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Hard Rock International Southern Rock

FangSlinger : une nuit en enfer [Interview]

Du fond de son saloon peuplée d’âmes en perdition, le trio anglais voit défiler toutes sortes d’individus au pedigree plus ou moins respectables. Et ce sont ces histoires, et anecdotes, que nous comptent ces hors-la-loi zombifiés, originaires de Sheffield. Dans ce décorum de Far-West, FANGSLINGER élève son Hard Rock pour en faire des hymnes sur fond de Southern Rock. Une recette aussi savoureuse que percutante qui prend vie sur « Welcome To The Last Souls Saloon », un premier album hyper-fédérateur et massif, construit sur des riffs costauds et où les deux voix, féminine et masculine, se renvoient de gigantesques doses d’adrénaline sur chaque morceau. Entre vampirisme bluesy et ambiances gothiques, le chef du gang nous laisse nous frayer un passage dans cet univers aussi jouissif que groovy, façon dark western.

– Avant de parler de ce premier album, j’aimerais savoir comment a pu naître le concept de ‘Undead Redneck Rock’n’Roll’ dans l’esprit d’un groupe de Sheffield ?

Bon, il y a un petit malentendu. Nous sommes des hors-la-loi morts-vivants du Far West. Sheffield est simplement l’endroit où nous avons choisi de poser nos valises pendant notre conquête du Royaume-Uni, car c’est en plein milieu ! (Rires) Quant au ‘Undead Redneck Rock N’ Roll’, nous avons simplement pris le meilleur de la musique que nous aimons et nous l’avons mélangé à une recette du Sud pour faire headbanger les gens pendant qu’on leur prend leur âme ! (Rires)

– On vous a découvert en 2024 avec « The Last Souls Saloon », un premier single qui apparaît presque comme une carte de visite en raison de son titre notamment. Ensuite, vous avez enchaîné les morceaux avant de les regrouper sur « We Are The Night », votre premier EP. Vous aviez besoin d’avoir certaines certitudes sur l’accueil de FANGSLINGER ?

On tâtait le terrain, c’est certain. Au départ, on n’avait prévu qu’une seule chanson, mais on a tellement aimé l’écrire et l’enregistrer qu’on a voulu en faire d’autres ! (Sourires) Heureusement, elle a trouvé un écho auprès du public, suffisamment pour qu’on continue à faire de la musique ! Et on est vraiment ravis.

– Si on peut trouver une certaine proximité avec votre compatriote Kris Barras, vos références sont essentiellement américaines avec une dominante Southern. L’idée de départ était-elle d’injecter ce climat aux allures de Far-West dans un Hard Rock moderne et solide ?

Oui, absolument. Tellement de groupes actuels s’inspirent de ces influences et se tournent vers le passé, devenant presque des groupes hommage à des époques révolues. Je ne citerai pas de noms, bien sûr… (Sourires) Nous voulions faire quelque chose d’un peu plus novateur et essayer de créer quelque chose d’original en nous appuyant sur nos influences. Quant à savoir si nous avons réussi, je suppose que cela dépendra de l’auditeur ! (Sourires)

– D’ailleurs, ce qui peut surprendre dans le Hard Rock de FANGSLINGER, c’est son côté bluesy et Southern transposé dans une ambiance souvent très ‘Arena’, inspiré de l’Alternative Metal/Rock. Est-ce que c’est finalement ce à quoi pourrait ressembler le Southern Rock 2.0 ?

Je l’espère ! On a clairement écrit ces chansons en pensant aux grandes salles. Jouer dans les salles où on joue en ce moment, c’est génial, et ça nous permet de rencontrer les fans de ‘Lost Souls’ de près. Mais on ne cache pas notre ambition de jouer notre musique sur des scènes encore plus grandes. Le grand public mérite du vrai Rock, non ? (Sourires)

– Revenons à ce premier album, « Welcome To The Last Souls Saloon ». Il y règne une atmosphère très proche de celle du film de Robert Rodriguez « From Dusk Till Dawn » (« Une nuit en enfer » – NDR). Est-ce que ce film vous a influencé à la création du groupe et notamment en ce qui concerne son concept et l’aspect visuel ?

A priori, ce serait plutôt Robert Rodriguez qui se soit inspiré de nos pitreries pour réaliser son film ! (Rires) En tout cas, nous adorons les éléments cinématographiques et théâtraux, et le genre western gothique n’a pas été suffisamment exploité à notre goût. Ce film influence beaucoup nos décors et nos clips. Nous intégrons également de nombreux éléments western dans notre musique pour créer une ambiance, inspirés par des compositeurs comme Ennio Morricone.

– FANGSLINGER a aussi la particularité de présenter un chant féminin et masculin, ce qui vous offre de nombreuses possibilités narratives aussi. Il y a un équilibre assez théâtral d’ailleurs. Est-ce que ce chant à deux est une chose qui s’est imposée naturellement dans le groupe ?

Oui, mais en fait, ce n’était absolument pas prévu. Lors de l’enregistrement du premier single, BloodRose (la chanteuse – NDR) était par hasard avec nous au studio et nous lui avons simplement demandé d’enregistrer quelques chœurs. Ensuite, nous avons composé le pont, pour lequel sa voix convenait parfaitement. Depuis, son rôle a évolué et elle chante une bonne partie de l’album. Nous apprécions le contraste entre la voix masculine rauque et les lignes féminines à la fois douces et sensuelles.

– Un mot aussi sur cette très belle production, dont la richesse des tessitures et des arrangements est assez incroyable pour un premier album. Dans quelles conditions avez-vous travaillé et combien de temps avez-vous mis à finaliser « Welcome To The Last Souls Saloon » ?

Merci pour tes compliments ! Nous entretenons une excellente relation avec notre producteur, Dan Fox, qui travaille aux studios Treehouse. Il a collaboré avec certains des plus grands noms du Rock et du Metal actuels et il possède un talent exceptionnel. Honnêtement, l’enregistrement de l’album s’est fait très naturellement. Nous avons simplement échangé des idées et fait de notre mieux pour composer les meilleures chansons possibles. Je pense que le véritable art naît des personnes réunies. Et l’alchimie entre le groupe et le producteur nous a offert une immense liberté créative. Et puis, combien de producteurs adhéreraient à une idée aussi farfelue que celle de cowboys vampires faisant du Rock’n’Roll ? (Rires)

– Enfin, j’aimerais que l’on parle du côté immersif de l’album et de la façon dont on se laisse happer et guider dans ce voyage captivant. Chaque chanson raconte une histoire et il y a beaucoup de profondeur également. Aviez-vous une vison claire de l’ensemble dès le départ ?  

Après la sortie de notre premier single, nous avons décidé que tout l’univers de FANGSLINGER tournerait autour du saloon ‘Lost Souls’ et des personnages qu’on y croise. Cela nous donne un point de départ pour chaque chanson. On peut ainsi développer l’origine d’un personnage, ou raconter l’histoire d’une chasse aux vampires. On a même une chanson du point de vue de la Faucheuse, qui médite sur sa solitude. On a l’impression d’avoir un monde qu’on peut continuer à créer quasiment sans limites… Et qui sait, peut-être qu’un jour FANGSLINGER partira dans l’espace à bord d’une fusée ‘steampunk’ ! (Rires)

Le premier album de FANGSLINGER, « Welcome To The Last Souls Saloon », est disponible sur toutes les plateformes et en physique sur le site du groupe : www.fangslinger.net

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Hard Rock Heavy Stoner Rock

Masheena : survitaminé

Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.

MASHEENA

« Let The Spiders In »

(Majestic Mountain Records/Ripple Music)

Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.

Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.

Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !

Photo : El Profesor

Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :

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Blues Rock

Cactus : pleasure revisited

Son incroyable polyvalence, son toucher unique, son feeling et son groove phénoménal ont fait de Carmine Appice une légende mondiale de la batterie. Et plus de cinq décennies après ses débuts, il ne semble prêt à raccrocher les baguettes, loin de là. Et ce serait d’ailleurs une bien triste chose, lorsque l’on voit le jeu produit sur « Temple Of Blues II – All Stars » de CACTUS, son groupe de toujours. Des guests de renom, des titres imparables et un Blues Rock incandescent aussi puissant que profond : tout y est !

CACTUS

« Temple Of Blues II – All-Stars »

(Cleopatra Records)

Il existe assez peu de batteur identifiable entre mille et le grand Carmine Appice en fait bien évidemment partie. Celui qui a joué dans Vanilla Fudge au début de sa carrière, puis aux côtés de Jan Akkerman, Jeff Beck, Paul Stanley, King Kobra, Blue Murder, Pat Travers, Pink Floyd et même Christophe (Gloups!) a aussi fondé CACTUS, dont le premier album éponyme est sorti en 1970. Désormais seul membre vivant du line-up originel, il a remis le couvert et réactiver la machine en 2006 avec « Cactus V » avec d’autres musiciens, compagnons de toujours pour beaucoup.

Après un premier volume sorti il y a deux ans, Carmine Appice fait son retour avec « Temple Of Blues II » en version ‘All Stars’. Et il faut bien reconnaître que le casting de CACTUS est prestigieux et que chaque invité possède un CV long comme le bras. Alors, avant de parler du contenu, les voici : Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Dee Snider, Steve Morse, Tracii Guns, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore. Du beau monde !

Dans un Blues Rock enflammé et musclé, ce deuxième chapitre est constitué de reprises pour l’essentiel, dont celles de Willie Dixon, Jimi Hendrix, Howlin’ Wolf, ainsi que du répertoire de CACTUS. La touche de Carmine Appice est indiscutablement la valeur ajoutée du disque, qui revêt parfois des allures de ‘Tribute’. Cela dit, et même si aucun titre n’est joué par les mêmes musiciens, il y a une sorte d’unité qui ressort des onze morceaux. Et il faut préciser que la qualité de la production rend l’ensemble très homogène. Ensuite, leur talent à tous s’exprime avec classe.

Retrouvez la chronique de « Tightrope » :

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Blues Rythm'n' Blues Soul

Malted Milk : une respiration salvatrice

Incontournable formation Soul Blues de l’hexagone, MALTED MILK aurait pu se contenter de célébrer, comme quelques autres, ce registre intemporel et si fédérateur en appliquant les codes du genre, mais ce serait mal connaître son leader et frontman. Depuis trois décennies, MALTED MILK s’évertue au contraire à y apporter de la brillance, exacerber le feeling, faire jaillir ce groove qui reste le moteur de son jeu. Guidé par une grande liberté et des ambiances aussi suaves qu’entraînantes, « Time Out » est le reflet d’un projet musical, qui se réinvente avec une bonne humeur communicative.

MALTED MILK

« Time Out »

(Blues production)

Que le chemin parcouru en 30 ans par MALTED MILK est beau et inspirant. En constante évolution tout en suivant une même trajectoire artistique, le collectif nantais vient surprendre une fois encore. Bien plus qu’un simple groupe, les musiciens s’y sont toujours succédés avec enthousiasme et c’est là toute sa force créatrice et son originalité. Autour d’Arnaud Fradin, fondateur et dernier membre originel, le groove se perpétue, prend de la hauteur et se nourrit de ses membres comme de ses rencontres. « Time Out » respecte avec beaucoup d’élégance cette tradition interne et continue d’aller de l’avant.

Entre Soul, Blues et Rhythm n’Blues, le septet croise pourtant d’autres univers comme avec le BIM (Bénin International Musical), qu’il a invité sur le morceau-titre pour une envolée Afrobeat pétillante. Rien de surprenant pour autant, car tout ce beau monde œuvre dans une même dynamique et enflamme un peu plus l’identité très vaste d’un MALTED MILK toujours aussi inspiré. La cohésion et l’élan commun, qui illumine « Time Out », montrent une fois encore les capacités du groupe à se renouveler sans perdre ses repères, mais en cultivant plutôt une identité qui va puiser délicatement dans divers registres pour en tirer le meilleur.

Certes, la petite demi-heure de ce huitième album laisse un peu sur sa faim, il faut le reconnaître. Alors, la boucle se déclenche et c’est au fil des écoutes qu’on saisit toute la subtilité et le soin apportés aux arrangements. Une classe qui se niche dans les détails… et ils sont nombreux. Des cuivres scintillants aux chœurs envoûtants en passant par des parties de guitares d’une rare délicatesse, MALTED MILK captive par sa néo-Soul, embrase par son côté funky et la contribution de Marco Cinelli à l’écriture et la production affirme aussi l’aspect Blues du combo (« What A Night », « I Feel Numb », « Midnight Hour », « Shouldn’t Talk About It »). Radieux !

Photo : Sarah Cross

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Funk Rock

FFF : FFFlamboyant

Sixième cri du coeur pour la plus foncky des formations françaises et il vient confirmer l’élan retrouvé avec « I Scream » en 2023. Celui-ci avait d’ailleurs été ardemment célébré et défendu en tournée, au point d’avoir été immortalisé sur un double-album live enregistré à Paris. Avec « U Scream », FFF enfonce le clou en restant dans la lignée de son prédécesseur, à savoir pimenté, radieux et d’une joie communicative. Marco, Niktus, Yarol et Krichou ont rallumé la FFFlamme et font FFFeu de tout bois. 

FFF

« U Scream »

(Verycords)

Deux ans près « I Scream », FFF continue sa funky conjugaison avec « U Scream », une suite logique puisqu’on y retrouve le même son et la même fougue qui animaient les Parisiens sur l’album de leur retour après 23 ans de silence. Entre ces deux efforts studios s’est glissé en avril dernier le « Live A La Cigale », témoignage sur près de deux heures d’un passage explosif dans la salle de la capitale. Le combo avait enflammé les lieux avec des titres de son nouvel album, et aussi et surtout avec ses classiques qui renvoyaient aux belles heures du combo dans les années 90.

Si l’entame de « U Scream » est toujours aussi solaire que positive, on y trouve toutefois quelques notes de mélancolie et de nostalgie. Dans un flow souvent vertigineux, Marco Prince semble même faire une sorte d’état des lieux d’une vie tumultueuse et d’une société devenue méconnaissable à bien des égards. Mais si FFF donne une impression de spleen sur un « DérivVe SentimentAle » grandiloquent, il faut plutôt y voir un élan fraternel et rassembleur. D’ailleurs, il est beaucoup question d’amour et aussi de sexe, donc de plaisir, sur ce sixième effort très enjoué.

Si les singles « Et touT reCommenCe » et « Y’a tOi » ont donné le ton, « U Scream » réserve encore quelques belles surprises. A commencer par ce clin d’œil au tube « Chacun Fait » de Chagrin D’Amour et son fameux ‘Cinq heures du mat’ j’ai des frissons…’ sur « SomeTimes ». FFF surgit toujours là où on ne l’attend pas. En anglais sur « inSaNity », « Clit ReVoluTion » ou « Keep On », l’énergie tient lieu de guide avec constance (« Smile », « FelliNg High », « Booya dans les DOM-TOM »). A savoir si un troisième volet, qui pourrait s’intituler « We Scream », viendra clore une belle trilogie grammaticalement funky, il n’y a qu’un pas…

Retrouvez la chronique de « I Scream » :

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Blues Rock Southern Blues

Matt Pascale And The Stomps : fire soul

Jeunes et insouciants, certes, mais quelle maîtrise et quel sens du songwriting ! Les Italiens (enfin presque tous !) ont quitté le soleil européen pour celui de la Californie afin d’immortaliser un premier opus, où ils affichent déjà beaucoup de sérénité, mêlée à une fougue qui ne manque pas d’ambition. Hyper groovy, délicat tout en restant imprévisible, MATT PASCALE AND THE STOMPS défie les codes du Blues Rock et laisse parler le feeling, comme pour mieux saisir l’instantanéité de ses envies en se moquant des frontières musicales.

MATT PASCALE AND THE STOMPS

« Home »

(Dixiefrog)

Après trois singles en 2023, MATT PASCALE AND THE STOMPS sort son premier album, « Home », et il pourrait bien être celui qui le révèlera et sera cette fameuse rampe de lancement qu’attendent tous les groupes. Le cosmopolite quatuor, à dominante transalpine, livre un disque tellement mature et inspiré qu’il en est bluffant. Très roots et délicieusement Southern dans le son, le Blues du combo est résolument moderne et donne une vision très actuelle de notre société sur fond de Rock, de Funk et de Soul. Une recette savoureuse dont les secrets se nichent dans les détails.

Enregistré à Los Angeles, c’est Fabrizio Grossi, qui s’est vu confié la production de « Home », lui qui a travaillé avec Billy F Gibbons, Slash, Eric Gales et quelques autres. De quoi s’assurer un résultat à la hauteur du talent de MATT PASCALE AND THE STOMPS… Et il y a de quoi être satisfait et conquis ! Menés par un guitariste-chanteur à la voix éraillée et gorgée de soleil, Matteo Magnaterra (basse), Rishi Yildiz (orgue, claviers) et AJ Morra (batterie) rayonnent littéralement et surtout avancent dans un même élan avec une complicité et une cohésion très palpables.

Accompagnés aux chœurs par la vibrante Chiara Galvani, les quatre musiciens déploient un style direct, chaleureux et assez épuré sur des titres aux arrangements très soignés et des mélodies qui restent vite gravées. Le jeu de guitare du leader est aussi riche et virevoltant que son chant est profond et mature. MATT PASCALE AND THE STOMPS n’a pas son pareil pour distiller un sentiment de joie et de liberté absolue (« Home », « Sugar Mama », « Hide & Seek », « Old Angel’s Talking », « Me & The Devil », « Wake Up », « When The Money Talks »). Déjà incontournable.

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Blues Soul / Funk Southern Blues Rock

Little Feat : a brand new legend

Sans rien changer à son sens du groove et avec un feeling incroyable, LITTLE FEAT poursuit son chemin comme si de rien n’était. En quête perpétuelle d’un style qui rassemble autant le Blues le plus authentique, la Soul profonde de Louisiane que des cuivres incandescents hyper-funky, l’emblématique et éternel groupe livre enfin de nouveaux titres inédits. Avec une humilité, une technicité et un art du songwriting qui se réinvente avec beaucoup de modernité, « Strike Up The Band » ne dépareille pas une seule seconde de l’immense héritage discographique d’une formation inépuisable et insatiable.  

LITTLE FEAT

« Strike Up The Band »

(Hot Tomato Records)

Près de 55 ans après sa création, LITTLE FEAT tient toujours debout et, malgré une carrière en dent de scie, des changements de line-up et quelques disparitions marquantes, il semble même avoir retrouvé un nouvel élan. Alors que « Sam’s Place », sorti l’an dernier, résonne encore de ses vibrantes reprises, c’est avec un tout nouvel album entièrement original que le sextet fait un retour époustouflant, son premier depuis 13 ans. Et que la fête est belle ! Enregistré entre les studios Blackbird de Nashville et le Studio One Two Seven de Harlem à New-York, « Strike Up The Band » célèbre avec toujours autant de classe un Blues sudiste très varié et plein de surprises, qui paraît si éloigné de sa Californie natale.

Autour du solide socle constitué de Bill Payne, au chant et aux claviers depuis 1969, et de Paul Barrere (chant, guitare), Sam Clayton (conga, percussions, chant) et Kenny Gradney (basse) tous présents depuis 1972, LITTLE FEAT peut compter depuis un bon moment maintenant sur les fidèles et talentueux Fred Tackett (guitare, mandoline, trompette, chant) Tony Leone (batterie) et le virtuose guitariste et compositeur Scott Sharrad. Et cette armada du groove continue son exploration du Blues, du Funk, du Southern Rock et de ses envolées Soul avec une fraîcheur, une élégance, un enthousiasme et une complicité, qui nous ramènent aux premières heures de ce combo hors-norme.

Dans la chaleur des cuivres et la torpeur de la slide, LITTLE FEAT s’est ouvert à quelques collaborations, et non des moindres. Côté compositions, « Bayou Mama » est l’œuvre de Payne et de Charlie Starr des Blackberry Smoke, tandis que « Bluegrass Pines » doit son texte à Robert Hunter, légendaire parolier de Grateful Dead et où l’on retrouve le six-cordiste Larry Campbell, les chœurs de sa femme Teresa Williams et Molly Tuttle en embuscade. Dans cette heure assez magique, les sœurs Lowell de Larkin Poe enveloppent la touchante chanson-titre, puis la féérie continue sur « 4 Days Of Heaven, 3 Days Of Work », « New Orleans Cries When She Sings », Too High To Cut My Hair », « Midnight Flight »… Grand !

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R&B Soul

Ina Forsman : northern diva

Parvenir à réaliser un disque aussi prégnant et impressionnant de justesse et de feeling est quelque chose d’assez unique. Déchirante, entraînante ou d’une douceur envoûtante, INA FORSMAN déploie un artifice de sensualité et de pulsations émotionnelles. C’est cette sincérité qui émane avec évidence sur tout au long de « After Dark Hour », dans une effervescence Gospel, funky et Soul. Libres et intimes, les morceaux s’enchaînent avec une même puissance immersive et une tendresse, qui réinventent le style dans un élan positif et très personnel.

INA FORSMAN

« After Dark Hour »

(Jazzhaus Records)

Pour son quatrième album, INA FORSMAN, chanteuse finlandaise installée à Berlin, remet au niveau une Soul contemporaine, actuellement portée par une tripotée d’artistes aussi transparents que leur culture musicale frôle le néant. A la fois très roots dans son approche et d’une douceur enveloppante, c’est pourtant dans un studio souterrain qu’elle s’est enfermée avec son groupe pour élaborer ce « After Dark Hour », né d’une période de doute artistique liée au Covid. D’ailleurs, la chanteuse parle même d’un ‘Blues post-pandémique’. Pourtant, si sa Soul joue sur les émotions, bien sûr, aucune mélancolie ne s’en échappe.  

Sous la houlette de son producteur et ami de longue date Michael Bleu, qui réalise ici un véritable travail d’orfèvre, INA FORSMAN continue son introspection à travers une Soul très 50’s/60’s aux saveurs R&B et aux sonorités qui rappellent avec délectation les belles heures de la Motown. Délicieusement rétro dans l’écriture, elle s’inscrit pourtant dans son temps grâce à un univers musical contemporain aux évocations vintage. Un écrin de douceur pour cette voix si intense, dont l’énergie se propage à travers les douze chansons de ce vibrant et passionné « After Dark Hour », qui vous saisit pour ne plus vous lâcher. 

Entouré par des musiciens et des choristes chez qui le groove est une seconde nature, INA FORSMAN s’envole dans des sphères où la légèreté côtoie la résilience. Sa puissance vocale est électrisante et les arrangements très subtils, l’équilibre entre cuivres feutrés, tempos sobres et envoûtants, cordes et une guitare discrète, tout comme l’indispensable orgue, rendent ce nouvel opus d’une incroyable authenticité. Sensible, habitée et jouant avec beaucoup de finesse de son timbre rauque, la Scandinave semble suspendue dans un espace-temps chaleureux et délicat. Un disque qui s’écoute en boucle !   

Photo : Michael Bleu

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Blues Rock Classic Rock France Soul / Funk

Red Beans & Pepper Sauce : magic souls [Interview]

Rarement un groupe aura laissé échapper autant de liberté et de joie sur un même album. Pour RED BEANS & PEPPER SAUCE, c’est un huitième opus haut en couleur qui vient marquer une nouvelle étape dans la carrière des Montpelliérains. Si l’esprit de corps dominait déjà dans le son et faisait la force du groupe, avec « Supernova », il prend une incroyable dimension. Autour de sa charismatique chanteuse, le quintet a fait un peu de place pour accueillir pas moins de neuf invités, français comme étrangers. Une très belle célébration de son Classic Rock teinté de Soul et de Blues, dont Laurent Galichon, le guitariste et principal compositeur, nous parle avec autant de fierté que d’émotion.

– Avant de parler de « Supernova », j’aimerais qu’on revienne un instant sur votre parcours. Huit albums studio et un live en 14 ans, le tout ponctué de tournées bien fournies, est un rythme vraiment effréné. Ca vous arrive quand même de prendre quelques pauses ?

Je trouve que c’est dur de se remettre au travail après une pause, j’ai pu le constater quand il a fallu s’y remettre après la pandémie de Covid. Alors je préfère éviter les pauses et battre le fer tant qu’il est chaud.

– Justement avec un tel rythme, toi qui signes l’ensemble des morceaux hormis « I Want To Take You Higher » de Sly & The Family Stone datant de 1969, quand prends-tu le temps de te poser pour composer ? Tu le fais aussi en tournée, ou tu t’imposes des moments dédiés ?

Dès que j’ai une idée, je l’enregistre sur mon smartphone, parfois même en voiture où je chante simplement la mélodie ou le riff pour archiver. Et quand vient le moment de travailler des morceaux, alors je pioche dans le tiroir à idée. Mais c’est vrai que quand on se retrouve à moins de six mois de la deadline pour envoyer le master au pressage, le travail s’intensifie et à chaque fois les derniers mois de production sont très intenses.

– « Supernova » est l’un de vos disques le plus direct et le plus clairement axé sur le Classic Rock, parfois Hard, avec toujours un côté Bluesy et Soul. Est-ce qu’il y a une envie cette fois-ci de prendre les morceaux plus à bras-le-corps et d’aller vers quelque chose de plus essentiel et de dense ?

Oui, tout à fait. Bien avant de commencer le travail, quand on parlait de ce nouvel album avec Niko Sarran (également batteur du groupe – NDR) qui les réalise, on avait en tête d’aller vers plus d’efficacité avec des titres plus courts et plus directs. Quand on attaque un nouvel album, on a souvent des discussions en amont, souvent dans le van en tournée, où on cherche des axes de travail, de nouvelles directions pour continuer d’évoluer et rester créatif.

– D’ailleurs, est-ce qu’au moment de commencer l’écriture d’un tel album, tu avais une sorte de ligne directrice ou une intention en tout cas de faire émerger une atmosphère et une énergie différente, plus massive ?

L’album précédent, « 7 », était très axé sur le Classic Rock et cette fois-ci, il y avait une envie de revenir à un équilibre entre Rock et Soul, mais toujours avec des riffs qui viennent du Blues. En fait, on essaie de faire des albums qui auraient pu sortir dans les 70’s et cette fois-ci, on a essayé de mettre du groove dans le Rock et inversement. Et puis, Niko a fourni un véritable travail d’orfèvre sur le son de l’album. Il y a passé quasiment deux fois plus de temps que sur les précédents.

– L’une des caractéristiques de « Supernova » est bien sûr le nombre d’invités, qui sont tout de même au nombre de neuf, ce qui fait beaucoup sur un même disque. Comment cela se décide-t-il, car c’est assez rare ? Tu as composé certaines chansons en fonction d’eux, ou les choses se sont faites plus naturellement en laissant une petite place à l’improvisation ? 

Inviter des musiciens faisait partie de ces axes qu’on se donne avant de commencer la production. On a donc laissé sur certains titres des plages pour permettre à nos invités de s’exprimer, mais sans savoir à l’avance de qui il s’agirait. Et c’est quand on se rapprochait de l’arrangement définitif qu’on prenait le temps de réfléchir à qui le proposer. Parfois, on est resté dans le style de l’invité comme avec Rabie Houti qui à l’habitude de jouer son violon arabo-andalou sur des rythmiques Rock, ou avec Johnny Gallagher sur une ballade Blues Rock. D’autres fois, on s’en est un peu éloigné comme avec Fred Chapellier qui nous rejoint sur un titre très Classic Rock avec un riff de guitare très ‘fat’, ou avec Sax Gordon qui vient jouer sur un titre vraiment très funky et plus éloigné de son Rocking Blues.

– Il est beaucoup question de ‘fusion’ sur cet album, et dans tous les sens du terme. En y prêtant bien l’oreille, on note le soin apporté aux arrangements notamment, tout comme à la production plus largement. « Supernova » a nécessité six mois de travail en studio. Vous êtes-vous laissés quelques respirations, histoire peut-être de prendre parfois un peu de recul, ou au contraire, les choses étaient déjà clairement définies dans ce que vous souhaitiez obtenir ?

C’est un travail de longue haleine, plus un marathon qu’un 100 mètres. Certains titres fonctionnent immédiatement, mais d’autres doivent passer par plusieurs étapes avant que nous soyons satisfaits du résultat. Et le travail continue même après la sortie de l’album, car certains morceaux doivent être repensés pour la scène. C’est un peu comme bâtir une maison : on passe des fondations à un bâtiment couvert très rapidement, mais les finitions, elles, prennent beaucoup plus de temps, car on entre dans les détails.

– Un mot sur les guests en commençant par les artistes français où l’on retrouve Manu Lanvin, Fred Chapellier, Yarol Poupaud ou encore le violoniste Rabie Houti. Ce sont tous des musiciens avec lesquels vous avez déjà joué sur scène. Ces rencontres se sont-elles transformées en collaborations que vous teniez vraiment à réaliser depuis un moment déjà ?

Ce sont surtout des rencontres marquantes qui ont lieu parfois en tournée avec tout le groupe, ou alors par un seul d’entre nous en dehors. Mais dans tous les cas, elles sont si importantes qu’elles donnent l’envie de faire de la musique ensemble. Et on a été ravi que tout le monde nous réponde ‘Oui’ ! Certains enregistrements ont dû être faits à distance à cause de l’éloignement et des emplois du temps, et d’autres ont donné lieu à des séances en studios qui nous ont marqué. J’ai kiffé de passer du temps avec Boney Fields dans le studio de Niko à Montpellier, ou avec Manu Lanvin dans son studio à Paris. Des belles sessions, où tu sens qu’il se passe quelque chose.

– Et puis, il y a l’aspect ‘international’ de l’album avec les présences du Camerounais Emmanuel Pi Djob, des Américains Boney Fields, Fred Wesley et Sax Gordon, sans oublier l’Irlandais Johnny Gallagher. Là encore, le casting est époustouflant. Est-ce que chacun d’entre-eux avait une partition à respecter, ou est-ce qu’on laisse plus facilement des talents comme les leurs s’exprimer librement avec une sorte de carte blanche ? 

Pour chacun d’entre eux, c’était carte blanche. Mais forcément, il y avait des échanges. Parfois, notre invité avait une idée très précise, parfois, il hésitait entre plusieurs. Alors, on discute, on échange, on essaye des choses. Par exemple, c’était vraiment génial de passer du temps avec Manu et de le voir proposer tellement de choses avec la générosité qu’on lui connaît. Mais surtout, ils nous ont tous offert ce qu’on attendait, c’est-à-dire le meilleur d’eux-mêmes. On peut entendre la voix incroyable et le groove d’Emmanuel Pi Djob, l’explosivité et le ‘fonk’ de Yarol, le toucher tout en finesse de Fred Chapellier, la générosité et la puissance de Manu Lanvin, le groove qui claque de Boney Fields, l’énergie de dingue de Sax Gordon, la maîtrise et le son envoûtant de Rabie Houti et le feeling de Johnny Gallagher. Et puis, il y a eu la session avec Fred Wesley. J’étais là quand il a commencé à jouer dans le studio : c’était un voyage dans le temps. J’entendais le « Doing It To Death » de James Brown que j’écoutais en boucle plus jeune. C’est un moment précieux que je garderai en moi toute ma vie. Il fait partie des gens qui ont inventé cette musique. En deux notes, tu sais qui est dans la pièce. Tous ces musiciens exceptionnels ont été d’une grande générosité avec nous. Ils ont élevé chacun des titres auxquels ils ont participé à un niveau supérieur, et nous leur en sommes éternellement reconnaissants.

– J’aimerais qu’on dise un mot sur cette reprise de Sly & The Family Stone sur laquelle il y a du beau monde et où le line-up de RED BEANS & PEPPER SAUCE est le plus élargi de l’album. Comment est-ce qu’on tient tout le monde dans ce cas-là, car il règne un esprit jam manifeste ? Et par ailleurs, pourquoi avoir choisi ce morceau-là en particulier ?

J’ai plutôt l’impression que c’est ce morceau qui m’a choisi, car j’ai une histoire particulière avec lui. Je l’ai découvert au début des années 90 à la télévision, en voyant des musiciens que je ne connaissais pas le jouer sur une énorme scène, devant des milliers de spectateurs aux États-Unis. Il s’agissait en fait de George Clinton et de Funkadelic/Parliament, avec Larry Graham et d’autres invités. Ce titre m’a transpercé et j’ai adoré le fait qu’il soit interprété par autant de musiciens sur scène : tout le monde dansait, tout le monde chantait, c’était la grosse teuf. J’ai ensuite découvert qu’il s’agissait d’un morceau de Sly & the Family Stone, et l’album « Stand » fut une nouvelle claque. A la même époque, d’autres artistes que je ne connaissais pas se sont produits à Béziers : FFF, puis les JB’s avec Maceo Parker, Fred Wesley et Pee Wee Ellis. Ces trois découvertes, en quelques mois, ont été ma porte d’entrée vers la Soul Music : James Brown, la Stax (avec les disques d’Otis Redding de mon père), la Motown, etc… Alors qu’à l’époque, j’écoutais plutôt du Rock des années 60/70 comme Led Zeppelin, Jimi Hendrix, Deep Purple… Cette période a complètement bouleversé mon orientation musicale. Alors aujourd’hui, enregistrer ce morceau avec Yarol de FFF et Fred Wesley des JB’s qui ont également participé à ce changement, dans une version avec un groupe élargi en mode ‘jam’ comme dans la version de George Clinton, c’est une histoire complètement folle.

– Enfin, « Supernova » est probablement aussi votre album le plus varié avec des aspects Southern, Heavy Rock, Blues, Funky et plus largement très Rock’n’Roll. RED BEANS & PEPPER SAUCE devient de plus en plus inclassable et c’est une très bonne chose. Est-ce une façon aussi de vous débarrasser peut-être de certaines cases dans lesquelles on a pu vous mettre auparavant, ou plus simplement un signe de maturité qui se traduit par beaucoup plus de liberté affichée ?

Ce n’est pas vraiment calculé. Tout le monde dans le groupe a des influences diverses et variées et c’est l’association de nos personnalités musicales qui fait ce qu’est RED BEANS & PEPPER SAUCE. Je ne suis même pas sûr qu’on puisse y changer quoi que ce soit. On peut seulement l’encadrer en se donnant quelques directions, mais au final on sonne comme on sonne et il me semble qu’on reste cohérent d’un album à un autre.

Le nouvel album de RED BEANS & PEPPER SAUCE, « Supernova », est disponible chez Crossroads/Socadisc.

Photos : Cristina Gomes Morgadinho (1), Thierry Wakx (2, 3, 5) et Monsieur Mind (4).

Retrouvez aussi l’interview du groupe à l’occasion de la sortie de l’album « 7 » :

Catégories
Blues Blues Rock Soul / Funk

Grace Bowers & The Hodge Podge : so spicy !

Déjà nominée aux fameux Americana Music Association Honors & Awards cette année, la nouvelle sensation féminine guitaristique a aussi partagé la scène avec Slash, The Red Clay Strays et The Osbourne Brothers en livrant à chaque fois des prestations époustouflantes. C’est dire si son arrivée sous le feu des projecteurs est tout sauf un hasard. Solidement épaulée par un redoutable combo, THE HODGE PODGE, GRACE BOWERS dégage une énergie incroyable et passe du Blues à la Funk, comme du R’n B à la Soul et au Rock avec une facilité déconcertante. Dire qu’elle a de l’or au bout des doigts est un doux euphémisme. 

GRACE BOWERS & THE HODGE PODGE

« Wine On Venus »

(Independant)

Ne vous fiez surtout pas à son âge car, à 18 ans tout juste, la jeune musicienne originaire de Nashville et de la Bay Area a déjà tout d’une grande. Sorti dans la torpeur de l’été, début août, son album est tout simplement exceptionnel et il aurait été dommage de ne pas en dire quelques mots. Gorgé de Soul et dans un esprit revival Funk 70’s, ce premier effort de GRACE BOWERS avec son groupe THE HODGE PODGE est tellement abouti, tant au niveau de la composition que de la production, qu’il laisse présager, sans trop prendre de risque, d’un bel avenir. Car, sur « Wine On Venus », tout y est… rien ne manque !

Très collégial dans l’approche, l’unité musicale affichée par l’Américaine semble se fondre dans une jam sans fin, où l’équilibre entre le chant, les parties instrumentales guidées par l’hyper-groovy section de cuivres et la sautillante rythmique, laisse à GRACE BOWERS tout le loisir de faire parler sa guitare. De ce côté-là aussi, elle fait preuve d’une audace et d’une virtuosité très mature. Pourtant d’une autre génération, elle maîtrise déjà tous les codes à la perfection, et sans trop en faire non plus, elle s’inscrit dans un style qui semble véritablement fait pour elle, grâce à un jeu flamboyant et sauvage.

Aérienne et percutante, une voix plane aussi au-dessus de « Wine On Venus » avec grâce et dans une réelle alchimie portée par des HODGE PODGE survitaminés et chevronnés, affichant le double de l’âge de la jeune artiste. Car, contrairement à ce que l’on pourrait penser en voyant la pochette, ce n’est pas GRACE BOWERS qui s’illustre derrière le micro, mais la chanteuse Soul Esther Okai-Tetteh. Et sa puissance vocale renvoie à une interprétation délicate et savoureuse poussant vers des tessitures profondes (« Lucy », « Tell Me Why You Do That », « Wom No Teg », « Get On Now »). Un disque déjà incontournable !