S’il n’était pas aussi personnel, on pourrait penser que le Texan rend ici hommage aux pionniers du genre que sont le Allman Brothers Band ou Marshall Tucker. Presque hors du temps, l’énergie employée par SAM MORROW avance dans un élan brut, mais d’une grande finesse d’écriture comme d’interprétation. Assurée et pourtant assez discrète, sa voix porte des textes touchants, provocateurs, sans prétention et toujours justes. Enfin, « Southern Boogie » est aussi accrocheur que groovy.
SAM MORROW
« Southern Boogie »
(Copaco Records/Blue Elan Records)
Sorti en début d’été, « Southern Boogie » était passé entre les mailles de mes filet et c’eût été dommage de ne pas se faire l’écho de ce très bon album. Pour rappel, le natif d’Austin a sorti son premier album, « Ephemeral » en 2014, après être allé vivre un temps en Californie. Après ce rapide retour au Texas il y a trois ans, SAM MORROW est parti s’installer à Nashville, où il a clairement électrisé et dynamisé l’Americana Roots de ses débuts. Avec ce sixième opus, il plonge avec délectation dans le Southern Rock le plus authentique.
La fusion du Blues, du rock, de l’Americana et de la Country proposée par le songwriter n’est pas inédite, c’est vrai, mais il en ressort une saveur à la fois originale et familière. Et pour mener à bien son entreprise, SAM MORROW s’est entouré d’un groupe de très haut niveau. Matt Hubbard (claviers), Bryan McGrath (batterie), John Michael Schoepf (basse) et Joseph Wullard (saxophone) apportent toute leur virtuosité à la mise en relief de ce « Southern Boogie » aussi soigné dans le jeu que dans son enregistrement analogique si chaleureux.
Derrière une apparente décontraction, « Southern Boogie » se démarque aussi par le nombre imposant de guitaristes qui œuvrent sur ces dix morceaux. Ricky Ray Jackson, Damon Atkins, Eli Wulfmeier et Leroy Powell sont de la partie, et les chœurs de Tameca Jones et de Paice Plaisance offrent toute la lumière nécessaire à l’éclat de ce nouvel effort. SAM MORROW signe probablement son disque le plus abouti et le plus complet (« Cruisin’ », « Lucretia », « South Texas Women », « Saturday Night », « Juanita », « Wedding Ring »). Incontournable.
Alors que l’Angleterre a déjà succombé à une vague Americana-Country très inspirée, il semblerait que le Southern Rock commence lui aussi à percer doucement. Ayant bien assimilé cette longue et riche tradition musicale, WOOD BURNT RED fait son apparition avec « Hold On Tight », un opus alliant puissance et mélodie et proposant une fraîcheur très contemporaine, loin de tout aspect consensuel. Les Britanniques jouent leur partition avec beaucoup de personnalité et devrait s’imposer assez naturellement sur la scène actuelle.
WOOD BURNT RED
« Hold On Tight »
(Independant)
Cela fait maintenant un petit moment que WOOD BURNT RED fait parler de lui outre-Manche grâce à des performances scéniques explosives et cela ne saurait plus tarder avant que la déferlante ne nous touche aussi. Originaire des Midlands, c’est pourtant du côté des Etats-Unis qu’il faut lorgner pour mieux saisir les sources d’inspiration des Anglais. Dans la lignée de la nouvelle génération de Rock Sudiste, allant de Blackberry Smoke à Whiskey Myers en passant par Robert Jon & The Wreck, ils s’engouffrent très habillement avec conviction.
Co-produit avec Tyler Spicer, qui a aussi participé à l’écriture des morceaux, « Hold On Tight » fait forte impression pour un premier album. Teinté de Country-Rock, le Southern Rock de WOOD BURNT RED s’inscrit dans son temps et même plus précisément dans la veine des Américains d’Orange County cités plus haut. Il ressort tout de même quelques sonorités européennes, notamment dans le traitement des guitares. Entraînant et sincère, le style du quatuor est d’une joie communicative, bien aidé par un songwriting efficace et rassembleur.
La voix captivante et agréablement éraillée de Tom Franklin, également six-cordiste, guide les chansons avec beaucoup d’entrain et un grain Country authentique. Sur un groove organique, WOOD BURNT RED libère une belle énergie grâce à ses deux guitaristes, tout comme aux indispensables notes de piano, sans doute distillées par son ancien claviériste Mike Mann, et qui renvoient aux belles heures de Lynyrd Skynyrd : le point fort de « Hold On Tight ». Les onze titres naviguent entre tradition et modernité avec beaucoup de doigté.
Trois ans après un premier album, « Jukebox Gypsies », qui les a fait émerger de la bouillonnante scène de Nashville, les desperados de PARKER BARROW ont pris du volume et de l’assurance. Toujours ancré dans un Southern Rock aux riffs ravageurs et aux envolées d’orgue captivantes, le groupe emmené par le couple Megan Kane à l’incroyable puissance vocale et Dylan Turner, derrière les fûts et à la composition, poursuit son ascension de belle manière. Suivant également les codes modernes de l’industrie musicale tout en conservant une approche très roots, le sextet a enchaîné les singles avant de livrer « Hold The Mash », un deuxième opus qui compile leurs compositions de ses dernières années. Une bonne occasion pour en parler avec son batteur et fondateur.
– Tout d’abord, près de huit ans après sa formation, PARKER BARROW en a fait du chemin entre de nombreux concerts, deux albums et un EP entre les deux. Pour vous suivre depuis « Jukebox Gypsies », je trouve votre progression assez incroyable. Avez-vous senti un point de bascule dans votre jeu à un moment donné, ou est-ce une évolution très naturelle pour vous ?
Je pense que l’évolution a été très naturelle. Megan et moi avons commencé toutes les deux il y a presque huit ans, et depuis, nous avons eu la chance d’accueillir de nombreuses personnes incroyables dans le groupe. Chacune apporte sa propre touche musicale, enrichissant en quelque sorte les sonorités que nous avions en tête depuis des années.
– L’an dernier, votre EP « Hold The Mash » avait conforté le bel élan pris depuis vos débuts. Pourquoi aviez-vous décidé de ne sortir qu’un format court plutôt qu’un album complet ?
C’est la réalité d’aujourd’hui, avec le streaming musical. On reste nostalgiques de l’album dans son format et de la possibilité d’offrir à l’auditeur l’opportunité de découvrir notre musique sous cette forme. Mais avec le streaming et les différentes façons d’écouter de la musique, il est important de sortir régulièrement des titres pour maintenir l’intérêt du public.
– Ce deuxième album porte d’ailleurs le titre de votre EP et il est complété de trois nouveaux morceaux, dont la reprise des Black Crowes « My Morning Song ». Pourquoi vous êtes-vous précipités ainsi ? Vous sentiez qu’il fallait profiter de la belle dynamique en cours, à moins qu’il vous paraissait peut-être incomplet ?
Je ne crois pas que nous nous soyons sentis pressés. Par ailleurs, « My Morning Song » est un incontournable de nos concerts depuis des années et nous savions que nous voulions inclure une reprise sur cet album, alors ça nous a semblé tout à fait naturel.
– D’ailleurs, l’essentiel des chansons de « Hold The Mash », c’est-à-dire l’EP inclus, est sorti en singles. Est-ce qu’aujourd’hui le format de l’album vous paraît obsolète compte tenu de l’impact des plateformes numériques dans les habitudes d’écoutes, même si celles-ci sont aussi d’une certaine façon biaisées ?
Je pense que les albums ont encore toute leur place. C’est pourquoi nous avons réuni les titres sortis en singles et sur l’EP dans un album. Comme je te le disais, nous adorons l’idée de l’album et ce qu’il représente pour nous, en tant que groupe et aussi en tant que fans de musique.
– La composition et l’enregistrement des nouveaux morceaux complétant l’album se sont faits durant ces derniers mois, j’imagine. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre fonctionnement après vos expériences précédentes ?
En fait, nous n’avons pas vraiment de processus standard. Chaque chanson est unique et se doit d’être traitée comme telle. Nous ne nous focalisons pas sur le processus. Nous laissons la chanson s’exprimer et se développer naturellement.
– Le choix de cette reprise des Black Crowes est très cohérent et parfaitement en phase avec votre univers musical, puisqu’elle associe les racines du Southern Rock et la modernité de la nouvelle génération. Est-ce pour cette raison que vous l’avez choisie, et aussi parce que c’est unechanson que vous jouez régulièrement en concert ?
Oui, c’est un morceau qu’on joue depuis des années. On trouve qu’il met vraiment en valeur toutes les facettes de notre groupe : les duels entre les guitares et l’orgue et bien sûr la voix de Megan. C’est un morceau qui change toujours l’atmosphère et l’ambiance de nos concerts. On adore tous le jouer ensemble.
– Est-ce qu’avec le recul depuis l’EP, vous pensez que « Hold The Mash » représente aujourd’hui toutes les facettes de PARKER BARROW ? Et avez-vous justement profité du fait que ce soit votre deuxième album pour expérimenter plus de climats, car il est très varié au final ?
Je pense que « Hold The Mash » résume parfaitement où nous en sommes en tant que groupe actuellement. Je crois que c’est ce qu’on essaie de faire avec n’importe quel album : créer une trace tangible de nous-mêmes, un témoignage de notre évolution en tant que groupe. A mon avis, « Hold The Mash » y parvient parfaitement.
– Enfin, vous êtes basés dans la très foisonnante cité de Nashville. Est-ce pour cette raison que vous restez toujours indépendants ? Face aux nombreux groupes présents, un label ne vous serait-il pas utile pour vous imposer dans cette jungle musicale très débridée ?
Nous avons tendance à nous concentrer uniquement sur ce que nous pouvons contrôler : notre attitude et nos efforts. Nous n’accordons pas beaucoup d’importance au reste. Actuellement, notre travail consiste à composer une musique qui nous ressemble et que nous prenons plaisir à créer et à jouer. Nous avons la chance de pouvoir le faire et nous en sommes pleinement conscients. Si un jour nous sentons qu’un élément extérieur à notre activité actuelle pourrait nous aider à atteindre cet objectif, nous l’explorerons, mais pour l’instant, ce n’est pas notre priorité.
Le nouvel album de PARKER BARROW, « Hold The Mash », est disponible sur le site du groupe, tout comme les billets de leur prochaine tournée en Angleterre, qui débutera le 25 novembre : www.weareparkerbarrow.com
Photos : Ryan Alexander (1, 3) et Joe del Tufo (4).
Retrouvez aussi les chroniques de leurs précédentes réalisations :
Avec « Entire State Of Tim Montana «, le songwriter signe probablement sa réalisation la plus personnelle et la plus intime. Des réserves indiennes à Los Angeles, puis Nashville, avant un retour du côté de Yellowstone, TIM MONTANA nous invite à un road-trip hyper-Rock’n’Roll et très sudiste. Son duo avec Royale Lynn vient aussi nous rappeler ses affinités avec la Country, tout en conservant cet état d’esprit libre et indépendant. Ce disque raconte de belles histoires, parfois touchantes, et d’une honnêteté viscérale. Juste monumental.
TIM MONTANA
« Entire State Of Tim Montana »
(BMG)
Le guitariste et chanteur sort son septième album et il vient renforcer cette authenticité et cette sincérité qui le caractérisent depuis ses débuts. Profondément attaché à l’Etat dont il tient son nom et plus largement à l’Ouest américain et à l’Histoire des Amérindiens auprès desquels il a passé une partie de son enfance, TIM MONTANA se singularise par un Hard Rock imprégné de Southern Rock et à la narration très Country. Cultivant l’art du riff massif et grâce à sa voix rauque, il s’est forgé une identité unique, hors des sentiers battus et loin des conventions.
Passé « Courtdown » en introduction, sorte de conversation entre Martin Sheen, Charlie Sheen et l’ancien Terminator Robert Patrick, l’immersion validée par les trois acteurs est immédiate et « Beautiful Hate » ouvre les festivités avec force. Heavy et porté par une mélodie accrocheuse, le premier morceau (il y en a 14 autres !) ne laisse aucun doute quant aux intentions artistiques de TIM MONTANA. Rugueux dans l’approche, mais particulièrement soigné dans sa production, « Entire State Of Tim Montana » s’annonce renversant.
Captivant par son aspect cinématographique, l’ensemble parcourt des atmosphères variées, où il est question d’amitié, de survie et de persévérance. Le musicien rend hommage au peuple de la Nation Crow sur « Watch Me Down » avec Crazy Dog et WolfBear, avant d’accueillir Jerry Cantrell d’Alice In Chains sur « Kinda Like It ». Puis, TIM MONTANA réalise un rêve sur « Brown Sugar » où Billy F Gibbons et Slash se joignent à lui. Très intense et équilibré, ce nouvel opus renferme des trésors de vérité, tout en gardant une attitude sensible, attachante et rebelle. Incontournabale !
Plus intimiste qu’à l’habitude, DUANE BETTS ouvre un nouveau chapitre de sa carrière, même s’il ne change évidemment pas de registre. Très roots dans l’approche, ses nouvelles compositions sont parfaitement écrites, toujours aussi authentiques et se distinguent aussi par beaucoup de sensibilité. Original et mettant en avant le jeu de guitare de l’Américain, « Isle Of Hope » est d’une finesse et d’une chaleur qui le rendent déjà incontournable. Il fait ici bien plus que d’entretenir un héritage assumé, il le bonifie et lui donne une nouvelle dimension.
DUANE BETTS
« Isle Of Hope »
(Sun Records)
Son talent et son inspiration ne sont plus à démontrer depuis longtemps et pourtant DUANE BETTS reste plein de surprises. Alors qu’il s’était lancé en solo il y a trois ans avec le solaire et très positif « Wild & Precious », après l’aventure du Allman Betts Band aux côtés de son ami Devon Allman, il fait son retour avec un deuxième album très introspectif. Emprunt d’une certaine mélancolie, mais non sans une belle lueur d’espoir, « Isle Of Hope » sort deux ans après la perte de son père et mentor Dickey, dont l’ombre plane sur ces nouveaux morceaux.
Ecrit avec son collaborateur de longue date Stoll Vaughan, DUANE BETTS navigue toujours entre Southern Rock, Roots Rock et Americana avec une légère touche Country, mais c’est le ton qui change. Plus posé aussi, il explore en profondeur une multitude de sentiments et d’émotions, le tout porté de bout en bout par son incroyable jeu de guitare. Enregistré en seulement cinq jours dans son studio de Savannah, « Isle Of Hope » est produit par le grand Dave Cobb (Chris Stapleton, Rival Sons) lui garantissant un son organique et chaleureux.
A la fois intemporel sans être nostalgique, le chanteur et guitariste dévoile un aspect plus personnel de son univers. En respectant la tradition tout en se construisant une identité bien à lui, DUANE BETTS montre une grande polyvalence, qui reste spontanée et naturelle. Les titres présentent des sonorités riches et captivantes, tandis que ses textes sont d’une rare sincérité (« Heartache », « Reckless », « Pills And Liquor », « Winners Of War », « Down To Houston », « Best Wiches »). La slide est envoûtante, les arrangements soignés et le chant délicat : un must !
Retrouvez la chronique de son premier album solo :
Du fond de son saloon peuplée d’âmes en perdition, le trio anglais voit défiler toutes sortes d’individus au pedigree plus ou moins respectables. Et ce sont ces histoires, et anecdotes, que nous comptent ces hors-la-loi zombifiés, originaires de Sheffield. Dans ce décorum de Far-West, FANGSLINGER élève son Hard Rock pour en faire des hymnes sur fond de Southern Rock. Une recette aussi savoureuse que percutante qui prend vie sur « Welcome To The Last Souls Saloon », un premier album hyper-fédérateur et massif, construit sur des riffs costauds et où les deux voix, féminine et masculine, se renvoient de gigantesques doses d’adrénaline sur chaque morceau. Entre vampirisme bluesy et ambiances gothiques, le chef du gang nous laisse nous frayer un passage dans cet univers aussi jouissif que groovy, façon dark western.
– Avant de parler de ce premier album, j’aimerais savoir comment a pu naître le concept de ‘Undead Redneck Rock’n’Roll’ dans l’esprit d’un groupe de Sheffield ?
Bon, il y a un petit malentendu. Nous sommes des hors-la-loi morts-vivants du Far West. Sheffield est simplement l’endroit où nous avons choisi de poser nos valises pendant notre conquête du Royaume-Uni, car c’est en plein milieu ! (Rires) Quant au ‘Undead Redneck Rock N’ Roll’, nous avons simplement pris le meilleur de la musique que nous aimons et nous l’avons mélangé à une recette du Sud pour faire headbanger les gens pendant qu’on leur prend leur âme ! (Rires)
– On vous a découvert en 2024 avec « The Last Souls Saloon », un premier single qui apparaît presque comme une carte de visite en raison de son titre notamment. Ensuite, vous avez enchaîné les morceaux avant de les regrouper sur « We Are The Night », votre premier EP. Vous aviez besoin d’avoir certaines certitudes sur l’accueil de FANGSLINGER ?
On tâtait le terrain, c’est certain. Au départ, on n’avait prévu qu’une seule chanson, mais on a tellement aimé l’écrire et l’enregistrer qu’on a voulu en faire d’autres ! (Sourires) Heureusement, elle a trouvé un écho auprès du public, suffisamment pour qu’on continue à faire de la musique ! Et on est vraiment ravis.
– Si on peut trouver une certaine proximité avec votre compatriote Kris Barras, vos références sont essentiellement américaines avec une dominante Southern. L’idée de départ était-elle d’injecter ce climat aux allures de Far-West dans un Hard Rock moderne et solide ?
Oui, absolument. Tellement de groupes actuels s’inspirent de ces influences et se tournent vers le passé, devenant presque des groupes hommage à des époques révolues. Je ne citerai pas de noms, bien sûr… (Sourires) Nous voulions faire quelque chose d’un peu plus novateur et essayer de créer quelque chose d’original en nous appuyant sur nos influences. Quant à savoir si nous avons réussi, je suppose que cela dépendra de l’auditeur ! (Sourires)
– D’ailleurs, ce qui peut surprendre dans le Hard Rock de FANGSLINGER, c’est son côté bluesy et Southern transposé dans une ambiance souvent très ‘Arena’, inspiré de l’Alternative Metal/Rock. Est-ce que c’est finalement ce à quoi pourrait ressembler le Southern Rock 2.0 ?
Je l’espère ! On a clairement écrit ces chansons en pensant aux grandes salles. Jouer dans les salles où on joue en ce moment, c’est génial, et ça nous permet de rencontrer les fans de ‘Lost Souls’ de près. Mais on ne cache pas notre ambition de jouer notre musique sur des scènes encore plus grandes. Le grand public mérite du vrai Rock, non ? (Sourires)
– Revenons à ce premier album, « Welcome To The Last Souls Saloon ». Il y règne une atmosphère très proche de celle du film de Robert Rodriguez « From Dusk Till Dawn » (« Une nuit en enfer » – NDR). Est-ce que ce film vous a influencé à la création du groupe et notamment en ce qui concerne son concept et l’aspect visuel ?
A priori, ce serait plutôt Robert Rodriguez qui se soit inspiré de nos pitreries pour réaliser son film ! (Rires) En tout cas, nous adorons les éléments cinématographiques et théâtraux, et le genre western gothique n’a pas été suffisamment exploité à notre goût. Ce film influence beaucoup nos décors et nos clips. Nous intégrons également de nombreux éléments western dans notre musique pour créer une ambiance, inspirés par des compositeurs comme Ennio Morricone.
– FANGSLINGER a aussi la particularité de présenter un chant féminin et masculin, ce qui vous offre de nombreuses possibilités narratives aussi. Il y a un équilibre assez théâtral d’ailleurs. Est-ce que ce chant à deux est une chose qui s’est imposée naturellement dans le groupe ?
Oui, mais en fait, ce n’était absolument pas prévu. Lors de l’enregistrement du premier single, BloodRose (la chanteuse – NDR) était par hasard avec nous au studio et nous lui avons simplement demandé d’enregistrer quelques chœurs. Ensuite, nous avons composé le pont, pour lequel sa voix convenait parfaitement. Depuis, son rôle a évolué et elle chante une bonne partie de l’album. Nous apprécions le contraste entre la voix masculine rauque et les lignes féminines à la fois douces et sensuelles.
– Un mot aussi sur cette très belle production, dont la richesse des tessitures et des arrangements est assez incroyable pour un premier album. Dans quelles conditions avez-vous travaillé et combien de temps avez-vous mis à finaliser « Welcome To The Last Souls Saloon » ?
Merci pour tes compliments ! Nous entretenons une excellente relation avec notre producteur, Dan Fox, qui travaille aux studios Treehouse. Il a collaboré avec certains des plus grands noms du Rock et du Metal actuels et il possède un talent exceptionnel. Honnêtement, l’enregistrement de l’album s’est fait très naturellement. Nous avons simplement échangé des idées et fait de notre mieux pour composer les meilleures chansons possibles. Je pense que le véritable art naît des personnes réunies. Et l’alchimie entre le groupe et le producteur nous a offert une immense liberté créative. Et puis, combien de producteurs adhéreraient à une idée aussi farfelue que celle de cowboys vampires faisant du Rock’n’Roll ? (Rires)
– Enfin, j’aimerais que l’on parle du côté immersif de l’album et de la façon dont on se laisse happer et guider dans ce voyage captivant. Chaque chanson raconte une histoire et il y a beaucoup de profondeur également. Aviez-vous une vison claire de l’ensemble dès le départ ?
Après la sortie de notre premier single, nous avons décidé que tout l’univers de FANGSLINGER tournerait autour du saloon ‘Lost Souls’ et des personnages qu’on y croise. Cela nous donne un point de départ pour chaque chanson. On peut ainsi développer l’origine d’un personnage, ou raconter l’histoire d’une chasse aux vampires. On a même une chanson du point de vue de la Faucheuse, qui médite sur sa solitude. On a l’impression d’avoir un monde qu’on peut continuer à créer quasiment sans limites… Et qui sait, peut-être qu’un jour FANGSLINGER partira dans l’espace à bord d’une fusée ‘steampunk’ ! (Rires)
Le premier album de FANGSLINGER, « Welcome To The Last Souls Saloon », est disponible sur toutes les plateformes et en physique sur le site du groupe : www.fangslinger.net
Très expérimenté et avec une idée bien précise de la musique qu’il souhaite distiller, HILLBILLY VEGAS fait partie de ces groupes de Southern Rock qui, tout en s’inscrivant dans une tradition immuable et très établie, apporte son style et sa fraîcheur à un registre qu’une jeune génération tente patiemment de s’approprier. Sur « A La Mode », son quatrième album, le quintet montre autant de sensibilité que de joie et de dérision pour élever son jeu au rang des meilleures formations du genre. Originaire d’Oklahoma, le quintet a les deux pieds dans un sud américain, qui transpire à chaque riffs, chaque solos, chaque notes de piano ou d’orgue et à travers le chant si authentique de Steve Harris, un frontman aujourd’hui heureux de présenter ce nouvel opus. Entretien avec un chanteur dont la liberté artistique n’est plus négociable.
– Tout d’abord et comme nous sommes sur un site français, pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « A La Mode » ? C’est assez surprenant de la part d’un groupe d’Oklahoma, que cela signifie-t-il pour vous ?
Pour nous, c’est une spécialité du Sud des Etats-Unis : une tarte avec de la glace dessus. Je m’excuse d’avoir détourné votre belle expression pour en faire une simple demande de glace sur notre tarte, mais l’important est d’améliorer les choses. Et tout est meilleur avec de la glace ! (Rires)
– HILLBILLY VEGAS a sorti son premier album, « Ringo Manor » en 2011, « 76 » en 2016, puis « The Great Southern Hustle » il y a quatre ans. Il y a beaucoup d’espace entre vos disques. C’est l’enchaînement des concerts, qui veut ça ?
Nous avons beaucoup tourné et, entre les tournées, nous avons sorti des singles, même lorsque nous ne travaillions pas sur des albums. Nous sommes restés productifs tout ce temps. Si vous avez raté un album, c’est parce que nous n’étions pas signés avec un label pour l’un d’eux. Les albums que nous avons sortis sont donc « Ringo Manor », « 76 » (autoproduction), « The Great Southern Hustle », et maintenant « A La Mode »… (Sourires)
– En l’espace de deux ans, vous avez sorti un EP, « Long Way Back » et aujourd’hui « A La mode ». Vous avez d’ailleurs l’habitude de sortir des formats courts avant vos albums, car il y avait aussi eu « Greetings From Hillbilly Vegas » en 2022. Est-ce une manière pour vous de tester de nouveaux morceaux ou certaines ambiances, ou est-ce un élan de spontanéité par rapport à l’écriture d’un album normal ?
Les EPs que nous avons sortis étaient en fait des engagements envers une maison de disques britannique, mais ils nous ont aussi permis d’avoir quelque chose de nouveau à promouvoir lors de notre tournée là-bas.
– Par rapport à vos albums précédents, « A La Mode » est peut-être moins brut dans l’approche, même si votre Southern Rock conserve son aspect roots, bien sûr. J’ai d’ailleurs plutôt l’impression que cela se joue surtout au niveau de la production. Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre travail en studio, notamment en ce qui concerne les arrangements, qui sont très soignés ?
En fait, on a beaucoup changé. On a enregistré et produit cet album nous-mêmes. « A La Mode », c’est nous à 100 % : enregistré dans notre propre studio, sans aucune influence extérieure, sans interférence et sans producteur. Ce que vous entendez est un parfait exemple de ce dont on est capables quand on prend les choses en main et qu’on fait tout nous-mêmes ! (Sourires)
– J’aimerais justement que l’on parle de votre Southern Rock, qui a un style et une sonorité très modernes avec toujours ce mélange de Rock, de Blues et d’Outlaw Country. Sur « A La Mode », il y a aussi des fulgurances clairement Hard Rock. Est-ce que c’est ce qui finalement l’actualise et lui offre une nouvelle dynamique, selon vous ?
Je crois que ce qui le modernise, et lui donne cette nouvelle dynamique, c’est tout simplement que nous l’avons fait entièrement nous-mêmes sans que personne ne nous dise quoi faire. Tu vois où je veux en venir ? (Sourires) Parfois, des producteurs ou des personnes extérieures nous disent : « Vous ne pouvez pas faire ceci » ou « Vous devriez faire cela ». Cette fois-ci, nous avons simplement fait ce que nous ressentions et ce que nous voulions. Et au final, on obtient un peu de tout ce que nous aimons vraiment.
– Depuis vos débuts, HILLBILLY VEGAS a toujours dégagé beaucoup de légèreté dans ses chansons avec beaucoup d’ironie et d’humour, à commencer d’ailleurs par votre nom. Or, « A La Mode » semble plus sérieux, sans être sombre pour autant. Est-ce l’époque que vous vivons qui n’incite pas à plus d’insouciance, selon vous, et cela se traduit donc aussi dans votre musique ?
C’est vrai, mais nous avons toujours joué des ballades également. Notre premier grand succès a été « Little Miss Rough And Tumble ». Ce nouvel album contient encore des moments légers, mais aussi des passages plus introspectifs, tu as raison. En fait, nous n’avions pas de plan, ni de thème précis. Nous avons simplement fait ce qui nous plaisait, que ce soit écrire une ballade ou un morceau plus festif comme « Something Crazy » ou « Every Jukebox ». Il ne s’agit pas d’influences extérieures, mais simplement de notre état d’esprit créatif du moment.
– Comme il est de tradition dans le Southern Rock, les deux guitaristes et les claviers sont mis en évidence sur le groove de la rythmique et la chaleur du chant et des chœurs. Et c’est d’ailleurs au centre de votre musique. Et vous avez aussi déclaré vouloir faire de la vraie musique pour la maintenir en vie. Pensez-vous franchement qu’un style comme le vôtre soit un jour envahi par l’IA ? Ça paraît peu probable vu la nouvelle génération, si ?
Je ne crois pas que l’IA ait sa place dans notre musique. Je ne peux pas parler pour les autres, mais pour nous : pas de pistes préenregistrées, pas d’artifices et pas d’IA en studio. Ce que vous entendez, c’est de la vraie musique à 100 %. C’est ce qui nous définit. On ne corrige même pas les fausses notes avec de l’autotune, d’ailleurs. Si je chante une fausse note, c’est que je le voulais… alors elle reste comme ça ! (Sourires)
– Enfin, un mot sur « Mr. Midnight », cette chanson de Paul Rodgers que vous avez exhumée et qu’il chante avec vous. J’imagine que c’est une grande fierté pour vous, d’autant que HILLBILLY VEGAS compte un ancien membre de son groupe et un autre de Bad Company. Comment sont nées cette belle aventure et et cette belle histoire ?
Tout a commencé avec Todd Ronning (bassiste et ancien membre de Bad Company – NDR) Il avait une démo qu’ils avaient enregistrée dans un studio de répétition il y a un moment. Todd m’a demandé de l’écouter en me disant que Paul ne l’avait pas utilisée sur son album solo. Et il voulait savoir ce que je pensais à l’idée de l’essayer. Je l’ai écoutée, et même si c’était un enregistrement de répétition brut, on reconnaissait déjà la voix de Paul. Elle sonnait comme sur tous les albums de Bad Company, même sur un enregistrement téléphonique. C’était tout simplement incroyable. Au début, je me demandais ce que je pourrais bien y ajouter. Mais on a tenté le coup et j’ai adoré la chanter. On a le même manager que Paul (David Spero – NDR), et quand on en a parlé à David, il a dit qu’il pensait que Paul adorerait aussi la chanter. Il a été incroyablement gentil, il a ajouté quelques lignes et la collaboration a été formidable. Même si personne d’autre ne l’avait jamais entendue, c’était un vrai bonheur pour nous. Mais maintenant, elle fait partie de l’album et de notre histoire ! (Sourires)
Le nouvel album de HILLBILLY VEGAS, « A La Mode », est disponible chez Quarto Valley Records.
Alors qu’il a collaboré avec de grands noms et également fondé Black Star Riders avec les ex-Thin Lizzy Scott Gorham et Ricky Warwick, Damon Johnson a décidé de réactiver pour de bon BROTHER CANE, une formation Hard Rock aux saveurs Southern. Et ce quatrième effort, qui surgit 33 ans après le premier, oscille entre une énergie communicative et des hommages appuyés, par ailleurs très réussis. « Magnolia Medicine » tient la route, brille parfois et propose des sonorités agréablement familières.
BROTHER CANE
« Magnolia Medicine »
(Double Dragon Records/Virgin Music Group)
Malgré sa reformation en 2022 qui avait mené le groupe sur scène pour quelques concerts, on n’osait plus véritablement croire à un retour sur disque avec de nouvelles compositions de la part de BROTHER CANE. Silencieux depuis 28 ans, après seulement trois albums à son actif, « Magnolia Medicine » marque donc la réapparition très attendue des Américains. L’idée est d’autant plus séduisante que tous les membres affichent une expérience confortable, à commencer par son guitariste et chanteur Damon Johnson au parcours exceptionnel.
Du line-up originel, il ne reste que le bassiste Glenn Maxey aux côtés du frontman. Il faut d’ailleurs préciser que ce dernier s’est affûté avec Alice Cooper, Thin Lizzy, Sammy Hagar et d’autres, ainsi qu’en solo avant d’intégrer Lynyrd Skynyrd en 2023 en lieu et place du regretté Gary Rossington à qui BROTHER CANE rend un bel hommage sur « Prince Charming », son surnom, avec en guests Johnny van Zant et Rickley Medlocke. Assurément un grand moment de « Magnolia Medicine », qui évolue globalement entre Hard Rock et Heavy Rock avec une touche Southern appuyée.
En effet, formé à Birmingham en Alabama, il y a forcément une saveur sudiste dans le jeu et l’atmosphère distillés par le quintet. On pourrait même parler de sextet, puisque le producteur Marti Frederiksen (Aerosmith, Def Leppard) joue aussi des claviers, des percussions et fait les chœurs sur ce nouvel opus. Globalement percutant et mélodique, BROTHER CANE se situe dans une certaine intemporalité marquée par les 90’s et livre de bons titres (« If This Means War », « Nothing To Lose », « Miracle » dédié à Tom Petty). Un bon retour !
L’attente de leur réconciliation, puis de leurs retrouvailles, fut si longue que c’en est presque surprenant de voir Chris et Rich Robinson enchaîner les albums avec autant de fraîcheur et surtout de qualité depuis deux ans. Littéralement réoxygéné et toujours aussi inspiré, le duo accompagné d’un groupe de rêve fait la passe de dix avec un « A Pound Of Feathers » très solide. THE BLACK CROWES joue habillement sur les contrastes et la profondeur de son Southern Rock reste unique en son genre.
THE BLACK CROWES
« A Pound of Feathers »
(Silver Arrow Records)
Il semblerait qu’une bonne fée veille à nouveau sur la fratrie Robinson depuis deux ans et la sortie de « Happiness Bastards ». Non pas que leurs projets respectifs n’avaient aucune saveur, très loin de là, mais il faut reconnaître que leur association fait à chaque fois des étincelles. Reprenant leurs bonnes habitudes, c’est en l’espace de dix jours que THE BLACK CROWES ont mis en boîte « A Pound Of Feathers », du côté de Nashville et toujours sous la houlette du multi-récompensé Jay Joyce à la production. Et dans la lignée de son prédécesseur, leur Southern Rock est scintillant.
Ce retour aux fondamentaux, après 15 ans de disette discographique, effectué par les deux frères semble franchement leur faire du bien. C’est même une véritable cure de jouvence. Sans filtre et sans calcul, THE BLACK CROWES affichent une insolente confiance, qui se retrouve avec la même spontanéité présente sur leurs meilleurs albums… d’il y a plus de 30 ans. L’expérience en plus, les Américains font toujours l’équilibre entre une poésie assez rugueuse et la force et la puissance d’un Rock rendu plus délicat grâce à des vibrations Blues et Soul particulièrement intenses.
Ce dixième opus studio est à ranger sur le haut de leur pile discographique et les deux singles dévoilés avaient donné la teneur de « A Pound Of Feathers » (« Profane Prophecy » et « Pharmacy Chronicles »). Et puis, THE BLACK CROWES a parfaitement compris qu’il ne s’agissait plus de créer la surprise, mais plutôt de jouer la carte du plaisir (« It’s Like That », « Cruel Steak »). Bien sûr, ils se reposent sur un bel héritage, mais ils le réinventent et le font perdurer avec élégance (« Blood Red Regrets », « High And Lonesome », « You Call This A Good Time », « Doomsday Doggerel »).
Photo : Ross Halfin
Retrouvez la chronique de « Happiness Bastards » :
Poser une atmosphère Soul dans un environnement très Rock, c’est le pari (gagné !) d’une formation de musiciens aussi chevronnée qu’inventive. En positionnant les émotions au cœur d’un registre dynamique, qui puise sa force dans des vibrations directement issues du patrimoine Rock de son pays, MYND READER articule son style autour d’une puissance brute. Les notes bluesy et la minutie extrême apportées aux compositions libèrent une sensation de liberté sans concession et un brin cinématographique.
MYND READER
« Mynd Reader »
(Independant)
Né de l’amitié et de la rencontre artistique entre le batteur Brian Sachs (ex-The Authority) et le multi-instrumentiste Tonin qui met brillamment en musique les textes du premier, MYND READER est le fruit d’une union créative peu courante et tellement évidente au final. Depuis octobre 2024 et son premier single « Radio Warning », il diffuse au fur et à mesure sa musique et l’on découvre enfin ce premier effort éponyme dans son intégralité et il tient toutes ses promesses. D’ailleurs, le prolifique duo travaille d’ores et déjà sur ses prochaines réalisations.
Originaire de Boulder dans le Colorado, MYND READER réunit en un même élan son amour pour le Classic et le Southern Rock, le tout posé dans un magnifique écrin moderne et particulièrement bien produit pat Tonin dans les moindres détails. En effet, « Mynd Reader » révèle au fil des écoutes un remarquable travail sur le son des morceaux. Chaque caisse claire est unique, chaque riff aussi, les parties de piano sont délicates, tout comme cette voix incroyable, qui offre une âme enthousiaste et apporte une profondeur attachante à chaque chanson.
Car si l’aspect sonore et mélodique tient une place essentielle chez le trio, la performance vocale de Shelby Kemp est tout simplement incroyable. Audacieuse, personnelle et dotée d’une chaleur enveloppante, la voix du frontman éclaire les morceaux en les rendant captivants, bouleversants et si fédérateurs. Très accrocheur, MYND READER est aussi le reflet de son époque transposé dans un American Rock authentique et sincère. Et si sept singles sont déjà sortis, « Mynd Reader » est l’exemple parfait de l’impact et de l’importance de l’écoute d’un album complet.
Retrouvez aussi l’interview du groupe réalisée il y a quelques mois :