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International Metal Progressif

Green Carnation : magic trilogy ways [Interview]

Très exigeante et méticuleuse, la musique des Norvégiens est l’une des plus passionnantes du monde du Metal Progressif. Le travail sur la narration est pointu et précis d’une part, l’aspect polymorphe de leur style est saisissant de l’autre, et tous deux semblent nécessiter un travail colossal. Si l’audace constitue toujours l’essentiel de l’ADN du groupe, avec « A Dark Poem », elle atteint même son paroxysme. Déployée sur trois volumes, cette saga surprend par les changements de paysages sonores, tout comme dans cette continuité artistique que l’on perçoit au cours des différents albums. GREEN CARNATION est de ces formations qui laissent des traces indélébiles dans une discographie, et ici plus que jamais. Avec « The Messiah Complex », l’ultime volet, c’est une fresque splendide qui s’achève dans une apothéose symphonique, digne de la grande créativité de ces Scandinaves décidément hors-normes. Fondateur, chanteur et compositeur, Kjetil Nordhus revient sur la démarche artistique du sextet et sur l’élaboration de cette superbe trilogie.

– Tout d’abord, on connaît le groupe pour sa démarche hors du commun avec notamment, et pour rappel, le fameux « Light Of Day, Day Of Darkness »qui était un morceau d’une heure constituant à lui seul un album. 25 ans plus tard, vous revenez avec une trilogie. Pour ceux qui vous connaissent, ce n’est pas si surprend. Qu’est-ce qui vous fascine et vous attire dans cette démarche très narrative et longue, alors que l’époque est à une musique malheureusement très formatée ?

L’idée d’une trilogie d’albums est née après la sortie de « Light of Day, Day of Darkness ». Bien sûr, il était impensable de sortir un autre morceau d’une heure après ça, mais je crois qu’après ce succès, nous étions déjà conquis. Nous avons donc décidé d’explorer une direction totalement différente pour les trois albums suivants, en découvrant d’autres facettes de notre univers musical. Lorsque nous nous sommes reformés en 2016 et, après cette année de retour, c’est lorsque nous avons décidé de continuer en tant que groupe et de composer de nouveaux morceaux que l’idée nous est revenue. Nous étions convaincus qu’il s’agirait du projet idéal, à la fois novateur et extrêmement ambitieux, et nous pensions être enfin prêts à le réaliser.

– Je me souviens de la sortie du premier volet de « A Dark Poem », où nous disiez espérer que l’auditeur soit captivédu début jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’au troisième volet. Est-ce qu’au moment de sortir « The Shores Of Melancholia » en septembre dernier, toute la trilogie était déjà écrite et peut-être même enregistrée ?

Oui, tous les morceaux des albums ont été enregistrés avant décembre 2024. Il nous a fallu un peu plus de temps pour la suite orchestrale, enregistrée en juin 2025, et pour le chœur d’opéra, enregistré en janvier 2026.

– Justement, lorsque l’on s’engage dans une telle œuvre artistique, est-ce que le travail en amont sur l’histoire et plus largement l’atmosphère générale est conséquent, car la longueur est aussi un paramètre important ? D’ailleurs, avez-vous composé l’ensemble de manière chronologique, ou pas forcément ?

Non, nous n’avons pas composé l’album de façon chronologique. Dès le départ, nous avions une vision claire de l’ensemble, tant au niveau musical que des textes. Nous avons également discuté des différentes thématiques que nous souhaitions aborder, puis nous avons commencé à composer. Une fois toutes les chansons prêtes, c’est-à-dire les démos, nous avons entrepris la création des différents albums. Il était important pour nous que chaque album ait une thématique différente, notamment au niveau des textes. Il était également essentiel que musicalement, chaque album puisse être écouté indépendamment des autres, tout en s’intégrant parfaitement à la trilogie.

– Concernant les textes, avez-vous procédé à l’écriture d’un synopsis, afin d’avoir une trame précise du déroulé, ou l’approche a-t-elle été plutôt poétique avec une liberté d’action dans l’évolution de l’histoire ? Car vous assumez aussi l’inspiration d’Arthur Rimbaud…

Il s’agissait d’une démarche résolument artistique. Le poème « Ophélie » d’Arthur Rimbaud a été, à bien des égards, notre point de départ pour le processus créatif de la composition de cette trilogie. Il était donc naturel pour nous de lui accorder une place importante dans sa conclusion, au sein de la suite orchestrale.

– D’ailleurs, à l’écoute des trois volumes, on distingue une certaine continuité musicale, tout au moins dans l’atmosphère générale. Avez-vous appréhendé « A Dark Poem » à l’instar d’une musique de film, car le fil est très cinématographique dans ses enchaînements ?

Oui, je pense qu’il y a une forte continuité musicale et je trouve que tout s’imbrique parfaitement. Aborder « A Dark Poem » comme une musique de film ? Je pense que c’est une bonne façon de l’expliquer, oui. Du moins, comme pour un vrai film. La création d’un album réussi s’apparente souvent à la construction de la dramaturgie d’un film. Créer une trilogie d’albums serait comparable à la construction de la dramaturgie d’un long métrage.

Le premier volet est sorti en septembre 2025 et le dernier arrive juste un an plus tard. Est-ce qu’il vous a aussi paru important que l’ensemble sorte dans un délai assez raisonnable, c’est-à-dire assez court finalement ? Et est-ce aussi une manière de ne pas perdre l’auditeur, afin qu’il garde en tête l’évolution de la trilogie ?

Nous avons procédé ainsi, car GREEN CARNATION n’a pas vraiment sorti beaucoup d’albums ces 20 dernières années. Bien sûr, nous aurions pu sortir les trois albums le même jour, mais j’ai pensé qu’il était judicieux d’échelonner les sorties, afin de créer une dynamique et de permettre à GREEN CARNATION de se consacrer à de nombreux projets sur une période donnée. Cela semble avoir fonctionné, car l’intérêt a rapidement grandi depuis la sortie du premier album jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, nous aurions pu choisir une autre voie, mais je pense que c’était la meilleure solution pour nous, compte tenu de tous les éléments concernés.

Bien sûr, un mot sur l’incroyable et épique « Orchestral Suite » et ses plus de 16 minutes que vous avez enregistré avec la flûtiste Ingrid Ose, l’Orchestre Symphonique et le Chœur de l’Opéra de Kristiansand. On y retrouve un texte parlé, mais l’ensemble est instrumental. Comment l’avez-vous composé, car on est assez loin de votre Metal Progressif ? En quoi l’écriture diffère-t-elle entre l’univers Metal et la musique classique ? Et comment y avez-vous trouvé les ponts pour conserver l’identité de GREEN CARNATION ?

Après notre année de retour triomphale en 2016, qui s’est conclue au ‘Kilden Performing Arts Centre’ de Kristiansand, notre ville natale, j’ai contacté l’Orchestre Symphonique de Kristiansand pour leur proposer une éventuelle collaboration. Nous avons signé une lettre d’intention et, en discutant de ce qui allait devenir « A Dark Poem », l’idée d’une collaboration avec l’orchestre m’est venue. Plutôt que de le réduire à un simple ‘immense clavier en arrière-plan’, nous souhaitions l’utiliser comme il se doit dans sa forme première. L’idée de lui confier la conclusion de la trilogie, en faisant un commentaire sur les thèmes musicaux précédents, a alors germé. Malgré quelques difficultés initiales de composition, Stein Roger a relevé le défi, ce qui a été une opportunité unique aussi pour lui, et il a réussi à composer l’œuvre, avec mon aide et celle précieuse de Martin Raabe Olsen, originaire de Kristiansand et musicien classique en Allemagne depuis plusieurs années. Il a ‘traduit’ nos idées en quelque chose de cohérent et jouable par un orchestre classique. Il était également présent lors de l’enregistrement, ce qui était, pour être honnête, une expérience assez unique pour nous. Je pense que cela correspond bien à l’esprit intransigeant de GREEN CARNATION.

– Enfin, une question s’impose bien sûr : comment s’est passé le concert où vous avez jouél’intégralité de « A Dark Poem » ? Et quel genre de scénographie aviez-vous imaginépour conter cette grande fresque au public ?

Nous avons donné un concert complet le 12 septembre dernier dans notre ville natale de Kristiansand, interprétant l’intégralité de l’album « A Dark Poem », avec l’orchestre symphonique, le chœur de l’opéra et les musiciens invités. Des spectateurs venus de 22 pays différents ont assisté à ce concert. C’était pour nous l’apogée de ce sur quoi nous travaillons depuis 2018. La scénographie était aussi complexe, à l’image de nos albums. Nous nous sommes lancés un défi de taille et nous y avons consacré toute notre énergie.

La magnifique trilogie, « A Dark Poem », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Lars Gunnar Liestøl

Retrouvez aussi les chroniques des deux premiers volumes :

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