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A Dream Of Poe : failures and falls [Interview]

De par son contexte, ce nouvel album a une résonance particulière pour A DREAM OF POE. L’entité portugaise portée par Miguel Santos se présente avec « Katabasis : A Marriage Among Ashes », une cinquième réalisation née dans une douleur personnelle, qui s’est greffée à des thématiques déjà lourdes de sens. Toujours accompagné par son partenaire Paulo Pacheco, garant de l’univers narratif du groupe, le multi-instrumentiste semble même y franchir un cap en termes de profondeur, que ce soit musicalement ou à travers les mots posés sur ce Doom Symphonique à la fois ample et pesant. D’une grande finesse dans les arrangements et articulé autour d’une écriture très poétique, la noirceur guide l’auditeur dans quelque chose d’aussi monumentale que solennelle. C’est l’histoire d’une chute, d’une descente qui paraît inéluctable et qui se traduit dans un maelstrom d’émotions. Interview avec un musicien dont le parcours de vie se fond dans l’œuvre…

– Nommer son groupe A DREAM OF POE n’a rien d’anodin. Quelle relation entretiens-tu avec l’œuvre du poète américain, et en quoi pèse-t-elle sur ta musique ?

C’est un rapport entre esthétisme et émotion, car elle va chercher en chacun de nous et au plus profond. C’est quelque chose qui me parle vraiment. Dans ma musique, c’est essentiellement l’aspect narratif et atmosphérique qui en est le lien principal. Même sans le vouloir, j’ai toujours voulu composé une musique, qui évoque la chute à plusieurs niveaux. Ce sentiment d’inéluctabilité propre à Poe, cet effondrement progressif de soi, s’est naturellement inscrit dans l’ADN de A DREAM OF POE. Le nom lui-même est aussi, d’une certaine manière, né d’une chanson. Il y a de nombreuses années, Paulo Pacheco et moi jouions ensemble dans un groupe appelé Sacred Tears. A l’époque, j’avais déjà décidé de créer un projet solo, brièvement baptisé Theatre of Seven Hells. Mais lors d’une répétition en particulier, j’ai été frappé par les paroles que chantait Paulo. La fin disait : « L’un de nous doit partir, dans un rêve… un rêve de Poe ». Ce fut une révélation. A cet instant précis, j’ai su non seulement la direction que je voulais prendre, mais aussi le nom sous lequel je composerais ma musique.

– « Katabasis : A Marriage Among Ashes » a mis cinq ans à voir le jour, puisque tu as subi un incendie qui a détruit toute ta maison, mais aussi ton travail. Est-ce qu’une telle tragédie peut se transformer en un moteur créatif pour la suite, malgré tout ?

Je l’ai vécu comme une véritable tragédie. Perdre sa maison, la plupart de ses biens et devoir reconstruire sa vie à partir de rien est une épreuve incroyablement difficile, non seulement à surmonter, mais aussi à accepter pleinement. Retrouvez sa maison entièrement détruite par les flammes et ne plus jamais pouvoir y retourner. Rien que ça, ça m’a brisé le cœur. Franchement, je ne suis pas sûr de m’être jamais remis de cette incapacité à dire adieu à cette partie de ma vie. Concernant ma musique, ce fut un immense déchirement. En tant que musicien, quelqu’un qui utilise la musique pour exprimer ses émotions et immortaliser des moments, perdre des années de travail comme ça a été un véritable déchirement. J’écris avant tout pour moi, pour le processus créatif, pour ce que la musique m’apporte, mais il y a aussi quelque chose de très spécial à la partager, à savoir que quelqu’un d’autre pourrait s’y reconnaître. Alors, l’idée que ces chansons ne seraient plus jamais entendues, même pas par moi, était incroyablement difficile à accepter. Je me suis retrouvé dans un état étrange, entre le chagrin et le vide. Pendant un temps, il n’y avait plus rien sur quoi se reposer, si ce n’est un fragment survivant : ‘La Complainte de Phaeton’. Mais avant même de penser à nouveau à la musique, il y avait des choses plus importantes à gérer : s’assurer que ma copine, nos chats et moi étions en sécurité, que nous avions un toit, des vêtements… tout. C’était comme renaître dans un corps d’adulte, sans rien, et devoir reconstruire toute sa vie à partir de zéro.

Ce n’est qu’une fois ces bases posées que j’ai pu envisager de reprendre une guitare – une guitare que j’ai dû acheter, ainsi que du nouveau matériel de studio – et de recommencer à composer. D’une certaine manière, cette perte totale est devenue le fondement de l’album. Je n’avais pas d’autre choix que de recommencer et ce processus s’est avéré plus honnête, plus vulnérable, plus brut émotionnellement. Tout ce que j’écris est issu de mon vécu et un événement aussi bouleversant ne pouvait que façonner le résultat. Cet album ne parle pas d’une descente imaginaire, il est une descente. C’est vrai qu’il est devenu une force motrice, mais pas au sens d’une source d’inspiration. Plus par nécessité, pour donner enfin voix à quelque chose d’intérieur, là où les mots seuls ne suffisaient plus. Et je ne pouvais répondre à cette question sans remercier toutes les personnes qui nous ont accompagnés. Amis, collègues et même inconnus se sont mobilisés pour nous soutenir financièrement, moralement, et même en nous fournissant des choses essentielles comme de la nourriture et des vêtements. Cette solidarité, je ne l’oublierai jamais. Je leur en suis profondément et éternellement reconnaissant.

– Est-ce que vingt après la naissance de A DREAM OF POE, tu considères ce nouvel album comme un renouveau, un nouvel ancrage avec de nouvelles possibilités aussi peut-être ?

En effet, même si je le considère plutôt comme une transformation finalement. A bout de vingt ans, on peut aussi prendre des habitude pas toujours bonnes et c’est peut-être donc le moment de me renouveler, de me réinventer, mais sans perdre de vue mon identité. « Katabasis » reflète bien cette dualité. Il reprend tout ce qui a précédé, mais le redéfinit aussi. Le son, l’orchestration, la charge émotionnelle, tout est poussé plus loin que jamais. Si mes précédents albums exploraient une identité, celui-ci, pour des raisons évidentes, donne l’impression d’être… d’incarner.

– Alors que tu composes, arranges, orchestres et produis l’intégralité de l’album, en plus de jouer de presque tous les instruments, c’est ton partenaire Paulo Pacheco qui co-écrit les paroles et a développé le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes ». Comment fonctionne cette collaboration, qui exige sans doute une grande complicité, mais aussi un travail d’équipe intense ?

Elle fonctionne car, à la base, il y a une amitié de plus de 25 ans. Paulo n’écrit pas seulement des paroles, il construit des univers. Le concept de « Katabasis : A Marriage Among Ashes », comme celui de tous les albums précédents, vient de lui et donne à la musique une trame narrative. Mon rôle est de composer la bande-son de cet univers. Parfois, la musique vient en premier et il y réagit, parfois c’est l’inverse, et d’autres fois encore, les deux processus se déroulent presque indépendamment. Mais au final, ça fonctionne toujours, car nous sommes sur la même longueur d’onde. Nous partageons beaucoup de choses, surtout artistiquement. Il y a un dialogue constant entre nous, et surtout, une grande confiance. Nous n’envisageons pas les choses comme deux rôles distincts, mais comme deux perspectives convergeant vers un même résultat émotionnel.

– Par ailleurs, plusieurs musiciens t’accompagnent sur l’album à la basse, à la batterie, à la guitare, au violon et au chant. Est-ce aussi une façon d’éviter le syndrome du one-man-band et un certain isolement artistique ?

En partie, oui. Même si je m’occupe de la majeure partie de la composition et de la production, faire appel à d’autres musiciens est essentiel. J’ai une vision claire en tête, je sais généralement où je veux aller, surtout une fois que la structure principale d’une chanson est en place. Mais inviter des musiciens de confiance à développer cette base apporte quelque chose que je ne peux pas créer seul. Cela ajoute une perspective différente, une énergie nouvelle. Il ne s’agit pas seulement d’éviter l’isolement artistique, même si cela en fait partie, il s’agit de donner plus de vie aux chansons. Chaque personne apporte quelque chose d’humain et d’unique à la musique. Au final, il s’agit de laisser la musique respirer au-delà de moi.

– Les arrangements jouent aussi un rôle très important sur l’album, par ailleurs très bien produit. Avec son aspect symphonique, il ouvre également une fenêtre sur le musique classique. Est-ce que ta volonté était de jouer sur cette dualité entre une certaine douceur et une violence contenue dans le Doom ?

Ce serait plutôt une forme de coexistence, car le côté symphonique peut également augmenter cette impression de ‘violence’. Ils sont là pour l’amplifier, lui insuffler une nouvelle vie, voire la mort ou la misère. C’est simplement une autre façon de transmettre des émotions et des lignes mélodiques que j’écrirais autrement à la guitare. Remplacer ou compléter ces lignes par une orchestration ouvre des possibilités totalement différentes, qu’il s’agisse de créer quelque chose de plus intime ou de plus chaotique et bouleversant. J’ai toujours été influencé autant par des artistes comme Andrea Bocelli que par le Metal lui-même, et par bien d’autres genres. Ce sens de l’espace, de la mélodie et de l’intensité émotionnelle se fond naturellement avec la lourdeur, tant émotionnelle que musicale, du Doom Metal. Ainsi, plutôt que de faire le lien entre deux mondes, il s’agit d’en créer un où les deux peuvent coexister sans compromis. Au lien de créer un lien, l’idée pour moi est de les faire coexister. Je sais que ce ne sera pas du goût de tout le monde, certains pourraient même y voir une hérésie, mais pour moi, c’est simplement la façon la plus honnête d’exprimer ce que j’entends dans ma tête.

– De plus, on retrouve une touche gothique, au sens le plus pur du terme, tout au long de l’album. On l’associe souvent au romantisme, alors qu’ici, elle évoque davantage la souffrance et l’effondrement. L’idée était-elle de souligner l’aspect monumental et solennel, ou simplement de présenter deux scènes différentes, comme deux points de vue ou deux interprétations ?

Le gothique est plus synonyme de décrépitude pour moi que de romantisme, même si très souvent, les deux sont très liés et même inhérents. J’y perçois une beauté brisée. Pour moi, l’élément gothique a toujours été plus proche de la décrépitude que du romantisme, même si je ne pense pas qu’on puisse véritablement avoir l’un sans l’autre. Il y a de la beauté là-dedans, mais une beauté brisée. L’album ne cherche pas à présenter des points de vue opposés, il présente une descente continue. Une descente très réelle, enracinée dans la tragédie que nous avons vécue en 2023, et une descente imaginaire, façonnée par Paulo Pacheco. Le côté monumental vient de ce sentiment que l’effondrement se fait quoiqu’il arrive de manière assez lente, mais irrémédiable. Et toutes ses composantes, ses vérités et ses perspectives mènent toutes au même endroit. Et finalement, j’espère que les auditeurs trouveront leur propre vérité dans l’album. Cela a toujours été l’objectif : créer quelque chose avec lequel les gens puissent se connecter personnellement.

– Enfin, j’ai remarqué que tu te produisais assez rarement en concert. Est-ce dû à la difficulté de recréer parfaitement l’univers de A DREAM OF POE, tel que tu l’imagines ?

Ce n’est pas certain. Vu le peu de concerts, ça pourrait le laisser penser, mais j’adore vraiment jouer en live, et je pense que ça se voit sur scène. Après l’incendie, je me suis promis de faire plus de choses qui me rendent vraiment heureux, et jouer avec A DREAM OF POE en fait assurément partie. Cela dit, la réalité est un peu plus complexe. Même si on le perçoit souvent comme un projet solo, ce n’en est pas vraiment un, et cela engendre des défis. Monter un spectacle représente un coût important, et pour que cela se concrétise, de nombreux éléments doivent être réunis. Cela exige aussi plus des musiciens qui m’accompagnent. Dans un groupe ‘traditionnel’, tout le monde participe à la composition, ce qui facilite naturellement l’apprentissage et l’intégration des morceaux. Avec A DREAM OF POE, les musiciens qui me rejoignent sur scène n’ont pas participé à la création initiale. Il faut donc plus de temps pour atteindre le même niveau de confort et de confiance avec le répertoire. Nous avons été un peu plus actifs entre 2015 et 2017, principalement à Edimbourg, avec aussi un concert en Roumanie. Après cela, je me suis concentré sur l’écriture de « The Wraith Uncrowned » (sorti en 2019 – NDR), et nous avions prévu une tournée en 2020 pour fêter les 15 ans du groupe… mais on connaît la suite.

Pour ce qui est de recréer la musique en live, la technologie moderne le permet très bien. Certains puristes critiquent l’utilisation de samples, comme s’il s’agissait de playback, mais c’est tout à fait faux. Jouer au métronome, rester parfaitement synchronisé avec l’orchestration, exige précision, discipline et assurance. Si quelque chose tourne mal, la musique ne vous attend pas. Nous l’avons déjà fait, avec la formation écossaise et la formation açoréenne, et ça a extrêmement bien fonctionné. En 2024, nous avons donné un concert exceptionnel aux Açores, où nous avons interprété des morceaux plus orchestraux, comme « The Lament of Phaethon », « The Bringer Of Dawn » et une réinterprétation de « Whispers Of Osiris ». Ce fut une expérience incroyable, même pour moi. Par moments, on ferme les yeux et on a presque l’impression d’avoir un orchestre complet derrière soi. Cela dit, nous mettons tout en œuvre pour remonter sur scène d’ici fin 2026 et en 2027. Nous avons tous hâte de jouer en live et de présenter ces nouveaux morceaux à un nouveau public comme à nos fans de longue date.

Le nouvel album de A DREAM OF POE,  « Katabasis : A Marriage Among Ashes », est disponible chez Meuse Music Records.

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Classic Rock Hard 70's Rock Progressif

Franck Carducci : d’un naturel éclatant

Nul n’est prophète en son pays et FRANCK CARDUCCI en est une preuve éclatante. Cependant, avec « Sheeple », il devrait pouvoir enfin s’y imposer, car la dextérité et la qualité d’interprétation à l’œuvre sont irréprochables. Ancré dans un Rock Progressif originel et un Rock très 70’s, son style affiche beaucoup de vélocité et un souci du détail imparable. Sur le fond, le musicien nous questionne sur le libre-arbitre et l’obéissance aveugle. Un travail d’équilibriste personnel réussi et robuste.

FRANCK CARDUCCI

« Sheeple »

(Cherry Red Records/Socadisc)

Autoproduit depuis ses débuts en 2011, le multi-instrumentiste virtuose semble avoir trouvé son bonheur sur le prestigieux label britannique Cherry Red Records, où les Français ne sont d’ailleurs pas légion. Une belle reconnaissance pour celui qui a opté pour un registre un brin vintage, évoluant entre un Classic Rock musclé et un Rock Progressif délicat. Avec « Sheeple », FRANCK CARDUCCI signe son cinquième album studio, auquel il faut ajouter deux live. Autant dire que le Lyonnais possède une belle expérience, essentiellement acquise à l’étranger également.

Producteur de « Sheeple », il y joue la plupart des instruments, à savoir la basse, la batterie, l’orgue Hammond et les guitares, en plus du chant, ce qui ne l’empêche pas d’être très bien entouré. Réputé pour ses prestations live, on retrouve ce même côté immédiat et organique sur les neuf morceaux. Grâce à un étonnant sens de la narration et une production brillante, FRANCK CARDUCCI propose ici un voyage musical dense, où les passages à forte intensité flirtent avec le Hard Rock et où se mêlent des instants suspendus d’une grande finesse.

Guidé par une ambition artistique largement à sa portée, le musicien joue sur les contrastes avançant sur des morceaux fleuves (« Love Or Survive », « The Betrayal Of Blues »), d’autres plus costauds (« Self-Righteousness ») et offre même une petite trilogie mélancolique très subtile (« Sweet Cassandra »). Emprunt d’une grande liberté et très abouti, ce nouvel opus ne se fond pas uniquement dans un esprit old school, il pose aussi un regard neuf et moderne sur un Rock Progressif qu’on croyait difficile à renouveler. Une leçon de volonté et d’humilité.

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Blues Blues Rock Contemporary Blues

Selwyn Birchwood : passion preacher

Familier des prestations enflammées, SELWYN BIRCHWOOD déclare pourtant avoir longtemps cherché sa voie. En s’émancipant de cette manière sur ce trépidant « Electric Swamp Funkin’ Blues », il rassemble tout ce qui le fait vibrer. De plus, le guitariste et chanteur s’est entouré de cuivres chaleureux, d’un orgue Hammond rassurant et de chœurs scintillants. Le songwriter colle au plus près de ce Blues bigarré et dynamique qu’il affectionne tant pour y plonger profondément. Positif et pointilleux, il libère une énergie communicative.

SELWYN BIRCHWOOD

« Electric Swamp Funkin’ Blues »

(Alligator Records)

Huitième album, cinquième chez Alligator Records et premier en tant que producteur pour SELWYN BIRCHWOOD, qui s’impose de plus en plus comme l’un des meilleurs bluesmen de sa génération. Produit par Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi) sur ses deux précédentes réalisations, le Floridien a donc décidé de tout gérer seul et ça commence par l’écriture complète de ce génial « Electric Swamp Funkin’ Blues », dont le titre résume parfaitement l’état d’esprit de l’Américain et le contenu du disque. Entre modernité et un profond respect de la tradition.

Celui qui a remporté en 2013 l’International Blues Challenge et le prix Albert King du meilleur guitariste dans la foulée dévoile ici tout son talent avec sa fraîcheur habituelle et en étant toujours bien accompagné. Et les sept musiciens qui œuvrent à ses côtés sur ce nouvel opus sont aussi chevronnés qu’inspirés. Outre sa grande technicité, SELWYN BIRCHWOOD a particulièrement soigné le songwriting d’« Electric Swamp Funkin’ Blues », tout en s’attardant sur les moindres détails, à savoir des arrangements d’une grande finesse.

L’influence assumée du bayou sur son jeu, comme celle de Jimi Hendrix d’ailleurs, lui donne un aspect sauvage et insaisissable. Grâce à sa voix captivante, sa virtuosité et son incroyable approche de la lap-steel, SELWYN BIRCHWOOD est un artiste vraiment original, dont la touche personnelle est désormais immédiatement identifiable. Très varié dans les atmosphères et les registres empruntés, on se faufile avec délectation dans ces dix chansons qui sont autant de belles surprises (« All That Algorithm », « Talking Heads », « The Church Of Electric Swamp Funkin’ Blues »). Grand !

Photo : Laura Carbone

Retrouvez aussi la chronique de « Living In A Burning House » :

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Americana Blues Rock

Nico Chona : en quête d’espace

Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.

NICO CHONA

« Sometimes The Tears »

(Bozeman Records)

Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité. 

Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.

Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.

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Musique celtique Musique traditionnelle

Eric Vercelletto : la source comme phare

Très métissée, la musique d’ERIC VERCELLETTO prend racine en Bretagne, parfait champ des possibles pour aller piocher dans d’autres cultures des tonalités, des rythmiques et des échos qui viennent se lier, épicer et apporter des saveurs lointaines à un ouvrage aussi atypique que familier. « Beg An Dorchenn Project » est l’idée un peu folle de ce guitariste, claviériste, flûtiste, compositeur, arrangeur et producteur, qui a su faire le pont entre ses premières amours intimement liées à son pays avec des réverbérations quasi-universelles.

ERIC VERCELLETTO

« Beg An Dorchenn Project »

(Independant)

Ce premier album d’ERIC VERCELLETTO tient littéralement de l’épopée. Démarrée il y a plus de dix ans autour de la très inspirante pointe de la Torche dans le Finistère, la fameuse « Beg An Dorchenn », elle est aussi tournée vers le monde avec pour axe central cette avancée rocheuse dans l’océan qui aimante et impulse le socle musical du disque. Car si l’univers du musicien est étroitement lié à la Bretagne et à la musique celtique plus largement, des sonorités brésiliennes, balkaniques et indiennes viennent colorer l’ensemble.

Et de la couleur, « Beg An Dorchenn Project » n’en manque vraiment pas. A l’instar de ce lieu aux paysages si changeants, il hypnotise et envoûte. Enregistrée entre Quimper, Estoril et Berlin, cette première réalisation se veut transcontinentale dans le son et ce sont des musiciens issus d’horizons éloignés, plus d’une dizaine en plus du Bagad Penhars, qui se sont joint à ERIC VERCELLETTO. Sur une trame contemporaine, parfois jazzy ou classique, la jonction avec la tradition est aussi fluide qu’évidente, la virtuosité de chacun faisant le reste.

Bien qu’il s’agisse d’une autoproduction, la qualité de « Beg An Dorchenn Project » n’a rien à envier aux grosses cylindrées mainstream du genre. Au contraire, l’authenticité qui émane des dix morceaux est le fruit des rencontres d’ERIC VERCELLETTO avec des artistes dont il partage la vision et avec qui il a noué de solides amitiés. Surtout instrumental, quelques voix survolent aussi cet opus captivant avec légèreté (« An Nor I &II », « Kerz A Rimp Beteg De Jujuy », « Larry Den », « Marig Ar Pollanton », « Kelch’h Dogor ») De toute beauté !

L’album est bien sûr disponible sur le site de l’artiste : www.vercelletto.com

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Neo-Folk Viking

Danheim : une source intarissable

Entre rythmes tribaux et une narration profonde, ce nouveau chapitre de DANHEIM se veut spiritual, convivial aussi et surtout d’une précision qui le rend très intense. Très créatif et reposant sur une Histoire d’une grande richesse, cette balade au cœur d’une Scandinavie vivifiante, qui va puiser son art dans la mémoire des hommes comme de la nature, et contribue à l’élan de cette néo-Folk viking, dont l’étendue semble inatteignable, tant les trésors y sont nombreux. Et l’artiste y déploie une force saisissante dans un écrin de délicatesse.

DANHEIM

« Heimferd »

(Season Of Mist)

Le très prolifique multi-instrumentiste et producteur Reidar Schæfer Olsen, plus connu pour ses réalisations sous le nom de DANHEIM, n’est pas homme à rester les bras croisés et son ambition consistant à partager la mémoire ancestrale de la culture viking et nordique est grande. « Heimferd » est déjà son dixième album depuis 2017. Et celui qui a désormais franchi le milliard de streams dans le monde et participé à plusieurs saisons de la bande son de la série « Vikings », continue ici son voyage intemporel avec une authenticité troublante.

Les adeptes de Wardruna et Heilung ne seront donc pas dépaysés et devraient se retrouver sans mal dans l’univers mythologique de DANHEIM. Enregistré dans son propre studio et assurant également la production, l’artiste de Copenhague a particulièrement soigné le son et l’écoute au casque de « Heimferd » est captivante au point de vous transporter au cœur d’un monde où l’imagination s’envole. Et son expérience dans les musiques électroniques et Ambient offre beaucoup de relief et de proximité à un registre hypnotique et mystérieux.

Les paysages défilent, les atmosphères évoluent au gré de l’immersion de DANHEIM lui-même et, entre folklore et tradition, son inspiration comme son interprétation se font aussi ténébreuses que lumineuses (« Brenhin Llwyd », « Haukadalur », « Heljar Skuggar », « Jǫtunsvärd », « Kominn Dagr », « Stormdans »). Le musicien s’offre aussi une petite entorse dans cette plongée danoise sur « Yggdrasil II », où des paroles en anglais font leur incursion sur la suite du morceau figurant sur « Fridr » (2017). Moderne et hors du temps.

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International Technical Thrash

Coroner : creative theory [Interview]

32 ans ! Que l’attente fut longue, mais que l’offrande du power trio suisse est belle ! Officiellement reformé en 2010, il n’a pourtant pas été question de nouvelles compositions avant un interminable moment, juste de quelques apparitions scéniques. Ce sixième album vient donc sceller le retour du groupe également en studio, et on se sentirait presque au lendemain de la sortie de « Grin ». Le style de CORONER est décidemment indémodable, inégalable et paré d’une production actuelle, il fait toujours office de mètre étalon. « Dissonance Theory » est véloce, massif et puissant et le Technical Thrash des Helvètes parvient encore à s’élever, ce dont une majorité de groupes rêverait. Grand architecte du combo depuis ses débuts, le guitariste Tommy Vetterli revient sur les décennies écoulées et livre sa vision de ce nouvel opus, comme de son registre atypique et si personnel.

– La première question que j’ai envie de te poser est de savoir de quelle manière la pression de cette attente s’est traduite pour vous ? A-t-elle été une source de motivation, voire d’inspiration ?

Tu sais, en fait, on s’est réuni une première fois en 2011 et on voulait juste faire quelques concerts. Ensuite, il y a 14/15 ans, Mark (Edelmann aka ‘Marquis Marky’, batterie – NDR) a décidé d’arrêter. Mais Ron (Broder, chant et basse – NDR) et moi avions vraiment envie de continuer, car on y prenait beaucoup de plaisir. Alors bien sûr, nous étions un peu obligés d’écrire de nouveaux morceaux à ce moment-là. Evidemment, il y a eu un peu de pression avant de s’y mettre. On s’est demandé comment cet album devrait être, ce genre de questions. Mais je me suis assez rapidement rendu compte que cela n’avait aucun sens de regarder dans le passé. Je n’avais pas envie de réécrire un nouveau « R.I.P. » (sorti en 1987 – NDR). Nous sommes 40 ans plus tard, et je suis aussi une personne différente. Tu sais, on a toujours écrit pour nous, et non pour le public. C’est aussi pour ça que notre musique a toujours été un peu bizarre. (Sourires) On a juste pris notre temps et patienter un peu…

– En 30 ans, vos vies ne se sont pas arrêtées et chacun d’entre-vous a développé divers projets et activités. Que s’est-il passé après « Grin » ? Y a-t-il eu une forme de lassitude chez CORONER ?

Oui, nous nous sommes arrêtés en 1996. Après notre dernier concert, le manageur de Kreator m’a contacté et m’a demandé si je voulais rejoindre le groupe. J’ai donc joué dans Kreator pendant quatre ans. Ensuite, j’ai joué avec Stephan Eicher durant quelques années aussi. Finalement, j’ai toujours été très occupé ! Après, au début des années 2000, j’ai arrêté la guitare pour me concentrer sur la production. J’ai travaillé dans un grand studio, qui est d’ailleurs celui où je suis aujourd’hui. Par la suite, j’ai rencontré le groupe 69 Chambers, qui était celui de mon ex-femme. J’y suis allé pour leur donner un coup de main, un peu comme un roadie d’ailleurs ! (Rires) J’avais juste fait un titre comme ça pour m’amuser et j’y suis resté en fin de compte. Et j’ai donc recommencé à jouer…

– Chaque album de CORONER est d’une incroyable minutie, tant au niveau de la composition que de la production. Depuis combien de temps travaillez-vous sur « Dissonance Theory », et est-ce que ce sixième opus vous a demandé plus d’effort ?

J’ai commencé à écrire en 2015 et c’était d’ailleurs sur l’ouverture du riff de « Renewal ». Mais tu vois, j’ai terminé le morceau cette année, ou en fin d’année dernière. Cela a pris beaucoup de temps, et cela s’est aussi passé par blocs. Cela vient du fait que j’ai travaillé pendant très longtemps comme producteur. J’ai fait environ 60 albums durant cette période de pause du groupe. Par exemple, j’en ai fait deux pour Eluveitie et ils étaient en studio pendant deux ou trois mois, et je ne pouvais pas jouer de guitare à ce moment-là. Quand ils sont partis, il m’a fallu quelques jours pour réapprendre à jouer et retrouver mes marques sur ma guitare. Ensuite, j’ai aussi du retrouver le bon rythme et le bon état d’esprit pour composer. Pour diverses raisons, je n’arrivais pas à le faire dans mon propre studio car, dans chaque coin où je posais les yeux, j’y voyais toujours du travail. J’ai donc dû prendre quelques jours et je suis allé dans la montagne, tout seul, et tout s’est remis à fonctionner normalement. Ensuite, un nouveau groupe est arrivé et cela m’a freiné à nouveau. C’est la raison pour laquelle cela m’a pris dix ans. Et puis, il y a la vie aussi qui s’en mêle : des amis sont décédés, mon père est mort, j’ai divorcé de ma femme et après il y a aussi eu le Covid. Ca fait beaucoup, d’autant qu’on voulait vraiment faire un super album !

– « Dissonance Theory » est aussi le premier album avec Diego Rapacchietti (69 Chambers) à la batterie. Est-ce que son arrivée a elle aussi apporté une nouvelle impulsion à CORONER, sachant le rôle primordial de la rythmique chez vous ?

Oui, mais tu sais, je connais Diego depuis longtemps, bien avant qu’il ne joue avec 69 Chambers. J’avais beaucoup travaillé avec lui sur différentes productions dans mon studio. C’est un véritable batteur de session. Il est capable de jouer tous les styles que ce soit de la Pop ou du Metal… Il sait tout faire ! Lorsque nous avons travaillé pour la première fois ensemble, c’était il y a une vingtaine d’années. Nous partageons une forte connexion tous les deux. Pour moi, c’était une évidence qu’il devienne le nouveau batteur de CORONER quand Marky est parti. Et, étant donné qu’il peut absolument tout jouer, cela a été une grande liberté pour moi au niveau de la composition.

– Lorsqu’on a connu, comme moi, le groupe à ses débuts, la première écoute de « Dissonance Theory » a été un moment très particulier, entre une énorme impatience et aussi peut-être une certaine crainte, car on s’imagine légitimement toutes sortes de choses. Or, c’est un album qui est d’une incroyable fluidité et surtout qui n’a absolument rien de passéiste. L’idée était-elle de vous concentrer sur les envies de CORONER en 2025 ?

En fait, j’ai toujours eu les sonorités de l’album en tête, ainsi que la manière dont cela devait être assemblé. Tout d’abord, je voulais une production moderne, car cela sonne mieux que les anciennes. Quand c’est bien fait, en tout cas. Nous avons utilisé diverses machines actuelles, mais avec une approche un peu à l’ancienne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes font juste deux prises et les retravaillent pendant des heures. De notre côté, nous avons préféré les refaire jusqu’à ce que nous soyons pleinement satisfaits du résultat. Nous n’avons pas réédité les choses à l’infini. Pas du tout, et même bien au contraire. Cette manière de faire nous a permis d’obtenir un son très moderne avec une approche Old School et je pense que toute la sensibilité de l’album s’en ressent.

– Ce qui est aussi fascinant sur « Dissonance Theory », c’est qu’il n’y a aucune redite et qu’il possède donc cette touche très moderne, fidèle à l’avant-gardisme dont vous avez toujours fait preuve. Pourtant, le CORONER du XXIème siècle est très brut et organique. C’était important aussi pour toi de garder cette grande proximité dans le son et la production ?

Oui, absolument, c’était vraiment très important. Nous avons pris beaucoup de temps pour enregistrer et trouver les différentes sonorités, car nous voulions juste faire le meilleur album possible. Nous avons utilisé uniquement des choses authentiques, de vrais amplis et même pour les claviers, ce sont de véritables Hammond. Tout ça sort directement des amplis et cela nous a bien sûr demandé beaucoup de temps. Mais nous voulions vraiment un disque chaleureux et honnête, pas quelque chose d’artificiel. C’était vraiment le plus important dans tout le processus.

– L’une des impressions qui domine aussi sur l’album est cette facilité dans votre jeu. Pourtant votre Technical Thrash est souvent très complexe. De quelle manière parvenez-vous à le rendre aussi abordable et évident ?

En fait, je pense que la différence principale avec ce que vous avons produit par le passé, c’est que nous ne jouons pas de manière très technique juste pour offrir un rendu esthétique pointu. Auparavant, nous voulions toujours montrer au monde entier que nous répétions beaucoup et que nous étions très forts techniquement dans le jeu. Peut-être trop démonstratifs d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est surtout le côté émotionnel de la musique qui nous importe le plus, pas sa complexité. Donc, on se retrouve très bien dans ce Thrash Old School, et on ne le fait pas pour la façade.

– A l’écoute de votre nouvel album, vous donnez l’impression d’être littéralement dans votre monde, car vous ne ressemblez à personne et aucun nouveau groupe ne cherche d’ailleurs à vous ressembler. Vous coupez-vous volontairement de toute influence extérieure, ou est-ce que CORONER ne change pas, mais ne cesse juste jamais d’évoluer ?

Ah ! Tu sais, évidemment que j’écoute les nouveaux groupes et ce qu’ils font. Mais je pense que cela a déjà été fait. Je pense qu’il y a un vrai problème aujourd’hui. Beaucoup de nouvelles formations ont le même son, la même production, les mêmes plugins, des riffs similaires… Et ça ne m’intéresse pas du tout. CORONER est notre groupe, notre art et nous ne voulons bien sûr copier personne. Evidemment qu’il peut y avoir quelques influences aussi chez nous. Peut-être que certains accords ressemblent à d’autres, mais c’est aussi difficile de réinventer tout ça. Tu sais, nous composons avec notre cœur et voilà simplement ce qu’il en ressort ! (Sourires)

– Enfin, c’est très rare qu’un groupe fasse un tel retour. « Dissonance Theory » est tellement enthousiasmant, spontané et honnête qu’on ne souhaite qu’une seule chose, c’est que CORONER entame une deuxième partie de carrière la plus longue possible. Qu’est-ce ce que vous avez à l’esprit en ce moment ? Le retour des fans ? Les concerts à venir ?  

Oui, nous avons aujourd’hui une super équipe de management, une nouvelle agence de booking pour l’Europe et les Etats-Unis, comme pour le reste du monde. Tu sais, nous portons beaucoup d’espoir dans ce nouvel album de CORONER et nous souhaitons vraiment lui donner la meilleure exposition possible. Nous voulons jouer au maximum et le plus longtemps possible ! (Sourires) En ce moment, nous sommes tous très excités et motivés, d’autant que quelques festivals sont déjà confirmés. Et il y a encore beaucoup de choses en cours ! Nous voulons juste jouer le plus possible et que 2026 soit une très belle année ! (Sourires

Le nouvel album de CORONER, « Dissonance Theory », est disponible chez Century Media Records.

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Blues Rock

Joe Bonamassa : l’audace des grands

Un an après le magnifique « Live At The Hollywood Bowl With Orchestra », l’incontournable JOE BONAMASSA livre dix nouvelles compostions, où son Blues Rock s’offre des teintes funky, flirte avec le Hard Rock, brille sur des ballades acoustiques et se montre aussi très fringuant sur du Texas Swing. Rien ne lui résiste et la classe dont il fait preuve est toujours aussi éclatante et tout en émotion. « Breakthrough » le révèle au sommet de son art et on peut se demander jusqu’où il ira dans sa maîtrise du genre.

JOE BONAMASSA

« Breakthrough »

(J&R Adventures)

Hyper-prolifique et véritable bourreau de travail, JOE BONAMASSA est sur tous les fronts et ça fait plus de 25 ans que ça dure. Quand il n’est pas en tournée, il produit de jeunes artistes talentueux, soutient l’éducation musicale via sa fondation, organise des croisières bluesy et va poser quelques beaux solos sur les albums de ses amis. De Popa Chubby à Sammy Hagar, en passant par Larry McCray, Janiva Magness ou Jimmy Vivino rien que pour cette année, on ne compte plus ses featurings et il ne semble jamais rassasié… bien au contraire !

Si l’an dernier, il a aussi fait son retour avec Black Country Communion avec un cinquième album très relevé, cela ne l’a pas empêché de s’atteler à la composition de « Breakthrough ». Pour autant, JOE BONAMASSA ne s’est pas enfermé en studio pour s’y consacrer. Ce nouvel opus a été concocté et façonné lors de sessions en Grèce, en Egypte, à Nashville et à Los Angeles. Et si la chaleur de son jeu est la même, les couleurs sont plus métissées que jamais. L’Américain se montre d’ailleurs assez audacieux cette fois dans son approche. 

Toujours produit avec soin par son ami Kevin Shirley, « Breakthrough » vient confirmer plusieurs choses entrevues depuis quelques temps déjà. Nul besoin évidemment de revenir sur les talents de guitariste de JOE BONAMASSA. En revanche, vocalement, il s’affirme et s’est même considérablement amélioré. Très Rock, l’ensemble est parfaitement équilibré et le virtuose se met de plus en plus au service des morceaux, ce qui donne beaucoup de relief et surtout un côté plus fédérateur à ses titres. L’homme au costume donne encore la leçon.

Photo : Mick Savoia

Retrouvez les chroniques de ses derniers albums :

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Glam Rock Hard'n Heavy Melodic Rock Rock Hard

Amerikan Kaos : riffology

Il a souhaité un album varié, quelque chose qui lui ressemble tellement que les gens ne pourraient l’imaginer ainsi… et il a réussi ! Avec AMERIKAN KAOS, Jeff Waters s’offre un terrain de jeu inédit et sans limite. Courant sur trois albums, cette expérience grand format s’aventure dans toutes les contrées Rock’n’Roll avec une joie très concrète qui vient s’ajouter à un savoir-faire, où le moindre détail est peaufiné à l’extrême. Avant de vous plonger dans « All That Jive », enlevez-vous tout de suite Annihilator de la tête : le plaisir est ailleurs… cette fois-ci !    

AMERIKAN KAOS

« All That Jive »

(Metal Department)

AMERIKAN KAOS est en quelque sorte le jardin secret, ou la cour de recréation, de Jeff Waters, tête pensante d’Annihilator depuis 1984. Ayant mis son principal groupe sur pause pour quelques temps, le virtuose de la six-corde (entre autres !) travaille ardemment sur ce projet depuis 2019 et, après avoir sorti « Armageddon Boogie » en mai dernier, voici le deuxième volet de sa trilogie, « All That Jive », alors que l’on sait déjà qu’elle s’achèvera l’année prochaine avec « The Sheeple Swing ». Et si vous n’êtes pas au courant de la teneur du combo, la surprise va être de taille, d’autant qu’il sait vraiment tout faire… et avec la manière ! Ici, tout est différent de ce qu’on connait de lui.

L’objectif du Canadien, installé en Angleterre depuis quelques années, est avant tout de s’éloigner le plus possible du Thrash et du Heavy Metal qui ont fait sa réputation et dont il est l’un des grands et brillants artisans. Grand maître de la culture du riff, il est assez surprenant dans le son, mais pas dans son inimitable approche guitaristique. Et pour ce deuxième album d’AMERIKAN KAOS, il s’est amusé avec son impressionnante collection de guitares et d’amplis, et cela s’entend dans les multiples variations. Les territoires sonores sont si vastes qu’on imagine très bien la partie de plaisir qu’ont dû être la conception et l’élaboration de « All That Jive ».

Ce qui ne change pas, c’est que Jeff Waters s’est bien sûr occupé de tout : composition, écriture, arrangements, prise de son, mixage, production et mastering, le tout dans son ‘Watersound Studio’ du côté de Durham. Touche-à-tout de génie, il a embarqué le chanteur Stu Block, qui livre une prestation géniale, ainsi que le claviériste Bob Katsionis, sorte d’arme fatale des atmosphères. Pour le reste, on navigue dans un Hard Rock classique, un brin Heavy, parfois Glam et surtout hyper-Rock’n’Roll. Forcément, les parties de guitare sont étourdissantes de précision, d’inventivité et AMERIKAN KAOS peut compter sur le feeling sans limite de son créateur. Des riffs et des sourires !

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Classic Hard Rock Rock

Simon McBride : so british

Pas totalement personnel, « Recordings : 2020-2025 » offre un beau panel des goûts et surtout du talent de SIMON McBRIDE et permettra à qui ne le connaîtrait pas vraiment de mieux comprendre pourquoi il a été le choix de Deep Purple pour remplacer Steve Morse. Entre Rock, Classic Rock et Hard Rock, le guitariste a enregistré quelques inédits, en une seule prise et au studio Chameleon à Hambourg en Allemagne, en complément de reprises réinventées, qui ne laissent pas de doute sur ses influences et encore moins sur sa virtuosité.  

SIMON McBRIDE

« Recordings : 2020-2025 »

(earMUSIC)

En 2023, la carrière du musicien originaire de Belfast a pris un sacré tournant avec son intronisation au sein de Deep Purple et une implication conséquente sur « =1 », dernier et très bon opus en date de la légendaire formation. Cela dit, le parcours de SIMON McBRIDE est aussi assez éloquent. Compositeur, musicien et producteur, il signe ici son sixième album studio après avoir évolué au sein de Sweet Savage, Snakecharmer et aux côtés de Don Airey. Une carte de visite plus que conséquente et de haut vol.

Cette fois, l’Irlandais revient avec un disque un peu spécial, qui regroupe des enregistrements datant des cinq dernières années et même finalisés juste avant son arrivée chez Deep Purple. Composé de titres originaux et de reprises, « Recordings : 2020-2025 » résume plutôt bien la vision du Rock de SIMON McBRIDE et permet aussi de constater sa facilité à s’approprier à peu près tous les genres avec beaucoup de facilité. Pour autant, pas complètement caméléon, c’est essentiellement sa touche qu’on retrouve ici.

Après « The Fighter » en 2022, c’est donc un panorama plus Rock qu’il propose sur 15 titres, qui montrent une belle homogénéité. La production est assez sobre, mais le toucher est toujours aussi singulier. Nette et avec des accroches souvent Hard Rock, la fluidité de SIMON McBRIDE est un modèle du genre que ce soit sur les riffs ou les solos. Par ailleurs, c’est assez bluffant aussi de constater qu’il s’inscrive à ce point dans des sonorités ‘so british’, dans ses compositions comme dans le choix des reprises. Un bon moment !

Photo : Jim Rakete

Retrouvez la chronique de « The Fighter », celle du dernier album de Deep Purple et du coffret de Snakecharmer :