Pour son neuvième opus, l’Américaine parvient encore à surprendre, malgré un environnement désormais familier. Artistiquement insaisissable, CHELSEA WOLFE prolonge la voie prise sur son précédent effort et approfondit même son propos. Son regard sur l’existence oscille entre des ambiances feutrées apaisantes et des mouvements carrément Doom, où le Metal fait une discrète apparition dans une néo-Folk d’une grande richesse sur ce « The Dark », qui brise les codes avec beaucoup de classe.
CHELSEA WOLFE
« The Dark »
(Loma Vista Recordings)
Tenter de définir sa musique est quelque chose dont la Californienne ne s’encombre plus depuis longtemps. Pour comprendre l’univers de CHELSEA WOLFE, il suffit d’y entrer et de se laisser happer par cette douce mélancolie aux puissants éclats lumineux. Depuis un peu plus de vingt ans, elle se façonne une identité artistique unique, dont beaucoup se réclame d’ailleurs aujourd’hui dans la nouvelle génération. Pour autant, on peut s’en approcher, certes, mais marcher dans ses pas relève du parcours du combattant, car le chemin est très sinueux.
Rangées sous une bannière assez gothique et empruntes d’une certaine poésie, les compositions de CHELSEA WOLFE sont d’une étonnante fluidité, un contraste supplémentaire au regard des tumultes passés qui ont jalonné sa vie. Si ceux-ci ont d’ailleurs pu alimenter ses précédents albums, elle s’est offert un nouveau départ depuis le très bon « She Reaches Out To She Reaches Out To She » et si les ténèbres ne sont jamais loin, le ciel s’est très largement éclairci. « The Dark » n’est pas si sombre qu’il n’y paraît, bien au contraire, il est presque réconfortant.
Une fois encore, CHELSEA WOLFE joue sur le symbolisme, bien aidé en cela par Jennifer Decilveo, venue prêter main forte à la compositrice. Alternant les tessitures organiques, grâce à une approche guitaristique mêlant l’acoustique et l’électrique, et des sonorités plus froides et presque Indus, la néo-Folk polymorphe de « The Dark » libère beaucoup de volume et offre un large champ d’action à des mélodies fortes et délicates. Puis, l’intimité des textes met en lumière une sensibilité à fleur de peau, non-dénuée d’une détermination et d’une constante assurance.
C’est dans une ancienne cathédrale de l’époque victorienne, reconvertie en asile où la science côtoie la folie, que KAMELOT a planté le décor de son nouvel album, le quatorzième. Forcément ténébreux, « Dark Asylum » brille pourtant par des mélodies lumineuses posées sur des rythmes véloces et martelées par de puissants riffs. Entre arrangements toujours aussi soignés et un Heavy direct et tranchant, ce nouvel opus ne déroge pas au côté cinématographique et à la théâtralité auxquels nous ont habitués les Américains. D’ailleurs, pour conter cette nouvelle histoire, les guests se succèdent et trouvent leur place dans cet univers symphonique riche en rebondissements. Fondateur, guitariste et compositeur, Thomas Youngblood revient sur « Dark Asylum » et plus largement sur sa vision musicale et artistique au sein de son groupe depuis plus de trois décennies.
– En cette fin d’été, vos fans vont découvrir « Dark Asylum », sa ténébreuse histoire et vont franchir les portes de RavenHill. A quelles réactions vous attendez-vous de leur part, sachant que vous les envoyez directement à l’asile ?
(Rires) Je pense que les fans apprécieront l’album, car il parcourt les différentes périodes qui ont forgé KAMELOT et que l’on retrouve dans une sorte de grand package. Nous avons aussi des invités incroyables au casting de ce grand film. Oui, j’ai vraiment hâte d’y être et de jouer ces nouveaux morceaux sur la prochaine tournée (qui passera par la France en novembre – NDR).
– En plus de 30 ans de carrière, c’est déjà votre quatorzième album et pourtant, vous n’avez jamais cessé d’aller de l’avant que ce soit en studio comme sur scène. Est-ce que tu penses que l’univers de KAMELOT est si vaste, au point qu’il reste encore beaucoup à explorer ?
Oui, absolument ! C’est un peu fou de penser à ces trente ans et ces 14 albums, mais je pense qu’en grandissant et en évoluant dans nos vies respectives, nous avons encore beaucoup de choses à dire et à bâtir. C’est important pour moi en tant qu’artiste, musicien et performeur de composer de nouveaux albums et de les jouer sur scène. Beaucoup de groupes aujourd’hui ne jouent que des morceaux datant de 30 ans sans travailler sur de nouvelles choses. Et je pense que ce qui fait la force de KAMELOT, c’est que nous continuons d’aller de l’avant. Nous sommes concentrés sur la création, nous y croyons et nous ne vivons pas dans le passé. C’est un aspect très important dans le groupe. Et créer de nouvelles expériences reste vraiment ce qui nous rend heureux.
– « Dark Asylum » marque aussi le retour de votre producteur de longue date, Sacha Paeth, qui joue d’ailleurs quelques parties de guitares. Et c’est vrai que la dynamique est là avec ce côté théâtral qui vous caractérise. Quel rôle a-t-il joué exactement dans la réalisation de l’album ?
Techniquement, Sacha peut être considéré comme le sixième membre du groupe. Il est l’un des compositeurs et il joue aussi de la guitare de temps en temps. Il travaille avec nous depuis « The Fourth Legacy » (sorti en 2000 – NDR) et il s’assure que nous n’allions pas trop loin et que nous gardions vraiment l’ADN de KAMELOT. Il est devenu l’un de mes meilleurs amis dans l’industrie musicale et c’est toujours amusant de travailler avec lui. Il s’est d’ailleurs plus impliqué sur cet album. Nous avons écrit ensemble la chanson « One Last Masquerade », et c’est pourquoi nous avons souhaiter la présence de Tobias Sammet d’Avantasia. Nos univers se rejoignaient et même s’il ne fait pas beaucoup de featuring, il a accepté notre invitation et le résultat est incroyable.
– Justement, les featurings se sont considérablement multipliés ces dernières années, au point qu’il devient rare de voir un album où il n’y en a pas. Qu’est-ce que cela apporte concrètement à KAMELOT ? Et plus largement, quelle est le sens de votre démarche en invitant d’autres musiciens ?
C’est quelque chose que nous avons commencé avec « The Fourth Legacy », il y a 26 ans maintenant. On a commencé à le faire, car j’avais des visions précises pour chaque morceau, dans le sens où je voulais transmettre certaines sensations. C’est une façon d’accéder directement à la pensée d’un personnage. C’est comme dans un film. Nous avons toujours eu une approche très cinématographique de notre musique. Je ne pense pas qu’on en a vraiment besoin, mais nous sommes tellement heureux d’avoir tous ces grands artistes comme amis aussi. Chaque album est un voyage, un film, même si on se pose la question au sujet des invités à chaque fois. Mais je pense que ces collaborations sont parfaites et rendent l’album unique. Et je suis fier de le faire avec intégrité également. Chaque artiste avec qui nous avons travaillé est le meilleur dans son domaine, et c’est un honneur aussi pour nous.
– Une fois encore, ce nouvel album est très riche en arrangements. Quelle est la proportion du temps passé à les finaliser par rapport à l’écriture en elle-même d’un morceau ?
On y a travaillé pendant deux ans, car cela représente aussi beaucoup de musique ! (Rires) Au final, il y a 15 chanson sur l’album, mais il n’y en en avait que 12 vraiment complètes ! Alors, nous sommes allés chercher des morceaux que nous avions écartés au départ, afin qu’ils soient aussi sur l’album. C’est à la fois un bonheur et une contrainte d’avoir autant de musique, car on veut être certains que tout soit à la bonne place. C’est donc un processus qui a commencé il y a environ deux ans, mais le riff de « Dark Asylum », par exemple, date d’il y a trois/quatre ans. Je n’avais pas eu l’occasion de l’utiliser jusqu’à présent. Je suis heureux d’avoir pu le faire, car il a une signature unique et étrange, telle que l’aiment les fans de KAMELOT ! (Sourires)
– KAMELOT est un pionnier du Metal Symphonique et vous êtes américains. Or, ces dernières années, on a plus le sentiment que le style est dominé par les groupes européens. Comment l’expliques-tu, toi qui as fondé le groupe ?
Tu sais, mes premières influences lorsque j’étais adolescent étaient essentiellement européennes, que ce soit dans la musique classique ou à travers la NWOBHM. Alors, quand il a été temps pour moi de faire ma propre musique à la guitare, c’était important d’y inclure tous ces éléments que j’aime. Ensuite, j’ai rapidement eu l’envie du bandonéon argentin, par exemple, ou des parties de Folk islandaise. Sacha a d’ailleurs facilité beaucoup de connexions de ce côté-là. Et j’ai souhaité intégrer ces artistes à ma vision. Ensuite, cela a évolué au fil des années. Nous avons ajouté des éléments symphoniques, des chœurs… C’est un luxe de pourvoir réaliser tout ce que tu peux avoir en tête. C’est vraiment cool ! (Sourires)
– Vous sortez donc votre quatorzième album en plus de trente ans. Est-ce que tu penses que l’évolution de la technologie a aussi pu vous permettre de repenser votre musique, notamment au niveau des arrangements et de la production ? Quel a pu être son rôle, selon toi ?
C’est une bonne question car, honnêtement, je ne me souviens même plus de ces années où je travaillais sur un quatre pistes. J’ai oublié le temps où j’étais capable d’appuyer sur un bouton et d’enregistrer ! Je n’avais pas à me préoccuper si l’ordinateur buguait ou chargeait correctement le son ! (Sourires) J’ai vraiment l’impression que ces années-là étaient plus créatives. Pour « Dark Asylum », je me souviens avoir conçu des morceaux sur mon IPhone en enregistrant des parties de guitare. Mais j’ai toujours en tête la manière de faire sans toutes ces technologies ! (Sourires) Pour ceux qui aiment vraiment les ordinateurs et la technologie, c’est certainement très utile. Pour ma part, je pense que c’est un double-échec. Mais la bonne nouvelle est que l’on peut encore créer malgré cette approche nouvelle ! (Rires)
– Enfin, vous allez commencer une grande tournée d’abord aux Etats-Unis, puis en Europe cet automne. Aujourd’hui, beaucoup de groupes jouent leur dernier disque en entier, et comme « Dark Asylum » est un concept album, est-ce que vous avez prévu de le jouer en intégralité ?
Je pense que c’est quelque chose que nous ferons dans un second temps. Sur la tournée à venir, nous allons jouer quatre ou cinq chansons du nouvel album, bien sûr, ainsi que des morceaux que nous n’avons jamais joué sur scène auparavant. C’est une demande de nos fans. C’est toujours un peu compliqué, car nous devons enlever certains titres de la setlist. Mais je pense que nous devons restés concentrés sur ce nouvel album, et pas seulement sur d’anciens succès. C’est ce qu’il y a de plus intéressant pour moi en tant qu’artiste. Mais il faudrait y réfléchir. Il pourrait s’agir d’un DVD spécial tourné dans une église, puisque l’asile dans l’album est en fait une ancienne cathédrale reconvertie. Oui, ce serait cool de le faire avec tous les invités ! Il faut qu’on y pense… (Sourires)
Le nouvel album de KAMELOT, « Dark Asylum », est disponible chez Napalm Records.
Magnétique et sensuelle, GRACE POTTER conduit sa carrière comme sa chaotique Volkswagen Atlas 2020, c’est-à-dire avec une folle énergie et une liberté totale. Après « Mother Road », elle offre une nouvelle vision, façon carte postale, de son Amérique à elle avec cet envoûtant « Trespasser ». Sans filtre, elle fait le lien entre une Cyndi Lauper survoltée et une Aretha Franklin version Rock’n’Roll et hors de contrôle. D’un naturel assez déconcertant et absolu, elle peint en musique les joies comme les déboires des protagonistes qui jalonnent ce sixième opus solo.
GRACE POTTER
« Trespasser »
(Mother Road Records/Thirty Tigers)
Toujours tellement radieuse, GRACE POTTER livre une très belle suite à « Mother Road » paru en 2023. Ce road-trip très personnel est aussi enivrant que le précédent et ce malgré la teneur de certains textes. D’ailleurs, plutôt que de road-trip, il conviendrait plutôt de parler d’allers-retours. En effet, pour ses deux dernières réalisations, c’est sur la route, la main sur le volant, séparant sa maison de Topanga Canyon en Californie et celle située dans son Vermont natal qu’elle a imaginé et commencé à tisser ce voyage kaléidoscopique et haut en couleur.
A nouveau produit par son mari Eric Valentine (QOTSA, Slash), on retrouve avec délectation le son et atmosphère de « Mother Road », qui illustrent à merveille des paroles qui nous plongent dans l’univers intime de la chanteuse, sous couvert de rencontres improbables dans des endroits qui le sont tout autant. GRACE POTTER joue avec les émotions. Tantôt exaltée, puis touchante l’instant suivant, elle se meut dans des ambiances traversant le Rock américain en titillant le Blues, la Soul et la Country avec beaucoup d’audace et une touche de psychédélisme.
Subtilement vintage, on a parfois l’impression de se promener dans un film de Tarantino avec tout ce que cela suppose d’insouciance et de chaleur humaine. Mais au-delà de ce périple où l’asphalte défile et monte en température au fil des morceaux, c’est la performance vocale de GRACE POTTER qui impressionne. Intense et sensible, rien ne lui résiste et elle électrise « Trespasser » sur chaque refrain et chaque couplet « Main St. USA », le génial « Ride Or Die », « Gazoline, « Love Me Not », « Run Baby Run », « The Voice » et le morceau-titre). Epoustouflant de vérité !
Originaire de l’Ohio, qui a longtemps été un creuset fertile du Heavy Metal traditionnel américain, IRONFLAME fait partie de ces combos qui entretiennent brillamment l’esprit et l’atmosphère d’une période faste. Avec beaucoup de passion et de détermination, « Worlds To Conquer » est un concentré de riffs tranchants et de solos pointus, soutenus par une paire basse/batterie galopante très musclée et des parties vocales accrocheuses. Fidèle et convaincant.
IRONFLAME
« Worlds To Conquer »
(High Roller Records)
Pour ses dix d’existence, IRONFLAME s’offre un très bon album et « Worlds To Conquer » conserve son inégalable saveur underground. Toujours guidé par le multi-instrumentiste Andrew D’Cagna, qui a aussi enregistré, mixé et masterisé l’ensemble, ce nouvel opus résonne du Heavy Metal d’antan, celui rendu intemporel par des artistes comme Dio notamment, dont l’ombre plane ici avec bienveillance. Si l’héritage est Old School, les Américains vont pourtant de l’avant et sont même loin de manquer d’inventivité, bien au contraire.
Le leader du quintet imprime donc très largement sa marque, jouant tous les instruments, en plus du chant dont il a écrit les paroles. Cependant, ce sont bien les deux guitaristes qui ont composé et interprété leurs solos. Et on apprend également une autre surprise de taille. Alors que sortait « Kingdom Torn Asunder » en 2024, la musique de « Worlds To Conquer » était déjà en boîte depuis l’année précédente. Ensuite, il y a deux ans, les voix étaient posées pour finir avec les guitares en 2025. IRONFLAME conserve toujours un coup d’avance.
Même s’il a mené de front plusieurs formations, dont Brimstone Coven, Icarus Witch et Coldfeels entre autres, D’Cagna est loin de négliger son groupe et ces nouveau morceaux attestent de sa créativité. La production est solide et actuelle, sert habillement de belles et puissantes dynamiques et l’empreinte de la NWOBHM est toujours aussi vivace (« Night Closes Is », « Shadow Slave », « Valhalla Is Calling », « Where Cauldrons Burn » et le morceau-titre). IRONFLAME met le feu, l’attise et libère un Heavy Metal agréablement vintage et racé.
C’est avec beaucoup de fraîcheur, une douce folie, un dynamisme à toute épreuve et surtout un Hard Rock teinté d’un Glam très fédérateur que les Américains se présentent avec « Go Rebel », un nouvel album qui renoue avec l’esprit très 90’s du genre, mais pas seulement. WICKED s’inscrit parfaitement dans son époque grâce une énergie qu’il va puiser dans un sens de la fête omniprésent. Une grosse dose d’adrénaline, des riffs tranchants et des mélodies accrocheuses, la recette du quatuor est connue, certes, et elle a aussi l’ambition de renouer avec l’insouciance propre au Rock’n’Roll et qui se fait de plus en plus rare. Ce deuxième opus est une invitation au lâcher-prise et le vent de liberté qui en émane est littéralement électrisant, vivifiant et revigorant. C’est le guitariste soliste, Scotty V, qui fait les présentations de son groupe, dont on n’a pas fini d’entendre parler…!
– Je vous ai découvert en 2022 avec « The Last American Rock Band », qui était en fait une compilation de morceaux que vous aviez remixés et remasterisés. Pourtant, vous avez commencé un peu avant 2014, année où vous avez sorti « Live At Rockalahoma ». Est-ce que vous considérez vos véritables débuts, le moment où vous émergez avec ce premier album ?
Oui et non. Comme tu l’as dit, « The Last American Rock Band » était en quelque sorte un hommage à toutes ces années passées à faire nos armes, à apprendre à composer et à jouer. Ces chansons qui ont fait de nous le groupe que nous sommes aujourd’hui. Nous avions sorti quelques CD en édition limitée au début de notre carrière, avec des versions brutes, presque des démos. Mais nous pensions qu’elles méritaient une sortie digne de ce nom, avec une production professionnelle. C’est un excellent point de départ pour comprendre les débuts du groupe.
– Ce qui est assez remarquable chez WICKED, c’est que vous n’avez jamais dévié de ce Hard Rock très Glam, que vous vous êtes depuis appropriés et qui est devenu très identifiable. Comment un groupe de Rochester, New-York, donc situé sur la côte Est, en vient à jouer un style dont la référence première est la Californie ? Y avait-t-il un manque de ce côté des Etats-Unis ?
On a passé pas mal de temps sur la scène Rock new-yorkaise au début des années 2010, quand elle était en pleine effervescence. Dans le Lower East Side de Manhattan, on assistait à une renaissance du Glam-Punk déjanté, revisité avec une fraîcheur nouvelle. Il y avait plein de fêtes et de concerts en club, inspirés par la scène Rock européenne et scandinave de l’époque. C’est de là que viennent vraiment les racines du son et du style Hard Rock des débuts de WICKED. On a eu l’occasion de traîner à Los Angeles qu’un peu plus tard et on adore cette ville aussi ! Mais je ne dirais pas que Los Angeles a grand-chose à voir avec notre Hard Rock. Il faut reconnaître qu’il est surtout inspiré de l’ambiance glauque des rues de New-York ! (Sourires)
– D’ailleurs, sur ce nouvel album, « Go Rebel », il y a également des influences typiquement Punk Rock, là encore aux sonorités californiennes. C’est la musique avec laquelle vous avez grandi, ou est-ce son côté intemporel et un peu ‘sleazy’ qui vous a d’abord attiré ?
Dans le groupe, nos influences sont vraiment éclectiques. On a grandi avec le Glam Rock classique des années 70 avec des groupes comme David Bowie, The Sweet et Aerosmith, mais aussi à une époque où la scène Pop-Punk était particulièrement dynamique, avec tous les groupes du ‘Warped Tour’ comme Sum 41, Blink 182 et The Used. C’est ce mélange d’influences et le fait aussi d’être un produit de notre époque, qui nous ont permis de capturer l’essence de cette énergie Glam-Punk brute, sans pour autant la copier. On a créé quelque chose de frais et de nouveau. Au début, notre look était surtout inspiré par des groupes de Rock suédois comme Backyard Babies, Crashdiet, Hardcore Superstar, etc… On n’a jamais vraiment été influencés par la scène Glam de Los Angeles finalement.
– Entre « The Last American Rock Band » et « Go Rebel », vous avez sorti « Sunburn » que vous considérez d’ailleurs comme votre premier véritable album. Pourtant, il y a une réelle continuité dans votre jeu depuis le début. Est-ce que vous avez la sensation aussi que c’est depuis votre précédent disque que WICKED a vraiment affirmé et imposé son style ?
« Sunburn » a vraiment marqué une période exceptionnelle pour nous. Nous avons véritablement commencé à nous épanouir en tant que musiciens et auteurs-compositeurs. L’album a été enregistré pendant le confinement, période durant laquelle nous avons eu beaucoup de temps pour travailler et nous concentrer. Nous nous sommes cloîtrés dans la maison où nous vivons tous et nous avons aménagé un studio d’enregistrement professionnel avec l’aide de notre producteur Nacho, que nous venions tout juste de rencontrer. Il est resté avec nous pendant quelques mois durant le confinement et nous a beaucoup appris. Nous sommes devenus une équipe soudée et de très bons amis. « Sunburn » a marqué une sorte de renaissance pour le groupe. Nous sommes devenus autonomes et nous avons commencé à comprendre pleinement notre potentiel à partir du moment où nous avons géré la production et notre carrière.
– Par ailleurs, cela fait aussi plus de dix ans que le line-up de WICKED n’a plus bougé depuis l’arrivée de Gunnar à la batterie. Est-ce que cette constance a aussi forgé cette belle unité que vous affichez aujourd’hui ? C’est aussi une richesse, alors que beaucoup de groupes manquent peut-être de cette stabilité, qui fait avancer les choses et qui construit une identité forte, non ?
Quand Gunnar nous a rejoints, tout s’est mis en place naturellement. Depuis son arrivée, c’est comme une évidence. On vit tous ensemble, comme un vrai groupe de Rock à l’ancienne. On est une fraternité soudée, prête à tout les uns pour les autres. Et une fraternité qui se renforce avec le temps. C’est sans aucun doute notre plus grande force. On ne pourrait rien faire sans l’un d’entre nous. Tout le monde apporte quelque chose d’irremplaçable.
– WICKED est également très marqué par les années 80 et 90, jusque dans vos clips d’ailleurs, alors que pourtant vous les avez à peine connues. Qu’est-ce qui vous fascine à ce point dans cette époque ? Outre la musique, bien sûr, c’est une sensation de légèreté et peut-être aussi de plus d’insouciance qu’aujourd’hui ?
Je crois que tu as parfaitement résumé la situation. S’il y a une chose que nous voulons que les gens retiennent de notre musique et de nos vidéos, c’est que la vie est courte et qu’il faut en profiter. Nous travaillons tous dur chaque jour et, lorsque vous écoutez WICKED, que ce soit sur votre platine ou en concert, nous voulons que vous ressentiez un soulagement face à la routine quotidienne, que vous lâchiez prise et que vous vous sentiez libre.
– Il y a aussi une chose qui vous caractérise, c’est la joie et la bonne humeur qui se dégagent de votre musique, et « Go Rebel » est un modèle du genre à ce niveau-là. Vous ne concevez pas le Rock’n’Roll autrement que festif et rassembleur ?
Exactement ! Nous voulons créer une communauté autour d’une musique Rock’n’Roll festive. Et c’est précisément l’esprit de « Go Rebel ». L’objectif est de créer un lien plus fort avec le public. Nous voulons redonner au Rock’n’Roll son âme de communauté ! Il s’agit de sortir, de passer un bon moment entre amis, de se créer des souvenirs et d’écrire l’Histoire, à l’instar des plus grands qui nous ont précédés. Nous sommes convaincus que WICKED peut faire renaître cet esprit.
– Enfin, avec ce petit côté vintage assumé, on vous sent un peu en décalage avec la scène actuelle, malgré votre approche moderne du Hard Rock. Est-ce que, finalement, WICKED est surtout là pour apporter un regard neuf et pas seulement juste pour entretenir la flamme ?
Bien sûr. Comme je te le disais, nous ne sommes pas tant attachés à une esthétique ou un son vintage. Nous adorons les classiques et admirons les légendes qui ont ouvert la voie, mais WICKED a toujours eu pour vocation de tracer son propre chemin. Nous évoluons constamment et nous faisons ce qui nous semble juste sur le moment. Une chose est sûre : WICKED sera toujours là pour divertir tous les publics, quels qu’ils soient. Nous adorons le défi de conquérir de nouveaux fans, qu’il s’agisse de métalleux, de punks de bar ou même d’étudiants, qui ne connaissent pas encore le Rock ! Nous sommes toujours prêts à relever le défi ! (Sourires)
Le nouvel album de WICKED, « Go Rebel », est disponible chez Magick Rite Records.
Toujours aussi lumineuse, la chanteuse originaire de Miami se livre pleinement sur ce nouvel opus, dont elle a écrit les textes. Personnelle et positive, elle se montre combative et authentique en décrivant les liens humains, tout en invitant à pleinement vivre sa vie. « Everyday Is Saturday » peut apparaître comme un mantra, dont KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL se fait sien dans une Soul Blues rythmée à souhait, mélodique et accrocheuse.
KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL
« Everyday Is Saturday »
(House Of Berry Productions)
Un peu plus d’un an après l’excellent « Revival », la Floridienne prolonge le plaisir avec son septième album. Dans la lignée du précédent, la frontwoman continue de parcourir un Blues assez classique dans le fond, mais paré de Rhythm’n Blues, de Rock, de Soul et de Gospel. Comme toujours c’est la voix exceptionnelle de KAT RIGGINS qui envoûte sur « Everyday Is Saturday ». Cela dit, le travail et le feeling de son groupe la font briller avec beaucoup de classe. Accompagnée cette fois encore par le multi-instrumentiste et producteur Tim Mulberry, elle rayonne.
Aux côtés de la famille Mulberry, puisque Shaelyn, Timya et Tamia assurent aussi les chœurs, on retrouve l’excellent Erik Guess à la guitare, qui livre notamment de superbes solos (« Head Are Gonna Roll », « Tears Like Gazoline », « Till The Lights Come On »). KAT RIGGINS & HER REVIVAL a choisi de faire d’« Everyday Is Saturday » un disque festif, mais le Blues ne tarde pas à le rattraper sur des chansons plus sensibles et émouvantes (« Hunger Games », « Live In Peace », où la voix de du père de la chanteuse vient se poser). Mais c’est globalement la joie qui domine ici.
Emprunt de liberté et d’espoir, « Everyday Is Saturday » passe par tous les sentiments et les traverse avec une incroyable sincérité. KAT RIGGINS & HER BLUES REVIVAL lance une invitation à rire et ressentir, le tout avec beaucoup d’énergie. Elle doit aussi son originalité à un style qui puise dans beaucoup d’autres pour obtenir une identité artistique désormais très identifiable (« Do My Thang », « I Say So », « Ain’t Goin’ Down »). Et il y a également un côté très spirituel dans l’univers de l’Américaine, un héritage direct de ses influences Gospel. Le reflet d’une belle âme, en somme.
Retrouvez aussi les chroniques de ses deux albums précédents :
Basé à Chicago, DIEVENOIRE est apparu l’an dernier avec un premier album aussi surprenant qu’inspiré et parfaitement réalisé. Il faut dire aussi qu’autour de sa chanteuse, Lariyah, s’est constitué un groupe de musiciens aguerris et, surtout, issus d’univers très différents. Avec « The Story Of A Gunslinger », les Américains ont frappé fort et dans cet univers où le western croise le Metal et le Blues, on retient d’abord une originalité assez unique à travers laquelle l’audace ressort comme un leitmotiv, aussi pertinent que personnel. Alors que le quintet a enchaîné les concerts et qu’il procède à quelques changements de line-up avant de se plonger pleinement dans l’écriture de son deuxième album, sa fougueuse et touchante frontwoman revient sur l’évolution et les intentions de ce qui était au départ, un projet solo.
– Pour commencer, j’aimerais que l’on présente le groupe, car il est atypique à bien des égards. Tout d’abord, vous êtes issus de registres très différents comme le Black Metal, le Doom, le Metal Progressif et le Heavy Rock. Pourtant, vous vous retrouvez autour d’un Hard Rock très bluesy aux accents gothiques. Comment cette connexion a-t-elle eu lieu ?
Oui, c’est certain, le mélange des styles de nos autres groupes est assez différent, n’est-ce pas ? (Sourires) Je pense que c’est un atout majeur pour DIEVENOIRE. L’inspiration vient de l’intérieur, pas des influences à proprement parler. Personnellement, j’ai baigné dans la musique gothique à l’adolescence, puis dans le Heavy Metal plus tard, deux genres très portés sur les ballades et une ambiance plus lente et douce. L’album était conçu comme une histoire très émouvante et je voulais qu’il le reste. Le nouvel album s’annonce déjà comme une approche assez différente. J’ai vraiment hâte de sortir le premier single au plus vite, si possible cette année… (Sourires)
– Ce qui était au départ ton projet solo, Lariyah, a finalement rassemblé des musiciens chevronnés avec un style qui a aussi évolué pour donner votre premier album, « The Story Of A Gunslinger ». Et on a presque l’impression que le fait que ce soit un album-concept est une évidence. A quel moment vous êtes-vous dit qu’il fallait articuler vos chansons autour d’une même histoire ?
Tu sais, j’ai toujours adoré les histoires et les contes. Depuis que j’ai entendu l’album « TheCrimson Idol » de W.A.S.P., avant même de commencer à chanter, évidemment, je rêvais d’écrire des romans, de devenir réalisatrice ou quelque chose du genre. Lancer DIEVENOIRE m’a donné l’idée de créer cet univers western moderne, où je pouvais donner vie à une histoire à travers une présentation audio, agrémentée de quelques clips vidéo, bien sûr.
– Ce qui est également étonnant, c’est cette ambiance très Southern qui enveloppe l’album, car il est réalisé par Jakob Herrmann, connu pour son travail avec Draconian, Thyrfing ou Art Nation, c’est-à-dire des styles très éloignés du vôtre. Aviez-vous aussi besoin d’un regard extérieur très différent pour que l’aventure soit justement complète et unique ?
Eh bien, pour commencer, Jakob est un artiste très polyvalent. Il passe beaucoup de temps dans ce qu’il appelle sa deuxième maison : la Nouvelle-Orléans, où il baigne principalement dans le Blues, le Jazz et le Rock, ce qui est peut-être aussi une échappatoire au Metal omniprésent ! (Rires) Blague à part, je pense que les musiciens, ou les artistes en général, ne devraient jamais stagner dans leur travail, sinon cela devient mécanique. Je crois au progrès et à la nécessité de se réinventer régulièrement. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles inspirations pour évoluer. Et d’un autre point de vue, j’avais une idée très précise du son que je voulais pour les chansons et je n’avais jamais travaillé avec un producteur auparavant, malgré toutes ces années passées sur d’autres projets. J’ai donc décidé de tenter le coup et de voir où cela nous mènerait. J’ai été absolument bluffée par la façon dont Jakob a transformé le son de DIEVENOIRE, et crois-moi, c’est beaucoup plus puissant que l’idée de départ, plus simple aussi et dans un Blues Rock sombre. Il a su donner cette dimension plus lourde au son et j’en suis vraiment ravie. Il s’agissait en quelque sorte de définir une direction musicale, d’amplifier ce que nous avions créé, sans forcément réécrire les chansons à partir de zéro.
– Il y a un autre contraste assez saisissant, ce sont les tessitures musicales et ta voix, Lariyah, que l’on retrouve surtout dans le Rock et le Metal Alternatif, plus que dans le Blues Rock. L’idée était-elle justement de confronter ces différents univers ?
Ma voix est très douce et orientée ballades, j’en suis parfaitement consciente. Je voulais mélanger ces sonorités contrastées et intégrer ce Rock légèrement Blues à mon travail vocal. Bien sûr, il y aura des critiques et je les accueille avec grand plaisir ! (Sourires) Si on se contentait de faire toujours la même chose, il n’y aurait jamais rien de nouveau, ni d’original. Pour un premier album, je pense qu’il a donné un bon aperçu de ce à quoi ressembleront mes prochains morceaux, et crois-moi, non seulement les instruments seront plus puissants, mais ma voix le sera aussi… (Sourires)
– D’ailleurs, d’où vient le nom de DIEVENOIRE, qui est en partie d’origine lituanienne, et comment est née cette idée d’un far-west gothique avec ce pistolero, dont on suit les aventures ?
Rien de lituanien là-dedans, mais presque. J’ai vécu vingt ans en Pologne. Je suis née et j’ai grandi dans une toute petite ville au bord de la mer Baltique, appelée Dziwnow. Avant la fin des années 1940, lorsque les frontières polonaises ont été modifiées après la guerre, cette ville s’appelait ‘Dievenow’ (prononcé DEE-VEH-NOV). Elle était alors germanophone. Comme tu peux t’en douter, voici le lien, la première partie, ‘Dieven’, qui vient de l’ancien nom de ma ville natale. Ensuite, ‘Noire’, comme la plupart des gens le savent aussi sans doute, est un mot français, de chez toi, qui signifie noir, sombre, lugubre, etc… ce qui fait partie de mon enfance. Les périodes sombres, les difficultés personnelles, les promenades nocturnes sur les rivages de la Baltique en chantant, en composant des mélodies… dont certaines figurent d’ailleurs sur cet album.
– Sur « The Story Of A Gunslinger », on retrouve également plusieurs clins d’œil sonores comme des éléments tribaux ou Country, et plusieurs ballades viennent aussi ponctuer l’ensemble. L’univers de DIEVENOIRE a-t-il vraiment des frontières, ou est-ce que l’exploration musicale reste votre principale source d’inspiration ?
Je n’ai jamais voulu être cataloguée. Quand on m’a demandé quel était le style de DIEVENOIRE, je n’avais absolument aucune idée de comment le décrire car, comme tu l’as dit, les morceaux ont des ambiances très différentes. Et j’aime ça ! (Sourires) Si je devais définir un style, ce serait un mélange de Blues doux, de Hard Rock, de ballades gothiques sudistes et de berceuses crasseuses. Je n’aime pas ces étiquettes. Un de nos fans, rencontré au ‘Rock Fest’ et qui nous voyait pour la première fois, s’est exclamé : « J’adore ce Rock bien crasseux ! » Voilà. A partir de ce jour, je considère DIEVENOIRE comme du Rock bien crasseux. Quant à savoir où cela nous mènera, et à quel point ce sera plus doux, plus lourd ou plus crasseux, seul l’avenir nous le dira ! (Sourires)
– Il y a également une chose vraiment étonnante, notamment car il s’agit d’un album-concept. Pourquoi les morceaux ne respectent-ils pas la chronologie de l’histoire ? Vous avez voulu procéder par flash-backs ou de manière aléatoire, même si cette aventure a une fin ?
(Rires) J’adore tout autant que je déteste vraiment cette question ! (Rires) Franchement, j’aurais adoré que l’histoire suive une chronologie cohérente sur l’album et qu’on puisse l’écouter de manière à la comprendre. Cependant, en enchaînant les chansons dans l’ordre chronologique, ça ne sonnait pas juste. Soit c’était trop ennuyeux avec plusieurs ballades à la suite, soit ça ne collait pas. Du coup, je me suis dit qu’en les disposant de façon à ce que l’écoute soit fluide, l’auditeur prendrait plus de plaisir à l’écouter et essaierait aussi de reconstituer le puzzle. Après tout, ces chansons n’expliquent pas tout de façon explicite, mais elles sont très subtiles. Le pistolero est-il vraiment une personne, ou est-ce une métaphore utilisée par le narrateur ? (Sourires)
– Enfin, ce premier album est sorti il y a près d’un an. Est-ce que vous vous concentrez surtout sur la scène en ce moment, ou avez-vous déjà commencer le travail d’écriture du successeur de « The Story Of A Gunslinger » ? Et sera-t-il dans le même esprit ?
Le groupe étant en pleine restructuration, nous allons faire une courte pause dans les concerts, afin de trouver les bons musiciens et, en attendant de travailler sur des démos à partir de mes nouvelles compositions personnelles. L’écriture du nouvel album sera cette fois-ci complètement différente, car nous avons déjà testé quatre nouveaux morceaux lors de nos six ou sept derniers concerts. Et je sais exactement ce que je veux en faire, ainsi que du reste de l’album. Je vise à nouveau dix titres, mais le concept de l’album restera le même que pour le premier opus. Le second sera riche en émotions de toutes sortes : un mélange de colère, de haine, de déception, mais aussi, à l’inverse, une passion intense et le désir ardent de l’amour. J’aime laisser libre cours à mon inspiration, sans contrainte, ni idée préconçue sur les sujets à aborder ! (Sourires)
Ode à la nature et déclaration d’amour au Nouveau-Mexique, cette première escapade en solitaire, à tous points de vue, de BRAD FRYE est assez unique en son genre. Empruntant à l’univers Drone comme à celui du Desert Rock, « Reverberations From The American Southwest » se détache des habituelles réalisations pour adopter pleinement une production organique à l’étonnante proximité. Plus que jamais, le terme d’immersion prend tout son sens lors de cette escapade musicale au cœur des éléments terrestres.
BRAD FRYE
« Reverberations From The American Southwest »
(Desert Records)
Si vous rêvez d’une balade aride au cœur du désert du Nouveau-Mexique, non loin d’Albuquerque, cet incroyable album de BRAD FRYE n’attend que vous. Patron du label Desert Records, fondateur du groupe Red Mesa et moitié du duo Droni Eye Omi, le musicien et explorateur sonore est parti s’isoler en pleine nature au printemps 2025 avec pour objectif d’enregistrer son premier effort solo. En effet, il fallait bien plus grand que les quatre murs d’un studio pour élaborer « Reverberations From The American Southwest ».
Afin de capturer au mieux l’atmosphère ambiante, BRAD FRYE a voyagé léger et n’a emporté que l’essentiel. Muni d’une guitare baryton Reverend, d’un ampli à lampes Fender Champ, d’un générateur solaire et d’un pédalier, notre randonneur a utilisé un enregistreur Zoom H6 pour saisir à la fois son instrument, mais aussi les sons naturels de son entourage direct. Et entre les accords de sa six-cordes, les visites sont nombreuses : oiseaux, trains, rivières, insectes et animaux se joignent à lui et poursuivent leur vie dans la chaleur du vent du Nouveau-Mexique.
Reparti en 15 capsules hypnotiques, « Reverberations From The American Southwest » se révèle comme une sorte de rêverie, où chacun peut laisser divaguer son esprit sur les improvisations, mais pas seulement, de BRAD FRYE. Dans une ambiance vaporeuse, on croise Sergio Leone sur « The Good, The Brad, And The Ugly » en version épurée. Un harmonica surgit aussi délicatement sur « Three Gun » et « Stone Hut », tandis que des résonnantes locales émergent de « Celestial Skies », « Desert Is As Desert Does », « Temazcal » ou « Gila ». Envoûtant !
Trois ans après un premier album, « Jukebox Gypsies », qui les a fait émerger de la bouillonnante scène de Nashville, les desperados de PARKER BARROW ont pris du volume et de l’assurance. Toujours ancré dans un Southern Rock aux riffs ravageurs et aux envolées d’orgue captivantes, le groupe emmené par le couple Megan Kane à l’incroyable puissance vocale et Dylan Turner, derrière les fûts et à la composition, poursuit son ascension de belle manière. Suivant également les codes modernes de l’industrie musicale tout en conservant une approche très roots, le sextet a enchaîné les singles avant de livrer « Hold The Mash », un deuxième opus qui compile leurs compositions de ses dernières années. Une bonne occasion pour en parler avec son batteur et fondateur.
– Tout d’abord, près de huit ans après sa formation, PARKER BARROW en a fait du chemin entre de nombreux concerts, deux albums et un EP entre les deux. Pour vous suivre depuis « Jukebox Gypsies », je trouve votre progression assez incroyable. Avez-vous senti un point de bascule dans votre jeu à un moment donné, ou est-ce une évolution très naturelle pour vous ?
Je pense que l’évolution a été très naturelle. Megan et moi avons commencé toutes les deux il y a presque huit ans, et depuis, nous avons eu la chance d’accueillir de nombreuses personnes incroyables dans le groupe. Chacune apporte sa propre touche musicale, enrichissant en quelque sorte les sonorités que nous avions en tête depuis des années.
– L’an dernier, votre EP « Hold The Mash » avait conforté le bel élan pris depuis vos débuts. Pourquoi aviez-vous décidé de ne sortir qu’un format court plutôt qu’un album complet ?
C’est la réalité d’aujourd’hui, avec le streaming musical. On reste nostalgiques de l’album dans son format et de la possibilité d’offrir à l’auditeur l’opportunité de découvrir notre musique sous cette forme. Mais avec le streaming et les différentes façons d’écouter de la musique, il est important de sortir régulièrement des titres pour maintenir l’intérêt du public.
– Ce deuxième album porte d’ailleurs le titre de votre EP et il est complété de trois nouveaux morceaux, dont la reprise des Black Crowes « My Morning Song ». Pourquoi vous êtes-vous précipités ainsi ? Vous sentiez qu’il fallait profiter de la belle dynamique en cours, à moins qu’il vous paraissait peut-être incomplet ?
Je ne crois pas que nous nous soyons sentis pressés. Par ailleurs, « My Morning Song » est un incontournable de nos concerts depuis des années et nous savions que nous voulions inclure une reprise sur cet album, alors ça nous a semblé tout à fait naturel.
– D’ailleurs, l’essentiel des chansons de « Hold The Mash », c’est-à-dire l’EP inclus, est sorti en singles. Est-ce qu’aujourd’hui le format de l’album vous paraît obsolète compte tenu de l’impact des plateformes numériques dans les habitudes d’écoutes, même si celles-ci sont aussi d’une certaine façon biaisées ?
Je pense que les albums ont encore toute leur place. C’est pourquoi nous avons réuni les titres sortis en singles et sur l’EP dans un album. Comme je te le disais, nous adorons l’idée de l’album et ce qu’il représente pour nous, en tant que groupe et aussi en tant que fans de musique.
– La composition et l’enregistrement des nouveaux morceaux complétant l’album se sont faits durant ces derniers mois, j’imagine. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre fonctionnement après vos expériences précédentes ?
En fait, nous n’avons pas vraiment de processus standard. Chaque chanson est unique et se doit d’être traitée comme telle. Nous ne nous focalisons pas sur le processus. Nous laissons la chanson s’exprimer et se développer naturellement.
– Le choix de cette reprise des Black Crowes est très cohérent et parfaitement en phase avec votre univers musical, puisqu’elle associe les racines du Southern Rock et la modernité de la nouvelle génération. Est-ce pour cette raison que vous l’avez choisie, et aussi parce que c’est unechanson que vous jouez régulièrement en concert ?
Oui, c’est un morceau qu’on joue depuis des années. On trouve qu’il met vraiment en valeur toutes les facettes de notre groupe : les duels entre les guitares et l’orgue et bien sûr la voix de Megan. C’est un morceau qui change toujours l’atmosphère et l’ambiance de nos concerts. On adore tous le jouer ensemble.
– Est-ce qu’avec le recul depuis l’EP, vous pensez que « Hold The Mash » représente aujourd’hui toutes les facettes de PARKER BARROW ? Et avez-vous justement profité du fait que ce soit votre deuxième album pour expérimenter plus de climats, car il est très varié au final ?
Je pense que « Hold The Mash » résume parfaitement où nous en sommes en tant que groupe actuellement. Je crois que c’est ce qu’on essaie de faire avec n’importe quel album : créer une trace tangible de nous-mêmes, un témoignage de notre évolution en tant que groupe. A mon avis, « Hold The Mash » y parvient parfaitement.
– Enfin, vous êtes basés dans la très foisonnante cité de Nashville. Est-ce pour cette raison que vous restez toujours indépendants ? Face aux nombreux groupes présents, un label ne vous serait-il pas utile pour vous imposer dans cette jungle musicale très débridée ?
Nous avons tendance à nous concentrer uniquement sur ce que nous pouvons contrôler : notre attitude et nos efforts. Nous n’accordons pas beaucoup d’importance au reste. Actuellement, notre travail consiste à composer une musique qui nous ressemble et que nous prenons plaisir à créer et à jouer. Nous avons la chance de pouvoir le faire et nous en sommes pleinement conscients. Si un jour nous sentons qu’un élément extérieur à notre activité actuelle pourrait nous aider à atteindre cet objectif, nous l’explorerons, mais pour l’instant, ce n’est pas notre priorité.
Le nouvel album de PARKER BARROW, « Hold The Mash », est disponible sur le site du groupe, tout comme les billets de leur prochaine tournée en Angleterre, qui débutera le 25 novembre : www.weareparkerbarrow.com
Photos : Ryan Alexander (1, 3) et Joe del Tufo (4).
Retrouvez aussi les chroniques de leurs précédentes réalisations :
Avec « Entire State Of Tim Montana «, le songwriter signe probablement sa réalisation la plus personnelle et la plus intime. Des réserves indiennes à Los Angeles, puis Nashville, avant un retour du côté de Yellowstone, TIM MONTANA nous invite à un road-trip hyper-Rock’n’Roll et très sudiste. Son duo avec Royale Lynn vient aussi nous rappeler ses affinités avec la Country, tout en conservant cet état d’esprit libre et indépendant. Ce disque raconte de belles histoires, parfois touchantes, et d’une honnêteté viscérale. Juste monumental.
TIM MONTANA
« Entire State Of Tim Montana »
(BMG)
Le guitariste et chanteur sort son septième album et il vient renforcer cette authenticité et cette sincérité qui le caractérisent depuis ses débuts. Profondément attaché à l’Etat dont il tient son nom et plus largement à l’Ouest américain et à l’Histoire des Amérindiens auprès desquels il a passé une partie de son enfance, TIM MONTANA se singularise par un Hard Rock imprégné de Southern Rock et à la narration très Country. Cultivant l’art du riff massif et grâce à sa voix rauque, il s’est forgé une identité unique, hors des sentiers battus et loin des conventions.
Passé « Courtdown » en introduction, sorte de conversation entre Martin Sheen, Charlie Sheen et l’ancien Terminator Robert Patrick, l’immersion validée par les trois acteurs est immédiate et « Beautiful Hate » ouvre les festivités avec force. Heavy et porté par une mélodie accrocheuse, le premier morceau (il y en a 14 autres !) ne laisse aucun doute quant aux intentions artistiques de TIM MONTANA. Rugueux dans l’approche, mais particulièrement soigné dans sa production, « Entire State Of Tim Montana » s’annonce renversant.
Captivant par son aspect cinématographique, l’ensemble parcourt des atmosphères variées, où il est question d’amitié, de survie et de persévérance. Le musicien rend hommage au peuple de la Nation Crow sur « Watch Me Down » avec Crazy Dog et WolfBear, avant d’accueillir Jerry Cantrell d’Alice In Chains sur « Kinda Like It ». Puis, TIM MONTANA réalise un rêve sur « Brown Sugar » où Billy F Gibbons et Slash se joignent à lui. Très intense et équilibré, ce nouvel opus renferme des trésors de vérité, tout en gardant une attitude sensible, attachante et rebelle. Incontournabale !