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Blues Rock International

Albert Castiglia : so british [Interview]

Sorti au cœur de l’été, « Grits & Glory » est probablement l’album le plus étonnant du guitariste et chanteur américain. Envoûtant dans le son et les ambiances, percutant comme il sait le faire à travers ses riffs et ses solos, ALBERT CASTIGLIA offre cette fois une saveur très british à son Blues Rock. Enregistré aux célèbres studios Abbey Road de Londres, on se doute bien qu’il s’est laissé porté par des influences anglaises qu’il n’a d’ailleurs jamais reniées. Saisi en formule trio, l’ensemble est direct et dégage une proximité vraiment immédiate. Difficile de lâcher ce treizième opus du bluesman, dont l’univers se dévoile finalement au fil des disques. Rencontre avec un artiste au style très libre et à l’instinct redoutable.

– Tout d’abord, puisque ce nouvel album a été enregistré à Londres, j’aimerais savoir quel impact le Blues britannique a eu sur ton jeu, toi qui as grandi en Floride et à Chicago, où le style est très prononcé et assez unique ?

Le Blues britannique a eu une influence majeure sur moi. Mon oncle possédait de nombreux albums de Led Zeppelin, des Who et des Rolling Stones, et c’est grâce à lui que j’ai découvert leur musique. Eric Clapton a été ma plus grande influence à mes débuts, et c’est lui qui m’a fait découvrir le Blues de Chicago. Ce sont les bluesmen britanniques qui m’ont finalement orienté vers Muddy Waters, Howlin’ Wolf et d’autres.. (Sourires)

– L’idée d’enregistrer un album à Londres, aux studios Abbey Road, t’est venue en parlant avec Olly Overton de Gulf Coast Records. Entre-temps, tu assorti « Righteous Souls » en solo, ainsi que « Live In Canada » et « Help Yourself » de Blood Brothers avec Mike Zito. Avais-tu déjà en tête l’idée d’un album réalisé en Angleterre pendant toutes ces années, et comment envisageais-tu cette future expérience ?

En fait, l’idée d’enregistrer à Londres m’est venue au début de l’année dernière. Olly m’a proposé d’enregistrer au Royaume-Uni et, un peu par plaisanterie, je lui ai suggéré de se renseigner sur Abbey Road. Il a pris la chose au sérieux et a réservé une semaine à Abbey Road en décembre. Je n’aurais jamais imaginé, même en rêve, mettre les pieds à Abbey Road ! (Rires) La vie m’a tellement donné et continue de le faire. J’en suis très reconnaissant ! (Sourires)

– « Grits & Glory » reflète clairement ton style et il reste fidèle à tes albums précédents, avec toutefois quelques touches distinctives. L’idée de faire un album entièrement consacré au Blues britannique t’a-t-elle traversé l’esprit, ou était-ce plutôt l’expérience du lieu qui comptait pour toi ?

L’album, de par son ambiance typiquement britannique, était déjà imprégné de cette identité, ne serait-ce que par le fait d’être enregistré dans ce studio. Nous avons utilisé des amplis Marshall et Vox AC 30 pour l’enregistrement. Mon producteur, grand disciple de George Martin, a employé certaines de ses techniques pour donner à quelques morceaux une sonorité proche des Beatles. Cependant, mes autres influences sont très présentes sur l’album : beaucoup de Southern Rock, de Blues américain, de Funk, de R&B, de Jazz afro-cubain… On y trouve un bel équilibre avec d’autres genres ! (Sourires)

– J’imagine que jouer et enregistrer aux studios Abbey Road est une expérience incroyable pour un artiste, ne serait-ce que pour l’Histoire qui imprègne ces lieux. Pourtant, vous y êtes allés en trio et « Grits & Glory » a également été enregistré en live. Alors, au final, y a-t-il eu plus de joie que d’appréhension ?

Uniquement de la joie ! (Sourires) Le groupe et moi avons savouré chaque instant. Si j’avais eu vingt ans, j’aurais peut-être été nerveux, mais j’ai la cinquantaine maintenant et je n’ai plus vraiment d’appréhension face aux défis, ou aux situations, qui me dépassent ! (Sourires)

– Et puis, tu ouvres l’album avec « In My America », une chanson très forte sur les divisions aux Etats-Unis. L’as-tu finalement composée comme un message aux Anglais, et plus largement aux Européens, parmi lesquels tu séjournais, car le symbolisme pourrait être très pertinent dans la situation actuelle ?

Mon message s’adresse à tous ceux qui veulent bien l’écouter. J’aurais enregistré cette chanson que je sois aux Etats-Unis, ou non. Quand j’écris une chanson, elle doit être sincère. Mon pays est plus divisé que jamais, au point que le monde entier le sait. Ne pas en parler serait fermer les yeux. Mes albums sont comme des journaux intimes sur disque. Nous avons bien plus de points communs que de différences. C’était le message principal que je voulais transmettre avec « In My America ».

– Comme on l’a dit, tu travailles sur cet album depuis quelques temps déjà. Concernant la composition, tant les paroles que la musique, astu défini le son global de l’album au fil du temps, ou tout s’est-il mis en place rapidement avant ton départ pour l’Angleterre ?

La majeure partie était prête. Nous avons peaufiné quelques détails à la dernière minute concernant les paroles et les arrangements, mais l’essentiel a été finalisé aux Etats-Unis.

– D’ailleurs, si on écoute attentivement « The Milk Is Still Good », on peut reconnaître un extrait de la mélodie de « Come Together » des Beatles. Est-ce une sorte d’hommage subtil que tu voulais glisser, puisque tu étais dans le studio où ils enregistraient souvent ?

Le subconscient est une chose merveilleuse ! (Sourires) Tout ce que je compose est une compilation de toutes les musiques qui m’ont influencé, donc cela ne me surprend pas que tu aies repéré « Come Together » dans « The Milk Is Still Good »… (Sourires) Ce n’était pas intentionnel, mais parfois l’univers nous réserve des surprises… (Sourires)

– Etonnamment, « Grits & Glory » dégage une impression assez différente des précédents : celle d’une grande liberté artistique, qui te permet de révéler d’autres facettes de ton jeu. L’idée de départ était-elle de te laisser carte blanche et de développer pleinement les vastes émotions que le Blues évoque, c’est-à-dire sans aucune limite ?

Oui, c’est ainsi que j’aime travailler. Il y a un mouvement dans mon pays, qui veut restreindre les sentiments, les pensées et les opinions et cela se déverse dans la créativité. J’ai toujours été un fervent défenseur de la liberté d’expression et aujourd’hui plus que jamais, les gens ont besoin de créer sans les contraintes extérieures. Je suis très heureux d’être dans un label qui me permet cette liberté. Certains veulent imposer leurs auteurs et leurs idées aux artistes. C’est leur choix, mais pas le mien. Il y a toujours des gens dans l’industrie qui signent un artiste pour en faire leur propre outil de création. Je me suis battu contre ça pendant des années et j’ai parfois perdu cette bataille. Maintenant, j’ai atteint un âge où je ne me soucie plus de ce que pensent les autres et je refuse qu’ils m’imposent leur philosophie créative. Si j’ai de la chance, il me reste encore une trentaine d’années à vivre. Je ne les passerai pas à me soumettre aux désirs de la société… (Sourires)

– J’aimerais parler un peu de la préparation de « Grits & Glory », au-delà de la composition. Quand vous êtes arrivé aux studios Abbey Road, tout était-il déjà bien en place avec ton bassiste Cliff Moore et ton batteur Ray Hangen, avec qui tu tournes également ? Ou vous êtes-vous laissé une certaine marge d’improvisation une fois sur place ?

Il y a toujours de la place pour l’improvisation. On arrive toujours en studio avec un plan de base, mais il est toujours amené à évoluer. C’est un peu comme la constitution d’un pays. Un plan peut et doit toujours légèrement dévier, car on peut trouver une meilleure idée une fois en studio. Il ne faut jamais exclure de petits changements.

– Enfin, cet été, vous étiez en Europe pour quelques concerts avec Blood Brothers, juste au moment où ton album sortait avec une photo de toi en couverture devant le célèbre Big Ben. Prévoies-tu de revenir jouer à Londres dans les prochains mois, et si possible en France également ?

Nous préparons une tournée en Europe et au Royaume-Uni pour mai 2027 environ. La France est définitivement sur ma liste. J’adore la France et cela fait longtemps que je n’y ai pas joué ! (Sourires)

« Grits & Glory » par ALBERT CASTIGLIA est disponible chez Gulf Coast Records.

Photos : Rob Blackham / Blackham Images

Retrouvez quelques chroniques de ses albums précédents, ainsi qu’avec Blood Brothers :

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Desert Rock Heavy Stoner Psych

Spirit Mother : un espace imposant

Dès son premier album, « Cadets » sorti en 2020, SPIRIT MOTHER s’est distingué de la scène Stoner grâce à une touche singulière. L’année suivante, son « Live In The Mojave Desert » vient confirmer ce bel élan dans un décor où il semble littéralement dans son élément. Après « Trails » en 2024 et un départ de Californie, des touches plus Desert Rock et Americana viennent se greffer à leur univers, qui est aujourd’hui atypique, imprévisible et profondément vivant.

SPIRIT MOTHER

« Thistle »

(Sound Of Liberation Records)

Après avoir quitté Long Beach pour le Haut Désert de l’Oregon, SPIRIT MOTHER a trouvé un nouveau souffle et surtout une source d’inspiration intarissable. Depuis « Trails » sorti il y a deux ans, le groupe a quelque peu remanié son line-up. Le chanteur Armand Lance a laissé la basse à Michael Feuris pour prendre la guitare. SJ Lance est aujourd’hui soutenue par l’autre violoniste Mia Rose et elles assurent également toutes les deux les chœurs. Et enfin, Chase Howard de Kadabra qui œuvre derrière les fûts et livre une prestation de haute volée.

Pour son troisième album, SPIRIT MOTHER est allé puiser au cœur même de ses influences, et elle sont aussi nombreuses que différentes. Et il faut reconnaître aussi qu’il faut vraiment apprivoiser « Thistle », tant il multiplie les atmosphères. Heavy Rock, Stoner Psych, Grunge et Americana cohabitent ici très bien et contribuent, s’il en était encore besoin, à sceller la signature et l’identité du combo. Ecrit, enregistré et autoproduit dans l’ancienne cabane du chanteur, on entre en immersion pour faire corps avec l’aride et sauvage paysage alentour.

SPIRIT MOTHER est également passé maître dans l’art de conjuguer la puissance de son jeu avec une certaine nonchalance, tout en préservant une tension palpable grâce à un Fuzz omniprésent enrobé des deux violons. Ceux-ci sont d’ailleurs parmi les acteurs les plus pertinents de la formation. Derrière les vapeurs psychédéliques, « Thistle » propose un voyage sonore assez inédit et très original. Parfois mélancolique, ce nouvel opus trouve sa force dans un aspect brut et soigné (« Dog Machine », « Good Faith », « Crux », « Odetta »). Captivant !

Retrouvez les dernières chroniques des albums de SPIRIT MOTHER :

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Americana Blues Soul Southern Blues Rock

Caitlin Krisko & The Broadcast : une énergie magnétique

Basé à Asheville en Caroline du Nord, décidément creuset de très nombreux talents, CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST livre ce très attendu nouvel album. Et « Heirloom » se montre très largement à la hauteur de ce qu’on pouvait légitimement espérer, tant le précédent EP était d’une incroyable luminosité. Certes, la chanteuse de la formation américaine est un atout majeur, mais la qualité d’écriture et de composition est d’un tel feeling et d’une telle précision, qu’il est difficile d’y résister. Le style s’affirme aussi pour être désormais immédiatement identifiable, et ce Blues teinté de Soul, de Rock et d’Americana est aussi entraînant qu’émouvant.

CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST

« Heirloom »

(Independant)

Malgré une quinzaine d’années d’existence, c’est avec l’EP « Blueprints », sorti il y a deux ans et qui a vu le nom de sa chanteuse accolé à celui du groupe, que les Américains ont renversé la communauté Blues, et cet engouement a été renforcé grâce à des tournées dont les prestations ont marqué les esprits jusqu’en Angleterre. CAITLIN KRISKO & THE BROADCAST revient avec un long format une fois encore exceptionnel. La tonalité globale est clairement plus sudiste que ce soit dans les envolées Soul, Rock et Blues. Un Roots Rock porté aussi par un son organique à la dynamique actuelle et à la saveur légèrement vintage et savamment dosée.

Dévoilé au fur et à mesure sur les plateformes, « Heirloom » a été enregistré aux studios Blackbird de Nashville et produit par Aaron Austin, guitariste du groupe. Ainsi, grâce à son musicien de mari, CAITLIN KRISKO se trouve portée par un environnement sonore à la hauteur de sa performance vocale. Car le six-cordiste donne une autre dimension à ces nouvelles chansons, grâce à des accords subtils, des riffs délicats et des solos magistraux. D’ailleurs, l’ensemble de THE BROADCAST est sur la même longueur d’onde, à savoir un jeu d’une grande finesse et d’une authenticité rayonnante. Il suffit aussi d’écouter l’orgue Hammond pour s’en convaincre.

Comme pour « Blueprints », il est bien difficile de mettre en avant certaines chansons plutôt que d’autres, tant elles nous racontent des histoires captivantes. Le récit est souvent profond, les refrains deviennent très vite entêtants et donnent la sensation d’une proximité, tout en se faisant très fédérateurs. Un tour de force réellement bluffant. Et si la puissance vocale de CAITLIN KRISKO emporte tout, on se raccroche volontiers à ces notes bleues distillées par THE BROADCAST avec fougue et émotion (« Keep On Trying », « Heart Of Gold », « Homeless », « Hole In My Heart », « Let It Ride », « Something Sweet », « Fuel My Fire »). Renversant !   

Retrouvez la chronique du précédent EP, « Blueprints » :

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Hard Rock

Stormbringer : deep & wild

Terre de Rock s’il en est, l’Angleterre reste toujours aussi créative et vivace. Avec force et humilité, STORMBRINGER est de ceux qui renouvellent cette scène brillamment. Fort d’une belle expérience, le combo se présente avec un nouvel effort différent des précédents, mais tout aussi dynamique et costaud. « Transcendence » évolue tout en contraste, massif d’un côté et aérien de l’autre, dans un Hard Rock intemporel gravé dans la tradition et très Heavy à l’occasion.

STORMBRINGER

« Transcendence »

(Attic Records)

Fondé en 2011 à Northampton, STORMBRINGER a trouvé sa place entre un Hard Rock puissant et un Classic Rock plus mélodique, avec cependant une touche Heavy qui lui permet de durcir le ton au moment opportun. Avec ce cinquième album, c’est un aspect plus introspectif de son identité qu’il nous fait découvrir. Brut dans le son, « Transcendence » joue sur les émotions avec beaucoup de finesse et d’authenticité. Pour autant, au regard de leurs précédents opus, c’est une évolution assez naturelle pour les Britanniques.

En confiant la production à Russ Russell (The Wildhearts, At The Gate, New Model Army), STORMBRINGER s’est assuré une assise solide pour ses morceaux et ceux-ci respirent autant qu’ils percutent. Car, même en explorant des thématiques comme la résilience, les luttes intérieures et le monde qui nous entoure, le quintet n’a rien perdu de sa verve, ni de son allant. Avec beaucoup de sincérité, le frontman Mick Stockley donne une dimension plus sensible à « Transcendence », qui gagne en profondeur et en assurance au fil des titres.

S’ils n’ont jamais cessé d’explorer diverses facettes de leur style depuis leurs débuts, les Anglais semblent ici faire volte-face pour revenir aux fondamentaux qui ont forgé ce Hard Rock à la fois racé et élégant. Direct, mais affichant beaucoup de nuances, STORMBRINGER se montre implacable et groovy à souhait (« Energy », « Busy Doing Nothing », « Grow », « Whole Again », « Damn You All »). La force des refrains, le travail sur les riffs et les solos et l’approche des compositions dévoilent un groupe inspiré et en pleine possession de ses moyens.

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Blues Soul Southern Blues Rock

Ruthie Foster : a spiritual joy

C’est une sorte de célébration de la joie et de la vie que présente la chanteuse et guitariste avec ce « Just Say Yes », qui met en avant sa puissance vocale et toute la délicatesse de son approche Soul et Gospel du Blues. Avec une touche Rock, un son organique et moderne, RUTHIE FOSTER réinvente une certaine tradition, bien aidée en cela par un jeune couple de musiciens confirmés, inspirés et ayant grandi avec une culture musicale également très sudiste. Et le résultat est flamboyant.

RUTHIE FOSTER

« Just Say Yes »

(Sun Records)

Récemment auréolée d’un Grammy Award pour son album « Mileage » (2024), RUTHIE FOSTER a renouvelé sa confiance à Tyler Bryant de The Shakedown pour la production et la composition de ce quatorzième opus, enregistré dans le propre studio du musicien à Nashville. D’ailleurs, cette fois encore, l’accent est mis sur les guitares, puisqu’on y retrouve Rebecca Lovell, sa femme également partie prenante à l’écriture, ainsi que sa sœur Megan seconde moitié de Larkin Poe, aussi présente sur le titre « Come On Up », qui rayonne de toutes parts.

Ecrit à trois, il faut reconnaître que les parties instrumentales sont incroyables. Porté par un groove enveloppant et chaleureux, par les notes de l’orgue Hammond de Michael Webb et par les harmonies des cordes et de la slide, « Just Say Yes » est d’une énergie positive à chaque instant. Mais c’est bel et bien la voix de RUTHIE FOSTER qui illumine l’ensemble. La Texane est tout simplement phénoménale et semble même, à 62 ans, au sommet de son art. Elle fait bien plus que d’interpréter ses chansons, elle les incarne littéralement.

Entre Southern Rock, Soul, Country et Blues plus classique, « Just Say Yes » est une balade apaisante dans le Sud américain et quand RUTHIE FOSTER laisse sa guitare pour le piano, l’instant devient magique (« Sitting Still »). Et là où l’artiste prend sa véritable dimension, c’est lorsqu’elle se fond dans ce Gospel Blues, où elle s’affiche en vraie patronne de ce genre typique de son Texas. Très variée et bien relevée, cette nouvelle réalisation est l’expression-même de la musique roots américaine contemporaine (« Thank You », « Hold On », « Tangled »). Incomparable !

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American Roots Rock Bluesy Rock International Southern

Hannah Wicklund : the path to freedom [Interview]

Résolument Rock, l’univers artistique de HANNAH WICKLUND ne semble pourtant pas connaître de frontières. Passant de la Soul et du Gospel à des notes plus funky ou Folk, elle semble pourtant guidée en profondeur par un Blues qui ne dit pas son nom. Originaire de Caroline du Sud, la multi-instrumentiste, compositrice, productrice et même rédactrice en chef d’un magazine qu’elle a créé, sort « War On Women ; Calling All Good Men », son quatrième album et sans doute le plus personnel. Marquée par les luttes qu’elle a mené, elle met sa puissance vocale au service des émotions pour délivrer sa vérité. Lumineuse et envoûtante, la redoutable guitariste se présente comme une militante passionnée au style terriblement addictif. Rencontre avec une artiste hors-norme renforcée par les épreuves et les combats et surtout animée d’une intense liberté .

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur ces deux dernières années, celles qui ont suivi la sortie et l’acclamation de « The Prize ». Malgré cette belle reconnaissance, tu as rencontré de nombreux problèmes, et non des moindres. Pourtant, tu donnes l’impression sur ce nouvel album d’être encore plus forte aujourd’hui. Comment as-tu vécu cette période douloureuse à bien des égards ?

La sortie de mon album « The Prize » a été l’un des plus grands défis de ma vie, un véritable parcours du combattant, marqué par le sabotage et l’oppression. Nombreux sont ceux qui ont œuvré contre sa sortie, et alors même que je m’apprêtais enfin à le sortir selon mes propres conditions, j’ai été contrainte de collaborer avec un label qui, j’en suis convaincue, n’a jamais eu l’intention de s’investir pleinement dans mon projet et qui a, au contraire, semé le chaos. Ce sabotage, lié à cet album, a persisté pendant des années dans ma carrière. J’ai mes théories à ce sujet et une grande partie de ces agissements est liée à la volonté de ceux qui, au sein de l’establishment, ne souhaitent pas que le Rock’n’Roll féministe trouve sa place. J’ai subi de profondes trahisons de la part de nombreux hommes en qui j’avais confiance, et l’année dernière, j’ai finalement découvert une complicité et un complot à grande échelle au sein de ma carrière et de ma vie. J’ai enfin eu la preuve de ce que je pressentais depuis longtemps et cette preuve irréfutable m’a libérée. Je suis plus forte que jamais après cette expérience et je crois que mon nouvel album en est la preuve.

– Malgré cette environnement toxique, tu reviens avec « War On Women ; Calling All Good Men », au titre évocateur, qui est un album engagé et vraiment lumineux. Est-ce qu’il a été pour toi une façon d’inverser les choses et de panser aussi quelques plaies ?

Cet album est sans conteste l’œuvre la plus importante que j’aie jamais créée. J’ai vu le monde à travers le prisme de ma propre vie et vécu des choses absolument incroyables et je crois au pouvoir de la transformation. En tant qu’artiste, notre plus grande force est de transmuter la douleur en vérité, et c’est ce que j’ai entrepris de faire. Quand mon monde s’est obscurci, j’ai dû être ma propre lumière et me guider seule à travers l’abîme. Cet album témoigne de ce processus et j’en suis incroyablement fière.

– Justement, ce quatrième album est autoproduit et tu t’es occupée de tout, de l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Etait-ce nécessaire pour toi de gérer entièrement le processus de création pour repartir de de bonnes bases ?

Ma confiance avait été complètement brisée et je savais que je devais mener ce projet à bien seule. Plus important encore, je savais que j’en étais capable. Des visuels au son de la guitare, je savais que je voulais maîtriser le processus et devenir pleinement l’artiste que j’avais toujours su être.

– Tu es compositrice et multi-instrumentiste, et d’ailleurs les parties de guitare et de piano sont assez incroyables. Ta musique est également très riche avec un mélange de Rock, de Soul, de Blues, de Folk et même de Gospel. Pourtant, ton style est limpide, fluide et très identifiable. As-tu aussi le sentiment d’avoir conçu ton album le plus abouti à ce jour avec « War On Women ; Calling All Good Men » ?

Sans conteste, c’est mon plus beau cadeau au monde. J’y ai mis tout mon être, mentalement, spirituellement, émotionnellement et physiquement. C’est un véritable voyage à travers ma vision de la société et je pense qu’il reflète très clairement qui je suis en tant qu’artiste, mais surtout en tant qu’être humain.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle aussi du contenu de tes textes, qui sont très revendicatifs, engagés et presque politiques d’une certaine manière. C’est clairement un appel au changement, que ce soir au niveau des relations humaines comme de l’environnement. Est-ce quelque chose que tu portes en toi depuis longtemps, ou est-ce que les évènements actuels dans le monde et dans ta vie ont pu accélérer cette prise de conscience et l’envie d’en parler ?

J’ai toujours été ainsi. J’ai agi avec passion et je me suis toujours considérée comme une militante de la justice sociale. L’art est politique et la vie est politique. Je refuse l’indifférence et d’édulcorer mon expression, même si le monde préférerait que je me taise et que je me contente de mes solos de guitare… Les épreuves de la vie m’ont façonnée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui : une personne intrépide, sans complexe et surtout profondément, radicalement moi-même.

– Pour en revenir à ta musique, j’aimerais que l’on parle de « Cowards & Kings » et son monumental solo très hendrixien, qui renvoie d’ailleurs à celui de « Hide And Seek » sur « The Prize ». Malgré une apparence qui paraît sage et douce, tu es une guitariste et une chanteuse fougueuse et redoutable. Est-ce une façon d’exalter certaines émotions, ou plus simplement de te faire plaisir et de dévoiler l’étendue de ton jeu ?

Ce solo en particulier me semble être le morceau de guitare le plus authentique que j’aie jamais enregistré. Pour un musicien, jouer en live est l’apogée. C’est dans cet échange énergétique avec le public que réside la véritable magie. Je me considère comme une musicienne très différente en studio et sur scène, mais cette chanson était différente. J’ai l’impression d’avoir réussi à retranscrire en une seule prise toute la fougue qui m’anime sur scène. J’étais en colère et je venais justement de parler de la trahison et de la connivence entre mon avocat, mon manager et ma maison de disques. J’ai donc enregistré ce morceau avec une rage viscérale. Ce solo de guitare sonne comme le cri guttural d’une femme bafouée. Et c’est exactement ce qu’il est.

– Il y a également une chose remarquable sur ce nouvel album, c’est l’équilibre qu’il présente. Tu joues sur les émotions avec beaucoup de justesse et d’authenticité en passant par plusieurs styles et même des chansons a cappella. Est-ce que tu penses à l’équilibre de l’ensemble au moment de la composition, ou tu crées finalement la tracklist en toute fin, avec un fil narratif précis ?

J’avais une idée précise de la structure de l’album dès le départ. Je savais, par exemple, qu’il s’ouvrirait sur « War On Women ». Mais j’ai laissé les morceaux, dans leur version finale, choisir leur place dans la tracklist. L’agencement des titres est un art et je souhaite que l’auditeur se sente embarqué dans cette aventure épique à mes côtés. Tout a donc été mûrement réfléchi, et les paroles s’enchaînent harmonieusement pour raconter une histoire de prise de conscience, de chagrin, de rage, de compréhension et d’espoir.

– Parallèlement, tu publies « The Strawberry Moon Tribune », qui est un magazine indépendant dédié à l’art et à la culture. Est-ce que tu le considères comme un prolongement de ta musique, ou plutôt comme une activité annexe qui vient en complément ?

En fin de compte, il est les deux à la fois. C’est un prolongement de moi-même et de ma musique, mais c’est aussi un espace où la créativité d’autres artistes côtoie la mienne. Nul n’existe, ni ne crée en vase clos et je souhaitais immortaliser ce moment intense et proposer un projet écrit et ambitieux pour accompagner cet album.

– Par ailleurs, et comme nous sommes sur un site français, tu as aussi une belle histoire avec la France. En effet, la créatrice de mode Deborah Baumgarten t’a conçu plusieurs tenues pour la scène. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots au sujet de cette rencontre assez étonnante ?

Deb est un ange, j’en suis convaincue. Elle a partagé son art avec moi pour la première fois à Paris, en jetant sur scène un châle qu’elle avait créé spécialement pour moi après mon concert, puis en me surprenant avec une succession de robes. C’est une créatrice de robes de mariée véganes très talentueuse et recherchée et je ne me suis jamais sentie autant moi-même que dans ses créations. Son travail magnifique me permet d’être avant tout une femme, et ensuite seulement une artiste et une guitariste, ce qui n’a pas toujours été le cas. J’avais si bien joué le rôle de la rockeuse, que mon véritable moi s’était enfoui sous ce déguisement constant de femme rebelle. En réalité, je suis une femme aérienne, presque féerique, qui joue aussi de la guitare et du Rock. La juxtaposition de mes moments plus intenses sur scène avec la fluidité de ses robes est devenue une part essentielle de mon identité d’artiste. Je serai toujours reconnaissante à Deb de m’avoir aidée à devenir une version encore plus authentique de moi-même.

– Enfin, si ton registre est vaste, il conserve une dominante Blues et Soul dans ton Rock. Où est-ce que tu te situes, toi qui est originaire de Caroline du Sud où cette âme Southern possède des racines fortes et que l’on ressent aussi dans ta voix ?

J’ai du mal à me définir autrement que comme une pure rockeuse. La beauté du Rock, c’est qu’il laisse place à toutes les influences. Etant originaire du Sud, je crois qu’il y a un je-ne-sais-quoi dans ma musique, un peu comme un reflet de mes racines. Nous sommes tous influencés par notre environnement et je suis profondément reconnaissante à celui de mes origines.

Le nouvel album de HANNAH WICKLUND, « War On Women; Calling All Good Men » est disponible chez Strawberry Moon Records, directement sur le site de l’artiste : www.hannahwicklund.com/

Photos : Fay/Money Photography (1) et Aliegh Shields (4).

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Glam Metal Hard Rock Sleaze

Speed Stroke : rockin’ airplane

Déjantés et un brin irrévérencieux, les Transalpins font un retour costaud et enthousiaste. Capables de belles fulgurances et livrant des mélodies claires et puissantes, SPEED STROKE joue sur une certaine nostalgie, tout en imprimant une touche très actuelle, histoire de faire durer le plaisir du Glam et du Sleaze Rock. Et « Damage Control » mène cette mission à bien. Traditionnel et exalté, le groupe offre une belle performance et garde toute la légèreté inhérente au style. Un disque qui respire, dopé à un carburant Metal/Rock détonant.

SPEED STROKE

« Damage Control »

(Scarlet Records)

Alors que le Glam et le Sleaze, Rock comme Metal d’ailleurs, semblent reprendre des couleurs depuis un moment déjà, c’est du côté de l’Italie qu’il résonne cette fois. Fondé en 2010, SPEED STROKE sort son quatrième album, quelques six ans après « Scene Of The Crime ». Cependant, si elle est moins prolifique que d’autres, la formation d’Imola n’a rien perdu de son mordant, ni de cette énergie si communicative. Et avec « Damage Control », les ambiances plus Heavy et Hard Rock dominent et donnent du corps à l’ensemble.

Guidé par un frontman percutant, SPEED STROKE évolue dans un univers positif et dynamique. Très direct, le Heavy Glam du combo fait mouche. Riffs acérés et solos plus ou moins épiques, la recette fonctionne bien et les refrains accrocheurs finissent vite par devenir entêtants. Bien sûr, c’est l’esprit 90’s qui donne le ton et il va puiser autant dans la fondatrice scène californienne que dans celle, plus récente, issue de Scandinavie. Le mix est audacieux et l’assimilation des deux héritages plutôt réussie. La connexion est établie.

En ouvrant avec l’explosif « Glorious Breakdown », SPEED STROKE tape dans le mille et s’assure toute notre attention. Le travail sur les guitares est remarquable et les twins donnent du volume à un registre bien maîtrisé (« State Of Shock », « In Flames », « All For The Week-end », « Blessed By Misery » en duo avec la chanteuse Giorgia Colleluori d’It’sAlie, et le morceau-titre). Même s’il affiche quelques baisses de régime, « Damage Control » est un bon album, bien produit aussi, et qui confirme les qualités du quintet. Le Glam Metal et Sleaze Rock n’ont pas dit leur dernier mot.

Photo : Veronica Anacleti

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Hard'n Heavy

Witchforce : une énergie libérée

Avec beaucoup d’impact et une force brute, la formation de la Grande Pomme conjugue la vélocité du Heavy Metal avec la rudesse du Hard Rock. Mené par une frontwoman exaltée et mordante, WITCHFORCE s’adresse autant aux puristes du siècle passé qu’à la nouvelle génération. Dense et généreux, « Witchforce » n’entend pas révolutionner le genre, mais il vient franchement apporter une belle pierre à l’édifice. Costaud et bien (auto)produit, il renforce une tradition inamovible.

WITCHFORCE

« Witchforce »

(Independant)

Après avoir sorti quatre singles ces deux dernières années, WITCHFORCE se déploie sur un premier album éponyme plus que prometteur. Originaire de New-York, le quintet propose un Hard’n Heavy solide et musclé, qui n’est pas sans rappeler le meilleur des années 90. Avec une saveur très underground, les Américains ont su tirer parti de leur héritage national, tout en y insufflant également des influences européennes. Et ce mélange de Metal traditionnel inter-continental est franchement séduisant et presque évident.

Ayant reboosté leurs premières compositions, on retrouve donc « Into The Woods », « The Hunter », « True Believer » et le récent « Kicked Out Of Hell » sur ce premier opus et ils se fondent parfaitement dans ce furieux « Witchforce ». Composé de musiciens expérimentés, WITCHFORCE peut aussi compter sur une chanteuse survoltée et tout en maîtrise. Très puissante vocalement, Cassie Nadeau a du coffre et renvoie par moment à la grande Doro de l’époque Warlock. Une comparaison qui tient même ici de l’évidence.

A fois classique et contemporain, le jeu des deux guitaristes alternent entre des riffs racés, des solos millimétrés et un sens de la mélodie plein de feeling. Fluides et massifs, ils offrent un bel équilibre à WITCHFORCE et renforcent le groove de la section rythmique (« Witchcraft », « We All Shine On », « Call Of The Wild », « Save Our Souls »). Accrocheur et fédérateur, « Witchforce » se dévore de bout en bout et l’intensité des morceaux ne faiblit pas. Sans fioritures, le combo va à l’essentiel, sans retenue, reste accessible et fait déjà forte impression.

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Alternative Rock France Post-HardCore

Untitled With Drums : le relief des émotions [Interview]

Et si le sinueux parcours d’UNTITLED WITH DRUMS ne lui avait finalement pas permis d’atteindre la maturité attendue depuis la sortie de « Hollow », un premier album qui avait posé les bases d’un style, qui ne demandait qu’à éclore ? C’est en tout cas la question qu’on peut légitimement se poser. L’an dernier, l’EP « Symbols » avait déjà donné des éléments de réponse. Cela dit, c’est véritablement sur ce deuxième effort que le quatuor de Clermont-Ferrand s’affirme avec force et puissance. Dans un Alt Rock proche du post-HardCore et aux teintes de grungy, le groupe donne de l’élan et du relief à des morceaux, dont les textures sont, elles aussi, tout en contraste. « Made Flesh » manie le frontal et l’aérien avec beaucoup de finesse et d’assurance et pose le combo comme un acteur sur lequel il faudra désormais compter sur la scène française. C’est Martin Le Borgne, son chanteur et bassiste, qui revient en détail sur l’évolution et la démarche de cet OVNI du Rock hexagonal.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre parcours qui a débuté avec la sortie de « Hollow » en 2020 dans une période compliquée. Malgré un bel accueil, il aura fallu attendre cinq ans pour découvrir votre EP « Symbols ». Que s’est-il passé durant ce long moment ?

La sortie de « Hollow » s’est faite de manière assez particulière à cause du Covid. On a pu défendre le disque en live plusieurs mois après la sortie du disque. Comme aucun de nous ne fait de la musique à titre professionnel, les délais sont malheureusement plus longs et la motivation est constamment mise à l’épreuve, même si cela occupe une place importante dans nos vies. Nous préférons ne pas nous imposer un rythme que nous serions incapables de tenir, alors je pense que ces délais, très longs dans le contexte actuels de course à la visibilité, sont naturellement le temps dont nous avons besoin pour rester créatifs.

– Il y a quelques mois, « Symbols » a surpris par sa maturité notamment et sa production également. Pourtant, il s’agissait d’anciens morceaux réarrangés et réinterprétés. Y avait-il un goût d’inachevé par rapport à ces titres, ou était-ce pour mieux rebondir ?

Oui, effectivement, « Symbols » jouait à la fois ce rôle de pouvoir enregistrer ces morceaux b-sides qu’on a du écarter lors de l’enregistrement faute de temps (« Power » et « Obsolete »), de ressusciter un autre morceau inédit de l’époque d’« Hollow » (« Far ») et de monter un morceau exclusivement pour l’EP (« Candle »), que l’on n’avait d’ailleurs jamais joué ensemble avant de le travailler en studio. « Symbols » était une façon pour nous de mettre en application certaines choses que nous avons apprises lors de l’enregistrement de notre second album, « Made Flesh ». En plus de tous ces aspects artistiques, « Symbols » était aussi et avant tout une façon de rester musicalement actif durant toute la période qui a suivi l’enregistrement de l’album, où l’on a fait beaucoup de démarchage, ce qui pouvait facilement nous éloigner de la création et du jeu en groupe.

– Aujourd’hui, vous sortez enfin ce deuxième album et « Made Flesh » est plein de surprises. La première vient de la production qui est franchement massive, tout en restant aérée. Qu’avez-vous changé dans votre approche et est-ce qu’il vous fallait ce temps aussi pour peaufiner votre son ?

Cyrille Gachet, à la production, a été pour beaucoup dans ce ‘step-up’. Même si « Hollow » nous avait fait prendre beaucoup d’expérience dans l’exécution en studio et en live, Cyrille nous a proposé un niveau d’exigence au-delà de ce que nous nous étions nous-mêmes fixés. Sa réflexion complétait la nôtre dans la mesure où il était capables d’apporter rapidement des solutions techniques à des envies artistiques et ainsi nous aider à les valider, ou à les écarter. Il nous a beaucoup apporté et ses méthodes ont impactées notre vision de la musique jusqu’à la façon dont nous composons aujourd’hui.

– D’ailleurs, j’ai aussi appris que les compositions de ce nouvel album dataient d’avant la sortie de « Symbols ». Cet EP a-t-il finalement été un galop d’essai avant de revenir quelques mois plus tard ? D’autant que vous avez aussi sorti trois singles extraits de « Made Flesh » dans ce laps de temps

En fait, l’EP a été enregistré après l’album pour pouvoir garder un rythme de création. La décision de le sortir avant a été motivée par plusieurs choses : l’incertitude des conditions et de la date de sortie pour « Made Flesh », la volonté de se rassurer sur le fait de pouvoir assurer une sortie en terme de promotion et de communication et enfin, l’occasion de pouvoir collaborer avec des labels DIY avec qui on avait plaisir à faire des choses, comme MA Saret Records, Araki, Atypeek et Stellar Frequencies.

– Vous avez conçu« Made Flesh » pas très loin de vous en confiant l’enregistrement et le mix à Cyrille Gachet (Fange, the Great Old Ones) et le mastering à Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Converge). Cherchiez-vous d’abord les personnes capables de restituer parfaitement votre univers et l’esprit de ce nouvel album ?

Après avoir pris contact avec plusieurs personnes, Cyrille nous est apparu comme le plus impliqué et le plus pertinent vis-à-vis de notre vision de l’album. Le fait de pouvoir échanger en amont sur la base des pré-prods nous a confortés dans cette décision. Il est capable, sans rien dénaturer des compositions, de leur conférer l’intensité et la sonorité qui conviennent le mieux. Nous étions preneurs de conseil et nous souhaitions travailler avec quelqu’un capable d’endosser un rôle de producteur. L’idée était de fournir une idée la plus précise possible, puis de laisser ces professionnels nous surprendre par ce qu’ils sont capables d’apporter. Alan Douches, pour sa part, nous a été conseillé par Cyrille par affinité et nous sommes fiers de pouvoir figurer dans un tel catalogue d’artistes.

– Un mot aussi sur votre signature chez Season Of Mist, qui semble vraiment le label adéquat pour UNTITLED WITH DRUMS. Votre style étant assez peu répandu dans l’hexagone, est-ce que cela a peser dans votre décision, compte tenu de sa position sur le marché ?

On a ressenti cette signature comme quelque chose de très réciproque, dans le sens où de notre côté, nous avions besoin de soutien pour franchir un cap en termes de portée, de communication et de crédibilité. Et de leur côté, je pense que nous appartenons à des esthétiques plus ‘alternatives’ que le label souhaitait développer. Pour nous, c’est plutôt une bonne chose de profiter des avantages d’une telle structure, tout en se démarquant naturellement de leur style général.

– J’aimerais qu’on parle aussi de cette belle complicité contre Lucas et Nicolas, qui offrent des combinaisons guitares/claviers sur lesquelles vous jouiez assez peu auparavant. Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez tout particulièrement souhaiter peaufiner et explorer sur « Made Flesh » ?

La place du synthé et des samples dans UNTITLED WITH DRUMS est un sujet de réflexion constant. Pour moi, c’est précisément l’élément capable d’apporter la modernité et le twist sonique, dont des groupes comme nous, hérités des 90’s, ont besoin. Son rôle à la fois mélodique et texturiel le rend particulièrement polyvalent, c’est pourquoi j’ai souhaité les faire se rejoindre sur certaines lignes mélodiques. Cyrille Gachet nous a beaucoup encouragés en ce sens également, en nous invitant à moins faire de ‘nappes’ pour remplir, ce qu’on avait pu faire sur « Hollow », et plus de combinaisons mélodiques sur des passages clés.

– Enfin, il y a un côté très écorché sur ce nouvel album, tant dans les textes que dans les ambiances qui oscillent entre passages très tranchants et d’autres plus aériens et introspectifs. Placer l’être humain au cœur de « Made Flesh » devait inévitablement faire ressortir cette atmosphère, dans une époque actuelle très incertaine ?

La direction des lyrics et du chant est également en pleine évolution. Cet angle un peu cynique, écorché et provocateur représente pour moi à la fois un bon dosage de zone de confort et de challenge. Le mot d’ordre de cet album était le contraste. Je voulais assumer un côté plus frontal et plus catchy quitte à relayer certaines ambiances au second plan pour contrebalancer.

Le nouvel album d’UNTITLED WITH DRUMS, « Made Flesh », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Joan Sabatier (1), Angelique Delabre (2, 3) et Madelaine Ré (4).

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Metal Progressif Sludge

Mastodon : une bascule impériale

Sous couvert d’un sludge Progressif fulgurant et massif, MASTODON s’offre une introspection pour le moins explosive. Très technique, mais accrocheuse, la formation d’Atlanta est aussi Heavy que tortueuse et parvient avec classe à renverser un destin qui semble s’acharner sur elle depuis quelques année. Complexe et moderne, « Marrow Deep » fend l’armure et repasse à l’attaque en restant attaché au jeu et à la virtuosité, qui ont toujours fait la particularité du désormais quintet. En patron, il impose sa marque et se montre particulièrement inspiré.

MASTODON

« Marrow Deep »

(Loma Vista Recordings)

Depuis des années, MASTODON fait face aux tragédies avec abnégation, et là où certains auraient sans doute baissé les bras, il sait faire preuve d’une incroyable force mentale. Cinq ans après le double-album « Hushed And Grim » qui était marqué d’une certaine mélancolie après la perte de son ami et manager Nick John, le groupe a dû essuyer d’autres drames personnels, ce qui a finalement décuplé son envie de se remettre à l’ouvrage et de se surpasser. Et « Marrow Deep » se présente comme le coup de semonce attendu et la réponse à de nombreuses questions.

Autour de Brann Dailor (batterie, chant), Bill Kelliher (guitare) et Troy Sanders (basse, chant), MASTODON accueille João Nogueira (claviers) et Nick Johnston (guitare), qui apportent leur touche et leur fraîcheur. « Marrow Deep » laisse ainsi plus de place aux synthés, renforçant les mélodies et son côté Prog pour afficher sa pleine puissance. Intenable et costaud, le combo est plus vivant que jamais, se dévoile aussi beaucoup plus, comme pour mieux évacuer de vieux démons et conjurer le sort. Son identité est intacte et elle resplendit avec une énergie accrue.

Pour ce phénoménal retour, les Américains ont invité quelques amis, une habitude, mais qui prend ici tout son sens. Ainsi, Josh Homme (QOTSA) est de la partie (« Snakes For Dinner »), Randy Blythe de Lamb Of God (« A Vampire’s Demeanor »), Neil Fallon de Clutch (« The Three Fates »), ainsi que Geezer Butler et Joe Duplantier de Gojira sur « The Vanishing ». Nate Newton et Ben Koller, la section rythmique de Converge, enfoncent le clou, mais MASTODON reste seul maître à bord et garant de son œuvre (« Poisonous Weapons », « Out Like A Lamb », « Moth And Bone ») Magistral !

A noter qu’une longue interview de Brann Dailor sera très bientôt en ligne sur le site !

En attendant, retrouvez aussi la chronique de « Hushed And Grim » :