Catégories
Post-Metal

SaaR/Maudits : alchimie instrumentale

Sur le papier, c’est vrai que la rencontre entre SaaR et MAUDITS est très attractive au-delà même d’être évidente, lorsque l’on connait les deux formations. Non pas que les groupes se ressemblent au point qu’on les confonde, loin de là, mais leur démarche présente de singulières concordances. Même s’ils évoluent chacun de leur côté sur ce « Split » enchanteur, la cause et l’objectif sont communs. Les atmosphères se rejoignent pour n’en faire qu’une et on attend qu’une seule chose maintenant, c’est une scène, ou mieux encore, une composition les réunissant.

SaaR / MAUDITS

« Split »

(Source Atone Records)

Il fut un temps, pas si lointain, où les groupes se partageaient les galettes vinyliques, occupant chacun la face d’un disque dans des courts ou longs formats. Cette belle pratique a disparu pour l’essentiel, sans doute dû à un individualisme envahissant. Et pourtant, les groupes SaaR et MAUDITS, dont le talent et la notoriété croissante ne font plus mystère, se sont associés pour livrer chacun un morceau autour d’une démarche musicale qu’ils partagent : le Post-Metal instrumental. Et le résultat est à la hauteur des attentes. 

SaaR – Photo : Fakele Photographie

Ce sont les Parisiens de SaaR qui ouvrent les festivités avec « Loved », long de près de neuf minutes et d’un éclat incroyable. Si l’entame est progressive, elle ne fait qu’amorcer un déploiement dans les règles d’un style musclé et très structuré. Comme sur « Gods », son dernier album, le quatuor avance sur des rythmiques saccadées, des guitares aériennes en déversant quelques belles déflagrations aux saveurs Doom et dans une atmosphère souvent pesante, mais très aérée. Imposant !

MAUDITS – Photo : William Lacalmontie

Quant à vous, lecteurs adorés, MAUDITS n’a plus beaucoup de secrets pour vous, puisqu’il est présent sur le site depuis ses débuts. Séduisant sur son premier album éponyme (2020) et brillant sur son dernier EP « Angle Mort », le trio accueille à nouveau Raphaël Verguin au violoncelle sur ce « Breken Pt 1/2/3 » de toute beauté. Louvoyant à l’envie dans des registres post-Rock, Doom et Ambient, ce titre de 15 minutes reflète les capacités de MAUDITS à nous embarquer dans un tourbillon souvent hypnotique et toujours captivant.

« Split » est probablement l’une des meilleures réalisations de son genre depuis très longtemps. Affichant une belle unité dans une production très organique, la complémentarité des deux groupes étonne tant il y a une vraie progression sur l’ensemble des deux morceaux. D’ailleurs, on passe de l’un à l’autre (et vice-versa) sans sourciller un seul instant, preuve s’il en est que SaaR et MAUDITS ont l’art et la manière de nous envoûter avec le même penchant pour un post-Metal instrumental de grande classe.

Retrouvez la chronique du dernier album de SaaR (« Gods ») et les deux interviews de MAUDITS accordées à Rock’n Force :

Catégories
Progressif Rock

Autómata : une vague d’émotions

Autoproduit et enregistré à l’ancienne en studio (normal, quoi !), ce premier EP/LP éponyme d’AUTOMATA navigue dans un océan Post-Rock, où les accalmies succèdent aux fulgurances décibéliques. Très organiques, ces cinq morceaux évoluent dans une intensité consciente où l’énergie côtoie la douceur dans une belle harmonie.

AUTOMATA

« Autómata »

(Independant)

Né sur les cendres de Lovely Girls Are Blind, AUTOMATA a vu le jour suite à un changement de personnel, qui a offert une nouvelle impulsion au quatuor parisien. Et contrairement à son patronyme, le groupe n’a rien de mécanique, bien au contraire. Son Post-Rock est aussi langoureux qu’insaisissable et laisse place à un imaginaire tout en contraste dans un univers instrumental où les sentiments s’entrechoquent. Mouvementé mais pas chaotique.

Tout en nuance, AUTOMATA invite à un voyage délectable, où quelques tempêtes viennent ponctuer une atmosphère globalement apaisante et bienfaisante. Dès « Tanger » et ses neuf minutes, on se laisse guider par ce flot de guitares que le côté très progressif mène à des sommets d’émotion. Et pour un premier enregistrement sous cette configuration, le groupe se montre aussi serein que solide.

De cette belle luminosité instrumentale, quelques voix s’échappent comme celles venues de Mongolie sur « Church » ou encore d’autres plus robotiques sur « 3×3+5 ». Ce sont d’ailleurs étonnamment sur ces deux morceaux plus courts qu’AUTOMATA se fait plus sombre avec des riffs plus épais et musclés. Enveloppé dans cette poésie musicale, le quatuor captive et envoûte sur « Verdik » et « Automate » à la fois puissants et planants.