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Birdstone : un instinct magnétique [Interview]

Une chaleureuse couleur 70’s enveloppe ce nouvel album des poitevins, où la puissance d’un Heavy Rock massif se mêle à un Classic Hard Rock légèrement bluesy. Pour autant, on n’est pas dans une ambiance vintage poussiéreuse, loin de là. BIRDSTONE cultive le goût de l’aventure musicale et son univers ne serait pas complet sans évoquer cet élan Psych Rock, qui sert presque de guide à « IV ». Sur six morceaux seulement, le groupe impose ses mélodies sur la longueur, entre jam enivrantes, fulgurances explosives et l’impression d’une fragilité toutefois discrète. L’esprit est résolument live, la production organique et les longues plages instrumentales sont autant d’instants de rêverie traversés par des émotions parfois à fleur de peau. Ben (batterie), Edwige (basse, claviers) et Basile (guitare, chant) reviennent sur cet enregistrement marqué par un isolement choisi, qui semble avoir exalté la spontanéité de leur jeu.

– Ce nouvel album arrive un peu plus de dix ans après la formation de BIRDSTONE. Sans parler de bilan, que retenez-vous de cette décennie ? L’évolution de votre musique et de votre style ? Une maîtrise totale de ce que vous pouviez avoir en tête à vos débuts ? Ou peut-être plus simplement la rencontre avec un public de plus en plus réceptif à votre démarche artistique ?

Edwige : On a toujours voulu rester fidèle à ce qu’on aimait dans notre musique, à ce que l’on avait envie d’exprimer sur le moment sans forcément chercher à se cantonner à ce qu’on attendait de nous. L’important nous semble de rester honnête. Même si on a tous parfois envie de ranger par étiquette les artistes que l’on suit, il est difficile de classer sa musique ainsi. Du coup, on s’est souvent retrouvé à graviter autour de certaines niches sans forcément y rentrer complètement, avec ce que ça implique comme avantages et inconvénients.

Basile : Justement, on essaie de chercher la prise de risque plutôt que la maîtrise. Je ne pense pas vraiment qu’on projetait un moule défini sur l’avenir du groupe à nos débuts.

– Vous avez avoir ressenti le besoin de vous isoler pour l’enregistrement de « IV », et vous avez quitté votre Poitou pour l’Aveyron. J’imagine que vous étiez en quête de calme et de sérénité. Etait-ce dû à l’atmosphère que vous souhaitiez développer, car j’imagine que les morceaux devaient être déjà composés, et pour ainsi éviter tout parasitage ?  

Edwige : Notre amie et manager, Léa, nous a proposé d’enregistrer dans cette maison familiale, sachant que nous sommes indépendants et avions très peu de moyens. On a voulu jouer de cette contrainte pour pouvoir être autant investi dans le processus d’enregistrement que de création.

Ben : On voulait se créer un cocon ou il était possible de prendre le temps. On avait évidemment bien avancé les compos avant l’enregistrement, mais on s’est gardé une plage de création. 

Basile : Le processus d’enregistrement influence évidemment le résultat final, et cet album est peut-être plus intime que le précédent. Cet isolement nous semblait pertinent pour nourrir le propos et trouver la spontanéité que l’on recherchait.

– « IV » a donc été enregistré en conditions live et cette spontanéité, justement, est très palpable. De fait, quelle différence faites-vous entre un concert et un enregistrement comme celui-ci, puisque les performances sont finalement très proches ? Y a-t-il tout de même un gros travail de production derrière ?  

Edwige : Que ce soit devant un public ou entre nous, l’important à mes yeux reste la connexion entre nous trois. 

Basile : Justement, la base ‘live’ nous permet de garder cette spontanéité en fondation pour ensuite explorer les arrangements librement sans s’écarter de l’essence de chaque morceau.

Ben : Concernant la production, on a fait en sorte de garder les aspérités que le live implique, vivre avec les accidents et sublimer les défauts inhérents pour en faire une force.

– Cette fois encore, vous avez effectué un beau mélange de Hard 70’s, de Psych Rock avec une légère touche de Heavy blues et « IV » est probablement votre album le plus instinctif. Est-ce, même lors d’un enregistrement comme ici, il reste un part d’improvisation, ou ce nouvel album a-t-il été minutieusement composé en amont ?

Basile : Il reste évidemment une part d’improvisation. Ce n’est pas forcément le cas à chaque enregistrement et ça peut être une volonté que de préparer un enregistrement dans le moindre détail. Notre album précédent, « The Great Anticipation », avait été beaucoup plus préparé en amont. Pour « IV », nous voulions vraiment changer de formule et conserver la sensation de créer jusqu’à la fin de la production.

– Ce nouvel album est très contrasté et la première chose qui surprend est une impression d’inimité pourtant à l ’œuvre dans un spectre sonore très vaste. Est-ce que c’est justement ce type de production qui permet ça, grâce peut-être aussi à la disposition des instruments et surtout de votre formule en trio ?

Ben : On a cherché à pousser certains curseurs pour que la narration soit d’autant plus contrastée, pour que l’album puisse sonner aussi fragile qu’explosif. 

Edwige : Depuis nos débuts, on a toujours voulu creuser les nuances, quitte à pousser certaines parties dans leur retranchements. Si le but est de toucher à une certaine réalité émotionnelle, on se voyait difficilement jouer dans la demi-mesure.

– L’album se termine avec le morceau entièrement instrumental « Swell ». D’où est venu l’idée de clore « IV » avec aussi un incroyable solo de trompette ? L’idée était-elle de surprendre l’auditeur, ou l’atmosphère du morceau s’y prête-t-elle naturellement et des paroles auraient été superflues ? 

Basile : « Swell » est pour le coup le morceau qu’on a laissé le plus libre avant l’enregistrement. On voulait explorer une autre manière de faire, en se basant sur un unique thème et en se laissant porter ensuite dans les arrangements. Une fois que la base était posée, nous est venu l’idée dans un second temps de contacter Paul Weeger pour lui proposer de composer et d’enregistrer une partie de trompette. En quelques prises, nous étions complètement conquis et c’est devenu l’instrument phare du morceau. 

– En dehors de « No One Else » qui ouvre l’album, les morceaux sont plutôt longs et ils offrent une sensation très jam à l’ensemble, qui est d’ailleurs plus Psych que « Loss » et « The Great Anticipation ». Ces longues plages instrumentales au cœur des morceaux sont-elles des échappatoires avant de revenir à la chanson elle-même, à savoir son refrain et ses couplets ?

Edwige : On a simplement voulu retrouver de longues plages de jam sans forcément être contraint par un format plus court. 

Basile : Je sais pas si on conçoit ça comme un échappatoire au morceau. Ce serait plutôt une extension naturelle qui permet de se connecter à quelque chose d’un peu plus organique, hors des structures classiques couplet/refrain, pour mieux y revenir ensuite. 

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot de « Largo », qui se déploie sur plus de onze minutes. On passe d’un entame très Folk 70’s à un milieu clairement Rock et plus mid-tempo pour aller crescendo vers un final explosif et débridé. C’est un schéma que l’on trouvait beaucoup dans le Classic Rock. Comment compose-t-on un morceau d’une telle longueur et qui multiplie autant les ambiances ? Le fil rouge reste-t-il la narration quoiqu’il arrive ?  

Basile : Effectivement, la narration reste le fil rouge. Elle guide nos morceaux les plus progressifs. On avance souvent par bloc. Le thème, c’est-à-dire le riff principal, sert de base et ensuite on déploie les différentes parties dans le temps, en faisant en sorte que les différentes évolutions s’imbriquent les unes aux autres pour servir au mieux la narration. Certaines parties naissent plus naturellement, notamment en jam, alors que d’autres nécessitent plus de travail d’écriture, afin de lier les différentes péripéties. 

Le nouvel album de BIRDSTONE, « IV », est disponible chez Harpyes Records.

Photos : Léonard Szakow

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