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Blues Hard 70's Rock 70's Soul / Funk

DeWolff : délicatement affiné

Par bonheur, il existe toujours des groupes pour qui l’analogique signifie encore quelque chose et qui parviennent encore à en extraire des petites merveilles. C’est le cas de DEWOLFF qui poursuit son aventure vintage entre Rock, Blues et Hard 70’s avec une touche de Soul et de Funk et basée sur un groove permanent. Avec « Love, Death & In Between », le trio néerlandais atteint encore des sommets.

DEWOLFF

« Love, Death & In Between »

(Mascot Label Group)

Cela fait maintenant 15 ans que DEWOLFF est resté bloqué dans les années 70, une époque qu’aucun de ses membres n’a connu et pourtant qu’aucun d’entre-eux ne souhaite quitter. Les Hollandais, nourris de Blues, de Rock Psychédélique, de Soul, de Gospel, et même de Southern Rock et de Hard vintage livrent un huitième album studio dantesque et plus élaboré que jamais. Le trio a vu les choses en grand et cela s’entend.

Les frères Van de Poel, Pablo au chant et à la guitare et Luka derrière les fûts, accompagnés du fidèle Robin Piso à l’orgue Hammond, offrent une synthèse incroyable d’une période musicale qui a forgé leurs influences pour obtenir ce style à la fois unique et intemporel. Et pourtant, DEWOLFF ne se répète, ne tourne pas en rond et se concentre sur un jeu incroyablement fluide délivrant des mélodies enivrantes d’un autre temps.

Superbement produit, « Love, Death & Between » est chaleureux et organique bénéficiant d’un soin tout particulier apporté aux cuivres, qui libère une superbe luminosité. Groovy et entraînant, DEWOLFF enchaine les morceaux sur une allure stellaire (« Night Train », « Message From My Baby », « Counterfeit Love », « Gilded »). Avec une mention spéciale à « Rosita » et ses 16 fabuleuses minutes, magnifique point d’orgue de l’album.

A noter que DEWOLFF se produira en Bretagne au festival ‘God Save The Kouign’ le 23 juin prochain à Penmarc’h, Finistère (29).

Lien billetterie sur la bannière de la page d’accueil.

Photo : Satellite June
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Hard US

Steve Vai : in memory

En exhumant des morceaux vieux de 32 ans enregistrés avec son ami biker Johnny Gash au micro, STEVE VAI nous rappelle aux belles heures du Hard US dans un style étincelant, insouciant, positif et dont les refrains comme les mélodies viennent se graver dans le cerveau pour ne plus en sortir. « Vai/Gash » surgit finalement au bon moment, gorgé de joie et de riffs jouissifs.

STEVE VAI

« Vai/Gash »

(Favored Nations/Mascot Label Group)

Si, comme moi, vous éprouvez une certaine nostalgie à l’écoute de « Eat’Em And Smile » et de « Skyscraper » où David Lee Roth et STEVE VAI œuvraient à l’unisson pour donner ses plus belles lettres de noblesse au Hard US, alors ce nouvel opus du virtuose américain va raviver beaucoup de souvenirs et vous coller une bonne humeur version longue durée… malgré ses (seulement) trente petites minutes.

Pris de passion pour les chevauchées en Harley Davidson au début des années 90, STEVE VAI croise alors la route de Johnny ‘Gash’ Sombretto avec qui il se lie d’amitié. Le guitariste a alors la conviction qu’il peut devenir un bon chanteur et lui concocte huit morceaux taillés sur mesure. D’ailleurs, la gémellité vocale avec Diamond Dave n’échappera à personne. Seulement, le motard/frontman meurt brutalement d’un accident de vélo et l’album finit dans les archives du six-cordiste.

Enregistré en 1991, c’est sous le titre « Vai/Gash » que renaissent ces huit pépites pleines de vie finalement et de beaucoup d’envie. Etonnamment, STEVE VAI, dont on connait les extravagances guitaristiques, se met vraiment au service des morceaux et surtout de Johnny Gash en l’accompagnant superbement et sobrement (« In The Wind », « Busted », « She Saved My Life Tonight », « Danger Zone »). Cet album est une pure gourmandise !

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Dark Metal Metal Progressif Symphonic Metal

Sleeping Romance : dark feelings

Et si ce récent changement de chanteuse allait enfin permettre à SLEEPING ROMANCE de prendre son envol et d’acquérir cette stature plus imposante qui lui tend les bras et qui serait amplement méritée ? C’est en tout cas la question que l’on peut se poser à l’écoute de ce très bon « We All Are Shadows », qui navigue entre Metal Progressif et Symphonique avec un côté dark et moderne plus prononcé qu’à ses débuts.

SLEEPING ROMANCE

« We All Are Shadows »

(NoCut Entertainment)

Depuis un peu plus de dix ans, les Italiens nous ont habitués à un Metal Symphonique dans la veine d’Evanescence et de leurs compatriotes de Lacuna Coil, mais pour « We All Are Shadows », SLEEPING ROMANCE a apporté quelques ajustements à son registre. Plus sombre et plus lourd, ce troisième album voit tout d’abord l’arrivée de Lina Victoria au chant dans un  style très féminin et envoûtant, mais volontaire et solide.

Toujours mené de main de maître par Federico Truzzi (guitare, claviers, piano, production) qui a imposé une forte empreinte classique sur ces nouveaux titres, SLEEPING ROMANCE conserve son côté très mélodique, parfois parsemé de growls, où la douceur et la délicatesse de la nouvelle frontwoman font des merveilles. D’une grande fraîcheur et très coloré, les Transalpins se renouvellent avec brio.

Puissant et accrocheur, « We All Are Shadows » est probablement la réalisation la plus aboutie de SLEEPING ROMANCE. Un brin théâtral dans son approche, l’ensemble reste très groovy, Metal et entraînant. Les repères sont toujours présents et le quintet développe un jeu plus progressif, profond et peut-être aussi moins extravagant (« Smoke And Mirrors », « Stuck In Your Hand », « Ressemblance Of Light », « Haven »). Une parfaite transition.

Photo : Bianca Serena Truzzi
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Classic Hard Rock

Uriah Heep : pionnier et immortel

Magnifiquement produit par Jay Ruston (Anthrax, Black Star Riders, Steel Panther), « Chaos & Colour » vient rappeler ô combien URIAH HEEP a su imposer sa patte et influencer un nombre incalculable de musiciens en plus de 50 ans d’existence. Fondateur d’un Hard Rock aux contours progressifs avec quelques autres au début des années 70, le quintet n’a jamais dévié de sa trajectoire, et, mieux, réussit avec une facilité toute naturelle à nous faire encore vibrer.

URIAH HEEP

« Chaos & Colour »

(Silver Lining Music)

Contrairement à beaucoup de groupes dont je ne ferai pas la liste ici tant elle serait longue, URIAH HEEP est de ceux qui ne semble pas prendre une ride, ni lever le pied un seul moment et surtout, les très rares à pouvoir encore compter avec une créativité hors-norme. Certes, « Chaos & Colour » ne vient pas révolutionner le genre, mais l’énergie déployée et la technicité de ses membres font de la formation anglaise l’une des plus attrayantes du siècle passé toujours en activité.

A la tête de URIAH HEEP depuis 1969, le jamais-rassasié guitariste Mick Box et sa célèbre wah-wah insufflent une fois encore une dynamique très Hard aux nouvelles compositions avec ce côté intemporel, qui fait la force de URIAH HEEP depuis cinq décennies. A ses côtés, le chanteur Bernie Shaw et le claviériste Phil Lanzon, arrivés ensemble en 1986 dans l’institution, sont l’autre point de repère et la force distillés sur ce 25ème album. Classique bien sûr, mais toujours aussi relevé, le quintet bouillonne encore.

Grâce à sa rythmique exemplaire, Russell Gilbrook (batterie) et Dave Rimmer (basse), URIAH HEEP continue s’assumer avec brio l’aspect très positif de son répertoire sur des envolées guitaristiques incroyables, des refrains et des chœurs imparables et un clavier insaisissable. Les Britanniques n’ont pas changé de braquet et conservent cette envie des premiers jours (« Save Me Tonight », « Silver Sunlight », « One Nation, One Sun », « Closer To Your Dreams », « Fly Like An Eagle »). Progressif et Rock, ces géants restent toujours d’actualité.  

Photo : Richard Stow
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Blues Rock

Kenny Wayne Shepherd Band : ultime retouche

Plutôt que de se contenter d’une réédition classique augmentée de versions plus ou moins pertinentes, le guitariste et chanteur KENNY WAYNE SHEPHERD a tenu à réenregistrer l’intégralité de l’album avec lequel il s’est imposé sur la scène internationale. « Trouble Is… 25 » offre un souffle nouveau à des compositions largement éprouvées sur scène depuis. Indispensable.

KENNY WAYNE SHEPHERD BAND

« Trouble Is… 25 »

(Provogue/Mascot Label Group)

Une chose se précise : il y a eu Stevie Ray Vaughan et il y a désormais KENNY WAYNE SHEPHERD. Originaire de Louisiane, le guitariste a fortement contribué à donner un second souffle à la scène Blues Rock américaine il y a près de trois décennies maintenant. Après neuf albums, le dernier en date étant « The Traveler » (2019), il est retourné en studio pour célébrer les 25 ans de son album le plus vendu à ce jour, « Trouble Is… », et la surprise est belle d’autant que le musicien s’est considérablement aguerri.

Après un premier album (« Ledbetter Heights » – 1995) sorti alors qu’il n’avait que 18 ans, c’est avec le second que KENNY WAYNE SHEPHERD a véritablement pris la lumière et son envol. Quelques millions d’exemplaires plus tard et une reconnaissance unanime, il entame le parcours qu’on lui connait. Et afin de fêter comme il se doit les 25 ans de cet opus majeur de sa carrière, l’Américain a réuni le line-up originel pour réinterpréter des morceaux devenus des classiques.

Désireux d’enregistrer ses chansons telles qu’il les joue aujourd’hui sur scène, le KENNY WAYNE SHEPHERD BAND leur offre un lustre très actuel, même si « Trouble Is… » possédait déjà une incroyable touche intemporelle. Le songwriting est intact et brillant et l’expérience acquise depuis rend encore plus fort des titres comme son tube « Blue On Black », la nouvelle version de « Ballad Of A Thin Man », « Slow Ride », « (Long) Gone », « King’s Highway » et les reprises de Dylan et Hendrix. Du grand art !

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Americana Blues Rock International Southern Blues

Larkin Poe : étincelante sororité [Interview]

Présentes récemment à Paris pour présenter leur nouvel album, « Blood Harmony », Rebecca et Megan Lovell en ont profité pour annoncer quelques dates en France l’an prochain et surtout répondre à quelques questions. Avec ce brillant sixième opus, LARKIN POE se révèle d’une grande créativité et d’une interprétation remarquable. De quoi patienter tranquillement en attendant le retour du Southern Blues Rock des deux sœurs dans quelques mois. Entretien.

– Même si « Self Made Man » était très réussi, je trouve que ce sixième album vous fait vraiment franchir un nouveau cap. « Blood Harmony » montre l’affirmation de votre style. On parle souvent d’album de la maturité. Est-ce que celui-ci est le vôtre ?

Megan : Merci beaucoup, je pense que nous sommes allées encore plus loin sur cet album. On voulait vraiment marier un son très live avec celui du studio, qui est plus précis et travaillé. Sur nos albums précédents, nous avions presque tout fait toutes seules : la programmation de la batterie, les claviers, la basse et tout ce que nous jouons bien sûr sur scène. On a voulu ouvrir le processus et avoir tous ces instruments en live avec nous. Ca apporte beaucoup de fraîcheur et d’énergie au projet. Et puis, nous nous sommes beaucoup amusées !  

– Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que toutes ces vidéos que vous avez faites durant la pandémie vous ont apporté beaucoup de certitudes musicalement. Est-ce que le fait d’avoir joué toutes ces reprises et d’en avoir fait aussi l’album « Kindred Spirits » à recentrer votre jeu et votre manière de composer ?

Rebecca : Oui, bien sûr. Nous avons passé beaucoup de temps à jouer de la musique toutes les deux à ce moment-là. Je pense que nous avons appris beaucoup sur nous-mêmes et surtout sur notre façon de jouer ensemble. Nous avions vraiment fait ça dans un esprit d’équipe et c’est ce que nous avons voulu transposer sur « Blood Harmony ». Megan et moi avons passé beaucoup de temps à jouer ces nouveaux morceaux en acoustique avant d’entrer en studio. Après, il avait juste à faire les arrangements, les perfectionner et leur donner un son plus complet avec du volume

– Vous avez aussi quitté la Georgie pour Nashville. J’ai l’impression que cela a eu un impact sur votre musique. Avez-vous aussi le sentiment de vous être peut-être encore enrichi musicalement ?

Rebecca : En effet, nous sommes nées dans le Tennessee et nous avions grandi en Georgie. On écoutait beaucoup d’Americana et de Bluegrass, lorsqu’on jouait tous en famille. Je pense qu’aller Nashville nous a fait grandir musicalement et embrasser encore plus tous ces éléments que nous adorons.

– D’ailleurs, « Blood Harmony » a des sonorités beaucoup plus Southern qui se ressentent même dans ta façon de chanter, Rebecca. Est-ce qu’il présente le vrai LARKIN POE avec son côté plus roots ?

Rebecca : Oui, nous adorons le Sud et c’est vraiment là où nous sommes bien. Nous en prenons bien sûr les bons côtés. L’authenticité de cette musique nous touche vraiment au cœur. Beaucoup de chansons de « Blood Harmony » parlent de notre enfance, de la façon dont nous avons grandi et de l’impact que cela a eu sur nous. Le Tennessee et la Georgie représentent vraiment la musique que nous aimons et que nous avons en nous. C’est vraiment la musique du Sud. Mais nous aimons aussi beaucoup la Floride, la Louisiane, Le Mississippi et le Texas où il y a beaucoup de créativité. Nous essayons de mixer un peu toutes ces influences, qui sont finalement les fondations de la musique américaine. Sur cet album, nous avons voulu célébrer tous ces héritages musicaux qui sont en nous. 

– Un petit mot aussi sur la participation de Tyler (Bryant, mari de Rebecca – NDR) sur la production de l’album qui a d’ailleurs été réalisé dans votre home-studio. Sans parler de l’aspect familial, est-ce que cela a facilité certaines choses ?

Megan : A partir du moment où l’on a décidé d’avoir un vrai batteur sur l’album, il nous fallait pouvoir apporter un meilleur son. Durant la pandémie, Tyler a beaucoup travaillé sur le home-studio et aussi sur l’ingénierie et la production. Nous avons beaucoup travaillé ensemble sur le projet et nous nous sommes aussi beaucoup amusés. Et c’est vrai que cela a été beaucoup plus confortable aussi. Il a vraiment compris le style de musique que nous voulions créer. Etant lui-même un bluesman du Texas, il a saisi là d’où nous venions et où nous voulions aller musicalement. Et je le considère vraiment comme un frère, et nous avons passé de très, très moments ensemble.

– Et puis, les sorties de vos albums respectifs sont aussi très rapprochées. Ces derniers mois ont du être très intenses pour tout le monde. Chacun va partir en tournée de son côté, comment allez-vous gérer ça ?

Rebecca : Oui, cela va être un grand bouleversement ! Tout le monde est bien sûr super content de repartir sur la route et faire des concerts ! Pour nous, cette année va être un test grandeur nature, car nous serons parties en Europe, notamment, pour sept semaines. Il y aura les festivals européens cet été aussi, et ensuite ce sera au tour des Etats-Unis. Mais maintenant que nos albums sont sortis, nous avons un peu de temps pour préparer des shows fantastiques. Et en 2023, nous reprendrons la route.

– Revenons à l’album, car il y a une chose qui est de plus en plus prononcé, c’est votre complicité au niveau des guitares. En plus des voix, c’est une autre belle harmonie. C’est une partie que vous avez plus travaillé cette fois-ci ?

Megan : Merci beaucoup ! Les pièces du puzzle s’articulent autour des voix, de la guitare et de ma lap-steel. C’est notre façon de travailler depuis maintenant de longues années. Avec un instrument aussi particulier que la lap-steel, il faut vraiment que les voix soient au niveau. Nous prenons un soin tout particulier pour les placer, car il faut trouver l’équilibre parfait. La lap-steel prend beaucoup de place musicalement, car elle est très dense. C’est un processus très organique finalement et très naturel aussi. Nous travaillons en duo, donc nous devons être aussi proches que possible, et pas seulement à travers nos deux instruments.

– Bien sûr, maintenant, la lap-steel est devenue la signature de LARKIN POE et donne une chaleur très forte à votre Blues. Megan, as-tu parfois le sentiment d’être un peu l’ambassadrice de cet instrument que l’on connait assez peu, ici en Europe en tout cas ?

Megan : C’est vrai que j’aimerais beaucoup faire connaître encore plus la lap-steel à travers le monde, si je le peux, car c’est vraiment un instrument hors du commun. Je pense qu’on devrait en trouver beaucoup plus dans le Rock’n’Roll, car il fait partie intégrante du style. La plupart des guitaristes iconiques américains ont joué de la lap-steel, mais peu de gens s’en rendent compte finalement. Même sur les albums de Pink Floyd, il y en a ! La plupart des gens pensent que c’est un instrument qu’on entend uniquement dans la musique Country, alors qu’elle est présente dans beaucoup de musiques différentes, mais pas forcément dans le lead, c’est vrai. C’est très agréable d’en jouer, alors si je peux essayer de faire en sorte que cela se propage encore un peu plus, je n’hésiterai pas.

– Un petit mot aussi à propos de vos chansons, qui s’adaptent autant à l’acoustique qu’en version électrique. Dans quel registre êtes-vous les plus à l’aise et lequel vous définie le mieux, selon vous ?

Rebecca : Oh, je ne sais pas vraiment dans quel registre nous sommes meilleures. En fait, l’acoustique et l’électrique font partie de ce que nous sommes, elles font partie de nous. Nous avons joué beaucoup de Bluegrass, et c’est vrai que c’était uniquement en acoustique et nous adorons ça. Mais en marge, nous aimons aussi vraiment brancher nos instruments et joué beaucoup plus fort. Ce sont les deux faces d’une même pièce finalement.     

– Il y a  cinq ans, vous avez créé votre propre label, Tricki-Woo Records. Qu’est-ce que cette liberté vous apporte-t-elle aujourd’hui ? Les contraintes des maisons de disques sont trop lourdes, ou est-ce que c’est l’industrie musicale qui a beaucoup changé ?

Megan : Créer notre propre label a été une grande décision pour nous, une autre manière de nous ouvrir au monde. Nous l’avons fait en 2017 et, dans un premier temps, l’objectif était d’être totalement libres de faire ce que nous voulions et quand nous le voulions. Nous pouvons aussi prendre toutes les décisions à tous les niveaux. Et nous sommes aussi en direct avec le public, la connexion est totale. Ce que les gens entendent vient vraiment de nous. C’est plus facile et c’est l’une des principales raisons qui nous a poussées à le faire. Il n’y a pas de barrage entre nous, le public et notre musique. C’est essentiellement une question de connexion directe. 

– Enfin, est-ce que vous avez dans l’idée de développer le label en signant d’autres artistes, ou est-ce qu’il est uniquement destiné à LARKIN POE pour le moment ?

Rebecca : (Rires) Seul le ciel est notre limite ! Nous adorerions enregistrer et signer d’autres artistes et même dans des styles différents. Actuellement, nous avons suffisamment à faire avec LARKIN POE, mais rien n’est exclu ! (Rires) Signer de potentiels artistes n’est pas notre vrai travail, car cela demande d’autres compétences, mais les portes sont grandes ouvertes !

L’album de LARKIN POE, « Blood Harmony », est disponible chez Tricki-Woo Records.

Retrouvez les chroniques de leurs deux derniers albums :

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Death Metal France Thrash Metal

No Return : une identité confortée [Interview]

Pionnier de la scène Metal française au début des années 90, NO RETURN continue son bonhomme de chemin, se bonifie avec le temps et surtout peaufine son style. Avec « Requiem », le quintet français conjugue puissance et efficacité sur un album qui bénéficie d’une production massive et révélatrice d’un groupe toujours en quête de performance. Fondateur et dernier membre du line-up originel, le guitariste Alain Clément revient sur ce nouvel opus et le retour de leur ancien chanteur, notamment. Entretien.

– J’ai encore en mémoire notre première interview en 1990 à la sortie de « Psychological Torment » chez Semetery Records. A cette époque où les fanzines comme Rock’n Force étaient les principaux relais et la scène Thrash/Death était composée de NO RETURN, Loudblast, Agressor, Mercyless, Misanthrope et Massacra pour l’essentiel. Et tout le monde, ou presque, est encore là. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur vos débuts et sur le parcours du groupe ?

Ah oui, cette interview ne nous rajeunit pas, c’était hier ! On a effectivement commencé à la même période que tous ces groupes. C’était une époque où il y avait moins d’anonymat, car aujourd’hui il y a une multitude de groupes. Si je regarde l’histoire de NO RETURN, je pense que les deux premiers albums sont très importants. Pour le premier, « Psychological Torment », nous avions le batteur de Coroner, Marquis Marky, comme directeur artistique et producteur. C’était important pour nous, car nous étions jeunes et nous n’avions pas vraiment d’expérience et cet album nous a permis de tourner à la fois en France et en Europe. Le deuxième album « Contamination Rises » que nous avons enregistré à Tampa dans les studios Morrisound en Floride et qui était la capitale du Death Metal, a été très important également, car nous avons pu franchir un palier supplémentaire. Plus tard, l’album « Machinery » nous a permis, notamment en Europe, de nous faire un nom. Globalement, je suis fier de notre parcours car, même si parfois cela a été difficile au niveau du line-up ou des labels, nous avons pu au fil de toutes ces années partager notre musique dans de nombreux endroits et faire des rencontres humaines très enrichissantes.

– Onze albums en trois décennies est un bilan très honorable. Tout en restant ancré dans le Thrash/Death dans lequel s’est construit NO RETURN, comment vois-tu l’évolution de votre musique, car elle est vraiment manifeste sur cet album ?

Nous évoluons depuis plusieurs années maintenant dans un Thrash/Death mélodique. Je pense qu’on peut trouver sur cet album de nouvelles choses, car nous avons aussi évolué techniquement et cela nous apporte de la diversité, tout en gardant nos racines musicales. Nous pouvons ainsi proposer des chansons avec des atmosphères différentes. On veut mélanger le côté mélodique et l’agressivité. Je pense que c’est une bonne chose de d’offrir toutes ces possibilités et montrer ce que NO RETURN peut proposer actuellement.

– Ce qui n’a pourtant pas changé chez NO RETURN, c’est cet alliage entre le Thrash de la Bay Area et la fureur du Death suédois. Finalement, et même si le groupe a évolué pour sonner aujourd’hui différemment et très actuel, vos racines sont toujours très présentes et traversent plutôt bien l’épreuve du temps, non ?

Oui, au-delà de l’évolution musicale du groupe, il est important que ces racines soient toujours présentes et notamment ce coté Thrash de la Bay Area qui est, c’est vrai, l’ADN de NO RETURN.

– Parlons maintenant de ce nouvel album, « Requiem », tout en puissance et très bien produit. Tout d’abord, j’aimerais que l’on parle du retour de Steeve au chant, lui qui avait déjà officié sur deux albums (« Self Mutilation » et « Machinery »). Comment le rapprochement a-t-il eu lieu et qui en est à l’initiative ?

C’est Steve qui m’a contacté alors que nous recherchions un chanteur. Même si cela m’a surpris au début, j’ai vraiment réfléchi à sa proposition avec attention. Ses qualités artistiques et de frontman sont évidentes et l’expérience et la maturité qu’il a acquises au cours des 20 dernières années, ainsi que des discussions constructives, m’ont convaincu que ce serait une très bonne chose pour le groupe de travailler ensemble sur un nouvel album.

– Si l’évolution de NO RETURN s’est fait naturellement au fil du temps, « Requiem » marque, je trouve, une certaine rupture et un incroyable bond en avant. Que ce soit musicalement, vocalement et tout en restant mélodique, le groupe propose des compos massives et percutantes. A quoi cela est-il dû ? Les cinq années entre vos deux derniers albums ? Une plus grande ouverture sur d’autres registres, peut-être ?  

Ce que l’on souhaitait, c’est en fait mixer le NO RETURN de la période où il y avait Steeve et celui des derniers albums studios, c’est-à-dire un mélange de Death Metal et de Thrash assez agressif et mélodique, tout en restant moderne. Le but est vraiment de pouvoir montrer la diversité musicale du groupe en 2022 avec tous ces éléments anciens et nouveaux. Et donc ne pas jouer uniquement sur la nostalgie, car le groupe doit toujours évoluer et montrer ce que NO RETURN est capable d’aborder.

– Je sais que la question est facile, mais elle me titille ! « Requiem » est peut-être votre meilleur album à ce jour, tant dans son écriture qu’au niveau de sa production. Avec le retour de Steeve dans la balance, NO RETURN tient-il son meilleur line-up, et surtout enfin le définitif ?

Merci pour ton compliment. Nous avons essayé de faire du mieux possible, tant au niveau de l’écriture que de la production. Après comme toujours, c’est le public qui, selon ses gouts, apprécie ou pas. Artistiquement parlant, je suis très content en tout cas du résultat final, car tout le monde s’est vraiment arraché sur cet album. Et j’aimerais sincèrement que ce line-up soit définitif.

– Pour la production de ce nouvel album, vous avez confié les manettes à Olivier Didillon, qui est votre ingé-son live et à qui l’on doit aussi des albums de Manigance, Messaline et Dreamcatcher. Après avoir travaillé avec de grands noms, c’est peut-être finalement l’un de vos plus proches collaborateurs qui a su développer et peaufiner le mieux votre son. C’est une belle ironie de l’histoire et une belle satisfaction aussi, non ?

Oui, c’est une belle satisfaction, car ce choix s’est imposé comme une évidence. Olive est notre ingénieur du son live depuis plusieurs années maintenant. Il a fait plusieurs tournées européennes avec nous, dont la dernière avec Cannibal Corpse. Il connaît très bien le groupe et sait le faire sonner de manière très performante. Il est très talentueux et c’est avant tout un véritable ami doté de qualités humaines rares de nos jours dans ce milieu. Le travail et le résultat final qu’il a effectué sur ce nouvel album sont impressionnants de qualité.

– J’aimerais que l’on dise un mot aussi sur les parties de guitares et notamment sur les solos que tu partages avec Geoffroy (Lebon). Il y a une complicité palpable entre vous deux et une nette distinction dans le son et l’accroche. De quelle manière avez-vous travaillé et comment vous êtes-vous repartis les rôles ? Sans oublier le travail du riff sur les rythmiques…

Effectivement, je pense qu’il y a une bonne complémentarité et une osmose avec Geoffroy à ce niveau. Pour les solos, il n’y a pas spécialement de règles et l’idée en général, c’est vraiment de servir le morceau plutôt que d’en mettre partout. Ainsi, il peut y avoir un seul solo dans un titre, parfois deux, en fonction de l’intérêt que cela peut apporter au titre et à l’ambiance qui s’en dégage. En ce qui concerne le travail des rythmiques, on utilise la même approche. Le riff doit être accrocheur, parfois mélodique, sans être forcément trop technique, car le but n’est pas de le rendre difficile à l’écoute et qu’il soit indigeste. 

– On assiste depuis quelques années à l’émergence de très nombreux groupes français dans tout style de Metal d’ailleurs. Quel regard portes-tu sur cette nouvelle scène et est-ce qu’elle t’inspire ?

Je pense que la scène Metal française est très riche aujourd’hui tout style confondu et beaucoup plus professionnelle aussi. La diversité et la qualité fait que chacun peut y trouver son compte que ce soit dans le Heavy, le Thrash, le Death, le Black ou d’autres styles et c’est bien cela le plus important à mon sens.

– Enfin, quelle est la suite immédiate pour NO RETURN ? J’imagine que vous devez être impatients de reprendre la route ? D’ailleurs, avez-vous déjà élaboré une setlist autour de vos onze albums, ou resterez-vous concentré sur « Requiem » ?

La suite immédiate est d’effectuer la promotion du nouvel album et bien sûr, nous sommes impatients de rejouer un peu partout après cette triste période de pandémie. L’essentiel des dates arrivera en 2023. Concernant la set-list, on proposera bien évidement des morceaux de « Requiem » avec d’autres titres, mais pas autour des onze albums comme nous l’avons fait pour le live « XXX ». Le but est aussi de jouer des morceaux que nous n’avons pas joué depuis longtemps et notamment ceux de la période « Self Mutilation », ainsi que des reprises qui, je l’espère, feront plaisir au public.  

L’album de NO RETURN, « Requiem », est disponible chez Mighty Music/Target Group.

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Metal Progressif

Soen : un écrin musical

Presque méditatif et d’une rare sensibilité, SOEN se présente avec « Atlantis », une nouvelle réalisation live enregistrée dans le légendaire studio du même nom dans la capitale suédoise. Accompagné de musiciens classiques, les morceaux issus de la discographie du groupe prennent ici une dimension et un relief d’une grande profondeur.

SOEN

« Atlantis »

(Silver Lining Music)

En dix ans de carrière, les Suédois n’ont eu de cesse de surprendre et surtout de sublimer leur Metal Progressif. Après cinq opus d’une égale intensité, SOEN se renouvelle à nouveau avec « Atlantis », du nom du mythique Studio Atlantis Grammofon, situé à Stockhölm. Cet ancien cinéma a vu passer de grands noms, c’est pourquoi le quintet a tenu à y enregistrer un disque très spécial.

Capté le 10 décembre 2021 (il sort aussi en DVD), « Atlantis » se présente sous la forme d’un concert de 80 minutes particulièrement immersif et, bien sûr, sans public vu le lieu. A travers 13 morceaux, SOEN parcourt ses albums en revisitant leurs titres les plus emblématiques accompagné d’un orchestre classique pour encore plus d’élégance. Et le résultat est plus que convaincant, il est captivant.

C’est donc entouré de huit musiciens, dont deux chanteuses, que le groupe fondé par le batteur Martin Lopez livre des versions d’une rare beauté de « Monarch », « Lucidity », « Antagonist » ou « Jinn ». SOEN rayonne littéralement et parvient même à donner de la grâce à « Snuff » de Slipknot, un sacré défi. Au chant, Joel Ekelöf est étincelant et la grande technicité des Scandinaves fait le reste. Majestueux !

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Alternative Rock

Nickelback : keep rockin’

Toujours aussi ‘feel good’, NICKELBACK vient poser une dizième pierre à son édifice discographique avec la même volonté, la même ambition et cette même production survitaminée qui a porté les Canadiens au panthéon des groupes de Rock très présentables. Et s’ils n’ont pas inventé la poudre, ils savent toujours y mettre le feu. Ainsi, « Get Rollin’ », emprunt d’une certaine nostalgie, ne déroge pas à la règle.

NICKELBACK

« Get Rollin’ »

(BMG)

Il vous reste bien quelques gouttes de bile, quelques crachats d’un venin malfaisant ou quelques adjectifs hautement lettrés, non ? Parce que ce dixième album de NICKELBACK se doit d’être accueilli comme les autres. Rarement sur la brèche et toujours à l’équilibre, le quatuor canadien ne dévie pas d’un iota sa route et reste d’une incroyable fidélité à son Alternative Rock très formaté, entêtant et terriblement efficace. Car oui, et n’en déplaise aux pointilleux métalleux, on parle bien ici de Rock et pas d’autre chose.

Evoluant sous le même line-up depuis près de 18 ans, NICKELBACK a soigneusement élaboré un style et un son immédiatement identifiables et c’est d’ailleurs sûrement ce qui fait sa particularité. Et lorsque, comme moi, on apprécie la musique du groupe, on a la chance d’être rarement déçu. En effet, « Get Rollin’ » s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, même s’il donne un peu plus dans la facilité que « Feed The Machine ». Les mêmes ingrédients, mais en moins épicé, en somme. 

Une fois encore, Mike Kroeger (basse) et Daniel Adair (batterie) bétonnent la rythmique de manière méthodique, tandis que les riffs et les rares solos de Ryan Peake délivrent des mélodies que la guitare et la voix rocailleuse de Chad Kroeger enveloppent avec chaleur et précision. Fougueux et percutants (« Saint Quentin », le sudiste « High Time », « Vegas Bomb », « Skinny Little Missy ») ou carrément sirupeux (« Tidal Wave », « Horizon »), NICKELBACK n’a pas son pareil pour fédérer les masses… et ça fait du bien !

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Larkin Poe : southern touch

Ayant quitté leur Georgie natale pour Nashville, Tennessee, Megan et Rebecca Lovell se sont aussi imprégnées d’une couleur Country, qui colle à merveille à leur Blues Rock de plus en plus Southern. Et avec « Blood Harmony », les Américaines réussissent un tour de force remarquable en combinant des riffs costauds et de belles harmonies vocales avec une lap-steel aérienne et brûlante.

LARKIN POE

« Blood Harmony »

(Tricki-Woo Records)

2020 avait été une année chargée pour les sœurs Lovell avec la sortie du très bon « Self Made Man » et de leur album de reprises « Kindred Spirits ». Non contentes d’avoir retrouvé le chemin des concerts, Rebecca et Megan en profitent pour livrer un nouvel album où leur talent éclate plus que jamais au grand jour. LARKIN POE a pris en effet du volume, affiche beaucoup d’assurance et conforte une réelle identité musicale.

Chez certains groupes, le fameux ‘album de la maturité’ arrive plus ou moins rapidement. Ainsi,  « Blood Harmony » surgit un peu tardivement, puisqu’il est le sixième opus du duo et il est de loin le plus abouti et le plus inspiré. Kevin McGowan (batterie) et Tarka Layman (basse) offrent un groove constant aux compositions très féminines, sans être mielleuses, et surtout très Southern de LARKIN POE.

Enregistré dans le home-studio de Rebecca et Tyler Bryant (son mari et guitariste-chanteur de son groupe The Shakedown) et co-produit ensemble, « Blood Harmony » montre les sœurs au sommet de leur art avec un chant clair et puissant et la lap-steel de Megan plus chaleureuse et charmeuse que jamais. Entre Blues, Pop, Rock et des résonnances Country, LARKIN POE affiche enfin son appartenance sudiste (quel accent !).

Afin d’attiser l’engouement et de rassasier ses fans, le groupe a laissé s’échapper quatre singles ces dernières semaines et on peut dire que le choix a été plutôt judicieux et annonciateur de très bonnes choses (« Bad Spell, « Blood Harmony », « Georgia Off My Mind » et « Strike Gold »). Fiévreux, sensuel, touchant ou pied au plancher, LARKIN POE sait tout faire et le montre de la plus belle des manières. Addictif et exaltant !  

Photo : Jason Stoltz