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Sinner : final cut [Interview]

En mettant fin à l’aventure SINNER, le bassiste, chanteur, compositeur et producteur ne tire pas un trait sur la musique, bien sûr, puisqu’il continue d’œuvrer avec Primal Fear, formation qu’il a d’ailleurs aussi fondé. Et puis, connaissant son parcours, il n’est pas impossible de le retrouver dans divers projets. Après une petite vingtaine d’albums, des tournées innombrables et plus de 40 ans à mener de front son groupe, l’Allemand a donc pris la décision de mettre une point final à cette belle épopée. Et pour marquer le coup, Mat Sinner s’est fait plaisir en invitant des amis chanteurs et musiciens de talent pour livrer un « Boom Bang Goodbye » aussi explosif que mélodique. Son Hard Rock reste une référence et c’est avec beaucoup de bonne humeur qu’il revient sur cette décision soudaine et l’état d’esprit qu’il l’a animé sur cet ultime opus.

– Tu as fondé SINNER en 1982 et tu viens d’annoncer la fin de l’aventure avec la sortie de « Boom Bang Goodbye », ton 19ème album. Cela a du être une décision difficile à prendre et aussi mûrement réfléchie, j’imagine. Depuis combien de temps as-tu en tête d’arrêter le groupe ?

En réalité, quand j’ai commencé à travailler sur l’album, je ne savais pas que ce serait le dernier de SINNER. Au départ, je n’avais même pas l’intention d’en faire un autre. Après tous mes problèmes de santé, j’ai dû réapprendre à marcher et j’ai traversé une période très difficile. Pendant ce temps, certains événements autour de moi m’ont mis en colère, et c’est ce qui m’a donné l’énergie de recommencer à écrire des chansons. L’idée que ce serait le dernier album de SINNER est venue plus tard. A un moment donné, je me suis dit : nous avons eu une si longue carrière, alors pourquoi ne pas la terminer en beauté avec un album vraiment marquant ? Je ne voulais pas que SINNER disparaisse simplement, sans une véritable fin. Après plus de quatre décennies, le groupe mérite des adieux dignes de ce nom.

– Il te reste toujours Primal Fear, dont tu es l’un des fondateurs, mais SINNER était ton groupe et ton projet personnel. As-tu le sentiment d’être allé au bout des choses, car « Boom Bang Goodbye » laisse entendre le contraire ?

Non, absolument pas au niveau musical. J’aime toujours autant écrire, jouer et créer. Mais SINNER existe depuis plus de 40 ans, et à un moment donné, il faut bien décider comment conclure l’histoire. Pour moi, il était important d’arrêter tant que je me sens bien dans le groupe et tant que nous sommes capables de faire un album plein d’énergie. Je pense que c’est bien mieux que de continuer simplement par habitude. Primal Fear, c’est une autre histoire, une autre étape de ma vie musicale. La fin de SINNER ne signifie pas que j’en ai fini avec la musique ! (Sourires)

– Ce dernier album est chargé d’émotion et il y règne aussi une atmosphère très positive. Dans quel état d’esprit étais-tu, car il y a beaucoup plus de plaisir que de nostalgie dans ces nouveaux morceaux ?

Comme je te le disais, je ne savais pas que ce serait le dernier au départ. Cette décision a mûri au fur et à mesure que je travaillais sur l’album. Mais l’atmosphère positive était tout à fait intentionnelle. Vu la situation actuelle dans le monde, je ne voulais pas créer une bande originale déprimante. Si je fais un album de SINNER, je veux qu’il dégage une énergie positive et qu’il fasse du bien aux gens. Bien sûr, certains textes sont très personnels. Des chansons comme « Wait », « Leave It All Behind » et « Hellbreaker » abordent la mort et des expériences vécues ces dernières années. Mais dans l’ensemble, je vais bien. Je suis heureux d’être en vie, heureux avec ma famille et reconnaissant pour tout ce que j’ai ! (Sourires) Alors, même si l’album aborde des sujets sérieux, je ne voulais pas qu’il soit dominé par la tristesse ou la nostalgie. Chaque chanson raconte une histoire, et en ce sens, il y a certainement une dimension autobiographique, en effet.

– « Boom Bang Goodbye » se présente un peu comme un album souvenir. Bien sûr dans ces cas-là, on en garde que les bons. Quel est le moment le plus intense que tu aimerais revivre de ces plus de 40 ans à la tête de SINNER ?

Nos débuts chez Noise Records ont été un excellent départ. Je suis encore très fier musicalement de la période entre « Judgement Day » et « The Nature of Evil ». Travailler sur « Judgement Day » avec Keith Olsen à Los Angeles a été une expérience incroyable. Nous avons beaucoup appris et passé des moments fantastiques. Plus tard, nous avons également fait de superbes tournées où nous nous sommes tout simplement beaucoup amusés. Ce sont donc des souvenirs qui me restent particulièrement en mémoire. Bien sûr, il y a eu aussi des moments difficiles, mais avec le recul, je préfère me souvenir des bons moments. Plus de 40 ans avec un groupe, ça forge des tas d’histoires ! (Sourires)

– Qu’en est-il des musiciens du groupe qui t’accompagnent depuis quelques temps maintenant ? Comment ont-ils pris la nouvelle ? Et j’imagine que vous serez amené à vous revoir dans le futur…

Absolument. Alex Scholpp est avec SINNER depuis une quinzaine d’années et nous sommes aussi de bons amis dans la vie. Jim Müller et moi nous connaissons également depuis de nombreuses années. Moritz Müller est un batteur fantastique et j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Ces relations ne disparaissent pas du jour au lendemain avec la fin de SINNER. L’alchimie entre nous est excellente, et je suis certain que nous continuerons à nous voir et probablement à collaborer dans différents contextes. La fin du groupe ne signifie pas la fin de nos amitiés.

– Pour cet ultime réalisation, tu as également réuni des invités de renom. On y retrouve surtout des chanteurs parmi les meilleurs du monde du Hard Rock et du Heavy Metal actuel. Qu’est-ce que cela représente pour toi de les avoir à tes côtés sur « Boom Bang Goodbye », qui reste un album spécial ?

A l’origine, je comptais chanter moi-même sur l’album, mais lorsqu’il est devenu évident que ce serait le dernier album de SINNER, j’ai pensé qu’il fallait en faire quelque chose de spécial. J’ai donc dressé une liste de chanteurs que j’apprécie beaucoup et qui ont un lien avec moi et avec le groupe. Presque tous ont immédiatement accepté. Michael Bormann (Bonfire, Bloodbound, Jaded Heart – NDR) était un choix évident, car nous nous connaissons depuis longtemps et avons déjà collaboré ensemble. Ronnie Romero (Lords Of Black, Rainbow, CoreLeoni – NDR) est un ami et un chanteur incroyable. Renan Zonta (Electric Mob – NDR) est fantastique, Björn Strid (Soilwork, The Night Flight Orchestra – NDR) a fait un excellent travail, et il y a aussi Erik Mårtensson (Eclipse – NDR) et Michael Sadler (Saga – NDR). Magnus Karlsson (Primal Fear – NDR) est non seulement un excellent guitariste, mais aussi un chanteur exceptionnel. Il a juste fallu que je le convainque de chanter ! (Rires) Pour moi, l’important était que cela ne ressemble pas à une simple collection de noms célèbres. Ce sont des musiciens que je respecte et avec qui j’ai une grande affinité. C’est ce qui rend leur présence sur le dernier album de SINNER si particulière.

– J’imagine que la fin de SINNER sera aussi l’occasion d’un concert un peu spécial, ou peut-être même d’une tournée. Est-ce que tu as déjà prévu quelque chose de ce côté-là ?

Il n’y aura pas de tournée. On envisage un dernier concert, si tout va bien, à l’été 2027. Si on le fait, je veux que ce soit parfait : un lieu exceptionnel, une organisation impeccable et, idéalement, un concert avec certains des membres qui ont fait partie de SINNER au fil des ans. Mais je ne souhaite pas faire une longue tournée d’adieu. Un dernier concert mémorable serait la meilleure façon de clore ce chapitre. Si on peut le réaliser comme je l’imagine, j’en serais ravi ! (Sourires)

– Enfin, un petit mot au sujet de Primal Fear, dont on attend le successeur de « Domination » avec impatience puisqu’un premier single, « One » est déjà sorti en février dernier. La sortie d’un nouvel album est-elle prévue pour cette année ?

Oui, Primal Fear continue son chemin. Nous avons déjà composé une vingtaine de nouveaux morceaux, donc les idées ne manquent pas. Nous travaillons actuellement sur le prochain album, mais il ne sortira pas cette année. Le nouvel album de Primal Fear est prévu pour avril 2027. Alors, même si SINNER tire sa révérence, je n’arrête certainement pas de faire de la musique ! (Sourires)

L’ultime album de SINNER, « Boom Bang Goodbye », est disponible chez Reigning Phoenix Music.

Photo : Eddi Bachmann (1)

Retrouvez la chronique du précédent album « Brotherhood »…

ainsi que celle de l’album « Code Red » de Primal Fear…

et de Voodoo Circle avec Mat Sinner :

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International Thrash Metal

Tonic Breed : sous contrôle [Interview]

En invitant Dirk Verbeuren (Megadeth), Bernt Jansen (Artch/Wig Wam), Björn Strid (Soilwork), Martin Skrivbakken (Endezzma) et Oliver Palotai (Kamelot) sur ce nouvel EP, TONIC BREED affiche une ambition et une forte volonté de revenir avec un projet solide et exigeant. Seul aux manettes, le Norvégien Patrik K. Svendsen évolue dorénavant sous une formule en one-man-band, qui lui réussit plutôt bien. Il nous en dit plus que la conception de « Fuel The Fire », sa façon de travailler, sa vision de ce projet atypique et son avenir.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne un peu en arrière. TONIC BREED avait déjà sorti deux albums avant de se séparer en 2019. Tu as récemment décidé de reprendre le groupe, quels ont été tes motivations et le déclic pour redémarrer l’aventure ?

C’est exact et chaque album avait même un line-up différent. En raison d’intérêts et d’ambitions différents, TONIC BREED a subi beaucoup de changements. Un scénario que connaissent beaucoup de groupes. Concernant le mien, l’histoire semblait se répéter. TONIC BREED a dû passer du temps à chercher et à recruter de nouveaux membres pour remplacer ceux qui, pour différentes raisons, ont quitté le groupe alors que nous devions être en tournée et promouvoir nos dernières sorties.

Chaque époque du groupe a été une balade amusante, malgré des changements de line-up épuisants. Les raisons des séparations venaient du fait qu’on ne s’entendait pas sur la voie musicale, ou qu’on ne pouvait pas combiner la musique avec la vie de famille, ou simplement parce qu’on était loin les uns des autres en termes d’ambition. Et trois ruptures pèsent bien sûr sur la motivation. J’étais prêt à mettre fin à TONIC BREED de manière officielle, puis à passer à quelque chose d’entièrement nouveau. J’ai suivi cette idée pendant longtemps et j’ai composé beaucoup de musiques après notre séparation en 2019. Puis, quand les choses ont commencé à devenir concrètes, j’ai fait un revirement complet. Au lieu de créer un nouveau groupe, j’ai réactualisé TONIC BREED en un projet individuel. Ce fut une décision rapide et spontanée.

– Tu reprends donc TONIC BREED seul aux commandes et un premier EP, « Fuel The fire », vient de sortir. Quel est le noyau dur du groupe, je pense aussi à la scène, et de qui es-tu ou vas-tu t’entourer ?

À ce stade, je n’ai pas l’intention d’impliquer quelqu’un d’autre dans TONIC BREED, sauf en invitant des artistes à participer aux chansons. J’aime travailler seul comme actuellement et ça marche plutôt bien. En ce qui concerne les concerts, il n’est pas prévu d’en faire avec ce projet. Je remonterais volontiers sur scène, mais ce sera pour autre chose dans le futur.

Bjorn Strid (Soilwork) & Oliver Palotai (Kamelot)

– J’aimerais aussi savoir pourquoi TONIC BREED revient avec un EP de quatre titres. C’est assez court pour se faire une idée globale. C’était compliqué de revenir avec un album complet au niveau des compositions et peut-être aussi du budget ?

L’album est toujours mon objectif principal. Mais tel que je le vois, cela fonctionne principalement pour ceux qui sont soutenus par de grandes maisons de disques, ou si les groupes ont eux-mêmes des budgets énormes. Il faut une énorme machine de promotion pour que les ventes d’albums se fassent. La réalité, même si elle peut faire mal, c’est que les gens écoutent à peine un CD. Et les disques vinyles sont plus un objet de collection qu’un support que les gens utilisent pour écouter de la musique au quotidien. Par conséquent, je ne vois aucune raison de faire exploser un budget pour l’impression d’albums en tant qu’artiste indépendant. Les auditeurs trouvent de toute façon leurs chansons préférées sur les services de streaming ou en créant leurs playlists de lecture, et un album est rarement écouté dans son ensemble finalement. Je ne vois aucune raison d’opter pour l’ancienne stratégie promotionnelle, qui est devenue obsolète. Ce serait formidable pour nous, les musiciens, d’un point de vue financier, si les CD étaient toujours d’actualité. Mais ce n’est pas le cas. Vous pouvez être têtus et détester le changement ou vous adapter à la façon dont le monde qui vous entoure change. J’ai choisi de m’adapter. Cet EP est plus une collection de quatre chansons sorties sur une période de 18 mois.

– Musicalement, TONIC BREED propose un Thrash racé, super efficace où l’esprit Old School côtoie une grande modernité. Ton objectif était de faire le lien entre un esprit originel et un style qui a aussi beaucoup évolué ?

Absolument ! Tu as mis le doigt sur ma propre intention avec TONIC BREED. J’ai le Metal classique qui me tient aux tripes. Ce sera toujours en moi. On peut établir des parallèles avec les années 70, 80 et 90 sur le dernier single, « Fuel the Fire », par exemple. En même temps, j’essaie toujours d’ajouter une touche d’originalité à mes chansons. Cette stratégie peut cependant aller dans les deux sens. Cet EP contient quatre chansons très différentes. J’imagine qu’on ne s’attend pas à l’ambiance sur le morceau final après avoir écouté les deux premiers.

Dirk Verbeuren (Megadeth)

– Pour ce retour, « Fuel The Fire » est vraiment très réussi avec des morceaux très bruts et radicaux. Avant de parler des guests présents, j’aimerais que tu nous parles de l’enregistrement et du travail de production…

Toutes les chansons sont enregistrées dans plusieurs studios différents. Je fais aussi beaucoup d’enregistrements dans le mien. Beaucoup de choses y sont faites avant d’être transmises aux ingénieurs du son. Toutes les voix ont été faites aux Stable Studios à Oslo. J’ai essayé différents ingénieurs du son pour m’amuser un peu plus. Par exemple, Oliver Palotai a fait le mixage principal et le son sur « H.E. Antagoniste ». En d’autres termes, il a choisi le son du solo de guitare. J’ai travaillé avec Juhis Kauppinen sur « Blood Moon », une chanson qui a en fait été terminée en 2020 ! En parlant d’ingénieurs du son, je suis obligé de mentionner Viktor Gullichsen, qui a fait tout le travail sur « Fuel the Fire » et « No Rocks On The Scotch ». Donc, cette version est vraiment un mélange international qui, pour une raison inconnue, a très bien fonctionné.

– Rentrons dans le vif du sujet avec les présences de Dirk Verbeuren de Megadeth, Bjorn Strid de Soilwork, Oliver Palotai de Kamelot, Martin Skrivbakken d’Endezzma et Bernt Jansen d’Artch/Wig Wam. Comment as-tu mis en place toutes ces collaborations ? Ce sont des musiciens avec qui tu avais déjà travaillé ?

J’en connais certains depuis longtemps. D’autres m’ont été recommandés par des personnes que je connais ou par ceux qui sont sur le disque. Des gens fantastiques, tous. Ils ont été exceptionnellement impliqués et faciles à vivre dès le premier e-mail ou le premier coup de fil. Ils n’ont pas non plus été choisis au hasard. Je crée une chanson avec quelques noms en tête et j’espère juste les faire participer ensuite quand c’est possible. Et je suis ravi que tous ces artistes aient dit oui au projet.

Patrik K. Svendsen & Bernt Jansen (Artch/Wig Wam)

– Est-ce que tu avais prévu et écrit les parties de chacun, ou leur as-tu laissé carte blanche sur leurs prestations et leur implication sur les morceaux ?

En ce qui concerne la composition et les paroles, je fais tout. J’ai beaucoup de chance d’avoir des artistes aussi talentueux qui m’ont aidé sur les chansons. Ils y ont tous mis leur touche personnelle. J’enregistre généralement une version démo de ce que j’ai en tête et je les laisse travailler à partir de là. J’ai fait des petites demandes et des commentaires, et tout le monde les a très bien acceptés en faisant les changements nécessaires pour obtenir le meilleur résultat possible. Dans le cas de Dirk Verbeuren, il m’a montré tout son savoir-faire. Nous avions réservé une heure et une date pour la séance en studio. Il était à L.A. en train d’enregistrer la batterie pour la chanson « Fuel the Fire » pendant que j’étais dans mon home-studio, communiquant avec lui au téléphone. Nous avions prévu la majeure partie avant l’enregistrement, mais certains détails subsistaient. Il a livré ce que nous avions convenu au préalable, et j’ai été ravi du résultat qu’il m’a été envoyé du studio d’Adair Daufembach. Il n’y avait qu’un tout petit détail que je voulais qu’il refasse. Sa seule réponse a été : « N’en dis pas plus ! ». Non seulement, il avait enregistré ce que je voulais, mais il avait également enregistré la chanson entièrement, et en une seule prise.

« Fuel The fire » de TONIC BREED est disponible chez M&O