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Blues Rythm'n' Blues Soul / Funk

Elise & The Sugarsweets : un feeling ouvert au monde

Porté par une belle énergie, le quintet parisien continue sa route dans une ambiance Blues, Soul, Funk et Rythm’n Blues qui ne manque ni de couleurs, ni de fraîcheur et encore moins d’humanisme. Avec « Horosho », son deuxième album, ELISE & THE SUGARSWEETS libère un héritage musical hors du temps et, par conséquent, très actuel.

ELISE & THE SUGARSWEETS

« Horosho »

(Adora Blues/Absilone)

« Horosho » est déjà la troisième réalisation du groupe en six ans. Après un EP (« When The Whistle Blows ») et un premier album (« It Can’t Go Wrong »), tous deux très réussis, ELISE & THE SUGARSWEETS fait son retour avec un changement de taille. Au chant, c’est dorénavant Yulia Gubenko qui officie en lieu et place d’Elisa Heyte, ce qui n’a d’ailleurs pas empêché le quintet de conserver son nom.

Toujours aussi intemporelle, la musique des Français s’inscrit dans la veine des productions de Stax, Atlantic et de la Motown avec tellement de talent que la comparaison s’impose d’elle-même. Entre Blues, Soul et Rythm’n’ n Blues, ELISE & THE SUGARSWEETS nous entraîne dans un groove et un swing irrésistibles dans lesquels quelques pulsations Funk trouvent aussi un peu de place.

En montrant une belle diversité à travers de nombreuses teintes Blues et Soul, les Parisiens affichent aussi une identité musicale très personnelle. Grâce à une incroyable technique et une dextérité de haut vol, ELISE & THE SUGARSWEETS nous font passer par tous les états et le voyage est enchanteur (« In The Shadow Of Your Wings », « Galaxy », « Birthrights », « Not Allowed To Sing The Blues », « Stolen Sun »). Superbe.    

Photo : Philippe Poitevin
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Alternative Metal Dark Gothic MetalCore

Motionless In White : cyber-attack

Armé d’un Alternative Metal naviguant entre Gothic, Electro et MetalCore, le quintet américain s’est taillé une solide réputation en l’espace de cinq albums. Plutôt tortueux, « Scoring The End Of The World » joue les montagnes russes sur ce sixième opus très attendu, qui alterne entre violence musicale et mélodies accrocheuses.

MOTIONLESS IN WHITE

« Scoring The End Of The World »

(Roadrunner)

Après trois ans d’arrêt forcé et un « Disguise » qui lui a valu nombre d’éloges, le quintet de Pennsylvanie renoue avec son style déjanté, dont le frontman Chris Motionless se veut être la figure de proue. MOTIONLESS IN WHITE ne fait pas grand-chose comme les autres et le démontre encore sur « Scoring The End Of The World », même si celui-ci montre quelques faiblesses en termes de créativité. 

Comme toujours, la production de ce sixième opus en impose. Chaque petite parcelle d’espace sonore est occupée, ce qui laisse finalement très peu de respiration au style des Américains. D’ailleurs, MOTIONLESS IN WHITE est là pour en mettre plein la vue et démarre en trombe (« Meltdown », « Werewolf »). Pourtant, l’album montre une forte dualité, qui vient même scinder le disque en deux.

Dans une atmosphère forgée de Gothic et de MetalCore, le quintet a un peu forcé le trait sur l’Electro, basculant souvent dans une ambiance de fête foraine pesante au détriment d’une efficacité plus Metal. Au chapitre des invités, MOTIONLESS IN WHITE a convié Bryan Garris de Knocked Loose (« Slaughterhouse »), Caleb Shomo de Beartooth (« Red, White And Boom ») et Mick Gordon sur le morceau-titre. En demi-teinte.

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France Post-Metal

Cancel The Apocalypse : unplugged Metal [Interview]

Avec des instruments essentiellement dédiés à la musique classique, dont la moitié du groupe est issue, CANCEL THE APOCALYPSE a décidé de produire un Post-Metal, mais en version acoustique…! Fort d’un premier album, qui a autant surpris que séduit, le quatuor fait son retour avec « Terminus Stairway », sorte d’OVNI musical rapidement addictif. Arnaud Barat, le guitariste, revient sur la démarche du combo et ses multiples inspirations. Entretien.

– Avant de parler du nouvel album, Audrey et toi, vous avez une formation classique spécialisée en musique baroque, et le groupe est complété par Mathieu et Karol qui viennent quant à eux du Rock et du Metal. A quel moment avez-vous eu le déclic pour fonder CANCEL THE APOCALYPSE ?

Il n’y a pas eu vraiment de moment particulier. L’idée a fait son chemin progressivement avec certaines évolutions du Metal depuis la fin des années 90. On a d’abord adoré des morceaux comme « Kaiowas », « Jasco » et « Itsari » de Sepultura, qui introduisaient la guitare acoustique dans des albums de Metal. Ensuite le « S&M » de Metallica, où c’était tout l’orchestre qui faisait son entrée, et puis il y a eu System of A Down et ses sonorités arméniennes. A partir de là, on a vraiment eu le fantasme de créer un projet, dont le concept reposerait là-dessus : faire du Metal acoustique. La volonté était d’essayer de remplacer la guitare électrique par une guitare sèche, la basse par un violoncelle et d’essayer de faire en sorte que ça tienne la route face à un chant et une batterie Metal. On peut dire que pour nous le déclic a été de voir Matthieu œuvrer dans My Own Private Alaska. On avait trouvé la voix qui correspondrait, la personne adéquate pour tenter le coup. Mais il a fallu encore attendre quelques années pour qu’on ose lui proposer et que les choses se fassent.

– Ce qui est surprenant chez CANCEL THE APOCALYPSE, c’est cette quasi-absence de distorsion dans le son et vous affichez pourtant une puissance étonnante. Là aussi, c’est un parti pris, voire une contrainte, que vous vous imposez ?

Oui, oui, complètement, c’était un parti pris, mais plus vraiment une contrainte à partir du moment où on a eu la sensation que ça fonctionnait. Et en effet sur les deux albums, il n’y a qu’un endroit où il y a de la distorsion, c’est sur le refrain du morceau qui donne son nom au groupe, « Cancel the Apocalypse ». Et encore, c’est un choix de mix qui ne vient pas de nous, mais qu’on a décidé de garder comme un clin d’œil.

– On ne va pas se mentir, sur le papier, on pense à Apocalyptica. Est-ce qu’à l’époque, leur démarche vous a marqué, motivé, influencé ou juste piqué votre curiosité ?

Alors honnêtement, ça a juste piqué notre curiosité lorsqu’ils ont émergé avec leurs reprises de Metallica à quatre violoncelles. Ça confirmait l’idée que l’instrument se prêtait bien au Metal. Mais on n’est pas des gros fans d’Apocalyptica pour autant…

– Parlons de « Terminus Stairway ». Votre premier album, « Your Own Democracy » (2016), ayant reçu un très bel accueil et surpris beaucoup de monde, est-ce que vous aviez un peu plus de pression cette fois, ou c’est quelque chose à laquelle vous êtes imperméables et qui ne vient pas troubler votre travail ?

On a quand même pris beaucoup de temps pour sortir ce deuxième album, et puis pour nous CANCEL THE APOCALYPSE doit rester un truc où on s’amuse avant tout, où on fait les choses à l’envie. Les morceaux de « Terminus Stairway » se sont additionnés progressivement les uns aux autres au cours des dernières années. On en jouait déjà certains lorsqu’on tournait pour « Our Own Democracy » et les derniers-nés ont quelques mois, c’était donc un processus long. On n’a donc pas été troublé par la pression, on s’est juste demandé quelle direction on voulait donner à l’ensemble pour se faire encore plus plaisir. Là, le choix a été de renforcer encore le côté ‘musique de chambre’ par l’ajout de l’alto, que ça donne plus de corps au son. Puis après, on a forcément l’espoir que si ça nous plait à nous, ça plaise à d’autres, mais on ne joue pas notre ego là-dedans. On prend les choses comme elles viennent.

– A l’écoute de vos nouveaux morceaux, on a l’impression que vous vous basez sur un schéma de chanson Rock au sens très large pour composer. L’influence classique se ressent surtout dans les arrangements et le choix des instruments. Est-ce que finalement la musique classique contemporaine n’est pas trop éloignée en termes de structures d’écriture ?

Oui, c’est une très bonne remarque. Lorsque je compose les bases des morceaux, je le fais toujours dans une optique de chanson Rock de 3 minutes 30, avec des modèles très universels comme les Beatles ou Nirvana. Et c’est certain que si les choix de structure de base s’apparentaient à de la musique classique contemporaine, sans cadre de temps ou de répétition de cellules musicales, sans jamais aucune notion de couplet/refrain, ça rendrait le propos complètement opaque, voire prétentieux… On préfère, en effet, nourrir les morceaux par des choix d’harmonie et d’arrangements à l’intérieur d’une structure simple.

– Est-ce que, même inconsciemment, votre ambition avec « Terminus Stairway » est de rapprocher les publics classiques et Rock/Metal, qui se croisent assez peu ? Le guitariste Yngwie Malmsteen était allé dans ce sens dans les années 80 avec des solos et des mélodies inspirés de Paganini, notamment…

Oui, c’est même très conscient, mais on sait aussi très bien aussi qu’on court sans doute derrière des moulins en essayant de faire ça, ce qui n’est pas très grave non plus. (Sourires)

– CANCEL THE APOCALYPSE dégage beaucoup d’émotion musicalement, et il en émane aussi beaucoup à travers les voix. Les deux se complètent très bien et se retrouvent même à un niveau égal. Qu’est-ce qui influence le plus l’autre dans la composition d’un morceau ?

Alors forcément, vu que le travail se fait d’abord au niveau instrumental, Matthieu à la lourde charge d’essayer de composer sa voix sur une base pré-existante. Mais la composition de base se fait toujours avec le fantasme de ce qu’il pourrait faire par-dessus, avec une vision imaginaire de ce que sera le rendu final. Il y a donc une influence dans les deux sens qui fait que, pour l’instant, on ne s’est jamais retrouvés réellement bloqués. Il n’est même pas sûr que Matthieu ait déjà dit : ‘non, celle là je vais rien pouvoir en faire…’ depuis qu’on a commencé à travailler ensemble sur le projet.

– Il y a également une chose qui caractérise CANCEL THE APOCALYPSE, jusque dans votre nom : c’est votre engagement. Il est à la fois humain, social, politique et écologique. On a presque l’impression que c’est le point de départ du groupe. Cela fait partie des motivations premières, de mettre en musique des revendications et surtout des valeurs universelles, qui se perdent aussi d’ailleurs aujourd’hui ?

CANCEL THE APOCALYPSE, c’était avant tout une rencontre humaine. Des gens avec des goûts, des valeurs humaines et des positionnements approchants. On n’a pas vraiment la volonté d’être un groupe militant, mais forcément ça doit se ressentir dans nos textes, dans notre façon de communiquer parfois et c’est super si ça se ressent un peu dans notre musique. Mais en fait, on souhaite que cet aspect ne dépasse pas le cadre musical ‘subjectif’ et on préfère l’assumer dans nos vies personnelles, dans notre boulot et notre vie de tous les jours, par nos actes et ne pas faire du groupe un truc moraliste ou un peu lourd. Le nom CANCEL THE APOCALYPSEen lui-même est d’ailleurs autant une ‘prière’ qu’une blague de départ entre nous.

– Pour conclure, si vous deviez faire évoluer le groupe musicalement pour lui apporter encore plus de profondeur et peut-être de puissance, quel instrument trouverait sa place chez CANCEL THE APOCALYPSE ?

On aurait des tonnes de fantasmes par rapport à ça en fait ! Difficile d’en choisir un ! Alors en vrac : un quatuor à corde, voire un orchestre, des instruments indiens ou africains, des samples electro ! (Sourires)

L’album de CANCEL THE APOCALYPSE,  « Terminus Stairway », est disponible depuis le 10 juin chez Inverse Records/Klonosphere.

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Hard Rock

MegaSnake : high voltage

C’est avec de la dynamite au bout des doigts que MEGASNAKE a composé son premier album. Resserré sur huit morceaux pétillants d’un Hard Rock rafraîchissant, « Charming » n’est pas l’œuvre de jeunes Finlandais en mal de sensations. Aguerri et techniquement imparable, le quatuor libère une énergie très communicative.

MEGASNAKE

« Charming »

(Inverse Records)

Formé par des musiciens plus que chevronnés, MEGASNAKE est la vraie bonne surprise de ce mois de juin et elle nous arrive de Finlande. Composé du chanteur Richard Johnson (Leningrad Cowboys, Gringos Locos, Apocalyptica en live), du batteur Twist Erkinharju (Peer Günt, Leningrad Cowboys), du guitariste Samuel Hjelt (Kings of Modesty, ex-Ancara) et du bassiste Henrik Tuura (Kings of Modesty, Killer Kachina), le quatuor présente de solides arguments sur ce survolté « Charming ».

Dans un Hard Rock teinté de Heavy, MEGASNAKE avance d’un seul homme dans un registre qui sent bon les années 80 et 90. On retrouve donc les ingrédients de l’énorme créativité de ces deux décennies. Musclé et véloce, le quatuor balance des riffs solides et inspirés, rappelant les belles heures de Dokken, Dio, Tesla avec un soupçon de Twisted Sister. De quoi avoir le sourire pendant un bon moment !

Formé il y a un peu plus d’un an et fort d’une récente signature chez Inverse Records, le gang finlandais montre un enthousiasme à toute épreuve. « Charming » évolue dans une atmosphère de liberté totale sur des morceaux entraînants où la qualité et la désinvolture du chant cohabitent à merveille avec des solos fougueux et vigoureux (« Sun Don’t Shine », « Shame On Me », « Stone River », « Don’t », « HeVil »). MEGASNAKE s’impose déjà !

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Progressif Rock

Solace Supplice : dystopie poétique

Acteurs reconnus dans le monde Rock Progressif, Anne-Claire Rallo et Eric Bouillette mènent désormais de front SOLACE SUPPLICE et leur groupe Nine Skies. Cependant, sur « Liturgies Contemporaines », c’est à travers un Rock plus direct, assez épuré et sur des arrangements subtils et soignés, qu’ils évoluent en quatuor. Porté par des textes délicats, touchants et forts, ce premier album rayonne par ses atmosphères parfois sombres, mais toujours scintillantes.

SOLACE SUPPLICE

« Liturgies Contemporaines »

(FTF Music)

Alors qu’ils viennent tout juste d’annoncer avoir commencé à travailler sur le prochain album de Nine Skies, Anne-Claire Rallo et Eric Bouillette sont déjà sur le pont avec le premier album de SOLACE SUPPLICE, side-projet en français et clairement orienté Rock. Egalement soutenu par Willow Beggs (basse) et Jimmy Pallagrosi (batterie), « Liturgies Contemporaines » est une évasion poétique et envoûtante guidée par un quatuor solide et inspiré.

Deux ans après un très bon EP éponyme, le duo revient dans un format où il peut aller au bout de ses idées dans un registre très personnel et finalement assez peu répandu. Très Rock tout en lorgnant à l’occasion sur le Prog, SOLACE SUPPLICE présente les compositions d’Eric (également au chant, guitare, claviers, violon et aux arrangements) mises en lumière par les textes étincelants d’Anne-Claire, dont on connait toute la finesse de la plume.

Forcement, parler d’osmose entre les paroles et la musique est un doux euphémisme, tant elles forment une combinaison évidente (« Le Tartufe Exemplaire », « En Guidant Les Hussards »). Sur des guitares souvent gilmouriennes, le chant vient déclamer librement et avec un grand soin une réflexion poétique toute en émotion (« Sunset Street », « A Demi-Maux », « Cosmos Adultérin » et le morceau-titre). SOLACE SUPPLICE impose sa patte avec une classe naturelle et un feeling communicatif.  

Pour vous procurer l’album, rendez-vous sur le bandcamp du groupe : https://solacesupplice.bandcamp.com/album/liturgies-contemporaines

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Glam Rock Rock Hard Sleaze

Michael Monroe : running wild

Au panthéon des artistes qui ont marqué de leur empreinte le petit monde du Glam Rock,  MICHAEL MONROE occupe une place de choix. L’ancien leader d’Hanoï Rock, électrique et punkisant à souhait, est de retour avec son groupe et un nouvel album, qui est un peu le reflet de notre époque… en demi-teinte. « I Live Too Fast To Die Young » s’inscrit dans la veine de ce que le Finlandais propose depuis des années maintenant, à savoir un Rock Hard Glam et Sleaze.

MICHAEL MONROE

« I Live Too Fast to Die Young »

(Silver Lining Music)

Pour beaucoup d’entre nous, MICHAEL MONROE est et restera l’éternel chanteur d’Hanoï Rock, qui connut son heure de gloire au début des années 80. Et pourtant, cela commence à faire de longues années que le Finlandais œuvre en solo et sa discographie, bien qu’inégale, regorge de bien bons albums. L’extravagance Glam n’a pas disparu et le frontman en joue toujours autant et reste même un bon chanteur au fil du temps.

Avec « I Live Too Fast To Die Young », il reprend à son compte une vieille maxime du Rock’n’Roll pour ce nouvel album, qui vient succéder à « One Man Gang » sorti en 2019. Toujours entouré des mêmes musiciens, MICHAEL MONROE et ses camarades de jeu livrent une suite assez cohérente. Enregistré l’hiver dernier à Helsinki et produit par le groupe lui-même et son ingé-son, il laisse une impression assez sombre… en phase avec son époque.

S’il reste toujours très Rock et Sleaze avec parfois même quelques grosses guitares, ce nouvel album présente quelques coups de mou manifestes. Cela dit, MICHAEL MONROE demeure ce chanteur très électrique que l’on connait et se fait plaisir (et nous avec !) sur des morceaux plein d’énergie (« Youngs Drunks & Old Alcoholics », « All Fighter », « Murder The Summer Of Love »). Le Finlandais en a encore sous le pied, assurément !

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France Groove Metal Thrash Metal

Heart Attack : tsunami groove [Interview]

Avec leur troisième album, les Français de HEART ATTACK viennent jeter un énorme pavé dans le monde du Thrash Metal hexagonal. D’une part, parce que « Negative Sun » se démarque du registre tel qu’on peut le concevoir, et d’autre part parce qu’il apporte un nouvel élan créatif au genre. Grâce à une production irréprochable, un groove constant et des accroches percutantes, le quatuor se retrouve en fer de lance d’une nouvelle vague, qui ose intégrer de nombreux éléments dans un style souvent figé. Son lead guitariste, Kris, nous parle de ce nouvel opus et de l’approche musicale globale du groupe.

Photo : Manuel Acqualeni

– Pour commencer, rappelons que HEART ATTACK sort son troisième album en un peu plus de 15 ans d’existence. Et « Negative Sun » sort chez Atomic Fire Records, ce qui n’est pas rien lorsque l’on voit le catalogue du label. Quelle a été votre première réaction lorsqu’il vous a approché ?

Au départ, on n’y a pas cru ! (Rires) En fait, on avait démarché plusieurs labels, car le nôtre cessait ses activités. Et on cherchait aussi à grossir. Et nous avons reçu un mail nous disant que Markus Staiger, le patron d’Atomic Fire Records, adorait le groupe et il voulait à tout prix nous signer ! On a commencé à discuter avec eux et on est tombé sur une équipe très sympa, très pro et avec beaucoup d’expérience. C’est vraiment un plaisir de bosser avec eux. C’est une bonne expérience et qualitativement, c’est un bond énorme pour nous. 

– Alors qu’aujourd’hui, on va vers de plus en plus d’autoproductions et que même certains groupes bien installés vont dans ce sens, vous intégrez un label reconnu et établi. Qu’est-ce que vous attendez concrètement d’une telle signature ?

Qu’il nous aide à faire grandir le groupe en termes de renommée, ainsi qu’au niveau de la reconnaissance et du crédit sur la scène Metal. Que cette signature nous permette aussi de tourner beaucoup plus, car c’est l’objectif premier. On veut rester sur cette pente ascendante avec HEART ATTACK, sur le plan national depuis une dizaine d’années déjà, et évoluer encore d’avantage.

– Avant de parler du contenu de l’album, j’aimerais que vous me parliez de cette intro, « Rituals ». Tout d’abord, c’est vrai qu’on ne voit plus beaucoup d’intros sur les albums et la vôtre dure quand même près de 2’30 (2’22 pour être précis). Qu’est-ce qu’elle signifie pour vous, déjà par sa longueur et ensuite par le fait qu’elle soit peut-être un peu en décalage avec la suite ? Et ne me dites pas que c’est pour pouvoir vous installer tranquillement sur scène !

C’est clair que là, on a vraiment le temps ! (Rires) D’ailleurs, je ne sais même pas si on commencera avec cette intro sur scène, car on a d’autres idées qu’on va travailler en résidence. Pour revenir à ta question, c’est vrai qu’on en avait déjà fait une sur l’album précédent (« The Resilience » – 2017 – Apathia Records – NDR) et on y est assez attaché. Cela dit, ça ne veut pas dire que sur le prochain, il y en aura une. Pour celle-ci, c’est un sample qu’on a entendu. C’est un chant mongol mixé avec un bulgare. On a voulu travaillé dessus et ce court instrumental est né. Et on l’a trouvé parfait pour l’intro de l’album.

Kris

 – A la première écoute de « Negative Sun », ce qui saute aux oreilles, c’est cette variété et cette richesse qui se dégage de votre Thrash Metal. On peut à la fois y trouver des aspects liés à la Bay Area, mais aussi à la scène allemande notamment. HEART ATTACK a parfaitement assimilé toutes ces influences. C’est un processus nécessaire pour aller de l’avant et proposer un style plus personnel ?

Absolument, et ça me fait très plaisir que tu dises ça ! On a essayé de proposer un album qui soit le plus riche possible, parce qu’on ne voulait se poser aucune limite en tant que musiciens, mais aussi en tant que fans de musique. On ne voulait pas se limiter à une étiquette Thrash. On peut retrouver sur l’album des influences symphoniques, Death, Black, progressives voire presque Pop/Rock. En fait, tout ce que l’on écoute s’y retrouve un peu. On a vraiment fait ce qu’on a voulu, sans aucune contrainte. D’ailleurs sur « Negative Sun », on a vraiment trouvé l’identité d’HEART ATTACK avec ce mélange de riffs et de mélodies multiples. C’est ce qui nous représente le mieux.

– L’autre force de l’album réside dans la puissance des riffs et le côté très mélodique et groove des morceaux. Il y a un vrai liant au sein-même des titres, qui semblent presque être composés comme des chansons. C’est aussi comme ça que vous l’avez entrepris ?

Oui, parce qu’on n’écoute pas seulement du Metal. On est ouvert à beaucoup de choses et la qualité prime toujours sur le genre. On se nourrit de tout ça pour faire des chansons. Le label nous a dit qu’on était un peu imprévisible, et ça nous fait très plaisir, parce qu’on ne sait pas ce qu’il peut se passer dans une chanson. On essaie toujours de surprendre l’auditeur.

– Par ailleurs, ce qui m’a aussi surpris (et dans le bon sens !), c’est cette attaque très Heavy et même Rock’n’Roll sur les solos, avec un côté très fédérateur et presqu’épique. L’objectif était de transmettre cet esprit des pionniers du genre en y insufflant une touche et même une approche très moderne ?  

J’ai justement développé cette attaque sur les solos, parce que je n’écoute pas uniquement du Metal. Je suis d’ailleurs celui qui en écoute le moins dans le groupe. Donc, je n’ai pas forcément un touché Metal. Mes références sont plutôt Steve Lukather, Pete Townsend ou Jimmy Page. C’est vrai que c’est plutôt Rock. Je suis fan des guitaristes un peu architectes et arrangeurs. J’aime bien construire mes solos comme une pièce de la chanson, tout en la servant, et sans dérouler des plans juste parce qu’il faut un solo à ce moment-là. C’est vrai que c’est un peu bâti à l’ancienne.  

– Même si vous y allez souvent très frontalement, HEART ATTACK prend aussi le temps de poser des atmosphères plus aériennes (comme sur « Negative Sun », par exemple) pour imposer un certain volume aux morceaux. On a finalement l’impression que vous vous nourrissez de beaucoup de choses. Le registre Thrash à lui seul paraît presqu’étroit pour vous. C’est le cas, ou c’est simplement votre vision d’une évolution naturelle du style ?

Personnellement, si tu me poses la question, je ne nous considère pas comme un groupe de Thrash. Il y a des influences, c’est certain. Mais, on n’est pas un pur groupe de Thrash. En revanche, sur nos premiers albums, on était dans un registre très Thrash avec beaucoup de riffs et moins d’arrangements. C’est petit à petit que nous avons intégré d’autres influences et sur « Negative Sun », c’est vraiment ce que nous avons fait. On est un groupe de Metal, voilà ! (Sourires)

– HEART ATTACK a aussi la particularité d’intégrer quelques claviers assez discrets d’ailleurs sur l’album, ce qui est quelque chose de rarissime dans le Thrash. Même si l’avis des puristes importe toujours très peu, ce n’est pas une option banale, loin de là. Là encore, on revient au volume et au relief de vos morceaux. C’est une sorte de soutien à la puissance affichée ?

Oui, c’est ça. C’est aussi une manière de rendre plus épique et plus majestueux certains passages, ou carrément appuyer les harmonies. Parfois, la guitare n’est pas forcément suffisante. On l’avait fait un peu sur « The Resilience » et cette fois, on a surtout suivi nos envies. Et on s’est vraiment éclaté !

– A propos de puissance, j’aimerais qu’on dise un mot de la production. Comment cela s’est-il passé ? Avec qui avez-vous travaillé, car le résultat rivalise tranquillement avec n’importe quelle production internationale… 

Ca fait très plaisir à entendre, parce que ça veut dire qu’on a bien bossé. Pour le premier album, nous avions tout fait tous seuls et à la maison. Sur le deuxième, on a été plus exigeant, mais ce n’était pas encore parfait. Et là, on savait vraiment ce qu’on voulait. On voulait un album qui sonne agressif, qui soit massif et qui ait aussi de la personnalité. Aujourd’hui, c’est vrai que beaucoup de productions vont un peu toujours dans le même sens. On a voulu se démarquer. « Negative Sun » a été enregistré et mixé par Sebastien Camhi au Artmusic Studio, et ça a vraiment été un travail à cinq. On a testé beaucoup de choses au niveau des guitares notamment. On est entré en studio début juin (2021) et on a terminé le mixage début août. On a vraiment bossé pendant un bon moment dessus ! 

– Enfin, vous n’y couperez pas : un petit mot sur la reprise de « Jesus He Knows Me » de Genesis en fin d’album. Sans aller jusqu’à dire que vous l’avez maltraitée, même si elle prend une bonne claque, vous en avez fait un morceau presque personnel, tout en gardant étonnamment la structure du morceau. C’est une sorte de récréation pour vous, une manière de vous rappeler quelques bons souvenirs, ou c’est le texte très cynique qui vous a inspiré ?  

Il y a un peu de tout ça. En fait, on sortait de l’enregistrement de l’album, qui est assez sombre, après une période difficile avec la pandémie. L’époque ne prêtait pas vraiment à rigoler et on a eu envie de faire un morceau plus léger et se faire plaisir. Et comme je suis fan de Genesis, j’ai proposé ce titre aux autres. On l’écoutait d’ailleurs déjà souvent en voiture et pour faire la fête. Tout le monde l’a validé et on a bossé dessus. On s’est vraiment éclaté, comme on peut le voir sur la vidéo, qui a été filmé au portable et qui accompagne le morceau. Ca a été une vraie respiration pendant l’enregistrement, même si nous l’avons vraiment fait sérieusement. On l’a fait sans prétention, ni calcul marketing. C’était vraiment pour rigoler ! On l’a recréé en faisant en sorte qu’il devienne le nôtre. Ca a beaucoup au plu au label, qui nous a proposé de le mettre en bonus sur l’album. On ne s’y attendait pas, car on l’avait fait au départ pour la déconne ! Et au final, ça fait plaisir à tout le monde !

L’album « Negative Sun » de HEART ATTACK est disponible depuis le 10 juin chez Atomic Fire Records, et on retrouvera le groupe sur la MainStage du Hellfest à Clisson le vendredi 17 juin en ouverture.

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Thrash Metal

Kreator : peace & love

Très attendu, et notamment en France puisqu’il s’agit du premier album de Frédéric Leclercq à la basse avec la légende allemande, « Hate Über Alles » montre toute l’étendue du savoir-faire des Thrashers germaniques. Le quatuor reste très acéré tout en proposant de belles lignes mélodiques portées par une technique sans faille et des ambiances Heavy Metal plus classiques bienvenues. Brillant, tout simplement.

KREATOR

« Hate Über Alles »

(Nuclear Blast Records)

Cinq ans après « Gods Of Violence », KREATOR vient remettre quelques pendules à l’heure, et c’est une très bonne chose. Toujours aussi affûté, le quatuor allemand, qui accueille dans ses rangs notre Frédéric Leclercq national à la basse, fait preuve d’une férocité incroyable et « Hate Über Alles » s’inscrit dans le haut de sa discographie. La légende du Thrash Metal européen n’est toujours pas à court d’arguments, très loin de là.

Produit par l’excellent Arthur Rizk, ce quinzième album studio déploie une force et une rage phénoménales. Mené par le monumental Mille Petrozza, dont le songwriting est d’une redoutable efficacité, KREATOR défie le temps et demeure l’incarnation incontestable du Thrash du vieux continent. Et les trois singles déjà présentés ne sont pas l’entame d’un grand disque (« Strongest Of The Strong », « Midnight Sun » et le morceau-titre).

Si les Allemands (et le Français !) savent où ils vont, ils n’en oublient pas pour autant d’où ils viennent. KREATOR fait une synthèse parfaite entre un Heavy Metal Old School et un Thrash racé et explosif (« Become Immortal », « Conquer And Destroy »). Les guitares sont cinglantes, la rythmique effrénée, le chant hargneux et les arrangements éclatants (« Killer Of Jesus », « Crush The Tyrants », « Dying Planet »). Magistral !

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Doom

[Going Faster] : Fátima / Monasterium

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

FATIMA – «  Fossil » – MusikÖ Eye

Depuis sa première démo en 2015, le trio parisien a fait du chemin et se présente aujourd’hui avec « Fossil », un nouvel album où son style se précise de plus en plus. Grâce à une production claire et solide, ce troisième opus réalise une très bonne synthèse entre le Doom pour le genre, le Grunge pour la voix et des sonorités orientales pour les atmosphères. Fort de cette triangulation très réussie, FATIMA est difficile à saisir, mais très facile à adopter. A la fois mélodique, épuré et pourtant très riche en arrangements, « Fossil » invite à l’évasion avec son rythme lancinant, ses voix écorchées et ses riffs terriblement fuzz. Après « Turkish Delights » et le très bon split avec Seum et son Doom’n Bass percutant, les Parisiens s’affirment avec beaucoup de personnalité. A suivre de très près…

MONASTERIUM – « Cold Are The Graves » – Nine Records

Cela fait huit ans maintenant que MONASTERIUM marche dans les pas de ses glorieux aînés Candlemass et Manilla Road pour bâtir un Heavy Doom consistant et compact. En l’espace de trois albums, « Cold Are The Graves » compris, le quatuor polonais a réussi à développer un style très personnel. Une atmosphère très 80’s se dégage de ce nouvel opus à travers lequel on sent une réelle communion. Sur une production assez classique, MONASTERIUM dévoile un son clair variant entre envolées épiques sur un Metal traditionnel, ponctué par des passages plus calmes. Le combo montre une écriture intéressante et soignée en évitant bien de tomber dans des clichés Doom trop prévisibles. Les Polonais se montrent habiles et inspirés, et « Cold Are The Graves » un très bon album.  

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Blues Blues Rock

Joanne Shaw Taylor : le charme et le feeling

Guitariste, chanteuse et compositrice de grand talent, la Britannique JOANNE SHAW TAYLOR mène une carrière bien trop discrète si l’on tient compte de son exceptionnel parcours. Ayant rejoint KTBA Records, le label de Joe Bonamassa, la musicienne se livre sur scène à travers 16 morceaux de Blues et de Blues Rock époustouflants, et avec une présence et un jeu de haut vol.

JOANNE SHAW TAYLOR

« Blues From The Heart Live »

(KTBA Records)

Repérée à l’âge de 16 ans par Dave Stewart de Eurythmics, JOANNE SHAW TAYLOR est sur la route depuis un bon moment maintenant. Rapidement devenue une guitariste incontournable, l’Anglaise a sorti son premier album solo en 2009 (« White Sugar ») et après en avoir parcouru du chemin dans le milieu du Blues Rock, elle présente aujourd’hui un album live éblouissant et une prestation énorme.

Partageant sa vie entre Detroit, Michigan, et Birmingham dans son pays, la musicienne avait rejoint l’écurie de Joe Bonamassa pour son septième album studio sorti l’an dernier (« The Blues Album »). Produit par l’homme au costume et le fidèle Josh Smith à Nashville, puis mixé par le grand Kevin Shirley (Led Zeppelin) en Australie, « Blues From The Heart Live » fait véritablement briller JOANNE SHAW TAYLOR.

Enregistré et filmé au fameux Theatre de Franklin dans la ville du Tennessee et après deux ans de disette scénique, c’est entourée d’un sextet incroyable que la compositrice livre 16 titres Blues et Blues Rock, qui rassemblent plusieurs époques du genre. Et la fête est complète, puisque JOANNE SHAW TAYLOR a invité Kenny Wayne Shepherd, Mike Farris et Joe Bonamassa pour ce show d’anthologie. Essentiel, déjà !

L’album, le DVD et le Blu-ray sont disponible via  www.ktbarecords.com

Photo : Kit Wood