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Birdstone : un instinct magnétique [Interview]

Une chaleureuse couleur 70’s enveloppe ce nouvel album des poitevins, où la puissance d’un Heavy Rock massif se mêle à un Classic Hard Rock légèrement bluesy. Pour autant, on n’est pas dans une ambiance vintage poussiéreuse, loin de là. BIRDSTONE cultive le goût de l’aventure musicale et son univers ne serait pas complet sans évoquer cet élan Psych Rock, qui sert presque de guide à « IV ». Sur six morceaux seulement, le groupe impose ses mélodies sur la longueur, entre jam enivrantes, fulgurances explosives et l’impression d’une fragilité toutefois discrète. L’esprit est résolument live, la production organique et les longues plages instrumentales sont autant d’instants de rêverie traversés par des émotions parfois à fleur de peau. Ben (batterie), Edwige (basse, claviers) et Basile (guitare, chant) reviennent sur cet enregistrement marqué par un isolement choisi, qui semble avoir exalté la spontanéité de leur jeu.

– Ce nouvel album arrive un peu plus de dix ans après la formation de BIRDSTONE. Sans parler de bilan, que retenez-vous de cette décennie ? L’évolution de votre musique et de votre style ? Une maîtrise totale de ce que vous pouviez avoir en tête à vos débuts ? Ou peut-être plus simplement la rencontre avec un public de plus en plus réceptif à votre démarche artistique ?

Edwige : On a toujours voulu rester fidèle à ce qu’on aimait dans notre musique, à ce que l’on avait envie d’exprimer sur le moment sans forcément chercher à se cantonner à ce qu’on attendait de nous. L’important nous semble de rester honnête. Même si on a tous parfois envie de ranger par étiquette les artistes que l’on suit, il est difficile de classer sa musique ainsi. Du coup, on s’est souvent retrouvé à graviter autour de certaines niches sans forcément y rentrer complètement, avec ce que ça implique comme avantages et inconvénients.

Basile : Justement, on essaie de chercher la prise de risque plutôt que la maîtrise. Je ne pense pas vraiment qu’on projetait un moule défini sur l’avenir du groupe à nos débuts.

– Vous avez avoir ressenti le besoin de vous isoler pour l’enregistrement de « IV », et vous avez quitté votre Poitou pour l’Aveyron. J’imagine que vous étiez en quête de calme et de sérénité. Etait-ce dû à l’atmosphère que vous souhaitiez développer, car j’imagine que les morceaux devaient être déjà composés, et pour ainsi éviter tout parasitage ?  

Edwige : Notre amie et manager, Léa, nous a proposé d’enregistrer dans cette maison familiale, sachant que nous sommes indépendants et avions très peu de moyens. On a voulu jouer de cette contrainte pour pouvoir être autant investi dans le processus d’enregistrement que de création.

Ben : On voulait se créer un cocon ou il était possible de prendre le temps. On avait évidemment bien avancé les compos avant l’enregistrement, mais on s’est gardé une plage de création. 

Basile : Le processus d’enregistrement influence évidemment le résultat final, et cet album est peut-être plus intime que le précédent. Cet isolement nous semblait pertinent pour nourrir le propos et trouver la spontanéité que l’on recherchait.

– « IV » a donc été enregistré en conditions live et cette spontanéité, justement, est très palpable. De fait, quelle différence faites-vous entre un concert et un enregistrement comme celui-ci, puisque les performances sont finalement très proches ? Y a-t-il tout de même un gros travail de production derrière ?  

Edwige : Que ce soit devant un public ou entre nous, l’important à mes yeux reste la connexion entre nous trois. 

Basile : Justement, la base ‘live’ nous permet de garder cette spontanéité en fondation pour ensuite explorer les arrangements librement sans s’écarter de l’essence de chaque morceau.

Ben : Concernant la production, on a fait en sorte de garder les aspérités que le live implique, vivre avec les accidents et sublimer les défauts inhérents pour en faire une force.

– Cette fois encore, vous avez effectué un beau mélange de Hard 70’s, de Psych Rock avec une légère touche de Heavy blues et « IV » est probablement votre album le plus instinctif. Est-ce, même lors d’un enregistrement comme ici, il reste un part d’improvisation, ou ce nouvel album a-t-il été minutieusement composé en amont ?

Basile : Il reste évidemment une part d’improvisation. Ce n’est pas forcément le cas à chaque enregistrement et ça peut être une volonté que de préparer un enregistrement dans le moindre détail. Notre album précédent, « The Great Anticipation », avait été beaucoup plus préparé en amont. Pour « IV », nous voulions vraiment changer de formule et conserver la sensation de créer jusqu’à la fin de la production.

– Ce nouvel album est très contrasté et la première chose qui surprend est une impression d’inimité pourtant à l ’œuvre dans un spectre sonore très vaste. Est-ce que c’est justement ce type de production qui permet ça, grâce peut-être aussi à la disposition des instruments et surtout de votre formule en trio ?

Ben : On a cherché à pousser certains curseurs pour que la narration soit d’autant plus contrastée, pour que l’album puisse sonner aussi fragile qu’explosif. 

Edwige : Depuis nos débuts, on a toujours voulu creuser les nuances, quitte à pousser certaines parties dans leur retranchements. Si le but est de toucher à une certaine réalité émotionnelle, on se voyait difficilement jouer dans la demi-mesure.

– L’album se termine avec le morceau entièrement instrumental « Swell ». D’où est venu l’idée de clore « IV » avec aussi un incroyable solo de trompette ? L’idée était-elle de surprendre l’auditeur, ou l’atmosphère du morceau s’y prête-t-elle naturellement et des paroles auraient été superflues ? 

Basile : « Swell » est pour le coup le morceau qu’on a laissé le plus libre avant l’enregistrement. On voulait explorer une autre manière de faire, en se basant sur un unique thème et en se laissant porter ensuite dans les arrangements. Une fois que la base était posée, nous est venu l’idée dans un second temps de contacter Paul Weeger pour lui proposer de composer et d’enregistrer une partie de trompette. En quelques prises, nous étions complètement conquis et c’est devenu l’instrument phare du morceau. 

– En dehors de « No One Else » qui ouvre l’album, les morceaux sont plutôt longs et ils offrent une sensation très jam à l’ensemble, qui est d’ailleurs plus Psych que « Loss » et « The Great Anticipation ». Ces longues plages instrumentales au cœur des morceaux sont-elles des échappatoires avant de revenir à la chanson elle-même, à savoir son refrain et ses couplets ?

Edwige : On a simplement voulu retrouver de longues plages de jam sans forcément être contraint par un format plus court. 

Basile : Je sais pas si on conçoit ça comme un échappatoire au morceau. Ce serait plutôt une extension naturelle qui permet de se connecter à quelque chose d’un peu plus organique, hors des structures classiques couplet/refrain, pour mieux y revenir ensuite. 

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot de « Largo », qui se déploie sur plus de onze minutes. On passe d’un entame très Folk 70’s à un milieu clairement Rock et plus mid-tempo pour aller crescendo vers un final explosif et débridé. C’est un schéma que l’on trouvait beaucoup dans le Classic Rock. Comment compose-t-on un morceau d’une telle longueur et qui multiplie autant les ambiances ? Le fil rouge reste-t-il la narration quoiqu’il arrive ?  

Basile : Effectivement, la narration reste le fil rouge. Elle guide nos morceaux les plus progressifs. On avance souvent par bloc. Le thème, c’est-à-dire le riff principal, sert de base et ensuite on déploie les différentes parties dans le temps, en faisant en sorte que les différentes évolutions s’imbriquent les unes aux autres pour servir au mieux la narration. Certaines parties naissent plus naturellement, notamment en jam, alors que d’autres nécessitent plus de travail d’écriture, afin de lier les différentes péripéties. 

Le nouvel album de BIRDSTONE, « IV », est disponible chez Harpyes Records.

Photos : Léonard Szakow

Retrouvez aussi les chroniques de leurs deux précédents albums :

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Hard 70's Heavy Blues Stoner Rock

Graveyard : nordic wave

Secoué par un récent changement de line-up, la formation de Göteborg a préféré resserrer les rangs plutôt que de se mettre en quête d’un nouveau membre. Et bien lui en a pris, car « Fever » a gagné en explosivité avec un côté direct et imposant, qui reste au plus près de l’esprit spontané qui l’anime depuis ses débuts. Non pas que GRAVEYARD se soit plongé dans le grand bain du Stoner, mais il faut reconnaître que c’est la ligne qui s’impose, toujours établit autour d’éléments Blues et psychédéliques. Une situation et une intention clarifiées au profit d’un opus massif et délicat.

GRAVEYARD

« Fever »

(Nuclear Blast Records)

Suite au départ de son guitariste, chanteur et fondateur Jonatan Larocca-Ramm en juin dernier, c’est donc en formule trio que se présente GRAVEYARD. Autour de Joakim Nilsson (guitare, chant), dernier pilier originel, Truis Mörck (basse, chant) et Oskar Bergenheim (batterie) semblent loin d’avoir laissé les bras. « Fever » arrive trois ans après « Six » et ils ont laissé son ambiance assez sombre pour renouer avec une énergie plus solaire. Toujours avec une touche vintage, leur style refuse encore d’être linéaire et il se renouvelle brillamment.

Plus frontal que son prédécesseur, ce septième album porte bien son nom. C’est un retours aux sources du Rock qu’effectue le groupe et s’il est toujours teinté de Blues et de gros riffs fuzz, le Stoner domine très largement. Il faut dire qu’en la matière, la Suède n’est pas en reste et compte même parmi les meilleurs représentants européens du genre. GRAVEYARD jour sur son aspect le plus brut pour mettre en lumière une identité forgée sur deux décennies. Organique et incandescent, « Fever » se déploie sur une production intemporelle et dynamique.

Si l’approche est différente, l’énergie reste le moteur du combo et elle alimente ce Heavy Rock solide de bout en bout. Le groove est épais, les morceaux tranchent dans le vif et GRAVEYARD semble inépuisable. Puissante, tout en restant mélodique, cette nouvelle réalisation brûle de toutes parts (« Back From The Grave », « Room Tempered », « Tongue Tied », « A Mens To An End », « Year Of The Horse » et l’excellent « Dead Note »). Efficace et sans concession, « Fever » est vraiment le disque qu’on attendait de la part des Scandinaves.

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Hard 70's Heavy Stoner Psych International

Saturna : master of rings [Interview]

Avec leur sixième album, les Catalans se sont délestés de tout superflu, de tous ces effets omniprésents sur les productions actuelles pour revenir à l’essentiel, à savoir la transmission des émotions. Et le résultat est criant de vérité et d’authenticité. SATURNA nous propulse au cœur de ses morceaux dans un environnement organique savoureux. Il faut dire que son registre s’y prête vraiment et que ces nouvelles compositions résonnent d’une grande justesse, d’un feeling de chaque instant doté d’arrangements bien sentis. En effet, « Light And Shadow » remonte le temps sous le prisme d’un Rock parfois psychédélique, aujourd’hui qualifié de ‘classique’, qui se veut direct et sincère. Rarement les instruments et le chant n’auront trouvé aussi facilement leur place au sein d’un Hard 70’s que le quatuor a délicatement voilé de Stoner Rock. Y compris dans le songwriting, rien n’est laissé au hasard. Les guitares sont scintillantes, la voix et les chœurs envoûtants et la rythmique nous ramène aux belles heures d’un groove presque charnel, le tout bercé par des mélodies irrésistibles. Les Espagnols atteignent ici à un sommet de leur art, et ce nouvel opus s’inscrit déjà parmi les meilleurs de l’année. Rencontre avec des musiciens qui ont une idée bien précise de leur musique et qui sont passés maîtres dans l’art de la capturer pour mieux la laisser respirer.

– « Light And Shadow » est votre sixième album et surtout, il marque l’arrivée à la guitare et à la composition de Max Erikson. Comment son intégration s’est-elle passée et explique-t-elle les trois ans depuis« The Reset », car vous nous aviez habitués à un rythme plus soutenu ?

L’arrivée de Max a évidemment apporté de nouvelles idées de composition. Par exemple, sur des morceaux comme « No Questions », largement inspiré de son idée personnelle, on perçoit un rythme et un style beaucoup plus rapides que ce que SATURNA proposait ces derniers temps. Et honnêtement, l’intégration s’est faite très naturellement. Il a été très actif, apportant de nouvelles idées, peaufinant celles que nous avions déjà et créant avec une énergie renouvelée en répétition. Il a également insufflé sa propre personnalité et son propre style aux anciens morceaux de notre setlist, composés avant son arrivée, et cela se ressent en concert notamment.

– Vous avez vous-mêmes enregistré ce nouvel album et confié le mix à votre batteur, Enric Verdaguer, ce qui est une première pour SATURNA. Est-ce que l’idée était de donner à « Light And Shadow » le son que vous recherchiez vraiment, à savoir un environnement très organique et une approche live ?

Ce n’est tout à fait pas la première fois qu’Enric mixe un album pour nous. Il l’avait déjà fait pour « Atlantis » et quelques autres titres pour des compilations. Ce changement de son est tout à fait intentionnel. Nous voulions nous éloigner du style de production de notre précédent album (« The Reset »), que nous adorons, mais qui impliquait beaucoup plus de préproduction, de nombreuses pistes, des samples et un montage poussé. Ici, nous voulions faire exactement l’inverse : de nombreuses prises complètes et sans coupure, un montage minimal et aucun sample.

Au lieu de trop lisser l’équalisation, nous voulions laisser chaque instrument respirer et conserver son timbre unique, loin de cette perfection moderne et lisse. Nous recherchions le son brut d’instruments jouant ensemble dans une même pièce, avec toutes leurs imperfections naturelles, leurs médiums un peu brouillés et leur résonance. L’objectif principal était de recréer au plus près le son de nos répétitions. C’est évidemment très différent des méthodes de production actuelles et cela ne plaira peut-être pas à tout le monde.

– Pour rester sur la production de l’album, vous avez confié sa distribution aux labels Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis. C’est assez inhabituel d’autant que vous le produisez. Comment s’organise un tel déploiement et qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Oui, même si nous avons géré l’enregistrement et le mixage nous-mêmes, des aspects comme le pressage physique et surtout la distribution, le marketing et les campagnes sur les réseaux sociaux, c’est-à-diretout ce qu’implique la sortie d’un album digne de ce nom, représentent une charge de travail bien trop importante pour que nous puissions la gérer seuls. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants, notamment envers Spinda Records et Dani de Discos Macarras. Cette fois-ci, ils se sont associés à Ripple Music, ce qui nous permet d’être distribués également aux Etats-Unis. Je trouve qu’ils font un travail formidable avec les médias, les relations presse et le positionnement, ce que nous n’aurions jamais pu réaliser seuls.

– Revenons à « Light And Shadow » qui, comme le titre le laisse entendre, traite de plusieurs dualités à savoir les ténèbres et la lumière, la vie et la mort et l’amour et la haine. Pourtant, là on aurait pu s’attendre à des atmosphères assez sombres, vous avez surtout jouer sur les textures sonores et l’ensemble est très homogène et lumineux. Plus que le contraste musical, l’objectif a-t-il été de mettre en avant les émotions ?

Au final, un album moins produit respire davantage. En épurant les choses et en évitant les arrangements et les orchestrations superflus, on laisse la composition s’exprimer pleinement. On apprécie mieux chaque élément, le son de chaque instrument et les textures spécifiques recherchées, le tout enregistré en live avec des effets, capturant la dynamique naturelle, l’interprétation vocale et tous ces détails. Tout est plus perceptible ainsi. Au final, l’essentiel est de mettre en valeur l’émotion brute. Par exemple, le morceau « About You » a été enregistré entièrement par Jimmy, en une seule prise sur laquelle il joue de la guitare et chante dans sa chambre. On a envisagé de le réenregistrer, mais on a finalement décidé de garder cette prise live enregistrée chez lui pour l’album. Et c’est peut-être ce que tu voulais dire : ne pas rechercher la perfection. Jimmy a simplement chanté et enregistré sur le vif, en fonction de ce qu’il ressentait, et quand je l’écoute aujourd’hui, ça se ressent vraiment. Une version studio aurait peut-être sonné beaucoup mieux techniquement, mais elle n’aurait pas transmis la même émotion que cette prise.

– Parmi les ambiances qui traversent « Light And Shadow », on retrouve ce qui fait votre style, c’est-à-dire un mélange savamment dosé de Hard Rock classique, de proto-Metal et de Rock psychédélique. Forcément, l’ensemble sonne très 70’s, mais l’album est loin d’être déconnecté de notre époque. Comment faites-vous le pont ? Grâce à l’écriture ou à l’état d’esprit global de SATURNA, qui reste très ouvert ?

Ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’on n’est pas des puristes. En fait, s’enfermer dans un genre précis peut parfois avoir une connotation négative. On a l’impression de se brider et de s’empêcher d’explorer de nouvelles pistes. Pour nous, c’est tout le contraire. On laisse simplement s’exprimer toute la musique qu’on a écoutée, vécue et aimée, quand elle en a besoin. C’est peut-être pour ça que nos chansons touchent autant les gens. Certains auditeurs nous entendent et se disent : « Punaise, on dirait un groupe tout droit sorti des années 70 ! » tandis que d’autres, plus sensibles aux années 90, disent qu’on sonne Grunge, Stoner ou un truc du genre. Au final, l’’important est de faire la musique qu’on a envie de faire. Nos racines et nos influences finissent toujours par ressurgir naturellement. Après, c’est aux autres de coller des étiquettes et de décider de notre style, mais pour nous, c’est toujours profondément personnel.

– Il y a aussi une chose marquante sur ce nouvel album, c’est le travail sur les guitares, qui montre la belle complicité entre James et Max, que ce soit au niveau des riffs comme de l’intensité des solos. Est-ce justement sur cet aspect que vous avez porté vos efforts cette fois-ci ?

Au final, tout cela nous ramène à ce que nous disions précédemment. L’album n’étant pas surproduit, tout repose essentiellement sur la composition. A cet égard, Jimmy et Max, malgré leur immense talent de musiciens, jouent toujours au service de la chanson. Chaque morceau est méticuleusement structuré, que ce soit dansle jeu de chaque guitare pendant que l’autre joue autre chose, ou encore l’exécution d’un solo. Même un solo spectaculaire s’accompagne toujours d’une ligne mélodique, qui s’intègre parfaitement au morceau, faisant office de transition entre les différentes sections. Ce sont ces détails sur lesquels nous nous sommes vraiment concentrés et que nous avons travaillés avec acharnement, aussi bien en studio que sur scène, et je pense que c’est précisément ce que l’on remarque à l’écoute de cet album.

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot sur « About You » et « Opus One », qui sont tous les deux des titres acoustiques. Avez-vous conçu ces deux morceaux comme des sortes de respiration, au regard du reste de l’album ?

Honnêtement, au départ, ces chansons n’avaient pas d’autre but que de être simplement crées pour elles-mêmes, par besoin de transmettre quelque chose. Mais il est vrai qu’une fois l’album enregistré, après fait la même chose avec tous les morceaux que nous avions jusque-là, et surtout lorsqu’il faut faire un album avec une durée très limitée par face, on arrive à un moment où il faut établir la tracklist. C’est là qu’on réfléchit à la place de chaque chanson sur chaque face. Il faut que la durée soit plus ou moins la même sur les deux et il faut aussi éviter que la dynamique ne s’essouffle. Alors, à ce stade, on évite peut-être de placer deux chansons similaires trop près l’une de l’autre, tu vois ? On s’assure que tout s’enchaîne bien pour que l’album s’écoute d’une traite et que tout soit cohérent.

– Enfin, l’album s’achève avec « A Strange Mix Of Humans », qui est un texte de votre ami John Mann, illustrateur à Los Angeles. C’est un message qu’il vous a laissé et qui est d’une incroyable justesse et d’une grande profondeur. Il est d’ailleurs accompagné de la guitare classique de Mariano Rupil. Il résonne comme une sorte d’écho à une réflexion que peu ont dans l’industrie musicale actuelle. Dans quelle intention l’avez-vous intégré à « Light And Shadow » ?

Ce morceau est en fait un enregistrement vocal WhatsApp d’une conversation que Jimmy a eue avec lui. Si je me souviens bien, ils parlaient des Sex Pistols. Quand on l’a entendu, avec la voix de Johnny, son interprétation et ce qu’il a dit à ce moment-là, on s’est dit : « Il faut absolument que ce soit sur l’album ! » On a eu un moment la crainte que les gens pensent que c’était notre propre opinion et que ça sonne un peu… comment dire ?… un peu arrogant, voire prétentieux.

Mais au fond, je pense que c’est une opinion qui a toujours été présente dans l’Histoire de la musique. On peut former des super-groupes avec des membres incroyables dans leurs propres formations, mais ensuite, pour une raison ou une autre, quand ils forment ce nouveau groupe, ça ne marche pas. Ou on peut avoir d’excellents instrumentistes, mais quand on les réunit, ça ne donne pas de bonne musique. A l’inverse, parfois, quatre gars qui ne sont même pas particulièrement doués, ou qui, a priori, ne devraient pas travailler ensemble, finissent par faire de la super musique pour une raison inconnue. C’était simplement cette réflexion et nous l’avons adorée. Nous y avons ensuite ajouté l’accompagnement de guitare classique de Mariano. Au final, c’est tout simplement une idée qui nous plaisait beaucoup et nous trouvons qu’elle reflète bien la musique que nous écoutons.

Le nouvel album de SATURNA, « Light And Shadow », est disponible chez Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis.

Commande directe sur le site du label : www.discosmacarras.com

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Heavy metal Old School

Ironflame : une âme de guerrier

Originaire de l’Ohio, qui a longtemps été un creuset fertile du Heavy Metal traditionnel américain, IRONFLAME fait partie de ces combos qui entretiennent brillamment l’esprit et l’atmosphère d’une période faste. Avec beaucoup de passion et de détermination, « Worlds To Conquer » est un concentré de riffs tranchants et de solos pointus, soutenus par une paire basse/batterie galopante très musclée et des parties vocales accrocheuses. Fidèle et convaincant.

IRONFLAME

« Worlds To Conquer »

(High Roller Records)

Pour ses dix d’existence, IRONFLAME s’offre un très bon album et « Worlds To Conquer » conserve son inégalable saveur underground. Toujours guidé par le multi-instrumentiste Andrew D’Cagna, qui a aussi enregistré, mixé et masterisé l’ensemble, ce nouvel opus résonne du Heavy Metal d’antan, celui rendu intemporel par des artistes comme Dio notamment, dont l’ombre plane ici avec bienveillance. Si l’héritage est Old School, les Américains vont pourtant de l’avant et sont même loin de manquer d’inventivité, bien au contraire.

Le leader du quintet imprime donc très largement sa marque, jouant tous les instruments, en plus du chant dont il a écrit les paroles. Cependant, ce sont bien les deux guitaristes qui ont composé et interprété leurs solos. Et on apprend également une autre surprise de taille. Alors que sortait « Kingdom Torn Asunder » en 2024, la musique de « Worlds To Conquer » était déjà en boîte depuis l’année précédente. Ensuite, il y a deux ans, les voix étaient posées pour finir avec les guitares en 2025. IRONFLAME conserve toujours un coup d’avance.

Même s’il a mené de front plusieurs formations, dont Brimstone Coven, Icarus Witch et Coldfeels entre autres, D’Cagna est loin de négliger son groupe et ces nouveau morceaux attestent de sa créativité. La production est solide et actuelle, sert habillement de belles et puissantes dynamiques et l’empreinte de la NWOBHM est toujours aussi vivace (« Night Closes Is », « Shadow Slave », « Valhalla Is Calling », « Where Cauldrons Burn » et le morceau-titre). IRONFLAME met le feu, l’attise et libère un Heavy Metal agréablement vintage et racé.

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Heavy metal Old School

Coven Japan : Metal samouraïs

Originaire de la capitale nippone, le tandem commence à se faire une place sur la scène underground. Fort d’un style tranchant et mélodique, COVEN JAPAN livre un deuxième opus très convaincant à l’identité de plus en plus distincte. Si certaines références, issues d’Europe comme du Japon, sont encore évidentes, « Promised Land » s’en détache sur des parties de guitares soignées, un chant solide et une rythmique galopante. L’esprit vintage est assumé et le registre direct.

COVEN JAPAN

« Promised Land »

(No Remorse Records)

Fervents adeptes du DIY, c’est tout d’abord sous le nom de Coven (quelle drôle d’idée!) que la chanteuse Taka et le guitariste Akihiro Ito ont fondé leur groupe en 2016. L’année suivante, leur premier EP, « The Advent », leur a ouvert de nombreuses portes, dont celles du label grec No Remorse Records chez qui ils ont sorti l’album « Earthlings » fin 2023, mais cette fois sous la bannière de COVEN JAPAN. Dix ans après sa création, les Japonais se sont donc développés à l’international et « Promised Land » confirment de belles prédispositions.

Défenseurs d’un Heavy Metal Old School et fortement inspiré par la NWOBHM, les Tokyoïtes ont cependant su imposer une marque bien à eux. En premier lieu, la frontwoman use de sa langue maternelle et aussi de l’anglais (à l’accent prononcé), ce qui donne une saveur spéciale aux morceaux. Ces derniers sont d’ailleurs souvent imprégnés de leur culture, de sonorités de certains groupes de leur pays (Blaze, Blizard) et de chansons d’animation. COVEN JAPAN s’est créé un univers personnel parfois étonnant et dont les différentes atmosphères sont très accrocheuses.

Auteur, compositeur et interprète, le duo a également enregistré et mixé ensemble « Promised Land », ce qui lui donne beaucoup de certitudes sur ses intentions et sa maîtrise. A noter également que les parties de basse et de batterie sont assurées par les deux musiciens, contribuant au son très organique de COVEN JAPAN. Racé et efficace, le Heavy Metal proposé est rétro et dynamique, et les featurings du suédois Tomas Ericson de Helvetets Port sur « Witchfinder » et celui du Français Niels Bang d’Animalize sur « Breath Of The Distand » sont costauds. A découvrir !

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Hard 70's Proto-Metal

Midnight Rider : retro-active

Authentique et capable de recréer des ambiances vieilles de quelques décennies, MIDNIGHT RIDER pose un regard bienveillant sans être passéiste sur une époque, où la genèse du Hard Rock et du Heavy Metal se faisait grâce à des formations désormais mythiques. La qualité des compositions et de leurs arrangements couplée à une belle et organique production fait de « Limited Infinity » un troisième album, où les riffs sont aussi peaufinés que les mélodies.

MIDNIGHT RIDER

« Limited Infinity »

(Massacre Records)

Changer le line-up d’un groupe au trois quart, et même si on en est le membre fondateur, est loin d’être anodin. C’est donc autour du guitariste Blumi que MIDNIGHT RIDER reprend son souffle et poursuit l’aventure. Il accueille Chris Black au chant, Hendrik à la batterie et Nik à la basse. Musicalement, on n’assiste pas à de profonds changements, mais plutôt à un nouveau souffle. Certes, l’ambiance rétro demeure et ce quatuor presque flambant neuf se meut dans un Hard 70’s et un proto-Metal enthousiasmants.

Tout en restant classique dans la forme comme dans le fond, MIDNIGHT RIDER s’est cependant détaché de l’empreinte de Judas Priest et de Black Sabbath, notamment très présente sur « Manifestation » (2017) et un peu moins sur « Beyond The Blood Red Horizon » (2022). Plus que jamais, les Allemands affichent une identité plus personnelle et surtout une détermination nettement plus palpable. Le nouveau frontman a parfaitement trouvé ses marques dans cet environnement 70’s et sa fluidité vocale fait vraiment plaisir à entendre.

Et si « Limited Infinity » est délicieusement vintage, il est aussi costaud et les parties de guitare, tout comme la rythmique, évoluent sur une belle dynamique. Le Hard Rock de MIDNIGHT RIDER a également quelque chose de très contemporain, ce qui confirme que le retour aux sources des Germaniques ne se fait pas sans garder en mémoire l’héritage de Montrose ou Riot notamment (« Charlemagne », « The Renegade », « Twice The Pride/Double The Fall », « Blitzlight », et l’acoustique « Evening Lights »). Un bel opus et de bonnes ondes.

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Blues Rock Contemporary Blues

Jennifer Lyn & The Groove revival : l’intensité de la scène

Indépendante et inspirée, JENNIFER LYN est devenue une blueswoman qui compte dans le paysage musical actuel des Etats-Unis. Désormais basée dans le Dakota du Nord avec THE GROOVE REVIVAL, elle franchit de nouveaux caps et le Blues de sa formation passe de moments Rock musclés à des passages Soul avec une fluidité et une maîtrise rafraîchissantes. « Electric Eden » est l’album Live qui manquait à une déjà belle discographie très contemporaine, qui fait aussi le lien avec un héritage aux très nombreuses branches.

JENNIFER LYN & THE REVIVAL

« Electric Eden »

(J & L Collective)

Un an tout juste avec « Retrograde », son troisième album qui a vu se concrétiser une formidable collaboration avec Richard Torrance, son guitariste et co-auteur, JENNIFER LYN revient déjà avec « Electric Eden », qui se présente comme un témoignage scénique remarquable de ce groupe désormais soudé. THE GROOVE REVIVAL est plus jamais le bien-nommé, tant il porte haut un Blues Rock très contemporain, toujours mâtiné de Classic Rock, de Soul et de saveurs 70’s. L’exactitude du jeu et le feeling à l’œuvre font de ce Live un bel instant suspendu.

Aux côtés du duo, on retrouve Jim Anderson derrière les fûts, Barb Jiskra aux claviers et Nolyn Falcon à la basse et les cinq musiciens parviennent à transmettre au public tout le plaisir qu’ils ont à jouer ces neuf morceaux. Aujourd’hui plus encore, JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL est une machine bien huilée et cette prestation, faite d’émotion et tout en percussion, est d’une incroyable sensibilité. La connexion se fait autant sur scène que dans la salle et c’est très palpable. Le groupe comme les spectateurs surfent sur une même et électrisante énergie.

Forcément, « Retrograde » est bien représenté avec cinq chansons (« Light the Fire », « Sucker For The Pain », « Baggage », « ‘59 Cadillac » et « Refuge »). De plus en plus irrésistible vocalement, l’Américaine forme également un très bon tandem guitaristique avec Richard Torrance et leurs échanges sont à la fois complices et intenses. En ce sens, « Electric Eden » capture à merveille l’instantanéité de la performance live de JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL. Grâce à un songwriting créatif, l’interprétation du quintet est littéralement brillante.

Photo : Wyatt Ell

Retrouvez l’interview accordée par la chanteuse et guitariste à la sortie de « Retrograde » :

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Heavy metal Old School

Toxikull : cherished legacy

Vaillants et déterminés, les Lisboètes arrivent à un stade de leur carrière, où ils sont en pleine maîtrise de leur jeu et confortés aussi dans leurs choix artistiques. TOXIKULL est indomptable et entraînant, et chaque morceau de « Turbulence » est une prise d’assaut et une sorte d’acte héroïque, entièrement dédié à un Heavy Metal originel indéboulonnable depuis sa création. Et il sait d’ailleurs aussi très bien se renouveler en se réoxygénant avec force. Le quatuor en est donc un héritier direct que rien ne semble pouvoir arrêter.

TOXIKULL

« Turbulence »

(Dying Victims Productions)

Avec un quatrième album en l’espace de dix ans, TOXIKULL semble avoir trouvé son allure de croisière et continue son immersion dans un Heavy Metal Old School, de celui qui secoue le genre depuis les années 80 notamment. Classique, certes, mais pas en manque d’idées, « Turbulence » est d’une énergie viscérale et atteste d’une maturité acquise patiemment. Agrémenté d’un soupçon de Speed Metal, tout en restant mélodique et accrocheur, ce nouvel opus ne jette pas pour autant un regard passéiste, mais prouve au contraire que l’avenir lui tend les bras. La dynamique est activée.

Deux ans après « Under The Southern Light », et juste après un live sorti l’année dernière, « Echoes From The Arena », sur lequel il a démontré qu’il était réellement taillé pour la scène, TOXIKULL ne relâche donc pas la pression et va de l’avant avec le percutant « Turbulence », le bien-nommé. Racé et tranchant, l’ensemble est très bien produit par Jaime Gómez Arellano (Opeth, Angel Witch, Paradise Lost, Moonspell), qui a parfaitement su retranscrire la passion du combo pour un Heavy Metal authentique et direct. Et entre Judas Priest, King Diamond ou WASP, il a trouvé sa voie et son style.

Grâce à un son actuel, TOXIKULL rend son approche un peu plus intemporelle encore et son duo de guitaristes y est pour beaucoup. Les rythmiques sont percutantes, les solos millimétrés et relevés et les titres sont galvanisés par un frontman en grande forme, qui livre une prestation remarquable. De « Midnight Fire », à «  Dragon Magic », en passant par « Dying Star », « Strike Again », « Hard To Break », « Flames Of Glory » ou le morceau-titre, les Portugais nous tiennent en haleine avec beaucoup de ferveur et ils s’adressent aux metalheads avec beaucoup de conviction et d’envie.

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Classic Rock Hard 70's Rock Progressif

Franck Carducci : d’un naturel éclatant

Nul n’est prophète en son pays et FRANCK CARDUCCI en est une preuve éclatante. Cependant, avec « Sheeple », il devrait pouvoir enfin s’y imposer, car la dextérité et la qualité d’interprétation à l’œuvre sont irréprochables. Ancré dans un Rock Progressif originel et un Rock très 70’s, son style affiche beaucoup de vélocité et un souci du détail imparable. Sur le fond, le musicien nous questionne sur le libre-arbitre et l’obéissance aveugle. Un travail d’équilibriste personnel réussi et robuste.

FRANCK CARDUCCI

« Sheeple »

(Cherry Red Records/Socadisc)

Autoproduit depuis ses débuts en 2011, le multi-instrumentiste virtuose semble avoir trouvé son bonheur sur le prestigieux label britannique Cherry Red Records, où les Français ne sont d’ailleurs pas légion. Une belle reconnaissance pour celui qui a opté pour un registre un brin vintage, évoluant entre un Classic Rock musclé et un Rock Progressif délicat. Avec « Sheeple », FRANCK CARDUCCI signe son cinquième album studio, auquel il faut ajouter deux live. Autant dire que le Lyonnais possède une belle expérience, essentiellement acquise à l’étranger également.

Producteur de « Sheeple », il y joue la plupart des instruments, à savoir la basse, la batterie, l’orgue Hammond et les guitares, en plus du chant, ce qui ne l’empêche pas d’être très bien entouré. Réputé pour ses prestations live, on retrouve ce même côté immédiat et organique sur les neuf morceaux. Grâce à un étonnant sens de la narration et une production brillante, FRANCK CARDUCCI propose ici un voyage musical dense, où les passages à forte intensité flirtent avec le Hard Rock et où se mêlent des instants suspendus d’une grande finesse.

Guidé par une ambition artistique largement à sa portée, le musicien joue sur les contrastes avançant sur des morceaux fleuves (« Love Or Survive », « The Betrayal Of Blues »), d’autres plus costauds (« Self-Righteousness ») et offre même une petite trilogie mélancolique très subtile (« Sweet Cassandra »). Emprunt d’une grande liberté et très abouti, ce nouvel opus ne se fond pas uniquement dans un esprit old school, il pose aussi un regard neuf et moderne sur un Rock Progressif qu’on croyait difficile à renouveler. Une leçon de volonté et d’humilité.

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Heavy metal

Kerrigan : driven by passion

Si renouveler une certaine tradition est peine perdue, l’entretenir n’est pas pour autant chose facile. Et pourtant, avec son deuxième opus, la formation teutonne s’affirme avec autorité dans un Heavy Metal estampillé 80’s, entre mélodies appuyées et rythmes effrénés. Si KERRIGAN préfère la finesse du jeu au côté massif des blafardes productions actuelles, c’est que son line-up est largement à la hauteur de l’enjeu et que, surtout, la volonté s’entend à chaque accord et sur chaque échange qu’il soit rythmique, ou le fruit du beau travail de ses deux guitaristes. Avec « Wayfarer », le combo fait durer le plaisir en empruntant sans la moindre hésitation le chemin de ses aînés.

KERRIGAN

« Wayfarer »

(High Roller Records)

Formé en 2019 du côté de Fribourg, KERRIGAN avait fait une bonne entrée en matière il y a trois ans avec son premier opus, « Bloodmoon ». Fidèle à un label qui entretient avec talent l’esprit d’un metal underground et vintage plus vivant que jamais, il confirme avec « Wayfarer » ses belles prédispositions. Les fans des années 80 n’auront aucun mal à déceler chez le quatuor une envie d’authenticité à travers un Heavy Metal sincère et convaincant. Rien de cliquant ici, mais un désir d’exprimer un attachement à un style aussi épique que mélodique.

Profondément marqué par la NWOBHM, on n’est donc pas surpris par la qualité des twin-guitars, ni par les rythmiques galopantes. Les deux six-cordistes enchaînent les riffs racés sur des titres entraînants et accrocheurs. Et KERRIGAN peut aussi se reposer sur un chanteur qui, s’il ne prend pas vraiment de risque, livre une très bonne prestation. Dans un registre qui ne s’aventure pas trop dans les aigus, son timbre médium rappelle parfois dans les intonations les premiers pas d’un certain Tom Kiefer sur les premiers Cinderella. Et les deux univers se complètent à merveille.

Bien servi par une production soignée et bien équilibrée, chacun trouve sa place entre rugissements guitaristiques, un duo basse/batterie intenable et un frontman investi. Avec beaucoup d’énergie, les Allemands donnent le ton dès « Torchbearer », qui ouvre l’album. Classique dans la forme, KERRIGAN a gagné en maturité et « Wayfarer » montre d’ailleurs un vrai souci du détail. En jouant plus sur la vélocité de son jeu que sur la puissance pure, il se montre aussi plus accessible et rassembleur et ces nouveaux morceaux devraient faire mouche en live (« Asylum », « The Ice Witch », « Fighters », « Red Light Tower » et le morceau-titre).  

Photo : Samira Aline