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Alternative Metal Alternative Rock Nu Metal

Headkeyz : reflet de sa génération

Fidèle à son époque, à l’air du temps et à ses inquiétudes, le quintet livre la suite et la fin de son concept-album, « The Cage & The Crown », démarré deux ans plus tôt. En jouant sur une certaine modernité et en faisant l’amalgame de nombreux courants, HEADKEYZ se perd parfois et semble courir après une identité qui lui échappe encore. Si le combo peut se reposer sur une production solide, celle-ci souffre d’un manque de relief et d’une authenticité, qui lui conféreraient pourtant une belle assise. Un « Chapter II » qui aurait mérité plus de panache et moins d’arrangements. 

HEADKEYZ

« The Cage & The Crown Chapter II »

(Independant)

Sorti en 2023, « The Cage & The Crown Chapter I » avait dévoilé un groupe pour le moins audacieux. En optant pour un diptyque dès ses premiers pas sur la scène hexagonale, HEADKEYZ n’a pas hésité à placer la barre très haut. Et il faut reconnaître que la maîtrise et l’univers du groupe ont de quoi séduire, tant ils sont le reflet de leur temps et surtout de leur génération. Entre Rock et Metal, avec des bases alternatives et Nu Metal, les Montpelliérains savent où ils vont, guidés par leur frontman Edge (Adrien Girard), garant et maître d’œuvre de la direction artistique.

Comme son style et sa personnalité musicale semblent encore chercher une voie claire et précise, HEADKEYZ ne se refuse à peu près rien sur ce « Chapter II », pourtant solide malgré des absences créatives comme ce « Rotten Party » presque surréaliste. Mais cet égarement ponctuel laisse place rapidement à des morceaux plus costauds, dans le fond comme dans la forme. Et l’un des éléments notables de ce second volet est sa production. Alors que le premier avait été masterisé par Howie Weinberfg (Nirvana, Deftones), celui-ci l’est par Emerson Mancini (Linkin Park, Paramore).

Forcément conceptuel, ce deuxième opus possède un petit côté cinématographique agréable, mais il peine à réellement accrocher l’auditeur, malgré quelques envolées bien senties (« The Crown », « Intoxicated », « Revenge »,« The End »). L’arrivée de Stella Cristi en seconde guitariste apporte du punch et de la vélocité à l’ensemble et lui permet surtout de sortir de sa zone de confort. HEADKEYZ maîtrise son sujet, se montre techniquement à la hauteur, mais manque trop souvent de ce grain de folie qui pourrait tout faire décoller. La route est encore longue.

Photo : Bastien Sablé

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Alternative Metal

Klogr : insubmersible

A l’écoute de « Fractured Realities », on peut désormais affirmer que les formations européennes sont véritablement de taille à se mesurer aux américaines, qui restent cependant maîtresses en la matière. Très Heavy et puissants, les Transalpins se font très créatifs dans l’alternance d’atmosphères lourdes, véloces et aux refrains accrocheurs. KLOGR surfe sur un groove épais et pose un mur de guitares, auquel il est difficile de résister. Et avec un frontman redoutable, le groupe se montre implacable et très efficace. 

KLOGR

« Fractured Realities »

(Zeta Factory)

Pour un peu, on les aurait presqu’oublié. Sept longues années après « Keystone » et quelques remaniements de personnels plus tard, KLOGR refait surface plus percutant encore qu’auparavant. Le quatuor sort son quatrième effort et se montre plutôt ambitieux en se livrant à l’exercice de l’album-concept, ce qui est assez inhabituel dans son registre. Les Italiens ont repris cette année un travail entamé durant la pandémie et cette interruption lui a fait le plus grand bien s’il en juge par la qualité de « Fractured Realities ».

A travers les dix titres, on suit Lila, le personnage central d’une histoire axée sur les défis et les troubles émotionnels alimentés par notre société. KLOGR développe au fil du disque une réflexion qui met en parallèle et en relief le profit devenu la priorité et le bien-être de l’individu. Et dans sa démarche, il va même plus loin puisqu’un projet vidéo accompagne les morceaux autour de clips interconnectés. « Fractured Realities » prend ici tout son sens. Et musicalement, l’Alternative Metal du quatuor est explosif tout eh restant très mélodique.

Sur une grosse production et des nappes de claviers discrètes et bien distillése, KLOGR s’affirme avec force, grâce à des riffs massifs et percutants. A la guitare et au chant, Gabriele Rustichelli affiche beaucoup de détermination, escorté d’une paire basse/batterie compacte et d’un six-cordiste, Alessandro Crivellari, dont l’emprise est nette. « Fractured Realities » est sans conteste la meilleure réalisation du combo (« Early Wounds », « Gravity Of Fear », « Face Of The Unknown », « One Of Eight », « Lead Wings »). Brillant !

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Doom Heavy metal

Doomocracy : noirceur hellénique

D’une grande finesse dans la composition comme dans la technicité à l’œuvre tout au long de « Unorthodox », DOOMOCRACY livre son album le plus abouti à ce jour. Très travaillé, le Doom Metal des Grecs se montre d’une grande modernité, sans pour autant renier des influences majeures, perceptibles, mais discrètes. Avec ce troisième opus, le combo impose une belle et soignée dramaturgie, parfaitement mise en valeur par une très bonne production.

DOOMOCRACY

« Unorthodox »

(No Remorse Records)

C’est sous le soleil de Crète que DOOMOCRACY a vu le jour en 2011, offrant un regard neuf sur le Doom Metal. Moderne et Heavy, le quintet trouve sa place entre Candlemass et King Diamond avec un côté véloce et technique. Après deux albums salués et reconnus (« The End Is Written » – 2014 et « « Visions & Creatures Of Imagination » – 2017), les Grecs montent encore d’un cran, grâce à un jeu puissant et précis et des atmosphères raffinées.

Axé sur le thème de la persécution religieuse au XVIème siècle, l’album-concept de DOOMOCRACY révèle un talent d’écriture évident basé sur une belle maîtrise du contexte et une interprétation irréprochable. Ténébreux et épique, « Unorthodox » s’articule sur un Heavy Metal traditionnel très Doom, forcément, avec aussi quelques sonorités progressives servant de tremplin à une avalanche de riffs solides et acérés.

Ce troisième opus dévoile des titres imparables (« Eternally Lost », « The Spiritualist », « Our Will Be Done »). DOOMOCRACY se fait aussi plaisir sur le dernier morceau, « Catharsis », où Mike Wead (King Diamond, Mercyful Fate, Memento Mori) livre un solo époustouflant. Et on notera aussi la présence sur quatre titres de Miguel Robaina (ex-Memento Mori) aux claviers et à la flûte sur ce même titre. Une valeur sûre.