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Hannah Wicklund : the path to freedom [Interview]

Résolument Rock, l’univers artistique de HANNAH WICKLUND ne semble pourtant pas connaître de frontières. Passant de la Soul et du Gospel à des notes plus funky ou Folk, elle semble pourtant guidée en profondeur par un Blues qui ne dit pas son nom. Originaire de Caroline du Sud, la multi-instrumentiste, compositrice, productrice et même rédactrice en chef d’un magazine qu’elle a créé, sort « War On Women ; Calling All Good Men », son quatrième album et sans doute le plus personnel. Marquée par les luttes qu’elle a mené, elle met sa puissance vocale au service des émotions pour délivrer sa vérité. Lumineuse et envoûtante, la redoutable guitariste se présente comme une militante passionnée au style terriblement addictif. Rencontre avec une artiste hors-norme renforcée par les épreuves et les combats et surtout animée d’une intense liberté .

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur ces deux dernières années, celles qui ont suivi la sortie et l’acclamation de « The Prize ». Malgré cette belle reconnaissance, tu as rencontré de nombreux problèmes, et non des moindres. Pourtant, tu donnes l’impression sur ce nouvel album d’être encore plus forte aujourd’hui. Comment as-tu vécu cette période douloureuse à bien des égards ?

La sortie de mon album « The Prize » a été l’un des plus grands défis de ma vie, un véritable parcours du combattant, marqué par le sabotage et l’oppression. Nombreux sont ceux qui ont œuvré contre sa sortie, et alors même que je m’apprêtais enfin à le sortir selon mes propres conditions, j’ai été contrainte de collaborer avec un label qui, j’en suis convaincue, n’a jamais eu l’intention de s’investir pleinement dans mon projet et qui a, au contraire, semé le chaos. Ce sabotage, lié à cet album, a persisté pendant des années dans ma carrière. J’ai mes théories à ce sujet et une grande partie de ces agissements est liée à la volonté de ceux qui, au sein de l’establishment, ne souhaitent pas que le Rock’n’Roll féministe trouve sa place. J’ai subi de profondes trahisons de la part de nombreux hommes en qui j’avais confiance, et l’année dernière, j’ai finalement découvert une complicité et un complot à grande échelle au sein de ma carrière et de ma vie. J’ai enfin eu la preuve de ce que je pressentais depuis longtemps et cette preuve irréfutable m’a libérée. Je suis plus forte que jamais après cette expérience et je crois que mon nouvel album en est la preuve.

– Malgré cette environnement toxique, tu reviens avec « War On Women ; Calling All Good Men », au titre évocateur, qui est un album engagé et vraiment lumineux. Est-ce qu’il a été pour toi une façon d’inverser les choses et de panser aussi quelques plaies ?

Cet album est sans conteste l’œuvre la plus importante que j’aie jamais créée. J’ai vu le monde à travers le prisme de ma propre vie et vécu des choses absolument incroyables et je crois au pouvoir de la transformation. En tant qu’artiste, notre plus grande force est de transmuter la douleur en vérité, et c’est ce que j’ai entrepris de faire. Quand mon monde s’est obscurci, j’ai dû être ma propre lumière et me guider seule à travers l’abîme. Cet album témoigne de ce processus et j’en suis incroyablement fière.

– Justement, ce quatrième album est autoproduit et tu t’es occupée de tout, de l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Etait-ce nécessaire pour toi de gérer entièrement le processus de création pour repartir de de bonnes bases ?

Ma confiance avait été complètement brisée et je savais que je devais mener ce projet à bien seule. Plus important encore, je savais que j’en étais capable. Des visuels au son de la guitare, je savais que je voulais maîtriser le processus et devenir pleinement l’artiste que j’avais toujours su être.

– Tu es compositrice et multi-instrumentiste, et d’ailleurs les parties de guitare et de piano sont assez incroyables. Ta musique est également très riche avec un mélange de Rock, de Soul, de Blues, de Folk et même de Gospel. Pourtant, ton style est limpide, fluide et très identifiable. As-tu aussi le sentiment d’avoir conçu ton album le plus abouti à ce jour avec « War On Women ; Calling All Good Men » ?

Sans conteste, c’est mon plus beau cadeau au monde. J’y ai mis tout mon être, mentalement, spirituellement, émotionnellement et physiquement. C’est un véritable voyage à travers ma vision de la société et je pense qu’il reflète très clairement qui je suis en tant qu’artiste, mais surtout en tant qu’être humain.

– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle aussi du contenu de tes textes, qui sont très revendicatifs, engagés et presque politiques d’une certaine manière. C’est clairement un appel au changement, que ce soir au niveau des relations humaines comme de l’environnement. Est-ce quelque chose que tu portes en toi depuis longtemps, ou est-ce que les évènements actuels dans le monde et dans ta vie ont pu accélérer cette prise de conscience et l’envie d’en parler ?

J’ai toujours été ainsi. J’ai agi avec passion et je me suis toujours considérée comme une militante de la justice sociale. L’art est politique et la vie est politique. Je refuse l’indifférence et d’édulcorer mon expression, même si le monde préférerait que je me taise et que je me contente de mes solos de guitare… Les épreuves de la vie m’ont façonnée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui : une personne intrépide, sans complexe et surtout profondément, radicalement moi-même.

– Pour en revenir à ta musique, j’aimerais que l’on parle de « Cowards & Kings » et son monumental solo très hendrixien, qui renvoie d’ailleurs à celui de « Hide And Seek » sur « The Prize ». Malgré une apparence qui paraît sage et douce, tu es une guitariste et une chanteuse fougueuse et redoutable. Est-ce une façon d’exalter certaines émotions, ou plus simplement de te faire plaisir et de dévoiler l’étendue de ton jeu ?

Ce solo en particulier me semble être le morceau de guitare le plus authentique que j’aie jamais enregistré. Pour un musicien, jouer en live est l’apogée. C’est dans cet échange énergétique avec le public que réside la véritable magie. Je me considère comme une musicienne très différente en studio et sur scène, mais cette chanson était différente. J’ai l’impression d’avoir réussi à retranscrire en une seule prise toute la fougue qui m’anime sur scène. J’étais en colère et je venais justement de parler de la trahison et de la connivence entre mon avocat, mon manager et ma maison de disques. J’ai donc enregistré ce morceau avec une rage viscérale. Ce solo de guitare sonne comme le cri guttural d’une femme bafouée. Et c’est exactement ce qu’il est.

– Il y a également une chose remarquable sur ce nouvel album, c’est l’équilibre qu’il présente. Tu joues sur les émotions avec beaucoup de justesse et d’authenticité en passant par plusieurs styles et même des chansons a cappella. Est-ce que tu penses à l’équilibre de l’ensemble au moment de la composition, ou tu crées finalement la tracklist en toute fin, avec un fil narratif précis ?

J’avais une idée précise de la structure de l’album dès le départ. Je savais, par exemple, qu’il s’ouvrirait sur « War On Women ». Mais j’ai laissé les morceaux, dans leur version finale, choisir leur place dans la tracklist. L’agencement des titres est un art et je souhaite que l’auditeur se sente embarqué dans cette aventure épique à mes côtés. Tout a donc été mûrement réfléchi, et les paroles s’enchaînent harmonieusement pour raconter une histoire de prise de conscience, de chagrin, de rage, de compréhension et d’espoir.

– Parallèlement, tu publies « The Strawberry Moon Tribune », qui est un magazine indépendant dédié à l’art et à la culture. Est-ce que tu le considères comme un prolongement de ta musique, ou plutôt comme une activité annexe qui vient en complément ?

En fin de compte, il est les deux à la fois. C’est un prolongement de moi-même et de ma musique, mais c’est aussi un espace où la créativité d’autres artistes côtoie la mienne. Nul n’existe, ni ne crée en vase clos et je souhaitais immortaliser ce moment intense et proposer un projet écrit et ambitieux pour accompagner cet album.

– Par ailleurs, et comme nous sommes sur un site français, tu as aussi une belle histoire avec la France. En effet, la créatrice de mode Deborah Baumgarten t’a conçu plusieurs tenues pour la scène. Est-ce que tu peux nous dire quelques mots au sujet de cette rencontre assez étonnante ?

Deb est un ange, j’en suis convaincue. Elle a partagé son art avec moi pour la première fois à Paris, en jetant sur scène un châle qu’elle avait créé spécialement pour moi après mon concert, puis en me surprenant avec une succession de robes. C’est une créatrice de robes de mariée véganes très talentueuse et recherchée et je ne me suis jamais sentie autant moi-même que dans ses créations. Son travail magnifique me permet d’être avant tout une femme, et ensuite seulement une artiste et une guitariste, ce qui n’a pas toujours été le cas. J’avais si bien joué le rôle de la rockeuse, que mon véritable moi s’était enfoui sous ce déguisement constant de femme rebelle. En réalité, je suis une femme aérienne, presque féerique, qui joue aussi de la guitare et du Rock. La juxtaposition de mes moments plus intenses sur scène avec la fluidité de ses robes est devenue une part essentielle de mon identité d’artiste. Je serai toujours reconnaissante à Deb de m’avoir aidée à devenir une version encore plus authentique de moi-même.

– Enfin, si ton registre est vaste, il conserve une dominante Blues et Soul dans ton Rock. Où est-ce que tu te situes, toi qui est originaire de Caroline du Sud où cette âme Southern possède des racines fortes et que l’on ressent aussi dans ta voix ?

J’ai du mal à me définir autrement que comme une pure rockeuse. La beauté du Rock, c’est qu’il laisse place à toutes les influences. Etant originaire du Sud, je crois qu’il y a un je-ne-sais-quoi dans ma musique, un peu comme un reflet de mes racines. Nous sommes tous influencés par notre environnement et je suis profondément reconnaissante à celui de mes origines.

Le nouvel album de HANNAH WICKLUND, « War On Women; Calling All Good Men » est disponible chez Strawberry Moon Records, directement sur le site de l’artiste : www.hannahwicklund.com/

Photos : Fay/Money Photography (1) et Aliegh Shields (4).

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Hard 70's International Psychedelic Rock Rock Progressif Space Rock

Motorpsycho : free psychoverse [Interview]

Erigé au rang de groupe culte par certains, voire qualifié d’intellectuel du Rock par d’autres, MOTORPSYCHO présente cependant une musique d’une fluidité qui la rend vraiment accessible. Certes, elle va se nicher dans les années 70, une période qui peut paraître lointaine pour beaucoup, mais elle prend finalement son élan depuis la source-même du Rock. Cela signifie aussi qu’elle intègre une multitude de courants allant du Progressif au Psychédélique, avec des embardées parfois Metal, Hard Rock ou Folk, notamment. Le son des Norvégiens révèle une authenticité très live, spontanée et instinctive qui est le fruit d’un travail minutieux et d’une recherche constante. A l’occasion de la sortie du nouvel album, « The Gaia II Space Corps », l’un de ses fondateurs, le chanteur et multi-instrumentiste Bent Sæther, nous éclaire sur la démarche de son atypique formation. Entretien avec un passionné qui cultive l’émerveillement.

– MOTORPSYCHO existe depuis un peu plus de 35 ans aujourd’hui, et vous avez sorti une trentaine d’albums et beaucoup d’EPs. C’est devenu assez rare de nos jours. Diriez-vous que vous êtes des boulimiques de travail ou, plus simplement, que c’est votre manière de vous exprimer et que vous avez beaucoup de choses à dire ?

Nous avons tendance à considérer le groupe comme un projet artistique continu centré sur la musique, plutôt que tout ce qui précède, si tu vois ce que je veux dire ? C’est quelque chose que nous sommes en quelque sorte ‘obligés’ de faire, je crois, et nous essayons de nous concentrer sur la musique elle-même, et pas tellement sur les facteurs extérieurs qu’elle peut engendrer comme la gloire, la fortune, etc… Puisque MOTORPSYCHO ne se limite à aucun style ou genre musical spécifique, nous nous sommes autorisés à utiliser une palette aussi large que nous le souhaitions, et avec le temps, chaque type d’expression musicale est devenu valide dans notre ‘Psychoverse’. De plus, quand on a dit quelque chose, on ne devrait pas avoir à le répéter sans cesse . Cela signifie simplement qu’on n’a pas réussi la dernière fois et c’est une façon un peu bête de faire les choses. Alors nous ne le faisons pas, mais nous laissons les muses nous guider vers d’autres musiques et d’autres ambitions. Et je pense que nous continuerons tant qu’elles viendront frapper à notre porte ! Dans cette optique, 30 albums en 35 ans, ce n’est finalement pas si énorme ! (Sourires)

– D’ailleurs, parmi cette vaste discographie, on retrouve assez peu d’albums live au regard du reste. Pourtant et paradoxalement, vous êtes un groupe qui a toujours sonné très live. Votre préférence va plus à la création qu’à la performance et au fait d’en garder une trace discographique ?

La réponse dépend du moment où la question se pose et nous essayons de mélanger les deux, c’est-à-dire la création et l’interprétation, autant que possible. Mais nous avons généralement abandonné l’idée que la version studio enregistrée soit la représentation parfaite d’une chanson, car chaque fois que nous la jouons, elle sera légèrement différente, et c’est très bien comme ça. La version enregistrée reflète simplement le son du groupe à un moment donné, avec cette formation et dans un endroit précis. Parfois, une chanson atteint son apogée en studio et devient imbattable en concert, et d’autres fois, c’est l’inverse. On ne sait jamais. Mais c’est justement ce qui est intéressant : quelle est la richesse de cette structure musicale ? Jusqu’où peut-on la pousser tout en la reconnaissant ? Et quand l’avons-nous épuisée ? L’album est une sorte de portrait idéalisé de notre musique, mais très rarement la version finale et parfaite ! (Sourires) Pour faciliter la vie des fans de concerts avides d’enregistrements live, nous avons récemment créé nos propres pages sur Internet Archive (https://archive.org/details/MotorpsychoBand), où chacun peut télécharger ses enregistrements, ou écouter ceux des autres gratuitement. Je pense qu’il y a déjà au moins 100 concerts disponibles, et ce nombre ne cesse d’augmenter ! (Large sourire)

– MOTORPSYCHO est porté depuis le début par vous deux, Hans et toi, et beaucoup de batteurs se sont succédés au fil des années. Cela dit, Tomas Järmyr a un temps été officiellement le troisième membre du groupe. Que se passe-t-il avec vos batteurs, parce qu’il faut vraiment vous suivre ?

(Rires) Parfois, les choses vont vite dans le ‘Psychoverse’. Tomas a quitté le groupe en 2022 et il n’en fait plus partie. Aujourd’hui, les deux seuls membres permanents sont Hans (Magnus Ryan, guitariste et chanteur – NDR) et moi, mais Reine Fiske (guitariste, NDR) est membre associée depuis 2013. Nous avons actuellement une organisation plus ponctuelle avec des batteurs de projets, comme Ingvald Vassboe (Kaanan) et Olaf Olsen (Big Bang, divers projets de Jazz), qui participent à différents enregistrements et concerts. Olaf joue d’ailleurs sur ‘Gaia’. Chaque batteur a un rythme et un feeling différents, et chacun de ceux avec qui nous avons joué a apporté sa touche personnelle. Travailler avec eux a toujours été intéressant, chacun à sa manière. Certains s’intégraient mieux que d’autres, mais tous ont apporté des interprétations personnelles intéressantes à notre musique, ce qui est tout ce qu’on peut demander. Et nous les remercions tous !

– L’an dernier, vous avez sorti votre album éponyme, ce qui n’est jamais anodin pour un groupe. Est-ce que vous avez considéré que « Motorpsycho » est la quintessence de votre style, même si celui-ci reste toujours aussi difficile à saisir ?

Après toute cette période de pandémie, et les deux albums plus ou moins enregistrés à la maison qui en sont sortis (« Yay! » et « Neigh!! »), ainsi que le départ de Tomas juste après le confinement et la création de notre label au même moment, l’album éponyme nous a donné l’impression de nous rassembler autour d’une bannière commune et de réaliser un album marquant, pour nous et pour nos fans. Nous avions besoin de faire quelque chose d’important et d’ambitieux, une véritable déclaration artistique, et c’est ce que nous avons finalement obtenu. D’une certaine manière, c’est un ‘album typique de MOTORPSYCHO’, diraient certains, mais… je ne sais pas ! Il y a quand même un sentiment de plénitude, le résultat est à peu près conforme à nos attentes, et c’est toujours bon signe ! (Sourires)

– On l’a dit, MOTORPSYCHO se nourrit de Rock Progressif, de Space Rock, de Rock Psychédélique, de Folk aussi et même de Metal, de Hard Rock et de quelques élans Free Jazz à l’occasion. Malgré toutes ces influences, vous parvenez à rassembler et le groupe est aujourd’hui une institution très respectée. Avec aussi une approche très cérébrale, diriez-vous que le groupe a un petit côté élitiste et réservé à un public connaisseur à l’instar d’un Frank Zappa, par exemple ?

Si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel, je te le garantis ! Comment disaient-ils ça dans ‘Spinal Tap’ ? « Ils s’adressent à un public de niche » ou quelque chose comme ça ? L’expression de ‘Spinal Tap’ me semble plus juste qu’‘élitiste’, mais bon, c’est du pareil au même, non ? (Sourires) Nous pensons que les choses les plus intéressantes se situent entre les archétypes, et nous cherchons toujours à créer des œuvres qui ne se laissent pas facilement catégoriser. Cette approche musicale simpliste est insupportable, mais c’est aussi la plus commerciale. C’est pourquoi nous sommes passés relativement inaperçus dans certains pays, comme la France, et nous comprenons que cela puisse paraître élitiste, mais… J’imagine que notre approche a sûrement dérouté beaucoup de gens ? Je ne sais pas, mais on n’a jamais vraiment réussi à trouver un large public en France. Et si on reste assez longtemps dans l’underground, on finit par devenir soit un phénomène culte, soit un truc élitiste, qu’on le veuille ou non ! (Sourires) Alors, que faire ? Comme tu l’as sans doute compris, on n’a pas de grand plan, ni de modèle économique. On laisse parler la musique et on sait bien qu’on n’est plus les petits nouveaux, mais c’est super de susciter de l’intérêt sur un terrain qui était jusqu’ici inexploré pour nous. Alors, merci ! (Sourires)

– Revenons à « The Gaia II Space Corps », dont le titre donne déjà des indications sur l’aspect Space Rock du contenu. Derrière un côté très jam, on perçoit que les morceaux sont très écrits et minutieux. Est-ce que c’est, selon vous, la précision de l’écriture et donc du jeu, qui vous permet autant de liberté artistique ?  

Merci pour tes compliments ! Je crois que tu as mis le doigt sur quelque chose, car malgré l’énergie brute du live, un travail considérable est consacré aux arrangements et aux détails avant l’enregistrement. Ce travail permet de définir l’ensemble et facilite grandement l’enregistrement lui-même. Pour l’album « Gaia », les structures musicales et l’ambition artistique étaient si bien définies que nous savions tous, presque intuitivement, quoi jouer et comment le jouer. Il y a eu une période faste dans l’histoire du Rock autour de 1970 où tout, sauf les Beatles, était qualifié d’’underground’. Le Progressif, le Heavy Metal et bien d’autres genres sont devenus grand public bien plus tard. Dans ce bouillonnement post-LSD et hippie, une musique empreinte d’une certaine liberté et d’un mépris des conventions a émergé. Au Royaume-Uni, The Pretty Things, Soft Machine, Family, Mighty Baby… et en France, Magma, Gong et d’autres encore. Tous étaient des groupes qui créaient une musique à la croisée des genres. Une musique en pleine création. En clair, c’est l’atmosphère de ces albums que nous recherchions.

– Etonnamment, les morceaux de ce nouvel album sont assez courts, même si l’on sent que vous pourriez prolonger votre plaisir de jouer, car certains sont même shuntés. Est-ce que sur scène, on peut s’attendre à des titres qui s’étalent en longueur, d’autant que c’est quelque chose que vous semblez vraiment apprécier ?

Au fil des ans, nous avons composé quelques odyssées de plus de 20 minutes, et un nombre surprenant d’entre-elles sont en fait jouables en live. C’est pourquoi nous essayons d’en inclure une ou deux chaque soir. De plus, nous faisons pas mal d’improvisation à chaque concert, généralement au milieu d’un morceau plus court, donc… un concert de MOTORPSYCHO prend un peu de temps ! (Sourires) Sur « Gaia », la durée idéale des morceaux semblait être plutôt courte, ils sont donc tous assez concis. Avec un titre comme celui-là, on s’attend à un peu d’improvisation, je sais, mais… on se rattrapera en live ! (Sourires)

– « The Gaia II Space Corps » est très fortement porté par un Hard Psych 70’s, qui fait une sorte de jonction entre Led Zeppelin et les Doors, avec un côté direct et l’autre plus aérien. Je trouve que c’est peut-être l’album qui définit le mieux le MOTORPSYCHO de ces dernières années ? Est-ce aussi votre impression et peut-être votre objectif aussi ?

Je ne sais pas si c’est aussi bien pensé que ça ! J’aimerais bien ! (Sourires) Ecoute, on écrit des chansons tout le temps, et parfois, quand tu fouilles dans tes archives pour voir ce que tu as accumulé, tu remarques un fil conducteur entre certains morceaux. C’est ce qui s’est passé ici : ces chansons semblaient bien s’accorder et elles correspondaient aussi très bien à Reine et Olaf et à leurs styles de jeu, alors on s’est dit que ce serait sympa de faire un album dans ce registre-là. A bien des égards, je pense que l’album éponyme de l’année dernière est plus proche de ce que nous voulons faire intellectuellement en termes d’aspirations et d’ambitions compositionnelles, comme sur « Super Ego », mais « Gaia » est probablement ce qui se rapproche le plus de l’identité propre du groupe. (Sourires)

– Un mot aussi sur la production, qui est très organique avec une couleur vintage, et qui nous propulse quelques décennies en arrière. On a presque l’impression que vous donnez autant d’importance à la composition qu’à son rendu sonore. Est-ce le cas et l’enregistrement s’est-il fait en conditions live, car il est d’une incroyable spontanéité ?

La plupart des enregistrements ont été réalisés en live, mais deux ou trois ont nécessité des overdubs. Et oui, on retrouve vraiment le son d’un groupe de Rock en live ! L’idéal sonore, sans aucun doute ! (Sourires) Côté production, je dirais que les albums enregistrés par Martin Birch dans le garage de sa mère en 1969/70 nous servent de modèle : « In Rock » de Deep Purple, le premier album de Wishbone Ash, « Then Play On » de Fleetwood Mac, The Faces, Jeff Beck avec « Beck-ola », The Groundhogs… Ils ont tous ce côté brut et authentique qui est vraiment excitant. C’est aussi ce que nous recherchons : une musique non pas trop léchée, mais pleine d’énergie, de vie et d’une ambiance incroyable !

– Enfin, il y a une question que je voulais vous poser depuis longtemps. Comment élaborez-vous vos setlists pour la scène ? Vous les axez sur l’album qui vient de sortir, ou un mix de vos meilleurs morceaux est-il encore possible sans faire un concert de quatre heure ?

En général, on tâte le terrain pour voir si quelles vieilles chansons ont encore du potentiel, puis on sélectionne celles qui nous semblent pertinentes parmi les autres époques du groupe et on les ajoute à ce qu’on peut jouer du nouvel album. Du coup, on se retrouve avec un répertoire d’environ 50 à 80 chansons parmi lesquelles choisir. Chaque soir, on se réunit et on essaie de créer une progression dramatique, qui maintiendra l’intérêt et l’énergie du public pendant deux à trois heures. Chaque soir, on propose une nouvelle combinaison de chansons, en reprenant celles qu’on a moins bien jouées la veille et en ajoutant d’autres pour remplacer celles qu’on a vraiment bien jouées. C’est un peu aléatoire : parfois on a beaucoup de chance, d’autres fois c’est un peu le bazar ! (Sourires) Mais l’important c’est de se renouveler constamment et de ne pas chercher le spectacle ou l’enchaînement parfait : on cherche à atteindre le nirvana musical à partir de rien. Et chaque soirée, c’est différent. Psychologiquement, c’est vraiment libérateur, et ça rend les choses beaucoup plus amusantes pour tout le monde ! (Sourires)

Le nouvel album de MOTORPSYCHO, « The Gaia ll Space Corps », est disponible sur le label du groupe Nordenfjeldske Grammofonselskab.   

Photos : Espen Haslene

Retrouvez aussi quelques chroniques du groupe :

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Heavy metal Old School Progressive Heavy Metal

Chalice : une théâtralité très onirique

Le pays aux mille lacs, et de probablement autant de groupes de Metal, est décidément plein de surprises. Après « Trembling Crown », sorti il y a six ans, le combo originaire d’Helsinki vient confirmer tout son potentiel avec un certain éclat. Audacieux et minutieux dans les arrangements, « Divine Spear » fait la part belle aux guitares qui nous transportent entre riffs appuyés, chorus soignés et solos millimétrés vers des paysages aux larges étendues. CHALICE s’affirme littéralement en se démarquant des habituelles conventions du Heavy Metal traditionnel.

CHALICE

« Divine Spear »

(Dying Victims Productions)

C’est parfois dans le froid glacial du grand Nord qu’il émerge les disques les plus chaleureux. En tout cas, depuis une décennie, CHALICE peaufine son Heavy Metal dans un esprit 70’s aux couleurs parfois Folk et il en ressort aujourd’hui un deuxième opus très réussi, très élaboré et aux variations souvent surprenantes. Après « Trembling Crown » (2020), le groupe lui offre un successeur encore plus étincelant. Précis et très organique, « Divine Spear » surclasse son prédécesseur dans son intensité et son déroulé narratif, avec notamment une fin d’album incroyable.

D’un classicisme très créatif et d’une rare élégance, cette nouvelle réalisation navigue dans des sphères très Heavy avec aussi des approches plus Rock à l’occasion, et avec un aspect assez cinématographique. Autant dire qu’en dehors de l’espace underground, peu de groupes oseraient franchir autant de frontières. En tout cas, la frilosité actuelle est un frein qui ne semble pas retenir CHALICE dans ses choix. Une aubaine ! Progressif, mais véloce, le jeu des Finlandais est minutieux, parfois téméraire même, mais toujours original et électrisant.

Se qualifiant de Metal ésotérique, c’est vrai que les Scandinaves nous embarquent dans une belle aventure. Epiques à souhait, ils ouvrent avec l’intro « Mare Imbrium » avant de balancer le tonitruant « Dwell Of A Stellar », titre le plus Metal de « Divine Spear ». Le morceau-titre montre toute la virtuosité du quatuor, qui éblouit juste avant avec le dantesque « Age Ethereal » sur plus de huit minutes. Le rêveur « Empyrean Liturgy » et sa flûte séduit aussi, rappelant même Skyclad. En bref, CHALICE fait dans la diversité avec beaucoup de talent sans jamais nous perdre (« Alioth », « In From The Cold »).

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Americana Dark Folk Desert Rock

Wildhorse : l’Ouest en grand

Dans un décor de western, le frontman du combo Stoner Rock Appalooza se présente aux commandes d’un projet solo, dans lequel il avance sur des titres plus dépouillés et introspectifs. Avec un fond aux résonances tribales, « Shewolf » développe une partition narrative entre Desert Rock, Americana et Folk. L’imaginaire de WILDHORSE rappelle autant les Appalaches que le désert de Mojave, et il fait le lien avec beaucoup de justesse et de subtilité. Une évasion originale et très convaincante.

WILDHORSE

« Shewolf »

(Independant)

Quelques mois après la sortie de « The Emperor Of Loss », le quatrième album du groupe Appalooza, son chanteur et guitariste s’offre une petite escapade en solitaire. C’est d’ailleurs sous le nom qu’il emprunte aussi avec ses camarades qu’il se présente avec « Shewolf ». Certes, l’approche personnelle de WILDHORSE est bien différente du Heavy Stoner Rock auquel il nous habitué, mais les similitudes sont pourtant nombreuses. Le Breton, natif d’un bout du monde lui aussi, se tourne une fois encore vers le grand Ouest pour prendre sa source au-delà de l’Atlantique.

C’est presque naturellement que le songwriter passe du Stoner au Desert Rock sur « Shewolf ». Avec quelques éléments Dark Country et une base Folk, WILDHORSE dévoile une douceur qu’on ne lui connaissait pas. Dans son imaginaire et dans l’atmosphère aussi, il nous fait parcourir de grands espaces sur des textes intimistes. Dans l’intention, le musicien conserve un fond Rock même s’il s’en détache pour un environnement plus acoustique. La production du disque est également très organique, ce qui lui confère une proximité très immédiate et palpable.

Ici, la voix est plus légère, la guitare plus épurée aussi et quelques percussions discrètes accompagnent les morceaux. L’esprit très amérindien offre une ambiance, qui prend parfois des teintes shamaniques. WILDHORSE est hypnotique et très roots, et les chansons s’enchaînent à la manière d’un road-trip en pleine nature, loin de toute civilisation. Intense et viscéral, « Shewolf » déploie une énergie très sereine (« The Craven », « Fellow Travelers », « Run Baby Run », « The Wolf March », « The Bullet Was Never Used » et le morceau-titre). Une immersion très réussie.

Retrouvez aussi les interviews d’Appalooza…

… la chronique de « The Holy Of Holies » et le [Going Faster] du « Live at Smoky Van Sessions » :

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Musique celtique Pop

Kaz Hawkins : une perspective apaisante

On la sait authentique et sincère, alors lorsque que KAZ HAWKINS décide de renouer avec son héritage celte, c’est pour livrer une version sans far d’elle-même. Dans des atmosphères assez cinématographiques et même contemplatives à l’occasion, « Coming Home » s’ouvre sur un horizon lumineux et intimiste, malgré la richesse musicale de cette nouvelle réalisation. En se tournant vers son Irlande, la native de Belfast explore des contrées que ses fans vont découvrir, et qui lui sont finalement si naturelles.

KAZ HAWKINS

« Coming Home »

(EarlyBird Records)

Alors qu’elle est reconnue sur la scène Blues et Soul notamment depuis « Until We Meet Again », sorti il y a deux ans, et qu’elle a brillamment confirmé son talent avec le premier volet de « Live In Brezoi », dont on attend impatiemment la suite, la chanteuse nord-irlandaise s’offre une belle balade avec ce retour à ses racines. Pour autant, « Coming Home » n’est pas si dépaysant qu’il n’y parait. KAZ HAWKINS reste d’auteure et la compositrice que l’on connaît et sa voix, d’un registre à l’autre, domine les genres, les fait siens et impose sans mal son timbre unique.

Et si « Coming Home » a cette résonnance personnelle et familière, c’est probablement dû au fait que ces chansons ont en partie été écrites il y a 25 ans, tandis que de nouvelles sont venues se greffer pour composer un album de 15 morceaux qui forment une unité très spontanée. C’est à Berlin et entourée de ses collaborateurs Mathis Richter-Reichhelm et Michael Handschuch, que KAZ HAWKINS a redonné de l’éclat à des anciennes compositions, toute en faisant un parallèle judicieux avec les plus récentes. Une sorte de quête spirituelle, qui ne dit pas son nom et qui sonne juste.

Avec beaucoup d’émotion, « Coming Home » résonne comme une ode à la résilience, à l’amour et à l’espoir en faisant écho au parcours et à la vie de l’artiste. Musicalement, KAZ HAWKINS s’éloigne donc de la Soul et du Blues pour s’épanouir dans une ambiance qui, sans s’inscrire dans un répertoire traditionnel, libère de délicieuses saveurs celtiques. Sur des notes de violon notamment, le pays du shamrock s’offre des sonorités contemporaines dans de vastes paysages et une orchestration souvent poignante, des arrangements d’une délicate finesse et des textes d’une grande sensibilité. Somptueux !

Photo : Philip Ducap

Retrouvez les chroniques de ses deux derniers albums :

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Doom folk Hard Rock

Wino : ecce homo

Grand maître de l’esprit Doom, le songwriter américain n’en finit pourtant pas de surprendre à travers un parcours en solitaire, ou presque, où il se dévoile depuis quelques disques déjà, dans la peau d’un artiste toujours aussi rebelle, mais peut-être plus apaisé. Suivant une devise qui lui va bien, « Create Or Die » pose un regard très éloigné de celui de ses anciens groupes Saint Vitus et The Obsessed notamment. WINO s’autorise tout et le fait avec talent, laissant apparaître un musicien aux ressources illimitées, dont la ligne musicale a mûri et s’est aussi affinée.

WINO

« Create Or Die »

(Ripple Music)

Figure iconique de l’underground américain, et bien au-delà, WINO mène depuis quelques années maintenant, une carrière solo assez éloignée du Doom et du Heavy qui ont forgé sa légende. Cela ne l’a pourtant pas empêché de reformer The Obsessed avec un nouvel album, « Gilded Sorrow » sorti en 2023. L’ancien membre de Saint Vitus et également Spirit Caravan affiche un visage totalement différent sous son nom, et même si l’esprit du Doom n’est jamais bien loin, ses envies aujourd’hui se tournent vers un registre assez acoustique, surtout sur le précédent « Forever Gone » (2020) d’ailleurs, car « Create Or Die » vient électrifier les nouvelles compositions du chanteur dans un bel élan d’authenticité.

Et pour mener à bien cette nouvelle aventure, il ne pouvait donc être totalement seul. Si les guests sont assez nombreux sur divers morceaux, WINO a principalement fait appel à Ky Anto (batterie, basse, orgue, percussions), lui-même étant à la guitare, bien sûr, ainsi qu’à la basse, derrière le micro et à la production aux côtés de Frank Marchand. Autant dire qu’il sait parfaitement où il va, tout en diversifiant de manière assez incroyable ce « Create Or Die ». Difficile donc de bien cerner ce quatrième opus dans une globalité artistique, tant il s’amuse à passer de titres très Hard Rock à une Folk sauvage aux saveurs Southern. Mais peu importe puisque sa voix nous guide à travers cette nouvelle introspection.

Ce qui devait être au départ une sorte de voyage intimiste a donc pris du volume, se fait parfois Heavy (« Anhedonia », « Carolina Fox », « Hopeful Defiance », « Us Or Them ») avec cette lenteur apparente dans le chant. Cette constance ‘doomesque’ se fond d’ailleurs sur tout l’album, comme pour mieux appuyer un propos articulé autour de réflexions personnelles et sans détour sur sa vie. WINO y expose son âme, entre colère et contemplation, mais avec une lucidité et une sincérité de chaque instant, notamment sur les chansons acoustiques («  Cold And Wrong », « Lost Souls Fly », « Noble Man »). A travers un éclectisme fulgurant, il reste fidèle à un univers unique et tellement personnel.    

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Alt-Country Americana Country-Rock

Rodney Crowell : riding the pleasure

Country-Rock, Americana Blues ou Folk épuré, RODNEY CROWELL ne cherche plus à se contenter d’une chapelle. Il les embrasse toutes. Dans l’atmosphère humide de la Louisiane, l’Américain semble avoir renoué avec un passé fait de joie et d’enthousiasme. Entouré de jeunes musiciens aussi respectueux que talentueux, il a développé une énergie exceptionnelle à travers ce lien intergénérationnel, qui offre un souffle artistique électrisant à ce « Airline Highway » à la narration captivante et au jeu enveloppant.

RODNEY CROWELL

« Airline Highway »

(New West)

Lorsque l’on se plonge dans la discographie de RODNEY CROWELL, dont le premier disque « Ain’t Living Long Like This » est sorti en 1978, c’est assez fascinant de s’apercevoir qu’à l’époque l’Outlaw Country, malgré Johnny Cash et Willie Nelson, l’Americana et surtout l’Alternative Country étaient des registres plus que confidentiels, voire quasi-inexistants. Autant dire que la musique du Texan est un peu tout ça à la fois, sans oublier un côté bluesy, Soul et Rock qui fait ce grain si particulier qui parcourt son style inimitable. Pourtant, avec « Airlines Highway », il continue de se projeter en s’entourant remarquablement.

Sur son vingtième album, RODNEY CROWELL a mis au profit de belles rencontres pour continuer à aller de l’avant et pousser encore un peu plus ce mélange des styles. La première d’entre elles est celle avec Tyler Bryant, chanteur et guitariste de The Shakedown, qui produit et joue sur « Airline Highway » que tout ce petit monde est allé enregistrer en Louisiane dans le studio de Trina Shoemaker. Et le nom de ce nouvel opus ne doit rien non plus au hasard, puisque c’est celui de l’historique, et très cabossée, route reliant la Nouvelle-Orleans à Baton Rouge. Un symbole pas si anodin qu’il n’en a l’air.

Si le songwriter reste fidèle à une écriture directement inspirée de celle de Nashville, il élargit encore et toujours sa palette, accompagné d’un groupe redoutable de musiciens d’Austin et de quelques guests triés sur le volet. A leur côté, RODNEY CROWELL montre une incroyable connivence avec la chanteuse Ashley McBride (« Taking Flight »), Lukas Nelson (« Raining Days In California »), Charlie Starr des Blackberry Smoke (« Heaven Can You Help »), Tyler Bryant bien sûr, et surtout les sœurs Lovell de Larkin Poe pour les harmonies et les slides de l’ensemble de la réalisation. Une vérité très bien entretenue.   

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Heavy Stoner Psych

Bask : Appalachia’s vibes

Chaque production de la formation de Caroline du Nord est une nouvelle exploration. Avec « The Turning », elle continue avec beaucoup de robustesse et des rythmiques appuyées sa belle aventure. Basé sur un Stoner Rock aux teintes sudistes, l’univers de BASK est aussi complexe que ses contours sont parfois si nombreux que l’on peut s’y perdre. Pourtant, l’unité artistique des Américains est évidente et c’est ce côté insaisissable qui la rend justement irrésistible.

BASK

« The Turning »

(Season Of Mist)

Il y a déjà un peu plus de dix ans, BASK faisait son apparition avec « American Hollow » (2014), un premier album audacieux qui affichait déjà beaucoup d’ambition. Depuis, le groupe n’a pas revu ses prétentions à la baisse, « Ramble Beyond » (2017) et « III » (2019) attestant de sa grande créativité. En l’espace de trois réalisations, il a créé ce qu’il nomme lui-même de la ‘Heavy Americana’, un style qui est le point de rencontre entre le Roots Rock, le Psychédélique, le Stoner et le Desert Rock avec une touche Southern des Appalaches.

Cela dit, même si toutes ces sonorités sont présentes, et auxquelles on peut aussi ajouter un soupçon de Space Rock, considérer que BASK fait partie de la grande famille Heavy Stoner Psych résume assez bien les choses. Et « The Turning » s’inscrit parfaitement dans cette veine aussi solide que tourbillonnante. Puissant et aérien, ce nouvel opus accueille également le guitariste Jed Willis, qui brille ici par son jeu de pedal steel et projette les morceaux dans une dimension encore plus Psych. Les tessitures s’y multiplient et sont sinueuses.

Le voyage commence dès d’intro et promet d’entrée de jeu d’être immersif. « The Turning » est une sorte de labyrinthe musical, où se succèdent des atmosphères liées par un chant qui tient lieu de guide. Avec un aspect compact, BASK se montre très changeant tout en gardant un cap hypnotique (« In The Heat Of The Dying Sun », « The Traveler », « Unwound », « Dig My Heels », « Long Lost Night » et le morceau-titre). Dans un élan cosmique, le quintet se fait narratif, Sludge, progressif et même Folk. Une véritable prouesse d’ingéniosité.

Photo : Garrett Williams

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Rock Progressif

Edenya : l’audace du mouvement

Entre riffs acérés, parties de piano légères, rythmique appuyée et un chant raffiné, EDENYA multiplie les pistes sur un Rock hybride où s’invitent la Folk et l’Ambient dans un univers singulier et intimiste. Technique sans donner dans la démonstration, chaque musicien semble peser chaque note dans cette orchestration limpide et cristalline. Harmonieuse et mélodique, cette nouvelle réalisation des Français invite à la rêverie dans une fluidité de chaque instant sur ce très bon « Secret Destination You Are Looking For ».

EDENYA

« Secret Destination You Are Looking For »

(Independant)

Huit ans après son premier EP éponyme, EDENYA poursuit son aventure musicale à travers des paysages sonores toujours aussi captivants et son maître d’œuvre, Marco, définit un peu plus le caractère si spécial de son registre. Auteur, compositeur et multi-instrumentiste (guitare, piano, claviers, programmation), le musicien est toujours aussi bien entouré et il accueille sur ce troisième album la chanteuse Ingrid Denis, déjà à l’œuvre chez Oscil et Jirfiya, et qui illumine vraiment « The Secret Destination You Are Looking For ».

Complété par Juliette Caradec au violon, Sylvie Sj à la batterie et aux percussions et Jean-Paul Cartigny à la basse, EDENYA dispose d’une incroyable polyvalence lui permettant d’offrir à son Rock Progressif des embardées atmosphériques et hypnotiques. Les couleurs se font même orientales (« Foreign Ground »,), baroques (« Like A Falling Leaf ») et plus épiques (« My Buren »). Et ce nouvel opus regorge d’arrangements à la fois subtils et très travaillés, qui laissent aussi les morceaux respirer à travers des ambiances souvent oniriques.

Alternant l’aspect cinématique avec des titres plus compacts et denses, le quintet se fait nébuleux et aérien et, comme souvent dans le style, c’est sur des partitions qui s’étalent en longueur qu’EDENYA est plus pertinent et paraît s’épanouir comme sur le morceau-titre notamment. Sensible, délicate et puissante à l’occasion, la voix de sa frontwoman libère beaucoup de volupté et une certaine fragilité dans ce voyage intense et émotionnel (« Back From The Endless Seas », « Little Girl », « Flying Dream », « Lady »). Une vraie réussite.

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International Proto-Metal Psychedelic Rock Rock 70's

Electric Citizen : sensational reveries [Interview]

Clairement ancré dans des sonorités Rock et Metal très 70’s, le quintet de Cincinnati, Ohio, fait un retour lumineux avec « EC4 », un quatrième album qui présente aussi un nouveau membre à part entière aux claviers et surtout une inspiration hors-norme. Sur un proto-Metal dominant, ELECTRIC CITIZEN s’engouffre dans des effluves psychédéliques où des passages Folk côtoient des ambiances plus Doom. Tout en restant attachés à une approche classique du genre, les Américains redoublent de créativité à travers d’incroyables arrangements, des riffs captivants et une voix envoûtante. C’est donc Laura Dolan, la frontwoman du groupe, qui revient sur l’élaboration de ce nouvel opus polymorphe et hypnotique, qui se révèle un peu plus à chaque écoute.    

– Cela fait maintenant sept ans que l’on attend le successeur de « Helltown ». Même s’il y a eu la pandémie et que vous avez aussi beaucoup tourné, l’idée était-elle de faire un retour avec un album hors-norme comme c’est le cas, ce qui prend donc plus de temps ?

Dès le début, nous avons souhaité aborder cet album avec la même patience et le même soin que pour le premier, en le laissant se développer naturellement. Les sept dernières années ont été marquées par des défis auxquels nous avons tous les quatre été confrontés : le Covid, la famille, la santé, la vie quotidienne, mais malgré tout, nous n’avons jamais cessé d’écrire et de travailler sur « EC4 ». Nous adorons faire de la musique ensemble, et ce temps supplémentaire nous a aussi permis de créer quelque chose que nous sommes vraiment fiers de partager.

– Vous avez élaboré ce quatrième album pendant des années et cela s’entend. En quoi a-t-il nécessité plus de temps que les autres ? L’enregistrement en lui-même, ou son écriture ?

Avec des conflits d’emploi du temps entre les membres du groupe et les ingénieurs, nous aurions pu nous précipiter ou changer de cap, mais nous l’avons maintenu et continué à peaufiner les choses jusqu’à ce que l’album soit prêt à être présenté à un label. Pour « EC4 », nous voulions expérimenter avec des sons différents et superposés, un peu plus doux et avec de longues parties, qui ouvrent de nouveaux paysages sonores.

Ross (Dolan, guitare – NDR) gère la plupart de nos compositions instrumentales et ses idées ont tendance à se concrétiser rapidement, même si c’est toujours un travail collaboratif avec le groupe. Nick (Vogelpohl, basse – NDR) apporte des lignes de basse percutantes et une contribution créative. Owen (Lee, claviers – NDR) a co-écrit « Tuning Tree » et a ajouté des couches de clavier essentielles, tandis que la batterie et les percussions de Nate (Wagner, batterie – NDR) opèrent leur magie habituelle. Et enfin, j’écris les paroles et les mélodies vocales, bien que Ross ait eu les idées initiales pour « Lizard Brian ».

Je dois aussi aborder un sujet personnel, qui a certainement ralenti le processus. Pendant l’écriture de l’album, j’ai été confronté à un grave problème de santé : un mélanome. Grâce à un dépistage précoce et à une opération chirurgicale, je suis là aujourd’hui et complètement rétablie. Alors, tout le monde, faites examiner votre peau. Ce n’est pas seulement un conseil, c’est ce qui m’a sauvé la vie.

– Vous avez déclaré que « EC4 » amorçait un renouveau pour ELECTRIC CITIZEN. Même si musicalement, on note quelques changements, qu’entendez-vous par un retour aux sources ? Une façon de revenir à l’essentiel du Rock, même si vous ne vous en êtes jamais vraiment éloigné ?

C’est la première fois depuis notre premier album « Sateen » que nous composons avec un claviériste dédié. Sur « Higher Time » et « Helltown », nous avons fait appel à des musiciens invités pour apporter des parties sur des morceaux déjà terminés. Si ces collaborations ont été excellentes, le fait que ces textures soient intégrées dès le début de la composition façonne véritablement la façon dont le groupe aborde la musique. Nous sommes toujours restés très liés à notre son de base, mais nous avons aussi toujours souhaité évoluer en tant que musiciens. Cette approche nous permet d’explorer de nouveaux sons, tout en restant fidèles à nous-mêmes.

– Pour le mix et le mastering de l’album, vous avez fait appel à Collin Dupuis (Lana Del Rey, The Black Keys) et JJ Golden (Calexico), qui n’évoluent pas forcément dans le même univers que vous. Vous aviez besoin d’un regard neuf pour ces nouveaux morceaux ?

Ce sont tous deux des ingénieurs du son pour lesquels nous avons un immense respect. Nous avions déjà travaillé avec Collin sur « Higher Time ». C’est le genre de gars qui comprend immédiatement ce que l’on veut. Son véritable génie est de réussir à intégrer parfaitement chaque instrument dans le mix sans qu’ils se gênent. Pour cet album, il nous a recommandé JJ, et il a réussi à sublimer le tout en restant fidèle aux mixages originaux. Nous avons eu beaucoup de chance de travailler avec eux deux.

– Ce qui surprend sur « EC4 », c’est la construction des morceaux qui évoluent dans des ambiances très variées et surtout qui bénéficient d’arrangements particulièrement soignés. Votre objectif était-il de fusionner tous les genres qui forgent votre identité musicale ?

Oui, c’est une approche que nous défendons, car rien ne se crée de manière isolée. La musique s’appuie sur ce qui l’a précédée, à travers toutes les époques et tous les styles. Je pense que la clef est d’honorer toutes ces influences en créant en même temps quelque chose qui reste profondément personnel. Nous sommes attirés par les sonorités vintage, mais nous ne cherchons pas simplement à les reproduire. Pour nous, il s’agit d’intégrer cet esprit dans quelque chose de nouveau et d’actuel.

– Par ailleurs, le sentiment qui domine sur certains titres est qu’ils suivent tes lignes vocales. Avez-vous composé dans ce sens, ou peut-être avez-vous changé votre façon de travailler ?

Ross a toujours été notre moteur. Il pose d’abord les bases de chaque chanson et cette approche n’a pas changé. Pour ma part, je traite les mélodies vocales comme un instrument supplémentaire. Parfois, elles se faufilent dans la musique, parfois elles lui répondent. C’était particulièrement agréable de chanter sur « Tuning Tree », par exemple, grâce à la façon dont mon chant se combine à la basse, comme si elle était une seconde voix dans la conversation.

– Cette fois encore, vous puisez dans le proto-Metal, le Psych et le proto-Doom, ce qui est la marque de fabrique d’ELECTRIC CITIZEN. Est-ce que dans la déferlante de productions et les changements de supports d’écoute actuels, c’est le son et la créativité des années 70 qui vous touchent toujours le plus ?

Oui, on adore ces genres, surtout les sons des années 60 et 70. Mais on apprécie aussi le classique, la Soul et le Folk, pour n’en citer que quelques-uns. Nos goûts sont très variés. Quant aux sons Heavy du passé, ils alimentent ceux du futur. Et si on y participe, même un peu, c’est l’essentiel.

– Comme toujours, l’ensemble est très organique avec une forte présence de sonorités acoustiques, qui confèrent à « EC4 » un aspect presque épuré. C’est un contraste que lequel vous vouliez jouer également, malgré la densité des morceaux ?

Merci de l’avoir remarqué ! Oui, c’était intentionnel. Nous voulions des couches riches qui fonctionnent ensemble, et non les unes contre les autres. Le retour de la guitare acoustique, que nous n’avions d’ailleurs pas utilisée depuis notre premier album, a permis de libérer ce potentiel. Elle apporte des textures Folk très organiques, tout en ajoutant une profondeur qui s’intègre parfaitement au mix.

– Un petit mot aussi sur la pochette de l’album signée Neil Krug, qui avait réalisé celle de votre premier album, « Sateen ». On peut d’ailleurs y voir beaucoup de symbolique, dont j’aimerais que tu nous parles. Est-ce que cela fait-il aussi partie de ce retour dont vous parliez ?

Nous avons l’immense chance de collaborer avec Neil Krug, car sa vision photographique est unique. Les images de la pochette et de la back cover proviennent de ses archives. Nous lui avons parlé de notre nouvel album et de sa direction générale, et il a trouvé la perle rare. C’est l’un de ces moments heureux, où des morceaux distincts s’assemblent comme s’ils étaient faits pour être ensemble. Les thèmes de ces chansons, qui s’articulent toujours autour de visions surnaturelles, de futurs apocalyptiques et de démons intérieurs obsédants, s’accordent avec ses images d’une manière que nous n’aurions jamais pu imaginer.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise aussi un mot sur votre changement de label avec une signature chez Heavy Psych Sounds. Qu’est-ce qui a motivé le choix d’une maison de disques européenne ?

Nous sommes ravis de collaborer avec Heavy Psych Sounds. Ils nous correspondent parfaitement et ont été des partenaires fantastiques sur cet album. Pour nous, la question de savoir si un label est américain ou européen ne s’est jamais vraiment posée, puisque nous tournons sur les deux marchés.

Cela dit, nous serons toujours reconnaissants à Riding Easy Records d’avoir lancé notre groupe. Ils nous ont permis de démarrer et nous entretenons toujours une excellente relation. Nous continuons de collaborer sur les licences de nos trois premiers albums, dès que l’occasion se présente.

Le nouvel album d’ELECTRIC CITIZEN, « EC4 », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Photos : Kevin Blumeyer (1), Sally Townsend (4) et Andrew Benge (5).