Catégories
American Roots Rock Bluesy Rock International Southern

Hannah Wicklund : the path to freedom [Interview]

Résolument Rock, l’univers artistique de HANNAH WICKLUND ne semble pourtant pas connaître de frontières. Passant de la Soul et du Gospel à des notes plus funky ou Folk, elle semble pourtant guidée en profondeur par un Blues qui ne dit pas son nom. Originaire de Caroline du Sud, la multi-instrumentiste, compositrice, productrice et même rédactrice en chef d’un magazine qu’elle a créé, sort « War On Women ; Calling All Good Men », son quatrième album et sans doute le plus personnel. Marquée par les luttes qu’elle a mené, elle met sa puissance vocale au service des émotions pour délivrer sa vérité. Lumineuse et envoûtante, la redoutable guitariste se présente comme une militante passionnée au style terriblement addictif. Rencontre avec une artiste hors-norme renforcée par les épreuves et les combats et surtout animée d’une intense liberté .

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur ces deux dernières années, celles qui ont suivi la sortie et l’acclamation de « The Prize ». Malgré cette belle reconnaissance, tu as rencontré de nombreux problèmes, et non des moindres. Pourtant, tu donnes l’impression sur ce nouvel album d’être encore plus forte aujourd’hui. Comment as-tu vécu cette période douloureuse à bien des égards ?

La sortie de mon album « The Prize » a été l’un des plus grands défis de ma vie, un véritable parcours du combattant, marqué par le sabotage et l’oppression. Nombreux sont ceux qui ont œuvré contre sa sortie, et alors même que je m’apprêtais enfin à le sortir selon mes propres conditions, j’ai été contrainte de collaborer avec un label qui, j’en suis convaincue, n’a jamais eu l’intention de s’investir pleinement dans mon projet et qui a, au contraire, semé le chaos. Ce sabotage, lié à cet album, a persisté pendant des années dans ma carrière. J’ai mes théories à ce sujet et une grande partie de ces agissements est liée à la volonté de ceux qui, au sein de l’establishment, ne souhaitent pas que le Rock’n’Roll féministe trouve sa place. J’ai subi de profondes trahisons de la part de nombreux hommes en qui j’avais confiance, et l’année dernière, j’ai finalement découvert une complicité et un complot à grande échelle au sein de ma carrière et de ma vie. J’ai enfin eu la preuve de ce que je pressentais depuis longtemps et cette preuve irréfutable m’a libérée. Je suis plus forte que jamais après cette expérience et je crois que mon nouvel album en est la preuve.

– Malgré cette environnement toxique, tu reviens avec « War On Women ; Calling All Good Men », au titre évocateur, qui est un album engagé et vraiment lumineux. Est-ce qu’il a été pour toi une façon d’inverser les choses et de panser aussi quelques plaies ?

Cet album est sans conteste l’œuvre la plus importante que j’aie jamais créée. J’ai vu le monde à travers le prisme de ma propre vie et vécu des choses absolument incroyables et je crois au pouvoir de la transformation. En tant qu’artiste, notre plus grande force est de transmuter la douleur en vérité, et c’est ce que j’ai entrepris de faire. Quand mon monde s’est obscurci, j’ai dû être ma propre lumière et me guider seule à travers l’abîme. Cet album témoigne de ce processus et j’en suis incroyablement fière.

– Justement, ce quatrième album est autoproduit et tu t’es occupée de tout, de l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Etait-ce nécessaire pour toi de gérer entièrement le processus de création pour repartir de de bonnes bases ?

Ma confiance avait été complètement brisée et je savais que je devais mener ce projet à bien seule. Plus important encore, je savais que j’en étais capable. Des visuels au son de la guitare, je savais que je voulais maîtriser le processus et devenir pleinement l’artiste que j’avais toujours su être.

– Tu es compositrice et multi-instrumentiste, et d’ailleurs les parties de guitare et de piano sont assez incroyables. Ta musique est également très riche avec un mélange de Rock, de Soul, de Blues, de Folk et même de Gospel. Pourtant, ton style est limpide, fluide et très identifiable. As-tu aussi le sentiment d’avoir conçu ton album le plus abouti à ce jour avec « War On Women ; Calling All Good Men » ?

Sans conteste, c’est mon plus beau cadeau au monde. J’y ai mis tout mon être, mentalement, spirituellement, émotionnellement et physiquement. C’est un véritable voyage à travers ma vision de la société et je pense qu’il reflète très clairement qui je suis en tant qu’artiste, mais surtout en tant qu’être humain.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle aussi du contenu de tes textes, qui sont très revendicatifs, engagés et presque politiques d’une certaine manière. C’est clairement un appel au changement, que ce soir au niveau des relations humaines comme de l’environnement. Est-ce quelque chose que tu portes en toi depuis longtemps, ou est-ce que les évènements actuels dans le monde et dans ta vie ont pu accélérer cette prise de conscience et l’envie d’en parler ?

J’ai toujours été ainsi. J’ai agi avec passion et je me suis toujours considérée comme une militante de la justice sociale. L’art est politique et la vie est politique. Je refuse l’indifférence et d’édulcorer mon expression, même si le monde préférerait que je me taise et que je me contente de mes solos de guitare… Les épreuves de la vie m’ont façonnée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui : une personne intrépide, sans complexe et surtout profondément, radicalement moi-même.

– Pour en revenir à ta musique, j’aimerais que l’on parle de « Cowards & Kings » et son monumental solo très hendrixien, qui renvoie d’ailleurs à celui de « Hide And Seek » sur « The Prize ». Malgré une apparence qui paraît sage et douce, tu es une guitariste et une chanteuse fougueuse et redoutable. Est-ce une façon d’exalter certaines émotions, ou plus simplement de te faire plaisir et de dévoiler l’étendue de ton jeu ?

Ce solo en particulier me semble être le morceau de guitare le plus authentique que j’aie jamais enregistré. Pour un musicien, jouer en live est l’apogée. C’est dans cet échange énergétique avec le public que réside la véritable magie. Je me considère comme une musicienne très différente en studio et sur scène, mais cette chanson était différente. J’ai l’impression d’avoir réussi à retranscrire en une seule prise toute la fougue qui m’anime sur scène. J’étais en colère et je venais justement de parler de la trahison et de la connivence entre mon avocat, mon manager et ma maison de disques. J’ai donc enregistré ce morceau avec une rage viscérale. Ce solo de guitare sonne comme le cri guttural d’une femme bafouée. Et c’est exactement ce qu’il est.

– Il y a également une chose remarquable sur ce nouvel album, c’est l’équilibre qu’il présente. Tu joues sur les émotions avec beaucoup de justesse et d’authenticité en passant par plusieurs styles et même des chansons a cappella. Est-ce que tu penses à l’équilibre de l’ensemble au moment de la composition, ou tu crées finalement la tracklist en toute fin, avec un fil narratif précis ?

J’avais une idée précise de la structure de l’album dès le départ. Je savais, par exemple, qu’il s’ouvrirait sur « War On Women ». Mais j’ai laissé les morceaux, dans leur version finale, choisir leur place dans la tracklist. L’agencement des titres est un art et je souhaite que l’auditeur se sente embarqué dans cette aventure épique à mes côtés. Tout a donc été mûrement réfléchi, et les paroles s’enchaînent harmonieusement pour raconter une histoire de prise de conscience, de chagrin, de rage, de compréhension et d’espoir.

– Parallèlement, tu publies « The Strawberry Moon Tribune », qui est un magazine indépendant dédié à l’art et à la culture. Est-ce que tu le considères comme un prolongement de ta musique, ou plutôt comme une activité annexe qui vient en complément ?

En fin de compte, il est les deux à la fois. C’est un prolongement de moi-même et de ma musique, mais c’est aussi un espace où la créativité d’autres artistes côtoie la mienne. Nul n’existe, ni ne crée en vase clos et je souhaitais immortaliser ce moment intense et proposer un projet écrit et ambitieux pour accompagner cet album.

– Par ailleurs, et comme nous sommes sur un site français, tu as aussi une belle histoire avec la France. En effet, la créatrice de mode Deborah Baumgarten t’a conçu plusieurs tenues pour la scène. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots au sujet de cette rencontre assez étonnante ?

Deb est un ange, j’en suis convaincue. Elle a partagé son art avec moi pour la première fois à Paris, en jetant sur scène un châle qu’elle avait créé spécialement pour moi après mon concert, puis en me surprenant avec une succession de robes. C’est une créatrice de robes de mariée véganes très talentueuse et recherchée et je ne me suis jamais sentie autant moi-même que dans ses créations. Son travail magnifique me permet d’être avant tout une femme, et ensuite seulement une artiste et une guitariste, ce qui n’a pas toujours été le cas. J’avais si bien joué le rôle de la rockeuse, que mon véritable moi s’était enfoui sous ce déguisement constant de femme rebelle. En réalité, je suis une femme aérienne, presque féerique, qui joue aussi de la guitare et du Rock. La juxtaposition de mes moments plus intenses sur scène avec la fluidité de ses robes est devenue une part essentielle de mon identité d’artiste. Je serai toujours reconnaissante à Deb de m’avoir aidée à devenir une version encore plus authentique de moi-même.

– Enfin, si ton registre est vaste, il conserve une dominante Blues et Soul dans ton Rock. Où est-ce que tu te situes, toi qui est originaire de Caroline du Sud où cette âme Southern possède des racines fortes et que l’on ressent aussi dans ta voix ?

J’ai du mal à me définir autrement que comme une pure rockeuse. La beauté du Rock, c’est qu’il laisse place à toutes les influences. Etant originaire du Sud, je crois qu’il y a un je-ne-sais-quoi dans ma musique, un peu comme un reflet de mes racines. Nous sommes tous influencés par notre environnement et je suis profondément reconnaissante à celui de mes origines.

Le nouvel album de HANNAH WICKLUND, « War On Women; Calling All Good Men » est disponible chez Strawberry Moon Records, directement sur le site de l’artiste : www.hannahwicklund.com/

Photos : Fay/Money Photography (1) et Aliegh Shields (4).