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Untitled With Drums : le relief des émotions [Interview]

Et si le sinueux parcours d’UNTITLED WITH DRUMS ne lui avait finalement pas permis d’atteindre la maturité attendue depuis la sortie de « Hollow », un premier album qui avait posé les bases d’un style, qui ne demandait qu’à éclore ? C’est en tout cas la question qu’on peut légitimement se poser. L’an dernier, l’EP « Symbols » avait déjà donné des éléments de réponse. Cela dit, c’est véritablement sur ce deuxième effort que le quatuor de Clermont-Ferrand s’affirme avec force et puissance. Dans un Alt Rock proche du post-HardCore et aux teintes de grungy, le groupe donne de l’élan et du relief à des morceaux, dont les textures sont, elles aussi, tout en contraste. « Made Flesh » manie le frontal et l’aérien avec beaucoup de finesse et d’assurance et pose le combo comme un acteur sur lequel il faudra désormais compter sur la scène française. C’est Martin Le Borgne, son chanteur et bassiste, qui revient en détail sur l’évolution et la démarche de cet OVNI du Rock hexagonal.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre parcours qui a débuté avec la sortie de « Hollow » en 2020 dans une période compliquée. Malgré un bel accueil, il aura fallu attendre cinq ans pour découvrir votre EP « Symbols ». Que s’est-il passé durant ce long moment ?

La sortie de « Hollow » s’est faite de manière assez particulière à cause du Covid. On a pu défendre le disque en live plusieurs mois après la sortie du disque. Comme aucun de nous ne fait de la musique à titre professionnel, les délais sont malheureusement plus longs et la motivation est constamment mise à l’épreuve, même si cela occupe une place importante dans nos vies. Nous préférons ne pas nous imposer un rythme que nous serions incapables de tenir, alors je pense que ces délais, très longs dans le contexte actuels de course à la visibilité, sont naturellement le temps dont nous avons besoin pour rester créatifs.

– Il y a quelques mois, « Symbols » a surpris par sa maturité notamment et sa production également. Pourtant, il s’agissait d’anciens morceaux réarrangés et réinterprétés. Y avait-il un goût d’inachevé par rapport à ces titres, ou était-ce pour mieux rebondir ?

Oui, effectivement, « Symbols » jouait à la fois ce rôle de pouvoir enregistrer ces morceaux b-sides qu’on a du écarter lors de l’enregistrement faute de temps (« Power » et « Obsolete »), de ressusciter un autre morceau inédit de l’époque d’« Hollow » (« Far ») et de monter un morceau exclusivement pour l’EP (« Candle »), que l’on n’avait d’ailleurs jamais joué ensemble avant de le travailler en studio. « Symbols » était une façon pour nous de mettre en application certaines choses que nous avons apprises lors de l’enregistrement de notre second album, « Made Flesh ». En plus de tous ces aspects artistiques, « Symbols » était aussi et avant tout une façon de rester musicalement actif durant toute la période qui a suivi l’enregistrement de l’album, où l’on a fait beaucoup de démarchage, ce qui pouvait facilement nous éloigner de la création et du jeu en groupe.

– Aujourd’hui, vous sortez enfin ce deuxième album et « Made Flesh » est plein de surprises. La première vient de la production qui est franchement massive, tout en restant aérée. Qu’avez-vous changé dans votre approche et est-ce qu’il vous fallait ce temps aussi pour peaufiner votre son ?

Cyrille Gachet, à la production, a été pour beaucoup dans ce ‘step-up’. Même si « Hollow » nous avait fait prendre beaucoup d’expérience dans l’exécution en studio et en live, Cyrille nous a proposé un niveau d’exigence au-delà de ce que nous nous étions nous-mêmes fixés. Sa réflexion complétait la nôtre dans la mesure où il était capables d’apporter rapidement des solutions techniques à des envies artistiques et ainsi nous aider à les valider, ou à les écarter. Il nous a beaucoup apporté et ses méthodes ont impactées notre vision de la musique jusqu’à la façon dont nous composons aujourd’hui.

– D’ailleurs, j’ai aussi appris que les compositions de ce nouvel album dataient d’avant la sortie de « Symbols ». Cet EP a-t-il finalement été un galop d’essai avant de revenir quelques mois plus tard ? D’autant que vous avez aussi sorti trois singles extraits de « Made Flesh » dans ce laps de temps

En fait, l’EP a été enregistré après l’album pour pouvoir garder un rythme de création. La décision de le sortir avant a été motivée par plusieurs choses : l’incertitude des conditions et de la date de sortie pour « Made Flesh », la volonté de se rassurer sur le fait de pouvoir assurer une sortie en terme de promotion et de communication et enfin, l’occasion de pouvoir collaborer avec des labels DIY avec qui on avait plaisir à faire des choses, comme MA Saret Records, Araki, Atypeek et Stellar Frequencies.

– Vous avez conçu« Made Flesh » pas très loin de vous en confiant l’enregistrement et le mix à Cyrille Gachet (Fange, the Great Old Ones) et le mastering à Alan Douches (Dillinger Escape Plan, Converge). Cherchiez-vous d’abord les personnes capables de restituer parfaitement votre univers et l’esprit de ce nouvel album ?

Après avoir pris contact avec plusieurs personnes, Cyrille nous est apparu comme le plus impliqué et le plus pertinent vis-à-vis de notre vision de l’album. Le fait de pouvoir échanger en amont sur la base des pré-prods nous a confortés dans cette décision. Il est capable, sans rien dénaturer des compositions, de leur conférer l’intensité et la sonorité qui conviennent le mieux. Nous étions preneurs de conseil et nous souhaitions travailler avec quelqu’un capable d’endosser un rôle de producteur. L’idée était de fournir une idée la plus précise possible, puis de laisser ces professionnels nous surprendre par ce qu’ils sont capables d’apporter. Alan Douches, pour sa part, nous a été conseillé par Cyrille par affinité et nous sommes fiers de pouvoir figurer dans un tel catalogue d’artistes.

– Un mot aussi sur votre signature chez Season Of Mist, qui semble vraiment le label adéquat pour UNTITLED WITH DRUMS. Votre style étant assez peu répandu dans l’hexagone, est-ce que cela a peser dans votre décision, compte tenu de sa position sur le marché ?

On a ressenti cette signature comme quelque chose de très réciproque, dans le sens où de notre côté, nous avions besoin de soutien pour franchir un cap en termes de portée, de communication et de crédibilité. Et de leur côté, je pense que nous appartenons à des esthétiques plus ‘alternatives’ que le label souhaitait développer. Pour nous, c’est plutôt une bonne chose de profiter des avantages d’une telle structure, tout en se démarquant naturellement de leur style général.

– J’aimerais qu’on parle aussi de cette belle complicité contre Lucas et Nicolas, qui offrent des combinaisons guitares/claviers sur lesquelles vous jouiez assez peu auparavant. Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez tout particulièrement souhaiter peaufiner et explorer sur « Made Flesh » ?

La place du synthé et des samples dans UNTITLED WITH DRUMS est un sujet de réflexion constant. Pour moi, c’est précisément l’élément capable d’apporter la modernité et le twist sonique, dont des groupes comme nous, hérités des 90’s, ont besoin. Son rôle à la fois mélodique et texturiel le rend particulièrement polyvalent, c’est pourquoi j’ai souhaité les faire se rejoindre sur certaines lignes mélodiques. Cyrille Gachet nous a beaucoup encouragés en ce sens également, en nous invitant à moins faire de ‘nappes’ pour remplir, ce qu’on avait pu faire sur « Hollow », et plus de combinaisons mélodiques sur des passages clés.

– Enfin, il y a un côté très écorché sur ce nouvel album, tant dans les textes que dans les ambiances qui oscillent entre passages très tranchants et d’autres plus aériens et introspectifs. Placer l’être humain au cœur de « Made Flesh » devait inévitablement faire ressortir cette atmosphère, dans une époque actuelle très incertaine ?

La direction des lyrics et du chant est également en pleine évolution. Cet angle un peu cynique, écorché et provocateur représente pour moi à la fois un bon dosage de zone de confort et de challenge. Le mot d’ordre de cet album était le contraste. Je voulais assumer un côté plus frontal et plus catchy quitte à relayer certaines ambiances au second plan pour contrebalancer.

Le nouvel album d’UNTITLED WITH DRUMS, « Made Flesh », est disponible chez Season Of Mist.

Photos : Joan Sabatier (1), Angelique Delabre (2, 3) et Madelaine Ré (4).

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Alternative Rock

Kris Barras Band : une maturité très attendue

Dense et percutant, KRIS BARRAS BAND montre enfin un tout nouveau visage. Certes, il reste un fond très accessible, mais il semble avoir rompu certaines digues, qui le maintenaient trop souvent dans un registre attendu. Avec un son très soigné sans être surchargé, « Monsters We Made » révèle aussi un véritable esprit de groupe avec un duo de six-cordistes qui se complète et où chacun tient son rôle. La formation du Devon s’affirme avec force à travers sa réalisation la plus aboutie à ce jour. Formatée mais pas trop, elle se veut avant tout rassembleuse.

KRIS BARRAS BAND

« Monsters We Made »

(Earache Records)

Décidément, il y a des reconversions qui se passent mieux que d’autres, et celle de KRIS BARRAS en est l’exemple parfait. Depuis une bonne dizaine d’années, l’ancien combattant de MMA mène une belle carrière. Et avec le succès de son précédent album, « Halo Effect », le Britannique semble s’être fait sa place sur la scène Rock européenne. Pour preuve, il s’est même aventuré aux côtés de la chanteuse Phoebe Jane, du batteur Joe Harris et du bassiste Leighton Allen pour monter Hollow Souls et sortir un très bon premier EP éponyme l’an dernier.

Quant à ce sixième album, il confirme la montée en puissance du KRIS BARRAS BAND et surtout ses qualités de composition comme d’interprétation. Bien entouré par Frazer Kerslake (basse), Billy Hammet (batterie) et Josiah J. Manning (guitare, claviers) qui livre également un très bon travail de production, le chanteur et guitariste réalise probablement le meilleur opus de son groupe. L’envie et l’explosivité des débuts sont intacts et la maturité acquise au fil du temps dévoile enfin tout le potentiel des Anglais. Et la machine est bien huilée.

Musicalement, l’Alternative Rock du KRIS BARRAS BAND est très accrocheur, comme d’habitude, sauf qu’il est aussi particulièrement affûté. Mention spéciale pour l’attention et la virtuosité offertes aux guitares. Porté par la voix de son leader, le quatuor frappe vite et fort, tout en laissant un peu de place pour quelques titres plus tendres. Pour autant, « Monsters We Made » est plutôt musclé (« Riot Of One », « Alive », « Fake », « Levitate » et le morceau-titre). Et si l’aspect mainstream reste le fond de commerce du combo, il démontre ici qu’il est bien autre chose.

Retrouvez la chronique de l’EP de Kris Barras avec Hollow Souls :

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Alternative Rock

The Pretty Reckless : a spiritual impulse

D’une incroyable profondeur, « Dear God » voit THE PRETTY RECKLESS parvenir à une certaine apogée musicale sur cette nouvelle et surprenante réalisation. Sur près d’une heure, les New-yorkais font preuve d’une constante cohérence, ce qui leur avait peut-être fait défaut auparavant. La voix de Taylor Momsen montre enfin toutes ses capacités, et que ce soit dans des instants fulgurants qu’elle affectionne ou dans des moments plus calmes, voire spirituels, elle guide le jeu avec l’habileté et l’envergure d’une grande artiste.

THE PRETTY RECKLESS

« Dear God »

(Fearless Records)

Il semblerait que la formation menée par la magnétique Taylor Momsen soit à un tournant de sa carrière. En tout cas, c’est ce que ce cinquième album laisse entendre. Mature, plein de confiance et affichant toujours autant d’audace, THE PRETTY RECKLESS paraît plus libre que jamais. Produit comme d’habitude par Jonathan Wyman avec la chanteuse et le guitariste Ben Philips, « Dear God » atteste que les Américains ne sont plus en quête d’identité, bien au contraire, ils l’affirment haut et fort et avec la manière.

Occupant une place à part sur la scène Alternative Rock, le groupe est parvenu depuis la fin des années 2000 à se frayer un chemin et se faire une place au milieu d’une sorte de panier de crabes assez uniforme. L’originalité de THE PRETTY RECKLESS se niche essentiellement dans un savoureux mix de riffs puissants, de mélodies accrocheuses et d’une écriture très introspective. D’ailleurs, c’est une frontwoman presque à fleur de peau que l’on retrouve sur ce « Dear God », tellement authentique et sincère.

En se montrant aussi vulnérable qu’indéboulonnable, le quatuor joue les équilibristes avec beaucoup d’assurance et de précision. Et Mark Damon (basse) et Jamie Perkins (batterie) sont des artisans indispensables à la solidité de « Dear God ». Souvent acoustique dans les ambiances, THE PRETTY RECKLESS reste toujours très explosif et si les quatre interludes « Life Evermore » ponctuent de manière aléatoires ce nouvel opus, c’est pour mieux mettre en avant des compositions sans faille. A écouter dans son entier et de bout en bout.

Photo : Steph Gomez

Retrouvez la chronique de « Death By Rock And Roll » :

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Dan Byrne : new rockin’ start

Même si ce sont ses grands débuts sous son propre nom, DAN BYRNE fait déjà partie de ces artistes chevronnés, qui mêlent habillement expérience et intuition. Spontané et solide, « This Is Where The Show Begins » vient ôter d’un Rock estampillé 80/90’s une poussière engourdissante pour lui mettre un sacré coup de boost, qui acte également une évolution notable de la part du Britannique. Mélodique et accrocheur, il surgit de la Mersey avec autant de talent que d’ambition.

DAN BYRNE

« This Is Where The Show Begins »

(Frontiers Music)

Il n’aura fallu que deux albums avec le groupe Revival Black en 2019 et 2022 pour que le musicien de Liverpool se lance en solo l’année suivante. Avec « Beginnings », DAN BYRNE se fait rapidement connaître, ce qui ne l’a pas empêché de sortir un autre disque avec Marty And The Bad Punch l’an dernier. Autant dire qu’il a de la suite dans les idées et qu’il se montre plutôt créatif. Après son premier EP, il est forcément attendu au tournant sur un format long, d’autant qu’il est fraîchement signé chez les Italiens de Frontiers Music.

Son style ? Un savoureux mélange de Hard Rock, de Rock US et d’Alternative Rock très actuel et moderne, malgré des références pour le moins classiques. C’est donc un Rock d’une fraîcheur très contemporaine que propose DAN BYRNE sur le bien-nommé « This Is Where The Show Begins ». Certes, tout n’est pas parfait, mais l’ensemble est soigné, bardé de bonnes guitares et surtout enrobé de sa voix puissante et chaleureuse. Seuls quelques arrangements très AOR et hors-propos viennent assombrir plusieurs titres.

Car, il faut reconnaître que la qualité du songwriting et la prestation vocale de l’Anglais offrent une très belle dynamique à « This Is Where The Show Begins ». mais si certaines parties de claviers viennent franchement ternir le travail effectué sur des morceaux efficaces, qui auraient mérité bien mieux comme traitement pour plus de tenue. Cela dit, DAN BYRNE s’en sort plutôt bien en restant toujours très positif dans les ambiances et en déployant une fougue sincère (« Saviour », « She’s The Devil », « Death Of Me », « Pulling The Under »). Convaincant !

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Headkeyz : reflet de sa génération

Fidèle à son époque, à l’air du temps et à ses inquiétudes, le quintet livre la suite et la fin de son concept-album, « The Cage & The Crown », démarré deux ans plus tôt. En jouant sur une certaine modernité et en faisant l’amalgame de nombreux courants, HEADKEYZ se perd parfois et semble courir après une identité qui lui échappe encore. Si le combo peut se reposer sur une production solide, celle-ci souffre d’un manque de relief et d’une authenticité, qui lui conféreraient pourtant une belle assise. Un « Chapter II » qui aurait mérité plus de panache et moins d’arrangements. 

HEADKEYZ

« The Cage & The Crown Chapter II »

(Independant)

Sorti en 2023, « The Cage & The Crown Chapter I » avait dévoilé un groupe pour le moins audacieux. En optant pour un diptyque dès ses premiers pas sur la scène hexagonale, HEADKEYZ n’a pas hésité à placer la barre très haut. Et il faut reconnaître que la maîtrise et l’univers du groupe ont de quoi séduire, tant ils sont le reflet de leur temps et surtout de leur génération. Entre Rock et Metal, avec des bases alternatives et Nu Metal, les Montpelliérains savent où ils vont, guidés par leur frontman Edge (Adrien Girard), garant et maître d’œuvre de la direction artistique.

Comme son style et sa personnalité musicale semblent encore chercher une voie claire et précise, HEADKEYZ ne se refuse à peu près rien sur ce « Chapter II », pourtant solide malgré des absences créatives comme ce « Rotten Party » presque surréaliste. Mais cet égarement ponctuel laisse place rapidement à des morceaux plus costauds, dans le fond comme dans la forme. Et l’un des éléments notables de ce second volet est sa production. Alors que le premier avait été masterisé par Howie Weinberfg (Nirvana, Deftones), celui-ci l’est par Emerson Mancini (Linkin Park, Paramore).

Forcément conceptuel, ce deuxième opus possède un petit côté cinématographique agréable, mais il peine à réellement accrocher l’auditeur, malgré quelques envolées bien senties (« The Crown », « Intoxicated », « Revenge »,« The End »). L’arrivée de Stella Cristi en seconde guitariste apporte du punch et de la vélocité à l’ensemble et lui permet surtout de sortir de sa zone de confort. HEADKEYZ maîtrise son sujet, se montre techniquement à la hauteur, mais manque trop souvent de ce grain de folie qui pourrait tout faire décoller. La route est encore longue.

Photo : Bastien Sablé

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Nothing But Real : refreshed dimension [Interview]

Si les Parisiens se réinventent, ou plutôt précisent leurs intentions, cela ne doit rien au hasard. En faisant un retour aussi surprenant que réussi avec une belle refonte de leur deuxième album, « Lost In The World Rebirth  », le quatuor explore son précédent effort dans une formule clairement cinématique, avec un nouveau chanteur également et surtout un concept visuel et musical plus profond et très travaillé. Hybride ou Alternatif, le Rock/Metal de NOTHING BUT REAL est plus captivant que jamais, porté par une production ample et solide, qui offre à ses morceaux la brillance qui leur manquait peut-être un peu précédemment. Histoire d’en savoir un peu plus, retour auprès de Tom l’un des principaux architectes de ce projet, dont les racines se sont considérablement étendues…  

– Trois ans après « Lost In The World », il y a du changement chez NOTHING BUT REAL, puisque vous faites votre retour avec… le même album, ou presque ! Blague à part, et nous y reviendrons, c’est d’abord le line-up qui a bougé avec l’arrivée d’un nouveau chanteur. De qui est constitué le groupe aujourd’hui ?

Le groupe est constitué de quatre membres sur scène, même si je considère que c’est bien plus que cela avec l’équipe derrière. Il y a ‘Infini’ à la guitare, ‘Eveil’ à la basse, ‘Vérité Absolue’ à la batterie et l’’Oracle’ au chant et à la guitare, par moment. En coulisses, et c’est tout aussi important, il y a notre ingénieur du son Clément, notre chargée de production Néa, notre webmaster Quentin, Christine qui gère l’association ‘Coire Ernmae’ pour porter nos évènements, Flow pour les créations et illustrations qu’on travaille en collaboration, Bertrand au mix, mastering et post-production, moi-même sur la partie administrative, la direction artistique, la gestion de notre nouveau label Soundload Production et tous les trucs relous à faire pour le groupe. (Sourires)

– Justement, dans cette refonte de votre album précédent, le passage du chant féminin au masculin a-t-il nécessité une nouvelle approche et présenté quelques difficultés d’adaptation, ou d’ajustements plus précisément ?

Oui, il a fallu passer du temps pour se détacher de l’existant qui, pour moi, était au final plus une démo. Il y avait cette petite voix intérieure qui me répétait par moment que ce n’était pas abouti, qu’on aurait pu mieux faire, comme ce que j’avais imaginé en rêve. Donc, il a fallu réécrire, réarranger, réimaginer et enregistrer ce qui manquait. L’approche était claire, car NOTHING BUT REAL a toujours eu vocation à avoir un son pour de la performance live. Fusionner les genres avec une approche orchestrale comme les bandes sonores de films, d’animés, … c’est ça l’ADN du groupe. Donc, il a fallu passer beaucoup de temps, autant sur le côté technique pour reprendre les bandes et corriger, que d’enregistrer de nouvelles choses pour ramener la couleur souhaitée et coller avec le nouveau chant et l’esthétique. J’espère qu’on a réussi cet exercice, qui a pris du temps, et que cet album plaira aux créatures qui vont l’écouter en entier pour voyager.

– « Rebirth » est donc une sorte de version 2.0 de « Lost In The World ». Tout d’abord, un mot sur la production que vous avez confié à Bertrand Poncet (Landmvrks, Storm Orchestra), car c’est une vraie métamorphose. Où se situaient vos priorités et surtout avez-vous réenregistré l’ensemble de l’album ? Ou un gros lifting en dehors des voix, a-t-il été suffisant ?

Un très gros lifting pour parler mode ! (Rires) Je considère que la version 2022 est une version bêta, et que « Lost in the World Rebirth » est le véritable album. Il correspond à la vision que j’en avais et que j’ai toujours eue de NOTHING BUT REAL. Pour l’anecdote j’ai rencontré Bertrand et Clément en même temps au studio de l’Orangerie au début de l’année 2024. C’était pour la suite et avec l’ancien line-up. Un gros projet… Je voulais faire un enregistrement, qui allie la force de vrais instruments avec celle du numérique. C’est aussi ça l’hybride pour moi quand je dis qu’on fait du ’Rock Hybride Cinématographique’. Et on venait de finir d’enregistrer tous les instruments en studio. Malheureusement, le processus d’écriture des voix et des paroles n’a pas été au bout. Quelque chose ne fonctionnait plus. Donc, avec Hanta l’ancienne chanteuse, on a préféré stopper l’aventure. A partir de là, comme la version de 2022 ne correspondait pas à ce que j’avais en tête initialement, j’ai annoncé à l’été 2024 qu’on referait l’album, ainsi que le chant pour enclencher cette renaissance.  

– On redécouvre les morceaux sous un angle nouveau et certaines choses émergent aussi. Ainsi, « Rebirth » semble plus cinématographique et atmosphérique que dans sa première mouture. Un voile semble levé. Vous a-t-il fallu aérer certains titres pour laisser éclore une substance plus profonde ?

Alors déjà, ça fait plaisir que tu en parles en ces termes, car c’est exactement la sensation que j’avais. Dès le travail en studio sur le premier titre avec Bertrand, je savais que c’était la bonne personne avec qui j’aurai dû bosser depuis les débuts du groupe. Ma vision et sa compréhension étaient parfaitement alignées. Les choses se sont faites naturellement. On a calé nos agendas et on a déroulé. Tout n’était pas si simple, car il y a des passages harmoniques un peu façon Tricky sur nos titres. Il a fallu décortiquer quelques passages de morceaux comme « Behind the Door » ou « Strike », par exemple, justement pour que ce soit orchestral, un peu Electro et profond. Bref, créer un voyage sonore pour cet album avec des touches de multiples influences, qui ont maturé dans notre inconscient.

– Pour celles et ceux qui vous découvrent avec ce nouvel album, j’aimerais que vous nous parliez de l’univers musical de NOTHING BUT REAL, fait de contrastes assez saisissants. D’ailleurs, est-ce que cette nouvelle production vous a aussi permis d’apporter plus de liant entre les morceaux ?

Pour te donner un peu de perspective et repartir un peu en arrière, dans l’univers narratif de NOTHING BUT REAL, il y a une recherche d’équilibre entre ombre et lumière, bien et mal… que j’ai appelé le ‘Nothing’, assimilable au rêve, au côté irréel.  Et il y a le ‘Real’, qui est le côté terre à terre, les musiciens, un son, quelque chose de palpable, nos vies quotidiennes, … Dans le ‘Nothing’, Sakar (l’avatar) tire en partie sa force de trois symboles, qui sont les Sentinelles, trois entités ayant la possibilité de s’incarner physiquement. Les trois symboles forment un tout, qui est le logo du groupe. Ces trois sentinelles, que j’aime appeler ‘Sentries’, car c’est plus cool, sont ‘Eveil’, ‘Vérité Absolue’ et ‘Infini’, et elles forment le Triumvirat.  Elles confèrent à Sakar une puissance énorme, bien plus que tous les personnages des univers que l’on connait. Je suis un gamin, donc je me suis fait un kiffe en créant mon personnage, qui défonce tous les autres ! (Rires) Les sentinelles l’accompagnent dans sa quête pour nous comprendre pauvres humains que nous sommes, avec nos démons et nos vices. Tout cela est incarné par des Vilains, qui sont en chacun de nous. Du liant ? Je pense que maintenant, c’est surtout vraiment assumé.

– Et il y a le côté visuel que vous avez toujours beaucoup travaillé et qui est encore très présent cette fois-ci. Plus que jamais, aujourd’hui, l’image et le son vous paraissent-ils vraiment indissociables ?

Complètement. Si tu devais retenir trois mots de NOTHING BUT REAL, au-delà du Rock aux influences multiples, ce serait : cinéma, dualité et énergie.

– Par ailleurs, on retrouve votre personnage principal, Sakar. En avez-vous profité pour lui offrir plus de place à travers quelques petites modifications dans les textes, par exemple ?

Oui, il a une place prépondérante et il aura un rôle sur scène, ou dans les events pour rencontrer le public. Nous l’avons déjà fait dans un festival et les enfants l’adorent. Dans les textes forcément aussi, car j’ai repris naturellement toute l’écriture, ce qui fait sens pour créer des histoires et tout connecter. Le tout étant de ne pas se perdre ! (Rires)

– Sur « Scars And Burdens », il y a également ce passage en français, qui se fond parfaitement dans le morceau. Avez-vous songé un instant avec votre nouveau chanteur, jouer un peu plus sur ce bilinguisme ?

Ce n’était vraiment pas prévu et pour l’anecdote, je bloquais sur ce passage en termes d’écriture. Et je me suis dit qu’en fait ce serait vraiment cool en français. Je ne fais pas de Slam ou de Rap, donc j’ai essayé de faire quelque chose, qui s’imbrique sur ce passage narratif intense. Les autres l’ont trouvé efficace et touchant, alors nous l’avons gardé. C’est un titre qui plait beaucoup au groupe et qui nous parle, je pense.

– D’ailleurs, comment considérez-vous « Lost In The Wolrd Rebirth » ? Est-ce votre véritable troisième album ? Ou un deux et demi ?  Ou encore un interlude ou une mise au point ?

Tu sais, c’est la mode du Multiverse… C’est peut-être l’un des rares retours en arrière possible, quand tu y penses. Je ne regrette pas le passé, mais la version de l’album de 2022 ne reflète pas ce que j’avais en tête. Au sens propre, on pourrait parler de réédition, mais pour moi, c’est la concrétisation d’une vision. C’est bien plus que cela, car il nous a fallu près d’un an à tout reprendre avec un fil conducteur plus clair dans la narration, pour la suite… Et une sorte de mise au point aussi, pourquoi pas… (Sourires)

– Enfin, comme cet album est une espèce de renaissance pour NOTHING BUT REAL, pourquoi n’êtes-vous pas repartis d’une page blanche, d’autant qu’un nouveau chanteur aurait peut-être eu des choses à dire ? Et puis, à l’instar d’un tableau, on peut  réarranger à l’infini… C’est sans fin, non ?

Ce n’est pas une ‘espère’, c’en est une, crois-moi. Il n’y aura pas d’autre retour, même si je t’avoue que dans l’album de 2020, il y a deux ou trois titres qui me titillent. Mais il faut avancer et c’est déjà le cas, car nous avons enregistré un nouvel EP dans le cadre du prochain projet que je dévoilerai en 2026. Le nouveau chanteur a des choses à dire, oui… (Sourires) Alors, rendez vous l’année prochaine et sur scène.

Le nouvel album de NOTHING BUT REAL est disponible sur le site du groupe, via son label  Soundload Production : https://www.nothingbutreal-theband.com/

Retrouvez la première interview :

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Preyrs : a regenerative power [Interview]

Alors qu’elle commençait à se faire un nom, Amy Montgomery a fait le pari d’en changer et de s’afficher en groupe : une belle preuve de ce qui l’unit à ses musiciens depuis le début. Pour autant, PREYRS est la suite logique de l’aventure menée par la chanteuse irlandaise depuis quelques années déjà et dont Rock’n Force s’est fait l’écho dès le début. Le quatuor prend également une autre dimension avec sa récente signature chez Pelagic Records et la sortie de son premier album, « The Wounded Healer ». Légèrement plus sombre et plus massif encore, c’est dans un Alternative Rock peut-être aussi plus arrangé que la frontwoman et ses musiciens œuvrent désormais et ce cap franchi vient confirmer tout le potentiel entrevu notamment sur « Astil » il y a deux ans. L’occasion de faire le point avec une artiste passionnée, enthousiaste, positive et heureuse de la trajectoire prise par son combo.   

– Tu t’en doutes, ma première question concerne ce passage d’AMY MONTGOMERY à PREYRS. Au moment où ton nom commence à être connu et reconnu dans le milieu, c’est un choix très audacieux. Pourquoi ce changement et de qui est aujourd’hui composé le groupe ? Avez-vous gardé le même line-up ?

Pendant l’écriture de l’album, nous avons constaté un changement radical dans le style des paroles et de la musique. C’était plus sombre, plus intense, comme un nouveau chapitre. Nous avons alors décidé que cette liberté d’explorer et d’expérimenter de nouveaux horizons musicaux et textuels était essentielle pour nous. Il était donc temps de donner un nom au groupe. Cela nous permet aussi de mieux définir notre identité musicale, tout en me laissant la possibilité de créer et de sortir de la musique sous mon nom à l’avenir. Désormais, nous avons des axes clairs : plus de musique, plus de concerts et plus de variété ! La formation reste la même, à l’exception du bassiste, Ciarán McGreevy, qui a rejoint le groupe cette année. Je m’occupe de l’écriture et du chant, Michael Mormecha de la composition, de la production et de la batterie, Nolan Donnelly de la guitare et donc Ciarán de la basse.

– Alors que tu avais sorti « Astil » et un live enregistré chez toi à Belfast sous ton nom, la création de PREYRS correspond à votre signature chez Pelagic Records. Est-ce que cela a été l’une des conditions du contrat, ou au contraire l’occasion pour toi de passer à la formation de groupe et de repartir, peut-être pas de zéro, mais en tout cas avec beaucoup de choses à reconstruire ?

Non, ce n’était absolument pas une condition du contrat. C’était un choix entièrement et vraiment personnel. Nous avions prévu de sortir cet album en indépendant, à tel point que nous avions déjà mis en ligne le premier single. Nous avons ensuite contacté Pelagic et avons rapidement sorti le premier single de PREYRS, réorganisé notre planning et préparé l’annonce de la signature avec le groupe. Nous devons reconstruire beaucoup de choses, c’est certain, mais les bases sont solides, tout comme notre vision pour PREYRS. Nous connaissons précisément nos objectifs et nos intentions pour ce projet, ce qui en fait une aventure passionnante ! C’était également incroyablement courageux de la part de Pelagic de nous prendre sous son aile alors que nous étions un projet quasiment nouveau et eux aussi ont perçu notre potentiel ! (Sourires)

– Toujours au sujet de cette signature chez Pelagic Records, est-ce que le fait de beaucoup tourner en Allemagne et d’y passer beaucoup de temps a-t-il joué en votre faveur ? D’ailleurs, êtes-vous dorénavant installés là-bas ?

Je pense que nos nombreuses tournées en Allemagne nous ont d’une certaine manière menés à Pelagic, car toutes les expériences de la vie sont liées. Tourner beaucoup, où que ce soit, et remplir les salles, ou avoir déjà une petite base de fans fidèles, c’est toujours un atout. On a construit quelque chose de vraiment spécial ici en Allemagne, grâce à un travail acharné ces dernières années. Comme je le disais, c’est petit, mais c’est une base très solide car on a une excellente relation avec ceux qui nous soutiennent. Ça joue toujours en notre faveur. Aujourd’hui, je partage mon temps entre l’Allemagne et l’Irlande… une double vie, en quelque sorte ! (Sourires) Et pour que les tournées fonctionnent, on a deux installations ici et là-bas.

– Parlons de « The Wounded Healer », un premier album où l’on retrouve bien sûr ton style. Et si mes souvenirs sont bons, tu étais partie au Canada en Ontario pour travailler sur ces nouveaux morceaux. Comment s’était passé ce séjour et cette expérience ? Et pourquoi partir si loin ?

C’est exact ! Michael avait reçu un coup de fil de Chris Brown, notre ami musicien et producteur canadien, pour enregistrer des parties de batterie sur un album qu’il produisait. Nous lui avons expliqué que nous avions prévu d’écrire et d’enregistrer ce mois-là en Irlande, et l’idée de réunir nos projets respectifs a rapidement germé. Deux semaines plus tard, nous nous sommes envolés pour Toronto, puis nous avons rejoint Wolfe Island, où Chris avait transformé tout le rez-de-chaussée de l’hôtel en studio improvisé. Nous y avons passé un mois entier, en plein hiver et dans un froid glacial ! (Sourires) C’était comme une retraite d’écriture. Une expérience totalement inédite. Le changement d’environnement, de matériel et d’approche a indéniablement influencé notre musique. Se lever à six heures tous les jours à cause du décalage horaire et se mettre directement à composer… Ce fut un mois de création magnifique, intense, introspectif et rigoureux. Nous avons ensuite repris les démos que nous avions réalisées, conservé quelques pistes originales enregistrées au Canada et celles que nous souhaitions réenregistrer, et nous l’avons terminé en Irlande en février.

– Une Irlandaise de Belfast qui enregistre un album au Canada pour le sortir sur un label allemand n’est pas banal du tout. Quel est l’endroit où tu te sens le mieux et où ta créativité s’exprime pleinement aujourd’hui ? Ca reste l’Irlande ? 

Excellente question ! La créativité se manifeste de bien des façons. Personnellement, je suis particulièrement inspirée par les expériences inédites, ce qui explique mon intérêt précoce pour les voyages et la découverte de différentes cultures. Mais ce qui est irremplaçable, c’est l’esprit irlandais, ou ce fameux ‘craic’ (que l’on peut traduire par passer du bon temps de manière très expressive ! – NDR), comme on dit chez nous. Je ne le retrouve nulle part ailleurs, et c’est un réconfort qui me donne envie de revenir chez moi. En matière de créativité, il suffit d’avoir l’espace et la permission de s’exprimer librement et de laisser voguer ses idées. Avec cet espace, la créativité peut s’épanouir partout. Il est cependant essentiel de se nourrir d’expériences enrichissantes, et pour cela, il faut être pleinement présent. C’est ainsi que l’inspiration peut surgir au moment et à l’endroit propices.

– La première chose qui s’impose sur « The Wounded Healer », c’est cette évolution vers un Alternative Rock plus marqué et massif. Est-ce le registre que tu souhaitais obtenir dès le départ ?

Quand on compose, on utilise une guitare acoustique, un piano ou un synthé. Dès la composition, la chanson peut prendre n’importe quelle direction en termes de production. On avait clairement en tête de donner à cette musique une ambiance et une ampleur similaires à celles de « Change Change », par exemple. De ce point de vue, c’était peut-être un peu préconçu. Mais au final, notre objectif principal était d’écrire de bonnes chansons sans les enfermer dans un genre trop tôt. En revanche, pour la production, on voulait absolument un son puissant et ample ! Michael (Morchecha – NDR) a fait un super boulot là-dessus avec Alex Loring au mixage.

– Toutes les chansons de l’album ont aussi été composées avec Michael Mormecha. Est-ce pour cette raison qu’il contient plus de sonorités électroniques, là où ton Rock était précisément plus brut ? C’est une évolution naturelle pour toi ?

J’ai tellement composé avec Michael par le passé que rien n’a vraiment changé de ce côté-là. Parfois, j’ai déjà la structure de base ou l’idée, et Michael lui donne vie musicalement et à la production. C’était déjà le cas pour des morceaux solo, même à l’époque de « Dangerous ». Les influences de Michael sont aussi variées que les miennes. Outre de nombreuses influences Rock, nous avons toujours été inspirés par des groupes comme The Prodigy, Chemical Brothers et Soulwax, et je pense donc qu’il est tout à fait naturel que cela se ressente dans la production. C’est une évolution naturelle, oui ! Mais cela ne veut pas dire que je ne sortirai jamais de morceaux au son plus brut et naturel sous mon nom. Nous sommes très ouverts et l’évolution ne signifie pas forcément l’arrêt définitif d’un certain style.

– Parlons justement de la production de « The Wounded Healer », qui est plus massive et très soignée dans les arrangements avec aussi un aspect plus sombre globalement. Avez-vous changé vos habitudes d’enregistrement et est-ce que l’album a été proposé tel quel à Pelagic Records ?

Comme je te le disais, le changement radical d’environnement a indéniablement influencé nos habitudes d’enregistrement. Nous n’avions plus notre matériel habituel, nous avons donc fini par composer et enregistrer des démos avec beaucoup d’équipement vintage. Je pense néanmoins que nous serons toujours attirés par le son analogique, même en travaillant en numérique. Cette authenticité est toujours présente dans la production, malgré un son légèrement plus lissé. L’album a été soumis tel quel au label. Nous avons toujours été extrêmement indépendants, et l’autoproduction et le fait de disposer de notre propre studio ont toujours été un atout. Et l’album étant terminé, toute la création nous appartient.

– De tes précédents enregistrements, tu as gardé « Change Change », qui est un énorme hit en puissance. Est-ce le genre de chanson dont on ne peut se défaire si facilement ? Et avait-elle besoin d’un petit lifting pour être dans la continuité de l’album, au moins au niveau du son ?

Ah oui ! « Change Change » est vraiment un titre incontournable, un morceau qui, je crois, avait toute sa place avec PREYRS. On est en tournée en ce moment avec New Model Army, et on joue aussi « Astil », un autre titre de mon ancien répertoire, en live. Parce que ça colle parfaitement. D’ailleurs, « Change Change » n’a pas été modifié pour cet album… ironiquement ! Il a été remasterisé pour que les subtilités sonores s’intègrent bien au reste de l’album, mais à part ça, il est identique. C’est ça qui est génial avec la composition : cette liberté. Quand on a créé un morceau, on a le pouvoir de le jouer dans n’importe quel set, n’importe quel projet et comme on veut ! On gagne plein de nouveaux fans, qui ne connaissaient pas ma musique avant, alors pour eux, « Change Change » est un morceau de PREYRS. Question de perception, non ? C’est marrant ! (Sourires)

– Pour toi qui vis littéralement pour la scène, cela a du être un grand moment de partager l’affiche avec New Model Army. Quels sont tes projets de ce côté-là car, dorénavant, l’Europe te tend les bras ?

Absolument ! Nous sommes en route pour jouer ce soir le huitième concert de la tournée New Model Army (Interview réalisée le 12/11 – NDR). On espère vraiment que le public apprécie notre musique ! Les concerts se déroulent à merveille, toutes les salles étant pleines dès le début de nos sets, c’est tout simplement génial. Ça en dit long sur le public de NMA. Ce sont parmi les plus grands concerts que nous ayons jamais donnés, c’est donc un début idéal pour l’aventure PREYRS. Pour ce qui est de développer notre présence en Europe, nous avons deux mois de tournée en tête d’affiche l’année prochaine, avec un focus sur l’Allemagne avec vingt concerts en mars, ainsi qu’une tournée française en avril, dont l’annonce est imminente. Notre objectif est de continuer à progresser, à jouer, à composer et à sortir des albums ! Avec une super équipe autour de nous, on ne voit aucune raison pour que suivre notre cœur et notre passion ne fonctionne pas ! Un pas après l’autre ! (Sourires)

L’album de PREYRS, « The Wounded Healer », est disponible chez Pelagic Records.

Retrouvez également la chronique d’« Astil » et l’interview d’Amy à l’occasion de la sortie du single « Change Change » :

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Kill The Princess : forcer le destin

C’est grâce à une fan-base aussi impliquée qu’elles que les Franciliennes ont pu financer ce nouvel effort, leur garantissant une totale indépendance et la liberté de présenter ce crépitant « A Fire Within », particulièrement réussi. De grosses guitares, une rythmique qui bastonne et groove sur un chant très polymorphe, KILL THE PRINCESS s’invite dans la cour des meilleures formations françaises actuelles. Son Alternative Metal/Rock prend autant aux tripes qu’il en devient vite addictif. Avec une identité claire, un propos tenace et se tenant loin des clichés, les quatre musiciennes s’affirment avec authenticité dans un registre dense  et animé d’une rage saine.

KILL THE PRINCESS

« A Fire Within »

(Music Maze)

Après « Bitter Smile » sorti il y a deux ans et plutôt bien accueilli, KILL THE PRINCESS signe un deuxième album fracassant et d’une grande maturité artistique. Porté par un nom qui ne doit rien au hasard et un désir farouche de voir plus de femmes sur le devant de la scène, le quatuor ne cache bien sûr pas son engagement et affiche un fort caractère à travers des titres bien ciselés et accrocheurs. Frais et véloce, « A Fire Within » vient confirmer les intentions du combo féminin dans cet Alternative Rock, tirant sur le Metal tout en restant très mélodique. Le brûlot joue autant sur les émotions que sur la puissance, et c’est là toute sa force.

Mené par sa fondatrice Ornella Roccia (guitare, chant), KILL THE PRINCESS trouve son équilibre grâce à la complicité et l’osmose créées avec Céline Vannier (basse), Emilie Poncheele (guitare) et Eva Heinrich (batterie). Sans compromis et à grand renfort de riffs massifs, elles se font les porte-paroles d’une génération déterminée à changer le cours des choses et cela passe aussi et surtout par des textes aussi militants que sensibles, volontaires, lucides et vulnérables. Un parti-pris qui refuse les œillères pour mieux avancer et qui rend ce nouvel opus tellement attachant et percutant à la fois. Une hybridation très réfléchie.

Si le magnétisme de sa chanteuse est évident, c’est qu’il impressionne par sa maîtrise, notamment dans les graves. Certes, on pense parfois à Deborah Dyer, alias Skin, de Skunk Anansie (« Pieces »), mais lorsqu’elle hausse le ton comme sur « Grim Survival », c’est pour mieux asséner haut et fort un message d’une grande justesse. KILL THE PRINCESS fédère autant qu’il fait frissonner et brille par son habilité à transmettre une énergie positive et combative (« Bury The Castle », « Your Denial », « Glass Ceiling », « Dice Doll » et « Under The Water » qui clot ce nouveau chapitre avec classe). D’une flamboyante sincérité !   

Photo : Elise Thénard

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Finger Eleven : back on top

L’avantage d’évoluer dans un registre comme l’Alternative Metal/Rock qui n’a pas pris une ride depuis sa création et d’en être l’un des principaux artisans, c’est que l’on peut s’éclipser une décennie durant et revenir au sommet de son art. Fort d’une carrière qui parle pour lui, FINGER ELEVEN fait partie de ces combos jamais en mal d’inspiration. Machine à tubes pour certains, modèle d’authenticité pour d’autres, une chose est sûre : il ne laisse pas grand monde insensible. Ainsi, « Last Night On Earth » et ses accents très Heavy comme acoustiques vient nous rappeler au bon souvenir des incontournables Canadiens.

FINGER ELEVEN

« Last Night On Earth »

(Better Noise Music)

Dix longues années après « Five Crooked Lines » et malgré un Best Of en 2023 suivi de quelques singles, FINGER ELEVEN aura fait patienter ses fans, au point que certains ont peut-être même décroché. Pourtant, le groupe s’est offert une tournée avec Creed cet été, mais « Last Night On Earth » tombe au bon moment pour remettre la machine en route et surtout repartir à la reconquête d’une réputation et d’une présence incontournable, qui auraient pu lui échapper. Mais, ce serait mal connaître le quintet qui, tout en restant fidèle à ses racines musicales, n’a pas encore tout dit, loin de là.

Référence incontestée de la scène canadienne depuis 25 ans et couronné d’un prix Juno, FINGER ELEVEN possède cet ADN Rock propre à son vaste pays, c’est-à-dire une prédisposition à marier puissance et mélodie. Energique, stimulant et entraînant, « Last Night On Earth » est donc très précisément le disque qu’on attend de lui. Le combo a déjà dévoilé le survitaminé « Adrenaline » qui ouvre les festivités, puis le tonitruant « Blue Sky Mystery » où Richard Patrick de Filter livre un featuring relevé dans un duo musclé avec Scott Anderson. Et la suite n’est pas en reste (« The Mountain », « Perfect Effigy »).

Côté production, FINGER ELEVEN a frappé fort avec un gros son signé de son batteur Steve Molella, déjà là depuis une dizaine d’années. Aussi à l’aise des deux côtés de la console, celui-ci offre une brillance particulière et massive à « Last Night On Earth ». Ca cogne, mais sans se noyer dans une surproduction devenue un peu la norme chez certains pour cacher une misère ambiante ! Toujours très précis dans les arrangements, les deux guitaristes, James Black (lead guitare), Rick Jackett (rythmique), soutenus par le groove Sean Anderson (basse), donnent des couleurs scintillantes, tout en diversité. Un retour fracassant !    

Photo : Jesse Milns

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Faith In Agony : so alive

C’est dans un bel élan que FAITH IN AGONY donne une suite à « Drowned & Exalted », sorti en 2021. Très bien produit, « Insight » traduit avec efficacité une intensité introspective entre Rock et Metal. Très solide et tout en contraste, le combo n’élude pas une certaine vulnérabilité, qui se fond dans des morceaux d’une grande sincérité, souvent à fleur de peau. Sous l’impulsion de sa chanteuse, dont la performance surclasse beaucoup d’autres, la fraîcheur de la formation s’exprime dans une mixité très inspirée.

FAITH IN AGONY

« Insight »

(Independant)

Quelle audace ! Loin des productions hexagonales stéréotypées, convenues ou tellement prévisibles, le groupe signe un album intelligent et d’une grande variété. Même si l’on pourrait les ranger dans un style Alternative Metal/Rock, les Grenoblois œuvrent pourtant dans un registre bien plus large, dont les divers courants se conjuguent dans une belle harmonie. Autant que dire qu’avec « Insight », FAITH IN AGONY offre un grand bol d’air frais, et le paritaire combo fait preuve d’un éclectisme de plus en plus rare et très bienvenu.

Côté son, c’est Sébastien Camhi (Acod, Akiavel, Heart Attack, …) qui a enregistré et mixé ce deuxième opus au Studio Artmusic, lui assurant une belle puissance, du relief, ainsi qu’une mise en valeur des nombreux détails qui se nichent dans des arrangements très soignés. FAITH IN AGONY est donc sûr de son jeu et ses nouvelles compositions témoignent d’une maturité acquise et surtout d’une créativité qui ne s’interdit rien. Guidé par sa frontwoman Madie, passée un temps chez Nightmare, il avance avec force, délicatesse et assurance.   

Avec treize titres, « Insight » permet aussi au quatuor de multiplier les ambiances, les tempos et de dévoiler l’étendue de son univers. Doté d’une saveur très 90’s, ce deuxième effort complet reste très actuel. Tandis qu’Eva Riché (basse) et son frère Quentin (batterie) assurent un groove accrocheur, Guillaume Poupon distille des parties de guitares massives, percutantes et pleines d’émotion. Sur des sonorités Grunge, Fuzz et même bluesy, FAITH IN AGONY déploie une énergie phénoménale et montre une identité très personnelle. Complet et costaud !