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Pure Reason Revolution : spiritual contradictions [Interview]

Loin de la douceur de « Coming Up To Consciousness », Les Britanniques empruntent cette fois des chemins plus ardus pour naviguer dans des paysages sonores assombris par des guitares tranchantes, des rythmiques à la fois lourdes et véloces et des harmonies vocales, qui s’entremêlent dans une harmonie aux reliefs saisissants. La remise en question est permanente chez PURE REASON REVOLUTION et c’est en cela que le trio parvient à surprendre sur chacun de ses albums à travers du Rock Progressif an perpétuel évolution. « Terrifying Angels » est le septième et son exploration de certains cieux nous fait traverser autant d’orages inquiétants que d’éclaircies presque éblouissantes. Un équilibre que les Anglais maîtrisent parfaitement et qui est même inscrit dans l’ADN du groupe depuis ses débuts. De l’obscurité à l’éblouissement, ce nouvel album révèle des trésors d’atmosphères au sein desquelles des arrangements d’une grande subtilité se dévoilent au fil des écoutes. Guitariste, bassiste, claviériste et producteur, Jon Courtney revient sur le processus de création et l’approche artistique qui l’ont guidé sur ce magnifique « Terrifying Angels ».

– On s’était quittés il y a deux ans avec «« Coming Up To Consciousness », qui était aussi positif que lumineux. Tout d’abord, en termes de line-up, on retrouve ici les mêmes musiciens au sein de PURE REASON REVOLUTION. Est-ce aussi un gage de constance que tu recherchais, afin de mener à bien ce nouvel album ?

Oui, absolument. Je pense que conserver la même formation était important, car il existe une réelle cohérence et une grande entente entre nous, en tant que musiciens. Au fil des années, nous avons développé une méthode de travail commune qui nous offre une base solide pour construire l’avenir. Parallèlement, je ne voulais pas que cette cohérence se résume à répéter ce que nous avions déjà fait. Je souhaitais que nous allions de l’avant avec cet album, que nous avancions et explorions de nouveaux horizons, plutôt que de stagner. Pour moi, il s’agissait donc de préserver l’alchimie et l’identité du groupe tout en nous surpassant sur le plan créatif et en voyant où cela pouvait nous mener.

–  A l’inverse du précédent album, «Terrifying Angels » est peut-être plus sombre, notamment au niveau des textes. Tout d’abord, il y a déjà cette notion d’ange à laquelle d’ailleurs il faut croire, même si elle peut être aussi bien sûr métaphorique. Cependant, ce nouvel album a-t-il, selon toi, une teneur plus spirituelle ?

Oui, je pense qu’il y a probablement une dimension spirituelle plus profonde à cet album, même si je ne le qualifierais pas forcément de religieux. L’idée des anges peut s’interpréter de bien des façons, et pour moi, ils sont davantage une métaphore de quelque chose qui nous dépasse, que ce soit l’espoir, la protection, le guide, ou simplement quelque chose d’inexplicable.

C’est aussi de là que vient l’idée des ‘Anges Terrifiants’. Il y a quelque chose de paradoxal chez un ange. Traditionnellement, on les perçoit comme bienveillants ou protecteurs, mais ils peuvent aussi représenter quelque chose d’immense et d’inconnaissable, quelque chose qui dépasse notre entendement et qui, de ce fait, peut être effrayant. J’aimais cette contradiction, à savoir l’idée que quelque chose puisse être à la fois beau et réconfortant, et troublant.

Je pense que cette part d’ombre transparaît dans certains textes de cet album. Mais même au sein de cette obscurité, on perçoit encore une quête de quelque chose de positif ou de significatif. La dimension spirituelle de l’album découle donc davantage de cette quête et de l’exploration de ces contradictions.

– On l’a dit, le line-up de PURE REASON REVOLUTION est le même avec Ravi Kesavaram à la batterie et Annicke Shireen aux claviers, ainsi qu’au chant. D’ailleurs, sa voix prend une place plus importante sur l’album. Sans parler de duo, est-ce aussi quelque chose que tu recherchais ? Une sorte d’accompagnement et de soutien de ce côté-là, capable aussi d’ouvrir d’autres chemins à votre musique ?

Oui, absolument. La voix d’Annicke s’est naturellement affirmée et elle enrichit la musique, à la fois en contrepoint à ma voix et comme un instrument à part entière dans les arrangements. Pour autant, je ne considère pas le groupe comme un duo. Ravi reste un élément essentiel de notre son, et Greg, notre guitariste d’origine (Jong, membre fondateur du groupe – NDR), participe également à l’écriture des morceaux avec moi. La diversité de ces voix et de ces perspectives nous offre davantage de possibilités d’expérimentation et nous permet de faire évoluer notre musique.

– On sait à quel point la minutie et la perfection ont toujours été des éléments très importants chez PURE REASON REVOLUTION. Or, tu as déclaré avoir été plutôt en quête de satisfaction et de plaisir. Est-ce que tu as trouvé cette fois plus d’inspiration dans une sorte de lâcher-prise ?

Oui, absolument. Avant, je travaillais comme un forcené, sept jours sur sept et jusque tard dans la nuit, en quête de perfection. Il m’arrive encore de me perdre dans mes pensées et de travailler tard, mais aujourd’hui, je prends beaucoup plus de plaisir à créer de la musique. La collaboration y contribue grandement. Franchement, je me lasse parfois de mes propres idées, alors je ne ressens plus le besoin de mener à bien ma vision initiale. Je suis beaucoup plus ouvert à ce que les autres apportent à la musique, et j’apprécie les idées auxquelles je n’aurais pas pensé. Cela donne à la musique une diversité bien plus grande que lorsque tout est filtré par moi. Les résultats sont-ils meilleurs ? Sont-ils les mêmes ? Peu m’importe. Mais ai-je davantage apprécié le processus ? Probablement, et c’est ce qui compte.

– Par ailleurs, là où « Coming To Consciousness » avait un côté presque apaisant, « Terrifying Angels » se veut plus puissant avec des élans parfois très Metal. Est-ce que ce changement d’ambiance et de ton a un lien direct avec notre société et ce monde devenu plus incertain que jamais. Ou alors, est-ce une démarche purement artistique et une volonté de surprendre peut-être ?

Je répondrais à cette question en reconnaissant l’atmosphère plus sombre sans pour autant en faire une prise de position politique ou sociale directe. Je pense que c’est un peu des deux. Je ne dirais pas que nous avons cherché à créer un album reflétant l’état du monde, mais il est impossible de rester insensible à ce qui se passe autour de nous. Il y a indéniablement une atmosphère plus inquiétante et imprévisible dans la musique, et cela tient peut-être en partie à l’époque que nous vivons. En même temps, c’est un instinct artistique. Je ne voulais pas simplement répéter ce que nous avions déjà fait, et les passages plus intenses m’ont semblé une manière naturelle de créer du contraste et de la surprise. Je pense que la musique doit pouvoir aller où elle veut, plutôt que d’être contrainte par les attentes du public envers PURE REASON REVOLUTION.

– Un nouvel album de PURE REASON REVOLUTION ne saurait être tout à fait ‘normal’, s’il n’y a avait pas la présence de guests. Et c’est bien sûr le cas avec les bassistes Mariusz Duda de Lunatic Soul et Krisfoffer Gildenlöw de Pain Of Salvation notamment. C’est important pour toi d’avoir l’apport de musiciens extérieurs ? Et en quoi apportent-ils leur touche, ou ouvrent-ils d’autres voies au groupe ?

Oui, j’apprécie beaucoup la collaboration, même si le rôle des deux bassistes a peut-être été légèrement surestimé. Mariusz Duda et Kristoffer Gildenlöw ont chacun joué sur une petite partie de l’album, mais j’ai assuré environ 90% des parties de basse moi-même. Je suis très content de leur contribution, mais ils n’étaient pas responsables de la basse sur l’ensemble de l’album. Plus généralement, j’apprécie la diversité des points de vue. D’autres musiciens peuvent apporter une ambiance ou une interprétation différente à une partie, et parfois emmener la musique dans des directions que je n’aurais pas explorées moi-même. Cette diversité est quelque chose que je valorise énormément. J’adorerais collaborer à nouveau avec Mariusz.

– Depuis ces deux derniers albums, vous faites aussi confiance à Bruce Soord de The Pineapple Thief pour le mix. Est-ce qu’à tes yeux, il a parfaitement su saisir l’identité et l’atmosphère de la musique de PURE REASON REVOLUTION ? Ou plus largement, est-il peut-être aussi le garant de cette touche si particulière et unique du Rock Progressif anglais ?

Oui, absolument. Bruce comprend parfaitement l’ADN du groupe et il règne une réelle confiance entre nous. Il sait quand préserver l’essence de notre musique et quand explorer de nouvelles pistes. Je ne dirais pas qu’il est le garant du Rock Progressif anglais, mais il saisit parfaitement l’atmosphère et l’identité que nous recherchons. Travailler avec lui est devenu une évidence.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau-titre, qui est littéralement tentaculaire du haut de ses 12 minutes. Comment est-ce qu’un tel morceau, aux ambiances si variées, se construit-il ? Et surtout est-ce que faire ressurgir une atmosphère globale et un thème principal s’avèrent être le plus délicat, finalement ?

Le morceau-titre est né d’une jam session improvisée dans le sous-sol de Greg à Portland, avec deux autres musiciens. Cette première improvisation a donné naissance aux trois premières minutes, et à partir de là, les autres parties ont émergé. Nous avons progressivement façonné le tout en un seul morceau. Le défi consistait à créer une cohérence entre les différentes parties, plutôt que de donner l’impression d’un assemblage d’idées disparates. Greg et moi nous connaissons bien, donc nous arrivons assez vite à obtenir ce que nous voulons. Mais un morceau comme celui-ci implique aussi beaucoup d’essais et d’erreurs : on écrit des sections, on les teste et parfois, on les abandonne complètement. Pour moi, l’atmosphère générale est primordiale. Une fois qu’elle est là, le reste peut se construire autour.

Le nouvel album de PURE REASON REVOLUTION, « Terrifying Angels », est disponible chez InsideOut Music.

Photos : Valentin Ottone.

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums…

… et l’interview du groupe à l’occasion de la sortie d’« Eupnea » :

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International Metal Progressif Sludge

Mastodon : l’introspection [Interview]

Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.

– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?

(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)

– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?

Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.

Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.

– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?

Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.

– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?

Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston, guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)

– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?

Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.

– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?

En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)

– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?

C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)

– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?

Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)

– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?

C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.

– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’ pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?

Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !

Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?

En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.

– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?

Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)

Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.

Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et celle de « Hushed And Grim » :

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International Metal Progressif

Green Carnation : magic trilogy ways [Interview]

Très exigeante et méticuleuse, la musique des Norvégiens est l’une des plus passionnantes du monde du Metal Progressif. Le travail sur la narration est pointu et précis d’une part, l’aspect polymorphe de leur style est saisissant de l’autre, et tous deux semblent nécessiter un travail colossal. Si l’audace constitue toujours l’essentiel de l’ADN du groupe, avec « A Dark Poem », elle atteint même son paroxysme. Déployée sur trois volumes, cette saga surprend par les changements de paysages sonores, tout comme dans cette continuité artistique que l’on perçoit au cours des différents albums. GREEN CARNATION est de ces formations qui laissent des traces indélébiles dans une discographie, et ici plus que jamais. Avec « The Messiah Complex », l’ultime volet, c’est une fresque splendide qui s’achève dans une apothéose symphonique, digne de la grande créativité de ces Scandinaves décidément hors-normes. Fondateur, chanteur et compositeur, Kjetil Nordhus revient sur la démarche artistique du sextet et sur l’élaboration de cette superbe trilogie.

– Tout d’abord, on connaît le groupe pour sa démarche hors du commun avec notamment, et pour rappel, le fameux « Light Of Day, Day Of Darkness »qui était un morceau d’une heure constituant à lui seul un album. 25 ans plus tard, vous revenez avec une trilogie. Pour ceux qui vous connaissent, ce n’est pas si surprend. Qu’est-ce qui vous fascine et vous attire dans cette démarche très narrative et longue, alors que l’époque est à une musique malheureusement très formatée ?

L’idée d’une trilogie d’albums est née après la sortie de « Light of Day, Day of Darkness ». Bien sûr, il était impensable de sortir un autre morceau d’une heure après ça, mais je crois qu’après ce succès, nous étions déjà conquis. Nous avons donc décidé d’explorer une direction totalement différente pour les trois albums suivants, en découvrant d’autres facettes de notre univers musical. Lorsque nous nous sommes reformés en 2016 et, après cette année de retour, c’est lorsque nous avons décidé de continuer en tant que groupe et de composer de nouveaux morceaux que l’idée nous est revenue. Nous étions convaincus qu’il s’agirait du projet idéal, à la fois novateur et extrêmement ambitieux, et nous pensions être enfin prêts à le réaliser.

– Je me souviens de la sortie du premier volet de « A Dark Poem », où nous disiez espérer que l’auditeur soit captivédu début jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’au troisième volet. Est-ce qu’au moment de sortir « The Shores Of Melancholia » en septembre dernier, toute la trilogie était déjà écrite et peut-être même enregistrée ?

Oui, tous les morceaux des albums ont été enregistrés avant décembre 2024. Il nous a fallu un peu plus de temps pour la suite orchestrale, enregistrée en juin 2025, et pour le chœur d’opéra, enregistré en janvier 2026.

– Justement, lorsque l’on s’engage dans une telle œuvre artistique, est-ce que le travail en amont sur l’histoire et plus largement l’atmosphère générale est conséquent, car la longueur est aussi un paramètre important ? D’ailleurs, avez-vous composé l’ensemble de manière chronologique, ou pas forcément ?

Non, nous n’avons pas composé l’album de façon chronologique. Dès le départ, nous avions une vision claire de l’ensemble, tant au niveau musical que des textes. Nous avons également discuté des différentes thématiques que nous souhaitions aborder, puis nous avons commencé à composer. Une fois toutes les chansons prêtes, c’est-à-dire les démos, nous avons entrepris la création des différents albums. Il était important pour nous que chaque album ait une thématique différente, notamment au niveau des textes. Il était également essentiel que musicalement, chaque album puisse être écouté indépendamment des autres, tout en s’intégrant parfaitement à la trilogie.

– Concernant les textes, avez-vous procédé à l’écriture d’un synopsis, afin d’avoir une trame précise du déroulé, ou l’approche a-t-elle été plutôt poétique avec une liberté d’action dans l’évolution de l’histoire ? Car vous assumez aussi l’inspiration d’Arthur Rimbaud…

Il s’agissait d’une démarche résolument artistique. Le poème « Ophélie » d’Arthur Rimbaud a été, à bien des égards, notre point de départ pour le processus créatif de la composition de cette trilogie. Il était donc naturel pour nous de lui accorder une place importante dans sa conclusion, au sein de la suite orchestrale.

– D’ailleurs, à l’écoute des trois volumes, on distingue une certaine continuité musicale, tout au moins dans l’atmosphère générale. Avez-vous appréhendé « A Dark Poem » à l’instar d’une musique de film, car le fil est très cinématographique dans ses enchaînements ?

Oui, je pense qu’il y a une forte continuité musicale et je trouve que tout s’imbrique parfaitement. Aborder « A Dark Poem » comme une musique de film ? Je pense que c’est une bonne façon de l’expliquer, oui. Du moins, comme pour un vrai film. La création d’un album réussi s’apparente souvent à la construction de la dramaturgie d’un film. Créer une trilogie d’albums serait comparable à la construction de la dramaturgie d’un long métrage.

– Le premier volet est sorti en septembre 2025 et le dernier arrive juste un an plus tard. Est-ce qu’il vous a aussi paru important que l’ensemble sorte dans un délai assez raisonnable, c’est-à-dire assez court finalement ? Et est-ce aussi une manière de ne pas perdre l’auditeur, afin qu’il garde en tête l’évolution de la trilogie ?

Nous avons procédé ainsi, car GREEN CARNATION n’a pas vraiment sorti beaucoup d’albums ces 20 dernières années. Bien sûr, nous aurions pu sortir les trois albums le même jour, mais j’ai pensé qu’il était judicieux d’échelonner les sorties, afin de créer une dynamique et de permettre à GREEN CARNATION de se consacrer à de nombreux projets sur une période donnée. Cela semble avoir fonctionné, car l’intérêt a rapidement grandi depuis la sortie du premier album jusqu’à aujourd’hui. Bien sûr, nous aurions pu choisir une autre voie, mais je pense que c’était la meilleure solution pour nous, compte tenu de tous les éléments concernés.

– Bien sûr, un mot sur l’incroyable et épique « Orchestral Suite » et ses plus de 16 minutes que vous avez enregistré avec la flûtiste Ingrid Ose, l’Orchestre Symphonique et le Chœur de l’Opéra de Kristiansand. On y retrouve un texte parlé, mais l’ensemble est instrumental. Comment l’avez-vous composé, car on est assez loin de votre Metal Progressif ? En quoi l’écriture diffère-t-elle entre l’univers Metal et la musique classique ? Et comment y avez-vous trouvé les ponts pour conserver l’identité de GREEN CARNATION ?

Après notre année de retour triomphale en 2016, qui s’est conclue au ‘Kilden Performing Arts Centre’ de Kristiansand, notre ville natale, j’ai contacté l’Orchestre Symphonique de Kristiansand pour leur proposer une éventuelle collaboration. Nous avons signé une lettre d’intention et, en discutant de ce qui allait devenir « A Dark Poem », l’idée d’une collaboration avec l’orchestre m’est venue. Plutôt que de le réduire à un simple ‘immense clavier en arrière-plan’, nous souhaitions l’utiliser comme il se doit dans sa forme première. L’idée de lui confier la conclusion de la trilogie, en faisant un commentaire sur les thèmes musicaux précédents, a alors germé. Malgré quelques difficultés initiales de composition, Stein Roger a relevé le défi, ce qui a été une opportunité unique aussi pour lui, et il a réussi à composer l’œuvre, avec mon aide et celle précieuse de Martin Raabe Olsen, originaire de Kristiansand et musicien classique en Allemagne depuis plusieurs années. Il a ‘traduit’ nos idées en quelque chose de cohérent et jouable par un orchestre classique. Il était également présent lors de l’enregistrement, ce qui était, pour être honnête, une expérience assez unique pour nous. Je pense que cela correspond bien à l’esprit intransigeant de GREEN CARNATION.

– Enfin, une question s’impose bien sûr : comment s’est passé le concert où vous avez jouél’intégralité de « A Dark Poem » ? Et quel genre de scénographie aviez-vous imaginépour conter cette grande fresque au public ?

Nous avons donné un concert complet le 12 septembre dernier dans notre ville natale de Kristiansand, interprétant l’intégralité de l’album « A Dark Poem », avec l’orchestre symphonique, le chœur de l’opéra et les musiciens invités. Des spectateurs venus de 22 pays différents ont assisté à ce concert. C’était pour nous l’apogée de ce sur quoi nous travaillons depuis 2018. La scénographie était aussi complexe, à l’image de nos albums. Nous nous sommes lancés un défi de taille et nous y avons consacré toute notre énergie.

La magnifique trilogie, « A Dark Poem », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Lars Gunnar Liestøl

Retrouvez aussi les chroniques des deux premiers volumes :

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Metal Progressif Sludge

Mastodon : une bascule impériale

Sous couvert d’un sludge Progressif fulgurant et massif, MASTODON s’offre une introspection pour le moins explosive. Très technique, mais accrocheuse, la formation d’Atlanta est aussi Heavy que tortueuse et parvient avec classe à renverser un destin qui semble s’acharner sur elle depuis quelques année. Complexe et moderne, « Marrow Deep » fend l’armure et repasse à l’attaque en restant attaché au jeu et à la virtuosité, qui ont toujours fait la particularité du désormais quintet. En patron, il impose sa marque et se montre particulièrement inspiré.

MASTODON

« Marrow Deep »

(Loma Vista Recordings)

Depuis des années, MASTODON fait face aux tragédies avec abnégation, et là où certains auraient sans doute baissé les bras, il sait faire preuve d’une incroyable force mentale. Cinq ans après le double-album « Hushed And Grim » qui était marqué d’une certaine mélancolie après la perte de son ami et manager Nick John, le groupe a dû essuyer d’autres drames personnels, ce qui a finalement décuplé son envie de se remettre à l’ouvrage et de se surpasser. Et « Marrow Deep » se présente comme le coup de semonce attendu et la réponse à de nombreuses questions.

Autour de Brann Dailor (batterie, chant), Bill Kelliher (guitare) et Troy Sanders (basse, chant), MASTODON accueille João Nogueira (claviers) et Nick Johnston (guitare), qui apportent leur touche et leur fraîcheur. « Marrow Deep » laisse ainsi plus de place aux synthés, renforçant les mélodies et son côté Prog pour afficher sa pleine puissance. Intenable et costaud, le combo est plus vivant que jamais, se dévoile aussi beaucoup plus, comme pour mieux évacuer de vieux démons et conjurer le sort. Son identité est intacte et elle resplendit avec une énergie accrue.

Pour ce phénoménal retour, les Américains ont invité quelques amis, une habitude, mais qui prend ici tout son sens. Ainsi, Josh Homme (QOTSA) est de la partie (« Snakes For Dinner »), Randy Blythe de Lamb Of God (« A Vampire’s Demeanor »), Neil Fallon de Clutch (« The Three Fates »), ainsi que Geezer Butler et Joe Duplantier de Gojira sur « The Vanishing ». Nate Newton et Ben Koller, la section rythmique de Converge, enfoncent le clou, mais MASTODON reste seul maître à bord et garant de son œuvre (« Poisonous Weapons », « Out Like A Lamb », « Moth And Bone ») Magistral !

A noter qu’une longue interview de Brann Dailor sera très bientôt en ligne sur le site !

En attendant, retrouvez aussi la chronique de « Hushed And Grim » :

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Acoustic Metal Progressif

Vanden Plas : sans filtre

Brillant sur album où sa vélocité fait mouche, captivant sur ses albums live, VANDEN PLAS se montre également assez phénoménal en acoustique, où sa facilité à se réinventer est à la fois sophistiquée et intimiste. Avec « AcCult II », son inimitable Metal Progressif se fait plus Rock, même si les arrangements dans cet aspect plus organique nous rappellent son style d’origine. La connexion entre les musiciens offre aussi une chaleur inattendue et irrésistible.

VANDEN PLAS

« AcCult II »

(Frontiers Music)

Deux ans après « The Empyrean Equation Of The Long Lost Things », qui avait acté l’arrivée d’Alessandro Del Vecchio en lieu et place du claviériste Günter Werno, les Allemands signent le deuxième volet d’« AcCult », sorti il y a 30 ans. On y retrouve donc cette ambiance acoustique, mais pas forcément épurée, de l’album paru en 1996. Là où le précédent revisitait l’album « Colour Temple », première réalisation du quintet, celui-ci parcourt plus largement la discographie de VANDEN PLAS et dévoile également deux reprises.

« AcCult II » fait l’impasse sur les habituelles structures complexes des morceaux, qui ont fait la renommée du groupe pour laisser place à un style jouant directement sur le côté émotionnel. Et là où il se distingue, c’est que sa personnalité musicale et sonore est intacte. VANDEN PLAS évolue tout en maîtrise dans un registre auquel il n’est pas forcément habitué et reste cependant immédiatement identifiable. Il démontre avec habileté et virtuosité la qualité intrinsèque de ses compositions dans un vibrant état des lieux.

En ouvrant « AcCult II » avec « Far Off Grace », la formation place la barre très haut et d’ailleurs, on ne saurait que saluer l’intégration et l’approche tout en retenue de l’Italien aux claviers, qui intervient sur toute la seconde moitié de ce long morceau. Puis, VANDEN PLAS arrive encore à surprendre avec des versions pleine d’élégance de « Holes In The Sky » et « You Fly » avec la présence du saxophoniste de Supertramp, John Helliwell. Enfin, les covers « Boat On The River » de Styx et « Nothing Else Matters » de Metallica sont aussi de toute beauté.

Photo : Jannik S. Wagner

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France Metal Progressif Post-Metal

Nihil : la résurrection [Interview]

Ravivé à la faveur d’une proposition de revisiter ses titres majeurs afin de leur offrir un lustre plus actuel, le quintet s’est retrouvé en studio à parcourir un répertoire d’une décennie constitué de quatre albums. Avec « Aphelion » sorti l’an dernier et aujourd’hui « Perihelion », qui vient le compléter de neuf morceaux inédits, le projet « Syzygy » est désormais complet et livre un panorama très pertinent et créatif de l’esprit qui anime NIHIL, et surtout d’un style dominé par le post-Metal, mais qui en prend volontiers le large. Les frontières artistiques disparaissent en partie, mais pas le son si caractéristique de son identité. Et si l’expérience est manifeste, le goût de l’aventure l’accompagne à chaque instant à travers ce double-album à la fois moderne et hors du temps. Son claviériste Nicolas Monge, alias Niko, revient pour nous sur la résurrection de la formation bordelaise sur le devant de la scène…

– L’an dernier, vous nous avez fait le plaisir d’un retour avec d’abord un premier volet de « Syzygy », « Aphelion », où vous avez entièrement réenregistré vos morceaux les plus emblématiques. Tout d’abord, dans quelles conditions cela s’est-il passé et qu’est-ce qui a motivé votre reformation ?

C’était une énorme surprise, nous n’avions pas du tout prévu de relancer NIHIL… Nous sommes tous restés en contact depuis toutes ces années, mais la page NIHIL était pour nous définitivement tournée. C’est notre manager de toujours, Laurent Lefebvre chez Base Productions, qui nous a sollicité pour nous proposer de réenregistrer les anciens titres. Lorsque le projet s’est arrêté en 2008, les réseaux sociaux n’avaient pas autant de place dans le quotidien d’un groupe et les plateformes de streaming n’existaient pas. C’était donc l’occasion de leur donner une nouvelle visibilité !

– Alors que vous auriez pu directement revenir avec de nouveaux morceaux, vous avez choisi de retravailler les anciens. Aviez-vous un goût inachevé, notamment dans les arrangements ou peut-être aussi la production ?

L’objectif premier était de redonner une nouvelle jeunesse à une sélection de titres, d’avoir une production plus actuelle et un son que nous aurions aimé avoir à l’époque. Aujourd’hui, la technologie et le matériel studio ont beaucoup évolué, nous avons donc eu la possibilité de pousser notre réflexion musicale encore plus loin. Et avec le recul et la réécoute de notre discographie nous avions aussi d’autres envies, d’autres idées. C’est une opportunité incroyable de pouvoir effectuer une relecture de ses propres morceaux, tout en conservant l’essence de la composition originale !

– Ce nouveau projet comporte donc deux parties que vous aviez annoncées dès le départ. Depuis combien de temps préparez-vous ce retour, et depuis quand travaillez-vous sur les nouveaux morceaux de « Perihelion » ?

Les premières répétitions pour réarranger les anciens morceaux ont débuté en Février 2024, et nous avons assez rapidement eu l’envie d’essayer de nouvelles choses… Je dirai dans le courant du printemps 2024. Nous avions comme échéance un passage en studio en fin d’année, les délais étaient donc assez courts, sachant que nous n’avions pas joué ensemble depuis toutes ces années ! Mais les habitudes de compositions et le travail en groupe sont vite revenus et nous avons pris un grand plaisir à retravailler au service de NIHIL.

– Au final, ce double-album contient donc le passé et le présent de NIHIL. Est-ce qu’il vient aussi conforter son futur ?

Ce double-album réécrit à la fois une partie du passé du groupe, mais il ouvre aussi un nouveau chapitre, bien ancré dans le présent pour le moment. Ce nouvel album était inespéré, c’est une chance incroyable d’avoir eu cette opportunité, nous savourons donc cette sortie pour l’instant… et la suite, le futur de NIHIL s’écrira sûrement au fur et à mesure. Nous prendrons le temps, nous avançons sereinement.

– Entre 1998 et 2008, vous avez produit quatre albums et aussi fait partie des pionniers du post-Metal Progressif français. Est-ce qu’avec le recul, vous avez le sentiment d’être arrivés an avance sur la scène hexagonale avec un style trop novateur pour l’époque, ce qui expliquerait que le public n’était peut-être pas prêt ?

Nous avons très souvent navigué entre plusieurs esthétiques sur chaque album et l’identité sonore de NIHIL s’est toujours construit sans concession au fil du temps et des envies. Je ne sais pas si nous étions ‘en avance’ mais nous avions une place à part peut-être dans le paysage Metal français. Le groupe a d’ailleurs été catalogué dès le départ comme groupe de ‘Metal’, mais certains membres n’écoutent même pas du tout ce style de musique. Il est toujours plus délicat de défendre un projet lorsqu’il ne rentre pas totalement dans les cases. Mais c’est sûrement ce que recherchait le public qui nous suivait à ce moment-là, un public passionné et réceptif à cette ouverture musicale et à ces variations dans nos compositions.

– Le fait que vous étiez assez avant-gardistes en France me fait penser au parcours de Dirge. Depuis, le pays compte de solides formations et de nombreux adeptes du style. Est-ce que cette fois-ci, le timing vous semble parfait ?

Désormais la scène musicale est foisonnante, il existe énormément de groupes de qualité et arriver à tirer son épingle du jeu devient de plus en plus difficile. C’est à la fois très intéressant et inspirant de voir tous ces projets émerger, mais également très frustrant car pour la plupart ils n’auront pas nécessairement l’attention qu’ils méritent. De notre côté, nous avons la chance d’être accompagnés par Klonosphere pour la communication et d’avoir un entourage professionnel comme Base Productions, notre producteur/tourneur, ce qui nous permet de sortir ces deux albums aujourd’hui et d’échanger pour cette interview par exemple. Encore une fois, nous nous estimons tellement chanceux et nous avons déjà eu de très bons retours autour de nous. En soit le timing nous paraît déjà plutôt bon, d’avoir trouvé le temps et l’inspiration pour composer ces titres. Un alignement des planètes, d’où le nom du projet « Syzygy ».

– Avec « Perihelion », on retrouve l’univers proposé sur « Aphelion » avec un son aussi moderne qu’organique dans les deux cas. Qu’est-ce qui fait qu’après toutes ces années, vous semblez aussi assurés de votre jeu et de votre style ? Vous aviez besoin de prendre du recul pour mieux rebondir ?

Nous n’avons jamais vraiment arrêté la musique depuis 2008, chacun a eu des parcours différents, parfois même en collaborant sur les projets des uns et des autres. Nous avions tous des bribes de compositions inachevées à faire écouter et le travail de groupe a fait le reste. Comme je le disais, les habitudes ont vites repris le dessus : on n’efface pas dix ans de collaboration aussi facilement. Et le plaisir de se retrouver à nouveau nous a motivé, galvanisé. C’était extrêmement plaisant et naturel de construire ces nouveaux morceaux, comme de retrouver un ami de longue date et se rendre compte que finalement rien n’a changé !

– Même si ce nouvel album est plus sombre que le précédent, il y a une sorte d’effet miroir entre les deux. On retrouve aussi cette touche légèrement Indus et Electro, sans être synthétique. Est-ce que l’idée était d’être le plus immersif possible, car c’est le sentiment qui domine ?

En effet, les albums se font écho à certains égards, nous avons également travaillé le visuel en ce sens. Cela vient très certainement du fait qu’il y a une certaine cohérence et un fil conducteur très caractéristique de NIHIL tout au long des compositions, alors même que les esthétiques varient au fil des deux albums. C’était déjà le cas à l’époque sur les albums précédents, ils ont tous à leur façon une part conceptuelle. Nous n’avons pas dérogé à la règle avec « Aphelion » et « Perihelion ».

– Vous avez également effectué un gros travail sur les arrangements et les atmosphères, avec en point d’orgue, selon moi, « Be Quiet Please » et ses presque dix minutes. Est-ce que vous voyez ce morceau comme la quintessence et une sorte de concentré de ce nouvel album ?

Le cas de « Be Quiet Please » est assez intéressant, car il fait partie des anciens morceaux que nous avons totalement remodelé. A l’origine, il se trouve sur le dernier album de NIHIL « Figures & Creatures » mais nous trouvions qu’il méritait d’être modernisé, d’être un peu repensé… et c’est Louis Mesnier et Benjamin Mandeau (studio Cryogène), qui ont apporté une nouvelle lecture du morceau et nous ont proposé d’autres pistes d’arrangements. Nous avons été conquis dès le départ, le morceau était transformé, comme neuf… et le résultat se retrouve donc sur « Perihelion » comme s’il s’agissait d’un nouveau titre. En cela, il est en effet très représentatif des compositions du groupe : une progression émotionnelle qui oscille entre puissance, douceur et mélancolie, en passant par diverses inspirations musicales. C’est un titre dont nous sommes plutôt fiers.

– Enfin, j’imagine qu’après toutes ces années, vous devez être impatients de retrouver la scène. Et surtout, « Syzygy » vous offre une setlist de rêve. Vous allez reprendre la route ?

Nous avons bien sûr en tête la possibilité de faire du live et si l’occasion se présente, nous en serions ravis. Aujourd’hui, nous goûtons chaque minute depuis la sortie de ces deux albums, nous prenons notre temps, et si déjà notre musique est bien accueillie par le public ,nous verrons ce qu’il adviendra de la suite. L’avenir nous le dira !

Les deux albums qui constituent « Syzygy », « Aphelion » et « Perihelion », sont disponibles chez Base Productions et Klonosphere.

Photos : Julien « Youc » le Youdec

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Metal Progressif

Green Carnation : une sombre splendeur

Qualifier GREEN CARNATION de formation titanesque du Metal Progressif est tout sauf exagéré. Avec une exigence de chaque instant et un sens du détail aussi pointilleux, il empreinte autant au Prog des années 70 qu’au Metal de ce nouveau millénaire et la fusion est réellement inédite au regard de la scène actuelle. S’inspirant du personnage d’Ophélie du « Hamlet » de Shakespeare, le côté dramatique prend ici encore tout son sens et fait de cette deuxième partie un moment suspendu, autant qu’une aventure aux multiples rebondissements. « Sanguis » laisse présager un acte final irrésistible.

GREEN CARNATION

« A Dark Poem, Part II : Sanguis »

(Season Of Mist)

Quelques mois seulement après le premier volet de sa trilogie « A Dark Poem », les Norvégiens livrent déjà la suite et elle se montre tout aussi inspirée et captivante que sur la très belle entame, «The Shores Of Melancholia ». Avec « Sanguis », GREEN CARNATION développe son concept et aborde une facette plus sombre et plus personnelle que sur le précédent. Entre tradition progressive et fulgurances Metal, on se laisse souvent porter par des mélodies aussi subtiles qu’accrocheuses. Cette force tranquille se traduit dans une maîtrise totale et une technique qui ne s’imposent pas au détriment des compositions, mais forment au contraire un ensemble compact.

Peut-être plus profond et plus introspectif que le premier, ce deuxième volume met en avant un esprit de groupe et une implication de chacun à œuvrer dans un même but. Plus de 30 ans après sa création, le sextet n’a pas tout dit, loin de là, et parvient à se renouveler sans mal tout en conservant brillamment les fondations de son style si reconnaissable. GREEN CARNATION se fait ici plus brut et organique dans la production, ce qui lui confère un aspect d’une intemporalité assez bluffante. Guidé par son chanteur Kjetil Nordhus, qui reconnaît s’être vraiment dévoilé sur certains morceaux, les Scandinaves fascinent toujours autant par un sens du narratif assez unique.

Bien sûr, chaque chapitre de « A Dark Poem » possède son histoire et ses teintes sonores, mais l’évolution musicale est pourtant manifeste, enrichie de nouvelles nuances et d’une approche des émotions chaque fois distincte. Aussi fragiles que massifs, les six morceaux de « Sanguis » paraissent suivre un même chemin et chacun se présente comme un obstacle ou une étape supplémentaire, qui nous mènerait jusqu’à son ultime partie qu’on imagine volontiers somptueuse. GREEN CARNATION élève encore un peu plus son jeu entre désespoir et envolées presque lyriques (« Sanguis », « I Am Time », « Fire In Ice », « Lunar Tale »). Magistral !

Photo : Lars Gunnar Liestøl

Retrouvez la chronique du premier volet volume de « A Dark Poem » :

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Cinematic Metal Metal Progressif Post-HardCore

No Terror In The Bang : sous tension

Sur la longueur, les Normands se sont déjà montrés redoutables à deux reprises (« Eclosion » et « Heal »), alors les voir surgir avec un premier EP peut étonner. Pourtant, avec autant d’assurance et une fluidité incroyable, « Existence » pourrait bien annoncer le début d’une nouvelle ère pour NO TERROR IN THE BANG, celle d’une identité indéfectible et affirmée. A travers un Metal résolument moderne, aux teintes progressives et post-HardCore, le quintet déploie un large panel d’émotions, souvent sombres et torturées, mais à l’esthétisme très raffiné.

NO TERROR IN THE BANG

« Existence »

(Klonosphere)

Depuis cinq ans, c’est un parcours sans faute pour les Rouennais. Depuis « Eclosion », leur premier opus, ils ne cessent de repousser leurs limites, tout en offrant une fusion entre l’impact Metal violent et la recherche d’une profondeur plus cinématique, qui vient libérer un peu de douceur sur leur planète musicale. Avec « Heal » (2024), NO TERROR IN THE BANG avait imposé sa touche sur la scène hexagonale, grâce à une technicité exacerbée au service de compositions structurées et saisissantes et d’une frontwoman, Sofia Bortoluzzi, dont le registre vocal se fait plus polymorphe que jamais. Et « Existence » vient sceller un style unique, personnel et original avec brio.

Après deux albums, la formation crée donc un peu la surprise avec un cinq titres, qui se fait vite trop court, avouons-le. Pour autant, NO TERROR IN THE BANG se montre peut-être encore plus précis qu’à l’habitude avec un souci d’efficacité et une immédiateté, qui témoignent d’une grande maturité artistique. Malgré sa durée, « Existence » est une sorte de quintessence de l’esprit du groupe, de son registre et même aussi de son univers. Fluctuants et chirurgicaux, les riffs tranchent dans le vif, portés par une rythmique massive et virevoltante, tandis que le chant est plus jamais impressionnant de maîtrise. Imprévisibles et puissants, les Français déroulent.

Parfaitement servi par une production qui libère beaucoup d’amplitude à ses nouveaux morceaux, NO TERROR IN THE BANG alterne et joue avec une force sonore démesurée et une mélancolie presque étouffante, sans laisser le moindre moment de répit. Loin de toute contemplation, il enfonce le clou sur des passages sonores vertigineux, tantôt éthérés, tantôt fracassants (« Moon », « Goat », « Human Race Kills »). Progressif et brutal, le combo ne choisit pas et avance sur une ligne musicale toujours contrastée, en rupture constanteet constituée de choix forts (« Heroine » et le génial « Chasm »). Une immersion d’une richesse frappante et d’une exigence permanente.

Photo : Aurélien Cardot

Retrouvez les deux interviews du groupe…

… et la chronique de son premier album « Eclosion » :

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Metal Progressif

Only Human : a clear vision

Avec déjà une idée très précise de ses intentions et du style qu’il entend aborder, ONLY HUMAN surgit avec un premier opus très mature. Particulièrement bien produit par ses soins, « Planned Obsolescence » mélange rage et mélodie avec un sens aigu du détail. En posant un regard lucide sur notre monde, les Danois s’engouffrent avec beaucoup de fluidité dans un Metal Progressif polymorphe, très maîtrisé et plein de fougue. Avec un propos clair et affirmé, ils se démarquent de cette scène souvent rêveuse pour aborder frontalement un état des lieux, qui pose déjà beaucoup de questions.

ONLY HUMAN

« Planned Obsolescence »

(Season Of Mist)

Fraîchement signé sur le label marseillais Season Of Mist, ONLY HUMAN révèle déjà de belles surprises sur son premier effort. Fondé à Copenhague autour de musiciens techniquement imparables, le groupe affiche déjà l’ambition de présenter un nouveau courant au sein du Metal Progressif. C’est vrai que le style s’y prête et sa multitude des possibilités ouvre bien des voies. « Planned Obsolescence » a pour objectif de donner une vision existentielle de notre société, laquelle est de plus en plus guidée par les algorithmes au détriment de l’humain.

Partant donc de ce constat aussi évident qu’alarmant, ONLY HUMAN n’a pas pour autant bâti son album dans une atmosphère pessimiste ou résignée. Non, les Scandinaves entendent faire passer un message basé sur l’éveil des consciences, transmis par un Metal aux multiples facettes. Globalement progressif, « Planned Obsolescence » flirte aussi avec des sonorités alternatives, Djent et quelques touches électroniques. Très actuel et un brin futuriste aussi, le registre affiché colle à son époque avec tout ce qu’elle possède également de moins réjouissant.

Loin de livrer une partition synthétique ou trop sophistiquée comme son concept pourrait le laisser entendre, ONLY HUMAN reste dans une sphère plutôt organique, et quand on sait qu’il a entièrement réalisé « Planned Obsolescence », on ne peut que reconnaître le très beau contre-pied effectué ici. Malgré des morceaux très structurés, le quintet n’use pas de trop de technicité et se déploie sur un groove solide et captivant (« Drift », « Steep Descent », « Techno Facist », « Breach »). Entre gros coups de blasts et arrangement délicats, les élans créatifs rayonnent. 

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Heavy metal Old School Progressive Heavy Metal

Chalice : une théâtralité très onirique

Le pays aux mille lacs, et de probablement autant de groupes de Metal, est décidément plein de surprises. Après « Trembling Crown », sorti il y a six ans, le combo originaire d’Helsinki vient confirmer tout son potentiel avec un certain éclat. Audacieux et minutieux dans les arrangements, « Divine Spear » fait la part belle aux guitares qui nous transportent entre riffs appuyés, chorus soignés et solos millimétrés vers des paysages aux larges étendues. CHALICE s’affirme littéralement en se démarquant des habituelles conventions du Heavy Metal traditionnel.

CHALICE

« Divine Spear »

(Dying Victims Productions)

C’est parfois dans le froid glacial du grand Nord qu’il émerge les disques les plus chaleureux. En tout cas, depuis une décennie, CHALICE peaufine son Heavy Metal dans un esprit 70’s aux couleurs parfois Folk et il en ressort aujourd’hui un deuxième opus très réussi, très élaboré et aux variations souvent surprenantes. Après « Trembling Crown » (2020), le groupe lui offre un successeur encore plus étincelant. Précis et très organique, « Divine Spear » surclasse son prédécesseur dans son intensité et son déroulé narratif, avec notamment une fin d’album incroyable.

D’un classicisme très créatif et d’une rare élégance, cette nouvelle réalisation navigue dans des sphères très Heavy avec aussi des approches plus Rock à l’occasion, et avec un aspect assez cinématographique. Autant dire qu’en dehors de l’espace underground, peu de groupes oseraient franchir autant de frontières. En tout cas, la frilosité actuelle est un frein qui ne semble pas retenir CHALICE dans ses choix. Une aubaine ! Progressif, mais véloce, le jeu des Finlandais est minutieux, parfois téméraire même, mais toujours original et électrisant.

Se qualifiant de Metal ésotérique, c’est vrai que les Scandinaves nous embarquent dans une belle aventure. Epiques à souhait, ils ouvrent avec l’intro « Mare Imbrium » avant de balancer le tonitruant « Dwell Of A Stellar », titre le plus Metal de « Divine Spear ». Le morceau-titre montre toute la virtuosité du quatuor, qui éblouit juste avant avec le dantesque « Age Ethereal » sur plus de huit minutes. Le rêveur « Empyrean Liturgy » et sa flûte séduit aussi, rappelant même Skyclad. En bref, CHALICE fait dans la diversité avec beaucoup de talent sans jamais nous perdre (« Alioth », « In From The Cold »).