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International Southern Rock

Hillbilly Vegas : viva Oklahoma [Interview]

Très expérimenté et avec une idée bien précise de la musique qu’il souhaite distiller, HILLBILLY VEGAS fait partie de ces groupes de Southern Rock qui, tout en s’inscrivant dans une tradition immuable et très établie, apporte son style et sa fraîcheur à un registre qu’une jeune génération tente patiemment de s’approprier. Sur « A La Mode », son quatrième album, le quintet montre autant de sensibilité que de joie et de dérision pour élever son jeu au rang des meilleures formations du genre. Originaire d’Oklahoma, le quintet a les deux pieds dans un sud américain, qui transpire à chaque riffs, chaque solos, chaque notes de piano ou d’orgue et à travers le chant si authentique de Steve Harris, un frontman aujourd’hui heureux de présenter ce nouvel opus. Entretien avec un chanteur dont la liberté artistique n’est plus négociable.

– Tout d’abord et comme nous sommes sur un site français, pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « A La Mode » ? C’est assez surprenant de la part d’un groupe d’Oklahoma, que cela signifie-t-il pour vous ?

Pour nous, c’est une spécialité du Sud des Etats-Unis : une tarte avec de la glace dessus. Je m’excuse d’avoir détourné votre belle expression pour en faire une simple demande de glace sur notre tarte, mais l’important est d’améliorer les choses. Et tout est meilleur avec de la glace ! (Rires)

– HILLBILLY VEGAS a sorti son premier album, « Ringo Manor » en 2011, « 76 » en 2016, puis « The Great Southern Hustle » il y a quatre ans. Il y a beaucoup d’espace entre vos disques. C’est l’enchaînement des concerts, qui veut ça ?

Nous avons beaucoup tourné et, entre les tournées, nous avons sorti des singles, même lorsque nous ne travaillions pas sur des albums. Nous sommes restés productifs tout ce temps. Si vous avez raté un album, c’est parce que nous n’étions pas signés avec un label pour l’un d’eux. Les albums que nous avons sortis sont donc « Ringo Manor », « 76 » (autoproduction), « The Great Southern Hustle », et maintenant « A La Mode »… (Sourires)

– En l’espace de deux ans, vous avez sorti un EP, « Long Way Back » et aujourd’hui « A La mode ». Vous avez d’ailleurs l’habitude de sortir des formats courts avant vos albums, car il y avait aussi eu « Greetings From Hillbilly Vegas » en 2022. Est-ce une manière pour vous de tester de nouveaux morceaux ou certaines ambiances, ou est-ce un élan de spontanéité par rapport à l’écriture d’un album normal ?

Les EPs que nous avons sortis étaient en fait des engagements envers une maison de disques britannique, mais ils nous ont aussi permis d’avoir quelque chose de nouveau à promouvoir lors de notre tournée là-bas.

– Par rapport à vos albums précédents, « A La Mode » est peut-être moins brut dans l’approche, même si votre Southern Rock conserve son aspect roots, bien sûr. J’ai d’ailleurs plutôt l’impression que cela se joue surtout au niveau de la production. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre travail en studio, notamment en ce qui concerne les arrangements, qui sont très soignés ?

En fait, on a beaucoup changé. On a enregistré et produit cet album nous-mêmes. « A La Mode », c’est nous à 100 % : enregistré dans notre propre studio, sans aucune influence extérieure, sans interférence et sans producteur. Ce que vous entendez est un parfait exemple de ce dont on est capables quand on prend les choses en main et qu’on fait tout nous-mêmes ! (Sourires)

– J’aimerais justement que l’on parle de votre Southern Rock, qui a un style et une sonorité très modernes avec toujours ce mélange de Rock, de Blues et d’Outlaw Country. Sur « A La Mode », il y a aussi des fulgurances clairement Hard Rock. Est-ce que c’est ce qui finalement l’actualise et lui offre une nouvelle dynamique, selon vous ?

Je crois que ce qui le modernise, et lui donne cette nouvelle dynamique, c’est tout simplement que nous l’avons fait entièrement nous-mêmes sans que personne ne nous dise quoi faire. Tu vois où je veux en venir ? (Sourires) Parfois, des producteurs ou des personnes extérieures nous disent : « Vous ne pouvez pas faire ceci » ou « Vous devriez faire cela ». Cette fois-ci, nous avons simplement fait ce que nous ressentions et ce que nous voulions. Et au final, on obtient un peu de tout ce que nous aimons vraiment.

– Depuis vos débuts, HILLBILLY VEGAS a toujours dégagé beaucoup de légèreté dans ses chansons avec beaucoup d’ironie et d’humour, à commencer d’ailleurs par votre nom. Or, « A La Mode » semble plus sérieux, sans être sombre pour autant. Est-ce l’époque que vous vivons qui n’incite pas à plus d’insouciance, selon vous, et cela se traduit donc aussi dans votre musique ?

C’est vrai, mais nous avons toujours joué des ballades également. Notre premier grand succès a été « Little Miss Rough And Tumble ». Ce nouvel album contient encore des moments légers, mais aussi des passages plus introspectifs, tu as raison. En fait, nous n’avions pas de plan, ni de thème précis. Nous avons simplement fait ce qui nous plaisait, que ce soit écrire une ballade ou un morceau plus festif comme « Something Crazy » ou « Every Jukebox ». Il ne s’agit pas d’influences extérieures, mais simplement de notre état d’esprit créatif du moment.

– Comme il est de tradition dans le Southern Rock, les deux guitaristes et les claviers sont mis en évidence sur le groove de la rythmique et la chaleur du chant et des chœurs. Et c’est d’ailleurs au centre de votre musique. Et vous avez aussi déclaré vouloir faire de la vraie musique pour la maintenir en vie. Pensez-vous franchement qu’un style comme le vôtre soit un jour envahi par l’IA ? Ça paraît peu probable vu la nouvelle génération, si ?

Je ne crois pas que l’IA ait sa place dans notre musique. Je ne peux pas parler pour les autres, mais pour nous : pas de pistes préenregistrées, pas d’artifices et pas d’IA en studio. Ce que vous entendez, c’est de la vraie musique à 100 %. C’est ce qui nous définit. On ne corrige même pas les fausses notes avec de l’autotune, d’ailleurs. Si je chante une fausse note, c’est que je le voulais… alors elle reste comme ça ! (Sourires)

– Enfin, un mot sur « Mr. Midnight », cette chanson de Paul Rodgers que vous avez exhumée et qu’il chante avec vous. J’imagine que c’est une grande fierté pour vous, d’autant que HILLBILLY VEGAS compte un ancien membre de son groupe et un autre de Bad Company. Comment sont nées cette belle aventure et et cette belle histoire ?

Tout a commencé avec Todd Ronning (bassiste et ancien membre de Bad Company – NDR) Il avait une démo qu’ils avaient enregistrée dans un studio de répétition il y a un moment. Todd m’a demandé de l’écouter en me disant que Paul ne l’avait pas utilisée sur son album solo. Et il voulait savoir ce que je pensais à l’idée de l’essayer. Je l’ai écoutée, et même si c’était un enregistrement de répétition brut, on reconnaissait déjà la voix de Paul. Elle sonnait comme sur tous les albums de Bad Company, même sur un enregistrement téléphonique. C’était tout simplement incroyable. Au début, je me demandais ce que je pourrais bien y ajouter. Mais on a tenté le coup et j’ai adoré la chanter. On a le même manager que Paul (David Spero – NDR), et quand on en a parlé à David, il a dit qu’il pensait que Paul adorerait aussi la chanter. Il a été incroyablement gentil, il a ajouté quelques lignes et la collaboration a été formidable. Même si personne d’autre ne l’avait jamais entendue, c’était un vrai bonheur pour nous. Mais maintenant, elle fait partie de l’album et de notre histoire ! (Sourires)

Le nouvel album de HILLBILLY VEGAS, « A La Mode », est disponible chez Quarto Valley Records.

Photos : Joe Ward

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Blues Rock

Sean Chambers : electric tradition

En très, très grande forme, le six-cordiste et chanteur américain SEAN CHAMBERSa bâti un pont plus que solide entre les Etats-Unis et l’Angleterre avec comme ciment un Blues Rock vivifiant, communicatif, brut, parfois marécageux et sans concession. Accompagné par la sémillante et irrésistible Savoy Brown Rythm Section, le power trio est exaltant, tant chacun semble au sommet de son art. Cet instantané live est d’une force et d’une énergie qui ne peuvent laisser les amoureux de Blues Rock, comme les autres, de marbre. Monumental !  

SEAN CHAMBERS

« Live From Daryl’s House Club »

(Quarto Valley Records)

Il a du feu dans les mains et une vision globale du Blues Rock, qui fait de lui l’un des meilleurs représentants actuels du genre. Adoubé par l’iconique Hubert Sumlin qui en fait son guitariste principal et son chef d’orchestre pendant cinq ans, SEAN CHAMBERS a ensuite commencé à tracer son chemin en solo et a sorti huit albums. D’ailleurs remarqué et couvert de louanges par le grand Paul Rodgers, il fait connaissance en 2019 avec la fameuse Savoy Brown Rythm Section lors d’un festival. Le lien musical est naturel et immédiat et la suite est tout aussi éclectique et tellement virtuose.

Avant la disparition de Kim Simmonds, guitariste-fondateur de Savoy Brown il y a deux ans, celui-ci a même donné sa bénédiction au trio dans lequel SEAN CHAMBERS croise le fer pour notre plus grand bonheur avec le bassiste Pat De Salvo et le batteur Garnet Grimm, épine dorsale du groupe londonien. Un trio magique anglo-américain qui fait aujourd’hui des étincelles et qui est venu renverser le public du Daryl’s House Club dans l’Etat de New-York, pourtant habitué aux joutes Blues et Rock. Le set enregistré en mai 2024 est tout simplement époustouflant.

Il y a du Hendrix et du SRV chez le Floridien, ce qui rend son jeu particulièrement complet et enveloppant. Porté par un public totalement subjugué, le groupe électrise la salle et distille un Blues Rock endiablé constitué de morceaux de SEAN CHAMBERS bien sûr, mais aussi de titres composés, et savamment choisis, du grand Simmonds. Une sorte d’hommage qui ne dit pas son nom, mais qui est réellement palpable et qui ne manque pas d’audace dans l’interprétation (« Cobra », « Red Hot Mama », « Bullfrog Blues », « You’re Gonna Miss Me », « Louisiana Blues »). Juste exceptionnel !

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Blues Blues Rock Rock

Edgar Winter : au nom du frère

Rock, Blues, robuste, généreux et guidé par une émotion très palpable, cet album hommage à son frère Johnny par EDGAR WINTER reflète avec un grand respect et une volonté de très bien faire l’immense parcours d’un guitariste hors-norme qui aura marqué tant de musiciens de Blues et conquis tant de fans à travers le monde. « Brother Johnny » ne verse pas dans la nostalgie, mais plutôt dans la fierté d’un beau travail accompli.

EDGAR WINTER

« Brother Johnny »

(Quarto Valley records)

Rendre un hommage appuyé à son frère aîné était apparu comme une évidence à EDGAR WINTER, cadet de feu-Johnny. Bien entendu axé sur les guitares, avec des six-cordistes prestigieux à l’œuvre sur « Brother Johnny », l’album se veut et se présente comme un grand voyage musical, qui traverse la vie et l’œuvre du Texan en passant par toutes les émotions et avec une classe ultime dans laquelle le guitariste se serait sûrement reconnu. Et forcément, de grands noms du Blues qu’il a directement influencé sont présents sur l’album.

Sur 17 titres et une heure et quart de Blues Rock, de Rock et de morceaux intemporels, « Brother Johnny » d’EDGAR WINTER nous transporte à travers la très prolifique discographie de l’Américain. Et sa Gibson Firebird résonne toujours avec l’éclat qu’on lui connait entre les mains d’un tel prodige. Pour la petite (et triste) histoire, Johnny Winter nous avait quitté le 16 juillet 2014, dans un hôtel du District de Bülach en Suisse, deux jours après sa toute dernière prestation mondiale, au ‘Cahors Blues Festival’ en France.

Sur une production brillante signée Ross Hogarth, on mesure l’immense héritage laissé par Johnny, et qui mieux que son frère EDGAR WINTER pouvait constituer un tel casting ? Ainsi, on retrouve Joe Bonamassa, Doyle Bramhall II, John McFee, Robben Ford, Billy Gibbons, David Grissom, Taylor Hawkins, Warren Haynes, Steve Lukather, Michael McDonald, Keb Mo, Doug Rappoport, Bobby Rush, Kenny Wayne Shepherd, Ringo Starr, Derek Trucks, Waddy Wachtel, Joe Walsh, Phil X et Gregg Bissonnette. Que la fête est belle !