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International Thrash Metal

Tonic Breed : sous contrôle [Interview]

En invitant Dirk Verbeuren (Megadeth), Bernt Jansen (Artch/Wig Wam), Björn Strid (Soilwork), Martin Skrivbakken (Endezzma) et Oliver Palotai (Kamelot) sur ce nouvel EP, TONIC BREED affiche une ambition et une forte volonté de revenir avec un projet solide et exigeant. Seul aux manettes, le Norvégien Patrik K. Svendsen évolue dorénavant sous une formule en one-man-band, qui lui réussit plutôt bien. Il nous en dit plus que la conception de « Fuel The Fire », sa façon de travailler, sa vision de ce projet atypique et son avenir.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne un peu en arrière. TONIC BREED avait déjà sorti deux albums avant de se séparer en 2019. Tu as récemment décidé de reprendre le groupe, quels ont été tes motivations et le déclic pour redémarrer l’aventure ?

C’est exact et chaque album avait même un line-up différent. En raison d’intérêts et d’ambitions différents, TONIC BREED a subi beaucoup de changements. Un scénario que connaissent beaucoup de groupes. Concernant le mien, l’histoire semblait se répéter. TONIC BREED a dû passer du temps à chercher et à recruter de nouveaux membres pour remplacer ceux qui, pour différentes raisons, ont quitté le groupe alors que nous devions être en tournée et promouvoir nos dernières sorties.

Chaque époque du groupe a été une balade amusante, malgré des changements de line-up épuisants. Les raisons des séparations venaient du fait qu’on ne s’entendait pas sur la voie musicale, ou qu’on ne pouvait pas combiner la musique avec la vie de famille, ou simplement parce qu’on était loin les uns des autres en termes d’ambition. Et trois ruptures pèsent bien sûr sur la motivation. J’étais prêt à mettre fin à TONIC BREED de manière officielle, puis à passer à quelque chose d’entièrement nouveau. J’ai suivi cette idée pendant longtemps et j’ai composé beaucoup de musiques après notre séparation en 2019. Puis, quand les choses ont commencé à devenir concrètes, j’ai fait un revirement complet. Au lieu de créer un nouveau groupe, j’ai réactualisé TONIC BREED en un projet individuel. Ce fut une décision rapide et spontanée.

– Tu reprends donc TONIC BREED seul aux commandes et un premier EP, « Fuel The fire », vient de sortir. Quel est le noyau dur du groupe, je pense aussi à la scène, et de qui es-tu ou vas-tu t’entourer ?

À ce stade, je n’ai pas l’intention d’impliquer quelqu’un d’autre dans TONIC BREED, sauf en invitant des artistes à participer aux chansons. J’aime travailler seul comme actuellement et ça marche plutôt bien. En ce qui concerne les concerts, il n’est pas prévu d’en faire avec ce projet. Je remonterais volontiers sur scène, mais ce sera pour autre chose dans le futur.

Bjorn Strid (Soilwork) & Oliver Palotai (Kamelot)

– J’aimerais aussi savoir pourquoi TONIC BREED revient avec un EP de quatre titres. C’est assez court pour se faire une idée globale. C’était compliqué de revenir avec un album complet au niveau des compositions et peut-être aussi du budget ?

L’album est toujours mon objectif principal. Mais tel que je le vois, cela fonctionne principalement pour ceux qui sont soutenus par de grandes maisons de disques, ou si les groupes ont eux-mêmes des budgets énormes. Il faut une énorme machine de promotion pour que les ventes d’albums se fassent. La réalité, même si elle peut faire mal, c’est que les gens écoutent à peine un CD. Et les disques vinyles sont plus un objet de collection qu’un support que les gens utilisent pour écouter de la musique au quotidien. Par conséquent, je ne vois aucune raison de faire exploser un budget pour l’impression d’albums en tant qu’artiste indépendant. Les auditeurs trouvent de toute façon leurs chansons préférées sur les services de streaming ou en créant leurs playlists de lecture, et un album est rarement écouté dans son ensemble finalement. Je ne vois aucune raison d’opter pour l’ancienne stratégie promotionnelle, qui est devenue obsolète. Ce serait formidable pour nous, les musiciens, d’un point de vue financier, si les CD étaient toujours d’actualité. Mais ce n’est pas le cas. Vous pouvez être têtus et détester le changement ou vous adapter à la façon dont le monde qui vous entoure change. J’ai choisi de m’adapter. Cet EP est plus une collection de quatre chansons sorties sur une période de 18 mois.

– Musicalement, TONIC BREED propose un Thrash racé, super efficace où l’esprit Old School côtoie une grande modernité. Ton objectif était de faire le lien entre un esprit originel et un style qui a aussi beaucoup évolué ?

Absolument ! Tu as mis le doigt sur ma propre intention avec TONIC BREED. J’ai le Metal classique qui me tient aux tripes. Ce sera toujours en moi. On peut établir des parallèles avec les années 70, 80 et 90 sur le dernier single, « Fuel the Fire », par exemple. En même temps, j’essaie toujours d’ajouter une touche d’originalité à mes chansons. Cette stratégie peut cependant aller dans les deux sens. Cet EP contient quatre chansons très différentes. J’imagine qu’on ne s’attend pas à l’ambiance sur le morceau final après avoir écouté les deux premiers.

Dirk Verbeuren (Megadeth)

– Pour ce retour, « Fuel The Fire » est vraiment très réussi avec des morceaux très bruts et radicaux. Avant de parler des guests présents, j’aimerais que tu nous parles de l’enregistrement et du travail de production…

Toutes les chansons sont enregistrées dans plusieurs studios différents. Je fais aussi beaucoup d’enregistrements dans le mien. Beaucoup de choses y sont faites avant d’être transmises aux ingénieurs du son. Toutes les voix ont été faites aux Stable Studios à Oslo. J’ai essayé différents ingénieurs du son pour m’amuser un peu plus. Par exemple, Oliver Palotai a fait le mixage principal et le son sur « H.E. Antagoniste ». En d’autres termes, il a choisi le son du solo de guitare. J’ai travaillé avec Juhis Kauppinen sur « Blood Moon », une chanson qui a en fait été terminée en 2020 ! En parlant d’ingénieurs du son, je suis obligé de mentionner Viktor Gullichsen, qui a fait tout le travail sur « Fuel the Fire » et « No Rocks On The Scotch ». Donc, cette version est vraiment un mélange international qui, pour une raison inconnue, a très bien fonctionné.

– Rentrons dans le vif du sujet avec les présences de Dirk Verbeuren de Megadeth, Bjorn Strid de Soilwork, Oliver Palotai de Kamelot, Martin Skrivbakken d’Endezzma et Bernt Jansen d’Artch/Wig Wam. Comment as-tu mis en place toutes ces collaborations ? Ce sont des musiciens avec qui tu avais déjà travaillé ?

J’en connais certains depuis longtemps. D’autres m’ont été recommandés par des personnes que je connais ou par ceux qui sont sur le disque. Des gens fantastiques, tous. Ils ont été exceptionnellement impliqués et faciles à vivre dès le premier e-mail ou le premier coup de fil. Ils n’ont pas non plus été choisis au hasard. Je crée une chanson avec quelques noms en tête et j’espère juste les faire participer ensuite quand c’est possible. Et je suis ravi que tous ces artistes aient dit oui au projet.

Patrik K. Svendsen & Bernt Jansen (Artch/Wig Wam)

– Est-ce que tu avais prévu et écrit les parties de chacun, ou leur as-tu laissé carte blanche sur leurs prestations et leur implication sur les morceaux ?

En ce qui concerne la composition et les paroles, je fais tout. J’ai beaucoup de chance d’avoir des artistes aussi talentueux qui m’ont aidé sur les chansons. Ils y ont tous mis leur touche personnelle. J’enregistre généralement une version démo de ce que j’ai en tête et je les laisse travailler à partir de là. J’ai fait des petites demandes et des commentaires, et tout le monde les a très bien acceptés en faisant les changements nécessaires pour obtenir le meilleur résultat possible. Dans le cas de Dirk Verbeuren, il m’a montré tout son savoir-faire. Nous avions réservé une heure et une date pour la séance en studio. Il était à L.A. en train d’enregistrer la batterie pour la chanson « Fuel the Fire » pendant que j’étais dans mon home-studio, communiquant avec lui au téléphone. Nous avions prévu la majeure partie avant l’enregistrement, mais certains détails subsistaient. Il a livré ce que nous avions convenu au préalable, et j’ai été ravi du résultat qu’il m’a été envoyé du studio d’Adair Daufembach. Il n’y avait qu’un tout petit détail que je voulais qu’il refasse. Sa seule réponse a été : « N’en dis pas plus ! ». Non seulement, il avait enregistré ce que je voulais, mais il avait également enregistré la chanson entièrement, et en une seule prise.

« Fuel The fire » de TONIC BREED est disponible chez M&O

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Hard US Sleaze

Rakel Traxx : sleazy party

La musique de RAKEL TRAXX tient littéralement de l’embuscade, de celle dans laquelle on se laisse prendre et surtout sans désir d’en sortir. A la fois Heavy, Sleaze et Glam, le style du quintet français balance de grosses claques sous une pluie de paillettes gluantes et tenaces. « 19 Nights To Nowhere » est un véritable régal de fraîcheur !

RAKEL TRAXX

« 19 Nights To Nowhere »

(Rock City Music Label)

Quand la cite phocéenne se met au diapason du Sunset Strip du Los Angeles des années 80, cela donne RAKEL TRAXX et un Power Glam Rock déjanté et festif. Ici, c’est ‘Sex, drugs and Rock’n’Roll’ et on le clame haut et fort. L’énergie déployée par le quintet est tellement savoureuse et communicative que « 19 Nights To Nowhere » parait bien trop court. Un peu de rab’ aurait carrément été plus que bienvenu !

Sleaze et Hard Rock à souhait, RAKEL TRAXX possède cette irrévérence que l’on trouvait jadis chez Mötley Crüe, Faster Pussycat et autres Poison. Et qu’il fait du bien ce souffle de liberté qui s’est perdu depuis dans des styles marketés et tellement propres ! Après deux albums, les Marseillais ont mis à profit l’arrêt brutal dû à la pandémie pour enregistrer ce très bon EP, ou mini-LP, c’est selon.

Sur les traces de leurs aînés américains, le combo français a trouvé sa voie dans un registre fougueux, virevoltant et terriblement accrocheur. « 19 Nights To Nowhere » avance sur des riffs tranchants, des rythmiques insaisissables et un chant capable de rendre dingue le dernier des jazzeux ! RAKEL TRAXX déborde d’énergie et n’attend plus que vous mettiez les doigts dans la prise (« 19 Nights », « Mexico », « Sexy Town », « Wild Girl »).

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Alternative Rock France Progressif

The Flying Bricks : des objectifs atteints [Interview]

Après s’être un peu cherché comme tous les jeunes groupes, THE FLYING BRICKS a trouvé son style et marqué les contours de son Rock, qui alterne entre des aspects progressifs et alternatifs. Avec son dernier EP, « Chimeric » (M&O Music), le quatuor manceau affiche une solidité et surtout un sens de la mélodie marqué. Quelques mois après sa sortie et avant une release party qui aura lieu à la Boule Noire à Paris en septembre, entretien avec Arthur, guitariste de THE FLYING BRICKS.

– THE FLYING BRICKS existe depuis 2015 et pourtant, on vous connait assez peu. Pouvez-vous nous retracer dans les grandes lignes le parcours du groupe et son identité musicale ?

Alphonse (le batteur) et moi nous sommes rencontrés ados en école de musique, puis nous avons trouvé Benoit (le chanteur) au lycée. Assez vite, nous avons eu l’envie de faire des concerts, d’enregistrer, mais sans vraiment d’ambition, le but étant surtout de prendre du plaisir. Après quelques expériences, notamment deux concerts à Odessa et Kirovograd en Ukraine en décembre 2017, nous avons décidé de passer l’étape supérieure et nous investir pleinement dans le projet, d’où la sortie d’un premier EP « Fake Empire » en 2018, et notre petit dernier « Chimeric » en mars 2022.

Pour l’identité musicale, elle a beaucoup évolué depuis notre adolescence, passant du Punk au Blues Rock. Aujourd’hui, c’est un univers plus Prog, atmosphérique, lié à nos influences assez variées.

– Votre Alternative Rock fait écho à plusieurs styles musicaux, qui vont même jusqu’au Metal parfois. Il y a finalement assez peu de groupes dans ce créneau en France. THE FLYING BRICKS a pour objectif de se frayer un chemin dans ce registre très anglo-saxon, ou est-ce que vous visez plutôt à vous exporter ?

L’objectif premier est surtout de créer de la musique qui nous plait. On compose et on joue avant tout pour nous avant de penser au style qui pourrait marcher le mieux. Après bien sûr, le but est aussi de porter le projet le plus loin possible, en France dans un premier temps, et si nous avons l’opportunité de nous exporter, nous ne la raterons certainement pas !

– Vous avez récemment signé chez M&O Music pour la sortie de « Chimeric ». Est-ce que vous le voyez comme une première grande étape de franchie depuis la création du groupe ?

Pour cet EP « Chimeric » nous avons décidé de mettre toutes les chances de notre côté, et cela passait effectivement par un bon entourage. C’est sûr qu’être accompagné par un label est forcément une grande étape, qui nous permet à la fois de nous aider dans notre travail au quotidien et de nous donner une légitimité vis-à-vis des professionnels de la musique.

– Vous vous êtes rendus pour la deuxième fois à Angers au Dôme Studio, et cela s’en ressent dans le son et qualité de la production de « Chimeric ». C’était important pour vous de travailler avec des gens qui connaissent déjà votre couleur musicale ?

L’enregistrement de « Fake Empire » s’était super bien passé avec David, et entretemps il avait déménagé et modernisé son studio, donc nous n’avons pas hésité longtemps avant de retourner chez lui pour « Chimeric ». Nous voulions vraiment travailler avec quelqu’un qui connaissait notre son, qui saurait comment le travailler, et qui s’investirait dans les morceaux. En plus de ça, on s’était super bien entendu avec lui, donc raison de plus pour travailler à nouveau au Dôme Studio !

– Justement, « Chimeric » montre une grande variété dans les compositions, notamment sur les ambiances, les changements de tempos et le travail sur les voix. Là encore, on note une maturité atteinte. C’est la multiplication des concerts qui veut ça, ou une remise en question plus globale de votre approche des morceaux ?

Probablement un peu tout ça. Entre « Fake Empire » et « Chimeric », nous avons grandi, déménagé, évolué en tant que personnes, aujourd’hui nous sommes plus posés qu’à l’époque et ça a sûrement impacté nos compositions. La crise sanitaire a joué également, quitte à rester confinés chez soi, nous avons mis ce temps à profit pour revoir certains arrangements, textes, etc… Et tout ça a abouti à six morceaux bien plus approfondis que ce que nous avions fait jusqu’alors, et nous en sommes vraiment contents.

– Sur le morceau-titre de l’EP, THE FLYING BRICKS accueille Mélina Farcy au chant. D’où vous est venue l’idée de ce duo, et comment s’est passé l’écriture ? Vous l’avez composé ensemble ?

L’idée est venue assez naturellement. Lors de la composition du morceau, nous nous sommes dit qu’une voix féminine rendrait bien sur le refrain, et nous n’avons pas eu à aller bien loin pour tester l’idée, puisque Mélina n’est pas seulement une chanteuse-danseuse professionnelle très douée, c’est aussi la copine d’Alphonse ! Nous avons fait quelques essais à la maison, le rendu nous a plu, donc on l’a embarqué en studio, puis sur le tournage du clip de « Chimeric », qu’elle a chorégraphié avec ses acolytes Kilian et Anna. Ce n’était donc pas forcément prévu à la base, mais aujourd’hui Mélina est partie intégrante du projet « Chimeric », et vous risquez bien de la voir encore collaborer avec nous sur quelques lives !

– « Chimeric » est votre quatrième EP, dont un live. C’est assez étonnant de sortir autant de formats courts. J’imagine que la perspective d’un album complet doit commencer à vous titiller, non ?

Quatrième oui et non, les deux premiers auxquels tu fais allusion datent de l’époque où le projet n’était pas vraiment structuré, où comme je le disais au début nous jouions pour le plaisir et sans ambition. Nous considérons donc « Fake Empire » et « Chimeric » comme nos deux seuls EP ‘officiels’, et tout ça doit bien sûr à terme nous mener à un album, c’est en tout cas un objectif, oui.

– Enfin, j’aimerais que vous nous disiez un mot sur votre release party, qui va avoir lieu le 3 septembre prochain à la Boule Noire à Paris. Très belle salle ! Vous devez avoir hâte d’y être ?

La Boule Noire est une super salle, que nous fréquentions un peu à l’époque où nous habitions à Paris, c’était une envie depuis longtemps de jouer là-bas ! Donc oui, hâte d’y être, on vous prépare un beau show, quelques exclus et surprises et une première partie qui sera annoncée très bientôt ! En attendant la billetterie est déjà en ligne :

https://my.weezevent.com/the-flying-bricks-la-boule-noire-release-party

THE FLYING BRICKS a sorti « Chimeric » le 11 mars dernier et il est disponible chez M&O Music.

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Nu Metal

Through The Void : séismique et organique

Il y a deux ans, j’avais eu un coup de cœur pour THROUGH THE VOID, groupe bruxellois de Nu Metal, qui sortait son premier EP, « Aria ». Désormais, c’est en trio que le groupe évolue et même si j’appelais de tous mes vœux un album, c’est avec un nouveau format court que les Belges continuent l’aventure avec le très bon « Life Is Cancelled ». A l’époque publiée sur la page Facebook de Rock’n Force (avant la création du site), c’est l’occasion aujourd’hui de compléter cette chronique avec celle de leur premier effort.

THROUGH THE VOID

« Life Is Cancelled »

(Independant)

Toujours autoproduit, ce qui en passant reste une énigme, THROUGH THE VOID livre son deuxième EP, « Life Is Cancelled », à travers lequel on peut aisément constater le volume et la puissance acquis par le trio depuis « Aria ». Sur une production massive et tout en relief, le combo présente quatre titres solides et bruts de décoffrage. Aidé par quelques samples, l’agressivité des Belges est parfaitement canalisée pour offrir un Nu Metal électrisant et aux refrains accrocheurs (« Denied », « Answer »). Sur des riffs imparables et tranchants, une batterie métronomique et percutante, THROUGH THE VOID prend de l’ampleur, celle qu’on pressentait déjà sur « Aria » d’ailleurs. Le Flow de Chakib fait lui aussi des merveilles et prend parfaitement le relais des parties scream très maîtrisées. Enfin débridée, la musique du trio a clairement franchi un cap et affiche une maturité éclatante. Et grâce à quelques passages bien HardCore, ce « Life Is Cancelled » se fait séismique et racé (« Believe »).  

THROUGH THE VOID

« Aria »

(Independant – 2020)

Formé il y a deux ans à Bruxelles, THROUGH THE VOID vient tout juste de sortir son premier EP autoproduit, « Aria », et la surprise est belle. Carrée et puissante, la musique du combo est plus que vivifiante. L’implication du quatuor est manifeste tant l’ensemble sonne bien et tout le monde tire dans le même sens, ce qui n’est plus très courant dans le Nu Metal actuel (« Ashes »). Si les influences de Linkin Park pour la structure et des Anglais de While She Sleeps pour la fougue se font sentir, THROUGH THE VOID peut se targuer de développer un son original et personnel (« Broken »). La grosse basse enveloppe les morceaux du groupe (« Run ») soutenue par une batterie vive et dynamique. Les Franco-belges déploient une très belle énergie, massive et mélodique (« Revenge In Forgiveness »). Et passé l’intro de « Aria », THROUGH THE VOID n’abuse pas des samples et conservent donc un son très organique, ce qui par les temps qui courent est très agréable. Vivement l’album complet !

Photo : James K. Barbosa
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Post-HardCore Post-Metal

[Going Faster] : Yarotz / Wntrhltr

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

YAROTZ – « Erinyes » – Independant/XL Tour

Baptisé The Third Eye à sa création, ce qui fut aussi le titre de sa première démo en 2019, le trio d’Aquitaine livre son premier album « Erinyes ». Fondé entre autres par deux membres de Junon, YAROTZ libère un Metal féroce et brutal dont les influences balaient un large spectre. Très impulsif dans son côté Hard-Core et plus mélodique dans ses aspects post-Metal, le groupe présente des compositions très convaincantes et aussi sombres que rageuses. Doté d’une excellente production, le premier effort de YAROTZ déploie une force à travers laquelle l’expérience du power trio peut s’exprimer pleinement (« Vergogna », « Deliverance », « Phoenix »). Et, cerise sur ce beau gâteau, le combo accueille Christian Andreu de Gojira sur l’incendiaire « Childish Anger ». Un disque sauvage et massif.  

WNTRHLTR – « Deu.Ils » – Independant

D’une beauté sombre et dans une intensité de chaque instant, WNTRHLTR refait surface avec « Deu.Ils », un EP très dense qui fait suite à un premier single, « Sonar », sorti il y a trois ans. Avec ce format court, la consonance est toute particulière pour son guitariste et chanteur Thomas Winterhalter, souhaitant à travers ces titres se libérer d’un deuil. Les six morceaux ont donc un écho très personnel, qui saisit dès les premières notes de « Prologue » jusqu’à « Deuil », deux titres où la voix de Laure Le Prunenec (ex-Igorrr, Rïcïnn) apporte un peu de lumière. WNTRHLTR propose un post-HardCore en forme de complainte puissante, hypnotique et froide. Une superbe libération artistique ténébreuse, qui aurait même mérité de s’étendre un peu plus encore.

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Stoner Metal

Masacritika : l’esprit de conquête

Que se passe-t-il sur la scène Stoner Metal chilienne ? MASACRITIKA nous donne un élément de réponse avec un nouvel EP rageur, « Raza De Kain », et ses embardées Thrash. Pour la version européenne, le quatuor offre même « Homónimo », son premier EP, dans un esprit plus Heavy Rock que sa dernière réalisation. Les deux formats courts associés et intelligemment proposés par le label français Bitume, affichent la belle évolution du combo.

MASACRITIKA

« Raza De Kain » / « Homónimo »

(Bitume)

Fondé en 2015 à Santiago au Chili et après s’être fait connaître dans son pays, puis dans le reste de  l’Amérique du sud et centrale, MASACRITIKA s’attaque à l’Europe et en France via le label Bitume. Après un premier essai en 2017, présent ici, et un album trois ans plus tard (« Thesis Mortem »), le combo revient avec un nouvel EP, « Raza De Kain », preuve que les formats courts leur vont plutôt bien. Compact et efficace, finalement.

Et le label de Haute-Garonne a bien fait les choses en proposant une version augmentée. En effet, « Raza De Kain » est accompagné de la première réalisation des Chiliens, « Homónimo », ce qui nous permet de découvrir MASACRITIKA sur la longueur. Les cinq ans qui séparent les deux EP laissent aussi percevoir l’évolution du groupe, que ce soit dans son jeu comme dans le son et la maturité de ses compos.

Chanté avec force en espagnol, le quatuor propose un Stoner Metal jamais très loin du Thrash, surtout sur « Raza De Kain », dont les cinq titres sont plus incisifs. MASACRITIKA y montre beaucoup d’assurance et a acquis une maîtrise évidente (« Aprendiz De Tierra », « Vertientes Del Miedo » et le morceau-titre). Plus Stoner dans l’esprit, les quatre derniers morceaux sont eux aussi très convaincants (« Muerte », « Refletos »). Belle découverte !

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Stoner Rock

[Going Faster] : Greyborn / Yojimbo

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

GREYBORN – « Leeches » – F2M Planet

Après le split du très bon groupe de Stoner Blues Mama’s Gun, qui avait pourtant pris un départ enthousiasmant, Théo Jude (chant, batterie) et Guillaume Barrou (basse) n’ont pas tardé à se remettre à la tache pour fonder GREYBORN. Rejoints par Maxime Conan (guitare) qui œuvre aussi chez Blackbird Hill, le trio évolue dans un Stoner Rock assez sombre et Heavy. Si le propos n’est pas franchement chaleureux, il montre un visage volontaire sur cinq morceaux assez directs et solides. Même si GREYBORN n’en est qu’à ses premiers émoluments musicaux, on perçoit dans l’épaisseur des riffs et la massive rythmique toute l’expérience du combo, dont le jeu doit prendre une toute autre dimension sur scène.

YOJIMBO – « Yojimbo » – Independant

Premier EP intergalactique pour le combo strasbourgeois YOJIMBO, qui distille un Stoner Rock efficace et profond. Jouant sur la lourdeur des riffs et des tempos, le quatuor propose  des morceaux accrocheurs où la voix de sa chanteuse navigue habillement entre une obscurité pesante et des éclats très lumineux. Très bien produit, ce premier effort éponyme montre une belle variété où le Fuzz se frotte au Doom avec quelques pointes Psych. YOJIMBO traverse des atmosphères spatiales entre mid-tempos et crescendos appuyés avec une belle assurance, en nous propulsant parfois même dans des ambiances post-Rock créatives et dynamiques. Vite, la suite !

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Heavy metal Speed Metal

Redshark : une voracité sans limite

En prenant le requin comme emblème du groupe, REDSHARK ne s’y est pas trompé. Acéré et racé, le Heavy Metal du quintet reprend à son compte les codes d’un registre traditionnel, tout en s’ancrant avec vigueur et fermeté dans son temps. Ici, pas de nostalgie ou de démarche vintage, les Barcelonais posent, sur des bases intemporelles, un style très actuel, relevé et « Digital Race » est une belle et grosse claque.  

REDSHARK

« Digital Race »

(Listenable Records)

Les influences de REDSHARK viennent du Heavy Metal des années 80 et les Espagnols ne s’en cachent pas. Bien au contraire, sur ce premier album, se confondent des émanations de la NWOBHM et notamment de Judas Priest comme d’autres du continent américain avec Savatage, Exciter ou Metal Church. Sans rendre une pale copie de ses glorieux ainés, le quintet présente un style flirtant avec le Speed, en apportant de la fraîcheur et la volonté de s’inscrire dans un style, qui ne sombre pas dans la nostalgie.

Fondé il y a dix ans à Barcelone, le combo a pris son temps pour établir son line-up sous l’impulsion de Philip Graves, guitariste et fondateur de REDSHARK. Avec comme objectif de livrer un Heavy Metal musclé et galopant à souhait, les Catalans ne cessent d’accélérer le tempo de leurs morceaux au fil des ans, après une première entrevue sur un EP, « Evil Realm », sorti en 2019. Avec « Digital Race », un cap a de nouveau été franchi, élevant un peu plus ce registre intemporel.

Mélodique, accrocheur et vivifiant, ce premier album tient toutes ses promesses et affiche un son résolument moderne et puissant (« The Drille State », « Mars Recall »). Technique et massif, le groupe ne bouscule pas la tradition, mais lui donne un bon coup de jeune avec des morceaux que n’auraient pas renié certaines formations d’antan (« Kill Your Idol », « Burning Angels »). Mené par la force vocale de son chanteur, Pau Correas, REDSHARK fait plus que monter les crocs, il dévore tout ce qui dépasse (« I’m Falling »).  

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Blues Blues Rock

[Going Faster] : Malone Sibun / Mick Pini

Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de disques qui sortent et qu’il serait dommage de passer à côté de certains d’entre eux : [Going Faster] se propose d’en mettre plusieurs en lumière… d’un seul coup ! C’est bref et rapide, juste le temps qu’il faut pour se pencher sur ces albums, s’en faire une idée, tout en restant toujours curieux. C’est parti !

MALONE SIBUN – « Ashes To Dust » – Redline Records

Après un brillant premier album, « Come Together », sorti il y a un peu plus de deux ans, le duo MALONE SIBUN revient cette fois avec un EP composé durant le confinement. Et malgré la situation, les quatre morceaux de l’Américain Marcus Malone et de l’Anglais Innes Sibun sont enjoués et explosifs. Les deux guitaristes ont du travailler à distance pour « Ashes To Dust », ce qui le rend peut-être un peu moins organique, mais tout aussi soigné que leur premier effort. Fougueux et très explosifs, les deux musiciens confirment leur belle entente et leur facilité à enflammer ce court format (« Making It », « Evil » de Willie Dixon). Très roots, le Blues Rock de MALONE SIBUN sait aussi se faire plus délicat (« Restless Heart » et son superbe dobro) toujours accompagné d’un feeling exceptionnel. Un petit bijou !

MICK PINI – « Pastoral » – Independant

Le bluesman allemand MICK PINI et le producteur anglais Craig Marshall, alias Audio 54, continuent leur collaboration suite à l’album « Blacktrack », sorti l’an dernier. « Pastoral » est un EP qui arrive avant un second en vue d’un album complet. Egalement peintre et photographe, le guitariste et chanteur évolue tantôt dans un Blues très traditionnel, tantôt dans une configuration instrumentale, qui offre un aspect très introspectif et presque contemplatif aux morceaux (« Pastoral », « Just Playin »). La voix chaude de MICK PINI, quant à elle, enveloppe littéralement « Careless » et « Spark », grâce à la production feutrée et chaleureuse de Craig Marshall. Le duo se complète parfaitement sur cet EP, dont on attend maintenant la touche finale.

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Alternative Metal Alternative Rock France

After Us : le goût du détail [Interview]

Originaire de la région parisienne, AFTER US est apparu il y a quelques semaines avec un premier EP, « Breaking The Dark », composé de quatre morceaux plus que prometteurs. Entre Rock et Metal, le quintet a particulièrement peaufiné les mélodies et les refrains, apportant une grande fraîcheur à ses morceaux. Pouvant compter sur une frontwoman dont la prestation est irréprochable, les Franciliens peuvent dorénavant aborder sereinement la scène, en attendant un premier album qu’ils enregistreront en fin d’année. Céline Himmer, chanteuse du groupe, nous en dit plus sur la formation et ses projets.

– AFTER US a vu le jour il a trois ans, d’abord sous la forme d’un trio, puis s’est étoffé d’une rythmique basse/batterie. Peu de temps après, la pandémie nous est tombée dessus, ce qui ne vous a d’ailleurs pas freiné. Vous avez même auditionné votre bassiste par Zoom. Ce n’est pas banal. Comment cela s’est-il passé ? Ca a du être assez spécial ? 

Oui, c’est vrai, on a beaucoup échangé pendant cette époque, car on avait un peu peur que cela nous éloigne. Cela a plutôt renforcé les liens. On a composé des morceaux, et on avait Guilhem (Bretillon, le bassiste- NRD) en contact et on s’est dit qu’il fallait qu’on le recrute, alors cela s’est fait par Zoom. Et ça s’est plutôt bien passé ! (Rires) Il nous avait envoyé son travail et on a discuté tous ensemble pour prendre la décision. Et puis, ça lui a aussi beaucoup plu, ce qui a été très facile finalement. Une fois en répétition, on s’est vraiment dit qu’on avait fait le bon choix !

– Une fois le line-up au complet, vous vous êtes mis à la composition, ou est-ce qu’une grande partie des morceaux était déjà bien avancée ?

Les morceaux étaient presque finis, pourtant nous en avons par la suite beaucoup réarrangé et pour certains presque complètement. On a gardé les squelettes, à savoir la structure, la ligne vocale et la mélodie, mais pour tout ce qui est riffs de guitare, beaucoup ont été reliftés.   

– Est-ce que c’est la période qui vous a décidé à sortir un EP de quatre titres étant donné que rien n’était encore simple, ou est-ce que vous êtes dits que pour un jeune groupe, un format court était une meilleure carte de visite ?

Oui, on voulait déjà faire une carte de visite pour voir un petit peu quel serait l’accueil et avoir aussi une édition physique de notre travail, tout ce qui avait été fait pendant cette période. Et aussi voir comment on pouvait se débrouiller en studio, et finalement le EP a reçu un très bon accueil. Et cela nous encourage vraiment à faire l’album en fin d’année.

– Sinon, vous aviez de quoi sortir un album complet ? Même si c’est souvent une question de budget, car on reste un peu sur notre faim…

En fait, on a choisi les quatre titres les plus aboutis, car d’autres étaient encore un peu en chantier. On en avait, mais on voulait sortir les morceaux dont nous étions les plus fiers et dont on savait qu’ils pouvaient toucher les gens, et surtout les peaufiner encore plus en studio. Nous avions aussi envie de présenter des univers différents. En fait, tout cela a été choisi et décidé entre nous.

– Parlons plus en détail de « Breaking The Dark ». On y découvre un univers Rock/Metal Alternatif assez peu représenté en France. Vous mettez s’accent sur les mélodies avec des refrains qui sonnent souvent Pop. Votre objectif était de rendre AFTER US le plus accessible possible ?

Pas forcément, mais on voulait que cela corresponde à notre vision de notre musique. On a cherché à bien distinguer les instruments et la voix pour montrer quelque chose de propre et d’abouti. C’est vraiment ce qui a déterminé notre démarche pour la sélection des titres.

– On note aussi sur les quatre morceaux un soin tout particulier apporté à la production et aux arrangements. Chaque détail a du nécessiter une attention particulière, j’imagine. C’est un travail que vous avez effectué en studio ou déjà en amont ?

On a beaucoup fait de pré-maquettes en échangeant beaucoup entre nous et aussi avec HK (Krauss de Vamacara Studio – NDR) qui nous a enregistré. Nous nous sommes échangés les propositions, et en arrivant en studio, nous avions encore d’autres idées que nous avons ajouté. En fait, c’est un gros travail de fond, tout cela a été très, très réfléchi.

– Vocalement aussi, tu livres une prestation limpide et qui dégage une grande force. Etonnamment, on n’est pas totalement dans un registre Rock ou Metal, et il y a beaucoup de similitudes avec Kim Wilde, par exemple. Là encore, il y a un grand mélange des genres…

Je pense que j’ai une voix qui me permet de faire pas mal de choses, mais je ne voulais pas tomber dans la caricature. Je peux faire des choses plus Rock, mais je voulais garder mon identité vocale en faisait en sorte qu’elle soit la plus naturelle possible, sans effet. Je peux faire des voix plus soutenues, mais mon envie était aussi que l’on retrouve les mêmes performances en live que sur disque, que soit cohérent et que je puisse tout reproduire. C’est ma vraie voix, ce que je chante habituellement. C’est mon registre le plus naturel possible ! (Rires) C’était important de retrouver cette liberté sur les morceaux, même s’il n’y en a que quatre. Sur l’album, on pourra se rendre compte du large panel du groupe, et du fait qu’on aime faire des choses très différentes. Donc, peu importe le style, il faut que ma voix reste ce qu’elle est et qu’elle soit identifiable sur tout l’ensemble et sans bidouillage.

-Maintenant que la situation est revenue à la normale, où en êtes-vous au niveau concert ? Ca se met en place doucement ? On sait que ce n’est jamais évident pour un jeune groupe avec un premier EP…

C’est notre gros projet pour 2022 et on y travaille d’arrache-pied. La plupart de nos répétitions servent à trouver ce son live, car on veut vraiment pouvoir tout restituer sur scène.

– Pour conclure, tu évoquais tout à l’heure de votre premier album. C’est donc acté ?

Exactement, en novembre, on retourne en studio voir HK pour y enregistrer cette fois l’album, qui devrait comprendre entre dix et douze titres. C’est bouclé ! (Rires) Et il sortira en indépendant, tant que nous n’aurons pas décroché un contrat satisfaisant.

Retrouvez la chronique du EP d’AFTER US :