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Blues Folk/Americana

Jay And The Cooks : poésie urbaine

Si pour de nombreux musiciens, c’est aux Etats-Unis que se joue et se vit le Blues, certains font le chemin inverse. C’est le cas du songwriter, chanteur et guitariste américain JAY RYAN, établi en France puis une trentaine d’années. Avec « Le Cœur Sec », cinquième album du musicien, il s’exprime en français dans un Blues très Rock et Americana. Un côté brut authentique.

JAY AND THE COOKS

« Le Cœur Sec »

(Juste Une Trace/Socadisc)

Eternel baroudeur, le songwriter américain a posé ses valises en France, en Provence, avant de venir s’installer près de Paris à Saint-Denis. Après avoir joué dans de nombreuses formations, JAY RYAN a réuni ses COOKS, groupe constitué de proches avec qui il revient aujourd’hui avec un  album qui brille notamment par la grande qualité de son line-up. Le sextet a fière allure et les compos s’en ressentent.

Dans un registre à dominance Blues, le chanteur et guitariste livre le cinquième album de JAY AND THE COOKS. Entièrement écrit en français, « Le Cœur Sec » sonne très Rock et jette un regard acide sur notre société et la situation actuelle (« Presque Foutu », « Travailleurs Essentiels », « Je N’ai Pas Vu Les Signes »). Authentique et sincère, les morceaux de l’Américain s’inscrivent dans un style très brut et avec humour (« La Seine S’en Moque », « Branché Bio »).

Cette poésie urbaine est également teintée de Country et d’Americana comme sur l’étonnante reprise de Gainsbourg (« Je Suis Venu Te Dire Que Je M’en Vais »), où JAY AND THE COOKS offre une version très personnelle et singulière de ce classique de la chanson française. S’il est vrai qu’il faut parfois tendre l’oreille pour saisir toute la subtilité des textes, le chanteur rend une copie remarquable et touchante.

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Blues Folk/Americana Southern Rock

Stephen Foster & Howler : Sweet Home Alabama

Songwriter de grande classe et brillant musicien, STEPHEN FOSTER incarne l’âme Southern dans toute sa splendeur et son large spectre. Avec son groupe HOWLER, basé à Muscle Shoals en Alabama, le musicien, qui a sorti huit albums cette dernière décennie, livre un « Southern » qui rappelle ô combien le sud américain est inspirant.

STEPHEN FOSTER & HOWLER

« Southern »

(Thoroughbred Music)

Les fans de Blues et de Southern Rock connaissent STEPHEN FOSTER. Le guitariste, claviériste et songwriter de génie est une légende et œuvre depuis cinq décennies au service de la musique made in Muscle Shoals. Cette agglomération d’Alabama est mondialement connue pour ses studios qui ont fait les belles heures des charts américains. Proche de Memphis et de Nashville, ce haut lieu résonne toujours.

Compagnon de jeu de Percy Sledge et compositeur pour Lynyrd Skynyrd, STEPHEN FOSTER a travaillé avec le gratin et revient aujourd’hui avec son groupe HOWLER. Constitué de musiciens ayant joué avec Little Richard et Jerry Lee Lewis, le quatuor a une allure de grosse machine… et c’en est une ! Combinant, Blues, Rock, Americana et Boogie-woogie, les Américains portent l’âme et le son du sud des Etats-Unis avec brio.

« You Can’t Take Me Home », premier extrait de « Southern », a été écrit en hommage à son ami Ronnie Van Zant disparu tragiquement en 1977. A l’écoute du morceau, on comprend mieux la complicité et le passé commun que STEPHEN FOSTER partage avec Lynyrd Skynyrd. L’album est d’une grande sincérité et les morceaux sont aussi brûlants qu’ils peuvent être touchants et profonds (« Little Things », « Cathead Blues », « Biloxi », « Arkansas »).

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Blues Folk/Americana

Rumour : un voyage inspiré et inspirant

Très mélodique et accrocheur, ce premier album de RUMOUR montre un très bel équilibre entre des morceaux au songwriting efficace et à la production limpide et sans fioriture. « The Journey » a de quoi séduire à bien des niveaux, grâce à un style Americana assez Pop, où le Rock, la Folk et le Blues et quelques sonorités Country vont à l’essentiel.

RUMOUR

« The Journey »

(Independant)

Originaire d’Angleterre, RUMOUR sort son premier album autoproduit « The Journey » et on sent que le groupe s’est vraiment fait plaisir. Loin d’être des débutants, les cinq membres de la formation sont des musiciens aguerris, qui ont ensemble voulu conjuguer leur talent et leur expérience sur des morceaux aboutis et remarquablement bien interprétés. Très bien produit, « The Journey » est une belle surprise.

Ayant pour la plupart fait leurs armes aux côtés de pointures internationales et anglaises, Liz Nicholls (chant), Peter Brookes (guitare), Rob Craner (batterie), Paul Brambarni (claviers) et Owen Davidson (basse) présentent un registre sur une base Americana teinté de Pop. Quelque part entre Fleetwood Mac, Tom Petty et Texas, RUMOUR a trouvé sa voie dans une ligne positive et entraînante.

Tout en finesse et sur un groove remarquable, les Anglais font preuve de beaucoup de feeling, portés par la voix chaude et délicate de Liz Nicholls. A la guitare, Peter Brookes, qui signent les morceaux avec le poète et écrivain Phil Thomson, fait des merveilles grâce à un jeu oscillant entre Rock, Folk, Blues et des solos aérés et efficaces. En ballades et titres plus pêchus, RUMOUR impose une touche très personnelle.

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Blues Folk/Americana Rock

Gary Lucas : essentiel et indispensable

Joueur de Blues, de Rock Psychédélique, de Jazz, compositeur de musique classique et de films, GARY LUCAS est une bande originale de son époque à lui tout seul. Songwriter et guitariste hors-pair et aux mille visages, l’Américain est aussi incontournable que discret, dont le talent et la virtuosité parlent pour lui. Aujourd’hui sort « The Essential », une belle représentation de l’éclectisme et de l’élégance du musicien.

GARY LUCAS

« The Essential »

(Knitting Factory Records/PIAS)

Je sais que je ne chronique habituellement pas les compilations, mais si vous n’avez aucun album de GARY LUCAS, c’est le moment de vous procurer « The Essentiel ». Le double-album retrace sur 36 titres les 40 ans de l’incroyable carrière de ce guitariste de génie. Bien plus qu’un guitar-hero, l’Américain est un héro de la guitare à qui aucun style ne résiste : un touche-à-tout capable de tous les grands écarts possible.

Le leader de Captain Beefheart, puis de Gods & Monsters, a joué avec les plus grands groupes et artistes et compte également une trentaine d’albums solos à son actif et dans des registres très différents. Parmi ses collaborations, GARY LUCAS a côtoyé Leonard Bernstein, Chris Cornell, Nick Cave, Warren Haynes (Allman Brothers), Iggy Pop, Dr John… La liste est très longue !  

Mais le fait le plus marquant et célèbre du guitariste reste la découverte de Jeff Buckley dont il devient le mentor et pour qui il écrira « Mojo Pin » et « Grace », devenus des classiques. Producteur des Français de Tanger et co-compositeur de « Spider Web » de Joan Osborne, GARY LUCAS a même signé des bandes originales de films et de séries TV. Virtuose au jeu élégant, l’Américain est bien plus qu’une référence.

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Blues Folk/Americana

Don Troop And Naked Spurs : une sensibilité à fleur de peau

C’est accompagné de sa guitare, qu’il ne quitte jamais, que DON TROOP traverse la vie avec son lot d’embuches et dans laquelle il puise son inspiration. Avant un cinquième album solo à paraître l’an prochain, le songwriter sort un EP, « Hard Life », entre Blues et Folk et d’une grande sensibilité. 

DON TROOP AND NAKED SPURS

« Hard Life »

(Independant)

L’histoire de DON TROOP s’inscrit depuis une vingtaine d’années maintenant en France, où le chanteur et compositeur a posé ses valises. Arrivé des Etats-Unis au début des années 2000, c’est entouré des musiciens du grand Bill Deraime qu’il enregistre « When She Comes », son premier album solo en France. Le début d’un amour qui ne fera que croitre. Aujourd’hui, c’est avec un EP de quatre titres que le musicien fait son retour.

En prélude à un cinquième opus prévu pour l’an prochain, DON TROOP AND NAKED SPURS se livre dans un registre Blues/Folk, légèrement Rock. Outre la douceur de sa voix qui enchante dès les premières notes de « Hard Life », titre éponyme sur lequel le songwriter retrace le parcours cabossé d’une vie entre les deux continents et qui l’ont nourri musicalement. Et cette persévérance et la croyance en son talent le guident toujours.

Si « You » aborde des sonorités un peu plus Rock, tout comme « Slithering », c’est bel et bien le Blues et la Folk qui anime l’Américain dont le style et le jeu sonnent dorénavant franchement européen (« Walls Of Babylon »). Serein et chaleureux, DON TROOP livre quatre morceaux qui sortent au même moment qu’un documentaire, à travers lequel la sincérité et l’authenticité du songwriter éclatent au grand jour comme sur ce très bon « Hard Life ».

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Blues Folk/Americana France

Gaëlle Buswel : par la grande porte [Interview]

Chanteuse, guitariste et auteure-compositrice naviguant entre Blues, Folk et Rock depuis une dizaine d’années, GAËLLE BUSWEL sort son quatrième album, « Your Journey » (Verycords), probablement le plus accompli de la carrière de la Française. Sur une production riche au son très analogique, ces nouveaux morceaux marquent une nouvelle étape pour la musicienne. Entretien avec une artiste qui n’a qu’une hâte : remonter sur scène !

Photo : Eymard Guillaume

– On ne va pas refaire ton parcours mais depuis 2012, tu t’es faite une belle place au sein de la scène Blues française et au-delà. Avec ce quatrième album, tu viens encore confirmer une sacrée respectabilité. Et comme dans ton nouveau clip, on te sent radieuse…

Merci… C’est vrai que pour ce nouvel album, nous avons eu beaucoup plus de temps que pour les précédents pour la partie artistique, et notamment en studio. On y a mis toute notre énergie et c’est un album qui est beaucoup plus produit et sur lequel on a aussi vraiment eu envie de franchir une étape au niveau de la maturité musicale. Il y a aussi une prise de risque plus importante avec des morceaux plus Rock et des choses plus poussées. Notre chance a vraiment été d’avoir autant de temps pour nous y consacrer et c’est quelque chose de très positif. Par exemple, lorsque nous étions au studio ICP à Bruxelles, il y a des morceaux qui ont été entièrement écrits de A à Z pendant l’enregistrement. On avait même plus de titres de prévu au final. (Rires)

– « Your Journey » sort à la fin du mois et il est franchement très bon. On y retrouve ta touche personnelle bien sûr et on a aussi l’impression qu’un cap a été franchi musicalement. Comment l’interprètes-tu ?

C’est assez difficile à expliquer, mais c’était une volonté de notre part. C’est le quatrième album, les gens qui nous suivent connaissent bien notre univers. On a voulu oser et aller chercher des choses. Et comme un disque est un instant T, j’avais des choses à dire avec un impact plus important et plus poussé sur certains titres. J’ai aussi voulu montrer toutes les facettes que j’aime dans le Blues, le Rock et la Folk.

– L’album a été enregistré entre Bruxelles et Londres dans les fameux studios d’Abbey Road. Ca a du être un moment intense et une sorte d’accomplissement, non ?

Oui, c’était vraiment un grand moment ! Même au moment de poser le pied sur la première marche, on n’y croyait même pas en fait ! Il y a eu ensuite un grand moment d’émotion, parce que c’est un studio dans lequel tous les grands artistes sont passés. C’était fort de se retrouver là-bas, parce que les Beatles y ont enregistré et on avait fait la première partie de Ringo Starr en 2018. Et puis, nous avons aussi un morceau des Beatles qui nous suit sur la route depuis 10 ans maintenant. C’est vraiment un accomplissement de se retrouver dans ce studio. C’est aussi quelque chose qui a pu se réaliser grâce au soutien de nos fans. L’émotion vient aussi du fait que les lieux sont chargés d’une énergie assez indescriptible qui émane des murs. C’est impressionnant au point que nous étions tous super émus. Et puis derrière la console, il y avait Chris Bolster, qui a notamment travaillé avec Paul McCartney et les Foo Fighters. J’avais l’impression que c’était la première fois que je rentrais dans un studio ! (Rires) On se sent tout petit ! L’histoire d’Abbey Road nous a mis dans tous nos états. C’était très, très émotionnel ! (Rires)

Photo : Eymard Guillaume

– Avant ça, dans quelles conditions et quand as-tu composé ces nouveaux morceaux ?

On a eu la chance de composer l’album juste avant la pandémie, il était prêt fin 2019. L’écriture a débuté en 2018 et on en avait d’ailleurs déjà fait tourner quelques uns sur scène. Pour la composition, quand tu arrives à ton quatrième album, les choses changent. J’ai fait énormément de collaborations avec mon équipe et Michal notamment qui co-compose pas mal de titres. Et au niveau des textes, j’ai travaillé avec la parolière américaine Angela Randall. Steve Belmonte, mon batteur, a aussi composé pour l’album. On s’est ouvert les uns aux autres, parce que cela fait aussi 10 ans qu’on travaille tous ensemble et on se connait tous très bien. C’était très intéressant et enrichissant de justement pouvoir partager ça. Sur « Last Day » par exemple, toute l’équipe a composé le morceau. C’était d’ailleurs la première fois qu’on écrivait collectivement.

– Sur une base Blues, Rock et Folk, les riffs rugueux sont très présents et de belles guitares présentent des solos peu démonstratifs, mais très efficaces. Et on retrouve cette même efficacité dans le songwriting de l’album. C’est quelque chose que tu recherchais ? Etre directe dans l’écriture ?

J’aime laisser place à la musique. Tous les musiciens de l’équipe sont vraiment très bons et c’est très important que chacun trouve sa place. Pour les guitares, j’ai la chance d’avoir un guitariste exceptionnel. L’idée était aussi d’aller droit au but, de ne pas tourner autour du pot. On avait des choses à dire et on a été direct pour que les gens saisissent bien le message. C’est vrai qu’il y a moins de métaphores. On avait aussi des coups de gueule et des coups de cœur à faire passer dans ces chansons.

– On notre aussi un bel équilibre entre les guitares acoustiques et électriques. C’était quelque chose que tu souhaitais ou cela s’est fait comme ça ? D’ailleurs, tu composes sur quel type de guitare ?

L’équilibre s’est fait très naturellement. On est vraiment au service de la chanson lorsqu’on compose, des arrangements jusqu’à son aboutissement. J’ai une vieille petite guitare des années 50 sur laquelle je compose tous mes morceaux et qui me suit depuis 11 ans. Je n’arrive pas encore à le faire sur une autre. Je pense qu’il y a surtout un aspect émotionnel. Je ne suis pas une grande technicienne. Ma démarche d’écriture et de composition est très spirituelle. Je suis en symbiose avec ma guitare, ce qu’elle dégage, les énergies que je peux ressentir avec la caisse qui vibre quand je chante en même temps… C’est une démarche un peu particulière, c’est vrai. On va dire que je suis un peu perchée, mais c’est ma façon de composer. (Rires)

Photo : Eymard Guillaume

– La présence des chœurs donne aussi un côté très Soul sur plusieurs morceaux avec des mélodies très accrocheuses. Là aussi, il semble y avoir eu un gros travail sur les voix…

En fait, ce sont les garçons qui m’ont demandé de faire tous les chœurs en me disant que ma voix se mélangerait bien aux harmonies. C’était un challenge pour moi, car c’était la première fois que j’enregistrais toutes les lignes de chœur. L’idée était d’apporter quelque chose de différent. Et ça a aussi été l’occasion d’aller chercher des choses dans ma voix, notamment au niveau des tessitures, ce que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai pu exploiter la puissance des aigus notamment, car les chansons s’y sont prêtées. Je ne me suis pas limitée du tout. On a tous laissé parler nos instruments, notre cœur et notre âme…

– Justement, y a-t-il des choses que tu as expérimenté et que tu t’es enfin autorisée sur « Your Journey » ?

On s’est tout autorisé, en fait ! Même dans le style avec des titres très rentre-dedans. Et le simple fait de sortir un album a également beaucoup changé. Les gens peuvent avoir un coup de cœur pour une chanson qu’ils vont télécharger sur Internet. On a la chance d’avoir des fans qui défendent l’objet physique, alors on a d’abord pensé à eux. On a voulu explorer et tenter beaucoup de choses qui étaient en nous depuis pas mal de temps. On les a vraiment laissé sortir sur cet album en se faisant plaisir et en apportant de nouvelles choses. Sur un quatrième album, je pense qu’il y a aussi une étape à franchir et je pense qu’on a bien relevé ce défi-là.

– Enfin, tu ne vas malheureusement pas pouvoir défendre ton nouvel album en concert tout de suite. Comment vis-tu cette situation qui dure depuis un an maintenant ?

On espère vite reprendre la route, car cette période est hyper-frustrante. Ca fait un an qu’on n’a pas mis les pieds sur une scène et c’est vraiment notre place… et pas ailleurs ! Faire du live temporairement derrière un écran, c’est cool parce qu’il faut de toute façon continuer à faire vivre notre musique et on s’adapte aussi à la situation. Mais nous voulons que ça reprenne très rapidement, car on a vraiment envie de lâcher les chevaux ! Cet album est en nous depuis près d’un an et demi et on est prêt à le défendre sur scène, à vibrer avec un vrai public ! La musique ne se partage simplement en lâchant un titre sur la toile. Une chanson prend tout son sens quand on peut la partager et l’échanger avec des gens en face de nous. Maintenant, on prend le risque de sortir un album en plein Covid et on espère que les gens vont nous soutenir pour faire vivre ce disque, parce que notre rôle est aussi d’apporter ces moments d’évasion !

« Your Journey » sera disponible le 26 mars chez Verycords.

Retrouvez Gaëlle sur son site : www.gaelle-buswel.fr

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Folk/Americana Rock

Red Cardell : communion à distance

RED CARDELL, ce sont des milliers de concerts depuis 1992 et une communion de chaque instant avec son public. Alors en cette période sombre et trouble, le groupe est orphelin et laissé à l’écart par cette situation inédite. Mais les Finistériens ne sont pas restés les bras croisés, loin de là, et décident aujourd’hui de faire un beau cadeau à leurs fans avec ce « Climatik » sensible, touchant et plein d’espoir.

RED CARDELL

« Climatik »

(Coop Breizh)

L’emblématique groupe breton RED CARDELL s’est retrouvé, comme tout le monde, le bec dans l’eau et surtout privé de son terrain de jeu : la scène. C’est en préparant leur futur set acoustique prévu pour la reprise des concerts en jauge réduite que les Quimpérois ont eu la très bonne idée de prendre trois jours, les 5, 6 et 7 octobre dernier dans le studio Le Chausson de Plestin Les Grèves, pour réenregistrer de nouvelles versions entièrement acoustiques de neuf morceaux de leur vaste répertoire.

C’est donc avec un regard nouveau et sous une autre lumière que RED CARDELL revisite en acoustique ses chansons qui ont laissé tellement de beaux souvenirs en concert. Extraites des albums « Un monde tout à l’envers », « Rock’n roll Comédie », « 3 », « Douleur », « Sans Fard », « Rouge » et « Courir », elles font étonnamment écho à la pénible période que nous vivons. Visionnaire et intemporel, le quatuor avance avec toujours cette même intensité et une sincérité incroyable. Les frissons parcourent une fois encore cet album…

Neuf titres ont donc été enregistrés en session live en studio, tandis que la chanson « Climatik » est extraite d’un concert unplugged au Théâtre de Morlaix en juin 2018, tout comme « Comme une pierre qui roule » et « Le Fond », issues de ce même concert. L’émotion qui émane de ces morceaux, que l’on connait pourtant très bien, rappelle ô combien RED CARDELL a fait de l’authenticité sa marque de fabrique (« A Rochechouart », « Si Mille Choses », « Fantômes », « Le Petit Bistrot »).

Enregistré sans public, « Climatik » est un avant tout un cadeau aux fans, aux Bretons et à tous les mélomanes en manque de concerts. Alors, en attendant de retrouver le groupe sur les planches, on se régale des nouvelles interprétations de « La Scène », « A Montparnasse », « Rock’n Roll Comédie » ou du grand classique « We’ve got to be alone », toujours aussi passionné et prenant. Disponible sur toutes les plateformes numériques, « Climatik » est en téléchargement gratuit jusqu’au 22 mars, alors ne traînez pas !

Cliquez sur le fanlink pour télécharger l’album gratuitement : https://fanlink.to/Climatik

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Blues Folk/Americana

Say Darling : les racines américaines

Malgré la pandémie et la distance, le projet mené par le duo Celia Woodsmith et Chris Hersch, SAY DARLING, a vu le jour grâce à une ténacité de chaque instant. Le quintet américain sort son premier album, « Before & After », qui se déguste comme une gourmandise Rock un brin vintage, Blues et Americana.

SAY DARLING

« Before & After »

(Independant)

C’est une belle bouffée d’oxygène et un album apaisant et entraînant que propose SAY DARLING. Et ce savoureux mélange de Blues, d’Americana et de Rock vintage est le fruit de la rencontre entre Celia Woodsmith (Della Mae) et Chris Hersch (ex-Girls Guns & Glory). Né après un concert intimiste en 2016, le duo s’est depuis étoffé et s’est constitué un beau répertoire avec « Before & After ».  

Entouré de Scott Coulter (orgue), Paul Chase (basse) et Jared Seabrook (batterie), les guitaristes guident le groupe sur des textes de l’excellente songwriter qu’est Celia Woodsmith. Avec quelques réminiscences Bluegrass et Country, SAY DARLING a su s’inventer un registre alternatif, sorte d’intermédiaire lumineux à la croisée des chemins.

« Before & After » est aussi la conséquence artistique des effets de la pandémie. Avec une première partie positive et légère enregistrée avant la crise (« Turn It On », « Cat Call »), c’est Celia Woodsmith qui a composé les quatre derniers morceaux en raison de la distance séparant les musiciens. Et le résultat est très concluant (« Harvey Blaine », « These Songs », « Isolation »). SAY DARLING a affronté les événements et il en ressort de vrais petits bijoux. 

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Folk/Americana Progressif

Empyrium : une inspiration rare et éblouissante

Dans l’univers de l’art romantique où il puise son inspiration, EMPYRIUM s’inscrit dans un mouvement musical néo-Folk aux très nombreux échos. Sept ans après « The Turn Of Tides », les Allemands renouent avec un style progressif mêlant les sonorités acoustiques et électriques avec brio. Entraînant et contemplatif à la fois, « Über Den Sternen » est aussi magique qu’intemporel.

EMPYRIUM

« Über Den Sternen »

(Prophecy Productions)

A la croisée de plusieurs voies musicales, EMPYRIUM s’est forgé un style qui lui est propre et dans lequel peu de groupes osent s’immiscer. Markus Stock, tête pensante de la formation et multi-instrumentiste, propose un univers néo-Folk sombre et romantique, d’où émane autant de lumière que d’ombres. « Über Den Sternen » se veut un album exigeant et si le spleen reste le fil conducteur, beaucoup d’aspects et de sonorités positives s’en dégagent.

Malgré la longueur de certains morceaux (« The Three Flames Sapphire », « The Oaken Throne », « The Wild Swans » et le morceau-titre), la cohérence de ce nouvel opus est totale et on se sent presque guidé par ces voix apaisantes et parfois rudes, les guitares acoustiques, les chants quasi-liturgiques et le nombre impressionnant d’instruments classiques utilisés (flûte traversière, violon, violoncelle, …). EMPYRIUM envoûte par son côté sacré.

Doté d’un son très organique et immersif (aucune retouche par ordinateur, et cela s’entend !), la production signée Markus Stock, tout comme l’enregistrement d’ailleurs, est particulièrement soignée et les arrangements de haute volée (« The Archer »). Puisant également dans la poésie et la littérature, EMPYRIUM offre un dépaysement total tout en restant musicalement très accessible. Un travail d’orfèvre !

Bandcamp : www.empyrium.bandcamp.com

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Folk/Americana International Stoner/Desert

Tony Reed : une vision positive de l’avenir [Interview]

Producteur reconnu dans le milieu du Stoner Rock et au-delà, le multi-instrumentiste TONY REED a mis entre parenthèse ses groupes Mos Generator et Big Scenic Nowhere pour sortir il ya quelques mois son premier album solo. Acoustique, très épuré et touchant, le compositeur américain a livré un « Funeral Suit » étonnant, sincère et très personnel. Rencontre avec ce monument de Seattle.

– Il y a quelques mois, tu as sorti « Funeral Suit » dans un registre où on ne t’attendait pas forcément. Quel regard portes-tu sur ce premier album solo avec un peu de recul ?

Au cours des dernières années, on m’a demandé de faire un album acoustique à plusieurs reprises. Certaines des chansons de « Funeral Suit » ont été écrites il y a plus de cinq ans. C’est un style dans lequel je suis aussi à l’aise que dans du Rock lourd et, au niveau des paroles, il ne s’éloigne pas trop du contenu des trois derniers albums de Mos Generator. La grande différence ici, c’est que les voix et les paroles sont présentées dans un cadre sans grosses guitares, ni de section rythmique agressive.

– Malgré de multiples productions, on te connait surtout en tant que leader de Mos Generator et plus récemment avec Big Scenic Nowhere. Qu’est-ce qui t’a poussé à réaliser un album Folk et presqu’Americana ? C’est un projet que tu mûris depuis longtemps ?

En fait, chaque chanson a été enregistrée telle qu’elle à l’exception de deux chansons initialement interprétées par Mos Generator. Ce sont presque toutes des démos. Je trouve que dans certains styles de musique, si tu passes trop de temps à améliorer la performance ou les arrangements, tu perds l’énergie et le sentiment de départ. Sur la plupart de ces chansons, j’ai enregistré la guitare très rapidement, puis j’ai enregistré les voix au moment où je les écrivais. Il y a beaucoup d’erreurs sur l’album, mais je ne pense pas que je changerai quoi que ce soit. Cela donne vraiment aux chansons une sensation différente.

– « Funeral Suit » est un album assez sombre et intimiste, presqu’introspectif. C’est la situation due à la pandémie qui a guidé ce choix, ou c’est quelque chose de plus profond ? Et il y aussi ce changement radical de style…

Toutes ces chansons ont été achevées avant la pandémie. Si je me souviens bien, les derniers enregistrements de l’album ont été faits en novembre 2019. Tu as raison de dire que c’est un album intime et introspectif. Je n’ai jamais été aussi transparent dans mon écriture. Au cours des dernières années, j’ai jeté un coup d’œil sur les choses que je n’aime pas chez moi et les choses que j’ai faites et qui ont blessé les personnes que j’aime. De nombreux textes de Mos Generator reflètent également ce type d’auto-analyse. Entre « Funeral Suit » et l’album de Mos Generator « Shadowlands », je pense avoir exorcisé ces sentiments et les avoir remplacé par une vision positive de l’avenir.

La mort de mon père en 2019 a également joué un grand rôle dans la création de cet album.  « Funeral Suit », la chanson, parle de son décès et de la façon dont cela affectera le reste de ma vie. Il s’agit aussi des êtres chers qui sont toujours là et qu’ils peuvent partir à tout moment. Alors, chérissez cette vie que vous avez avec eux. J’ai l’impression que mon père comprendrait tous ces sujets sombres sur lesquels je chante, s’il pouvait écouter l’album. Je l’aime beaucoup et je peux honnêtement dire que bon nombre de mes propres défauts de caractère sont ceux que je pouvais voir en lui. Il aurait compris cet album. Il était un grand fan de mon travail et m’appelait régulièrement pour me le dire. Je porte ces mots partout avec moi.

En ce qui concerne le style de musique, j’écris et j’enregistre de la musique acoustique depuis plus de 30 ans. Dans mes archives personnelles, il y a des centaines de chansons que j’ai enregistrées dans de nombreux styles. Certaines ont été publiées ou rééditées au fil des ans, et il pourrait y en avoir d’autres dans un proche avenir. En ce moment, j’ai cinq projets et groupes actifs qui écrivent et enregistrent. Le seul avec des horaires de répétition réguliers est Hot Spring Water. Cela ressemble beaucoup au Rock Country du début des années 70 en Californie du Sud. C’est une sorte de mix Country alternative et sombre. C’est un groupe formidable et c’est très sympa à jouer sur scène.

– Sur cet album, tu es seul aux commandes. « Funeral Suit » est un disque que tu tenais toi-même à mener de bout en bout ?

Je suis un maniaque du contrôle donc, pour moi, ce n’est pas si différent que pour d’autres disques. Je gagne ma vie en tant qu’ingénieur du son et producteur depuis mes vingt ans environ, ce qui me permet également d’avoir le contrôle sur mes chansons. Au fil des ans, j’ai sorti pas mal de disques où je joue de tous les instruments. Cela vient vraiment du fait que je ne suis pas une personne très sociale et que je passe la plupart de mon temps à côté d’un enregistreur avec toute sorte d’instrument de musique à la main. Et j’ai eu la chance de pouvoir en faire l’œuvre de ma vie.

– En plus de cet album très touchant, Il y a également eu « Lavender Blues » avec Big Scenic Nowhere cette année. Finalement, elle aura été assez riche pour toi. Doit-on s’attendre maintenant à un nouvel album de Mos Generator en 2021 ?

Bob (Balch, également guitariste de Fu Manchu) et moi avons une excellente relation musicale. Nous sommes tous les deux mélomanes et essayons de jouer et d’apprendre sans cesse. Big Scenic Nowhere est génial, parce que j’arrive à saisir de longues jams et à les rendre très structurées en studio. C’est un processus que je connais, mais que je n’ai jamais fait avec autant d’intensité. C’est vraiment un défi amusant. En ce qui concerne Mos Generator, j’ai passé l’année dernière à essayer de trouver des morceaux pour maintenir la présence du groupe auprès du public. Actuellement, je suis très heureux de travailler sur de nouveaux morceaux. Le problème est que nous ne vivons pas les uns à côté des autres. Jono (batterie) habite à 3.500 kilomètres de Sean et moi. Et en ce moment, il est très difficile de se réunir et de travailler sur de nouvelles compos. Mais nous prévoyons au moins d’écrire et d’enregistrer un nouvel album (peut-être un double) d’ici la fin de l’année. C’est notre objectif.

Bandcamp : https://ripplemusic.bandcamp.com/album/funeral-suit-blood-and-strings-acoustic-series-ch-2

Retrouvez la chronique de l’album : https://rocknforce.com/tony-reed-la-surprise-folk-du-chef