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The Last Internationale : fighting for freedom [Interview]

Dans un Rock brut, autant nourri de Hard Rock que de sonorités bluesy et paré d’un léger voile vintage, les New-yorkais font un peu figure d’épouvantail dans un paysage musical, où la fraîcheur manque souvent et où les cases se remplissent de bons élèves bien tranquilles. THE LAST INTERNATIONALE est là pour sonner la révolte et la liberté, n’en déplaisent aux rockeurs de salon. Avec la musique comme instrument de lutte, il porte haut et fort une parole qui alerte sur l’état de notre société et les inquiétudes qu’elle suscite. Pour autant, le duo chante l’espoir et ce nouvel album est exaltant à plus d’un titre. Sensible et percutant, il continue aussi d’avancer en totale indépendance en ne suivant que les contraintes qu’il se fixe lui-même. Forcément, en plus d’être musicalement appliquée, fougueuse et inspirée, la démarche du groupe est également très engagée. Une chose qui tend aussi à disparaître dans une industrie musicale apathique. Avec « Road To Freedom », la chanteuse Delila Paz et le guitariste Edgey Pires donnent des indication sur la voie à suivre dans un style authentique aux riffs appuyés, qui ne ressemble qu’à eux et qui conjugue la force des émotions d’une voix libre dans un combat artistique captivant et saisissant de vérité. Un entretien évidemment un peu politique…

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais que l’on revienne sur ce « Live In Europe » que vous avez sorti en janvier dernier. On sait, et on y reviendra, que vous tournez beaucoup. Est-ce que c’est important aussi pour vous d’en garder une trace sur disque ?

Delila : Cela fait déjà un moment qu’on voulait le faire, alors nous avons décidé d’enregistrer nos concerts, spécialement quand nous venons en Europe. Il se passe aussi quelque chose au niveau du son. Je trouve qu’il s’améliore au fil des dates. C’est aussi pour ça qu’on avait envie de montrer à quoi ressemblent nos concerts. Ce sont toujours des moments particuliers et nous avions choisi les meilleurs.

– A propos de concert justement, vous allez entamer une grande tournée européenne ce mois-ci avant de revenir en France pour une douzaine de dates en février prochain. J’ai l’impression que vous entretenez une relation particulière avec le public européen et notamment français. Qu’est-ce qui change par rapport aux Etats-Unis notamment ?

Edgey : Oui, c’est vrai que nous entretenons une relation particulière avec le public français, c’est sûr, beaucoup plus qu’avec Los Angeles ! (Rires) Et c’est pour ça qu’on revient toujours ! (Sourires) Et puis, nous ne tournons pas beaucoup aux Etats-Unis, non plus ! (Sourires) La France est spéciale pour nous…

Delila : Même si nous chantons en anglais, les Français sont attentifs et très concentrés sur les paroles. Ils viennent toujours nous en parler avec beaucoup de profondeur et de sens, c’est très intéressant.

– D’ailleurs, quand on parle de THE LAST INTERNATIONALE, on parle essentiellement de votre duo et à juste titre. Pourtant, vous êtes accompagnés en concert. Est-ce que vous avez aujourd’hui un groupe stable pour la scène ?

Edgey : Oh non, je ne pense pas ! Nous n’en avons jamais vraiment eu ! (Rires) Mais ce sera le cas sur notre prochaine tournée. On a joué avec le batteur anglais Joe Lazarus, qui est phénoménal et à la basse, on avait Chris #2 d’Anti-Flag. Mais c’était surtout un line-up spécial pour des festivals qui étaient des évènements un peu spéciaux. Pour la prochaine tournée, notre ami et bassiste Anthony Meier, qui a joué avec Radio Moscow, va nous rejoindre. Nous travaillons avec lui depuis longtemps et il est vraiment incroyable. C’est vrai que nous avons une rythmique fantastique pour cette prochaine tournée. Donc, cette année, c’est stable, mais on verra bien ce qu’il se passe ! (Rires) Après, tu sais, c’est toujours compliqué lorsque tu veux avoir les meilleurs musiciens. Ils ont toujours d’autres groupes ou d’autres engagements et c’est parfois difficile de concilier les plannings, car on veut toujours jouer avec les meilleurs. Et puis, on annonce souvent nos tournées à la dernière minute aussi, ce qui n’aide pas beaucoup ! (Sourires) Pour l’instant, nous sommes très chanceux pour l’année prochaine, car tout le monde est à bord.

– Parlons de ce sixième album, qui est tout en contraste. De prime abord, c’est peut-être le plus sombre et d’un autre côté, il est réellement porteur d’espoir. Est-ce une manière de dire que, même si l’époque est difficile et incertaine, il faut rester optimiste quoiqu’il arrive et relever le défi de l’actuelle dérive mondiale ?

Delila : C’était vrai qu’il est difficile de trouver de l’espoir sur l’album. Mais c’est pourtant ce que nous avons tenté de faire avec « Road To Freedom », et on peut aussi en retrouver jusque sur la pochette de l’album d’ailleurs. L’idée n’est pas tellement de rester optimiste, car le monde est tellement sombre. Il s’agit plutôt de se concentrer que ce qui est en train de se passer et d’essayer de trouver quelques fragments d’espoir. C’est ça qui peut atteindre les gens.

Edgey : Oui, et cela a beaucoup de sens pour moi. La musique sert à ce dessein. Elle apporte l’espoir dans les vies, mais c’est une chose difficile à diffuser. Lorsque j’ai lu les ‘Situationnistes’ (organisation de théoriciens, stratèges et activistes révolutionnaires opérant dans les domaines culturels, artistiques, politiques, sociaux et désireux d’en finir avec la société de classes et la « dictature de la marchandise » – NDR), il y a une phrase qui m’a frappé. Elle disait que l’espoir est la main de la soumission. Donc, l’espoir peut être une mauvaise chose, si vous ne la transformez pas en une action concrète. Et c’est précisément ce que nous essayons de faire, c’est le but de notre musique. Ne pas juste espérer un meilleur avenir, mais faire en sorte qu’il arrive à travers l’action justement.

– THE LAST INTERNATIONALE a toujours été un groupe engagé sur un terrain social et humain d’abord. Avec « Road To Freedom », on sent des positions clairement politiques, même si elles sont passées sous un prisme personnel. Selon vous, est-ce que, plus que jamais, le premier des combats à mener actuellement est-il celui de la liberté ?

Delila & Edgey : Plus que jamais ! (Rires)

Edgey : Oui, plus que jamais, bien sûr. Cette lutte pour la liberté a toujours existé, cela fait des générations. C’est la même que menait Martin Luther King. S’il était encore vivant, il serait dans la rue et aussi radicalisé que Malcolm X ou Che Guevera. En tout cas, c’est mon opinion, car les risques sont très élevés. Il y a les armes nucléaires, le réchauffement climatique, etc… Je pourrais te donner une liste complète de tous ces risques, mais tout le monde les connaît. Le monde entier connaît ces problèmes et sait qui en est responsable. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est de nous organiser et de trouver une manière de nous défendre.

– Pour rester sur cette thématique de la liberté, j’ai aussi remarqué que c’était un mot qui revenait souvent dans vos chansons, et pas seulement sur ce nouvel album. Est-ce quelque chose qui reste au cœur de la musique et de la démarche de THE LAST INTERNATIONALE ?

Edgey : Delila aime chanter la liberté, c’est sûr ! (Sourires)

Delila : Oui, il y en a, mais il n’y en a pas encore assez ! (Sourires) C’est vrai que c’est un mot qui revient souvent dans notre musique. C’est une question de liberté personnelle, car on peut vite se sentir emprisonnés en tant qu’être humain. D’ailleurs, je porte un t-shirt avec le mot ‘Liberté’ écrit dessus ! C’est inconscient ! (Rires)

Edgey : Oui, je n’avais même fait fait attention ! (Rires) Et puis, tu sais, si vous avions cette liberté, nous ne la chanterions pas…

– En 2014, vous chantiez « 1968 », qui faisait écho aux mouvements sociaux en France, en 2023 c’était « 1984 » en référence au livre d’Orwell et aujourd’hui « Animals » décrit parfaitement ce que l’on retrouve un peu partout dans le monde, y compris dans nos démocraties. THE LAST INTERNATIONALE est-il plus que jamais un groupe engagé et revendicatif ? On a vraiment le sentiment que votre démarche va bien au-delà de la musique…

Edgey : Oui, je pense que c’est l’essentiel. Que disait déjà le grand Pete Seeger que j’adore ? ‘La musique peut changer le monde, mais pas un seul musicien dans son coin’, ou quelque chose comme ça. Cela signifie que la musique est une chose puissante, mais qui a aussi ses limites. Pour nous, en tant que groupe, nous utilisons notre musique comme un outil. Mais en dehors du groupe, chaque artiste dans le monde est un individu et un citoyen. C’est une responsabilité que nous n’oublions pas, que ce soit en tant qu’artistes ou comme citoyens. Tout cela va bien au-delà de la musique. Donc, si nous n’avions pas été musiciens, tu nous aurais de toutes façons aussi vu dans les rues !

Delila : Tout a commencé pour moi lorsque j’avais huit ou dix ans. Je suis allée protester devant un cirque. Je pense que c’est là que tout a commencé. On écrivait déjà des pamphlets sur la cruauté animale envers les éléphants. De New-York à Paris, les gens protestent d’une manière ou d’une autre. D’ailleurs actuellement en France, les lycéens et les étudiants manifestent en nombre. C’est la même chose ici.

– D’ailleurs et pour clore le sujet, comment vivez-vous l’actuelle situation chez vous à New-York ? Même si votre maire est un homme ouvert et attentif à l’aspect social de sa politique, quel est l’état d’esprit et l’ambiance globale aux Etats-Unis, en tout cas de votre point de vue ? L’atmosphère a-t-elle beaucoup changé ces dernières années ?

Edgey : Oui et c’est totalement l’inverse de ce que portent les médias. Le peuple américain et sa population sont toujours déconstruits par les médias. C’est pour cette raison que les organisations sociales ont du mal à se mettre en place. Les médias, le gouvernement et la classe aisée travaillent ensemble pour s’assurer que le peuple soit divisé. Et tu peux le constater dans la mouvance MAGA. Tu poses là une question complexe, qui demanderait des heures de discussion. Si je peux la résumer rapidement, je dirai que les Etats-Unis ont également une classe ouvrière, mais elle n’est pas aussi consciente comme elle peut l’être en France, par exemple. C’est donc plus facile de nous diviser. Les aspirations des classes ouvrières et moyennes sont légitimes, tout comme leurs préoccupations. C’est là-dessus que le mouvement fasciste porté par quelqu’un comme Donald Trump a capitalisé sur les deux dernières élections présidentielles. Dieu merci, il n’a rien de d’impressionnant. C’est un idiot, un abruti et ça, tout le monde le sait. Il nous faut donc une personne charismatique et intelligente pour galvaniser les gens, comme Trump l’a fait. La réponse est très simple. Nous devons non seulement tous nous unir sur des lignes idéologiques claires, mais aussi sur le fait qu’il faille bâtir des digues pour que des gens comme Trump ne soient plus élus. C’est un coup de pression qu’il faut mettre. C’est une lutte très sérieuse, car nous sommes tous de la classe ouvrière et il faut éviter que l’on puisse nous diviser. Nous devons débattre intelligemment de tout ça.

– Revenons à votre album et j’aimerais qu’on dise un mot de la production de « Road To Freedom » que vous avez assuré avec trois autres producteurs. Elle est nettement plus ample et bénéficie d’un gros travail sur les arrangements. Aviez-vous besoin de passer un cap au niveau du son ? D’être peut-être un peu moins ‘roots’ et brut qu’auparavant ?

Edgey : Oui, peut-être, mais ce n’est pas si évident. Je me suis beaucoup impliqué dans le mixage, c’est vrai. Et j’ai appris tellement de choses. J’ai commencé à m’en occuper et j’ai donc beaucoup appris la prise de son et le mix pour que l’album sonne mieux. Et crois-moi, cela s’est traduit par des nuits blanches et pas mal de frustration… De quoi s’arracher les cheveux ! (Rires) Ce n’est pas un processus si amusant que ça. De manière générale, il y a eu quelques changements dans l’écriture et aussi peut-être un peu dans la façon de chanter de Delila…

Delila : Je pense qu’on a travaillé différemment et on a aussi beaucoup appris, c’est vrai. On n’a jamais abordé un album en se disant qu’on allait le faire sans en retirer quelque chose et en se disant que ce serait bon de toutes façons. Nous sommes allés plus loin, on a vraiment poussé tous les paramètres au maximum.

Edgey : Cela dit, il n’y a jamais eu le moindre compromis au niveau du son. L’album nous a coûté très cher, car nous avons voulu enregistrer certaines chansons deux ou trois fois. Et on a aussi joué certains titres avec plusieurs batteurs que l’on n’a pas retenu…

– Enfin, vous avez enregistré « Road To Freedom » loin de New-York, puisque vous êtes allés au Portugal. Aviez-vous besoin de vous couper de votre milieu urbain au point de mettre un océan entre vous ?

Delila : Oui, nous avons même conçu un studio nous-mêmes là-bas. Par ailleurs, Edgey a des racines familiales au Portugal, et c’est vrai que c’est un endroit vraiment super pour réfléchir tranquillement et se concentrer sur la musique. Cela nous a permis de nous poser. Nous avons même travaillé le bois pour construire le studio. Mais New-York est en nous et on ne peut pas y échapper ! (Rires)

Edgey : En fait, une bonne partie de l’album a été composée à New-York. Une fois que le travail d’écriture était fait, nous sommes ensuite partis au Portugal nous isoler et enregistrer les morceaux. Là, nous nous sommes vraiment déconnectés de tout. Nous n’avons parlé à personne et notre seule interaction avec le monde extérieur était avec la caissière du supermarché, notamment. C’est quelque chose que nous faisons en général quand nous enregistrons, mais cette fois, nous étions encore plus isolés de tout. Bien sûr, nos avons beaucoup interagis avec les autres musiciens et nous savions aussi ce qui se passait dans le monde, mais nous n’avons vraiment réellement rencontré personne. Et pour conclure, je voulais dire quelque chose qui m’a un peu déçu concernant ce nouvel album. Nous avons enregistré une chanson avec Tom Morello, mais comme nous étions hors délai, elle ne figure pas sur l’album. Cependant, vous allez bientôt la découvrir. Nous ne savons pas encore sous quel format, ni quand, mais elle arrive ! Peut-être sur une version Deluxe de l’album ! (Rires)

Le nouvel album de THE LAST INTERNATIONALE, « Road To Freedom », est disponible chez Vivienne Music Label.

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