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Nihil : la résurrection [Interview]

Ravivé à la faveur d’une proposition de revisiter ses titres majeurs afin de leur offrir un lustre plus actuel, le quintet s’est retrouvé en studio à parcourir un répertoire d’une décennie constitué de quatre albums. Avec « Aphelion » sorti l’an dernier et aujourd’hui « Perihelion », qui vient le compléter de neuf morceaux inédits, le projet « Syzygy » est désormais complet et livre un panorama très pertinent et créatif de l’esprit qui anime NIHIL, et surtout d’un style dominé par le post-Metal, mais qui en prend volontiers le large. Les frontières artistiques disparaissent en partie, mais pas le son si caractéristique de son identité. Et si l’expérience est manifeste, le goût de l’aventure l’accompagne à chaque instant à travers ce double-album à la fois moderne et hors du temps. Son claviériste Nicolas Monge, alias Niko, revient pour nous sur la résurrection de la formation bordelaise sur le devant de la scène…

– L’an dernier, vous nous avez fait le plaisir d’un retour avec d’abord un premier volet de « Syzygy », « Aphelion », où vous avez entièrement réenregistré vos morceaux les plus emblématiques. Tout d’abord, dans quelles conditions cela s’est-il passé et qu’est-ce qui a motivé votre reformation ?

C’était une énorme surprise, nous n’avions pas du tout prévu de relancer NIHIL… Nous sommes tous restés en contact depuis toutes ces années, mais la page NIHIL était pour nous définitivement tournée. C’est notre manager de toujours, Laurent Lefebvre chez Base Productions, qui nous a sollicité pour nous proposer de réenregistrer les anciens titres. Lorsque le projet s’est arrêté en 2008, les réseaux sociaux n’avaient pas autant de place dans le quotidien d’un groupe et les plateformes de streaming n’existaient pas. C’était donc l’occasion de leur donner une nouvelle visibilité !

– Alors que vous auriez pu directement revenir avec de nouveaux morceaux, vous avez choisi de retravailler les anciens. Aviez-vous un goût inachevé, notamment dans les arrangements ou peut-être aussi la production ?

L’objectif premier était de redonner une nouvelle jeunesse à une sélection de titres, d’avoir une production plus actuelle et un son que nous aurions aimé avoir à l’époque. Aujourd’hui, la technologie et le matériel studio ont beaucoup évolué, nous avons donc eu la possibilité de pousser notre réflexion musicale encore plus loin. Et avec le recul et la réécoute de notre discographie nous avions aussi d’autres envies, d’autres idées. C’est une opportunité incroyable de pouvoir effectuer une relecture de ses propres morceaux, tout en conservant l’essence de la composition originale !

– Ce nouveau projet comporte donc deux parties que vous aviez annoncées dès le départ. Depuis combien de temps préparez-vous ce retour, et depuis quand travaillez-vous sur les nouveaux morceaux de « Perihelion » ?

Les premières répétitions pour réarranger les anciens morceaux ont débuté en Février 2024, et nous avons assez rapidement eu l’envie d’essayer de nouvelles choses… Je dirai dans le courant du printemps 2024. Nous avions comme échéance un passage en studio en fin d’année, les délais étaient donc assez courts, sachant que nous n’avions pas joué ensemble depuis toutes ces années ! Mais les habitudes de compositions et le travail en groupe sont vite revenus et nous avons pris un grand plaisir à retravailler au service de NIHIL.

– Au final, ce double-album contient donc le passé et le présent de NIHIL. Est-ce qu’il vient aussi conforter son futur ?

Ce double-album réécrit à la fois une partie du passé du groupe, mais il ouvre aussi un nouveau chapitre, bien ancré dans le présent pour le moment. Ce nouvel album était inespéré, c’est une chance incroyable d’avoir eu cette opportunité, nous savourons donc cette sortie pour l’instant… et la suite, le futur de NIHIL s’écrira sûrement au fur et à mesure. Nous prendrons le temps, nous avançons sereinement.

– Entre 1998 et 2008, vous avez produit quatre albums et aussi fait partie des pionniers du post-Metal Progressif français. Est-ce qu’avec le recul, vous avez le sentiment d’être arrivés an avance sur la scène hexagonale avec un style trop novateur pour l’époque, ce qui expliquerait que le public n’était peut-être pas prêt ?

Nous avons très souvent navigué entre plusieurs esthétiques sur chaque album et l’identité sonore de NIHIL s’est toujours construit sans concession au fil du temps et des envies. Je ne sais pas si nous étions ‘en avance’ mais nous avions une place à part peut-être dans le paysage Metal français. Le groupe a d’ailleurs été catalogué dès le départ comme groupe de ‘Metal’, mais certains membres n’écoutent même pas du tout ce style de musique. Il est toujours plus délicat de défendre un projet lorsqu’il ne rentre pas totalement dans les cases. Mais c’est sûrement ce que recherchait le public qui nous suivait à ce moment-là, un public passionné et réceptif à cette ouverture musicale et à ces variations dans nos compositions.

– Le fait que vous étiez assez avant-gardistes en France me fait penser au parcours de Dirge. Depuis, le pays compte de solides formations et de nombreux adeptes du style. Est-ce que cette fois-ci, le timing vous semble parfait ?

Désormais la scène musicale est foisonnante, il existe énormément de groupes de qualité et arriver à tirer son épingle du jeu devient de plus en plus difficile. C’est à la fois très intéressant et inspirant de voir tous ces projets émerger, mais également très frustrant car pour la plupart ils n’auront pas nécessairement l’attention qu’ils méritent. De notre côté, nous avons la chance d’être accompagnés par Klonosphere pour la communication et d’avoir un entourage professionnel comme Base Productions, notre producteur/tourneur, ce qui nous permet de sortir ces deux albums aujourd’hui et d’échanger pour cette interview par exemple. Encore une fois, nous nous estimons tellement chanceux et nous avons déjà eu de très bons retours autour de nous. En soit le timing nous paraît déjà plutôt bon, d’avoir trouvé le temps et l’inspiration pour composer ces titres. Un alignement des planètes, d’où le nom du projet « Syzygy ».

– Avec « Perihelion », on retrouve l’univers proposé sur « Aphelion » avec un son aussi moderne qu’organique dans les deux cas. Qu’est-ce qui fait qu’après toutes ces années, vous semblez aussi assurés de votre jeu et de votre style ? Vous aviez besoin de prendre du recul pour mieux rebondir ?

Nous n’avons jamais vraiment arrêté la musique depuis 2008, chacun a eu des parcours différents, parfois même en collaborant sur les projets des uns et des autres. Nous avions tous des bribes de compositions inachevées à faire écouter et le travail de groupe a fait le reste. Comme je le disais, les habitudes ont vites repris le dessus : on n’efface pas dix ans de collaboration aussi facilement. Et le plaisir de se retrouver à nouveau nous a motivé, galvanisé. C’était extrêmement plaisant et naturel de construire ces nouveaux morceaux, comme de retrouver un ami de longue date et se rendre compte que finalement rien n’a changé !

– Même si ce nouvel album est plus sombre que le précédent, il y a une sorte d’effet miroir entre les deux. On retrouve aussi cette touche légèrement Indus et Electro, sans être synthétique. Est-ce que l’idée était d’être le plus immersif possible, car c’est le sentiment qui domine ?

En effet, les albums se font écho à certains égards, nous avons également travaillé le visuel en ce sens. Cela vient très certainement du fait qu’il y a une certaine cohérence et un fil conducteur très caractéristique de NIHIL tout au long des compositions, alors même que les esthétiques varient au fil des deux albums. C’était déjà le cas à l’époque sur les albums précédents, ils ont tous à leur façon une part conceptuelle. Nous n’avons pas dérogé à la règle avec « Aphelion » et « Perihelion ».

– Vous avez également effectué un gros travail sur les arrangements et les atmosphères, avec en point d’orgue, selon moi, « Be Quiet Please » et ses presque dix minutes. Est-ce que vous voyez ce morceau comme la quintessence et une sorte de concentré de ce nouvel album ?

Le cas de « Be Quiet Please » est assez intéressant, car il fait partie des anciens morceaux que nous avons totalement remodelé. A l’origine, il se trouve sur le dernier album de NIHIL « Figures & Creatures » mais nous trouvions qu’il méritait d’être modernisé, d’être un peu repensé… et c’est Louis Mesnier et Benjamin Mandeau (studio Cryogène), qui ont apporté une nouvelle lecture du morceau et nous ont proposé d’autres pistes d’arrangements. Nous avons été conquis dès le départ, le morceau était transformé, comme neuf… et le résultat se retrouve donc sur « Perihelion » comme s’il s’agissait d’un nouveau titre. En cela, il est en effet très représentatif des compositions du groupe : une progression émotionnelle qui oscille entre puissance, douceur et mélancolie, en passant par diverses inspirations musicales. C’est un titre dont nous sommes plutôt fiers.

– Enfin, j’imagine qu’après toutes ces années, vous devez être impatients de retrouver la scène. Et surtout, « Syzygy » vous offre une setlist de rêve. Vous allez reprendre la route ?

Nous avons bien sûr en tête la possibilité de faire du live et si l’occasion se présente, nous en serions ravis. Aujourd’hui, nous goûtons chaque minute depuis la sortie de ces deux albums, nous prenons notre temps, et si déjà notre musique est bien accueillie par le public ,nous verrons ce qu’il adviendra de la suite. L’avenir nous le dira !

Les deux albums qui constituent « Syzygy », « Aphelion » et « Perihelion », sont disponibles chez Base Productions et Klonosphere.

Photos : Julien « Youc » le Youdec

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Metal Progressif

Green Carnation : une sombre splendeur

Qualifier GREEN CARNATION de formation titanesque du Metal Progressif est tout sauf exagéré. Avec une exigence de chaque instant et un sens du détail aussi pointilleux, il empreinte autant au Prog des années 70 qu’au Metal de ce nouveau millénaire et la fusion est réellement inédite au regard de la scène actuelle. S’inspirant du personnage d’Ophélie du « Hamlet » de Shakespeare, le côté dramatique prend ici encore tout son sens et fait de cette deuxième partie un moment suspendu, autant qu’une aventure aux multiples rebondissements. « Sanguis » laisse présager un acte final irrésistible.

GREEN CARNATION

« A Dark Poem, Part II : Sanguis »

(Season Of Mist)

Quelques mois seulement après le premier volet de sa trilogie « A Dark Poem », les Norvégiens livrent déjà la suite et elle se montre tout aussi inspirée et captivante que sur la très belle entame, «The Shores Of Melancholia ». Avec « Sanguis », GREEN CARNATION développe son concept et aborde une facette plus sombre et plus personnelle que sur le précédent. Entre tradition progressive et fulgurances Metal, on se laisse souvent porter par des mélodies aussi subtiles qu’accrocheuses. Cette force tranquille se traduit dans une maîtrise totale et une technique qui ne s’imposent pas au détriment des compositions, mais forment au contraire un ensemble compact.

Peut-être plus profond et plus introspectif que le premier, ce deuxième volume met en avant un esprit de groupe et une implication de chacun à œuvrer dans un même but. Plus de 30 ans après sa création, le sextet n’a pas tout dit, loin de là, et parvient à se renouveler sans mal tout en conservant brillamment les fondations de son style si reconnaissable. GREEN CARNATION se fait ici plus brut et organique dans la production, ce qui lui confère un aspect d’une intemporalité assez bluffante. Guidé par son chanteur Kjetil Nordhus, qui reconnaît s’être vraiment dévoilé sur certains morceaux, les Scandinaves fascinent toujours autant par un sens du narratif assez unique.

Bien sûr, chaque chapitre de « A Dark Poem » possède son histoire et ses teintes sonores, mais l’évolution musicale est pourtant manifeste, enrichie de nouvelles nuances et d’une approche des émotions chaque fois distincte. Aussi fragiles que massifs, les six morceaux de « Sanguis » paraissent suivre un même chemin et chacun se présente comme un obstacle ou une étape supplémentaire, qui nous mènerait jusqu’à son ultime partie qu’on imagine volontiers somptueuse. GREEN CARNATION élève encore un peu plus son jeu entre désespoir et envolées presque lyriques (« Sanguis », « I Am Time », « Fire In Ice », « Lunar Tale »). Magistral !

Photo : Lars Gunnar Liestøl

Retrouvez la chronique du premier volet volume de « A Dark Poem » :

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Cinematic Metal Metal Progressif Post-HardCore

No Terror In The Bang : sous tension

Sur la longueur, les Normands se sont déjà montrés redoutables à deux reprises (« Eclosion » et « Heal »), alors les voir surgir avec un premier EP peut étonner. Pourtant, avec autant d’assurance et une fluidité incroyable, « Existence » pourrait bien annoncer le début d’une nouvelle ère pour NO TERROR IN THE BANG, celle d’une identité indéfectible et affirmée. A travers un Metal résolument moderne, aux teintes progressives et post-HardCore, le quintet déploie un large panel d’émotions, souvent sombres et torturées, mais à l’esthétisme très raffiné.

NO TERROR IN THE BANG

« Existence »

(Klonosphere)

Depuis cinq ans, c’est un parcours sans faute pour les Rouennais. Depuis « Eclosion », leur premier opus, ils ne cessent de repousser leurs limites, tout en offrant une fusion entre l’impact Metal violent et la recherche d’une profondeur plus cinématique, qui vient libérer un peu de douceur sur leur planète musicale. Avec « Heal » (2024), NO TERROR IN THE BANG avait imposé sa touche sur la scène hexagonale, grâce à une technicité exacerbée au service de compositions structurées et saisissantes et d’une frontwoman, Sofia Bortoluzzi, dont le registre vocal se fait plus polymorphe que jamais. Et « Existence » vient sceller un style unique, personnel et original avec brio.

Après deux albums, la formation crée donc un peu la surprise avec un cinq titres, qui se fait vite trop court, avouons-le. Pour autant, NO TERROR IN THE BANG se montre peut-être encore plus précis qu’à l’habitude avec un souci d’efficacité et une immédiateté, qui témoignent d’une grande maturité artistique. Malgré sa durée, « Existence » est une sorte de quintessence de l’esprit du groupe, de son registre et même aussi de son univers. Fluctuants et chirurgicaux, les riffs tranchent dans le vif, portés par une rythmique massive et virevoltante, tandis que le chant est plus jamais impressionnant de maîtrise. Imprévisibles et puissants, les Français déroulent.

Parfaitement servi par une production qui libère beaucoup d’amplitude à ses nouveaux morceaux, NO TERROR IN THE BANG alterne et joue avec une force sonore démesurée et une mélancolie presque étouffante, sans laisser le moindre moment de répit. Loin de toute contemplation, il enfonce le clou sur des passages sonores vertigineux, tantôt éthérés, tantôt fracassants (« Moon », « Goat », « Human Race Kills »). Progressif et brutal, le combo ne choisit pas et avance sur une ligne musicale toujours contrastée, en rupture constanteet constituée de choix forts (« Heroine » et le génial « Chasm »). Une immersion d’une richesse frappante et d’une exigence permanente.

Photo : Aurélien Cardot

Retrouvez les deux interviews du groupe…

et la chronique de son premier album « Eclosion » :

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Metal Progressif

Only Human : a clear vision

Avec déjà une idée très précise de ses intentions et du style qu’il entend aborder, ONLY HUMAN surgit avec un premier opus très mature. Particulièrement bien produit par ses soins, « Planned Obsolescence » mélange rage et mélodie avec un sens aigu du détail. En posant un regard lucide sur notre monde, les Danois s’engouffrent avec beaucoup de fluidité dans un Metal Progressif polymorphe, très maîtrisé et plein de fougue. Avec un propos clair et affirmé, ils se démarquent de cette scène souvent rêveuse pour aborder frontalement un état des lieux, qui pose déjà beaucoup de questions.

ONLY HUMAN

« Planned Obsolescence »

(Season Of Mist)

Fraîchement signé sur le label marseillais Season Of Mist, ONLY HUMAN révèle déjà de belles surprises sur son premier effort. Fondé à Copenhague autour de musiciens techniquement imparables, le groupe affiche déjà l’ambition de présenter un nouveau courant au sein du Metal Progressif. C’est vrai que le style s’y prête et sa multitude des possibilités ouvre bien des voies. « Planned Obsolescence » a pour objectif de donner une vision existentielle de notre société, laquelle est de plus en plus guidée par les algorithmes au détriment de l’humain.

Partant donc de ce constat aussi évident qu’alarmant, ONLY HUMAN n’a pas pour autant bâti son album dans une atmosphère pessimiste ou résignée. Non, les Scandinaves entendent faire passer un message basé sur l’éveil des consciences, transmis par un Metal aux multiples facettes. Globalement progressif, « Planned Obsolescence » flirte aussi avec des sonorités alternatives, Djent et quelques touches électroniques. Très actuel et un brin futuriste aussi, le registre affiché colle à son époque avec tout ce qu’elle possède également de moins réjouissant.

Loin de livrer une partition synthétique ou trop sophistiquée comme son concept pourrait le laisser entendre, ONLY HUMAN reste dans une sphère plutôt organique, et quand on sait qu’il a entièrement réalisé « Planned Obsolescence », on ne peut que reconnaître le très beau contre-pied effectué ici. Malgré des morceaux très structurés, le quintet n’use pas de trop de technicité et se déploie sur un groove solide et captivant (« Drift », « Steep Descent », « Techno Facist », « Breach »). Entre gros coups de blasts et arrangement délicats, les élans créatifs rayonnent. 

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Heavy metal Old School Progressive Heavy Metal

Chalice : une théâtralité très onirique

Le pays aux mille lacs, et de probablement autant de groupes de Metal, est décidément plein de surprises. Après « Trembling Crown », sorti il y a six ans, le combo originaire d’Helsinki vient confirmer tout son potentiel avec un certain éclat. Audacieux et minutieux dans les arrangements, « Divine Spear » fait la part belle aux guitares qui nous transportent entre riffs appuyés, chorus soignés et solos millimétrés vers des paysages aux larges étendues. CHALICE s’affirme littéralement en se démarquant des habituelles conventions du Heavy Metal traditionnel.

CHALICE

« Divine Spear »

(Dying Victims Productions)

C’est parfois dans le froid glacial du grand Nord qu’il émerge les disques les plus chaleureux. En tout cas, depuis une décennie, CHALICE peaufine son Heavy Metal dans un esprit 70’s aux couleurs parfois Folk et il en ressort aujourd’hui un deuxième opus très réussi, très élaboré et aux variations souvent surprenantes. Après « Trembling Crown » (2020), le groupe lui offre un successeur encore plus étincelant. Précis et très organique, « Divine Spear » surclasse son prédécesseur dans son intensité et son déroulé narratif, avec notamment une fin d’album incroyable.

D’un classicisme très créatif et d’une rare élégance, cette nouvelle réalisation navigue dans des sphères très Heavy avec aussi des approches plus Rock à l’occasion, et avec un aspect assez cinématographique. Autant dire qu’en dehors de l’espace underground, peu de groupes oseraient franchir autant de frontières. En tout cas, la frilosité actuelle est un frein qui ne semble pas retenir CHALICE dans ses choix. Une aubaine ! Progressif, mais véloce, le jeu des Finlandais est minutieux, parfois téméraire même, mais toujours original et électrisant.

Se qualifiant de Metal ésotérique, c’est vrai que les Scandinaves nous embarquent dans une belle aventure. Epiques à souhait, ils ouvrent avec l’intro « Mare Imbrium » avant de balancer le tonitruant « Dwell Of A Stellar », titre le plus Metal de « Divine Spear ». Le morceau-titre montre toute la virtuosité du quatuor, qui éblouit juste avant avec le dantesque « Age Ethereal » sur plus de huit minutes. Le rêveur « Empyrean Liturgy » et sa flûte séduit aussi, rappelant même Skyclad. En bref, CHALICE fait dans la diversité avec beaucoup de talent sans jamais nous perdre (« Alioth », « In From The Cold »).

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Death Mélodique Metal Progressif

Iotunn : musical flight

Très bien captée, la prestation des Scandinaves dans leur Danemark natal semble avoir marqué autant le public que les membres d’IOTUNN eux-mêmes, qui ont décidé d’immortaliser ce concert au ‘Copenhell’. Premier live après trois opus et leur Progressive Metal teinté de Death prend ici toute sa dimension, grâce à des structures solides et une manière de développer les atmosphères imparable. « Waves Over Copenhell » est aussi massif qu’immersif.

IOTUNN

« Waves Over Copenhell »

(Metal Blade Records)

Apparu il y a dix ans sur la scène danoise avec un premier EP, « The Wizard Falls », le groupe n’a pas mis longtemps à attirer l’attention bien au-delà de ses frontières. En 2021, le quintet sort « Access All Worlds » et sa version acoustique l’année suivante, qui lui servent de rampe de lancement. Après la pandémie, IOTUNN reprend la route et fait justement une halte très remarquée au ‘Copenhell’ dans sa ville d’origine. C’est cette soirée de juin 2023 qu’il nous propose de revivre avec « Waves Over Copenhell ».

A cette période-là, le combo travaillait sur son deuxième album à venir, « Kinship », et c’est donc très logiquement que les cinq morceaux (pour 50 minutes !) sont essentiellement extraits d’« Access All Worlds ». Cependant, le public a eu la chance de découvrir en live le single « Mistand », qui a fait la transition entre les deux réalisations studio. IOTUNN donne donc la priorité à d’anciennes compositions et la toute nouvelle laisse entrevoir déjà l’évolution des cinq musiciens, qui se montreront brillants sur « Kinship » en 2024.

En cette quatorzième édition du ‘Copenhell’, la colossale rythmique formée par Eskil Rask (basse) et Bjørn Wind Andersen (batterie), la fratrie Gräs (Jens Nicolai et Jesper) aux guitares et le frontman Jón Aldará ont livré un set captivant et particulièrement percutant, malgré la longueur des titres. Aussi technique que virtuose, IOTUNN a montré que ses performances sur scène sont aussi accomplies que sur disque. Et son côté avant-gardiste et les embardées MeloDeath en font une formation désormais incontournables.

Photo : Bransholm

Retrouvez la chronique de la version acoustique de « Access All Worlds » et l’interview accordée à la sortie du premier album :

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Metal Progressif

Soen : une trajectoire forte

Sur des riffs acérés et des refrains entêtants, les Suédois continuent leur aventure avec une intention forte déjà présente sur « Lotus », un disque qui semble avoir été marquant dans leur parcours. Car c’est cette approche que l’on retrouve depuis sur chaque sortie du quintet, et « Reliance » ouvre un nouveau chapitre de son édifice musical. Sans renier les passages atmosphériques qui font aussi sa touche, SOEN joue avec énormément de précision sur des thématiques ténébreuses et d’autres pleines d’espoir. Intense et fédérateur, ce nouvel opus envoûte autant par sa vélocité, sa technicité que par sa richesse mélodique.

SOEN

« Reliance »

(Silver Lining Music)

Ces quinze dernières années ont démontré de belle manière que Martin Lopez, alors batteur d’Opeth de 1997 jusqu’en 2006, avait bien fait de monter SOEN avec Joel Ekelöf, dont la voix est devenue l’une des identités premières du groupe. Depuis « Cognitive » (2012), les Scandinaves n’ont de cesse de se surpasser. Si « Lotus » (2019) a marqué un véritable tournant dans son évolution, celui-ci a perduré sur « « Imperial » (2021) et « Memorial » (2023), qui s’inscrivent tous les trois dans un belle continuité et un même élan artistique. La construction d’une œuvre totale.

Désireux de maintenir et d’entretenir du mieux possible cet héritage forgé sur ses précédents opus, le quintet se présente avec « Reliance », qui se veut comme une suite logique. Avec le retour à la basse de Stefan Stenberg après un break de cinq ans, la constance et la créativité de Lars Åhlund aux claviers et à la guitare en soutien de Cody Ford qui est littéralement brillant, SOEN offre donc une septième réalisation magistrale, qui conforte sa place au sommet du Metal Progressif européen et qui laisse surtout une marque indélébile sur le registre.

Sombre mais si lumineux, technique mais tellement limpide et évident, « Reliance » doit aussi beaucoup à la production signée Alexander Backlund, qui réalise ici un travail éclatant, que ce soit sur l’enregistrement en lui-même, comme sur les arrangements qui sont d’une extrême finesse. Il est sans conteste l’un des artisans du son de SOEN, de l’aveu-même des ses musiciens. Agressif autant que vulnérable, le combo prend une trajectoire indéfinissable, dont l’originalité se fait dans les nuances (« Primal », « Discordia », « Huntress », « Drifter », « Draconian »). Somptueux !

Photo : Linda Florin

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Djent Groove Metal Metal Progressif

TesseracT : CinémaScope

Désormais solidement ancré sur la scène Metal Progressive moderne, les Anglais enchaînent  les albums avec talent et se sont construit un territoire artistique très personnel. Entre chant clair, growl et scream, TESSERACT insuffle aussi des teintes Groove et Djent à un registre dont il repousse les limites à chaque réalisation. « Radar O.S.T » est le témoignage live, audio et vidéo, du spectacle offert aux Mancuniens l’année passée et il est pour le moins renversant.

TESSERACT

« Radar O.S.T »

(Kscope)

Deux ans après le très bon « War Of Being », les Britanniques surgissent avec un nouvel album live, leur troisième, qui vient couronner 15 ans de carrière. Plus qu’une simple captation, « Radar O.S.T » se veut la bande originale du film de leur prestation au ‘Radar Festival’ l’an dernier. TESSERACT avait vu les choses en grand dans une salle comble et devant un public émerveillé. Longtemps réfléchie, cette soirée s’est faite en collaboration directe avec l’organisation et une fois encore avec Choir Noir, une chorale hors-norme.

Déjà présente sur le précédent opus, Katherine Marsh et ses choristes enchantent littéralement « Radar O.S.T » et lui offrent une dimension incroyable. Sur 90 minutes, on pénètre dans la bulle de TESSERACT et il ne faut pas très longtemps pour être fasciné par cet univers singulier façonné par un Metal Progressif teinté de Groove Metal et de Djent. A la fois massive et véloce, cette création est très cinématographique dans l’intention surtout avec des passages contemplatifs saisissants et des arrangements d’une extrême finesse.

Sur une sorte de chorégraphie musicale millimétrée, le quintet fait preuve de créativité et d’une interprétation irréprochable et limpide. Tout en restant très Metal, TESSERACT multiplie les changements d’ambiances et de tempos sans jamais perdre le fil conducteur de sa démarche, où le visuel est aussi partie prenante. Très immersive, la narration du set est exemplaire, tout en variations et le travail sur les parties vocales est assez incroyables (« Echoes », « Tourniquet », « The Grey », « Juno », « Legion », « War Of Being »). Intense.

Retrouvez aussi la chronique de « War Of Being » :

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Progressive Heavy Metal Rock Progressif

Syrinx : une épopée intemporelle

Fondé du côté de Vancouver, SYRINX se partage aussi aujourd’hui entre Denver et le New-Jersey, et malgré les distances, le combo affiche une belle unité. Dans un registre assez atypique et une atmosphère Old School presque hors du temps, le groupe se meut dans une vague progressive sur ce « Time Out Of Place », très 70’s, qui emprunte autant au Heavy Metal qu’au Rock. Souvent grandiloquent, il n’est pas pour autant démonstratif et joue sur les harmonies avec un brin de nostalgie.

SYRINX

« Time Out Of Place »

(Ocula Records)

Dans une ambiance très marquée par les années 70 et 80, SYRINX sort son deuxième album où le Rock et le Metal se fondent dans un même élan progressif. Heavy Metal dans son approche la plus musclée et assez classique dans la structure de ses morceaux, la formation américano-canadienne affiche un style très cérébral, tout en se laissant aller à des envolées souvent débridées. Sur « Time Out Of Place », elle accueille d’ailleurs le multi-instrumentiste Bobby Shock à la basse, tout droit venu du New-Jersey.

Entièrement enregistré en analogique, ce nouvel opus propose une production chaleureuse et brute, mais qui aurait cependant mérité un meilleur traitement, notamment au niveau de l’équilibre global. Cela dit, le groupe y gagne en authenticité et la musique de SYRINX, riche et complexe, est captivante. Epique et avec un chant qui ne manque pas de lyrisme, le quatuor s’est créé un univers très personnel, quelque part entre Fates Warning, Rush et Queensrÿche, avec une narration originale basée sur un groove obsédant.

Malgré des parties de basses prédominantes, Graham McGee (guitares, claviers), JP Abboud (chant), Seth Lyon (batterie, percussions) et Lady Chanelle, dont le soutien vocal apporte une belle touche aérienne, entretiennent cette épopée aux saveurs vintage en lui donnant une direction singulière. Incisifs, planants et souvent en décalage, les titres de « Time Out Of Place » offrent une homogénéité grâce à un fil conducteur précis (« 1875 », « The Master’s Host », « The Knowing », « Shakes Of Your Purpose »). SYRINX se montre convaincant.

Photo : Sara Siraj

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Metal Progressif

Green Carnation : black poetry

GREEN CARNATION reste l’une des plus surprenantes formations de Metal Progressif, alliant un côté mystérieux dans sa démarche avec une évidence artistique à travers ses réalisations. Et pour cette septième en studio, les Norvégiens étonnent encore avec la création en cours d’une trilogie, dont voici la première partie. « The Shores Of Melancholia » acte donc l’entrée en matière de « A Dark Poem », dont les prochains volumes vont nécessiter un peu de patience de la part des fans.

GREEN CARNATION

« A Dark Poem, Part I – The Shores Of Melancholia »

(Season Of Mist)

Sorte d’électron libre de la scène Metal progressive, les Scandinaves semblent presque cultiver cette particularité avec, pour commencer, un deuxième album qui fait encore parler près de 20 ans après sa sortie. En effet, avec « Light Of Day, Day Of Darkness » sorti en 2001 et constitué d’un seul morceau long d’une heure, GREEN CARNATION avait ébloui un microcosme qui s’est ensuite agrandi. En sommeil entre 2006 et 2020, le revoici avec un nouvel opus encore une fois à la hauteur de sa créativité, et qui marque aussi le début d’une trilogie : « A Dark Poem ».

Ce n’est sans doute pas anodin si le groupe renoue avec l’aspect conceptuel de sa musique, elle qui a toujours été marquée par une sorte d’avant-gardisme. Forcément très narratif dans son déroulé et particulièrement émotionnel dans les mélodies, « The Shores Of Melancholia » s’annonce comme un projet ambitieux, certes, et GREEN CARNATION vient de poser de solides fondations, qui laissent prévoir deux autres volets tout aussi exaltants. Par ailleurs, le niveau de jeu et la production ne laissent que peu de place au doute. L’ensemble est irréprochable.

Musicalement, le registre du sextet est toujours aussi fin et élaboré, incisif et tranchant, et le côté massif et très souvent étincelant ressort sur chacun des six titres, dont la durée explose aussi les standards habituels. Et si le propos est sombre, certains passages sont d’une incroyable luminosité, portée par le chant captivant de Kjetil Nordhus. Les compositions de Stein Roger Sordal (basse) sont d’une extrême précision et dotées d’arrangements délicats. On notera aussi la présence vocale de Grutle Kjellson d’Enslaved sur « The Slave That You Are ». Monumental.

Photo : Lars Gunnar Liestøl