Acteur majeur d’une scène néo-Folk en plein essor depuis quelques années et essentiellement originaire de Scandinavie, NYTT LAND se distingue par son pas de côté. Ici, l’esprit viking ne guide pas l’atmosphère globale et c’est surtout la variété des chants, diphoniques et de gorge typiquement sibériens, qui fascine. Entourés d’instrumentaux anciens, mais aussi de quelques boucles rythmiques électroniques et d’une profondeur de chaque instant, « Ritual Of Stone Sun » fait la part belle aux morceaux les plus entraînants dans un recueillement pagan toujours très immersif.
NYTT LAND
« Ritual Of Stone Sun (Live 2026) »
(Season Of Mist)
Le chamanique duo ne pouvait manquer de célébrer l’équinoxe de printemps, et cet éveil de la nature, comme il se doit et au son de sa Dark Folk enivrante. Quelques mois seulement après la sortie d’« Abra Khan », NYTT LAND signe son arrivée sur le label français Season Of Mist avec un enregistrement live capté le 22 mars dernier à Moscou. Le couple Pakhalenko, Natalia et Anatoly, offre une performance captivante, digne de l’évènement ancestral auquel il rendait hommage. Et « Ritual Of The Stone » captive grâce à une setlist imparable.
Depuis plus de deux décennies maintenant, NYTT LAND travaille et recherche au plus profond de l’Histoire des tribus sibériennes notamment un héritage essentiellement vocal, afin de le préserver d’une part, et de le transmettre de l’autre. Les Russes, de par leur démarche artistique et les chants et récits collectés, font œuvre de préservation en (re)donnant vie à une culture immémoriale. Dans une ferveur très solennelle, « Ritual Of Stone Sun » résonne toujours de cet élan très introspectif et s’il charme, il se veut avant tout très respectueux de ces traditions.
Bien sûr, leur Sibérie natale reste au cœur leurs recherches, mais la magie de la mythologie nordique est aussi un pan important dans la discographie de NYTT LAND. Les liens paraissent même assez évidents et se dévoilent avec une même ardeur sur des morceaux devenus des classiques de la formation (« The Fires Of Midgard », « Risu Raknar », « Ragnarok »). Les applaudissements, qui viennent ponctuer le concert, sont autant de marque de respect de la part d’un public conquis par ce voyage musical intemporel (« Sotvorenie », « Equinox »).
Photo : Dimitrii Kulikov
Retrouvez les chroniques des précédents albums du duo :
En quittant son groupe, mais tout en restant dans les parages pour son développement, Hannes Braun ne semble pas vraiment faire un cadeau à ses désormais anciens partenaires, qui auront le plus grand mal à se réinventer et aller de l’avant sereinement. Cette décision de laisser le chant à un autre n’offrira sans doute pas le nouvel élan et le choc artistique nécessaire à KISSIN’ DYNAMITE. Peu importe et en attendant, les Allemands livrent donc un dernier opus éponyme qui, c’est certain, marque un tournant dans la vie du quintet dont on verra bientôt de quoi l’avenir sera fait.
KISSIN’ DYNAMITE
« Kissin’ Dynamite »
(Kissin’ Dynamite Records)
Neuf albums et puis s’en va. Annoncé un peu avant l’été, Hannes Braun laisse donc sa place de frontman et s’offre donc en quelque sorte un dernier baroud d’honneur avec « Kissin’ Dynamite », qui vient ainsi conclure son aventure en tant que chanteur. Car, pour autant et sans avoir encore annoncé le nom de son successeur, il ne sera pas très loin. Evoquant des problèmes de santé et d’emploi du temps, il restera dans l’entourage du groupe, en tant qu’auteur-compositeur, producteur et même manager. Comme quoi, le temps, quand on le cherche : on le trouve ! Bref, KISSIN’ DYNAMITE s’apprête à changer de signature vocale et cela valait bien un ultime effort.
Avant d’entrer dans le détail de ce « Kissin’ Dynamite » d’adieu, rappelons que Hannes Braun a déjà bien entamé sa carrière de producteur, puisque deux de nos représentants hexagonaux, Harsh et BlackRain, ont déjà fait appel à ses services sur leur dernier album respectif et ils ne sont pas les seuls. Il faut croire que le leader de KISSIN’ DYNAMITE trouve plus de plaisir derrière une console que derrière un micro. Côté composition, on retrouve seulement, et étonnamment, six morceaux originaux, puisque les sept autres sont issus des deux premiers albums, réenregistrés pour l’occasion. On aurait pu s’attendre à des adieux plus inspirés et éloquents.
Par ailleurs, peut-être est-ce dû à ce changement de personnel, mais l’ensemble est nettement moins Glam qu’auparavant. Plus sérieux sans être sombre pour autant, la formation germanique fait le taff avec application et avec l’ombre de Bon Jovi dans un coin de la tête. Ainsi, là où on aurait pu légitimement s’attendre à un dernier sursaut, KISSIN’ DYNAMITE donne presque l’impression d’expédier les affaires courantes. Parmi les passages enthousiasmants, on notera la nouvelle version de « Lie For Me », en duo avec Anna Brunner (Exit Eden, League Of Distortion) et celle de la power ballade « Out Of Rain » avec Elize Ryd d’Amaranthe. Un départ sans tambour, ni trompette.
Déjantés et un brin irrévérencieux, les Transalpins font un retour costaud et enthousiaste. Capables de belles fulgurances et livrant des mélodies claires et puissantes, SPEED STROKE joue sur une certaine nostalgie, tout en imprimant une touche très actuelle, histoire de faire durer le plaisir du Glam et du Sleaze Rock. Et « Damage Control » mène cette mission à bien. Traditionnel et exalté, le groupe offre une belle performance et garde toute la légèreté inhérente au style. Un disque qui respire, dopé à un carburant Metal/Rock détonant.
SPEED STROKE
« Damage Control »
(Scarlet Records)
Alors que le Glam et le Sleaze, Rock comme Metal d’ailleurs, semblent reprendre des couleurs depuis un moment déjà, c’est du côté de l’Italie qu’il résonne cette fois. Fondé en 2010, SPEED STROKE sort son quatrième album, quelques six ans après « Scene Of The Crime ». Cependant, si elle est moins prolifique que d’autres, la formation d’Imola n’a rien perdu de son mordant, ni de cette énergie si communicative. Et avec « Damage Control », les ambiances plus Heavy et Hard Rock dominent et donnent du corps à l’ensemble.
Guidé par un frontman percutant, SPEED STROKE évolue dans un univers positif et dynamique. Très direct, le Heavy Glam du combo fait mouche. Riffs acérés et solos plus ou moins épiques, la recette fonctionne bien et les refrains accrocheurs finissent vite par devenir entêtants. Bien sûr, c’est l’esprit 90’s qui donne le ton et il va puiser autant dans la fondatrice scène californienne que dans celle, plus récente, issue de Scandinavie. Le mix est audacieux et l’assimilation des deux héritages plutôt réussie. La connexion est établie.
En ouvrant avec l’explosif « Glorious Breakdown », SPEED STROKE tape dans le mille et s’assure toute notre attention. Le travail sur les guitares est remarquable et les twins donnent du volume à un registre bien maîtrisé (« State Of Shock », « In Flames », « All For The Week-end », « Blessed By Misery » en duo avec la chanteuse Giorgia Colleluori d’It’sAlie, et le morceau-titre). Même s’il affiche quelques baisses de régime, « Damage Control » est un bon album, bien produit aussi, et qui confirme les qualités du quintet. Le Glam Metal et Sleaze Rock n’ont pas dit leur dernier mot.
C’est l’immédiateté qui séduit en premier lieu à l’écoute d’« Overdrive ». Ce cinquième effort du songwriter est à son image : authentique et accrocheur. MARC AMACHER est rompu à la scène et cela s’entend. Presque épurés, ses nouveaux morceaux sont sans détour, mais non sans finesse. Chez lui, la frontière entre le Blues et le Rock est mince et c’est précisément ce qui le rend insaisissable et d’une incroyable fraîcheur. Attachant et dynamique, le style du musicien helvète est aussi costaud que mélodique.
MARC AMACHER
« Overdrive »
(Hoboville/Label Pool)
Faisant suite à « Load » paru l’an dernier et qui lui a valu une belle mise en lumière, « Overdrive » se pose comme un concentré de Blues Rock pour le moins percutant. Celui qui avait fait sensation il y a dix ans lors de l’émission ‘Voice Of Germany’ en a parcouru du chemin et ne cesse d’affirmer une identité artistique originale. Avec une voix reconnaissable entre toutes, MARC AMACHER met un coup de boost à la tradition en y insufflant un élan très Rock avec une sincérité brute de décoffrage et une approche sans filtre, qui font franchement plaisir.
Avec « Overdrive », le chanteur et guitariste livre un nouvel album terriblement humain et le traitement de la production y est pour beaucoup. Alors qu’il aurait été enregistré dans un abri anti-aérien, c’est surtout son explosivité qui ressort, même si MARC AMACHER brille aussi sur des titres plus délicats. Très bien accompagné par un groupe direct et efficace, le bluesman déploie une chaleur et une proximité que l’on retrouve assez peu dans les réalisations actuelles. Frôlant souvent la saturation, le groove est épais et les refrains entêtants ne vous lâchent plus.
Dès l’entame avec le turbulent « Hell Yeah (Here I Am) », ses intentions sont claires et la générosité avec laquelle il embrasse et embrase ce nouvel opus est exceptionnelle. Entre slide, dobro et cigarbox, MARC AMACHER montre l’étendue de son jeu avec beaucoup de feeling et d’intensité, sans se perdre dans des démonstrations hasardeuses (« Streets Are Golden », « Dark Knight », « Cash Smash Boogie », « Well »). Et l’un des moments forts d’« Overdrive » est sans conteste l’excellent duo avec la chanteuse Katarina Michel, « Can’t Beat Time », à la fois tendre et puissant.
L’univers musical de NORTH SEA ECHOES reste énigmatique, même si ce deuxième opus se veut plus lumineux. C’est en premier lieu la démarche des Américains qui semble avoir été mieux définie, là où leur entrée en matière pouvait dérouter par son aspect énigmatique et mystérieux très prononcé. « How To Cast A Shadow » est plus Rock dans l’approche et s’éloigne de cet esprit de caste qui régnait un peu sur « Really Good Terrible Things ». Entraînants et offrant un travail d’orfèvre sur les mélodies et les arrangements, ces nouveaux morceaux paraissent plus ouverts.
NORTH SEA ECHOES
« How To Cast A Shadow »
(Metal Blade Records)
Partenaires de longues avec Fates Warning au sein duquel ils œuvrent depuis quelques décennies, le chanteur Ray Adler et le multi-instrumentiste Jim Matheos mènent aussi des carrières parallèles au sein des groupes Redemption, A-Z et en solo pour le premier, et OSI, Kings Of Mercia et sous son nom pour le second. C’est donc assez naturellement qu’ils ont lancé ce projet commun un peu hors-norme il y a deux ans, qui les a mené à sortir « Really Good Terrible Things » sous la bannière de NORTH SEA ECHOES. Un premier disque très contemplatif flirtant avec l’Ambient et le Soft Rock.
Avec « How To Cast A Shadow », ils renouent avec un style où on a plus l’habitude de les retrouver. Ce deuxième opus navigue dans des atmosphères plus progressives, plus Rock aussi et nettement moins sombre que son prédécesseur. Pour autant, la touche de NORTH SEA ECHOES est toujours très reconnaissable. L’album a surtout gagné en accessibilité, même si le travail sur les ambiances reste essentiel. Ray Adler fait parler sa puissance vocale et les guitares de Jim Matheos trouvent une place de choix parmi les éléments électroniques et les claviers. Le style est donc plus appuyé.
Très riche, la production est aérée et les compositions beaucoup plus variées aussi. On retrouve les élans progressifs auxquels les deux protagonistes nous ont habitué au fil des ans, mais NORTH SEA ECHOES reste assez difficile à décrire dans son ensemble. Capable de se montrer costaud (« All That Comes After », « Enjoy The View », « I’ll Leave A Light On », « Villains Or Saints »,) grâce à la participation du batteur Dennis Leeflang (Ron Bumblefoot, ex-Within Temptation) qui offre un côté organiques aux morceaux, le duo sait aussi se montrer plus sensible. D’une grande finesse.
Il y a quelques décennies maintenant, ces deux-là ont fait entrer la Suède dans l’ère du Glam et du Sleaze, grâce à un Hard Rock pêchu et accrocheur. Aujourd’hui, le frontman et le six-cordiste remettent le couvert avec le premier opus de ZAN/CODY, « Beautiful’n Damned », et il se murmure même qu’un deuxième est en cours d’écriture. L’alchimie est palpable et le talent vivace. Explosif et très contemporain, le duo a retrouvé ses marques et ne manque pas de repères.
ZAN/CODY
« Beautiful’n Damned »
(Frontiers Music)
Malgré trois albums seulement entre 1988 et 1993, Shotgun Messiah a laissé une empreinte forte dans le Hard Rock européen et surtout il fut précurseur du Glam Metal scandinave en ouvrant la voie à toute une génération, et même à d’autres depuis. De son line-up, on se souvent bien sûr du guitariste Harry Cody et du chanteur Zinny Zan, qui n’était pourtant présent que sur le premier effort éponyme, mais qui fut aussi le plus marquant. Et c’est dans cette perspective qu’est né ZAN/CODY, à savoir retrouver cette atmosphère aussi emblématique que particulière.
Bien sûr, les années ont passé et l’intention des deux Suédois n’est pas de livrer une réplique de leur ancien groupe. Et si on retrouve en partie le son qui a fait son succès, celui-ci s’est considérablement modernisé avec même un aspect presque futuriste, et un peu dérangeant. Car sur le papier, ZAN/CODY n’est crédité que des deux hommes, au chant et à la guitare. C’est-à-dire que le reste consiste en de la programmation, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour qui aime le Hard Rock brut et sincère. La production y est donc essentielle.
En la confiant à Chris Laney (Pretty Maids, Crazy Lixx, Ronnie Atkins), le duo a tapé dans le mille et l’esprit d’un Hard Rock moderne et mélodique est parfaitement restitué. Les riffs de Harry Cody sont précis et incisifs et ses solos survolent les morceaux. Quant à Zinny Zan, sa puissance vocale est intacte et a même très bien mûri avec le temps. ZAN/CODY ne s’interdit pas quelques éclairs Sleaze et Glam et avance même sur un train d’enfer (« Sever », « I Am The Shit », « She Walks With Violence », « Damn » et le morceau-titre). On attend la suite !
Originaire de la capitale nippone, le tandem commence à se faire une place sur la scène underground. Fort d’un style tranchant et mélodique, COVEN JAPAN livre un deuxième opus très convaincant à l’identité de plus en plus distincte. Si certaines références, issues d’Europe comme du Japon, sont encore évidentes, « Promised Land » s’en détache sur des parties de guitares soignées, un chant solide et une rythmique galopante. L’esprit vintage est assumé et le registre direct.
COVEN JAPAN
« Promised Land »
(No Remorse Records)
Fervents adeptes du DIY, c’est tout d’abord sous le nom de Coven (quelle drôle d’idée!) que la chanteuse Taka et le guitariste Akihiro Ito ont fondé leur groupe en 2016. L’année suivante, leur premier EP, « The Advent », leur a ouvert de nombreuses portes, dont celles du label grec No Remorse Records chez qui ils ont sorti l’album « Earthlings » fin 2023, mais cette fois sous la bannière de COVEN JAPAN. Dix ans après sa création, les Japonais se sont donc développés à l’international et « Promised Land » confirment de belles prédispositions.
Défenseurs d’un Heavy Metal Old School et fortement inspiré par la NWOBHM, les Tokyoïtes ont cependant su imposer une marque bien à eux. En premier lieu, la frontwoman use de sa langue maternelle et aussi de l’anglais (à l’accent prononcé), ce qui donne une saveur spéciale aux morceaux. Ces derniers sont d’ailleurs souvent imprégnés de leur culture, de sonorités de certains groupes de leur pays (Blaze, Blizard) et de chansons d’animation. COVEN JAPAN s’est créé un univers personnel parfois étonnant et dont les différentes atmosphères sont très accrocheuses.
Auteur, compositeur et interprète, le duo a également enregistré et mixé ensemble « Promised Land », ce qui lui donne beaucoup de certitudes sur ses intentions et sa maîtrise. A noter également que les parties de basse et de batterie sont assurées par les deux musiciens, contribuant au son très organique de COVEN JAPAN. Racé et efficace, le Heavy Metal proposé est rétro et dynamique, et les featurings du suédois Tomas Ericson de Helvetets Port sur « Witchfinder » et celui du Français Niels Bang d’Animalize sur « Breath Of The Distand » sont costauds. A découvrir !
A l’évidence, la chanteuse Maggy Luyten et le guitariste Bas Maas étaient faits pour se croiser un jour ou l’autre. Et si leur parcours respectif paraît parfois opposé, ils se sont naturellement retrouvés autour d’un Hard Rock aux teintes Heavy pour donner naissance à ROCK JUSTICE. Fédérateur et bouillonnant, leur style rappelle autant les premières heures du style qu’il semble promis à un bel avenir. Avec « You’ve Been Served », le duo se fait vraiment plaisir et nous emporte sans mal grâce à des morceaux accrocheurs, où la voix de la Belge vient renforcer les riffs costauds et les solos tout en feeling du Néerlandais. Un premier album qui en appelle forcément d’autres, et sur lequel la frontwoman revient avec beaucoup d’enthousiasme.
– Avant de parler de ROCK JUSTICE, j’aimerais qu’on dise un mot de ton parcours. Tu chantes, ou as chanté, dans Beautiful Sin, The Prize, Nightmare et Ayreon, c’est-à-dire dans des styles assez différents. Même si on te sent parfaitement investie sur ce nouvel album, dans quel registre es-tu la plus à l’aise et la plus en phase avec tes goûts personnels ? Celui-ci peut-être, non ?
Pas forcément. A chaque fois que j’ai rejoint un projet, c’est parce que je me sentais en phase avec le style. Avec ROCK JUSTICE, je me retrouve bien dans l’énergie, la bonne humeur et la diversité des titres.
– La connexion avec Bas semble s’être faite très naturellement et le choix de ce Hard’n Heavy aussi. Tu écris les textes et les mélodies et Bas les riffs, entre autres. Est-ce que ce travail en duo a été quelque chose de nouveau pour toi ? Et puis, on te sent aussi très libre dans l’interprétation…
Ce qui est une première, c’est d’avoir écrit l’intégralité des paroles et des mélodies chant sur un album. Je ne parle pas de la reprise, on est bien d’accord ! (Sourires). Cependant, ce n’était pas forcément le but, car Bas a lui aussi quelques textes sous le coude, qui n’attendent qu’à être exploités ! Je pense que, tout naturellement, c’est cette liberté d’expression qui se fait ressentir ici. Déjà du temps de Beautiful Sin, les échanges étaient très riches avec Uli Kusch, idem avec Samuel Arkan dans Virus IV, Yves Campion dans Nightmare ou Christophe Godin dans The Prize. Disons qu’avec les années d’expérience, un acteur devient plus sélectif dans ses choix de scripts et, bien souvent, il finit par écrire le sien à force de savoir ce qu’il veut, ou ne veut plus. Mais qu’elles soient co-écrites ou non, les paroles sont très importantes pour moi et j’ai besoin de me sentir connectée au message. Si c’est le cas, je prends !
– Avec une petite saveur Old School, « You’ve Been Served » sonne très actuel et l’album apparaît comme une déclaration d’amour au Hard Rock et au Heavy Metal. Est-ce que l’idée première était de revenir à la source de votre culture musicale à tous les deux ?
Sincèrement, tout s’est mis en place progressivement avec une cohérence étonnante. Le fait que Bas ait nommé le groupe ROCK JUSTICE inspire et nous rappelle nos racines. Les textes sont basés sur des expériences personnelles avec un besoin d’exorciser certaines émotions fortes. C’est ça, le Rock, finalement, pas vrai !?! Le thème s’est d’autant plus imposé grâce à notre ‘Lady RJ’ (personnage présent sur l’artwork signé Khriztian León – NDR), qui veille et règne sur l’authenticité du Rock/Metal.
– Un autre élément vient aussi renforcer cette cohérence et cette complicité, c’est le fait que vous ayez tous les deux produit l’album. C’était important de contrôler toutes les étapes du processus pour obtenir le meilleur résultat et surtout ce que vous aviez en tête dès le départ ?
Tout a commencé avec des enregistrements de démos… L’expérience acquise au fil du temps nous a permis de garder les rênes au maximum. Mais il est important de souligner le travail de mixage et de mastering qu’a réalisé Luca Princiotta (Hardline, ex-Doro), sans qui nous n’aurions pas ce son ! Il a réussi à donner à l’album une production moderne tout en conservant l’authenticité du Hard Rock.
– Vous abordez également un aspect plus Blues Rock avec une reprise enflammée de « I Just Wanna Make Love To You » de Muddy Waters. D’où vous est venue l’idée ? C’est un morceau que vous aimiez particulièrement tous les deux, car elle colle très bien avec l’esprit très fédérateur de l’album ?
C’est Bas qui m’a proposé ce titre, probablement le plus ‘challengeant’ en ce qui me concerne au niveau de l’interprétation. Porter ces paroles sur un riff aussi lent, contrairement à ce qu’on pourrait croire, est un exercice difficile. Cela peut très vite devenir monotone à chanter, mais aussi pour celle ou celui qui écoute ! (Rires) J’ai fait un gros travail de recherche au niveau des intentions et de petites variations possibles dans les notes, sans pour autant dénaturer la chanson. Je suis assez fière du résultat et impatiente de la défendre en live, tout comme les autres titres d’ailleurs !
– Pour clore l’album, on te retrouve pour un vibrant duo avec Doro sur « First In Line », qui rend d’ailleurs un bel hommage à Ronnie James Dio. Si Bas et Luca Princiotta, qui a masterisé l’ensemble, la connaissent bien, j’imagine pour toi, cela a du être un moment très spécial…
Complètement ! Au-delà du duo, le fait de porter le message de « First In Line » avec une icône comme Doro Pesch à nos côtés renforce sa symbolique, car en plus d’être une légende vivante et d’incarner le Metal, elle a connu ‘nos pères’. Cette collaboration est, pour moi, une validation de parcours, un cadeau de l’univers et une magie qui ne demande pas à être expliquée, mais à être pleinement savourée. Que ce titre fédérateur puisse toucher un maximum de personnes !!! (Sourires)
– Enfin, avec une telle énergie et malgré vos occupations respectives, ROCK JUSTICE est-il un one-shot ou un projet studio, ou avez-vous l’intention de prendre la route ? Car ces chansons sont faites pour le live…
Nous avons déjà d’autres compos sur le feu et le live est au programme pour 2027 ! (Sourires) En ce moment, Bas tourne beaucoup avec Doro et After Forever, qui fait un magnifique come-back avec sa nouvelle chanteuse, Angel Wolf-Black !
Le premier album de ROCK JUSTICE, « You’ve Been Served », est disponible chez Fireflash Records.
Couronné de quatre UK Blues Awards dès son premier album, « We Fly Free » en 2021, WHEN RIVERS MEET s’épanouit en toute indépendance et voit son Blues Rock bousculer les genres, tout en confortant une identité musicale originale et très distinctive. Outre les sorties live qui immortalisent leurs tournées entre deux disques, c’est déjà le cinquième enregistrement studio pour les Britanniques, dont l’inspiration n’a pas faibli une seule fois ces dernières années, et « Rhythm Rust & Static » vient également dévoiler une nouvelle facette du couple.
WHEN RIVERS MEET
« Rhythm Rust & Static »
(One Road Records)
Alors qu’on aurait pu penser qu’en devenant parents, Grace et Aaron Bond auraient mis leur groupe entre parenthèse un petit moment, il n’en est rien puisqu’ils sont déjà de retour avec un cinquième album studio. Et « Rhythm Rust & Static » est peut-même le plus rugueux de leur discographie. Deux ans tout juste après « Addicted To You », WHEN RIVERS MEET reste toujours inspiré, prolifique et farouchement libre. Dépouillés et directs, ces dix nouveaux morceaux montrent à quel point le couple est imprévisible et talentueux.
Quelques mois aussi après « Live & Addicted », les Anglais ont donc repris le chemin du studio, mais avec des intentions bien différentes. Alors que l’effort avait été porté sur une production ample sur le précédent opus, celui-ci reste tout aussi organique, mais revêt un aspect plus direct et plus roots. Il y règne aussi une atmosphère très live, ce qui n’est pas vraiment surprenant quand on sait que WHEN RIVERS MEET a l’habitude de jouer dans des salles combles à travers tout le Royaume-Uni. Et c’est cette vérité-là que l’on retrouve sur « Rhythm Rust & Static ».
Malgré l’énergie déployée, il y a aussi un côté intimiste et cette élégance qui le caractérise depuis ses débuts reste la signature du groupe. Dès l’ouverture avec « The Tide Is Turning », on retrouve ce riff presque saturé qui fait le son de WHEN RIVERS MEET. La voix de Grace est envoûtante et se fond dans des ambiances différentes avec la facilité qu’on lui connaît (« The Script », « Caught In The Middle », « I’m ready For You », « Horizon », « Bring Life »). A noter d’ailleurs qu’Aaron chante seul « Fatal Attraction », ce qui est assez rare. Vivifiant et très accrocheur!
Très expérimenté et avec une idée bien précise de la musique qu’il souhaite distiller, HILLBILLY VEGAS fait partie de ces groupes de Southern Rock qui, tout en s’inscrivant dans une tradition immuable et très établie, apporte son style et sa fraîcheur à un registre qu’une jeune génération tente patiemment de s’approprier. Sur « A La Mode », son quatrième album, le quintet montre autant de sensibilité que de joie et de dérision pour élever son jeu au rang des meilleures formations du genre. Originaire d’Oklahoma, le quintet a les deux pieds dans un sud américain, qui transpire à chaque riffs, chaque solos, chaque notes de piano ou d’orgue et à travers le chant si authentique de Steve Harris, un frontman aujourd’hui heureux de présenter ce nouvel opus. Entretien avec un chanteur dont la liberté artistique n’est plus négociable.
– Tout d’abord et comme nous sommes sur un site français, pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « A La Mode » ? C’est assez surprenant de la part d’un groupe d’Oklahoma, que cela signifie-t-il pour vous ?
Pour nous, c’est une spécialité du Sud des Etats-Unis : une tarte avec de la glace dessus. Je m’excuse d’avoir détourné votre belle expression pour en faire une simple demande de glace sur notre tarte, mais l’important est d’améliorer les choses. Et tout est meilleur avec de la glace ! (Rires)
– HILLBILLY VEGAS a sorti son premier album, « Ringo Manor » en 2011, « 76 » en 2016, puis « The Great Southern Hustle » il y a quatre ans. Il y a beaucoup d’espace entre vos disques. C’est l’enchaînement des concerts, qui veut ça ?
Nous avons beaucoup tourné et, entre les tournées, nous avons sorti des singles, même lorsque nous ne travaillions pas sur des albums. Nous sommes restés productifs tout ce temps. Si vous avez raté un album, c’est parce que nous n’étions pas signés avec un label pour l’un d’eux. Les albums que nous avons sortis sont donc « Ringo Manor », « 76 » (autoproduction), « The Great Southern Hustle », et maintenant « A La Mode »… (Sourires)
– En l’espace de deux ans, vous avez sorti un EP, « Long Way Back » et aujourd’hui « A La mode ». Vous avez d’ailleurs l’habitude de sortir des formats courts avant vos albums, car il y avait aussi eu « Greetings From Hillbilly Vegas » en 2022. Est-ce une manière pour vous de tester de nouveaux morceaux ou certaines ambiances, ou est-ce un élan de spontanéité par rapport à l’écriture d’un album normal ?
Les EPs que nous avons sortis étaient en fait des engagements envers une maison de disques britannique, mais ils nous ont aussi permis d’avoir quelque chose de nouveau à promouvoir lors de notre tournée là-bas.
– Par rapport à vos albums précédents, « A La Mode » est peut-être moins brut dans l’approche, même si votre Southern Rock conserve son aspect roots, bien sûr. J’ai d’ailleurs plutôt l’impression que cela se joue surtout au niveau de la production. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre travail en studio, notamment en ce qui concerne les arrangements, qui sont très soignés ?
En fait, on a beaucoup changé. On a enregistré et produit cet album nous-mêmes. « A La Mode », c’est nous à 100 % : enregistré dans notre propre studio, sans aucune influence extérieure, sans interférence et sans producteur. Ce que vous entendez est un parfait exemple de ce dont on est capables quand on prend les choses en main et qu’on fait tout nous-mêmes ! (Sourires)
– J’aimerais justement que l’on parle de votre Southern Rock, qui a un style et une sonorité très modernes avec toujours ce mélange de Rock, de Blues et d’Outlaw Country. Sur « A La Mode », il y a aussi des fulgurances clairement Hard Rock. Est-ce que c’est ce qui finalement l’actualise et lui offre une nouvelle dynamique, selon vous ?
Je crois que ce qui le modernise, et lui donne cette nouvelle dynamique, c’est tout simplement que nous l’avons fait entièrement nous-mêmes sans que personne ne nous dise quoi faire. Tu vois où je veux en venir ? (Sourires) Parfois, des producteurs ou des personnes extérieures nous disent : « Vous ne pouvez pas faire ceci » ou « Vous devriez faire cela ». Cette fois-ci, nous avons simplement fait ce que nous ressentions et ce que nous voulions. Et au final, on obtient un peu de tout ce que nous aimons vraiment.
– Depuis vos débuts, HILLBILLY VEGAS a toujours dégagé beaucoup de légèreté dans ses chansons avec beaucoup d’ironie et d’humour, à commencer d’ailleurs par votre nom. Or, « A La Mode » semble plus sérieux, sans être sombre pour autant. Est-ce l’époque que vous vivons qui n’incite pas à plus d’insouciance, selon vous, et cela se traduit donc aussi dans votre musique ?
C’est vrai, mais nous avons toujours joué des ballades également. Notre premier grand succès a été « Little Miss Rough And Tumble ». Ce nouvel album contient encore des moments légers, mais aussi des passages plus introspectifs, tu as raison. En fait, nous n’avions pas de plan, ni de thème précis. Nous avons simplement fait ce qui nous plaisait, que ce soit écrire une ballade ou un morceau plus festif comme « Something Crazy » ou « Every Jukebox ». Il ne s’agit pas d’influences extérieures, mais simplement de notre état d’esprit créatif du moment.
– Comme il est de tradition dans le Southern Rock, les deux guitaristes et les claviers sont mis en évidence sur le groove de la rythmique et la chaleur du chant et des chœurs. Et c’est d’ailleurs au centre de votre musique. Et vous avez aussi déclaré vouloir faire de la vraie musique pour la maintenir en vie. Pensez-vous franchement qu’un style comme le vôtre soit un jour envahi par l’IA ? Ça paraît peu probable vu la nouvelle génération, si ?
Je ne crois pas que l’IA ait sa place dans notre musique. Je ne peux pas parler pour les autres, mais pour nous : pas de pistes préenregistrées, pas d’artifices et pas d’IA en studio. Ce que vous entendez, c’est de la vraie musique à 100 %. C’est ce qui nous définit. On ne corrige même pas les fausses notes avec de l’autotune, d’ailleurs. Si je chante une fausse note, c’est que je le voulais… alors elle reste comme ça ! (Sourires)
– Enfin, un mot sur « Mr. Midnight », cette chanson de Paul Rodgers que vous avez exhumée et qu’il chante avec vous. J’imagine que c’est une grande fierté pour vous, d’autant que HILLBILLY VEGAS compte un ancien membre de son groupe et un autre de Bad Company. Comment sont nées cette belle aventure et et cette belle histoire ?
Tout a commencé avec Todd Ronning (bassiste et ancien membre de Bad Company – NDR) Il avait une démo qu’ils avaient enregistrée dans un studio de répétition il y a un moment. Todd m’a demandé de l’écouter en me disant que Paul ne l’avait pas utilisée sur son album solo. Et il voulait savoir ce que je pensais à l’idée de l’essayer. Je l’ai écoutée, et même si c’était un enregistrement de répétition brut, on reconnaissait déjà la voix de Paul. Elle sonnait comme sur tous les albums de Bad Company, même sur un enregistrement téléphonique. C’était tout simplement incroyable. Au début, je me demandais ce que je pourrais bien y ajouter. Mais on a tenté le coup et j’ai adoré la chanter. On a le même manager que Paul (David Spero – NDR), et quand on en a parlé à David, il a dit qu’il pensait que Paul adorerait aussi la chanter. Il a été incroyablement gentil, il a ajouté quelques lignes et la collaboration a été formidable. Même si personne d’autre ne l’avait jamais entendue, c’était un vrai bonheur pour nous. Mais maintenant, elle fait partie de l’album et de notre histoire ! (Sourires)
Le nouvel album de HILLBILLY VEGAS, « A La Mode », est disponible chez Quarto Valley Records.