME ouvre le bal avec une surprenante, inattendue et à peine reconnaissable reprise de Devo (il fallait oser !), « Tunnel Of Life ». Toujours gargarisé par son Doom profond, le quintet livre « Beyond The Black Void » dans une atmosphère post-apocalyptique et aurait vraiment mérité un dernier morceau.

Les Américains de COSMIC REAPER

Plus psychés, les Américains de Caroline du Nord libèrent aussi un Doom fracassant. Fondé par des vétérans de la scène Metal de Charlotte, COSMIC REAPER se montre convaincant dès les premières notes de « Sundowner ». En proposant trois morceaux, le quatuor bénéficie d’une plus grande marge de manœuvre que le combo scandinave, ce qui lui offre le temps de porter un impact plus massif sur ce septième volet. Avec « Dead And Loving Bring It », puis « King Of Kings », cette nouvelle formation confirment avec force qu’il faudra compter sur eux et leur grande expérience.

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Death Metal Ethnic Thrash Metal

Concrete Age : tribal vibes

Fusionnant des inspirations directement issues d’Europe de l’Est et même au-delà avec un Metal Thrash/Death, le quatuor russe CONCRETE AGE assène un style très original et personnel. Arborant des sonorités ancestrales avec un style très actuel, le quatuor n’a aucun mal à nous envoûter, grâce à des changements de rythmes et d’ambiances à la fois brutales et mélodiques.

CONCRETE AGE

« Bardo Thodol »

(Independant)

Originaires des Balkans et du Caucase du nord, les russes de CONCRETE AGE se sont établis à Londres et c’est depuis la capitale anglaise qu’ils livrent aujourd’hui leur huitième album. Basé sur un style technique Thrash et Death, le combo y injecte avec talent des sonorités ethniques aux multiples teintes pour une explosion musicale loin du folklore suranné de The Hu, notamment. Ici, on n’est pas dans la gaudriole.

« Bardo Thodol » tient son titre de l’ouvrage tibétain du même nom, que l’on traduit couramment par le ‘Livre Des Morts’ en Occident. Il s’agit d’un corpus décrivant les états de conscience et les perceptions se succédant durant le moment entre la mort et la renaissance. Et si le concept est audacieux, CONCRETE AGE réussit à rendre son album captivant, immersif et d’une puissance très bien distillée.

Entre Metal massif et musique du monde jouée sur des instruments traditionnels, le quatuor fait preuve d’une grande maîtrise et d’une technique imparable. Inarrêtable, le groupe multiplie les paysages sonores avec une inspiration qui abat les frontières avec force (« Hex », « Purity », « Lullaby For A Deadman », « Bardo Thodol », « Ridges Of Suffering », « Bezdna Of Ludost »). Solide et mélodique, CONCRETE AGE se montre conquérant.

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Hard 70's Heavy metal Thrash Metal

Dungeon Crawl & Throne Of Iron : house of dragon

Depuis quelques temps maintenant, on assiste à un certain revival des split-albums de la part de certains labels. Convaincre deux groupes de partager la même production n’est pas forcément chose aisée et que l’osmose se créé en est encore une autre. Avec DUNGEON CRAWL et THRONE OF IRON, l’entente est parfaite et la complémentarité évidente sur ce « The Side Quest » conceptuel.

DUNGEON CRAWL & THRONE OF IRON

« The Side Quest »

(Wise Blood Records)

Le label américain Wise Blood Records a eu la brillante idée de réunir deux groupes habités par le même amour du Heavy Metal et surtout la même folie. A travers ce split-album de sept titres, DUNGEON CRAWL et THRONE OF IRON se sont inspirés de ‘Dungeons & Dragons’ et on ne pouvait vraiment pas trouver mieux que ces deux furieux combos pour s’exprimer en musique sur le thème choisi ici. « The Side Quest » régale !

DUNGEON CRAWL

Et c’est le trio originaire de la célèbre baie de San Francisco qui ouvre les hostilités avec « Minions Of A Dark Master », une intro de deux minutes qui plante parfaitement le décor avant les trois brûlants morceaux à suivre. Dans une mouvance Thrash très Heavy, DUNGEON CRAWL se présente dans un style très brut, live et offensif. Alors que son album, « Roll For Your Life », vient de sortir, le groupe s’éclate encore !

THRONE OF IRON

Dans un Heavy Metal plus traditionnel, mais pas vraiment plus calme, THRONE OF IRON emboîte le pas de ses camarades et le gang de l’Indiana a lui aussi du répondant. Dans un esprit vintage façon Cirith Ungol et Manilla Road, les Américains enchainent les riffs dans un registre épique très old school et réjouissant. Vigoureux, les trois pistes ont même un goût de trop peu. Un split-album court, frontal et dynamique.

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Black Metal Death Metal Doom Metal

Jours Pâles : spleen Metal

Emotionnellement intense, le nouvel effort (c’est peu de le dire !) de JOURS PÂLES vient  confirmer la singularité du groupe et sa faculté à se démarquer de la scène Metal hexagonale de la plus belle des manières. Agressif et présentant une écriture fine et percutante, « Tensions » se nourrit de colère, de rage et laisser errer un spleen aussi étouffant que nerveux.

JOURS PÂLES

« Tensions »

(Les Acteurs De l’Ombre Productions)

Moins de deux ans après « Eclosion », JOURS PÂLES fait déjà son retour et toujours pas le moindre rayon de soleil à l’horizon. Toujours guidé par Spellbound dont le chant en français transcende littéralement ce nouvel album, la formation semble s’être resserrée mais les morceaux, eux, ont gagné en densité, en efficacité et se révèlent redoutables. Entre Metal et poésie, la connexion est établie.

Très créatif, le Metal très noir de JOURS PÂLES se nourrit de nombreux courants, ce qui le rend assez singulier et riche de saveurs multiples. Et même si l’atmosphère globale est clairement mélancolique, il n’est pas question ici de renoncement tant la combativité affichée à travers les textes est manifeste. Violent  et lourd, ce nouvel opus est une fusion de Black/Death, de Doom et de quelques passages Folk éthérés.

Et comme son titre l’indique très justement, il y a beaucoup de « Tensions » sur cette deuxième production des Auvergnats. Dès « Jour De pluie, Jour De Fête », on est saisi par la précision et l’aspect clair et massif du son. Vocalement, Spellbound sait autant se faire conteur et crieur que chanteur et growler, ce qui offre à JOURS PÂLES beaucoup de latitudes musicales (« Saint-Flour Nostalgie », « Hâve », « Ode A La Vie », « Dose(s) ». Unique !

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Groove Metal Nu Metal

Brain For The Masses : furious Esperanto

Le Portugal ne cesse de réserver de bonnes surprises en matière de Metal et BRAIN FOR THE MASSES vient renforcer cette belle scène émergeante au talent indéniable. Solide et massif, le quintet vient se loger quelque part entre Fear Factory, Linkin Park et Meshuggah en assumant pleinement la violence de son jeu et l’aspect très fédérateur de ses compos. Une sorte de Modern Metal en version organique et tout en finesse…

BRAIN FOR THE MASSES

« Monachopsis »

(Independant)

C’est assez rare que je chronique des EP, souvent faute de place et notamment aussi face à une quantité démentielle de sorties. Cependant, l’histoire de ce quintet portugais force le respect et surtout, « Monachopsis » est une très bonne réalisation de cinq titres d’une demi-heure intense où de nombreux courants du Metal viennent se bousculer intelligemment. BRAIN FOR THE MASSES fait une magnifique entrée en matière.

Obstinés, les Lusitaniens ont déjà six ans d’existence et même si ce premier effort ne sort qu’aujourd’hui, il a été enregistré en 2019, puis bloqué par cette satanée pandémie. Pourtant, ils n’ont jamais lâché l’affaire et « Monachopsis » montre beaucoup de dynamisme, de volonté et surtout un Metal virevoltant. Capable de nous transporter dans un Groove Metal massif et lourd, BRAIN FOR THE MASSES affiche bien d’autres envies.

Flirtant avec le Nu Metal, le Groove donc, mais aussi avec le Heavy et le Metal Progressif, le combo ne s’interdit rien et paraît même à l’étroit tant il est difficile à loger. Mélodique et puissant, BRAIN FOR THE MASSES livrent des titres aboutis, très bien structurés et que des arrangements soignés font bien respirer (« Bleak », « Seclusion », To Be Alive », « Stay Afloat »). Soutenu par une telle production, les portes semblent grandes ouvertes.