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International Speed Metal

Meurtrier : le couteau entre les dents [Interview]

Alors que les groupes de Metal qui chantent dans la langue de Molière se comptent sur les doigts d’une main dans l’hexagone, le sursaut pourrait bien venir d’outre-Atlantique, et plus précisément de la Belle Province. Fondé il y a trois ans par des amis désireux de renouer avec les origines du Heavy Metal, MEURTRIER fera probablement remonter quelques souvenirs chez certains. Epique, mystique et occulte, c’est toute une époque qui renaît avec les Québécois et avec eux cet esprit underground, qui tend malheureusement à disparaître. Fraîchement sorti, leur premier album, « Messe De Fer », rappelle autant une certaine scène française que celle qui a sévit aux Etats-Unis notamment dans les années 80/90. Old School et vigoureux, le Speed Metal du quintet allie la puissance des riffs, un chant ténébreux et des rythmes galopants sur des mélodies qui restent en tête. Acier trempé et ambiances à la sauvage intensité, les Canadiens perpétuent avec authenticité et savoir-faire la tradition d’un Heavy Metal véritable et victorieux. C’est l’un des deux artilleurs, le guitariste William ‘Will’ Verrault, qui revient pour nous sur la création du combo, ses intentions et ce premier opus, qui est une belle déclaration à un Heavy/Speed décidément immortel.

– MEURTRIER est un groupe assez récent, formé en 2023. Malgré tout, vous êtes tous des musiciens chevronnés de la scène québécoise. Quel était l’objectif de départ ? Trouver quelque chose que vous n’aviez pas dans vos précédentes formations respectives ?

Oui, c’était essentiellement ça. On a tous joué dans différents groupes au fil des années, principalement dans des styles plus extrêmes comme le Death, le Thrash ou le Black Metal, mais on a toujours été de gros fans de Heavy et de Speed Metal plus classiques. MEURTRIER est donc né de l’envie d’avoir un exutoire pour tous ces riffs plus mélodiques et accrocheurs qu’on retrouve dans des chansons de groupes comme Accept ou Judas Priest, qui ne trouvaient pas nécessairement leur place dans nos autres groupes. Donc, au départ, l’idée était surtout de se retrouver entre amis et de jouer un genre de Metal qu’on aimait tous depuis longtemps, avec une approche plus classique, plus mélodique et moins extrême.

– La première chose qui surprend, bien sûr, c’est le chant en français et des références assez évidentes à ADX et Sortilège notamment. En dehors de la langue, qu’est-ce qui vous rapproche autant du Metal français, alors que le Canada subit tout de même une forte influence américaine, y compris au Québec ?

Les groupes français des années 80 ont effectivement eu une grosse influence sur nous, et pas seulement à cause de la langue. ADX, Sortilège, Blasphème, H-Bomb pour ne nommer que ceux là, font partie de nos références depuis longtemps. Il y a notamment quelque chose dans leur façon de composer, dans le côté épique et mélodique, mais aussi dans le style vocal et la manière de créer une atmosphère qui nous parle énormément, en tant que francophones, mais aussi en tant qu’amateurs de Metal, tout simplement!

En même temps, on vient aussi d’un environnement très influencé par le Metal nord-américain. Des groupes comme Exciter, Razor, Agent Steel ou Savage Grace font également partie de nos influences majeures. Je pense que MEURTRIER est justement né de ce mélange d’influences : l’agression et la vitesse du Speed Metal nord-américain combinées au côté plus épique, mélodique et théâtral du Heavy Metal européen. On ne cherche pas à reproduire un seul de ces styles, mais plutôt à mélanger tout ça pour obtenir une musique qui nous donne envie de jouer et de l’écouter encore et encore.

– Pour terminer sur ce sujet, choisir le français et afficher un style très européen va vous fermer forcément quelques portes aux Etats-Unis, entre autres, dont vous êtes proches géographiquement. C’est un peu étonnant dans la mesure où d’autres cherchent justement à se développer chez votre voisin. Est-ce un choix qui s’est fait naturellement et facilement ?

Oui, le choix s’est fait assez naturellement. Le français est notre langue maternelle et c’est simplement beaucoup plus facile pour nous d’écrire des textes porteurs de sens dans la langue qu’on utilise tous les jours. On trouve aussi que ça permet à Tony (Verrault, chant – NDR) de transmettre les émotions et l’atmosphère des textes de façon plus sincère lorsqu’on joue en concert. Cependant, on ne pense pas vraiment que ça limite notre capacité à rejoindre un public international. Dans le Metal underground, la musique, les riffs, les mélodies et l’atmosphère comptent énormément, même lorsque les paroles ne sont pas comprises par tout le monde. En tout cas, c’est de cette façon que nous, en tant que québécois et j’imagine aussi pour bon nombre de fans de Metal européens, avons développé une passion pour cette musique même si elle est chantée dans des langues qu’on ne comprend pas forcément. En plus, aujourd’hui, avec Internet et les traducteurs en ligne, c’est très facile de comprendre le sens général d’un texte, si on le souhaite. Alors, le fait qu’on ne soit pas compris par tout le monde ne nous inquiète pas trop à vrai dire. Et puis, chanter en français fait partie de l’identité-même de MEURTRIER. C’est aussi une façon de mettre de l’avant notre identité québécoise et de rendre hommage aux groupes français des années 80, qui ont eux-mêmes choisi de chanter dans leur langue, malgré la domination de l’anglais dans le Metal.

– Revenons à votre musique avec tout d’abord « Le Visage Du Mal », un EP que vous avez sorti en 2024. L’idée était-elle justement de prendre la température et de mesurer l’accueil du groupe avec ce premier format court ?

Je pense qu’en quelque sorte, oui, on peut dire ça. A l’époque, nous voulions surtout sortir quelque chose rapidement, afin de pouvoir faire des concerts et avoir du matériel à présenter aux labels. Nous avions enregistré l’EP nous-mêmes, en courtes sessions, avec assez peu de temps consacré aux arrangements et aux performances. Avec le recul, je pense qu’on aurait pu mettre davantage de temps et d’efforts dans cet enregistrement. Même si les chansons sont représentatives de ce qu’on voulait faire, certaines performances auraient pu être meilleures, et plus de temps aurait pu être consacré aux arrangements. En même temps, ce côté brut, et un peu ‘démo’, lui donne une certaine énergie Old School qu’on aime bien et ça fait le charme de cet EP, selon nous. En fin de compte, les réactions aux premiers concerts et à cet EP ont été super positives et ça nous a encouragés à continuer, à contacter des labels et finalement à travailler sur l’album.

– MEURTRIER affiche un mélange de Speed et de Heavy Metal Old School, et d’ailleurs, on retrouve ce même état d’esprit dans la production de « Messe De Fer », qui sonne assez live et organique. Etait-ce important pour vous d’afficher cette même sincérité jusque dans le son et conserver aussi sa saveur originelle ?

Tout à fait. Ça a toujours été notre souhait d’afficher un certain côté brut et Old School, qui fait partie de l’identité de MEURTRIER. On est évidemment beaucoup plus satisfaits des arrangements et des performances sur « Messe De Fer » que sur l’EP. Mais on ne voulait surtout pas perdre de vue cette sensation agressive et un peu sale qu’on retrouve sur beaucoup de classiques du Heavy et du Speed metal. Pour l’album, on a consacré beaucoup plus de temps aux répétitions, aux arrangements et aux performances que sur le premier EP. La batterie a été enregistrée professionnellement en studio, mais le reste a été fait par nous-mêmes avec de vrais amplis et de vrais cabines, dans un véritable esprit DIY et Old School. Pour le mixage, on voulait également conserver quelque chose de naturel et éviter une production trop propre ou trop moderne. Et je pense que le résultat final est assez proche de ce qu’on s’imaginait au départ. Un point qui était particulièrement important pour nous était de ne pas retoucher excessivement la performance vocale. On voulait que le chant reste humain et spontané, plutôt que de chercher à tout corriger, comme c’est souvent le cas dans les productions modernes. Ça a demandé plus de travail, mais je pense que ça a valu la peine au bout du compte.

– Ce qui ressort aussi de l’écoute de « Messe De Fer », outre sa galopante rythmique et le gros travail effectué sur les guitares, ce sont les textes emprunts d’occulte et de mysticisme. On retrouve ici les fondamentaux du Heavy Metal traditionnel. Remonter aux origines et surtout conserver cet aspect underground comptait-il aussi beaucoup pour vous dès le départ ?

Oui, définitivement. Le côté underground fait partie de ce qui nous attire dans le Heavy Metal depuis toujours. On a grandi avec les groupes classiques du genre et on apprécie énormément cette époque, où la musique était encore très liée à une véritable scène underground. L’aspect occulte et mystique vient également de nos influences diverses. Des groupes comme Mercyful Fate, King Diamond, Slayer ou KAT ont beaucoup influencé notre approche, autant musicalement que visuellement et au niveau des textes. Il n’y a pas vraiment d’univers, ou d’histoire unique reliant toutes les chansons, mais les thèmes occultes, épiques ou fantaisistes reviennent constamment. C’est aussi une partie importante de notre identité visuelle et de notre façon d’aborder les concerts. Les croix, les épées, la fumée et tout cet imaginaire font simplement partie de ce qu’on aime dans le Heavy Metal et on tente de l’incarner autant que possible !

– J’aimerais qu’on dise un mot au sujet du morceau « Meurtrier » qui clôt l’album. Ce n’est jamais anodin de composer un titre éponyme. Le voyez-vous dans une certaine mesure comme la signature du groupe ?

Oui et non ! Disons que lorsqu’on a composé la chanson, on ne s’est pas nécessairement dit : ‘Celle-là, ce sera la chanson éponyme !’ Cela étant dit, après avoir enregistré l’album et au moment de choisir un premier single, on s’est bien rendu compte que ce morceau représentait assez bien tout ce qu’on cherche à faire avec MEURTRIER : des passages rapides, des refrains accrocheurs, beaucoup d’atmosphère sombre et un côté très Heavy Metal classique. La fin du morceau rappelle également nos concerts, où on termine souvent avec des solos chaotiques et des cris d’agonie. On trouvait donc que c’était un bon morceau pour donner une idée de ce que nous sommes comme groupe, et de ce que les gens peuvent attendre du reste de l’album et de MEURTRIER en général. Donc en somme, le morceau n’est pas nécessairement un manifeste expliquant toute notre philosophie, mais il rassemble effectivement beaucoup des éléments, qui définissent notre son et notre identité et donc naturellement, le titre de ‘morceau-signature’ lui va très bien !

– Enfin, en vous exprimant en français, j’imagine que vous visez au-delà du Québec. Est-ce que le public français est aussi dans votre ligne de mire avec notamment des concerts à venir ?

C’est un truc qu’on veut faire absolument, probablement dès l’an prochain ! Evidemment, il est encore tôt, l’album est à peine sorti, mais on travaille déjà sur le dossier et on a quelques contacts en France. Donc, je dirais que les chances sont bonnes pour qu’on vienne vous présenter notre « Messer De Fer » très bientôt !

L’album de MEURTRIER, « Messe De Fer », est disponible chez Jawbreaker Records.

Photos : Phil Thanoize

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Heavy metal International

Leatherwitch : demonic Metal [Interview]

Rare femme à porter haut l’étendard d’un Heavy Metal traditionnel, Marta Gabriel poursuit son chemin avec une constance artistique, qui la rend assez unique. Après deux décennies passées à la tête de Crystal Viper, puis une embardée avec Moon Chamber et un album hommage de reprises dédié à celles qui l’ont influencé et sous son propre nom, la voici de retour avec LEATHERWITCH. Un nouveau chapitre s’ouvre donc, et même s’il ne trahit pas ses convictions musicales profondes, il apporte de la fraîcheur à un registre qu’elle maîtrise parfaitement. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si elle y joue tous les instruments. La Polonaise continue son aventure métallique avec « First Spell », un album véloce et puissant autour de ses thèmes de prédilection. Entretien avec une artiste multiple restée passionnée par le côté Old School d’un style, qui est loin d’avoir rendu son dernier souffle.

– Après presque 20 ans, tu as mis fin à l’aventure Crystal Viper l’an dernier avec l’ultime « The Live Quest ». Tout d’abord, qu’est-ce qui t’a le plus profondément marqué toutes ces années et est-ce qu’il y a malgré tout quelques regrets ?

Crystal Viper a occupé une place immense dans ma vie. J’avais 19 ans quand je l’ai fondé et il a été mon premier groupe de Heavy Metal sérieux, celui dont j’avais toujours rêvé. Au fil des années, nous avons sorti de nombreux albums, tourné dans différents pays, rencontré des gens incroyables et partagé des moments inoubliables sur scène. Pendant cette période, j’ai réalisé que la musique pouvait véritablement unir des personnes de cultures, d’horizons et de générations complètement différents. Bien sûr, il y a eu aussi des moments difficiles, tout long parcours comporte des hauts et des bas, mais je préfère sincèrement me concentrer sur le positif plutôt que sur les regrets. Chaque erreur a été une leçon, chaque année m’a permis de gagner en expérience musicale. Parfois, on sent simplement au fond de soi qu’une histoire a atteint sa fin naturelle et qu’il est temps d’aller de l’avant sur le plan créatif.

– On te retrouve donc avec LEATHERWITCH, projet où tu joues tous les instruments en dehors des solos de guitare que se partagent Giuseppe Taormina et Ginoir. Ton intention première n’a jamais été de reformer un groupe ? Tu souhaitais vraiment être seule aux commandes ?

Ce n’est pas que je veuille tout contrôler. C’est plutôt une nécessité créative, liée à ma façon de composer. Depuis des années, j’enregistre des démos entièrement seule avant de présenter les morceaux au groupe. Avec LEATHERWITCH, j’ai simplement poursuivi ce processus jusqu’à l’album final. Je n’avais pas à envoyer de fichiers audio aux autres musiciens, à préparer des pistes témoins, à attendre que tout le monde apprenne les morceaux, à organiser les plannings studio, etc… Dès qu’un morceau était composé, il existait sous une forme prête pour le mixage. Cela m’a fait gagner des semaines, voire des mois. De plus, pour la toute première fois, l’album que j’ai composé sonne exactement comme je l’avais en tête en l’écrivant. C’est une expérience formidable. Parallèlement, j’aime toujours autant travailler avec d’autres musiciens, surtout en concert. C’est pourquoi je ne vois pas LEATHERWITCH comme un isolement, mais plutôt comme une autre façon de créer de la musique.

– En 2021, tu avais réalisé « Metal Queen » en solo et qui était un album de reprises. Le considères-tu comme un disque un peu à part, car tu aurais aussi pu sortir « First Spell » sous ton nom ? C’était donc important de créer LEATHERWITCH pour distinguer tes différents projets ?

« Metal Queens » était un album hommage, un projet conceptuellement très spécifique. Parallèlement, je travaille actuellement sur un autre album solo sous le nom de Marta Gabriel, musicalement très différent de LEATHERWITCH. C’est pourquoi il est devenu essentiel pour moi de créer des identités distinctes pour chaque musique. Je n’aime pas tout mettre sous le même nom simplement parce que ça vient de la même personne. Chaque projet a sa propre atmosphère, son style et son identité visuelle. LEATHERWITCH crée immédiatement une ambiance particulière avant même d’entendre la musique. Je pense que les auditeurs apprécient aussi quand un artiste donne à chaque projet sa propre personnalité, plutôt que de mélanger des idées complètement différentes sous un seul nom. Cela pourrait prêter à confusion.

– Pour « First Spell », tu t’es entourée de personnes que tu connais très bien. Bart Gabriel a produit et masterisé l’album, qui a été masterisé par Olof Wikstrand. Avoir un entourage proche qui te mette en confiance t’a-t-il aussi offert plus de liberté dans la composition comme dans ton jeu ?

Absolument. La confiance est primordiale dans le processus créatif, surtout pour un album aussi personnel. Bart et moi collaborons depuis de nombreuses années, tant sur le plan musical que créatif en général. Il existe donc une compréhension naturelle entre nous. Il m’a apporté un soutien incroyable tout au long du projet. C’était la première fois que j’étais entièrement responsable de la prise de son, et Bart m’a beaucoup aidé. Par ailleurs, faire appel à Olof Wikstrand s’est avéré une excellente décision. J’apprécie beaucoup son approche du son : organique et puissante. Il a immédiatement saisi l’atmosphère que je souhaitais donner à l’album, sans chercher à la moderniser artificiellement ni à en altérer l’énergie brute.

– Sans être totalement Old School, le Heavy Metal proposé reste traditionnel, même s’il s’inscrit dans son époque. Selon toi, qu’est-ce qui distingue le plus LEATHERWITCH de tes groupes précédents, et notamment Crystal Viper, car tu es déjà très familière du genre ?

Je pense que la plus grande différence réside dans l’atmosphère émotionnelle générale et la spontanéité de l’album. LEATHERWITCH est plus sombre, plus personnel… Il y a aussi plus d’énergie, plus d’agressivité. Pour autant, je n’ai jamais voulu faire un album rétro. Je souhaitais que « First Spell » ait un esprit classique, mais qu’il soit créé avec des outils modernes et enregistré aujourd’hui, et non une imitation artificielle du passé. Autre différence importante : comme j’ai tout enregistré moi-même, l’album reflète mes sentiments de façon beaucoup plus directe. On a presque l’impression d’écouter mon processus créatif en direct, sans filtre.

– « First Spell » apparaît clairement comme ton album le plus personnel, notamment dans les textes et les thématiques. Est-ce que cela fait longtemps que tu mûris ces morceaux, et y a-t-il des choses que tu tenais absolument à éviter musicalement, ou au niveau de la production, pour offrir vraiment quelque chose de neuf ?

Certaines chansons sont nées très rapidement, presque instantanément. Parfois, j’entends une chanson presque complète dans ma tête et il ne me reste plus qu’à m’asseoir avec mes instruments et à l’enregistrer. D’autres ont évolué plus naturellement au fil du temps. Au niveau des paroles, cet album est sans aucun doute le plus personnel. Même lorsqu’il y a des éléments fantastiques ou d’horreur, des émotions bien réelles se cachent en dessous. « The New Beginning », par exemple, est très directement liée à la fin de Crystal Viper et au chaos émotionnel qui a marqué cette période de ma vie. Concernant la production, je voulais éviter le sur-traitement et une perfection artificielle. La technologie moderne permet très facilement d’éliminer toute émotion humaine de la musique. Je voulais que cet album reste vivant, organique et émotionnel. Parfois, les imperfections ont plus d’âme que la perfection technique.

– A une époque où beaucoup d’artistes prennent leur indépendance et s’autoproduisent, tu gardes le soutien de Listenable Records. C’est important pour toi d’avoir la confiance d’un label, ce qui ne t’oblige donc pas à créer ta propre structure ?

J’entretiens d’excellentes relations avec Listenable Records et poursuivre notre collaboration s’est fait tout naturellement. Ils ont d’ailleurs été les premiers à découvrir LEATHERWITCH et à écouter nos morceaux. Ce que j’apprécie le plus, c’est leur compréhension de la musique et leur respect de la liberté artistique. Ils n’ont jamais cherché à dénaturer l’identité de l’album, ni à l’orienter dans une autre direction. Aujourd’hui, c’est un atout précieux. Bien sûr, les artistes contemporains doivent souvent se débrouiller seuls, mais avoir un label de confiance à ses côtés représente un soutien important, notamment en matière de promotion et de distribution.

– Enfin, on connaît ton amour pour la scène et le contact avec tes fans. Alors, de qui sera constitué le LEATHERWITCH qui se produira en concert ?

Oui, le groupe est au complet et déjà prêt à en découdre ! Sur scène, je me concentrerai uniquement sur le chant. Même si j’ai enregistré tous les instruments sur l’album, je ne compte pas en jouer sur scène. Le travail en studio et la scène sont deux mondes bien différents. On va donc retrouver Giuseppe ‘Tiyris’ Taormina à la guitare, Blaze Grygiel à la basse et Toby Ventura à la batterie. La tournée est déjà annoncée, en tant qu’invité spécial de Fifth Angel, donc le public pourra très bientôt voir LEATHERWITCH en concert. J’ai vraiment hâte de présenter ces morceaux sur scène et de partager enfin ce nouveau chapitre avec le public. Vivement les concerts !

L’album de LEATHERWITCH, « First Spell », est disponible chez Listenable Records.

Photos : Bart Gabriel

Retrouvez aussi les chroniques de son album solo, « Metal Queens », et des deux derniers albums de Crystal Viper :

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Heavy metal International Old School

Axe Dragger : l’axe du Metal [Interview]

Entre un post-NWOBHM et un héritage du Heavy Metal américain assumé, le nouveau supergroupe livre un premier album éponyme qui fait le lien avec tellement d’évidence et de naturel que c’était peut-être le combo que l’on attendait pour un véritable renouveau du genre. Initié par le guitariste californien Bob Balch (Fu Manchu, Big Scenic Nowhere, Slower) et le batteur du Minnesota Pete Campbell (ex-Pentagram), le bassiste suédois Fredrik Isaksson (Dark Funeral) et le chanteur de l’Ohio Terry Glaze (ex-Pantera, première période) ont rapidement rejoint les rangs d’AXE DRAGGER et les idées ont aussitôt fuzzé. Il en est ressorti dix morceaux puissants, mélodiques et rassembleurs, auxquels aucun fan de Heavy Metal, dans ce qu’il a de plus audacieux et traditionnel, ne pourra résister. Entretien avec un quatuor expérimenté, inspiré et techniquement imparable.

– On sait que la technologie permet aujourd’hui beaucoup de choses, mais comment vous êtes-vous retrouvés tous les quatre autour de ce projet ? Et y a-t-il un entremetteur derrière tout ça ?

Bob : Au départ, je travaillais avec Pete Campbell de Pentagram sur des riffs. Il m’avait contacté et je rêvais de faire un album de Metal Old School. J’ai grandi avec Riot, Dio, Judas Priest, Black Sabbath, Scorpions, Savatage, Armored Saint, etc… Alors, j’ai commencé à lui envoyer des morceaux et il me renvoyait ses pistes de batterie. On a parlé de chanteurs et j’ai suggéré Terry Glaze, qui avait joué aux débuts de Pantera. On lui a envoyé le morceau « Axe Dragger » et sa voix nous a bluffés. On savait qu’on tenait quelque chose d’exceptionnel. Pete a suggéré Fredrik de Dark Funeral à la basse. Et il a assuré, lui aussi. Une fois le line-up au complet, on a enchaîné les morceaux à toute vitesse. Et en neuf mois environ, on avait un album complet.

Pete : Bob et moi échangions des riffs pour d’éventuelles nouvelles chansons de Pentagram avant mon départ, et nous avons décidé de prendre une direction complètement différente et de voir où cela nous mènerait. Les riffs continuaient d’affluer, j’ai commencé à y ajouter de la batterie, et il était indéniable que nous devions poursuivre et explorer toutes les possibilités. Ce qui avait commencé comme un projet est devenu un véritable groupe !

Terry : C’est vrai que Bob m’a demandé si je voulais chanter sur un morceau et le reste appartient à l’histoire.

Fredrik : Eh bien, j’ai rencontré Pete à des festivals. Il était là avec Pentagram et moi avec Dark Funeral. On a commencé à discuter et on avait les mêmes goûts musicaux, alors on s’est dit qu’on devrait faire quelque chose ensemble. On a continué à composer et un jour, il m’a dit : « C’est parti ! » Lui et Bob faisaient du Heavy Metal des années 80, un truc que j’adore, alors j’ai dit : « Carrément ! ». (Sourires)

– Une fois que vous avez constitué le line-up d’AXE DRAGGER, vous avez travaillé pendant un an à distance sur les morceaux de l’album. Même si cela peut être pratique à bien des égards, le travail de composition et d’arrangement n’aurait-il pas été plus facile tous ensemble ? Et plus chaleureux peut-être aussi…

Bob : Pas vraiment. C’est plus facile de faire des ajustements ‘directement dans le logiciel’, si l’on peut dire. J’ai composé la majeure partie de la musique, à l’exception de « The Damned Will Cry », dont Pete a composé la musique. Je fixais simplement un BPM et j’improvisais sur un rythme pendant une dizaine de minutes. Ensuite, je reprenais le tout et je réduisais le morceau à quatre minutes. De cette façon, il conserve tout son feeling.

Pete : C’était vraiment facile d’enregistrer cet album à distance, car tous les participants sont de vrais pros. Et pour ma part, c’était passionnant, car je ne savais jamais quel riff allait arriver. Recevoir les pistes de basse et de chant et les entendre pour la première fois pour chaque morceau, c’était comme être un enfant à Noël ! Nous vivons tous dans des Etats et des pays différents, et nous avons d’autres projets et des obligations familiales, donc c’était la seule solution envisageable. Bien sûr, ce serait génial de se retrouver tous ensemble en studio pour composer, et on le fera peut-être pour le prochain album.

Fredrik : Personnellement, je n’ai pas écrit de chansons, juste quelques lignes de basse, bien sûr. Je pense qu’on peut composer de la très bonne musique en dehors du travail, la preuve ! (Rires) Plus sérieusement, c’est une excellente méthode pour travailler sur des chansons.

– Ce qui peut surprendre aussi, c’est que vous venez tous les quatre d’horizons musicaux assez différents. Le choix de vous focaliser sur un Heavy Metal très 80’s, avec un fond Stoner tout de même, a-t-il été un choix évident et collectif ? Car, finalement, ce qui peut vous rapprocher sont peut-être des influences qui remontent à bien plus loin dans vos parcours respectifs ? Votre jeunesse ?

Bob : Notre jeunesse a certainement joué un rôle. On a parlé du style des années 80. Je voulais un son puissant et un peu brut. Un peu menaçant, si tu veux.

Pete : Je suis sûr de parler au nom de tous : on adore tous le Metal Old School ! C’est dans notre sang et je pense que c’est cette influence et cette vague qui nous ont réunis, c’est certain !

Fredrik : Bob et Pete ont parlé de faire du Heavy Metal des années 80 dès le début, je crois, et j’en suis ravi. J’adore vraiment ça, c’est la musique avec laquelle j’ai grandi et celle que j’écoute encore tous les jours.

Terry : En effet, je pense que la diversité de nos influences est aussi l’une de nos forces.

– L’une des choses assez marquante aussi, c’est que vous semblez tous, sauf peut-être Terry, être à contre-courant de votre habituel jeu, comme si vous souhaitiez vous en détacher. Est-ce le cas ? Et aviez-vous envie d’une aventure totale avec ce groupe ?

Bob : Ce n’était pas mon intention. Je joue toutes sortes de styles dans différents projets. J’adore la guitare Jazz, le vieux Metal, le Rock psychédélique, les jams ‘smooth’ des années 70, etc… C’était juste le bon moment pour ressortir du bon vieux Metal. En plus, j’en mettais beaucoup en ligne, ce qui a contribué à raviver l’envie.

Pete : Personnellement, c’était un vrai bol d’air frais de rejouer ce genre de musique après les 20 dernières années de Doom Metal. Chacun a pu montrer son talent musical et se lancer des défis, et c’est bien là l’essentiel ! (Sourires)

Fredrik : C’est très différent du Black Metal que je joue avec Dark Funeral, mais ça reste mon genre préféré. Même si, bien sûr, j’adore jouer les deux.

– AXE DRAGGER remonte à l’âge d’or du Heavy Metal, dont Terry a d’ailleurs été un acteur et un témoin de premier ordre dans les années 80. Sur l’album, il y a une intensité et une force mélodique que l’on retrouve assez peu aujourd’hui. Et malgré la distance entre vous, il y a une atmosphère très live sur les morceaux. L’idée était-elle d’être le plus direct et le plus brut possible ?

Bob : Oui. Même si nous avons tous enregistré séparément, je tenais vraiment à ce que l’album conserve un son live. C’est assez facile à obtenir au mixage. J’ai déjà fait quelques albums comme ça, surtout avec le groupe Slower, donc je connaissais bien le processus.

Pete : Je crois que c’est exactement ce qui est ressorti, et pour moi, c’est très rare. L’alchimie entre nous tous, en tant que groupe, est incroyable, surtout pour des musiciens qui n’avaient encore jamais joué ensemble auparavant. Et j’ai vraiment hâte de présenter ça sur scène !

Fredrik : Oui, on voulait vraiment faire un album de Metal des années 80, mais actuel dans le son. Et je trouve que tout le monde a fait un super boulot.

– « Axe Dragger » renoue aussi avec l’esprit des premiers albums de Judas Priest et Riot notamment. Un pont entre l’Europe et les Etats-Unis qui donne à l’album une saveur particulière, sans pour autant que ce soit trop « underground » dans l’approche. Est-ce finalement votre expérience personnelle qui vous permet de surpasser les codes et rafraîchir ainsi le Heavy Metal Old School ? Certains caps deviennent aussi plus facile à franchir, non ?

Bob : Je n’y avais jamais vraiment réfléchi, mais oui, c’est un mélange de NWOBHM et de Metal américain. J’adore les deux, donc ça paraît logique.

Pete : Je le pense aussi. La musique est universelle. Je pense que le Heavy Metal Old School a besoin d’un nouveau souffle et je suis fier que nous y ayons contribué !

Fredrik : On a tous grandi avec le Metal des années 80, et forcément, c’est plus facile de s’y identifier et d’en jouer quand on a ça dans le sang ! (Rires)

– Et bien sûr, l’un des atouts majeurs de l’album est le son et sa production. Etait-ce essentiel pour vous de recourir aux services de personnes avec un profil tel que ceux de Brian Scheuble (Mötley Crüe, Whitesnake) et Dave Collins (Metallica, Soundgarden) ? Sont-ils aussi les garants de votre son, grâce à leur expérience et leurs connaissances du style ?

Bob : Ils nous ont tous deux beaucoup aidés. Brian surtout. Il avait un sens du détail incroyable et savait exactement ce qu’on recherchait. J’avais déjà travaillé avec Dave Collins sur l’album de Fu Manchu « The Action Is Go », et il avait fait un travail formidable. Carl Saff s’est aussi occupé du mastering du vinyle. Il a travaillé sur un grand nombre de mes projets et sur les derniers albums de Fu Manchu.

Terry : Je connais et travaille avec Brian Scheuble depuis des décennies, et je savais qu’il était l’homme idéal pour ce projet. Et je tiens également à remercier Mike Herrington pour ses paroles exceptionnelles.

Pete : Ce fut un véritable honneur de collaborer avec ces messieurs sur cet album ! Deux légendes dans leurs domaines respectifs, qui lui ont véritablement donné vie ! Nous avions déjà des morceaux fantastiques, mais c’est grâce à eux que l’album est devenu une véritable machine faite pour la scène !

Fredrik : C’est génial d’avoir Brian et Dave avec nous. Ils ont vraiment fait un super boulot sur cet album. Ils travaillent seulement avec de bons groupes et maintenant avec AXE DRAGGER… Je suis presque sans voix ! (Rires)

– Enfin, il y a une question que tous les amoureux de Heavy Metal vont se poser après avoir écouté l’album : vous verra-t-on sur scène bientôt, car cela s’annonce explosif, tant « Axe Dragger » est fédérateur ? On s’attend à une vraie communion !

Bob : Nous sommes en train de planifier cela. Nous envisageons des concerts aux Etats-Unis cette année et des festivals en Europe pour 2027 !

Pete : Des discussions sont en cours et je suis certain qu’on montera bientôt sur scène ! On a tellement hâte de tout déchirer ! Restez connectés !

Fredrik : Carrément ! On a vraiment envie de faire une tournée avec AXE DRAGGER. On espère que ce sera cette année.

Terry : Nous espérons tous vous voir très bientôt !

L’album éponyme d’AXE DRAGGER est disponible chez Ripple Music.

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Heavy metal

Existance : un Heavy flamboyant

Dans un petit monde du Heavy Metal français un peu moribond, la formation de Clermont vient donner de quoi se réjouir en affichant beaucoup de conviction et de savoir-faire dans un bel élan. Et avec ce quatrième opus, EXISTANCE montre toute sa détermination, ainsi que sa qualité d’écriture. Bien ciselés, ces neuf nouveaux titres sonnent très actuels, sans occulter non plus des références évidentes, et apportent une fraîcheur et une vélocité plus que bienvenues. « Wildfire » est incandescent et promet des prestations enflammées, qui régaleront les fans.

EXISTANCE

«Wildfire »

(Verycords)

Petit à petit, et depuis 2008 déjà, EXISTANCE parvient à s’installer durablement sur le scène Heavy Metal hexagonale. Si le virage a été définitivement amorcé en 2021 avec « Wolf Attack », c’est aussi parce que le quatuor monte en puissance, avance sur un style plus personnel et surtout que la qualité d’interprétation se fait elle aussi plus précise et mieux calibrée. Julian Izard (chant, guitares), Antoine Poiret (guitares), Julien Robillard  (basse) et Gerry Carbonelle (batterie) ont mis cinq ans pour réapparaître avec « Wildfire », et celui-ci vient signifier un nouveau cap de franchi et une étiquette ‘underground’, qui se décolle également un peu avec le temps et l’expérience.

Ce quatrième album affiche donc puissance et mélodie avec un son qui s’est modernisé, même s’il rappelle toujours les glorieux fondateurs du genre, côté Angleterre surtout. Bien produit, « Wildfire » est tranchant et massif, preuve que les Français sont libérés de toute nostalgie. EXISTANCE joue toujours autant sur les twin-guitars (et on ne saurait lui en vouloir !), les riffs sont costauds et les solos jaillissent sans occulter les compositions elles-mêmes. Plus soudés que jamais, les quatre membres apportent leur contribution aux chœurs, et le volume gagné est également une belle marque d’unité.

L’expérience acquise au fil des années, que ce soit sur scène et en studio, se fait réellement sentir sur « Wildfire », tant la maîtrise est totale. EXISTANCE joue dorénavant dans la cour des grands et impose une identité bien à lui. Ce quatrième effort est vif et racé, le chant percutant et assuré, les guitares font corps, se complètent parfaitement et la paire basse/batterie a également pris du galon. Taillés pour la scène, les morceaux marquent une empreinte originale et très fédératrice (« Ocean’s Cry », « Eternal Trace », « See The Light », « Against The World », « Brighter Days » et le morceau-titre). Le combo s’affirme avec force et prouve qu’il faut désormais compter sur lui.

Photo : Michael Callewaert

Retrouvez la chronique de « Wolf Attack » :