Indépendante et inspirée, JENNIFER LYN est devenue une blueswoman qui compte dans le paysage musical actuel des Etats-Unis. Désormais basée dans le Dakota du Nord avec THE GROOVE REVIVAL, elle franchit de nouveaux caps et le Blues de sa formation passe de moments Rock musclés à des passages Soul avec une fluidité et une maîtrise rafraîchissantes. « Electric Eden » est l’album Live qui manquait à une déjà belle discographie très contemporaine, qui fait aussi le lien avec un héritage aux très nombreuses branches.
JENNIFER LYN & THE REVIVAL
« Electric Eden »
(J & L Collective)
Un an tout juste avec « Retrograde », son troisième album qui a vu se concrétiser une formidable collaboration avec Richard Torrance, son guitariste et co-auteur, JENNIFER LYN revient déjà avec « Electric Eden », qui se présente comme un témoignage scénique remarquable de ce groupe désormais soudé. THE GROOVE REVIVAL est plus jamais le bien-nommé, tant il porte haut un Blues Rock très contemporain, toujours mâtiné de Classic Rock, de Soul et de saveurs 70’s. L’exactitude du jeu et le feeling à l’œuvre font de ce Live un bel instant suspendu.
Aux côtés du duo, on retrouve Jim Anderson derrière les fûts, Barb Jiskra aux claviers et Nolyn Falcon à la basse et les cinq musiciens parviennent à transmettre au public tout le plaisir qu’ils ont à jouer ces neuf morceaux. Aujourd’hui plus encore, JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL est une machine bien huilée et cette prestation, faite d’émotion et tout en percussion, est d’une incroyable sensibilité. La connexion se fait autant sur scène que dans la salle et c’est très palpable. Le groupe comme les spectateurs surfent sur une même et électrisante énergie.
Forcément, « Retrograde » est bien représenté avec cinq chansons (« Light the Fire », « Sucker For The Pain », « Baggage », « ‘59 Cadillac » et « Refuge »). De plus en plus irrésistible vocalement, l’Américaine forme également un très bon tandem guitaristique avec Richard Torrance et leurs échanges sont à la fois complices et intenses. En ce sens, « Electric Eden » capture à merveille l’instantanéité de la performance live de JENNIFER LYN & THE GROOVE REVIVAL. Grâce à un songwriting créatif, l’interprétation du quintet est littéralement brillante.
Photo : Wyatt Ell
Retrouvez l’interview accordée par la chanteuse et guitariste à la sortie de « Retrograde » :
Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.
– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?
C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.
– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?
Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.
– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?
Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.
– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?
Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.
– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?
Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)
– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?
On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.
– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?
Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.
– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?
Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.
Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.
Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.
THE NEPTUNE POWER FEDERATION
« Mondo Tomorrow »
(Cruz Del Sur Music)
Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.
Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.
Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !
Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :
Né à la fin des années 60 du côté de Chicago, COVEN est la référence ultime et l’influence majeure des groupes qui développent, aujourd’hui encore, dans leur musique ce même imaginaire. Sauf que dans ce cas précis, il ne s’agit nullement de folklore ou d’apparat destiné à véhiculer l’illusion d’une appartenance à ce mouvement souvent caché, mais bien réel. Toujours guidé par sa chanteuse, le groupe vit sa musique et les textes qu’elle véhicule au premier degré. Pas de marketing donc derrière la démarche de cette grande prêtresse du Rock Occult, et aujourd’hui Jinx Dawson entend bien remettre son actuel quintet au cœur du monde musical. Avant de les recevoir en France très bientôt, celle qui se fait si rare en interview a bien voulu revenir sur l’histoire de COVEN, ses déboires aussi et sa démarche personnelle. Un entretien dans lequel sa fondatrice revient très naturellement sur les liens entre ésotérisme et musique, et sa position et son implication dans cette voie.
– Tout d’abord, pour la nouvelle génération qui ne vous connaît peut-être pas encore, COVEN a créé la quasi-totalité de l’imagerie du monde du Metal actuel depuis la fin des années 60. Comment perpétue-t-on un tel héritage plusieurs décennies plus tard ? Est-ce toujours une source de fierté ?
Au départ, l’album « Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls » se voulait un ouvrage érudit destiné aux personnes profondément impliquées dans la ‘Voie de la Main Gauche’. Je pensais que peu de gens s’y intéresseraient, voire que certains craindraient les informations qu’il contenait. Passionnée de musique, surtout d’opéra mais aussi de Rock, je souhaitais chanter et avoir un groupe. Je pensais donc pouvoir combiner les deux. La maison de disques entrevoyait un grand succès, mais jugeait le concept de COVEN trop réaliste pour le grand public. Nous étions régulièrement interrompus en plein rituel, expulsés de scène par la police, interdits de participation à des rituels en concerts et en festivals, et nos disques étaient vendus sous le manteau, avant de ne plus se vendre du tout. Mercury Records pensait que mon idée serait plus commerciale, même si elle était moins réaliste. N’appréciant pas cette perspective, nous avons quitté Chicago pour Los Angeles, et la maison de disques s’est mise en quête d’un autre groupe disposé à aborder ce sujet ésotérique avec subtilité. Elle craignait également qu’une femme présentant ce genre de réflexion ne soit pas du goût des Eglises et autres groupes. Ce fut donc loin d’être une source de fierté, mais plutôt une source de difficultés.
– COVEN est devenu un mythe qui a largement dépassé les frontières musicales, ce qui est un peu dommage, au point que certains en oublient souvent cet aspect du groupe. Nourris-tudes regrets à ce sujet ?
En fait, je regrette mes choix de l’époque. Mes deux grandes-tantes, adeptes de ‘La Main Gauche’, m’ont déshérité et m’ont ôté la vie, car j’avais révélé une trop grande partie de leurs sombres secrets. Mais nous avons travaillé d’arrache-pied sur la musique. Les musiciens étaient excellents. Et le groupe était très fier du résultat final.
– Pour conclure sur ce sujet, à l’époque, le scandale est né de « Satanic Mass », une épopée de 13 minutes. Aviez-vous anticipé un tel tollé ? Et, de plus, aviez-vous prévu son potentiel impact au moment de sa création ?
Lorsque nous enregistrions « The Satanic Mass » en 1969, cela me semblait tout à fait naturel, car j’avais grandi dans ce monde, car mes grandes-tantes étaient mages d’un coven (réunion de sorciers – NDR). Enfant, je m’étais souvent introduit en cachette dans leur manoir pour assister à leurs réunions, des rassemblements exaltants. Et plus tard, j’ai rejoint la LHP (‘Left-hand path’, ‘La Main Gauche’ – NDR) à 13 ans. Mais le soir où le rite devait être enregistré, tous les employés d’Universal Recording Studio ont demandé à partir à midi. J’ai trouvé ça bizarre. A ce moment-là, je me suis dit que les détracteurs, par peur, pourraient l’enterrer pour qu’on ne s’en souvienne à jamais. Et il y a à peine vingt ans, quand j’ai voulu rééditer ce pauvre vieux disque oublié, introuvable ailleurs, on m’a dit que les responsables ne le « sortiraient jamais des archives ».
– Revenons à la musique de COVEN. Si beaucoup vous associent aujourd’hui à la scène Metal, vous jouez en réalité du Rock psychédélique avec même quelques influences Folk. En réécoutant vos deux premiers albums, on réalise la richesse des arrangements avec piano, saxophone, cordes… Quelle place occupe votre musique par rapport au message qu’elle véhicule ? Est-ce un simple support, ou a-t-elle toujours primé sur les paroles ?
Tout d’abord, je n’ai jamais considéré la musique de COVEN comme psychédélique. Je ne l’ai jamais été. Je n’étais pas hippie, je n’avais aucun lien avec ce milieu et je n’écoutais pas vraiment ce genre de musique. J’étais passionnée de musique classique et j’avais une bourse d’études en opéra à l’Université Butler à l’âge de 13 ans. Je considère notre musique comme du Rock avec une touche gothique classique. Je pense que la musique était un moyen de transmettre des informations. J’adore la musique et j’ai toujours veillé à lui témoigner le plus grand respect. Je ne pense pas que COVEN ait jamais vraiment adhéré à la vague des groupes ‘love in the 60’, mais je pense que certains voulaient simplement simplifier les choses. Ils voulaient signifier que le Metal venait d’inaugurer une nouvelle décennie, car l’album phare de COVEN, « WitchcraftDestroys Minds & Reaps Souls», est arrivé à l’aube des années 70.
– Malheureusement, après « Witchcraft Destroys Minds & Reaps Souls », « Coven » et « Blood In the Snow », COVEN a connu une longue période de silence jusqu’en 2008 avec « Metal Goth Queen – Out Of The Vault ». Qu’est-ce qui a empêché votre carrière de progresser sans encombre pendant toutes ces années ?
Beaucoup de choses. COVEN avait déménagé. Direction Los Angeles. Cinq ans plus tard, après la sortie de nos trois premiers albums, les membres masculins du groupe se sont mis en couple et ont quitté la ‘Coven House’, perchée sur les collines d’Hollywood. Les managers étaient insupportables. J’ai joué dans un film et j’ai fait une petite apparition dans un autre avec Brad Pitt. J’ai monté un groupe Punk appelé ‘The Equalizers’ pour oublier que mes précédents albums avaient disparu des radars et que COVEN ne renaîtrait jamais. Le groupe comptait des membres renommés comme le bassiste de Jethro Tull et le guitariste de Steppenwolf. L’ingénieur du son des était marié à la sœur de Bob Welch, membre du Fleetwood Mac original. Cet ingénieur du son n’arrêtait pas de me draguer et a même tenté de me tuer en me voyant avec une star du Rock. J’ai fréquenté beaucoup de rockeurs célèbres, qui n’ont jamais rien su de mon passé. J’ai aussi énormément voyagé avec Amet Ertugun, le propriétaire d’Atlantic Records. J’ai participé à de nombreux rituels de cercle magique à la ‘Maison du Coven’ et dans la ‘Pièce Secrète’. En fait, je me suis simplement plongé dans l’underground, sans que mon passé soit dévoilé.
– Même si vous avez sorti « Jinx » (2013) et « Light The Fire » (2016), cela fait dix ans que nous attendons le retour de COVEN avec un nouvel album. Est-ce en préparation ? Travaillez-vous dessus avec la formation actuelle ?
Il est en suspens depuis dix ans. Mais oui, nous avons quatre morceaux vraiment géniaux en boîte, puis nous avons commencé une tournée, donc nous espérons terminer le reste bientôt. La formation actuelle est très impliquée et même Steve Ross, le batteur original de COVEN, est de la partie.
– Vous serez bientôt en tournée en Europe et en France avec un passage en tête d’affiche du festival « Courts Of Chaos » en Bretagne. A quel genre de concert doit-on s’attendre ? Y aura-t-il quelques chansons inédites au programme ? Car ici, les fans sont nombreux…
Nous sommes follement excités à l’idée de revenir en France, et pour la première fois en Bretagne… Je sortirai de mon cercueil rien que pour vous… Skull fera une apparition, accompagné de films et vidéos historiques de ce COVEN autrefois interdit… Un rituel musical de véritables chants ancestraux du ‘Sentier de la Main Gauche’, de chansons racontant d’authentiques histoires de sorcellerie, avec peut-être un aperçu de nouvelles compositions…
– Enfin, en tant que grande prêtresse du genre, quel est ton regard sur la scène Rock et Metal occulte, voire sur certains courants du Black Metal ou du style païen ?
Je pense que cela rassemble une communauté très soudée de personnes talentueuses, dont j’ai eu le grand plaisir de rencontrer un grand nombre. C’est un véritable mouvement où musique, art, design, cinéma et mode de vie se conjuguent. Je pense que nous avons besoin de ce type de lien fort en ce moment, et ce groupe pourrait devenir très important dans un avenir proche. Mais une grande partie de ce mouvement ne représente pas la véritable ‘Voie de la Main Gauche’, ni la sorcellerie, qui détruit les esprits et moissonne les âmes. C’est plutôt comme les bruits et les cris des films d’horreur ou les hurlements d’Halloween, avec lesquels je peux m’amuser de façon assez macabre. Mais c’est peut-être mieux ainsi pour l’instant, car certains ne sont peut-être pas prêts pour de vrais sorts…
Les pochettes de « Witchcraft Destroys Minds And Reaps Souls « (1969) et « Blood on the Snow » (1974), les deux albums emblématiques de COVEN.
Photos : Greg The Mayor (1, 2, 4) et Omar Cordy (3).
COVEN sera en tête d’affiche du festival ‘Courts Of Chaos’ les 22 et 23 mai prochain à Plozévet (29). Toutes les infos sur le site : www.courtsofchaos.fr
Capté sur le vif lors d’une tournée en octobre 2025, « Live In Denmark » est la parfaite expression de l’énergie, de la puissance vocale, mais aussi de toute la délicatesse et la profondeur de DANA FUCHS. Sur scène, entourée d’une formation classique (guitare, basse, batterie), la chanteuse américaine transcende les émotions sans filtre et avec sincérité pour emporter son public vers des sommets Blues Rock. Surtout basé sur son dernier album studio en date, « Borrowed Time », cette prestation de la Floridienne montre à quel point sa voix est unique avec cette tessiture brute, qui la rend si attachante et perçante aussi sur ses textes d’une intense vérité. Rencontre avec une musicienne, qui vit le Blues pour son public avec une passion débordante.
– Ton dernier album, « Borrowed Time », date de 2022 et est malheureusement sorti en pleine pandémie. J’imagine donc que tu as commencé à tourner dès que tu en as eu la possibilité. Du coup, est-ce que tu as fait une pause dans la composition pour te consacrer tout de suite à la scène ?
Je ne m’accorde jamais de véritable pause dans l’écriture. Même en pleine tournée, les idées fusent. Des chansons surgissent entre les balances et le concert, parfois dans des chambres d’hôtel à deux heures du matin. Mais avec la réouverture progressive du monde, les concerts sont redevenus la priorité. Ce lien avec le public nous avait tous cruellement manqué et nous en avions autant besoin qu’eux. Alors oui, les concerts ont occupé le devant de la scène pendant un temps, mais l’écriture, elle, ne s’arrête jamais complètement. Je suis, de nature, une collectionneuse d’histoires et d’expériences… (Sourires)
– D’ailleurs, sur « Live In Denmark », ce dernier album studio est bien représenté avec six morceaux. Etait-ce une setlist logique, que tu as construite en fonction de ta tournée, plutôt qu’autour de tes chansons les plus emblématiques ?
C’était un peu des deux, en fait. Quand on joue ses nouveaux morceaux depuis un moment, que le groupe les maîtrise et qu’on se sent plus à l’aise pour prendre des risques, ces chansons prennent une dimension particulière sur scène. « Borrowed Time » est un album très personnel pour moi, et après l’avoir joué en tournée, les morceaux ont trouvé leur place dans le setlist. On ajoute d’ailleurs encore des titres de cet album pour la tournée de printemps en Allemagne et en Suisse ! Je pense toujours au déroulement de la soirée. De quoi le public a-t-il besoin ce soir ? Qu’est-ce qui va le faire vibrer ? C’est une question qui me préoccupe constamment pendant un concert, et heureusement, j’ai maintenant un groupe capable de jouer quasiment n’importe quel morceau que je choisis, ou même que le public demande ! (Sourires)
– Tu as expliqué que la décision d’enregistrer ce concert au Godset de Kolding en octobre dernier avait été prise un peu rapidement en accord avec ton management et ton label. A priori, tu avais donc un peu de pression et tu as pourtant livré une prestation incroyable. Dans quel état d’esprit est-on dans ce genre de situation en montant sur scène, sachant que tout est enregistré ?
Une fois sur scène, la musique prend le dessus. J’ai suffisamment d’expérience pour avoir confiance en mon processus créatif et rester pleinement présente. Je suis parfaitement consciente de l’enjeu d’un enregistrement live, mais la pression, pour moi, a plutôt tendance à aiguiser les choses qu’à les bloquer. Je fais confiance au groupe, à l’énergie de la salle, et je me laisse aller. C’est la seule façon pour moi de réussir ! (Sourires)
– Pourtant, lorsqu’on ne le sait pas à l’écoute de l’album, on ne s’en rend absolument pas compte, bien au contraire. Est-ce que, justement, ce n’est pas une bonne manière pour se surpasser ?
Oui, je le crois. Il y a quelque chose de magique dans la spontanéité, et quand on n’a pas de filet, un instinct primitif se réveille. Il faut arrêter de se poser des questions et se laisser guider par ses sensations. Et c’est là que surviennent les meilleurs moments, ceux qu’on ne peut jamais prévoir.
– On sait que tes concerts sont toujours des moments forts et intenses. Et en tant qu’artiste, tu es bien sûr dans ton élément sur scène, mais éprouves-tu le même plaisir à sortir un album studio et un live, qui est le témoin d’un court moment ?
J’ai constaté qu’un album studio se construit au fil du temps… même en seulement dix jours, comme celui qu’il nous a fallu pour enregistrer « Borrowed Time » ! (Sourires) « Live in Denmark » est un véritable témoignage, un document qui raconte ce qui s’est passé dans cette salle, ce soir-là. Impossible de revenir en arrière et de corriger ce qui n’a pas fonctionné. Tout est capturé, y compris les imperfections, les moments spontanés, ces instants où la musique prend une dimension inattendue. J’aime les deux, mais pour des raisons différentes… (Sourires)
– Pour rester sur les albums live, tu n’en es pas à ton coup d’essai, puisque tu en as déjà sorti trois, si l’on prend en compte « Broken Down – Acoustic Sessions » en 2008. « Live In Denmark » retranscrit parfaitement toute ta force, mais aussi ta vulnérabilité. Est-ce que, finalement, la scène ne reste-t-elle pas le seul endroit où l’on ne peut pas tricher ? Ou l’on doit être absolument authentique, car ‘retoucher’ les albums comme on pouvait le faire il y a quelques années a complètement disparu ?
La scène a toujours été pour moi le lieu de l’authenticité. On ne peut pas tricher devant un public. Il ressent tout, et il est essentiel pour moi d’être pleinement présente et de laisser les chansons prendre vie sur le moment, et pas seulement de les interpréter. Certes, la technologie a transformé les possibilités en studio, mais je n’ai jamais été attiré par cette forme de perfection. Je veux que les gens entendent un être humain partager une expérience humaine.
– Si tu avais une certaine pression cette soirée-là, le disque quant à lui est d’une grande proximité et ton jeu d’une belle vivacité. Est-ce que le choix de la salle a aussi joué ? As-tu choisi un endroit pas trop grand pour développer cette communion et cette intimité aussi avec le public, qui était d’ailleurs particulièrement attentif ?
Je ressens toujours une forme d’intimité avec n’importe quel public, quelle que soit sa taille. C’est une forme d’authenticité essentielle. On ne peut pas se cacher derrière une mise en scène ou un spectacle, il faut juste la musique et les gens devant soi. Godset (la salle de la ville où a été enregistré l’album – NDR) était parfait pour ça. Le public était là, pleinement présent, et cela m’a apporté tout ce dont j’avais besoin ! (Sourires)
– Avec cette setlist savamment choisie, tu donnes aussi l’impression de beaucoup de certitudes sur ton jeu, sur ta voix et bien sûr tes compositions. Est-ce que ce sont des émotions qui peuvent être difficile à retrouver en studio par la suite, car c’est un contexte forcément très différent ?
C’est l’une des tensions centrales du métier d’artiste en studio. Ce qui se passe en live, c’est-à-dire la spontanéité, l’improvisation, cette volonté d’explorer des territoires inconnus, est très difficile à reproduire en studio. En studio, on est conscient du temps qui passe et des choix que l’on fait. Sur scène, on peut oublier tout ça ! Bien sûr, j’essaie de recréer cette ambiance en studio autant que possible. J’enregistre en live avec le groupe dès que c’est faisable. Et capturer cette énergie, c’est ce qui distingue un album comme « Live in Denmark ».
– En fin d’album, tu reprends « Sympathy For The Devil » des Rolling Stones et il prend une tout autre résonance avec ta voix. Qu’est-ce que ce tube a de particulier pour toi, car on te sent littéralement habitée dans son interprétation ?
C’est une chanson d’une profondeur magistrale ! La façon dont elle parcourt l’histoire de l’humanité et met en lumière notre penchant pour les ténèbres me touche toujours autant. Elle refuse de mentir. Elle affronte la douleur et le mal de front et continue de chanter. Quand je chante cette chanson, je ne me contente pas d’interpréter un classique des Rolling Stones. Je me laisse guider par les paroles. Je crois que le public le ressent parce que cela émane d’une expérience authentique, et non d’une simple imitation.
– Enfin, tu seras de retour en Europe au printemps pour une autre série de concerts. Est-ce qu’entre-temps, tu t’es un peu penchée sur la composition d’un nouvel album ? Et peut-on savoir si tu as déjà planifier quelque chose dans ce sens ?
J’écris sans cesse, je rassemble constamment de la matière. Est-ce que ça deviendra mon prochain album, ou autre chose ? Je ne peux pas encore le dire. Ce que je sais, c’est que chaque tournée m’apprend quelque chose sur ce qui touche le public, sur ce que je n’ai pas encore exprimé, sur la direction que prend ma musique. En ce moment, je suis impatiente de retrouver les publics allemands et suisses. C’est ce qui m’occupe l’esprit aujourd’hui. La nouvelle musique sortira quand elle sera prête ! (Sourires)
« Live In Denmark » de DANA FUCHS est disponible chez Ruf records.
Photos : Bobby Harlow (1), John Loreaux (2) et Merri Cyr (3).
Retrouvez aussi la chronique de son dernier album studio, « Borrowed Time » :
Grâce encore à neuf titres solaires, ELIZA NEALS nous revient avec « Thunder In The House », un opus qui lui ressemble tellement et surtout qui l’a démarque aujourd’hui d’une scène Blues de plus en plus vaste. Sachant se faire très Rock, tout en laissant une empreinte Soul, notamment dans sa prestation vocale, l’Américaine se distingue de bien des manières, grâce aussi à des collaborations artistiques qui portent avec beaucoup d’élégance et de profondeur un songwriting personnel de plus en plus pertinent.
ELIZA NEALS
« Thunder In The House »
(E-H Records LLC)
Sur son disque précédent, « Colorcrimes », la chanteuse avait profité de sa tournée pour faire escale là où elle se produisait pour enregistrer, ce qu l’avait conduit à Nashville, dans le New-Jersey et bien sûr dans le Michigan. Née à Detroit, ELIZA NEALS est donc imprégnée de la culture Blues, Blues Rock et Soul de sa ville à laquelle ses origines arméniennes viennent s’ajouter pour former un mix original et assez unique. Sur « Thunder In The House », elle revient à Acacia Street, où elle a grandi en périphérique de la grande ville américaine.
Même si elle signe ici son treizième album, c’est surtout depuis « Black Crow Moan » (2020), puis « Badder To The Bone » (2022) et « Colorcrimes » (2024) qu’ELIZA NEALS s’est taillée une solide réputation de frontwoman, bien sûr, mais aussi de musicienne, compositrice et de productrice reconnue. Et son autre force réside dans un entourage de grande qualité, notamment son partenaire Michael Puwal, qui a œuvré avec Kenny Wayne Shepherd et Alberta James. Un duo de haut vol auquel viennent s’ajouter des musiciens aussi renommés que talentueux.
Toujours animée par ses thèmes de prédilection que sont la connexion entre chacun de nous, l’amour de l’humanité et de son prochain, ELIZA NEALS sait poser les mots sur ses compositions et et s’adapter avec brio à leurs thématiques. Entraînantes, plus enveloppantes et toujours très accrocheuses, les mélodies de ces nouveaux morceaux sont aussi réconfortants que résilients, avec pour seul guide une énergie très positive (« Speedy Beady », « Love Will », « Blues Bombspell », « Wicked Hear », « One Monkey »). Une fois encore, sa voix nous porte avec maestria.
Retrouvez l’interview accordée à l’occasion de la sortie de « Colorcrimes »…
Electrisant et dynamique, ce premier opus de STAINLESS est une belle surprise en plus d’être une réussite complète. Aguerris depuis des années au sein de formations Metal underground aux Etats-Unis, ses membres affichent maîtrise et complémentarité, et l’ensemble donne un Hard’n Heavy convaincant. Compact et accessible, « Lady Of Lust & Steel » est aussi sensuel que rugueux et aussi assez surprenant dans sa démarche. Tranchant et vif, il est déjà l’un des plus pertinents de l’année.
STAINLESS
« Lady Of Lust & Steel »
(High Roller Records)
S’ils se présentent à cinq sur scène et sur le line-up officiel, c’est bel et bien à trois qu’a été enregistré « Lady Of Lust & Steel », premier album des Américains. Fondé dans l’Oregon en 2022, STAINLESS compte déjà un single et un EP à son actif et ce n’est pas un hasard si Larissa Cavacece (chant), Jamie Byrum (guitare, batterie, chant) et Clifton Martin (basse) se sont attelés en studio pour donner une suite à cette belle aventure. Très actuel dans sa production, c’est pourtant dans les années 80 et 90 que se nichent les références de ce premier long format.
Entre Heavy Metal et Hard Rock, le style de STAINLESS semble éviter les chapelles pour mieux profiter d’une liberté artistique totale. Si l’importance des guitares, tant au niveau des riffs que des solos est manifeste, le groupe possède en sa chanteuse un argument de poids. Puissante et profonde, la voix de Larissa Cavacece a ce côté brut et ce timbre légèrement rauque, qui en imposent. Solide sur les couplets, elle se montre très accrocheuse et fédératrice sur les refrains. Sans conteste, sa forte personnalité est le fil rouge de « Lady Of Lust & Steel », qu’elle guide.
Sur huit morceaux, STAINLESS offre un beau panel de ses inspirations, le tout délivré avec une énergie très live. Avec le concours de son guitariste, la frontwoman s’approprie les titres avec fougue dès l’entame avec « Restless An’ Ready », puis « Whorefrost » qui offre une dimension clairement Metal. Mélodique et musclé, le combo avance avec percussion et virtuosité. Rompu à l’exercice, il saisit l’auditeur pour ne plus le lâcher (« Danger In The Night », « Take A Listen Mama », « Rough Justice »). Un premier essai transformé avec classe.
Avec beaucoup d’énergie et de finesse, LEE O’NELL se dévoile sur scène dans un set incandescent, où son Blues Rock donne toute sa puissance. La guitare est affûtée, les claviers scintillants, la rythmique d’un groove hyper-précis et la voix de Gipsy enveloppe de sa belle tessiture. Tout est en parfaite symbiose sur ce « Live », parfaitement capté et restitué sans fioriture avec une authenticité de chaque instant. Léger, jazzy, swing ou plus musclé, le registre du combo hexagonal fait des merveilles et nous emporte avec lui.
LEE O’NELL
« Live »
(Independant)
Après deux albums studio avec son Blues Gang, « Different Shades OF Love » (2020) et « This Is Us… » (2022), c’est avec une réalisation sobrement intitulée « Live » que Lionel Wernert, alias LEE O’NELL, fat son retour de très belle manière. Car le Blues Rock et le Blues plus largement, peut-être plus que d’autres registres qui misent dorénavant sur des shows exubérants plus préoccupés par l’image que la musique, se vit et se ressent en concert et face au public. Et en ce sens, le quintet vosgien ne triche pas et ses morceaux sont d’une sincérité sans faille.
Enregistré en octobre dernier à Vitry-le-François devant des spectateurs attentifs et enthousiastes, « Live » s’étend sur une petite heure, où l’on se délecte des multiples facettes de LEE O’NELL. Avec sa chanteuse Gipsy, ils forment un duo fusionnel, où le chant communique et répond aux assauts guitaristiques du principal compositeur de la formation. Cette dernière est d’ailleurs complétée avec beaucoup de talent par Pierre-Alain Delannoy (batterie), Phil Dandrimont (basse) et François Barisaux (claviers) dans une belle osmose.
Complices et complémentaires, les cinq musiciens manient puissance et délicatesse sur des titres très accrocheurs, dont l’objectif (atteint!) est d’abord de livrer beaucoup d’émotion (« Come What May », « Be A Man », « Different Shades Of Love », « Kiss Me Again », « Never Again », « Paradise Highway »). Et cerise sur le gâteau, on retrouve en toute fin le single « O Gimme Faith » qui, espérons-le, est le présage d’un beau troisième effort à venir. Avec ce « Live », LEE O’NELL est dans son élément, brillamment accompagné et avec une telle frontwoman, l’avenir s’annonce radieux.
Six longues années après son premier effort, le quintet fait un retour explosif avec « From The Fallen », composés de onze morceaux qui sentent la poudre et d’où jaillit un Heavy Stoner Rock massif. Entre-temps, ELECTRIC HYDRA a accueilli deux nouveaux guitaristes, rien que ça, et a forcément pris du volume. Le son de cet nouvel opus est plus brut, ample et puissant. Rangé derrière sa percutante frontwoman, Sanne Karlsson, le combo terrasse tout sur son passage, non sans s’appuyer sur de belles mélodies et il montre surtout avec une solide cohésion. Avec deux femmes dans ses rangs, le groupe joue presque la parité, d’autant que leur présence apporte un élan singulier à un répertoire déjà incisif et tranchant. Entretien avec une chanteuse pétillante, qui a hâte d’enchaîner les concerts et qui reste d’une curiosité viscérale.
– ELECTRIC HYDRA revient six ans après un premier album éponyme remarqué. Même s’il y a eu le single « Eyes Of Time » en 2022 et en quatuor, « From The Fallen » apparaît presque comme une renaissance. Est-ce le cas ?
Oui, on pourrait dire ça, plus ou moins. On s’est en quelque sorte réinventés. Le chemin n’a pas été facile, mais il nous a menés à cet album, et nous voilà : fiers et rayonnants. (Sourires)
– D’ailleurs, il y a eu un changement conséquent de line-up avec l’arrivée de deux nouveaux guitaristes. C’est loin d’être anodin, car c’est souvent la couleur musicale d’un groupe. Or, ELECTRIC HYDRA conserve et renforce même son identité. Comment avez-vous négocié ce virage ?
Comme nous avançons constamment, nous ne réfléchissons pas souvent à ces transitions. N’étant pas tenus de sonner d’une certaine manière, ou plutôt, aimant explorer différents genres, nous avons toujours été ouverts à l’expérimentation de nouvelles idées, comme les collaborations avec des artistes invités, par exemple. C’est peut-être cette curiosité d’explorer de nouvelles pistes tout en préservant cette identité profonde qui nous définit.
– Est-ce qu’aujourd’hui, ELECTRIC HYDRA a trouvé son équilibre à cinq et surtout avec deux guitares ? Le groupe a clairement gagné en puissance et votre Heavy Rock trouve aussi ses bases dans un Stoner Rock massif et toujours cette touche Hard Rock légèrement vintage. Avez-vous maintenant le sentiment d’avoir plus de possibilités que vous n’en aviez auparavant ?
C’est vrai, que nous sommes influencés par de nombreux styles différents et nous aimons explorer divers univers sonores. Avoir deux guitares nous permet d’être plus créatifs. Cela apporte également une dimension supplémentaire à nos concerts, ce que nous apprécions beaucoup. Et n’oublions pas la contribution d’Emil à la composition. Il a apporté une perspective nouvelle au groupe que nous apprécions énormément.
– Un mot aussi de la production, qui est signé par votre batteur Dennis Åhman. Le travail qu’il a accompli dès l’enregistrement jusqu’au mastering est remarquable. Est-ce que c’est justement ce qui a permis au groupe de conserver le son qui le caractérise depuis le début ?
L’anecdote est assez amusante, car suite à une série de soucis, nous nous sommes retrouvés complètement fauchés. Heureusement, grâce à la solide expérience de Dennis en ingénierie du son et à notre proximité avec le studio, le projet a pu être lancé. Nous avions une vision précise du son que nous souhaitions pour l’album, et le fait de maîtriser l’ensemble du processus nous a permis d’atteindre exactement le résultat escompté.
– Sanne, on te sent également plus déterminée que jamais, comme si c’était le moment de t’affirmer pleinement en véritable leader du groupe. On a presque l’impression que tu attendais ce deuxième album avec beaucoup d’impatience, tant ta prestation est forte. Est-ce que qui t’a animé aussi ?
Je ne sais pas si c’est quelque chose que je fais consciemment, mais oui, je m’y investis à fond, à 100 %. J’imagine que ça peut parfois agacer mon entourage, car j’ai tendance à trouver les autres trop lents quand je suis à fond. (Sourires) La raison pour laquelle je joue dans un groupe, et ce que j’apprécie le plus, c’est de jouer en live, et j’espère que nous sommes tous d’accord là-dessus ! (Sourires) Il n’y a pas eu assez de concerts ces derniers temps. Il était donc grand temps de sortir un nouvel album pour pouvoir reprendre la route.
– Par ailleurs, ELECTRIC HYDRA a toujours eu une approche très underground dans le son, ainsi que dans le style. Est-ce aussi l’une des raisons qui vous a incité à produire « From The Fallen » en interne ? Pour conserver cette flamme et cette énergie ?
Oui et non. La scène underground nous a permis de jouer et de créer. C’est une communauté très solidaire. Mais bien sûr, on adorerait aussi investir dans un bon studio avec un producteur de renom, dès qu’on aura le budget ! (Rires)
– Un mot aussi des morceaux « Contagious », « Riding The Haze » et « The Fallen » où vous accueillez quelques invités, à savoir Per Wiberg (ex-Opeth, Spiritual Beggars), l’Américain Mateo Von Bewitcher (Bewitcher) et aussi… ton père, Sanne. C’est assez inédit de jouer en famille dans ce registre. Comment cela s’est-il passé ? Et comment est née l’idée de ces trois featurings ?
En fait, il y a trois histoires différentes derrière tout ça, une pour chaque collaboration. Tout d’abord, avec Elvira, qui vend nos produits dérivés lors des concerts, nous sommes de grandes fans de Bewitcher. On a rencontré Matt et les autres membres du groupe lors de leur concert en Suède. Et tout simplement, je lui a demandé de lire quelques couplets inquiétants et Matt a eu la gentillesse de le faire. Ensuite, Per est le musicien le plus cool du monde et un type vraiment sympa. Il a joué avec des groupes incroyables au fil des ans. On aurait bien aimé qu’il joue sur le premier album aussi, mais on n’avait jamais eu le temps, ni le courage de le lui demander. Alors, l’avoir avec nous cette fois-ci, c’était vraiment spécial. On l’a croisé dans différents festivals et on a toujours passé de super moments. Les claviers, surtout joués par un musicien aussi talentueux, ajoutent une autre dimension aux chansons. Il a un don pour choisir les morceaux qui conviennent à chacun. Et comme, nous sommes de grands fans de Spiritual Beggars, alors c’est un honneur de l’avoir avec nous. Et enfin, Bo Karlsson n’est pas seulement un guitariste virtuose, c’est aussi le meilleur papa du monde ! (Sourires) Quand la voiture tombe en panne, que le chauffage fait des siennes ou que quelqu’un a simplement besoin de compagnie, il est là en un clin d’œil. Lui et ma mère, Simone, habitent tout près, et ils adorent prendre un café ensemble et discuter de tout et de rien. Un jour, nous avons pris un fika traditionnel suédois ensemble (café et brioches à la cannelle – Rires) comme d’habitude. Dennis jouait de la guitare et testait des idées pour la chanson « A New Dawn » quand il a soudainement tendu la guitare à Bobo. Et là, miracle ! C’est arrivé comme ça ! El n’avait même jamais entendu cette chanson auparavant.
– Enfin, lorsque l’on voit le line-up d’ELECTRIC HYDRA, il émane forcément une identité très féminine du groupe, avec peut-être plus de souplesse et de sensibilité, mais sans pour autant enlever de l’aspect incisif et puissant de l’album. Est-ce qu’à ce niveau-là, il y a aussi une recherche d’équilibre dans le ton notamment et d’une touche plus originale également ?
Il est encore bien trop rare de voir des femmes dans les musiques plus extrêmes. Si nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses, nous le faisons avec plaisir. Il arrive souvent que certaines viennent nous voir après les concerts pour nous dire combien elles sont heureuses de nous voir sur scène. Nous avons la possibilité d’être plusieurs choses à la fois, alors pourquoi ne pas en profiter ? (Sourires).
Le nouvel album d’ELECTRIC HYDRA, « From The Fallen », est disponible chez Majestic Mountain Records.
Photos : Jacob Hellenrud, Isuru Jayasuriya et Arkko Mattheiszen.
Du côté de Toulouse, la jeunesse a un œil dans le rétro, comme en témoigne DAMANTRA qui assume pleinement ce bond dans le temps. Après avoir arpenté de nombreuses scènes et s’être plié à l’exercice de l’EP à deux reprises, le groupe passe aujourd’hui à la vitesse supérieure de belle manière avec un premier album très réussi. Solide, organique et produit en interne, son Rock 70’s aux élans Psych et bluesy est plus que convaincant. Passant par toutes les émotions et multipliant les ambiances, « Better Off This Way » se termine sur les chapeaux de roue sans lever le pied et avec une intensité constante. Un premier effort complet qui vient confirmer l’ambition et les intentions du quatuor depuis ses débuts. Entretien avec quatre musiciens passionnés ayant fait de l’univers vintage leur propre terrain de jeu…
– Depuis « Jekyll & Hyde » en 2020, puis « Comet » en 2023 et aujourd’hui avec « Better Off This Way », il y a beaucoup de constance dans votre jeu, même si la production évolue, bien sûr. Est-ce qu’à la création de DAMANTRA, vous aviez déjà une idée très précise de votre ligne musicale ?
On se laisse toujours guider par la musique que l’on aime au moment de la création des morceaux. Alors naturellement, comme on évolue avec les années, notre musique aussi. On a composé les morceaux de « Jekyll And Hyde » avec un premier batteur beaucoup plus Metal dans son jeu et ses influences. Avec l’arrivée de Rémi (Fournier, NDR) aux baguettes, notre style s’est rapidement orienté vers un Rock plus rétro, en y ajoutant de nouveaux instruments plus ancrés dans les 70’s : clavier Moog, Orgue Hammond, Theremine…. Cependant, on a toujours été fans de Rival Sons et de Blues Pills, des groupes actuels pleinement inspirés par la Soul, le Blues et le Rock 70’s. Mais c’est vraiment sur ce nouvel album qu’elles sont pleinement assumées à la fois musicalement et visuellement.
– Même si la musique n’échappe aux phénomènes cycliques, qu’est-ce qui vous a poussé à construire un répertoire vintage 70’s, d’autant qu’aucun d’entre vous quatre n’a connu cette époque ?
On vient tous d’esthétiques musicales différentes, ce qui nous a permis de nous nourrir les uns les autres, et les années 70 nous ont paru comme une évidence en jouant ensemble. C’est d’ailleurs en poussant l’imagerie 60/70’s sur ce dernier album qu’on s’est rendu compte que nos grands-parents avaient bien la classe. Cette période est finalement la genèse de tous les styles de musique Rock qu’on apprécie. Les années 70 sont une époque fantasmée par ceux qui ne l’ont pas connue, et nostalgique pour ceux qui l’ont vécue. Elle est synonyme de bouleversement technologique, de conquête de l’espace, de pleine guerre froide, de pantalons patte d’eph et de la mode Space Age. C’est difficile de ne pas faire un parallèle avec les événements actuels : IA, retour sur la lune, situation géopolitique mondiale.
– Forcément dans ce registre précis, le son est essentiel, notamment son aspect organique. L’utilisation d’instruments vintage est aussi souvent de mise et j’ai même lu que vous aviez créé les vôtres. En quoi cette démarche a-t-elle constitué et comment vous y êtes-vous pris ?
On a tous essayé des instruments vintage qu’on n’avait clairement pas les moyens de se payer. On voulait pousser l’expérimentation au maximum, avec des sons toujours plus fuzzy, plus psychédéliques, et ça nous a paru comme une évidence de mettre la main à la pâte. Alors, on a appris l’électronique du son, la lutherie pour les nuls et on a commencé à se fabriquer des pédales d’effets, amplis dans de vieille radio TSF, guitares/basses et claviers. On a appris sur le tas grâce à des magazines spécialisés et Internet. On ne va pas se mentir, il y a eu quelques étincelles et des ratés avant d’avoir un premier résultat concluant. Mais, au final, tout ça fait qu’aujourd’hui, on joue sur du matos sur mesure, dont on est trop contents et qui suscite souvent la curiosité du public à nos concerts.
– « Better Off This Way » possède une production très soignée et nettement plus ample que celles de vos deux EPs. Et c’est d’ailleurs votre bassiste et claviériste Robin Fleutiaux qui a mixé l’album. Vous l’avez aussi enregistré au studio Capitole à Toulouse et quelque part dans les Pyrénées. C’est une démarche globale très DIY, qui va d’ailleurs jusqu’aux visuels. C’était essentiel pour vous de maîtriser chaque étape du processus ?
C’est justement tout le sens du nom de cet album « Better Off This Way », littéralement « C’est mieux comme ça ». On a voulu faire appel à un graphiste et un mixeur pour ce disque. Même si on a rencontré plusieurs personnes extraordinaires, on arrivait pas à faire retranscrire le son et l’image qu’on avait en tête. Alors, on s’est rendu compte qu’avec l’expérience des deux premiers EP, on avait toutes les compétences en interne pour arriver à un résultat qui nous corresponde. On a enregistré la batterie, une guitare et basse en live au Studio capitole. On était tous les quatre dans la même pièce, dans le grand studio et on a joué les dix morceaux en live pour capturer leur essence-même, à savoir des compos qui se vivent en concert. Les autres instruments (deuxième guitare, claviers, chants) ont été ajoutés à huis clos dans une maison dans les Pyrénées pour nous permettre de pousser la production à son maximum et de façon collégiale.
– D’ailleurs, là où vous surprenez un peu, c’est que vous avez fait appel à un directeur artistique, Nathan Bouschet, pour superviser l’album. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision ? Vous aviez besoin d’un regard extérieur, voire d’une aide supplémentaire, pour canaliser votre jeu ?
Contrairement aux deux premiers opus, qui ont été enregistrés après avoir éprouvé les morceaux en concert, les dix nouveaux morceaux de l’album ont été composés en cinq mois et n’ont jamais été joués en live avant l’enregistrement. C’était une période très dense et on avait besoin d’un regard extérieur pour suivre la ligne artistique qu’on s’était fixée. Nathan a poussé ces nouvelles compos à leur maximum, sans nous ménager, mais en étant toujours bienveillant.
– Avant « Better Off This Way », vous avez donc sorti deux EPs, et vous vous êtes également aguerris sur scène. C’était nécessaire, selon vous, avant de vous lancer dans la création d’un album de suivre ces passages presque initiatiques dans l’évolution d’un groupe, afin aussi d’avoir certaines garanties artistiques ?
On a fait plus de 100 concerts avant de se lancer dans la composition de cet album. Ces deux EPs et toutes ces dates nous ont confortés sur notre identité artistique. On a pu tester ce qui fonctionne en concert. De cette expérience, on a pu composer sereinement ces nouveaux morceaux qui ont justement vocation à se vivre en live. Car, on le redit, « Better Off This Way » a été composé et enregistré en quelques mois et aucun de ses morceaux n’ont été joués en concert avant l’enregistrement.
– Parmi les artistes qui résonnent à l’écoute de votre album, on pense à Rosalie Cunningham, Tora Daa, Ina Forsman et bien sûr Blues Pills. Est-ce que finalement l’essentiel de l’inspiration vintage ne viendrait-elle pas de l’actuelle génération, et par ailleurs d’une scène très nordique ?
Oui, c’est vrai que cette nouvelle génération de Rock à l’inspiration vintage nous touche particulièrement. Beaucoup viennent de Suède, mais on peut aussi citer Greta Van Fleet aux USA, Les Deuxluxes au Canada, Moundrag en France ou Dirty Sound Magnet en Suisse, qui apportent un vent de fraîcheur sur ce style.
– Enfin, votre Rock avec ses sonorités très diverses, tantôt douces ou plus musclées, possède aussi comme un fil rouge une saveur, même profonde, Soul, Bluesy et Psych, à l’instar de DeWolff également. Est-ce que DAMANTRA est en quête d’une certaine authenticité qui passe forcément par certains fondamentaux ?
Le Blues et la Soul ont toujours été, par essence, des musiques sincères et exutoires : c’était leur mantra. C’est sur un projet de Blues acoustique que Mélanie (Lesage, chant – NDR) et Virgile (Jennevin, guitare – NDR) ont joué ensemble pour la première fois. Ce sont forcément des styles qui ont bercé DAMANTRA dès sa création, tout en mêlant les influences diverses de chaque musicien, dont la Pop qui infuse le paysage musical depuis les Beatles jusqu’à nos jours.
Le premier album de DAMANTRA, « Better Off This Way », est disponible sur le site du groupe :www.damantra.fr