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Grunge post-Rock Stoner Rock

Abrams : cold vibrations

Avec deux guitaristes qui se donnent le change et une rythmique lourde, ABRAMS s’envole grâce à la voix de son frontman, véritablement habité par les textes qu’il porte. Après le sombre « In The Dark » qui les avait propulsés, les Américains changent quelque peu leur fusil d’épaule pour un Stoner Rock costaud dans lequel lévitent des ambiances très personnelles, foudroyantes et parfois sourdes. « Blue City » n’est pas un disque comme les autres et le côté Noise de certains morceaux n’y est pas étranger.

ABRAMS

« Blue City »

(Blues Funeral Recordings)

Chef de file de la scène underground de Denver, ABRAMS poursuit son expérimentation musicale, comme s’il était en quête de sa véritable identité. Sludge Progressif et post-HardCore à ses débuts avant d’emprunter des sonorités Stoner Metal teinté de Rock, le quatuor livre un cinquième album encore différent et s’aventure cette fois dans des contrées toujours Stoner, bien sûr, avec un côté Psych assumé et une impression globale très aérienne, progressive et parfois même tirant sur l’Alternative Rock.

Cet étonnant mix à l’œuvre sur « Blue City » présente aussi des couleurs post-Rock assez grungy. Une sorte de post-Grunge pleine d’émotions aux sentiments très contrastés et accrochés à des refrains accrocheurs. Et il faut bien reconnaître que cette nouvelle réalisation a également un aspect très cinématographique, mis en évidence par une tracklist qui se tient et forme une belle unité. ABRAMS nous plonge dans un monde où l’épaisseur des riffs se mêle aux mélodies.

Et la formation du Colorado a fait appel au producteur idéal pour « Blue City ». C’est en effet Kurt Ballou (Converge, Torch, High On Fire) qui a parfaitement saisi la complexité de l’univers du groupe. Sur un groove massif et une fausse impression de flou, les titres défilent avec une froideur constante pourtant pleine d’énergie (« Tomorrow », « Fire Waltz », « Etherol », « Lungfish », « Narc »). ABRAMS et son chanteur Zachary Amster trouvent l’inspiration dans de multiples sources, tout en gardant une vibration permanente qui ensorcelle.

Photo : Guy Casavan
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Heavy metal Stoner Doom Stoner Metal

The Watchers : un regard noir

Issu de l’underground Metal de San Francisco, THE WATCHERS se blottit avec une certaine férocité dans l’obscurité et les ténèbres d’un Stoner Metal dont les saveurs très 70’s sont définitivement addictives. Pour autant, il ne risque pas d’échapper très longtemps aux lumières qui devraient le relever à un plus large public. Cette deuxième production est d’une efficacité et d’une virtuosité décapante. « Nyctophilia » est un voyage musical aux atmosphères multiples et singulières qui donne envie de repartir encore et encore.

THE WATCHERS

« Nyctophilia »

(Ripple Music)

Loin des fastes de la scène Thrash Metal qui colle à la peau de la Bay Area, THE WATCHERS a pris une toute autre voie, celle d’un Stoner teinté de Heavy Metal et aux légers accents Doom. Créé en 2016, les membres du groupe ont d’abord fait leurs armes chez Spiral Arms, White Witch Canyon, Black Gates, Systematic et Vicious Rumors. Autant dire que le quatuor est rompu à l’exercice, ce qui lui permet d’évoluer avec une aisance naturelle dans un univers qu’ils s’est façonné minutieusement pour distiller un style très personnel.

Toujours produit et réalisé par Max Norman (Ozzy, Megadeth), « Nyctophilia » marque pourtant un tournant pour THE WATCHERS, qui voit ici ses compositions parfaitement mises en lumière par un son étincelant. Après l’EP « Sabbath Highway » sorti l’année de sa formation, puis le premier album « Black Abyss » et le court « High And Alive » livré en pleine pandémie, les Californiens prennent une nouvelle dimension. Ce deuxième opus avance sur des morceaux variés, très aboutis et originaux malgré d’évidentes références.

Sur une intro acoustique, THE WATCHERS nous guide vers les ténèbres comme écrasés par un soleil de plomb avec « Twilight » et «  I Am The Dark ». Sur des riffs épais et charpentés, le combo nous saisit pour ne plus nous lâcher. Emmené par Tim Narducci (guitare, chant), il déroule sur des mélodies prenantes, parfois bluesy, des solos enivrants et un chant véritablement habité (« Eastward Though The Zodiac », « Haunt You When Im Dead », « Taker »). Et l’ambiance vintage vient accentuer cette sombre et délicieuse emprise.

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International Stoner Doom Stoner Rock

Acid Mammoth : unstoppable [Interview]

Avec « Supersonic Megafauna Collision », le quatuor grec s’impose définitivement comme l’une des références du Doom européen. Si l’ascension du groupe d’Athènes a été fulgurante, elle ne doit rien au hasard, mais à la passion et au travail de ses membres. Sans se reposer sur ses acquis, ACID MAMMOTH continue sa quête musicale, tout en installant un son et une touche dorénavant très personnels. L’univers reste Doom, mais le Metal et surtout le Stoner cette fois sont autant de terrains de jeu que la formation hellène maîtrise avec une rare élégance… et s’entretenir avec Chris Babalis Jr (chant, guitare) est toujours un réel plaisir.

– L’an prochain, ACID MAMMOTH fêtera ses 10 ans d’existence et le bilan est assez exceptionnel avec quatre albums, un split EP et une belle notoriété acquise. Non seulement la pandémie ne vous a pas arrêté et vous avez aussi conservé le même line-up, ce qui devient assez rare aussi. La satisfaction est-elle totale, ou referiez-vous certaines choses différemment avec le recul ?

Quand il s’agit de regarder en arrière tout ce que nous avons fait jusqu’à présent, nous sommes clairement satisfaits. Nous vivons notre rêve, nous sortons des albums et nous donnons des concerts en dehors de notre pays. Même si ce n’est pas un travail, mais simplement un plaisir, nous vivons pour cela. Il y a certainement des choses encore à réaliser, nous avons beaucoup de projets pour l’avenir et nous travaillons tout le temps sur le groupe. Donc, il y a toujours quelque chose à l’horizon. Quand il s’agit des choses que nous ferions différemment, il y en a sûrement aussi. Cependant, chaque fois que nous y réfléchissons, on sait que nous l’avons fait, parce que c’est ce que nous ressentions à ce moment-là. Tout ce qui a été créé par le passé, on le ferait différemment maintenant, parce qu’on a changé et on a évolué. Mais il n’y a rien que nous regrettions.

– A la sortie de « Caravan », qui avait été entièrement réalisé pendant les confinements, tu m’avais dit que cette période avait finalement été très créative et même apaisante. Cette fois pour « Supersonic Megafauna Collision », cela fait suite à une belle série de concerts. Dans quel état d’esprit avez-vous composé et pris le chemin du studio ?

Nous avons composé et enregistré le nouvel album l’an dernier, tout en jouant dans toute l’Europe. On enregistrait, puis on prenait l’avion pour un concert. Et on revenait pour reprendre l’enregistrement, et ainsi de suite. Même si ce processus peut paraître intimidant à première vue, ce n’était pas le cas pour nous. Bien au contraire, cela nous a vraiment donné beaucoup d’énergie. Parfois, de retour chez nous après des concerts à l’étranger, nous avions un sentiment de vide, comme si quelque chose de beau était terminé et que nous devions retourner à notre routine quotidienne. Mais ce n’était pas le cas cette fois-ci, car chaque fois que nous terminions un spectacle et que nous devions rentrer, quelque chose d’aussi beau nous attendait à la maison : notre nouvel album !

– Je trouve que l’album présente une nouvelle dynamique à travers ses morceaux, comme si vous étiez totalement débridés. Est-ce que c’est justement le contact direct avec le public qui a changé vos perspectives et peut-être aussi la perception de votre jeu ?

Très certainement. Enregistrer un album après deux tournées a définitivement influencé la façon dont nous avons composer nos nouveaux titres. L’enthousiasme, l’énergie et tous les sentiments que nous avons ressentis sur la route ont joué un rôle crucial dans la définition du son des chansons du nouvel album. L’ensemble du processus semblait naturel lors de la composition. Nous n’avons ressenti absolument aucune pression, quant à savoir si elles seraient bonnes, ou pas. Et même si nous examinons toujours tout au microscope pendant le processus d’écriture et de production, le débat n’a jamais été de savoir si les morceaux seraient bons ou non, mais plutôt de savoir comment ils pourraient sonner encore mieux. Toute l’écriture de cet album a été remplie d’enthousiasme et de bonnes vibrations. Pas de stress, pas de pression, juste une envie de créativité et de plaisir à être et à jouer ensemble. Et quand on fait ce que l’on aime, il y a de fortes chances que quelqu’un d’autre l’appréciera aussi.

– D’ailleurs, « Supersonic Megafauna Collision » est beaucoup plus fuzz et donc Stoner que « Caravan », qui était très Metal. L’intention était d’être plus direct et frontal sur ce nouvel album ?

Pour être tout à fait honnête avec toi, en composant les chansons de ce nouvel album, nous n’avions pas de plan précis en tête, principalement parce que nous ne voulions pas tomber dans le piège du ‘il faut sonner comme ça’, car cela aurait peut-être pu être limitant et restrictif. Au lieu de ça, nous avons suivi le courant, nous avons simplement pris nos instruments et nous avons commencé à jouer. Et ce que tu entends sur le disque en est vraiment le résultat. Bien sûr, il y avait des choses que nous avions déjà en tête comme, par exemple, le concept de chaque chanson, les thèmes et l’atmosphère que nous voulions transmettre. Mais dans l’ensemble, tout s’est déroulé de manière assez organique et simple. Les nouvelles chansons ne sont pas l’assemblage de différents riffs. Une fois qu’une première idée de chanson était proposée, toute la structure se développait à partir de là jusqu’à finalement se couvrir de chair et d’os et prendre forme.

– Ce qui surprend aussi cette fois, c’est la progression que l’on ressent au fil des morceaux, un peu comme si vous développiez un concept sur l’album. Est-ce le cas ? Et y a-t-il un lien entre les chansons, une sorte de fil conducteur sur « Supersonic Megafauna Collision » ?

Bien qu’il n’y ait pas d’histoire globale sur tout l’album, au moins sur le plan musical, les chansons sont liées, car elles expriment nos sentiments au moment où elles ont été composées. En ce qui concerne les concepts derrière « Supersonic Megafauna Collision », chaque chanson a son propre thème et sa propre direction. Les ambiances que nous avions en tête ont ensuite joué un rôle crucial dans la composition de la musique. Nous avons fermé les yeux et nous nous sommes imaginés dans les situations que décrivent les morceaux. Cela nous a vraiment aidés à nous immerger dans ces histoires et à composer d’une manière sincère et sans retenue ce qui, selon nous, rend vraiment justice aux nouveaux titres.

– ACID MAMMOTH conserve ici encore ce côté hypnotique et aérien sur plusieurs morceaux pour atteindre un sommet sur « Tusko’s Last Trip » et ses 12 incroyables minutes. Clore l’album avec un tel titre est une belle synthèse d’ailleurs. C’est aussi comme ça que vous l’avez écrit, avec cette ambition de terminer sur un moment très fort ?

Pour ce qui est de « Tusko’s Last Trip », ce qui est venu en premier était le concept, puis la musique s’est développée en conséquence. Cette histoire nous brise vraiment le cœur. ‘Tusko’ était un éléphant qui vivait dans le zoo d’Oklahoma City dans les années 1960. Il est mort tragiquement après de nombreuses souffrances dues à de cruelles expérimentations humaines, au cours desquelles des scientifiques lui ont injecté une gigantesque dose de LSD. Il ne l’a pas supporté, il a immédiatement eu des spasmes, il souffrait et ne pouvait plus respirer. Il a énormément souffert jusqu’à sa mort. Dans notre nouvel album, nous avons voulu lui rendre hommage en lui écrivant cette chanson, en racontant sa triste et tragique histoire. Nous sommes contre les expérimentations humaines sur les animaux, car elles leur infligent des douleurs et des souffrances, tant physiques que psychologiques, qui peuvent aller jusqu’à la mort. C’est dans cette optique qu’a été composé « Tusko’s Last Trip ». C’est une chanson triste, mais qui parle directement à notre cœur chaque fois que nous pensons à sa douleur, à sa peur et à son sentiment de désespoir dans ses derniers instants. Nous avions envie de raconter son histoire, et nous avons pensé qu’un morceau gigantesque comme celui-ci pour clôturer l’album était le moyen idéal.

– « Supersonic Megafauna Collision » est toujours aussi organique et authentique dans le son. Sur les deux albums précédents, vous aviez travaillé avec votre ami Dionysis Dimitrakos, dont tu me disais qu’il était le cinquième membre du groupe. Est-ce toujours le cas, car l’identité musicale d’ACID MAMMOTH est de plus en plus claire ?

Dionysis est définitivement le cinquième membre du groupe. C’est notre ingénieur du son et il est chargé de bien nous faire sonner. Il connaît très bien notre son et il sait exactement ce que nous voulons avant même que nous le lui disons. Il a rendu justice à nos albums et nous ne nous voyons pas travailler avec quelqu’un d’autre dans le futur. C’est l’homme idéal pour ce poste et nous ne pourrions être plus heureux que de travailler avec lui. On le dit souvent, mais c’est vrai : nous aimons toujours travailler avec les mêmes personnes pour chaque sortie, à savoir le même label, le même ingénieur du son, le même line-up et le même artiste pour la pochette de l’album ! Ainsi, Dionysis fait partie de ces personnes avec qui nous continuerons à travailler, car il est une partie très importante du groupe et de sa musique.

– D’ailleurs, en préparant l’interview, je me suis replongé dans votre discographie et l’évolution technique, comme purement sonore, est assez flagrante et c’est très normal. J’ai le sentiment qu’un cap avait déjà été franchi sur « Caravan » et qu’avec « Supersonic Megafauna Collision », vous vous affirmez beaucoup plus nettement dans un Doom très Stoner et Fuzz. L’équilibre est-il définitivement le bon à vos yeux ?

Chaque fois que quelqu’un nous pose la question, nous répondons toujours que nous faisons du Doom. Et c’est vrai que notre musique est fondamentalement ‘doomesque’. Cependant, nous ne pouvons pas nier le fait qu’elle comporte également des éléments de Stoner Rock. C’est d’ailleurs quelque chose qui s’est produit un peu accidentellement, sans un réel désir de l’incorporer directement. En ce qui concerne l’équilibre, on a l’impression que cela change d’un album à l’autre. Nous pensons que le nouveau, tout comme « Under Acid Hoof », contient définitivement des éléments Stoner, qui étaient absents sur « Caravan », qui était bien plus sombre et déprimant. Pour les prochains albums, nous pensons qu’il est temps d’adopter une approche plus ‘psychédélique’, ce qui nous semble très intéressant à expérimenter.

– Enfin, avec dorénavant quatre albums à votre actif, votre répertoire s’est considérablement élargi, ce qui vous laisse le choix pour concevoir des setlists très différentes pour vos concerts. Est-ce quelque chose à laquelle vous réfléchissez déjà ? Créer en quelque sorte des ‘concepts-concerts’ ?

Nous avons beaucoup de projets pour nos prochaines setlists, y compris ajouter de nouvelles chansons, ainsi que des plus anciennes que nous n’avons jamais jouées en live auparavant. Par exemple, mis à part les nouveaux titres, nous avons toujours voulu jouer en live « Eternal Sleep » de notre premier album éponyme, ainsi que d’autres comme « Black Dust » et « Under Acid Hoof ». Nous allons certainement faire quelques ‘concepts-concerts’ dans le futur. Peut-être même jouer l’un de nos albums dans son intégralité, comme nous l’avions fait l’année dernière à Athènes lorsque nous avons joué l’ensemble d’« Under Acid Hoof ». Nous verrons. C’est passionnant, car les possibilités sont multiples et elles sont toutes passionnantes à envisager !

« Supersonic Megafauna Collision », le nouvel album d’ACID MAMMOTH, est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Retrouvez le groupe en interview, ainsi que la chronique de « Caravan » :

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Classic Hard Rock Proto-Metal Stoner Rock

Tigers On Opium : un panache hyper-Rock

Pour son premier album, c’est presqu’une leçon que donne TIGERS ON OPIUM, tant les sonorités à l’œuvre sur les titres de « Psychodrama » paraissent à la fois tellement évidentes et d’une grande créativité. C’est une espèce de revue des effectifs Rock et Metal qu’est parvenu à réaliser la formation, tant les ambiances et les mélodies impressionnent par leur maîtrise et leur originalité. On assiste très rarement à de telles entrées en matière aussi Heavy et planantes que groovy et percutantes.  

TIGERS ON OPIUM

« Psychodrama »

(Heavy Psych Sounds)

Après avoir écumé les scènes de l’Ouest des Etats-Unis et sorti deux EP, le fougueux groupe de Portland, Oregon, passe enfin aux choses sérieuses et présente « Psychodrama », un premier effort exceptionnel. On y découvre sur la longueur tout le talent des Américains à travers un style personnel très particulier, qui se trouve au croisement de nombreux registres qui se fondent dans une belle et fluide harmonie. TIGERS ON OPIUM développe un Classic Rock mâtiné de proto-Metal avec des éclats de Stoner Rock bien sentis et quelques solides coups de Fuzz.

« Psychodrama » est une sorte de concept-album, basé sur le modèle d’une thérapie de groupe dont le frontman Juan Carlos Careres s’est inspiré pour l’écriture des morceaux. Abordant des sujets graves, TIGERS ON OPIUM ne livre pourtant pas un album trop sombre, malgré quelques passages tempétueux, où il flirte même avec le Psych et le Doom. La richesse musicale du quatuor sort vraiment des sentiers battus et la production très organique de l’ensemble a un côté épique et solaire, avec ce grain 70’s parfaitement distillé.

Autour des deux six-cordistes, on se perd dans les twin-guitares, les riffs soutenus et les solos aériens. TIGERS ON OPIUM parvient toujours à capter l’attention grâce à la voix directe de son chanteur, soutenu par ses camarades aux chœurs. Les quelques parties de piano viennent apporter ce qu’il faut d’accalmie dans ce dédale d’émotion (« Black Mass », « Diabolique », « Sky Below My Feet »). Avec une grande liberté, le combo s’offre de magnifiques envolées, qui culminent sur les géniaux « Radioactive » et « Separation Of Mind ». Du grand art !

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Grunge Heavy Stoner Psych Stoner Rock

Disastroid : sauvagerie urbaine

Avec ce quatrième album, les trois Américains risquent de marquer les esprits, tant la lourdeur vibratoire qui enveloppe et s’étend sur l’ensemble de « Garden Creatures » a de quoi faire trembler la faille de San Andreas. Massifs et percutants, les morceaux de ce nouvel opus de DISASTROID prennent tous les chemins de traverse, via un flux où s’entrechoquent Stoner, Noise, Grunge et un soupçon de Psych. Une synthèse palpitante et insaisissable.   

DISASTROID

« Garden Creatures »

(Heavy Psych Sounds)

A en croire le groupe, les recoins des maisons résidentielles de San Francisco ne sont pas si sûrs que ça et il s’y passe même des choses sinon terrifiantes, tout au moins lugubres. Au sein des jardins envahis de végétation, dans les caves pleines de secrets et au hasard des crimes et dans une solitude pesante, DISASTROID a imaginé et conçu un album assez obsessionnel, à l’épaisseur trouble et dans un registre où le Grunge et le Noise se fondent dans un Stoner Rock vrombissant et sérieusement Heavy.

Et l’un des grands artisans de l’atmosphère si spéciale de « Garden Creatures » est aussi Billy Anderson, connu pour ses collaborations avec Sleep, Melvins et Neurosis entre autres, qui a réalisé une incroyable production, que ce soit dans l’ambiance globale du disque que dans chaque détail. Si DISASTROID se sert du Stoner Rock comme socle principal et aussi comme fil conducteur, c’est pour mieux distiller un Grunge 90’s hyper-fuzz, d’où la voix d’Enver Koneya, également guitariste, s’envole dans une forme de songe vaporeux, mais appuyé.  

Entre Noise et Heavy Rock, le power trio nous présente probablement la facette la moins glamour de San Francisco. De leur côté, Travis Williams (basse) et Braden McGaw (batterie) procèdent à un broyage en règle sur un groove dévastateur, flirtant même avec certains aspects Doom. Décidemment, DISASTROID n’est jamais à court d’idées, n’hésitant à mêler le son de la scène de Seattle du siècle dernier avec un Stoner moderne et pachydermique (« Garden Creatures », « Figurative Object », « 24 », « Light’Em Up, « Jack Londonin’ »). Une baffe !

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Heavy Stoner Psych Stoner Prog

Mr Bison : des ondes astrales

Depuis « We Don’t Like Love Songs », son premier EP sorti en trio en 2011, MR BISON en a fait du chemin et la route tracée devient de plus en plus limpide au fil des albums. Quatre ans après le superbe et conceptuel « Seaward », les Transalpins montrent une ambition débordante sur « Echoes From The Universe », à nouveau saisissant. Heavy, Psych et Prog, leur Stoner Rock se démarque habillement et se pose hors du temps.  

MR BISON

« Echoes From The Universe »

(Heavy Psych Sounds)

Pourtant originaire d’une petite ville de la côte de Toscane, c’est la mythologie nordique qui a cette fois inspiré MR BISON, à laquelle il a d’ailleurs intégré des éléments SF, offrant à « Echoes Of The Universe » une ambiance très particulière. En jouant sur l’aspect Heavy du Stoner et un côté Psych très progressif, le quatuor parvient, comme sur ses précédents opus, à combiner force et délicatesse pour mieux nous embarquer dans un univers féérique et très polymorphe avec brio.

Grâce à un équilibre parfait, MR BISON allie des références 70’s issues de la scène progressive, à un son très moderne qui rappelle l’actuelle vague Stoner européenne. Aidé de synthés, d’orgue Hammond et de mellotron, le groupe installe des atmosphères soignées et très travaillées. Bercé et enveloppé de la voix de Matteo Sciochetto, « Echoes From the Universe » n’élude pas de somptueuses parties de guitares, sa faisant même acoustiques comme pour libérer certaines respirations.

S’il y a bien un disque où l’on peut parler de créations de paysages musicaux élaborés, c’est bien celui de MR BISON, qui atteint des sommets avec ce cinquième opus. Aérés et aériens, mais aussi massifs et dynamiques, ces sept nouveaux titres disposent d’une très bonne production signée de son guitariste Matteo Barsacchi, qui nous fait pleinement profiter de ce voyage sonore enchanteur (« Child Of The Night Sky », « Dead In The Eye », « The Promise », « The Veil »). Les Italiens livrent leur réalisation la plus aboutie à ce jour.

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Doom Heavy metal Old School

The Obsessed : le cinquième monument

Depuis sa création il y a près de cinq décennies, THE OBSESSED n’a jamais trahi la cause : elle sera Heavy et Doom, ou ne sera pas ! Et l’inflexible Wino, père fondateur de l’institution, veille au grain. « Gilded Sorrow » s’inscrit donc dans cette tradition, cette patte qui a fait des Américains l’un des précurseurs du genre, mais aussi l’un de ses plus fidèles représentants. Sur une production ténébreuse, on se laisse porter par ce chant si particulier, ses guitares imposantes et cette rythmique lourde et massive…. avec la même délectation.

THE OBSESSED

« Gilded Sorrow »

(Ripple Music)

C’est en 1976 à Potomac, Maryland, que Scott ‘Wino’ Weinrich a posé les fondations de THE OBSESSED, encore baptisé Warhorse. Quatre ans plus tard, le groupe fait sa mue et s’apprête à marquer les esprits, malgré un parcours pour le moins atypique. Un EP en 1983, « Sodden Jackal », puis un premier album éponyme, qui ne sortira finalement qu’en 1990, suffiront à façonner le mythe. Deux autres disques suivront en 1991 et en 1994 avant la séparation. Mais le trio était déjà entré dans la légende et il se pose alors dans l’inconscient Metal collectif.

Après avoir rejoint la Californie pour Saint Vitus, Wino fonde Spirit Caravan, puis Shine. C’est en 2017 que THE OBSESSED renaît de ses cendres et dans une formule en quatuor. « Sacred » remet le groupe sur de solides rails plus de 20 ans après « The Church Within » et s’impose sur la scène Metal underground américaine. Basé sur un Heavy Metal radical et des ambiances Doom écrasantes, ces réalisations sont devenues des classiques et c’est dans cette même veine que se déploie « Gilded Sorrow », le cinquième monument. Le morceau-titre est d’ailleurs un modèle du genre et presqu’une signature.

La recette est restée identique. Old School et hargneux, le Heavy Metal de THE OBSESSED évite le superflu pour aller à l’essentiel sur des riffs acérés et bruts dont l’objectif est une efficacité de chaque instant. Epais, groovy et sombre, « Gilded Sorrow » garde toujours cet esprit vintage, mais avec beaucoup de fraîcheur dans le jeu. Rugueux et massifs, les neuf titres nous propulsent sans ménage dans des atmosphères saisissantes et obscures (« Daughter Of An Echo », « The Obsessed », « Stone Back To The Bomb Age », «  Wellspring-Dark Sunshine », « Jailine »). Déjà essentiel !

Photo : Jessy Lotti
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Classic Rock Progressif Stoner/Desert

Big Scenic Nowhere : sans limite

Ils ont beau être très occupés tous les quatre avec leur groupe respectif et différents projets annexes, les membres de BIG SCENIC NOWHERE continuent l’aventure en se livrant cette fois dans un répertoire Classic Rock, toujours emprunt de Stoner et de Desert Rock, guidé par un groove tantôt progressif, tantôt plus costaud. « The Waydown », troisième album auxquels viennent s’ajouter deux EP, plonge dans des espaces plus identifiables, certes, mais tout en mélangeant toujours des tempos et des ambiances variés.

BIG SCENIC NOWHERE

« The Waydown »

(Heavy Psych Sounds)

Fondé il y a quatre ans sous l’impulsion d’un quatuor constitué de cadors de la scène Stoner/Desert Rock, BIG SCENIC NOWHERE continue de livrer des albums toujours plus aboutis et surprenants. L’une des particularités des Américains est aussi d’évoluer au fil des réalisations devenant un collectif dans lequel viennent se greffer et se fondre des invités prestigieux qui se prêtent à l’exercice avec talent et virtuosité. « The Waydown » révèle cette fois un visage nouveau, sans pour autant renier les fondements qui ont forgé son identité sonore et musicale.

Sur des bases aussi diverses qu’inamovibles, BIG SCENIC NOWHERE explore de nombreux horizons et va encore étonner tant le champ d’investigation est spectaculaire depuis sa première production, « Vision Beyond Horizon » en 2020. Bob Balch (Fu Manchu, Slower) à la guitare et sur tous les fronts actuellement, Tony Reed (Mos Generator) à la basse, aux synthés et surtout au chant, Gary Arce (Yawning Man) à la guitare et Bill Stinson (Yawning Man) à la batterie forment une entité très soudée et capable d’atteindre des sommets de créativité.

Avec « The Waydown », c’est dans une lignée Classic Rock, toujours très infuzzée, que BIG SCENIC NOWHERE s’engouffre en proposant des morceaux lumineux et hors du temps. Loin  des jams qui l’ont toujours caractérisé, le songwriting est plus traditionnel, faisant la part belle au Rock Progressif, à la Funk Psyché, à quelques passages Surf Rock et même Soul Blues. L’interprétation est magistrale et Reeves Gabrels (The Cure, Bowie), Per Wiberg (ex-Opeth) et Eliot Lewis (Hall And Oates) viennent aussi prêter main forte sur cet opus aussi accrocheur qu’envoûtant. Monumental !

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Heavy Stoner Stoner Metal Stoner Punk

The Clamps : pleine balle

Speed Stoner’n’Roll est en effet le terme qui caractérise le mieux le registre des transalpins de Bergame. Sans concession et imbibé d’un Fuzz constant, ils livrent une sorte de brûlot post-pandémique, où l’on a vraiment le sentiment que chacun d’entre-eux a dû être malade en même temps et un paquet de fois ! Une chose est sûre, ils l’ont très mal pris et « Megamouth » semble agir comme un shot d’adrénaline, un vaccin à retardement finalement… THE CLAMPS n’est pas content, et cela s’entend.

THE CLAMPS

« Megamouth »

(Heavy Psych Sounds)

Depuis ses débuts en 2012, le trio n’a pas pris l’habitude de s’encombrer de trop de fioritures. Et ce n’est sûrement pas avec « Megamouth » que les choses vont soudainement changer. Bien au contraire, puisque THE CLAMPS n’a toujours pas digéré l’épisode pandémique de 2020/21 et c’est avec une rage non-contenue qu’il nous balance en pleine tête un troisième opus brut de décoffrage. Ici, le Stoner se pare de Rock’n’Roll, de Punk et de Metal dans un réjouissant maelstrom.   

THE CLAMPS ouvre les hostilités avec le morceau-titre, d’ailleurs entièrement instrumental, et qui s’avère même être l’une des pépites de l’album. Ben (guitare, chant), Bely (basse) et Marcy (batterie) sont là pour en découdre et ne lèvent pas une seule fois le pied tout au long de « Megamouth ». Si l’énergie, intense, va puiser dans divers genres, c’est bel et bien le Stoner très Metal qui domine les débats. Et bien sûr, c’est le nom de Motörhead qui vient immédiatement à l’esprit et l’influence de l’autre trio est omniprésente. Et c’est tant mieux !

Véritable tabassage en règle, « Megamouth » fait presque figure d’exutoire pour des Italiens survoltés et assez peu portés sur le détail, mais plutôt sur les déflagrations à l’œuvre sur ce nouvel opus rageur. Pour autant, si la sauvagerie et la colère sont manifestes, THE CLAMPS ne livre pas un Stoner aussi rudimentaire qu’il n’y parait et montre même une étonnante diversité (« Forty-Nine », « Bill Jenkins’ », « CuboMedusa », « Bombs »). Efficace, véloce et incandescent, le combo assomme autant qu’il réveille les morts.

Photo : Senza Titolo
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Heavy Psych Rock Stoner Blues

Ritual King : souverain

En moins de dix ans d’existence, le groupe de Manchester a pris tellement de hauteur qu’il atteint dès son deuxième effort des cimes inouïes. Sensible et authentique, le jeu de RITUAL KING offre une sensation de grande découverte et à la fois d’une évidence absolue. Maîtrisant toutes les facettes d’un registre très élargi, c’est vrai, le combo de Manchester s’ouvre des voies et des espaces musicaux hypnotiques et capables de déclencher aussi des instants de fureur parfaitement canalisés. « The Infinite Mirror » est rassembleur et tellement instinctif.

RITUAL KING

« The Infinite Mirror »

(Ripple Music)

Depuis 2016, RITUAL KING pose et impose son style sur la scène Stoner anglaise notamment. Dès « Earthrise », EP sorti en 2018, le trio n’a eu de cesse de faire reculer les frontières du genre. Il y a trois ans, c’est avec son premier album éponyme qu’il a véritablement affiné et peaufiné son style si particulier. S’inspirant des pionniers du genre en maintenant ce côté brut, souvent rugueux et sauvage, Jordan Leppitt (guitare, chant), Dan Godwin (basse) et Gareth Hodges (batterie) continuent leurs expérimentations à base de Psych, de Classic Rock et d’un Heavy Blues ravageur.

Toujours aussi surprenants et créatifs, les Britanniques entretiennent une certaine tradition, qu’ils se sont tellement bien appropriés qu’ils en font aujourd’hui ce qu’ils veulent. « The Infinite Mirror » se présente donc comme un album très abouti, constitué de seulement cinq morceaux généreusement longs et faits de paysages sonores très changeants, dans lesquels on se plonge au gré des solos bluesy, des cavalcades rythmiques massives et de ce chant lointain et hypnotique. RITUAL KING n’a pas son pareil en termes d’approche, tant les territoires sonores sont multiples et uniques.

Expansifs et très immersifs, les Mancuniens prennent le temps de poser des atmosphères saisissantes et dès « Flow State », on découvre que « The Infinite Mirror » ne sera définitivement pas comme son prédécesseur. Faisant la part belle aux longues plages instrumentales, RITUAL KING s’exprime pleinement à travers des passages aériens captivants comme des solos brûlants, où le côté Heavy Blues prend le dessus grâce à son guitariste. Véritable kaléidoscope Psych et Stoner, ce deuxième opus brille par sa maturité et son sens narratif (« Landmass », « Tethered » et le morceau-titre). Magistral !