Très créatifs et percutants, les musiciens de MASTER MASSIVE mènent une espèce d’armada Heavy Metal, qui s’engouffre dans de très nombreux courants comme pour mieux établir une identité musicale plus forte. Avec « White Shadows », leur troisième album, les Scandinaves se montrent très techniques, mélodiques et véloces. Classique dans le fond, la forme quant à elle est pleine d’imprévus et prend bien soin d’éviter des clichés souvent incontournables. Inattendu et musclé, le jeu du combo sort des sentiers battus avec autant d’allant et de maîtrise que de finesse.
MASTER MASSIVE
« White Shadows »
(Fireflash Records)
Les Suédois ne donnent pas souvent de leurs nouvelles, alors si en plus elles sont bonnes, le plaisir n’en est que décuplé. Fondé en 1993 par le guitariste Janne Strandh, il aura pourtant fallu attendre 2015 pour que « The Pendulum » voit le jour, puis « Black Feathers On Their Graves », cinq ans plus tard. Autant dire que MASTER MASSIVE avance à un rythme de sénateur, mais avec la manière et la certitude de bien faire les choses et de délivrer de très belles surprises. Et sur « White Shadows », c’est notamment le line-up qui détonne.
Le groupe se présente avec trois chanteurs et affiche une phénoménale force de frappe, ainsi son Heavy Metal devient plus polymorphe encore. Tony Niva (ex-Lion’s Share, Zanity), Viktor Gustafsson (Lethal Steel) et Marcus Karlsson, qui faisait déjà partie de l’aventure, se complètent à merveille et ont surtout la particularité d’offrir un panel vocal plus que conséquent à MASTER MASSIVE. Aigus, massifs, agressifs ou rauques, les registres empruntés par le trio ne montrent pas la moindre faiblesse et l’ensemble est étincelant.
Si l’atmosphère est clairement Old School, le Heavy Metal du sextet est quant à lui beaucoup plus complexe. En ouvrant avec le morceau « Noah’s Cross » et ses onze minutes, le ton est donné et l’audace, dont fait preuve la formation, laisse supposer que la suite s’annonce étonnante… et elle l’est ! Entre Speed Metal, Power, Prog et Doom, MASTER MASSIVE ne s’interdit rien, fait une très belle synthèse et obtient un son et un style originaux (« Islands And Bells », « Blood On The Floor », « Silver Bullet » et le morceau-titre). Solide et virtuose !
Du côté de Boston, BYGONE a décidé de remonter dans le temps, jusqu’aux 70’s pour être précis. La tête dans les étoiles et les pieds sur terre, les six musiciens se livrent à un exercice de style mené avec la manière. Mêlant Hard et Heavy avec dextérité, ils nous font vivre une belle et saisissante épopée composée de montées en puissance incandescentes et de plages aériennes aux allures cosmiques et planantes. Cet album est une ode à une période dorée du Rock au sens large.
BYGONE
« Bygone »
(Svart Records)
Ayant fait leurs armes chez Magic Circle, Blazon Rite, Concilium, Witchtrial et Missionary Work, les membres de BYGONE œuvrent dans un style dont ils maîtrisent tous les contours et ce premier effort éponyme ressemble à tout sauf à un coup d’essai. Entre Hard Rock et Heavy Metal, le style du groupe offre bien des facettes avec des envolées proto-Metal, occultes et avec même un léger accent Acid Rock. Ancré dans les années 70 et le début des 80’s, il se montre brillant et inventif…comme à la grande époque.
Après une première démo il y a trois ans, BYGONE se lance donc sur la durée dans un voyage cosmique avec une touche personnelle déjà perceptible. Certes, les références majeures sont assez évidentes, mais leur complémentarité sonne juste et surtout donne un bel élan à « Bygone ». Parmi les plus notables, on retient l’empreinte nette de Kiss, Think Lizzy, ou Rainbow avec un soupçon d’Uriah Heep et UFO. Le combo affiche beaucoup de sérénité dans une ambiance très organique, intense et à l’esprit très underground.
Dans un décor musical assez fastueux, le sextet laisse libre-court à son imagination et elle est franchement fertile. Sur des rythmiques galopantes, des atmosphères cinématographiques et de l’humilité dans la démarche comme dans le chant, les Américains enchaînent les riffs acérés et les parties d’orgue Hammond majestueuses. Non sans émotion, BYGONE impose une solidité de chaque instant et se fait captivant au fil des morceaux (« Lightspeed Nights », « Take Me Home », « Shadow Rising », « Into The Gleam », « City Living »). Costaud !
Depuis sa lointaine Norvège, MONOGRAF élabore depuis quelques années maintenant un style qui se niche entre Metal et Folk, utilisant autant d’éléments modernes dans sa conception que d’autres issus d’un passé plus lointain. Avec « Occultation », le groupe se révèle ténébreux et obscur sur des titres aux structures souvent complexes et très élaborées. Grâce à un travail d’écriture remarquable et une interprétation d’une grande liberté, les mélodies prennent une dimension très forte dans un relief parfois évanescent.
MONOGRAF
« Occultation »
(Overhead Productions)
Issu de la scène Black Metal underground et ancien membre d’Antestor, Erik Norman Sannes Aanousen est aussi diplômé en composition de musique de film et il mène depuis quelques années MONOGRAF. Après le convaincant « Nadir » en 2019, le multi-instrumentiste et chanteur continue son exploration d’un post-Metal croisant une néo-Folk scandinave, le tout dans une narration assez sombre. Sur « Occultation », la rencontre entre ces deux univers est vraiment saisissante, malgré une noirceur souvent écrasante.
D’une grande richesse musicale, ce deuxième album va encore plus loin dans sa maîtrise, et surtout la créativité du sextet se montre encore plus ensorcelante. Très organique, la production d’« Occultation » se révèle au fil des écoutes, comme une succession de petits trésors cachés. Entre passages Folk, élans progressifs et fulgurances Black Metal, MONOGRAF parvient à une unité et une homogénéité resplendissante, qui se traduisent dans des morceaux assez longs aux ambiances captivantes et froides.
Très immersive, l’approche des Norvégiens est assez singulière, même si d’autres s’y sont déjà essayés. Avec un violon très présent (« Carrion Seller »), des guitares acoustiques qui prennent le relais de gros riffs Metal et des instruments traditionnels qui offrent une sorte d’intemporalité à l’ensemble, MONOGRAF évolue entre une puissance débridée et des moments suspendus d’une grande finesse (« The Prophet », « Occultation », « Ashes », « Cripplegate »). La formation nordique réalise un sans-faute, tout en restant très originale.
Avec une chanteuse qui emporte tout sur son passage, deux six-cordistes au diapason et un groove imparable, PARKER BARROW poursuit sa route. Après un premier album déjà très convaincant en 2023, ils sont désormais six à faire tourner ce Southern Rock bluesy aux effluves Soul. Signe de son époque, ce n’est pas avec un deuxième opus que les Américains se présentent cette fois, mais avec un EP, « Hold The Mash », dont on aurait franchement souhaité une petite rallonge…
PARKER BARROW
« Hold The Mash »
(Independant)
L’explosif combo avait créé la surprise il y a deux ans avec un premier album, « Jukebox Gypsies », très abouti et rafraîchissant. Mené par le couple Megan Kane (chant) et Dylan Turner (batterie), PARKER BARROW s’est aujourd’hui imposé dans cette nouvelle génération Southern américaine en revivifiant le style de ses aînés grâce à une fougue très créative et une bonne touche de modernité. En actualisant son jeu, tout en restant attaché à un état d’esprit vintage, le groupe vient renforcer un certain aspect intemporel de belle manière.
Dernièrement, la formation de Nashville a beaucoup tourné et a surtout acté l’arrivée d’Alex Bender au poste de guitariste et de directeur musical. PARKER BARROW s’est donc étoffé et a naturellement pris du volume. Cela s’entend sur « Hold The Mash » et il franchement dommage qu’il ne s’agisse ici que d’un simple EP de cinq titres. Car avec autant de qualité, on reste forcément sur sa faim, d’autant que le sextet avec déjà livré les deux singles « Make It » et « Novocaine ». De nouvelles pratiques trop marketées, mais l’élan est remarquable.
Si les premiers extraits ont dévoilé de belles choses, le Southern Rock très bluesy et Soul de PARKER BARROW n’a pas encore tout dévoilé de ce souffle nouveau. Toujours aussi percutant et spontané, le groupe semble avoir trouvé un point d’équilibre entre un côté Rock solide et une facette plus délicate, où brille sa frontwoman. Les deux guitares et l’orgue se complètent à merveille dans une cohérence évidente sur le brûlant « Glass Eyes Cryin’ », le sensible « Olivia Lane » et le rugueux « The Healer ». Une progression pleine d’élégance.
Pour qui attendrait encore le renouveau d’une classieuse et référentielle vieille garde avec impatience, voire en vain, WHISKEY MYERS vient apporter la plus somptueuse des réponses avec « Whomp Whack Thunder ». Narrative et percutante, sincère et foudroyante, la formation texane est au sommet de son art et s’attèle avec ferveur à perpétuer l’esprit du Southern Rock dans son époque. Sur un groove tourbillonnant, des guitares lourdes et épaisses et un chant habité, le groupe œuvre dans une immédiateté scintillante aux mélodies imparables.
WHISKEY MYERS
« Whomp Whack Thunder »
(Wiggy Thump Records)
Le son est si brut et organique que, pour un peu, on se croirait au beau milieu du studio dans lequel les Texans se sont engouffrés. Alors qu’ils avaient autoproduit leurs derniers albums, dont le génial « Tornillo » il y a trois ans, WHISKEY MYERS a cette fois laissé les manettes au producteur awardisé Jay Joyce (Eric Church, Cage The Elephant) pour faire briller « Whomp Whack Thunder ». Et cette sage décision lui offre une dimension nouvelle, alors même qu’il est devenu incontournable en s’invitant aussi dans des B.O. sur petits et grands écrans.
Mené par son chanteur et compositeur Cody Cannon plus créatif et expressif que jamais, WHISKEY MYERS livre une septième réalisation guidée par le plaisir de jouer et un instinct qui explosent dans une belle débauche d’énergie. Accessible et décomplexé, « Whomp Whack Thunder » incarne l’idée-même du Rock Sudiste, où la Country se joint au Blues et à l’Americana dans une fusion spontanée. Avant tout très Rock’n’Roll, les Américains sont de plus en plus au service de leurs émotions et d’une honnêteté artistique sans faille.
S’il s’est, par le passé, essayé à différentes sonorités Southern, le sextet les englobent toutes sur « Whomp Whack Thunder », révélant ainsi l’audace et l’authenticité de son écriture. Nerveux et entraînant sur « Time Bomb », « Tailspin », « Icarus » ou « Ramblin’ Jones », plus Blues sur « Break These Chains », « Midnight Woman » et profond sur « Born To Do », WHISKEY MYERS fait un pas de côté et se pose en marge d’une industrie musicale, qui renvoie aux stéréotypes. Ce nouvel opus porte généreusement à l’âme et impressionne de volonté.
Volontaire et dynamique, le sextet teuton est de retour avec un deuxième effort qui vient confirmer la qualité du premier. Avec la même énergie et des morceaux bien ciselés, FRONT ROW WARRIORS use de refrains entêtants tout en se montrant très Heavy. La voix de sa chanteuse est sans conteste l’un de ses plus grands atouts, et c’est avec force qu’il distille un Hard’n Heavy pointilleux sur ce « Running Out Of Time » franchement musclé, entraînant et très live dans l’intention.
FRONT ROW WARRIORS
« Running Out Of Time »
(ROAR)
Fondé en 2019 et composé de musiciens aguerris de la scène allemande, FRONT ROW WARRIORS s’est fait remarqué dès la sortie de son premier album, « Wheel Of Fortune », il y a deux ans. Salué outre-Rhin, il a permis au groupe d’écumer le pays de salles en festivals pour renforcer ce bel élan. Issus de formations chevronnées, il s’inscrit dans un registre mêlant Hard Rock et Heavy Metal avec une teinte 90’s, qui ne l’empêche pas d’avoir une belle force de frappe et un son très actuel sur ce très bon « Running Out Of Time ».
Produit par Achim Köhler (Primal Scream, Brainstorm) et Michael Bormann (ex-Bloodbound et Bonfire), « Running Out Of Time » dispose d’un son riche et bien équilibré (ils sont six !) et si le chant d’Elkie Gee apporte énormément à ces nouvelles compositions, les riffs, les structures et les mélodies portent l’ensemble avec maîtrise et fluidité. FRONT ROW WARRIORS a trouvé son style et manie habillement un aspect percutant avec ses deux guitaristes et une présence discrète et efficace des claviers.
Le combo de Stuttgart se montre très accrocheur dès « Turn The Tide ». Classique et véloce, on perçoit aussi quelques références scandinaves dans son jeu, qui viennent confirmer son aisance et sa diversité d’écriture (« New Horizons », « Rise Against »). Avec une frontwoman qui fait ce qu’elle veut, FRONT ROW WARRIORS déroule et s’offre même une reprise très réussie du « Heartbreaker » de Pat Benatar. Et c’est avec le titre portant son nom, « Front Row Warriors », qu’il achève avec ardeur ce « Running Out Of Time » costaud et fédérateur.
Sans rien changer à son sens du groove et avec un feeling incroyable, LITTLE FEAT poursuit son chemin comme si de rien n’était. En quête perpétuelle d’un style qui rassemble autant le Blues le plus authentique, la Soul profonde de Louisiane que des cuivres incandescents hyper-funky, l’emblématique et éternel groupe livre enfin de nouveaux titres inédits. Avec une humilité, une technicité et un art du songwriting qui se réinvente avec beaucoup de modernité, « Strike Up The Band » ne dépareille pas une seule seconde de l’immense héritage discographique d’une formation inépuisable et insatiable.
LITTLE FEAT
« Strike Up The Band »
(Hot Tomato Records)
Près de 55 ans après sa création, LITTLE FEAT tient toujours debout et, malgré une carrière en dent de scie, des changements de line-up et quelques disparitions marquantes, il semble même avoir retrouvé un nouvel élan. Alors que « Sam’s Place », sorti l’an dernier, résonne encore de ses vibrantes reprises, c’est avec un tout nouvel album entièrement original que le sextet fait un retour époustouflant, son premier depuis 13 ans. Et que la fête est belle ! Enregistré entre les studios Blackbird de Nashville et le Studio One Two Seven de Harlem à New-York, « Strike Up The Band » célèbre avec toujours autant de classe un Blues sudiste très varié et plein de surprises, qui paraît si éloigné de sa Californie natale.
Autour du solide socle constitué de Bill Payne, au chant et aux claviers depuis 1969, et de Paul Barrere (chant, guitare), Sam Clayton (conga, percussions, chant) et Kenny Gradney (basse) tous présents depuis 1972, LITTLE FEAT peut compter depuis un bon moment maintenant sur les fidèles et talentueux Fred Tackett (guitare, mandoline, trompette, chant) Tony Leone (batterie) et le virtuose guitariste et compositeur Scott Sharrad. Et cette armada du groove continue son exploration du Blues, du Funk, du Southern Rock et de ses envolées Soul avec une fraîcheur, une élégance, un enthousiasme et une complicité, qui nous ramènent aux premières heures de ce combo hors-norme.
Dans la chaleur des cuivres et la torpeur de la slide, LITTLE FEAT s’est ouvert à quelques collaborations, et non des moindres. Côté compositions, « Bayou Mama » est l’œuvre de Payne et de Charlie Starr des Blackberry Smoke, tandis que « Bluegrass Pines » doit son texte à Robert Hunter, légendaire parolier de Grateful Dead et où l’on retrouve le six-cordiste Larry Campbell, les chœurs de sa femme Teresa Williams et Molly Tuttle en embuscade. Dans cette heure assez magique, les sœurs Lowell de Larkin Poe enveloppent la touchante chanson-titre, puis la féérie continue sur « 4 Days Of Heaven, 3 Days Of Work », « New Orleans Cries When She Sings », Too High To Cut My Hair », « Midnight Flight »… Grand !
Groupe phare et emblématique de la scène Metal Symphonique mondiale, EPICA signe un neuvième album aussi nerveux qu’accrocheur, enveloppé d’arrangements grandioses et porté par la voix cristalline de Simone Simons. Audacieux et racés, les Hollandais ont cette fois modifié leur façon de composer. « Aspiral » se montre même peut-être plus accessible dans ses mélodies que ses prédécesseurs, tout en restant résolument Metal et même assez complexe. Inspiré et ascensionnel, il est ici question de cycles, de destruction et de renaissance. Lumineux et puissant, le sextet signe un retour éclatant. A la veille de sa sortie, la frontwoman revient sur la conception de ce nouvel opus, ainsi que sur son expérience en solo et les gigantesques concerts donnés en 2023 avec chœurs et orchestre. Entretien.
– Vous avez commencé à travailler sur « Aspiral » il y a plus d’un an avec un planning très établi. Et il en est ressorti beaucoup de chansons. Tout d’abord, comment le choix définitif des morceaux s’est-il effectué, et avez-vous cherché un lien entre eux, sans pour autant réaliser un album-concept ?
Oui, en fait, les chansons ont toujours besoin de temps pour évoluer et certaines nécessitent aussi plus de travail que d’autres. Mais une fois que ce processus est fait, nous les écoutons toutes ensemble et c’est à ce moment-là que nous choisissons les meilleures pour l’album. Après, on fait chacun une liste de nos titres préférés. Il faut trouver le juste équilibre pour l’album et ensuite chacun vote ! C’est un groupe très démocratique ! (Rires) C’est tout simplement comme ça qu’on définit la sélection définitive pour le CD. En ce qui concerne les paroles des chansons, elles sont finalement toutes assez connectées entre-elles, c’est vrai. Donc, l’ordre sur l’album n’a pas vraiment d’importance, en fait, en tout cas pas dans ce sens-là.
– J’aimerais qu’on parle des morceaux « A New Age Drawns », dont on découvre ici les parties sept, huit et neuf. Où en êtes-vous de cette saga et avez-vous l’intention de la prolonger encore ?
Non, la saga s’arrête ici avec les trois dernières parties. Et puis, c’est aussi notre neuvième album, donc… Il s’agit sur « Aspiral » d’un changement dans la conscience de toute l’humanité. Nous devons nous réveiller et réagir à ce chaos dans lequel nous vivons. Nous devons nous concentrer sur la communauté et faire les choses ensemble, en arrêtant de ne penser qu’à nous-mêmes. Et tout cela vient donc acter la fin de la saga sur ce disque.
– D’ailleurs, est-ce que la composition de ces morceaux a quelque chose de particulier pour vous ? Et est-ce que, finalement, « A New Age Drawns » n’est pas un peu la colonne vertébrale d’EPICA depuis ses débuts ?
En fait, les paroles sont écrites par Marc (Jansen, guitare et voix – NDR), ainsi que la musique. Et oui, tout a commencé il y a de nombreuses années aux tous débuts d’EPICA en 2005. C’est lui qui a probablement la connexion la plus forte avec cette saga. Et si l’on revient sur le dernier album avec les trois dernières parties, ma préférée est sans doute « The Grand Saga Of Existence », je l’adore !
– Vous avez sorti « Omega » il y a quatre ans, puis « The Alchemy Project » l’année suivante pour célébrer vos 20 ans, un disque accompagné de nombreux guests. Vous aviez ressenti le besoin d’explorer d’autres styles et de vous détachez un peu d’EPICA le temps d’un EP ?
Oui, « The Alchemy Project » a été pour nous un bon moyen d’expérimenter beaucoup de choses et également de travailler avec de nombreux artistes venus d’horizons différents. En effet, je n’avais pas eu, d’une certaine manière, le sentiment d’avoir de limite au niveau du chant par rapport au style propre à EPICA. Cela a aussi été très inspirant pour nous, d’autant que le retour des fans a été très bon. On a senti qu’on pouvait aller vers de nouvelles choses, sans trop penser à notre style précisément. L’idée était juste d’écrire des chansons, d’expérimenter autant que nous le souhaitions et de nous amuser surtout. Et c’est exactement ce que nous avions fait ! (Sourires)
– Et l’an dernier, tu as sorti « Vermillion », ton premier album solo. Tu as travaillé avec Arjen Lucassen d’Ayreon sur des morceaux plus progressifs et électroniques. C’est un projet que tu nourrissais depuis longtemps ? Quel était l’objectif premier ? C’était avant tout pour te faire plaisir, même si ton emploi du temps est déjà très chargé ?
Oui, j’avais l’idée d’un album solo depuis de nombreuses années, mais je n’avais jamais le temps de m’y consacrer. Il y a un bon moment maintenant, j’avais déjà contacté Arjen en lui demandant s’il serait intéressé. Il m’avait répondu positivement, mais il n’avait pas le temps ! (Rires) Ce n’est finalement qu’au début 2023 que nous avons commencé à travailler sur « Vermillion ». Bien sûr, je désirais avoir mon album solo pour moi-même et faire également quelque chose en dehors d’EPICA. J’ai toujours travaillé avec d’autres artistes, bien sûr, j’ai fait de nombreuses collaborations, mais je n’avais jamais réalisé un album entier seule. Et puis, j’ai toujours adoré la musique d’Ayreon et je me suis dit qu’il serait le meilleur pour le réaliser avec moi.
– Parallèlement, vous aviez donné deux concerts exceptionnels à Amsterdam et Mexico, « The Symphonic Synergy », qui sortira d’ailleurs sur l’édition limitée d’« Aspiral ». C’est toujours un grand moment pour vous de vous produire avec un tel orchestre et une chorale complète ?
Oh oui, c’est un rêve qui devient réalité ! C’est la meilleure manière pour nous de créer de la magie. Cela correspond vraiment à notre musique, mais c’est impossible de faire de tels concerts à chaque fois, car cela implique énormément de gens. Je suis très fière de « The Symphonic Synergy », car nous avons travaillé dur et ce fut deux concerts magiques. Je suis aussi heureuse qu’il soit disponible en Blue-Ray pour que tout le monde puisse l’apprécier. C’est vraiment un sommet dans notre carrière. Ce sont bien sûr des concerts qu’on aimerait faire plus souvent, mais c’est une énorme organisation pour créer de tels shows. Il y a eu au total 150 personnes, hors et sur scène, à travailler sur ce projet. C’était fou ! (Rires)
– Est-ce que cela reste un objectif important pour un groupe de votre style de pouvoir jouer avec un orchestre symphonique, afin de donner toute sa dimension et son relief à votre musique ?
Oui, c’est exactement ça. On aimerait en faire plus souvent, bien sûr. En 2027, EPICA célèbrera ses 25 ans et nous sommes déjà en train de réfléchir à ce que nous pourrions faire sur scène et offrir à nos fans. Jusqu’à présent, nous avons toujours célébré nos anniversaires avec le groupe, des chœurs et un orchestre. Cette fois, nous regardons les possibilités pour voir ce que nous pourrions produire dans le futur. J’aimerais beaucoup partir en tournée avec un orchestre mais, financièrement, cela coûte vraiment très cher de créer un tel spectacle ! C’est énorme ! (Rires)
L’album d’EPICA, « Aspiral », est disponible chez Nuclear Blast Records.
Photos : Tim Tronckoe
Retrouvez aussi la chronique de l’album « We Still Take You With Us – The Early Years » et celle de l’album solo de Simone Simons, « Vermillion » :
Une rythmique lourde, des riffs où s’entremêlent twin-guitars imposantes aux côtés de solos épiques et un chanteur littéralement possédé par son propos, les recettes de DUN RINGILL font encore des merveilles sur le deuxième volume de la sage entreprise il y a maintenant deux ans. Un projet audacieux, et mené de main de maître par son compositeur et bassiste Patrick Andersson, qui offre au Folk Metal Progressif de « 150 – Where The Old Gods Play Act 2 » un relief inédit et une dimension aussi étrange que singulière.
DUN RINGILL
« 150 – Where The Old Gods Play Act 2 »
(The Sign Records)
Deux ans après un premier acte saisissant, DUN RINGILL nous livre le second et ce « 150 – Where The Old Gods Play Act 2 » est largement à la hauteur des attentes placées en lui. Un changement de batteur plus tard, revoici donc les Suédois qui mettent un terme à cette histoire pour le moins tourmentée. Pour rappel, nous sommes au début du XXème siècle en Ecosse et on suit les manipulations de l’Église par un prêtre aux desseins secrets et malveillants. C’est par le prisme de l’empreinte ecclésiastique sur la population que Lucia, le personnage principal, nous guide dans ses ténébreuses pérégrinations.
Et si le thème est particulièrement obscur, le musique de DUN RINGILL est en parfaite adéquation, tant l’atmosphère dans laquelle il nous plonge a des aspects terrifiants. Même si des sonorités de flûte et de violon laissent entrer par fragments une petite lumière, le Doom Folk vient très vite l’absorber. Les Scandinaves se font les incroyables conteurs de cette effroyable épopée et leur registre, aussi narratif que pesant, n’a aucun mal à captiver. Par ailleurs, la prestation du frontman, Thomas Eriksson, reste l’un des atouts majeurs du disque, grâce à une polyvalence vocale presqu’ensorcelante sur certains morceaux.
Mais ne nous y trompons pas, le style de la formation nordique n’a rien de franchement contemplatif. Celle-ci sait aussi se faire très Heavy (« Dark Clouds Are Rising ») et surtout progressive comme sur les monumentaux « The Robe & Crown », « My Father » et surtout le génial « Lucias Monologue Part 1 & 2 » et ses presque dix minutes. DUN RINGILL parvient avec ce second volet à nous faire oublier les ombres de Skyclad et de Manilla Road présentes sur le premier. « 150 – Where The Old Gods Play Act 2 » délivre exactement la fraîcheur d’écriture et la puissance musicale attendues. Un concept-album magistral !
Dans une atmosphère gothique et fantomatique, DEATHLESS LEGACY pousse la fascination du genre à son paroxysme, grâce à un Heavy Metal solide, parfois lugubre et sexy aussi, dont la force se déploie de manière assez triomphale sur ce « Damnatio Aeterna » très bien mené. Sa frontwoman Steva est au sommet, portée par des compositions taillées sur mesure dans un style très maîtrisé. Les transalpins avancent dans un tumulte explosif et diaboliquement addictif.
DEATHLESS LEGACY
« Damnatio Aeterna »
(Scarlet Records)
En l’espace d’un peu plus d’une décennie, DEATHLESS LEGACY est devenu incontournable dans le registre de l’Horror Metal, qu’il contribue à revigorer quelque peu malgré l’omniprésence de formations qui tiennent plus de la comédie musicale que du Heavy à proprement parler. Bref, les Italiens sont de retour et livrent un digne successeur à « Mater Larvarum », qui montrait déjà de très belles choses. Trois ans plus tard, c’est même presqu’une suite qu’ils nous proposent à travers un concept-album musclé et baroque.
Toujours très théâtral dans le propos, et cette nouvelle histoire du petit démon Malchrum en proie aux volontés de Lucifer le confirme, DEATHLESS LEGACY se détache plus nettement des influences de Death SS et de King Diamond surtout, qui leur collent à la peau depuis leurs débuts. « Damnatio Aeterna » se veut original, entraînant et convaincant sur bien des points, de même que le livre qui l’accompagne. La signature du groupe reste aussi ténébreuse que provocante et ce nouvel opus nous promet encore une fois l’enfer.
En ouvrant avec le morceau-titre, le sextet affirme une belle puissance et la noirceur qui s’en dégage annonce une suite effrayante… et terriblement Heavy. Au chant, Steva montre beaucoup d’autorité grâce à une voix pleine de gravité et qui porte aussi les mélodies avec caractère et charisme. Entre passages symphoniques, moments très Dark et une assise Metal irrésistible, DEATHLESS LEGACY est aussi dynamique que macabre (« Get On Your Knees », « Oblivion », « Sanctified », « Nightshade », « Mother Of God »). Captivant !