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Larkin Poe : étincelante sororité [Interview]

Présentes récemment à Paris pour présenter leur nouvel album, « Blood Harmony », Rebecca et Megan Lovell en ont profité pour annoncer quelques dates en France l’an prochain et surtout répondre à quelques questions. Avec ce brillant sixième opus, LARKIN POE se révèle d’une grande créativité et d’une interprétation remarquable. De quoi patienter tranquillement en attendant le retour du Southern Blues Rock des deux sœurs dans quelques mois. Entretien.

– Même si « Self Made Man » était très réussi, je trouve que ce sixième album vous fait vraiment franchir un nouveau cap. « Blood Harmony » montre l’affirmation de votre style. On parle souvent d’album de la maturité. Est-ce que celui-ci est le vôtre ?

Megan : Merci beaucoup, je pense que nous sommes allées encore plus loin sur cet album. On voulait vraiment marier un son très live avec celui du studio, qui est plus précis et travaillé. Sur nos albums précédents, nous avions presque tout fait toutes seules : la programmation de la batterie, les claviers, la basse et tout ce que nous jouons bien sûr sur scène. On a voulu ouvrir le processus et avoir tous ces instruments en live avec nous. Ca apporte beaucoup de fraîcheur et d’énergie au projet. Et puis, nous nous sommes beaucoup amusées !  

– Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que toutes ces vidéos que vous avez faites durant la pandémie vous ont apporté beaucoup de certitudes musicalement. Est-ce que le fait d’avoir joué toutes ces reprises et d’en avoir fait aussi l’album « Kindred Spirits » à recentrer votre jeu et votre manière de composer ?

Rebecca : Oui, bien sûr. Nous avons passé beaucoup de temps à jouer de la musique toutes les deux à ce moment-là. Je pense que nous avons appris beaucoup sur nous-mêmes et surtout sur notre façon de jouer ensemble. Nous avions vraiment fait ça dans un esprit d’équipe et c’est ce que nous avons voulu transposer sur « Blood Harmony ». Megan et moi avons passé beaucoup de temps à jouer ces nouveaux morceaux en acoustique avant d’entrer en studio. Après, il avait juste à faire les arrangements, les perfectionner et leur donner un son plus complet avec du volume

– Vous avez aussi quitté la Georgie pour Nashville. J’ai l’impression que cela a eu un impact sur votre musique. Avez-vous aussi le sentiment de vous être peut-être encore enrichi musicalement ?

Rebecca : En effet, nous sommes nées dans le Tennessee et nous avions grandi en Georgie. On écoutait beaucoup d’Americana et de Bluegrass, lorsqu’on jouait tous en famille. Je pense qu’aller Nashville nous a fait grandir musicalement et embrasser encore plus tous ces éléments que nous adorons.

– D’ailleurs, « Blood Harmony » a des sonorités beaucoup plus Southern qui se ressentent même dans ta façon de chanter, Rebecca. Est-ce qu’il présente le vrai LARKIN POE avec son côté plus roots ?

Rebecca : Oui, nous adorons le Sud et c’est vraiment là où nous sommes bien. Nous en prenons bien sûr les bons côtés. L’authenticité de cette musique nous touche vraiment au cœur. Beaucoup de chansons de « Blood Harmony » parlent de notre enfance, de la façon dont nous avons grandi et de l’impact que cela a eu sur nous. Le Tennessee et la Georgie représentent vraiment la musique que nous aimons et que nous avons en nous. C’est vraiment la musique du Sud. Mais nous aimons aussi beaucoup la Floride, la Louisiane, Le Mississippi et le Texas où il y a beaucoup de créativité. Nous essayons de mixer un peu toutes ces influences, qui sont finalement les fondations de la musique américaine. Sur cet album, nous avons voulu célébrer tous ces héritages musicaux qui sont en nous. 

– Un petit mot aussi sur la participation de Tyler (Bryant, mari de Rebecca – NDR) sur la production de l’album qui a d’ailleurs été réalisé dans votre home-studio. Sans parler de l’aspect familial, est-ce que cela a facilité certaines choses ?

Megan : A partir du moment où l’on a décidé d’avoir un vrai batteur sur l’album, il nous fallait pouvoir apporter un meilleur son. Durant la pandémie, Tyler a beaucoup travaillé sur le home-studio et aussi sur l’ingénierie et la production. Nous avons beaucoup travaillé ensemble sur le projet et nous nous sommes aussi beaucoup amusés. Et c’est vrai que cela a été beaucoup plus confortable aussi. Il a vraiment compris le style de musique que nous voulions créer. Etant lui-même un bluesman du Texas, il a saisi là d’où nous venions et où nous voulions aller musicalement. Et je le considère vraiment comme un frère, et nous avons passé de très, très moments ensemble.

– Et puis, les sorties de vos albums respectifs sont aussi très rapprochées. Ces derniers mois ont du être très intenses pour tout le monde. Chacun va partir en tournée de son côté, comment allez-vous gérer ça ?

Rebecca : Oui, cela va être un grand bouleversement ! Tout le monde est bien sûr super content de repartir sur la route et faire des concerts ! Pour nous, cette année va être un test grandeur nature, car nous serons parties en Europe, notamment, pour sept semaines. Il y aura les festivals européens cet été aussi, et ensuite ce sera au tour des Etats-Unis. Mais maintenant que nos albums sont sortis, nous avons un peu de temps pour préparer des shows fantastiques. Et en 2023, nous reprendrons la route.

– Revenons à l’album, car il y a une chose qui est de plus en plus prononcé, c’est votre complicité au niveau des guitares. En plus des voix, c’est une autre belle harmonie. C’est une partie que vous avez plus travaillé cette fois-ci ?

Megan : Merci beaucoup ! Les pièces du puzzle s’articulent autour des voix, de la guitare et de ma lap-steel. C’est notre façon de travailler depuis maintenant de longues années. Avec un instrument aussi particulier que la lap-steel, il faut vraiment que les voix soient au niveau. Nous prenons un soin tout particulier pour les placer, car il faut trouver l’équilibre parfait. La lap-steel prend beaucoup de place musicalement, car elle est très dense. C’est un processus très organique finalement et très naturel aussi. Nous travaillons en duo, donc nous devons être aussi proches que possible, et pas seulement à travers nos deux instruments.

– Bien sûr, maintenant, la lap-steel est devenue la signature de LARKIN POE et donne une chaleur très forte à votre Blues. Megan, as-tu parfois le sentiment d’être un peu l’ambassadrice de cet instrument que l’on connait assez peu, ici en Europe en tout cas ?

Megan : C’est vrai que j’aimerais beaucoup faire connaître encore plus la lap-steel à travers le monde, si je le peux, car c’est vraiment un instrument hors du commun. Je pense qu’on devrait en trouver beaucoup plus dans le Rock’n’Roll, car il fait partie intégrante du style. La plupart des guitaristes iconiques américains ont joué de la lap-steel, mais peu de gens s’en rendent compte finalement. Même sur les albums de Pink Floyd, il y en a ! La plupart des gens pensent que c’est un instrument qu’on entend uniquement dans la musique Country, alors qu’elle est présente dans beaucoup de musiques différentes, mais pas forcément dans le lead, c’est vrai. C’est très agréable d’en jouer, alors si je peux essayer de faire en sorte que cela se propage encore un peu plus, je n’hésiterai pas.

– Un petit mot aussi à propos de vos chansons, qui s’adaptent autant à l’acoustique qu’en version électrique. Dans quel registre êtes-vous les plus à l’aise et lequel vous définie le mieux, selon vous ?

Rebecca : Oh, je ne sais pas vraiment dans quel registre nous sommes meilleures. En fait, l’acoustique et l’électrique font partie de ce que nous sommes, elles font partie de nous. Nous avons joué beaucoup de Bluegrass, et c’est vrai que c’était uniquement en acoustique et nous adorons ça. Mais en marge, nous aimons aussi vraiment brancher nos instruments et joué beaucoup plus fort. Ce sont les deux faces d’une même pièce finalement.     

– Il y a  cinq ans, vous avez créé votre propre label, Tricki-Woo Records. Qu’est-ce que cette liberté vous apporte-t-elle aujourd’hui ? Les contraintes des maisons de disques sont trop lourdes, ou est-ce que c’est l’industrie musicale qui a beaucoup changé ?

Megan : Créer notre propre label a été une grande décision pour nous, une autre manière de nous ouvrir au monde. Nous l’avons fait en 2017 et, dans un premier temps, l’objectif était d’être totalement libres de faire ce que nous voulions et quand nous le voulions. Nous pouvons aussi prendre toutes les décisions à tous les niveaux. Et nous sommes aussi en direct avec le public, la connexion est totale. Ce que les gens entendent vient vraiment de nous. C’est plus facile et c’est l’une des principales raisons qui nous a poussées à le faire. Il n’y a pas de barrage entre nous, le public et notre musique. C’est essentiellement une question de connexion directe. 

– Enfin, est-ce que vous avez dans l’idée de développer le label en signant d’autres artistes, ou est-ce qu’il est uniquement destiné à LARKIN POE pour le moment ?

Rebecca : (Rires) Seul le ciel est notre limite ! Nous adorerions enregistrer et signer d’autres artistes et même dans des styles différents. Actuellement, nous avons suffisamment à faire avec LARKIN POE, mais rien n’est exclu ! (Rires) Signer de potentiels artistes n’est pas notre vrai travail, car cela demande d’autres compétences, mais les portes sont grandes ouvertes !

L’album de LARKIN POE, « Blood Harmony », est disponible chez Tricki-Woo Records.

Retrouvez les chroniques de leurs deux derniers albums :

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Blues Rock Southern Blues

Larkin Poe : southern touch

Ayant quitté leur Georgie natale pour Nashville, Tennessee, Megan et Rebecca Lovell se sont aussi imprégnées d’une couleur Country, qui colle à merveille à leur Blues Rock de plus en plus Southern. Et avec « Blood Harmony », les Américaines réussissent un tour de force remarquable en combinant des riffs costauds et de belles harmonies vocales avec une lap-steel aérienne et brûlante.

LARKIN POE

« Blood Harmony »

(Tricki-Woo Records)

2020 avait été une année chargée pour les sœurs Lovell avec la sortie du très bon « Self Made Man » et de leur album de reprises « Kindred Spirits ». Non contentes d’avoir retrouvé le chemin des concerts, Rebecca et Megan en profitent pour livrer un nouvel album où leur talent éclate plus que jamais au grand jour. LARKIN POE a pris en effet du volume, affiche beaucoup d’assurance et conforte une réelle identité musicale.

Chez certains groupes, le fameux ‘album de la maturité’ arrive plus ou moins rapidement. Ainsi,  « Blood Harmony » surgit un peu tardivement, puisqu’il est le sixième opus du duo et il est de loin le plus abouti et le plus inspiré. Kevin McGowan (batterie) et Tarka Layman (basse) offrent un groove constant aux compositions très féminines, sans être mielleuses, et surtout très Southern de LARKIN POE.

Enregistré dans le home-studio de Rebecca et Tyler Bryant (son mari et guitariste-chanteur de son groupe The Shakedown) et co-produit ensemble, « Blood Harmony » montre les sœurs au sommet de leur art avec un chant clair et puissant et la lap-steel de Megan plus chaleureuse et charmeuse que jamais. Entre Blues, Pop, Rock et des résonnances Country, LARKIN POE affiche enfin son appartenance sudiste (quel accent !).

Afin d’attiser l’engouement et de rassasier ses fans, le groupe a laissé s’échapper quatre singles ces dernières semaines et on peut dire que le choix a été plutôt judicieux et annonciateur de très bonnes choses (« Bad Spell, « Blood Harmony », « Georgia Off My Mind » et « Strike Gold »). Fiévreux, sensuel, touchant ou pied au plancher, LARKIN POE sait tout faire et le montre de la plus belle des manières. Addictif et exaltant !  

Photo : Jason Stoltz
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Southern Rock

The Commoners : le réconfort de l’âme

Avec « Find A Better Way », THE COMMONERS offre littéralement l’un des meilleurs albums de Southern Rock que la nouvelle génération ait composé depuis un bon moment. Les Canadiens apportent un vent de liberté et de fraîcheur inouï à la fois chaleureux, attachant et d’une grande richesse musicale. Le groupe montre ainsi la voie à suivre…

THE COMMONERS

« Find A better Way »

(Gypsy Soul Records)

Autant de ne pas éluder la question, THE COMMONERS apprécie beaucoup The Black Crowes et cela s’entend… beaucoup ! Passé cette évidence, les Canadiens ont du donc du goût et parviennent surtout à restituer cette influence majeure intelligemment sur ce très bon album. Le quatuor de l’Ontario livre un Southern Rock authentique, classieux et parfaitement interprété par des musiciens aguerris.

Remarquablement produit à Toronto par Ross Hayes Citrullo, le lead guitariste du groupe, « Find A Better Way » a bénéficié d’un soin tout particulier. Enregistrés de manière traditionnelle en faisant appel à des techniques plus modernes, les morceaux sont une superbe jonction entre un Rock Sudiste classique et la nouvelle génération. Et THE COMMONERS a enveloppé le tout de ses racines canadiennes.

Masterisé à Nashville par Peter Lyman (Tedeschi Trucks Band, Blackberry Smoke, Rival Sons), les titres rayonnent sous l’impulsion de la voix très Soul de Chris Medhurst, impérial. Accompagnée de chœurs envoutants et d’orgue enchanteur, la musique de THE COMMONERS est chargée d’émotion et de mélodies accrocheuses (« Fill My Cup », « Naturally », « I Won’t », « Hangin’ On Again », « Alive » et le morceau-titre). Une merveille !

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International Southern Rock

Robert Jon & The Wreck : la vérité du live [Interview]

Il y a des groupes qu’on ne se lasse jamais d’interviewer. C’est le cas avec ROBERT JON & THE WRECK, qui est présent sur le site depuis sa création. Véritable révélation du Southern Rock depuis quelques années, les Californiens sont littéralement en train de s’imposer et de très belle manière, preuve en est avec sa récente tournée en Europe très réussie. Et l’heure est aussi au changement pour les Américains, qui viennent de signer sur le label de Joe Bonamassa, KTBA Records, avec déjà un premier album attendu l’an prochain. L’occasion de la sortie de « Wreckage Vol.2 » était donc trop belle pour faire un petit point avec le chanteur et guitariste du quatuor, Robert Jon Burrison, sur l’avenir… et pas seulement.

– L’an dernier en chroniquant votre album « Shine A Light On Me Brother », je m’interrogeais sur le fait que vous n’étiez pas encore signés. Et comme je le pressentais un peu, c’est Joe Bonamassa et son label KTBA Records, qui vous ont accueilli. Comment la connexion s’est-elle établie ? Vous aviez déjà des contacts ?

Nous avons rencontré Joe et l’équipe de KTBA lors de la première croisière méditerranéenne ‘Keeping The Blues Alive’ en 2019. Depuis, nous sommes restés en contact et nous avons établi une très bonne relation avec toutes les personnes impliquées dans le label. Nous sommes aujourd’hui ravis pour l’avenir du groupe.

– « Wreckage Vol.2 » ouvre cette nouvelle collaboration et pourtant il ne s’agit pas tout à fait d’un véritable nouvel album. C’est une sorte de cadeau de bienvenu à KTBA Records, une manière de dire : « voilà, nous sommes là ! » ?

« Wreckage Vol.2 » est une collection d’enregistrements, qui comprend cinq nouvelles chansons, quatre autres réenregistrées et une reprise. C’était quelque chose qui était déjà en préparation. Alors maintenant que nous travaillons avec KTBA, nous avons décidé de donner la primeur de la sortie au label.

– A travers les diverses ambiances qui traversent l’album, on a le sentiment, quand on vous connait un peu, qu’il s’agit d’une sorte de carte de visite musicale. Est-ce que c’est comme ça que vous l’avez imaginé et conçu ?

Ce n’était pas notre idée initiale, mais j’aime bien cette façon de voir les choses. « Wreckage Vol. 2 » est une compilation de chansons enregistrées en studio et en concert, que nous avons rassemblées pour faire suite à notre précédent album « Wreckage Vol. 1 ». On avait un vrai désir de partager toutes ces morceaux, car ils n’avaient pas encore trouvé leur place sur disque.

Photo : Adam Kennedy

– Avant d’entrer dans le détail de l’album, le fil conducteur de « Wreckage Vol.2 » réside aussi dans le fait que tous les morceaux sont enregistrés en prises live ou en concert. Ça aussi, c’était important pour vous ? Restituer et montrer toute la spontanéité et le naturel du groupe ?

L’aspect live, que ce soit en studio ou en concert, est venu au fur et à mesure que les choses ont commencé à se faire et prendre forme et que notre musique a évolué aussi. Et nous avons pensé qu’il fallait garder cette idée sur tout le disque. Ça montre vraiment tous les aspects du groupe !

– D’ailleurs, l’album ouvre avec deux chansons enregistrées en juin dernier en Belgique. Pourquoi ce choix avec des enregistrements si récents ?

Ces deux chansons ont été enregistrées au début de l’année dernière. Et elles sont sorties juste avant notre tournée européenne, et nous avons juste décidé de mettre ces versions-là sur l’album pour rester dans cette thématique live.

– « Wreckage Vol.2 » se compose de plusieurs chapitres avec des enregistrements live en Belgique, puis des sessions au Shuffle Brother Studios, au Sunset Sound et enfin durant les DJE sessions en streaming lors de la pandémie. Le choix s’est-il basé sur ces différents moments de l’histoire du groupe ? Et est-ce que la chronologie a été importante pour l’ordre des morceaux ?

En fait, il n’y avait pas véritablement d’ordre chronologique, ni de plan pour faire vivre et alimenter une histoire de quelque manière que ce soit. Il s’agit simplement de chansons que nous avions enregistrées au cours de ces dernières années, que ce soit en studio ou en concert, et que nous voulions juste sortir sur disque.

– L’album est constitué de morceaux récents et d’autres plus anciens, et pourtant il y a beaucoup d’homogénéité et de complémentarité dans la set-list. On peut sentir l’évolution de vos compositions, malgré ces nouvelles versions et de nouveaux arrangements. Vous avez voulu faire une sorte de ‘lifting’ à vos chansons ?

En ce qui concerne certaines chansons plus anciennes, nous les avons réenregistrées en studio, mais en les jouant comme si nous étions sur scène. Forcément, c’est vrai qu’elles ont un peu bougé. Et nous espérons que ce soit dans le bon sens.

– On découvre aussi « Old Hotel Room » et « Dark Roses » dans des styles d’ailleurs assez différents. C’était important aussi d’inclure deux chansons inédites sur « Wreckage Vol.2 », et pas seulement de nouvelles versions de titres déjà connus ?

Oui, ces deux chansons ont été enregistrées et n’ont pourtant jamais trouvé leur place sur un disque ou un autre support. Je pense que c’était le bon moment de les inclure sur l’album, car je pense vraiment que ce sont de très bons morceaux.

– J’aimerais que vous nous disiez aussi un mot sur la reprise « The Weight » du groupe The Band, dont l’original date de 1968 et que vous livrez à travers un filtre très Southern, qui vous ressemble beaucoup. Pourquoi ce titre ? On aurait pu imaginer la reprise d’un classique de Southern Rock…

Nous l’avons enregistré comme ça, à la volée, de manière instantanée. C’est une vieille chanson qui était un incontournable à l’époque où l’on jouait dans les bars pendant trois heures. Alors, quand nous en avons eu l’occasion, nous avons décidé d’enregistrer notre version de cette chanson très populaire et incontournable pour de nombreux groupes. C’est d’ailleurs l’une des seules reprises que nous n’ayons jamais enregistrées.

– Il y a aussi deux très bonnes versions de « Cannonball » et « Witchcraft » avec des enchaînements de solos incroyables. Inévitablement, on pense au légendaire « Freebird » de Lynyrd Skynyrd. Est-ce qu’on peut dire que l’un ou l’autre représente le ‘morceaux signature’ de ROBERT JON & THE WRECK ?

Merci beaucoup. Ces deux morceaux ne sont jamais joués deux fois de la même manière, donc c’était aussi amusant de les capturer sous une nouvelle forme. Les deux titres sont des morceaux instrumentaux originaux que nous ne jouons plus beaucoup en live, mais que nous espérons très bientôt réintégrer à notre setlist.

– Vous avez passé beaucoup de temps en tournée, est-ce que le moment est venu pour vous de vous atteler à l’écriture de votre prochain album ? Vous avez d’ailleurs peut-être déjà commencé ?

Tu sais, nous écrivons tout le temps et nous avons même fait quelques allers-retours en studio très récemment. Nous avons beaucoup de nouveaux morceaux, oui, et ils vont sortir très bientôt ! Alors, soyez prêts !

– Pour rapidement revenir sur « Wreckage Vol.2 », puisque tout est enregistré en live et sur scène, est-ce qu’il représente, ou pourrait représenter, la setlist d’un de vos concerts ?

Je pense qu’il va falloir attendre encore un peu pour voir. Mais la plupart de ces chansons ont déjà fait leur chemin en concert, et il y a donc de fortes chances qu’elles y soient à nouveau.

– Enfin, ce prochain album sera aussi le premier totalement original pour KTBA Records. Comment se passe son enregistrement et sa production, car on sait que Joe Bonamassa et Josh Smith sont toujours très présents aux côtés des artistes du label ?

Nous sommes vraiment ravis de notre prochain album studio. Tout ce que je peux te dire à ce sujet pour le moment, c’est qu’il sortira l’année prochaine, si tout se passe comme prévu.

L’album de ROBERT JON & THE WRECK, « Wreckage Vol. 2 », sorti chez KTBA Records est disponible sur le site du label : https://shop.ktbarecords.com

Et retrouvez toutes les dates du groupe sur son site :

https://robertjonandthewreck.com/pages/tour

Retrouvez la première interview du groupe accordée à Rock’n Force en mars 2021 :

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Hard Rock Southern Rock Stoner Rock

Monster Truck : sur le pied de guerre

Ne prendre aucun risque peut garantir de la stabilité, un certain confort voire même prolonger une certaine dynamique, mais peut aussi mener à un cruel manque de créativité. Avec « Warriors », les Canadiens utilisent leur dernier joker. Leur hard Rock teinté de Stoner et de Southern est toujours aussi réjouissant et bastionne à tour de bras sur une production très actuelle, mais ne franchit pas le cap espéré. Un goût d’inachevé.

MONSTER TRUCK

« Warriors »

(BMG)

Si on ne change pas une équipe qui gagne, on peut tout de même s’essayer à quelques changements tactiques. Chez MONSTER TRUCK, le jeu reste identique, seul le line-up a évolué. Jon Harvey (basse, chant), Jeremy Widerman (guitare) et Brandon Bliss (claviers) sont désormais seuls à bord, suite au départ du batteur Steve Kiely. Pourtant « Warriors », à l’inverse du groupe, reste fédérateur et avance comme un seul home.

Entraînant et musclé, ce quatrième album s’écoute tout seul et les titres s’enchaînent pied au plancher. Aucun relâchement sur les dix morceaux et une efficacité qui force même le respect. Certes, MONSTER TRUCK va à l’essentiel, mais quelques variations dans son explosif et massif Hard Rock auraient été plus que bienvenues. Avec une setlist aussi resserrée, on a un peu le sentiment que le combo s’est contenté du service minimum.

La recette est bonne et reste très digeste, c’est vrai. Avec des refrains entêtants, les Canadiens dynamitent leurs titres sur des mélodies hyper-groovy et des riffs surpuissants (« Warriors », « Life Free », « Get My Things & Go »). MONSTER TRUCK fait même quelques clins d’œil à ses voisins de Nickelback (« Golden Woman ») avant de se montrer plus Southern (« Country Livin’ »). Le taff est bien fait … Seul manque juste un petit grain de folie.

Photo : James Heaslip
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Southern Blues

Jimmy Hall : le souffle du sud

Menant déjà une remarquable carrière avec son groupe Wet Willie, ainsi qu’en solo depuis 1980, JIMMY HALL vient poser une splendide pierre à son bel édifice. Avec « Ready Now » et une signature récente chez KTBA Records, le chanteur et harmoniciste américain semble presque prendre un nouveau départ, et ça lui va franchement bien.

JIMMY HALL

« Ready Now »

(KTBA Records)

Après un peu plus de deux ans d’existence, le label de Joe Bonamassa est déjà en phase de devenir incontournable dans le monde du Blues. Avec un tel catalogue, KTBA Records fait un démarrage en trombe et l’arrivée du légendaire JIMMY HALL vient conforter les ambitions de l’homme au costume, et surtout la qualité des artistes semble chaque fois élever un peu plus le niveau.

Pour son nouvel album depuis 2007 (« Build Your Own Fire »), le chanteur et harmoniciste du célèbre groupe de Southern Rock d’Alabama Wet Willie s’est entouré d’autres cadors du genre. Reese Wynans (claviers), Michael Rhodes (basse) et Greg Morrow (batterie) forment le noyau dur du groupe autour d’un JIMMY HALL radieux tant vocalement qu’avec son harmonica, dont il reste un joueur hors-norme.

En co-signant cinq titres, Joe Bonamassa s’est mis au service du musicien et livre aussi quelques solos où sa virtuosité sert un feeling intarissable. D’autres grands guitaristes ne sont pas en reste, puisqu’on retrouve Warren Hayes sur « Ready Now » et Jared James Nichols sur le sublime « Without Your Love ». JIMMY HALL est aussi à son aise sur du Blues classique, du Boogie que du Southern. Etincelant !

Photo : Bob Seaman
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Blues Rock Southern Blues

Marcus King : l’âge de raison

Auteur d’un fulgurant et audacieux début de carrière, MARCUS KING sort déjà un cinquième album, son deuxième en solo, alors qu’il n’est qu’à l’aube d’un parcours qu’il a brillamment entamé. Avec « Young Blood », le songwriter américain peaufine son style entre Blues Rock et Southern.

MARCUS KING

« Young Blood »

(American Recordings/Republic Record/Island Def Jam)

Jeune prodige de Caroline du Sud, MARCUS KING a connu une ascension assez vertigineuse dans le monde du Blues Rock américain. A 26 ans aujourd’hui, il compte déjà trois albums et deux EP avec sa précédente formation (le ‘Band’) et il sort « Young Blood », sa deuxième escapade en solo après « El Dorado » en 2020.

Façonné par le désormais incontournable Dan Auerbach à la production, ce nouvel opus présente onze morceaux composés par le chanteur. Comme toujours, le Blues Rock de MARCUS KING sonne très Southern, grâce à des guitares épaisses et chaleureuses, d’où s’échappent des riffs incendiaires et des solos très instinctifs.

Moins tranchant et sauvage, le fougueux guitariste semble rentrer un peu plus dans le rang sur « Young Blood » avec des titres plus conventionnels (« Good And Gone », « Hard Working Man », « Dark Cloud »). Malgré tout, MARCUS KING n’a pas totalement perdu l’esprit jam qui l’anime depuis ses débuits (« Lie Lie Lie »), et c’est heureux !

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Americana Blues folk Southern Rock

Early James : Alabama dream

Dans une ambiance mêlant Psych Rock et Blues nerveux, EARLY JAMES se présente avec un deuxième album encore plus envoûtant et élaboré que le précédent. D’une grande finesse d’écriture, « Strange Time To Be Alive » est une sorte de parenthèse poétique suave, Folk et roots livrée par un songwriter plein de grâce.

EARLY JAMES

« Strange Time To Be Alive »

(Easy Eye sound)

Décidemment, Dan Auerbach (The Black Keys) est de tous les bons coups et son label, Easy Eye Sound, commence à présenter un catalogue fourni et surtout de grande qualité. Le chanteur, guitariste et songwriter EARLY JAMES ne s’y est pas trompé en signant à Nashville et « Strange Time To Be Alive » est son deuxième album après le convaincant « Singing For My Supper » très différent de celui-ci.

L’univers atypique du musicien originaire d’Alabama jaillit avec une incroyable luminosité, malgré un son très brut sur ce nouvel opus, à travers laquelle on découvre un artiste ancré dans une musique roots américaine aux multiples facettes. Blues, Country, Bluegrass, Folk ou Southern Rock, EARLY JAMES ne passe pas d’un registre à l’autre : il les incarne et avec énormément de personnalité.

Intemporel et intense, le style du compositeur se nourrit autant des poètes du sud que des crooners et des bluesmen. Enregistré en seulement trois petits jours au studio d’Easy Eye Sound, « Strange Time To Be Alive » est d’une authenticité rare pour un si jeune artiste, qui joue autant sur l’humour que sur une élégante tristesse. EARLY JAMES étourdit et séduit très naturellement.

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Southern Blues

Tedeschi Trucks Band : full moon

Traversant tous les registres du Blues enveloppés dans une chaleur Southern, TEDESCHI TRUCKS BAND ne s’interdit pas non plus quelques embardées Soul, Funk, Jazzy ou Country. Avec « I Am The Moon » et ses quatre chapitres, le collectif de 12 musiciens s’est embarqué dans une folle aventure, qui se révèle être une réussite resplendissante. Dernier chapitre avec « Farewell », aussi flamboyant que ses prédécesseurs.

TEDESCHI TRUCKS BAND

« I Am The Moon : IV – Farewell »

(Fantasy/Universal)

Depuis le 3 juin dernier, le TEDESCHI TRUCKS BAND nous régale à raison d’un EP par mois, qui sont autant d’épisodes distincts d’une superbe épopée Blues et Southern. « I Am the Moon », le cinquième et le plus ambitieux album du collectif, est une petite merveille de bout en bout, tout comme le film qui l’accompagne et qui permet de mieux faire connaissance avec le groupe et surtout de comprendre le processus d’écriture de ce monument. Aussi visuel que musical, cet album-concept est d’une incroyable richesse, livré par des musiciens incroyables.

Les 24 morceaux, pour plus de deux heures de musique, ont étonnement été écrits et enregistrés dans un laps de temps assez court, ce qui laisse dire que Susan Tedeschi, Derek Trucks et leurs musiciens sont non seulement très productifs, mais au-delà de ça très inspirés. Une chose est sûre, la pandémie aura profité au TEDESCHI TRUCKS BAND qui a réalisé, à partir d’un conte persan, un album qui lui sera maintenant difficile d’égaler. Et « Farewell «  est la chute finale de ce beau voyage.

Avec ce dernier volet, on savoure des titres comme « Last Night In The Rain », « D’Gary » ou « I Can See You Smiling », qui sont autant d’offrandes livrées par les Américains. Pour finir, ayant déjà cité les deux protagonistes principaux, voici les talents qui forment le TEDESCHI TRUCKS BAND : Alecia Chakour et Mark Rivers (percussions, choeurs), Brandon Boone (basse), Marc Quinones (congas), Isaac Eady et Tyler Greenwell (batterie, percussions), Gabe Dixon (claviers, chant), Kebbi Williams (saxophone), Elizabeth Lea (trombone), Ephraim Owens (Trompette) et Mike Mattison (chant).

Photo David McClister

Retrouvez les chroniques de « Crescent », « Ascension » et « The Fall » qui complètent, avec « Farewell », « I Am The Moon » :

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Southern Rock

Whiskey Myers : un cran au-dessus

Très attendu par tous les fans de Southern Rock, le sixième opus de WHISKEY MYERS sort enfin alors même que le groupe est en pleine tournée aux Etats-Unis. Créatifs et ambitieux, les Américains sortent le grand jeu sur ce « Tornillo », qui est probablement l’un des meilleurs albums du genre depuis longtemps. Le sextet marie le Rock, la Country et le Blues de leur Texas et renouent avec la magie musicale du sud et des grands espaces.

WHISKEY MYERS

« Tornillo »

(Wiggy Thump Records/Thirty Tigers Records)

Il souffle un vent de liberté sur ce nouvel album de WHISKEY MYERS. Après s’être isolé pendant trois semaines dans les studios Sonic Ranch à Tornillo, petite bourgade frontalière du Mexique au cœur de son Texas natal, le sextet réapparaît avec de nouveaux morceaux à travers lesquels les Américains prennent le risque d’arranger leur Southern Rock de sonorités Motown, Country et Muscle Shoals. Et c’est une riche idée !

Une fois encore autoproduit et diffusé via leur propre label, « Tornillo » montre un nouveau visage de WHISKEY MYERS, celui d’une évidente maturité et surtout d’une notoriété nouvelle assumée. Avec plus d’1,2 millions d’albums vendus, des passages dans des séries comme « Yellowstone » avec et produite par Kevin Costner et des tournées sold-out, les Texans ont pris du galon pour s’imposer durablement comme la relève du Southern Rock.

Avec ce sixième album, Cody Cannon et sa bande repoussent encore un peu plus les limites de leur style en l’enrichissant et en se posant là où on ne les attendait pas , et surtout où d’autres comme Blackberry Smoke n’ont pas osé s’aventurer. D’une grande fraîcheur, « Tornillo » nous emporte dans un trip ensoleillé où les riffs se répondent et les mélodies se figent (« John Wayne », « The Wolf », « Whole World Gone Crazy », « Antioch », « Mission To Mars »). WHISKEY MYERS rayonne… tout simplement !