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Growlons, amis growlandais ! [Edito]

Ah, le growl ! Cette étonnante technique vocale visant à annihiler toute forme de mélodie dans un morceau… Je sais que je ne vais pas me faire beaucoup d’amis, mais cette approche du chant (pour peu qu’on puisse encore parler de chant) m’a toujours révulsé et surtout interrogé. L’histoire ne date pourtant pas d’hier, mais elle est récemment remontée lors d’une conversation avec une chanteuse, qui en use avec son groupe. C’est vrai qu’il s’est démocratisé depuis le début des années 80 avec l’émergence du Death Metal, du Grindcore et du Punk HxC entre autres, mais on le retrouve aujourd’hui partout… ou presque. Alors, c’est quoi l’idée ? Comme on dit de nos jours…

Pour le moment, le growl et le screaming, par extension, sont concentrés dans la sphère Metal, c’est-à-dire hors Hard Rock et Heavy Metal. Mais ils font des petits un peu partout. Sans remettre en cause le fait que cela demande un peu de pratique, l’acquisition d’une certaine technique et aussi, j’imagine, d’avoir de solides cordes vocales, son importance dans le monde de la musique actuelle, essentiellement extrême, continue de me questionner. Alors, bien sûr, son apparition n’est pas anodine et est même en parfaite adéquation avec l’époque que nous vivons, mais quand même… N’y a-t-il que cette seule et unique façon primale de s’exprimer ?

Il ne s’agit pas ici d’être pour ou contre ces élans gutturaux. Pour ma part, la première et la plus évidente raison, qui fait toute la beauté de la musique d’ailleurs, réside dans ce qu’elle a de plus mélodique et harmonieuse. Il est donc question d’une démarche artistique. Par conséquent, où placer le growl et le screaming dans le vaste domaine musical ? Je suppose que c’est en lien direct avec l’impact de la puissance libérée, certes. On peut au moins s’accorder là-dessus. Pour autant, même si cela surgit dans un contexte d’exaltation, de colère, de haine, de rejet, de peur ou même de douleur, n’y a-t-il pas des solutions plus esthétiques avant ce point de non-retour ?  

Parce qu’il paraît aussi qu’il y a le bon et le mauvais growl (si, si !). Mais peut-on encore parler de musique et ranger cette technique sonore au rang d’art ? C’est là la vraie question. N’est-on pas plutôt dans une sorte de performance au mépris, justement, de toute harmonie ? L’idée du growl et de ses dérivés est de heurter et de susciter une réaction vive et forte. On est un peu loin du chant des sirènes, qui vient ensorceler son auditeur. Alors, pris par cet éclair philosophique s’il en est : est-ce que tout cela ne serait-il pas plutôt à ranger dans une catégorie sportive, au lieu de l’infliger à la musique, qui se veut une transmission assez agréable de nos émotions ?

Enfin, il s’agit évidemment d’une résonance de l’évolution de nos sociétés et le growl est plus qu’une réplique : il en est le miroir. Sinon, à quoi bon hurler et s’époumoner à en faire trembler les murs ? Et puis, il fracasse aussi les genres, puisque les femmes comme les hommes se le sont appropriés, belle preuve d’une universalité mixte et ardente ! Finalement, même si on ne comprend pas un mot, est-ce bien là l’important ? L’exutoire n’a pas à être lissé, n’est-ce pas ? Enfin, ne pourrait-on pas sous-titrer les morceaux dans les concerts et les festivals, afin de growler d’une seule et même voix ? Voilà, j’dis ça, j’dis rien ! Fallait qu’ça sorte ! Restons curieuses et curieux !

Vous aurez reconnu sans mal la nouvelle égérie du Metal moderne, Tatiana Shmayluk de Jinjer (1), le patron, George ‘Corpsegrinder’ Fisher, de Cannibal Corpse (2) et l’un des plus fins limiers du genre, Mikael Åkerfeldt d’Opeth (3).

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Groove Metal Metal Indus Modern Metal Thrash Metal

Enemy Of The Enemy : hybride et chirurgical

Ténébreux et apocalyptique, ce deuxième album des Franciliens d’ENEMY OF THE ENEMY va conquérir sans peine les fans de Metal au sens très large du terme. Avançant imparablement dans des sphères Groove et Indus, malmenées par des émanations Thrash, le registre très hybride du quatuor s’engouffre même parfois dans des ambiances très dark et presque Gothic. « The Last Dance » offre un rude combat et un choc de chaque instant.

ENEMY OF THE ENEMY

« The Last Dance »

(Wormholedeath Records)

Après être longtemps resté en indépendant, réalisant trois EP et un album depuis ses débuits en 2008, le quatuor de la banlieue sud parisienne livre son deuxième album et cette fois sous le label italien Wormholedeath, une façon de passer un cap. Fort d’une solide production, ENEMY OF THE ENEMY présente « The Last Dance », un concentré de Metal qui se meut dans un Crossover rondement mené de Groove, d’Indus avec des côtés Thrash et parfois même Nu Metal. 

Passé « A Bright Warning », sorte de long préambule à l’album, le combo nous embraque dans une déferlante de riffs tranchants et costauds, de rythmiques chirurgicales où évolue un chant versatile pouvant passer d’une voix claire, souvent parlée, à un scream dévastateur et rageur. ENEMY OF THE ENEMY sonne résolument actuel et l’atmosphère très Indus de ce nouvel opus est obsédante (« Alien », « Outta There »).

Sans laisser de répit, les Franciliens déferlent avec des titres sombres et puissants (« Blackstars », « The Devil In Me », « The Choice »). Particulièrement compacte et dense, la musique du combo se vit comme une déflagration basée sur une agressivité très maîtrisée où les riffs bastonnent avant de vous laisser respirer quelques instants (« SuperGreen », « Believe »). Avec ce son imposant, ENEMY OF THE ENEMY se montre plus que convaincant.