Avec une présence qui en impose et beaucoup de caractère, c’est entouré d’une formation de cadors du Tennessee que GARRET T. WILLIE signe un nouvel album, sur lequel il se montre redoutable. « Bill’s Cafe » est l’œuvre d’un gamin de province inspiré et sûr de lui. Très bon six-cordiste et doté d’un talent vocal naturel, le Canadien affiche déjà un sens du Blues Rock très personnel et déploie son âme avec une grande honnêteté, ce qui le rend souvent poignant. Une sensibilité rugueuse et attachante.
GARRET T. WILLIE
« Bill’s Cafe »
(Gulf Coast Records)
Tirant le titre de son nouvel opus du nom du café-billard de son grand-père, le jeune musicien semble rendre hommage à ses racines. Membre de la nation Kwakwaka’wakw au Canada et originaire d’Alert Bay sur l’île Cormorant en Colombie-Britannique, GARRET T. WILLIE fait pourtant le grand saut en quittant la région de Vancouver pour les studios de Nashville. Un saut dans l’inconnu pour celui qui s’est fait connaître avec « Same Pain » il y a trois ans, mais à qui la présence Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi, Christone ‘Kingfish’ Ingram) donne des ailes.
Sous la houlette d’un tel producteur, le talent du guitariste-chanteur prend une réelle ampleur et on le sent totalement libéré sur cet explosif « Bill’s Cafe ». Indomptable et sincère, GARRET T. WILLIE offre la pleine puissance de son jeu. L’aspect brut et direct de son Blues Rock envahit chaque morceau avec un intensité assez rare chez un artiste de seulement 25 ans. Sa voix rauque et grave lui confère une autorité naturelle dans son approche et son côté Rock prend très souvent le dessus, libérant des titres taillés dans la pierre.
Avec déjà des allures de vieux baroudeur, il fait le lien entre ZZ Top et AC/DC en y apportant toute la fougue de sa courte expérience. « Bill’s Cafe » est clairement débridé et GARRET T. WILLIE électrise ses compositions grâce à un style insaisissable et très live. Percutant et incisif dès « Hypnotist » qui ouvre les festivités, cette deuxième réalisation est aussi portée par un groupe de haut vol, qui donne un volume magistral à l’ensemble (« Going To Toronto », « High Beam Blues », « I’m Hate », « Young Country Boy »). un disque solide, complet et déjà incontournable.
Explosif et d’une incroyable fraîcheur, « Empty Chairs » laisse éclater tout le talent de SPENCER MACKENZIE, dont l’approche est plus assurée que jamais. Audacieux, percutant et surfant sur un belle énergie, le bluesman est à mille lieux du débutant que l’on avait découvert en 2016. Soliste exceptionnel et distillant avec beaucoup de naturel des riffs accrocheurs, il rayonne littéralement dans une atmosphère emprunte de Soul et très personnelle. Il s’impose avec beaucoup de classe et compte parmi les meilleurs de sa génération.
SPENCER MACKENZIE
« Empty Chairs »
(Gypsy Soul Records)
Que l’époque où le chanteur-guitariste faisait son apparition avec « Infected With The Blues » paraît lointaine. C’était il y a dix ans et le jeune Canadien surgit aujourd’hui avec son quatrième album. Du haut de ses 25 ans, SPENCER MACKENZIE reste impressionnant et, loin de faire dans l’exhibition technique comme certains, il laisse surtout parler son feeling et sa créativité. Et avec « Empty Chairs », il touche déjà un sommet de sa courte carrière. Délicat et puissant, son Blues Rock est complet et il atteste de manière flamboyante qu’il a toujours été très prometteur.
Malgré son âge, il s’est déjà forgé un style très personnel, faisant la jonction entre le Blues traditionnel et l’aspect très moderne du genre. Et si ses références sont assez évidentes, SPENCER MACKENZIE s’en sert pour mettre en lumière son jeu et surtout une vision bien à lui. En témoigne d’ailleurs la reprise de « Don’t Know Where I’m Going » du grand Rory Gallagher. Acoustique et presque Folk dans sa version originale sortie du « Deuce » en 1971, elle se retrouve ici, sans harmonica, enveloppée d’une chaleur incroyable et d’arrangements très soignés.
Ce qui est également saisissant sur « Empty Chairs », outre la maturité du songwriting, c’est le contraste entre une musique enjouée et dynamique et des textes assez sérieux et souvent sombres (« Frozen Hearts », « Shoot Me Down », « Till I Get To You » et le morceau-titre). Très bien produit par le guitariste de The Commoners, Ross Hayes Citrullo, ce nouvel opus de SPENCER MACKENZIE nous en dit encore un peu plus sur le six-cordiste venu d’Ontario et il s’affiche comme une belle étape dans un parcours sans faute. Magistral et virtuose.
Basée à San Diego, l’expérimentée californienne livre pour la première ses propres compositions, et quelques reprises particulièrement bien remaniées, sur « My Voice », une réalisation qu’elle a souhaité instrumentale et où sa guitare sert de guide. Imprégné de sonorités Southern et ne reniant pas une certaine filiation avec Chicago, le Blues de LAURA CHAVEZ est aussi Rock que délicat et flirte autant avec le R&B qu’avec ses origines mexicaines. Complet et inspiré, son univers est brut, coloré et entraînant. Une totale réussite et un dépaysement saisissant.
LAURA CHAVEZ
« My Voice »
(Ruf Records)
Après avoir accompagné des artistes comme Deborah Coleman, Dani Wilde, Monster Mike Welch ou Vanessa Collier, LAURA CHAVEZ se lance enfin en solo et ce premier opus sous son nom tombe à point nommé. Auréolée en 2023 du prix de la meilleure guitariste au Blues Music Awards, première et seule femme à l’être aujourd’hui, on la découvre ici sous un aspect plus personnel, dans un registre qui lui ressemble et à travers un jeu où le feeling prend le pas sur sa phénoménale technique. « My Voice » est un brassage de cultures et une ode à son instrument.
Et la première des surprises est que l’album est entièrement instrumental, une chose relativement rare dans le monde du Blues. Mais comme son titre l’indique sa guitare est sa voix et, au fil des titres, il faut reconnaître que toute note vocale serait presque superflue. LAURA CHAVEZ affiche une force narrative peu commune, qui ne se contente pas d’empiler les riffs et de multiplier les solos. Chaque morceau raconte une histoire et chaque ambiance nous transporte dans des émotions diverses traversant le Blues et le Rock avec une touche hispanique.
Co-produit avec le patron de son label, Thomas Ruf, « My Voice » a été enregistré en novembre dernier en Allemagne dans un esprit live. A ses côtés, on retrouve la Française Léa Worms (Gaëlle Buswel, Nina Attal) à l’orgue et au piano. L’excellent duo qu’elle forme avec LAURA CHAVEZ montre une réelle connexion entre les deux musiciennes, parfaitement soutenues par Tomex Germann (basse), Marty Dodson et Denis Palatin (batterie) et Antonio Econom aux percussions. Un disque haut en couleurs, riche en atmosphères, profond et porté par des virtuoses. Une pépite !
Les concerts ont toujours été des moments privilégiés pour le musicien anglais, l’endroit sans doute où il s’exprime le mieux. D’ailleurs, il suffit d’entendre la réaction du public sur ce splendide « One Moment In Time – Live In The USA » pour se rendre compte de sa faculté à partager sa musique et à communier autant avec son groupe qu’avec les spectateurs. ROBIN TROWER fait partie de ses bluesmen qui respirent chacune des notes jouées, et que ses musiciens accompagnent avec une écoute très attentive et surtout un groove qui sublime ce guitariste et chanteur hors-norme.
ROBIN TROWER
« One Moment In Time – Live In The USA »
(Artone/Provogue)
L’icône du Blues Rock britannique nous propose cette fois une traversée de l’Atlantique pour de nouvelles versions live de ses plus emblématiques morceaux, avec même quelques surprises à la clef. Certes, ROBIN TROWER dispose d’un tel répertoire qu’on sait par avance que le résultat sera enthousiasmant et passionné, et qu’importe que ses titres nous reviennent en mémoire en quelques instants, les entendre sur scène prend une tout autre dimension. L’homme y est dans son jardin, une zone de confort rendue possible possible grâce à des fans toujours aussi fidèles.
Le plus étonnant chez ce guitar-hero du Blues est sa faculté toute naturelle à nous faire oublier son âge et plus de six décennies d’une carrière exemplaire. Il a l’émotion, la dextérité et le plaisir toujours aussi exaltés. S’il se bonifie sur certains aspects, ROBIN TROWER a surtout ce don de ne jamais présenter la même chose. Et même si des chansons comme « Too Rolling Stoned », « Somebody Calling » ou « Day Of The Eagle » font toujours leurs petits effets, que dire des perles que sont encore et toujours « Bridge Of Sighs » ou « Rie Up Like The Sun ». Le temps s’arrête.
Capté à The Music Box At The Borgata à Atlantic City, New Jersey, le 14 juin dernier et au Tupelo Music Hall de Derry, New Hampshire, dix jours plus tard, ROBIN TROWER a déclaré de pas reconnaître ses lieux où il s’est pourtant produit avec Procol Harum, sa légendaire formation, tant l’Amérique a changé. Pour autant, la grâce dont il a fait preuve ses deux soirs-là reste un moment suspendu de sa tournée, qui célébrait l’album « Come And Find Me ». Entre passé et présent, le virtuose se meut dans des compositions qui traversent les époques en toute liberté.
Photo : Blackham Images
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Concocté par le très prolifique JOE BONAMASSA, « BB King’s Blues Summit 100 » ne pouvait qu’être qu’irréprochable, varié et inspiré. Et il l’est ! Peut-être que les puristes et les fans les plus assidus de la légende le trouveront pompeux à quelques égards, même s’il rassemble des incontournables de BB King. Ne soufrant qu’aucune prestation moyenne, ces 32 reprises rappellent l’importance et l’héritage laissé au monde du Blues par l’un de ses plus éminents acteurs. Un opus surtout destiné à qui accepterait une vision nouvelle d’une carrière exceptionnelle.
JOE BONAMASSA
« B.B. King’s Blues Summit 100 »
(KTBA Records)
Mentor et à la fois modèle, et même si son jeu est assez éloigné du sien, JOE BONAMASSA a toujours voué beaucoup de respect et d’admiration pour le grand BB King. Celui qui l’a côtoyé pendant plus de 25 ans, et pour qui il a ouvert un concert alors qu’il était tout juste âgé de 12 ans, lui rend ici un hommage digne de ce nom à l’occasion de son centième anniversaire. Pour se faire, l’homme au costume a vu les choses en grand avec un casting cinq étoiles et pas moins de 32 morceaux repris avec énormément de talent et de sincérité par des musiciens tous très impliqués.
Bien sûr, choisir 32 chansons dans le vaste répertoire du bluesman aux 16 Grammy Awards n’est pas chose aisée. Mais s’il manque quelques classiques à l’appel, « BB King’s Blues Summit 100 » regorge de pépites et elles sont toutes très représentatives de l’empreinte laissée par le maître du Mississippi sur le Blues en général. Mais surtout, ce double-album montre à quel point il a su traverser et transcender les générations, qui se le sont finalement appropriées de manière très personnelle et avec un regard neuf et différent sur son œuvre, et ce malgré des sphères opposées.
Ce colossal projet est enregistré et produit par JOE BONAMASSA et son complice Josh Smith, qui l’ont réalisé l’ensemble lors de sessions mensuelles en studio. Dans ce line-up de rêve figurent les légitimes Eric Clapton, Buddy Guy et Bobby Rush, d’autres faisant partie du cercle proche de l’instigateur comme Christone ‘Kingfish’ Ingram, Marcus King ou Joanne Shaw Taylor. Et puis, Susan Tedeshi & Derek Trucks, Larkin Poe, Jimmie Vaughan, Keb’ Mo’, Kenny Wayne Shepherd, Dion, Eric Gales, Warren Hayes et bien d’autres apportent leur contribution à ce bel hommage. Un must !
Retrouvez les chroniques des derniers albums de JOE BONAMASSA :
A l’inverse du fameux G3, auquel d’ailleurs Patrick Rondat a participé, GUITAR NIGHT PROJECT se veut plus comme une formation où chacun s’immisce dans les morceaux de l’autre, et parfois même tous ensemble. Loin aussi d’être une simple jam, le concept mélange avec beaucoup de cohérence des mondes musicaux différents, éclaté entre le Blues, le Hard Rock et le Prog Metal. Ainsi, Pat O’May et Fred Chapellier complètent ce beau line-up et « Live Access » est de ces albums live qui nous font revivre une soirée, où la guitare est à l’honneur pour le bonheur des spécialistes comme des amateurs amoureux de belles six-cordes.
GUITAR NIGHT PROJECT
« Live Access »
(Verycords)
Quand trois de nos plus fins limiers décident de s’accorder sur un même projet et qu’ils le font dans un esprit de partage et d’amitié, il ne peut qu’en ressortir un résultat à la hauteur des attentes. D’ailleurs, GUITAR NIGHT PROJECT a déjà écumé quelques scènes et c’est justement l’une de ce soirées que le trio propose avec « Live Access ». Sans tirer la corde à soi, ni en se noyant dans des démonstrations techniques, Patrick Rondat, Pat O’May et Fred Chapellier se sont entendus sur une setlist originale autour de leurs propres compositions et de quelques belles reprises.
Au-delà des affinités de nos trois virtuoses, c’est aussi intéressant de voir à l’œuvre leur complicité, alors qu’ils viennent a priori d’horizons musicaux différents. Et le constat est simple, rapide et sans appel, il règne une réelle osmose entre eux. Et forcément, avec des instrumentistes de ce calibre, « Live Access » est surtout constitué de morceaux instrumentaux, à l’exception de « Break Out », « It Never Comes Easy », « Far From Her Land » et « Over The Hills And Far Away », extraits des répertoires de Pat O’May et de Fred Chapellier et avec le concours de Patrick Rondat, bien sûr.
Et si leurs univers respectifs semblent assez éloignés, le Blues Rock de Fred Chapellier fait cause commune avec le Hard Rock celtisant de Pat O’May et l’aspect plus atmosphérique, progressif, Metal et shred de Patrick Rondat. D’ailleurs, GUITAR NIGHT PROJECT s’ouvre avec l’emblématique « Mindscape » de ce dernier. En trio, duo ou seul aux commandes, le line-up évolue tout au long du disque et garde cependant une belle unité. A noter les deux phénoménaux hommages à Gary Moore (« Gary’s Gone ») et Alan Stivell (« Alan The Brave »), Un crossover de grande classe !
Retrouvez l’interview de Patrick Rondat à l’occasion de son dernier album, « Escape From Shadows »…
Après avoir évoqué son actualité encore brûlante avec la sortie du coffret « A L’Ouest », comprenant la réédition des albums « Face A » et « Face B » et augmenté d’un DVD live enregistré en 2011, le guitariste et chanteur revient cette fois plus largement sur sa carrière. L’occasion aussi de l’interroger sur son regard sur la scène française, l’industrie musicale plus largement, le Blues d’aujourd’hui et plus concrètement les émotions que ce soit de véhiculer et de diffuser la musique, selon lui. Entier et authentique, PAUL PERSONNE se livre sans détour dans cette seconde partie d’une interview riche en enseignements.
– En 2007, il y a aussi eu « Amicalement Blues » avec Hubert-Félix Thiefaine, qui était la rencontre entre vos deux univers et qui avait débouché sur un très bel album. Est-ce que tu serais, aujourd’hui, tenté par une nouvelle expérience de ce type et avec quel artiste penses-tu que cela serait possible ?
Je ne saurais du tout te dire. Tu sais, ma vie est faire de rencontres, de hasards, d’occasions… Comme je ne prémédite rien , je ne me suis jamais dit que j’allais faire telle ou telle chose. Ça s’est passé comme ça avec Higelin qui m’avait fait écouter les mises à plat de son album « Illicite » (1991 – NDR), et dont il n’était pas très content. Je lui avais dit qu’on pouvait faire mieux et je me suis retrouvé en studio à faire le mix. Je ne m’y attendais absolument pas ! Pareil pour Johnny qui m’appelle pour faire le Parc des Princes avec lui. Ce sont vraiment les circonstances et c’est exactement ce qui s’est passé avec Hubert-Félix. C’est parti d’une opportunité par rapport à l’album Blues de Johnny. J’avais des musiques, Hubert avait des textes et on s’est retrouvé à faire des trucs ensemble. On a proposé et ça n’a jamais été accepté. Mais pour moi, Johnny n’a jamais entendu les titres qu’on proposait, parce que je pense qu’il y avait quelques chansons qu’il aurait vraiment aimé. Du coup, Hubert-Félix m’a proposé de faire notre propre album Blues. On avait l’énergie, on a bien rigolé, c’était super et on a même fait quelques concerts. Pour revenir à ta question, je ne vois vraiment pas sur qui je pourrais me projeter. Ça ne peut être que le hasard qui m’amènerait à refaire quelque chose comme ça. Il faudrait que cela naisse d’une circonstance pour repartir sur une future aventure.
– C’est une question de génération, ou pas ?
Non, je ne pense pas. C’est vrai qu’avec Hubert-Félix, il y a eu connexion. On était un peu deux animaux sauvages du show business, un peu marginaux dans ce milieu. Et puis, on se connaissait déjà, on avait des atomes crochus et on avait déjà passé de bons moments ensemble. On s’était mutuellement invités sur nos albums. Pourtant, nous sommes complètement opposés dans nos personnalités, lui étant plus extraverti et moi plus introverti. Et c’est ce mélange qui était plutôt sympa et qui a donné cette rencontre vachement positive. Mais pour les générations, je ne crois pas, car j’ai toujours été quelqu’un de très ouvert. J’ai toujours écouté beaucoup de choses. En fait, ça me touche ou pas, ce qui ne veut pas dire que c’est bien ou pas. (Sourires) Je marche à l’émotion et il y a des trucs qui ne me parle pas. A partir du moment où c’est de la musique préfabriquée, ou que ça manque de sincérité, je dois inconsciemment le sentir et je n’accroche pas. Tous les trucs conçus pour telle ou telle case, tel ou tel public… Et puis, il y a l’IA qui déboule et qui commence à rafler la mise un peu partout avec des choses sans émotion et auxquelles certaines personnes commencent à adhérer. On joue sur les sentiments des gens avec des choses préfabriqués. On met à tempo à 120 BPM, comme le faisait d’ailleurs le Disco, ensuite on regarde la suite d’accords qui touche les gens. Après, on cherche les mots qui vont bien. Alors, c’est quoi ? Des histoires d’amour, de rencontres ou de ruptures. C’est hyper-machiavélique. Puis, on regarde ce qui plaît au niveau des voix. Il y a Taylor Swift qui marche fort et les gens aiment bien Aretha Franklin aussi, alors on va essayer de trouver quelque chose qui fait l’amalgame. Et les mecs te composent un truc complètement virtuel et qui peut normalement toucher les gens. Et apparemment, il y en a qui craquent là-dessus. Après, il y a des personnes qui s’en foutent plein les fouilles sur les plateformes et les trucs comme ça. Et à côté de ça, tu as de ceux qui crèvent la dalle, parce qu’aujourd’hui la vie de musiciens et d’auteur-compositeur est devenue très, très compliquée.
– Tu as lâché le mot quand tu parles de produit. C’est exactement ça, on n’est même plus dans la musique avec tout ce qu’il peut y avoir de feeling et d’émotion… On est dans le marketing pur et dur !
Oui, oui. Au départ, la musique est un état émotionnel. Tu as quelqu’un qui vient te raconter une histoire qui te donne envie de chialer, ou de rigoler, ou de danser ou juste de te sentir vivant, quoi. Là maintenant, on est dans une ère où les robots déboulent doucement, mais sûrement. On est dans un moment qui se déshumanise de plus en plus, y compris les gens vis-à-vis des autres. C’est vachement dur de trouver de l’empathie. Il y a beaucoup de grandes gueules, beaucoup de haine, de choses comme ça. Heureusement, il en reste encore, mais à petit niveau. On le découvre parfois dans des petites structures, des associations, dans les relations de tous les jours avec un commerçant ou autre, par exemple. Heureusement que ça existe encore, mais ça devient de plus en plus dur. J’espère que l’être humain, qui se sort toujours de situations très dramatiques, va à un moment donné parvenir à renverser la situation, que ce soit au niveau climatique qu’à celui de la déshumanisation aussi. Parce que sinon, on sait où on va, quoi… ! (Rires)
– Cela fait maintenant six ans que tu n’as pas sorti de nouvelles compositions. Est-ce que tu y travailles, ou comptes-tu plutôt faire revivre une nouvelle fois « Face A » et « Face B » sur scène ? Ou les deux peut-être ?
En fait, « Face A » et « Face B » sont juste une parenthèse, ce qui ne m’empêchera pas un jour de rejouer une ou deux chansons avec un autre groupe. Elles font partie de mon répertoire. Avant de partir en tournée, je regarde toujours ce que j’ai fait sur la précédente pour savoir ce que je pourrais ressortir des cartons. Il y a des titres que je joue dans toutes les tournées évidemment et qui sont un peu mes cartes de visite. Les gens aiment bien les entendre et j’aime aussi les jouer. Mais il y a des moments où je ressors des vieux morceaux, qui font partie de moi et qui sont un bout de ma vie. Donc, je peux très bien rejouer l’une de ses chansons sur scène. Pour le moment, j’ai quelques idées, des bouts de zique à droite, des mots à gauche et j’attends. Je laisse mûrir comme une période de jachère en quelque sorte. Même si le temps passe, ce n’est pas pour ça que je vais me précipiter pour sortir quelque chose et imposer un album aux gens, si ce n’est pas un besoin et un plaisir de le faire. Quand je commence à sentir que les mots viennent s’imbriquer sur des bouts de musique, que j’ai sur des dictaphones ou des calepins, je vois si ça marche bien et si ça commence à devenir une chanson. Là, je me dis que ça commence à sentir bon la rentrée en studio. Ce sont des petites choses comme ça, je laisse faire un peu la vie. J’attends que ça me porte… (Sourires)
– Tu es l’un des pionniers et des piliers du Blues français à chanter également dans ta langue. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur la scène hexagonale, qui se porte de mieux en mieux ? Y a-t-il des groupes ou des artistes qui t’ont littéralement bluffé ces derniers temps ?
Oui, c’est vrai. Mais ce qui se passe en ce moment et que j’expliquais tout à l’heure à propos des revenus de droits d’auteurs, beaucoup d’artistes s’en sortent grâce au live, qui se porte bien. Et heureusement, même si certains concerts sont très, très chers. Mais en gros, les gens peuvent tourner à des échelles différentes, que ce soit dans un bar, dans un petit théâtre, dans des salles un peu plus grandes ou des festivals. Chaque été, il y a une liste incroyable de festivals. C’est vrai que la scène se porte bien et des tas de musiciens peuvent jouer. Après, j’entends des choses qui me plaisent et d’autres moins. Je ne suis pas du tout blasé, car il y a des choses qui m’émoustillent encore et ça me rassure d’ailleurs ! (Rires) Et en même temps, j’ai entendu tellement, tellement de trucs qui m’ont nourri toute ma vie depuis mon adolescence. J’étais véritablement une éponge. Parfois, j’écoute des choses intéressantes, mais que je connais déjà finalement. Certains parfums reviennent. Il y a de bons grooves, de belles mélodies, des choses intéressantes dans les textes, mais je ne suis pas étonné. Ça ne me scotche pas comme quelque chose que je n’aurais jamais entendu. Et ce n’est vraiment pas grave, car mon avis n’a aucune importance ! (Rires) C’est vrai que la scène française se porte bien, car elle s’est enfin décomplexée de cet ascendant et de cette hégémonie anglo-saxons. Elle a fini par trouver son truc, elle a aussi trouvé son public et je trouve ça positif. Ça me plaît que la France existe à travers des musiciens qui ont de la personnalité sans avoir toujours recours aux ficelles américaines ou autres.
– Justement, il y a finalement assez peu de groupes qui chantent en français dans le domaine du Blues. Qu’en penses-tu ? C’est de la frilosité, une question de génération aussi peut-être, ou une priorité qui n’est sans doute plus mise sur les textes finalement ?
C’est parce que c’est compliqué en raison de cette fameuse langue anglaise qui sonne si bien. Pour ceux qui ont été élevé avec cette musique-là, ça sonne, quoi ! L’anglais est une langue plus courte et plus concentrée et elle swingue peu importe ce que tu écoutes. Elle arrive à dire plein de choses avec peu de mots. Le français est une langue poétique, littéraire et que beaucoup de gens admirent, car c’est une belle langue. Bob Dylan est fan de Rimbaud et Baudelaire, tu vois. Mais c’est compliqué à partir du moment où tu fais de la musique. Il y a des gens, dès qu’ils chantent en anglais, ça va sonner, ils vont trouver leur truc. Et dès qu’ils vont chanter en français, ça va sonner variété ou ce genre de choses ! (Sourires). Donc, c’est un exercice de style vachement compliqué. Chanter en anglais, c’est la facilité ou c’est se dire qu’on s’en fout, qu’on ne veut pas uniquement jouer en France, mais aussi s’exporter. On est ouvert sur le monde, donc on veut aller jouer en Allemagne, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Australie, … Alors, il vaut mieux une langue internationale comme l’anglais. Après, pour les groupes français, il peut y avoir un décalage entre ce que tu vas dire entre les morceaux et ce que tu vas chanter, où les gens ne comprendront peut-être pas. Moi, je me suis dit que c’était un peu nul de chanter en anglais devant des Français. C’est à partir du moment où j’ai compris ce décalage que j’ai chanté en français. Et puis, j’ai aussi compris l’importance du poids des mots en écoutant des gens comme Claude Nougaro, Léo Ferré, Jacques Higelin, Eddy Mitchell, Johnny, Téléphone ou Trust. Voilà, le poids des mots ! Je pense que si les gens ont craqué pour Trust, par exemple, c’est pour la voix de Bernie aussi sur « Antisocial » notamment. Des groupes de Hard Rock en anglais, il y en avait à l’époque, mais des Frenchies, il n’y en avait pas ! Je pense que l’émotion vient des deux : la musique et la langue. Maintenant, c’est vrai que ça sonne bien en anglais et écrire en français demande un super effort. Il faut faire swinguer les mots. Et je pense aussi que les gens sont nettement plus touchés quand ça leur parle directement et qu’ils comprennent les textes. C’est ce qu’ils me disent en tout cas. Et le Blues permet beaucoup de choses aussi dans la forme. Il y a une très grande liberté.
– Et il y a aussi et surtout quelque chose que tu as, toi, c’est une voix…
C’est gentil de me dire ça, mais je ne l’ai jamais vraiment aimé, je l’ai toujours détesté. C’est vrai que parfois je chante des mots et ça se pose bien. Peut-être qu’avec quelqu’un qui aurait une voix plus belle ou plus claire, ça pourrait tomber à plat. Ma voix est un bon transporteur par rapport à ce que j’ai envie de véhiculer. C’est un drôle de truc finalement. C’est assez difficile à expliquer car, à une époque, les gens ont craqué sur la voix éraillée de Ray Charles. Ensuite en Angleterre, il y a eu le jeune Steve Winwood avec cette même influence, puis Joe Cocker avec sa voix complètement cassée. C’est pareil pour Bob Marley, qui a une identité vocale très forte. Et tous ne peuvent rien y faire. Finalement, les gens aiment ou détestent ces sonorités, ces tons et ça, on n’y peut rien.
– Enfin, on voit émerger des musiciens comme Markus King, Larkin Poe, Christone ‘Kingfish’ Ingram, Samantha Fish, Eddie 9V et d’autres aux côtés d’ailleurs de gens comme Joe Bonamassa, Kenny Wayne Shepherd, Beth Hart ou Ana Popovic pour n’en citer que quelques uns. Est-ce que tu penses que le Blues a changé de visage ces dernières années ?
Avec tous les noms que tu cites, ce qui a surtout changé, selon moi, c’est la technique et la technicité. Ils sont tous vachement dans la virtuosité. Cette musique, au départ, est simple, sensuelle, sexy et pas spécialement virtuose. Ce sont surtout des états d’âme. Quand tu écoutes John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins ou même Robert Johnson, qui étaient peut-être des virtuoses à leur époque, c’est quand même de la musique simple. C’est le Blues anglais avec Eric Clapton qui a déclenché les hostilités avec ce putain de son qu’il avait ! Il a scotché tout le monde ! (Rires). Et ensuite avec Peter Green et Mick Taylor aussi, le trio infernal ! Et aux Etats-Unis, il y avait BB King, Freddie King et Albert King, l’autre trio infernal et beaucoup d’autres encore ! Et au bout d’un moment, on ne peut pas empêcher les gens d’évoluer, Et aujourd’hui, on a des guitaristes qui jouent fabuleusement bien, qui se baladent entre le Blues et le Jazz avec des gammes et des modes particuliers où ils mélangent tout. Ça joue super bien, je regarde ça en me disant que je ne jouerai jamais comme ça et ce n’est pas grave ! Ce n’est pas le Graal de ma vie, (Sourires) Je reste très sensible au Allman Brothers Band où il n’y avait pas une énorme virtuosité, c’était vachement bien et ça ne cavalait pas tout le long du manche en permanence. Aujourd’hui, je reconnais bien sûr la grande technique d’une certaine nouvelle génération, mais ça ne me touche pas des masses. Les mecs s’éclatent, c’est super et je respecte, mais il y a du déjà-vu et du déjà-entendu qui est poussé à l’extrême. Il n’y a aucun problème, mais ce n’est pas mon chemin, car mes influences sont sans doute plus vastes aussi. Je tourne un peu toujours autour des mêmes accords, Je suis un mec bluesy, je fais de la musique bluesy, mais je ne fais pas forcément du Blues. Je connais ce qui se fait aujourd’hui. Je leur tire mon chapeau, mais ce n’est pas forcément des choses qui me touchent. Ils jouent super bien, mais voilà, quoi… (Sourires)
Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.
Habile jongleur de mots et guitariste d’une grande finesse, PAUL PERSONNE livre ses notes délicatement bleutées depuis quelques décennies maintenant au point d’être devenu une figure incontournable du Blues à la française. Car, malgré une vaste culture musicale, c’est ce style qu’il a choisi, et qui lui va si bien, qu’il enrobe d’un Rock sincère. Près de 15 ans après leur sortie avec le groupe A L’Ouest, le musicien ressort les albums « Face A » et « Face B », accompagnés d’un DVD live capté en décembre 2011 à ‘La Traverse’, emblématique salle située à Cléon en Normandie. L’occasion de revenir avec lui sur ses deux opus, leur histoire et plus largement sur sa carrière et sa vision de la musique. Une interview fleuve, dont voici la première partie…
– Avant de parler de ce beau coffret, j’aimerais que l’on revienne sur les disques originaux. Dans quel état d’esprit étais-tu à l’époque, car je crois que c’est le nombre de morceaux qui t’a poussé à sortir d’abord la « Face A » et ensuite la « Face B » dans la foulée ?
Oui, c’est toute une histoire et c’était même un peu improvisé à l’époque. On avait monté tout ça avec le groupe A L’Ouest. On se connaissait depuis pas mal de temps, on tapait souvent le bœuf jusqu’au jour où je leur ai proposé de faire nos propres morceaux dans un style entre Rock et Blues. Il y avait une chouette complicité entre nous, c’était rigolo et on se marrait bien. Ils étaient jeunes, mais il se passait vraiment quelque chose. Et au moment où il y a eu le projet de sortie d’album, on partait surtout sur un EP, car nous n’avions pas assez de titres. Or, j’en avais d’autres sur le feu et le label nous a suivis en nous laissant le temps de compléter le tout. C’est de là qu’est venue l’idée de « Face A » et « Face B ». On a donc finalisé ce premier disque et ensuite, on s’est mis sur le second pendant que le premier sortait. C’était assez marrant. J’avais déjà fait ce genre d’expérience avec « Demain, il F’ra Beau » et « Coup d’Blues », qui étaient sortis à six mois d’intervalle. Ces deux albums étaient différents l’un de l’autre, et là je retombais un peu dans le même principe et c’était amusant. Donc, on a sorti le premier et le second six mois plus tard environ, juste au moment du début de la tournée.
– D’ailleurs, pourquoi n’as-tu pas opté tout de suite pour un double-album, quitte à attendre un peu ? Tu avais déjà distingué deux atmosphères différentes en faisant la tracklist, voire au moment de la composition ?
Non, il n’y avait pas de distinction ou d’orientation musicale différente. C’était fait dans le même moule, dans la continuité. L’idée de sortir « Face A » d’abord était de nous laisser du temps, sinon il aurait fallu attendre six mois de plus où il ne se passerait rien. C’est à ce moment que j’ai rencontré Gérard Drouot, qui m’a proposé de faire un Olympia et de commencer à avoir des concerts. On est donc parti sur la route et dès qu’on rentrait à la maison, on finissait « Face B ». Et puis, c’était intéressant car, après avoir enregistré dans des super studios avec des musiciens américains, etc., on se retrouvait dans un petit local, comme des mômes, en conditions live et artisanales. Et la situation me plaisait beaucoup ! On faisait les choses dans notre coin, et c’est quelque chose que j’ai toujours aimé aussi de toutes manières. On ne se posait pas de questions comme savoir si ça allait plaire aux gens, ou pas. Comme je dis souvent, je propose et les gens disposent. Je ne m’intéresse pas à l’aspect commercial de la musique. On s’est vraiment fait plaisir, on a vraiment passé du bon temps et il s’en est suivi une super tournée.
– Aujourd’hui sort donc ce coffret, « A L’Ouest » avec en bonus cette vidéo issue des captations des deux concerts enregistrés les 3 et 4 décembre 2011 à ‘La Traverse’ en Normandie. C’est vrai que les deux albums studio sont aujourd’hui indisponibles, mais pourquoi ces deux dates ? Ont-elles été un point culminant de cette tournée pour toi ?
Au contraire, c’était le début de la tournée, L’aventure A L’Ouest s’est terminée en 2015 par un enregistrement au Stéréolux à Nantes et qui est ensuite sorti sous le titre « Electric Rendez-Vous ». Là, nous étions en fin de tournée et je suis ensuite parti sur autre chose. A ce moment-là, à ‘La Traverse’, nous sommes au tout début, les albums venaient tout juste de sortir. Tout à l’heure, tu parlais de fraîcheur et de spontanéité et il y avait vraiment de ça. Et je le ressentais pleinement. Alors, comme on restait deux jours à Cléon, je me suis dit que ça valait le coup d’enregistrer quelque chose. Plus pour conserver un souvenir, pas à des fins commerciales. L’idée était de garder une trace de cette époque. Et depuis, en fin de compte, ça restait dans des cartons. Dès le moment où il a été question de rééditer les deux albums, je me suis dit que ce serait sympa de le faire avec un petit bonus. J’ai rappelé ceux qui avait enregistré la captation et avec le bassiste Nicolas Bellanger, on a mixé l’audio. J’ai sélectionné 13 chansons, qu’on ne retrouvait pas ailleurs et on a fait un montage. Ça fait un souvenir sympa d’un chouette moment, où on s’est vraiment amusé ! (Sourires) Il y a des moments assez inattendus avec des improvisations aussi. Et ça reste un beau témoignage de cette époque.
– Aujourd’hui, la vidéo a pris beaucoup d’importance dans la communication des artistes. Est-ce que c’est aussi ça qui t’y a poussé, car tu aurais tout aussi pu sortir un album live plus classique ?
Oui, bien sûr, mais je l’avais déjà beaucoup fait par le passé. Cette fois, ça ne me disait pas grand-chose de sortir un album live. Ça m’intéressait surtout de ressortir les albums studio. Ils ont un certain charme, car ils ont été faits très spontanément et je les ai finalement composés assez vite aussi. Dès l’idée de « Face B », entre les concerts, il fallait se mettre au boulot sur les textes, finir certaines parties, penser aux arrangements, … Il y avait une super énergie à ce moment-là. Et il y a une sorte de fil conducteur, on faisait vraiment ce qui nous passait par la tête comme tous ces petits bruits que l’on retrouve sur les disques. Je ne veux pas parler de concept album, mais il y a un petit côté comme ça avec une chouette ambiance sur les deux albums. C’est pour ça que je trouvais dommage que ces disques restent inconnus, un peu dans l’ombre. Alors quand le label m’a proposé une réédition, j’ai vraiment trouvé l’idée cool, car il y a beaucoup de gens qui ne les connaissent pas.
– D’ailleurs, est-ce que tu as remasterisé les deux albums, ou est-ce qu’ils ressortent dans leur version originale ?
Oui, j’ai tenté une remasterisation. L’idée était de repartir des mixes de base, alors on a fait ce qu’on pouvait faire. Je voulais essayer d’améliorer un petit truc. Le mastering de base était bien, et si cela ressortait comme ça, ça ne me dérangeait pas, non plus. Mais j’ai voulu donner un petit coup de boost et voir si on pouvait améliorer l’histoire. On a gagné un petit truc, qui est pas mal, je pense. Et le mastering du DVD a été fait dans le même esprit et c’est vachement bien. C’était juste histoire de redonner un petit coup de peinture là-dessus, tu vois… (Rires)
– Ton dernier album date de 2019, « Funambule (ou tentative de survie en milieu hostile) » et il a été suivi d’une tournée stoppée net par le Covid. Comment as-tu vécu ce break forcé, d’autant que les salles affichaient complet ?
Ça a été vachement dur, car j’avais monté une équipe de chouettes musiciens. On se marrait bien, la tournée était lancée et comme tu le dis les salles étaient pleines. Comme à chaque fois, cela me surprenait et me faisait très plaisir, parce que je ne suis pas un mec médiatisé. Je ne vais pas sur les plateaux de télé ou dans les talk-shows. Et cela me va très bien comme ça, car j’ai toujours vécu ma vie de musicien comme un artisan. Je n’ai jamais cherché à faire des tubes, je n’ai jamais travaillé dans ce sens-là. Je fais la musique que j’ai envie, je propose des petites aventures aux gens avec des mots et des sensations et je finis par avoir une fidélité du public qui est géniale. Et au début de cette tournée, qui se passait super bien, arrive le Covid, qui a fait du mal à beaucoup de gens. C’est une horreur mondiale que nous avions vécu. C’était très dur. L’avantage que j’ai eu par rapport à cette tournée, c’est qu’elle n’a pas été annulée, mais reportée. En dehors d’un ou deux concerts, j’ai pu refaire la plupart des dates courant 2020/2021 et cela m’a amené jusqu’à l’Olympia en 2022, le jour de la Saint-Valentin. (Sourires) Mais j’ai quand même pu continuer la tournée avec la même équipe, les mêmes musiciens et le public qui a été fidèle au poste. Donc ça, c’est cool ! (Sourires)
– Est-ce à ce moment-là qu’a germé l’idée des deux volumes de « Dédicaces (My Spéciales Personnelles Covers) », sortis en 2023 ? Et est-ce parce la pandémie ne te permettait pas de te projeter artistiquement que tu t’es lancé dans ce projet, ou c’est quelque chose que tu mûrissais déjà depuis un moment ?
Oui, c’est quelque chose à laquelle je pensais depuis longtemps. Ça fait partie des trucs qui me trottent dans la tête et que je ne mets jamais à jour. Ça remonte même aux années 90, où j’en avais parlé à Didier Varrod, mon directeur artistique chez Polydor, en lui disant que je voyais des Américains et d’autres faire pas mal de covers, et que j’aimerais bien réaliser un album de reprises de gens que j’aime bien et dans un vaste panel. J’avais déjà rencontré beaucoup d’artistes comme Johnny, Eddy Mitchell, Jacques Higelin, Manu Dibango et d’autres encore. L’idée était de leur faire un coup de chapeau, par rapport à tous ces moments que j’ai passé avec eux. Ensuite, l’idée est tombée aux oubliettes et je suis passé à autre chose. Peut-être qu’inconsciemment le Covid m’a mené à ça, en effet, avec aussi l’arrêt de la tournée. J’ai donc repris mon huit-pistes et je me suis amusé à jouer et à sélectionner des chansons. Le plus dur a été de choisir. Malgré les deux volumes, je n’ai pas pu tout mettre. Il y en a encore beaucoup d’autres que j’aurais pu reprendre. Il aurait presque fallu faire un troisième volume ! (Sourires) C’était vraiment un truc que j’avais au fond de moi et que je voulais faire…
A suivre…
Le coffret « A L’Ouest » de PAUL PERSONNE, avec les réédition de « Face A » et « Face B » et le DVD « Live A La Traverse » (2011), est disponible chez Verycords.
Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.
NICO CHONA
« Sometimes The Tears »
(Bozeman Records)
Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité.
Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.
Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.
Imprévisible et très créatif, THOMAS FRANK HOPPER ajoute un magnifique nouveau chapitre à son aventure musicale. Toujours entre Blues et Rock, « Wild Ones Never Die » montre que le Belge est capable d’aller encore plus loin dans un registre parfaitement maîtrisé, où son écriture est encore plus libre, son jeu de guitare sauvage et incisif et ses parties vocales très assurées. Entouré de quelques invités, il élargit encore un peu plus son univers et offre à cette nouvelle production un souffle rafraîchissant.
THOMAS FRANK HOPPER
« Wild Ones Never Die »
(Independant)
Après « Bloodstone » (2021) et surtout « Paradize City » (2023) qui l’a véritablement révélé et qui lui a probablement ouvert les portes du tremplin de l’European Blues Challenge à Memphis où il s’est hissé jusqu’en quart de finale l’an dernier, THOMAS FRANK HOPPER s’est désormais fait une belle place sur la scène Blues Rock de côté de l’Atlantique. Avec « Wild Ones Never Die », le chanteur et guitariste affirme encore un peu plus son style fait de multiples influences et de couleurs artistiques, qui le rendent aujourd’hui très identifiable. Et son crossover entre Rock, Blues et d’autres teintes fait encore des merveilles.
Enregistré en moins de dix jours en Normandie, le musicien livre son album le plus abouti, celui de la maturité peut-être, diront certains. Le songwriting est affûté et inspiré, les structures des morceaux étonnantes et audacieuses et sa fameuse ‘lapboard’ jamais bien loin. Et si le chant de THOMAS FRANK HOPPER a gagné en assurance et en variation, il fait cette fois-ci un peu de place à des guests triés sur le volet et qui apportent un vrai supplément d’âme. Sans faire dans le clinquant, les combinaisons se font avec beaucoup de naturel et dans un feeling partagé et commun.
Du direct et envoûtant « Ready To Thrive » au plus délicat « Zippin Pippin », on pourrait citer tous les morceaux, tant ils diffusent des saveurs particulières. Accrocheur et bardé de refrains entêtants, de guitares flamboyantes et d’un groove irrésistible, « Wild Ones Never Die » se dévoile à chaque écoute (« Freak Show », « Six Feet Underground », « Jackie Brown », « Idiocracy »). Offrant une touche façon Eminem sur « Never Lonely » avec Jacob Miller, saisissant de vérité avec l’excellente chanteuse croate Vanja Sky sur « Wild Birds » et solaire sur « Open Road » avec Meri Lu Jacket à ses côtés, THOMAS FRANK HOPPER régale.
Photo : Loreta Mander
Retrouvez l’interview donné à l’occasion de la sortie de « Paradize City » et la chronique de l’album :