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Heavy metal

Kerrigan : driven by passion

Si renouveler une certaine tradition est peine perdue, l’entretenir n’est pas pour autant chose facile. Et pourtant, avec son deuxième opus, la formation teutonne s’affirme avec autorité dans un Heavy Metal estampillé 80’s, entre mélodies appuyées et rythmes effrénés. Si KERRIGAN préfère la finesse du jeu au côté massif des blafardes productions actuelles, c’est que son line-up est largement à la hauteur de l’enjeu et que, surtout, la volonté s’entend à chaque accord et sur chaque échange qu’il soit rythmique, ou le fruit du beau travail de ses deux guitaristes. Avec « Wayfarer », le combo fait durer le plaisir en empruntant sans la moindre hésitation le chemin de ses aînés.

KERRIGAN

« Wayfarer »

(High Roller Records)

Formé en 2019 du côté de Fribourg, KERRIGAN avait fait une bonne entrée en matière il y a trois ans avec son premier opus, « Bloodmoon ». Fidèle à un label qui entretient avec talent l’esprit d’un metal underground et vintage plus vivant que jamais, il confirme avec « Wayfarer » ses belles prédispositions. Les fans des années 80 n’auront aucun mal à déceler chez le quatuor une envie d’authenticité à travers un Heavy Metal sincère et convaincant. Rien de cliquant ici, mais un désir d’exprimer un attachement à un style aussi épique que mélodique.

Profondément marqué par la NWOBHM, on n’est donc pas surpris par la qualité des twin-guitars, ni par les rythmiques galopantes. Les deux six-cordistes enchaînent les riffs racés sur des titres entraînants et accrocheurs. Et KERRIGAN peut aussi se reposer sur un chanteur qui, s’il ne prend pas vraiment de risque, livre une très bonne prestation. Dans un registre qui ne s’aventure pas trop dans les aigus, son timbre médium rappelle parfois dans les intonations les premiers pas d’un certain Tom Kiefer sur les premiers Cinderella. Et les deux univers se complètent à merveille.

Bien servi par une production soignée et bien équilibrée, chacun trouve sa place entre rugissements guitaristiques, un duo basse/batterie intenable et un frontman investi. Avec beaucoup d’énergie, les Allemands donnent le ton dès « Torchbearer », qui ouvre l’album. Classique dans la forme, KERRIGAN a gagné en maturité et « Wayfarer » montre d’ailleurs un vrai souci du détail. En jouant plus sur la vélocité de son jeu que sur la puissance pure, il se montre aussi plus accessible et rassembleur et ces nouveaux morceaux devraient faire mouche en live (« Asylum », « The Ice Witch », « Fighters », « Red Light Tower » et le morceau-titre).  

Photo : Samira Aline

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Heavy metal International Old School

Axe Dragger : l’axe du Metal [Interview]

Entre un post-NWOBHM et un héritage du Heavy Metal américain assumé, le nouveau supergroupe livre un premier album éponyme qui fait le lien avec tellement d’évidence et de naturel que c’était peut-être le combo que l’on attendait pour un véritable renouveau du genre. Initié par le guitariste californien Bob Balch (Fu Manchu, Big Scenic Nowhere, Slower) et le batteur du Minnesota Pete Campbell (ex-Pentagram), le bassiste suédois Fredrik Isaksson (Dark Funeral) et le chanteur de l’Ohio Terry Glaze (ex-Pantera, première période) ont rapidement rejoint les rangs d’AXE DRAGGER et les idées ont aussitôt fuzzé. Il en est ressorti dix morceaux puissants, mélodiques et rassembleurs, auxquels aucun fan de Heavy Metal, dans ce qu’il a de plus audacieux et traditionnel, ne pourra résister. Entretien avec un quatuor expérimenté, inspiré et techniquement imparable.

– On sait que la technologie permet aujourd’hui beaucoup de choses, mais comment vous êtes-vous retrouvés tous les quatre autour de ce projet ? Et y a-t-il un entremetteur derrière tout ça ?

Bob : Au départ, je travaillais avec Pete Campbell de Pentagram sur des riffs. Il m’avait contacté et je rêvais de faire un album de Metal Old School. J’ai grandi avec Riot, Dio, Judas Priest, Black Sabbath, Scorpions, Savatage, Armored Saint, etc… Alors, j’ai commencé à lui envoyer des morceaux et il me renvoyait ses pistes de batterie. On a parlé de chanteurs et j’ai suggéré Terry Glaze, qui avait joué aux débuts de Pantera. On lui a envoyé le morceau « Axe Dragger » et sa voix nous a bluffés. On savait qu’on tenait quelque chose d’exceptionnel. Pete a suggéré Fredrik de Dark Funeral à la basse. Et il a assuré, lui aussi. Une fois le line-up au complet, on a enchaîné les morceaux à toute vitesse. Et en neuf mois environ, on avait un album complet.

Pete : Bob et moi échangions des riffs pour d’éventuelles nouvelles chansons de Pentagram avant mon départ, et nous avons décidé de prendre une direction complètement différente et de voir où cela nous mènerait. Les riffs continuaient d’affluer, j’ai commencé à y ajouter de la batterie, et il était indéniable que nous devions poursuivre et explorer toutes les possibilités. Ce qui avait commencé comme un projet est devenu un véritable groupe !

Terry : C’est vrai que Bob m’a demandé si je voulais chanter sur un morceau et le reste appartient à l’histoire.

Fredrik : Eh bien, j’ai rencontré Pete à des festivals. Il était là avec Pentagram et moi avec Dark Funeral. On a commencé à discuter et on avait les mêmes goûts musicaux, alors on s’est dit qu’on devrait faire quelque chose ensemble. On a continué à composer et un jour, il m’a dit : « C’est parti ! » Lui et Bob faisaient du Heavy Metal des années 80, un truc que j’adore, alors j’ai dit : « Carrément ! ». (Sourires)

– Une fois que vous avez constitué le line-up d’AXE DRAGGER, vous avez travaillé pendant un an à distance sur les morceaux de l’album. Même si cela peut être pratique à bien des égards, le travail de composition et d’arrangement n’aurait-il pas été plus facile tous ensemble ? Et plus chaleureux peut-être aussi…

Bob : Pas vraiment. C’est plus facile de faire des ajustements ‘directement dans le logiciel’, si l’on peut dire. J’ai composé la majeure partie de la musique, à l’exception de « The Damned Will Cry », dont Pete a composé la musique. Je fixais simplement un BPM et j’improvisais sur un rythme pendant une dizaine de minutes. Ensuite, je reprenais le tout et je réduisais le morceau à quatre minutes. De cette façon, il conserve tout son feeling.

Pete : C’était vraiment facile d’enregistrer cet album à distance, car tous les participants sont de vrais pros. Et pour ma part, c’était passionnant, car je ne savais jamais quel riff allait arriver. Recevoir les pistes de basse et de chant et les entendre pour la première fois pour chaque morceau, c’était comme être un enfant à Noël ! Nous vivons tous dans des Etats et des pays différents, et nous avons d’autres projets et des obligations familiales, donc c’était la seule solution envisageable. Bien sûr, ce serait génial de se retrouver tous ensemble en studio pour composer, et on le fera peut-être pour le prochain album.

Fredrik : Personnellement, je n’ai pas écrit de chansons, juste quelques lignes de basse, bien sûr. Je pense qu’on peut composer de la très bonne musique en dehors du travail, la preuve ! (Rires) Plus sérieusement, c’est une excellente méthode pour travailler sur des chansons.

– Ce qui peut surprendre aussi, c’est que vous venez tous les quatre d’horizons musicaux assez différents. Le choix de vous focaliser sur un Heavy Metal très 80’s, avec un fond Stoner tout de même, a-t-il été un choix évident et collectif ? Car, finalement, ce qui peut vous rapprocher sont peut-être des influences qui remontent à bien plus loin dans vos parcours respectifs ? Votre jeunesse ?

Bob : Notre jeunesse a certainement joué un rôle. On a parlé du style des années 80. Je voulais un son puissant et un peu brut. Un peu menaçant, si tu veux.

Pete : Je suis sûr de parler au nom de tous : on adore tous le Metal Old School ! C’est dans notre sang et je pense que c’est cette influence et cette vague qui nous ont réunis, c’est certain !

Fredrik : Bob et Pete ont parlé de faire du Heavy Metal des années 80 dès le début, je crois, et j’en suis ravi. J’adore vraiment ça, c’est la musique avec laquelle j’ai grandi et celle que j’écoute encore tous les jours.

Terry : En effet, je pense que la diversité de nos influences est aussi l’une de nos forces.

– L’une des choses assez marquante aussi, c’est que vous semblez tous, sauf peut-être Terry, être à contre-courant de votre habituel jeu, comme si vous souhaitiez vous en détacher. Est-ce le cas ? Et aviez-vous envie d’une aventure totale avec ce groupe ?

Bob : Ce n’était pas mon intention. Je joue toutes sortes de styles dans différents projets. J’adore la guitare Jazz, le vieux Metal, le Rock psychédélique, les jams ‘smooth’ des années 70, etc… C’était juste le bon moment pour ressortir du bon vieux Metal. En plus, j’en mettais beaucoup en ligne, ce qui a contribué à raviver l’envie.

Pete : Personnellement, c’était un vrai bol d’air frais de rejouer ce genre de musique après les 20 dernières années de Doom Metal. Chacun a pu montrer son talent musical et se lancer des défis, et c’est bien là l’essentiel ! (Sourires)

Fredrik : C’est très différent du Black Metal que je joue avec Dark Funeral, mais ça reste mon genre préféré. Même si, bien sûr, j’adore jouer les deux.

– AXE DRAGGER remonte à l’âge d’or du Heavy Metal, dont Terry a d’ailleurs été un acteur et un témoin de premier ordre dans les années 80. Sur l’album, il y a une intensité et une force mélodique que l’on retrouve assez peu aujourd’hui. Et malgré la distance entre vous, il y a une atmosphère très live sur les morceaux. L’idée était-elle d’être le plus direct et le plus brut possible ?

Bob : Oui. Même si nous avons tous enregistré séparément, je tenais vraiment à ce que l’album conserve un son live. C’est assez facile à obtenir au mixage. J’ai déjà fait quelques albums comme ça, surtout avec le groupe Slower, donc je connaissais bien le processus.

Pete : Je crois que c’est exactement ce qui est ressorti, et pour moi, c’est très rare. L’alchimie entre nous tous, en tant que groupe, est incroyable, surtout pour des musiciens qui n’avaient encore jamais joué ensemble auparavant. Et j’ai vraiment hâte de présenter ça sur scène !

Fredrik : Oui, on voulait vraiment faire un album de Metal des années 80, mais actuel dans le son. Et je trouve que tout le monde a fait un super boulot.

– « Axe Dragger » renoue aussi avec l’esprit des premiers albums de Judas Priest et Riot notamment. Un pont entre l’Europe et les Etats-Unis qui donne à l’album une saveur particulière, sans pour autant que ce soit trop « underground » dans l’approche. Est-ce finalement votre expérience personnelle qui vous permet de surpasser les codes et rafraîchir ainsi le Heavy Metal Old School ? Certains caps deviennent aussi plus facile à franchir, non ?

Bob : Je n’y avais jamais vraiment réfléchi, mais oui, c’est un mélange de NWOBHM et de Metal américain. J’adore les deux, donc ça paraît logique.

Pete : Je le pense aussi. La musique est universelle. Je pense que le Heavy Metal Old School a besoin d’un nouveau souffle et je suis fier que nous y ayons contribué !

Fredrik : On a tous grandi avec le Metal des années 80, et forcément, c’est plus facile de s’y identifier et d’en jouer quand on a ça dans le sang ! (Rires)

– Et bien sûr, l’un des atouts majeurs de l’album est le son et sa production. Etait-ce essentiel pour vous de recourir aux services de personnes avec un profil tel que ceux de Brian Scheuble (Mötley Crüe, Whitesnake) et Dave Collins (Metallica, Soundgarden) ? Sont-ils aussi les garants de votre son, grâce à leur expérience et leurs connaissances du style ?

Bob : Ils nous ont tous deux beaucoup aidés. Brian surtout. Il avait un sens du détail incroyable et savait exactement ce qu’on recherchait. J’avais déjà travaillé avec Dave Collins sur l’album de Fu Manchu « The Action Is Go », et il avait fait un travail formidable. Carl Saff s’est aussi occupé du mastering du vinyle. Il a travaillé sur un grand nombre de mes projets et sur les derniers albums de Fu Manchu.

Terry : Je connais et travaille avec Brian Scheuble depuis des décennies, et je savais qu’il était l’homme idéal pour ce projet. Et je tiens également à remercier Mike Herrington pour ses paroles exceptionnelles.

Pete : Ce fut un véritable honneur de collaborer avec ces messieurs sur cet album ! Deux légendes dans leurs domaines respectifs, qui lui ont véritablement donné vie ! Nous avions déjà des morceaux fantastiques, mais c’est grâce à eux que l’album est devenu une véritable machine faite pour la scène !

Fredrik : C’est génial d’avoir Brian et Dave avec nous. Ils ont vraiment fait un super boulot sur cet album. Ils travaillent seulement avec de bons groupes et maintenant avec AXE DRAGGER… Je suis presque sans voix ! (Rires)

– Enfin, il y a une question que tous les amoureux de Heavy Metal vont se poser après avoir écouté l’album : vous verra-t-on sur scène bientôt, car cela s’annonce explosif, tant « Axe Dragger » est fédérateur ? On s’attend à une vraie communion !

Bob : Nous sommes en train de planifier cela. Nous envisageons des concerts aux Etats-Unis cette année et des festivals en Europe pour 2027 !

Pete : Des discussions sont en cours et je suis certain qu’on montera bientôt sur scène ! On a tellement hâte de tout déchirer ! Restez connectés !

Fredrik : Carrément ! On a vraiment envie de faire une tournée avec AXE DRAGGER. On espère que ce sera cette année.

Terry : Nous espérons tous vous voir très bientôt !

L’album éponyme d’AXE DRAGGER est disponible chez Ripple Music.

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Stoner Metal Stoner Rock

Wolftooth : hungry guys

Changement de label et de batteur, il n’en fallait pas plus à la formation de Richmond dans l’Indiana pour retrouver toute sa vigueur, et même un nouveau souffle, et livrer « Wizard’s Light », probablement sa meilleure réalisation depuis la première en 2018. Epais et robuste, le Stoner du combo ne manque de précision, ni d’impact. Et sans négliger l’aspect mélodique et accrocheur, WOLFTOOTH se montre intense et terrassant, oscillant avec habileté entre un Metal racé et un Rock musclé.

WOLFTOOTH

« Wizard’s Light »

(Ripple Music)

Ce quatrième album de WOLFTOOTH marque le retour au bercail, chez Ripple Music où tout a commencé, après une surprenante embardée chez Napalm Records. Depuis « Blood & Iron » sorti il y a quatre ans, il a également changé deux fois de batteur et c’est désormais Shane Shook qui œuvre derrière les fûts, après l’intermède de deux ans assuré par Casey Wainright. Les Américains sont aujourd’hui en ordre de marche avec Chris Sullivan (chant, guiatre), Jeff Cole (guitare), Jeremy Lovins (guitare) et Terry McDaniel (basse). Un line-up qui a fière allure… même à quatre sur la photo.

« Wizard’s Light » confirme de bonnes intentions sans doute nées de tous ces changements et WOLFTOOTH semble même plus aguerris que jamais. Pourtant, pas de bouleversements musicaux, le Stoner Metal du groupe est toujours aussi puissant et incisif, et c’est surtout dans la volonté et la créativité que tout se joue. Les références lorgnent encore vers la NWOBHM, un Hard Rock très 70’s et bien sûr le Black Sabbath de la première période, notamment dans le chant de son frontman. Captivant dans sa narration également, les guitares résonnent fort et juste sur ce nouvel opus.

L’intro « Hymn Of Belgarath » plante le décor et sert de rampe de lancement pour « Sightless Archer », qui vient déjà tout bousculer. Sur un rythme effréné, WOLFTOOTH est totalement libéré et son Stoner débridé laisse le charme agir. La rythmique est brute et aussi lourde que rapide, tandis que les guitares font le show entre riffs tranchants, twin-guitares relevées et solos plein de feeling (« Darkness Path », « Wizard’s Light », « Armor Of Steel », « War Brigade », « Bloodline »). Le quintet poursuit l’aventure avec beaucoup d’assurance et fait cohabiter Heavy Metal et Hard Rock dans un Stoner rutilant.  

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Heavy metal Old School

Firmament : une ferveur éclatante

Engouffrés dans une espèce de faille temporelle, les Allemands alimentent un Heavy Metal traditionnel, dont on s’aperçoit de plus en plus qu’il est loin d’être devenu désuet. Au contraire, il renaît, vit et jaillit comme au premier jour sous l’impulsion de formations comme FIRMAMENT. Sur « For Centuries Alive », son deuxième opus, le combo germanique fait preuve de vaillance et de percussion en oxygénant l’éternelle NWOBHM avec une touche de Classic Rock toute britannique et assez aérienne, qui confirme de belles ambitions.

FIRMAMENT

« For Centuries Alive »

(Dying Victims Productions)

En quatre ans seulement, FIRMAMENT a su affirmer un son et une personnalité forte sur la scène Heavy Metal underground. Formé en 2021 à Leipzig, il a marqué les esprits avec « We Don’t Rise, We Just Fall », deux petites années après. Un premier album qui a vu suivre dans la foulée « Gathered Under Open Stares », un split EP partagé avec ses nerveux compatriotes Midnight Prey. Avec « For Centuries Alive » et sa belle pochette signée Ryan T. Hancock, le groupe gravit un nouvel échelon pour se montrer encore plus créatif et déterminé. Impulsif et harmonieux, son style renvoie à un registre traditionnel, qui rayonne toujours.

Dès l’intro instrumentale, on pénètre l’univers de FIRMAMENT et on ne met pas bien longtemps à comprendre que les twin-guitares et les riffs bien aiguisés seront à la fête. Tout cela fleure bon les premiers albums d’Iron Maiden notamment mais, grâce entre autres au chant de Marco Herrmann, « Pulsar » dissipe facilement cette sensation et « For Centuries Alive » prend son envol. Pas forcément surprenant, puisqu’éternel, le Heavy Metal du quintet se démarque habillement des standards du genre en jouant sur des mélodies bien ciselées et des structures changeantes, mais très accrocheuses, et une très belle production.

Epique et galopant, il y a pourtant quelque chose de romantique chez FIRMAMENT et on trouve cette touche singulière dans l’enchaînement de paysages sonores, dont l’essentiel réside dans un lien étroit entre la présence de son frontman littéralement porté par les deux guitaristes et guidé sur un groove d’enfer par une rythmique redoutablement efficace et qui n’en fait pas trop (« An Anthem For The Spotless Mind », « Brother Of Sleep », « Starbeast », « Into The Realm Of Distant Wonders »). Volontairement héroïque dans certains positionnements, le combo se montre aussi sombre que captivant et surtout fougueux.

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Heavy metal Old School

Speed Queen : old school spirit

Originaire de Belgique, SPEED QUEEN remonte le temps et tire son épingle du jeu dans un registre entre Speed et Heavy Metal directement inspiré d’une NWOBHM, qui fait toujours des émules. Avec « …With A Bang ! », il affiche la couleur et se joue d’un classicisme qui a encore des choses à dire. A noter la présence du Canadien Jonny Nesta (Skull Fist, Thunderror) venu prêter main forte sur quelques solos et renforcer une intensité déjà bien palpable.

SPEED QUEEN

« …With A Bang ! »

(High Roller Records)

Non, vous n’hallucinez pas et aucun miracle n’est à l’ordre du jour. Les Alsaciens du même nom ne font pas un retour surprise plus de 40 ans après leur dernier effort. Non, il s’agit ici d’un quatuor belge originaire du Limbourg et qui, en une bonne décennie d’existence, livre son deuxième album après deux EPs. SPEED QUEEN donne donc une suite à « Still On The Road » (2020) après avoir été freiné comme tout le monde par la pandémie, puis un changement de line-up. Et avec « … With A Bang ! » il monte franchement en puissance avec la manière.

Clairement ancré dans un Heavy Metal Old School tirant à l’occasion sur le Speed, le groupe perpétué un solide héritage avec un esprit underground qui lui va bien. Cela dit, la production est à la hauteur et le combo fait parler l’expérience. Puissant et percutant, « …With A Bang ! » ne lésine pas sur l’énergie déployée, multiplie les ambiances et s’il rappelle quelques incontournables du genre, SPEED QUEEN affirme une réelle identité. Technique et mélodique, les arrangements restent discrets, mais soignés. Une belle preuve de maturité et d’assurance.

Ne ralentissant que très, très rarement le tempo, cette nouvelle réalisation se veut véloce et les riffs comme la rythmique évoluent dans une cadence effrénée avec beaucoup de précision. Passé l’intro, on entre dans le vif du sujet avec « Showdown » et « I Want It », qui en disent déjà long sur les intentions de SPEED QUEEN. De coups de massue en passages épiques, « …With A Bang ! » présente de la variété à grands renforts de twin-guitares et de refrains accrocheurs (« Chasing Chaos », « Time To Go », « Skygazers », « Fire »). Rondement mené !

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Hard Rock Heavy metal International

Sweet Savage : legends never die [Interview]

Vif, puissant et mélodique, le power trio de Belfast fait un retour fracassant avec « Bang », son quatrième album depuis… 1979 ! Malgré une histoire compliquée, le groupe a marqué de son empreinte l’Histoire du Heavy Metal et son appartenance à la fameuse et mythique NWOBHM n’a donc rien d’anodin. Avec ce nouvel opus, c’est une formation littéralement revigorée et plus combative que jamais qui vient remettre quelques pendules à l’heure. Dans un style qui n’a pas pris une ride et qui au contraire se tourne vers un avenir qui s’annonce plus que prometteur, SWEET SAVAGE peut toujours compter sur son frontman originel, dont la voix n’a pas bougié d’un iota. Entretien avec Ray Haller, un chanteur et bassiste passionné, qui regarde le passé avec sérénité et le futur avec appétit.

– Sans revenir sur l’histoire très, très mouvementée du groupe à travers 46 ans d’une  carrière hachée, si vous deviez décrire cette sorte de ‘légende’ que représente aujourd’hui SWEET SAVAGE, que retiendriez-vous de ce parcours unique ?

Je pense que SWEET SAVAGE a conservé ce statut au fil des ans pour de nombreuses raisons. La principale est que nous avons persévéré. Même si nous n’avons pas beaucoup joué, nous avons toujours été présents. Je crois que les gens nous connaissent et se souviennent de nous simplement parce que nous n’avons jamais arrêté. Nous avons composé des chansons solides, mais surtout, nous avons accueilli des musiciens incroyables, notamment Vivian Campbell et Simon McBride, qui ont tous deux accompli de grandes choses. Ce dont je me souviens vraiment de toute cette aventure avec SWEET SAVAGE, ce sont les rencontres que j’ai faites : des fans de Heavy Metal du monde entier, dont certains sont devenus de grands amis. J’ai aussi rencontré des musiciens fantastiques, dont certains sont mes idoles musicales.

– Vous faites un retour fracassant avec « Bang » et à tes côtés, Ray, on retrouve le solide Marty McCloskey à la batterie depuis « Regeneration » (2011) et le fougueux guitariste Phil Edgar. Au regard de votre discographie, j’ai le sentiment que SWEET SAVAGE n’a jamais été aussi uni et inspiré. Est-ce qu’une nouvelle ère débute véritablement pour vous ?

L’album « Bang » marque un nouveau départ, c’est vrai. C’est un son frais, génial et moderne. La production est incroyable et je suis convaincu qu’il marque un nouveau chapitre pour le groupe. Il poursuit ce que nous avons commencé avec « Regeneration » dans la bonne direction. C’est fantastique d’avoir Marty à la batterie dans SWEET SAVAGE, cela témoigne vraiment de sa loyauté au sein du groupe. Marty est avec nous depuis l’album « Regeneration ». Phil est également avec nous depuis à peu près la même époque. Nous sommes tous impliqués dans d’autres projets musicaux, mais dès que nous nous appelons, nous répondons présent. C’est formidable d’avoir ce noyau dur. Nous avons deux talents fantastiques au sein du groupe. Au fil des ans, nous avons eu la chance d’avoir Vivian Campbell, l’un des meilleurs guitaristes de Rock au monde, et Simon McBride, qui est sans doute le plus grand guitariste de Rock aujourd’hui. Nous avons toujours eu une chance incroyable de pouvoir compter sur la qualité des musiciens qui ont fait partie de SWEET SAVAGE. « Bang » ouvre clairement la porte à un public bien plus large qu’auparavant. Il y a tellement de morceaux qui plaisent au-delà des seuls fans de Metal. La diversité des chansons est incroyable. C’est un album de Hard Rock traditionnel avec un son très moderne.

– L’une des choses qui ressort de « Bang » est sa très belle production. Elle donne même l’impression qu’un voile a été levé sur la musique du groupe. Dans quelles conditions et avec quel entourage avez-vous enregistré cet album, qui est de loin le plus explosif jusqu’à aujourd’hui ?

Je suis ravi que la production de cet album te plaise, je la trouve incroyable aussi. L’album a été coproduit par Simon McBride et moi-même. Nous avons tout enregistré dans le studio personnel de Simon, ce qui nous a laissé tout le temps nécessaire pour expérimenter. Beaucoup pensent que nous avons utilisé des claviers, mais c’est en fait le travail de guitare de Simon, qui a utilisé une large gamme de pédales d’effets et a poussé la guitare vers de nouveaux sommets. Je pense que tu as raison, un voile a été levé. Nous n’avions aucune contrainte et nous avons décidé de faire l’album que nous voulions et à notre rythme. Nous avons pris les riffs Hard Rock qui sont au cœur de notre son, y avons ajouté des touches nouvelles et modernes et nous avons fini par créer « Bang ». Simon et moi sommes extrêmement fiers de ce que nous avons produit. L’absence d’influence extérieure nous a permis de créer un album qui nous ressemble. « Bang » est un album très explosif, et nous aimons à penser que le titre signifie que SWEET SAVAGE est bel et bien de retour en force.

– Ce qui surprend aussi chez SWEET SAVAGE, c’est que malgré des sorties d’album très espacées, aucune réalisation ne se ressemble et pourtant une forte personnalité s’en dégage. Comment entretient-on une telle identité à travers le temps et si peu de productions finalement ?

C’est une excellente question et je suis ravi que tu la soulèves. C’est formidable que tu l’aies remarqué, vraiment. SWEET SAVAGE a un son unique. Bien que nos albums aient été espacés au fil du temps, nous pensons que cela témoigne d’une progression naturelle et cela souligne aussi la capacité d’évolution du groupe. Nous avons un son fondamental qui reste cohérent. Ma voix n’a jamais changé, elle a toujours conservé ce même style brut et audacieux. Notre conviction est que nous composons toujours des riffs de Hard Rock et de Heavy Metal, et nos chansons sont toujours axées sur la guitare. Nous sommes, au fond, un groupe de guitare. Même si les albums sont étalés sur une longue période, les fondations de SWEET SAVAGE restent les mêmes. Nous sommes toujours le groupe que nous étions il y a 40 ans.

– Sur « Bang », on retrouve donc Simon McBride de Deep Purple et ancien membre du groupe, qui livre plusieurs parties de guitares. A Priori, ses sessions ont été enregistrées avant qui ne se lance en solo. On a presque l’impression que SWEET SAVAGE est une sorte de famille, en tous cas à Belfast. C’est le cas ?

Simon est un membre de longue date du groupe et a participé à chacun de nos albums. Il reste l’un de nos amis les plus proches et il nous aide dès qu’il le peut. Il joue de toutes les guitares sur l’album « Bang ». Tous les solos et les parties de guitare sont de lui. Simon et moi avons écrit toutes les chansons ensemble. Il est impliqué depuis le tout début et il a joué un rôle clef tout au long du processus. Le groupe est comme une grande famille. L’Irlande du Nord est un petit pays et il est difficile de trouver de très bons musiciens de Heavy Metal et de Hard Rock. On se connaît tous ici, avec seulement 1,9 million d’habitants, c’est une scène très soudée. Comme tu peux l’imaginer, trouver les bonnes personnes à proximité a toujours été un défi. Au fil des ans, d’autres membres ont évolué vers d’autres projets, mais pour l’essentiel, nous sommes tous restés amis jusqu’à aujourd’hui. Le projet SWEET SAVAGE a toujours été très familial et c’est en grande partie, parce que l’Irlande du Nord est une petite communauté.

– L’album est toujours très Heavy Metal bien sûr et les textes ne manquent ni de pertinence, ni de verve. Est-ce que, finalement, les thématiques restent les mêmes à travers les époques et aussi lorsqu’on évolue dans un registre comme le vôtre ?

C’est un album très Heavy Metal, comme tu le dis, et nous avons essayé de rendre les paroles aussi convaincantes et entraînantes que possible. Sur les premiers albums, comme beaucoup de nos pairs, nous parlions de démons et de dragons, de châteaux, du feu, etc… Mais aujourd’hui, sur « Bang » et 40 ans plus tard, les thèmes sont beaucoup plus modernes. Nous écrivons sur la vraie vie, le quotidien. L’une des chansons de l’album s’intitule « Bad F Robot ». Elle parle essentiellement de l’IA, et plus précisément de la peur des musiciens, des acteurs, des journalistes et d’autres acteurs des industries créatives de voir l’IA prendre le dessus et rendre ces carrières et ces débouchés créatifs obsolètes. « Bang », le morceau éponyme, est en fait une chanson sur la vie. Elle invite l’auditeur à garder les yeux grands ouverts, à regarder par-dessus son épaule, car on ne sait jamais ce qui nous attend. On ne sait pas si on va perdre son travail, sa maison. L’album parle d’incertitude et de vigilance dans un monde en constante évolution. Les paroles sont bien plus pertinentes aujourd’hui, c’est vrai. Je ne prétends pas être poète, ni être le Bono nord-irlandais, mais je pense que les textes parlent à tout le monde. Si vous les lisez, vous vous reconnaîtrez probablement dans l’histoire, car elle parle de notre quotidien. On se lève le matin, on va au travail, on rentre à la maison, on coupe la pelouse et on va au supermarché : toutes ces choses banales que nous faisons tous. Alors, si vous écoutez bien les paroles, vous pourrez vous imprégner des chansons et donner votre propre sens à chaque morceau, en fonction de son application à votre vie.

– Peut-être malgré vous d’ailleurs, SWEET SAVAGE a toujours eu un côté underground sans doute du à l’instabilité du line-up. Est-ce que c’est tout de même un aspect que vous cultivez de votre approche musicale ?

Oui, nous sommes restés underground, non pas volontairement, mais surtout par manque de financement et, par le passé, par l’absence de soutien d’une grande maison de disques. Nous avons eu du mal à percer hors d’Irlande et du Royaume-Uni, surtout à nos débuts. Nous nous sommes toujours sentis géographiquement désavantagés. Du coup, nous sommes restés quelque peu underground. Je pense que ce statut est dû au fait que ceux qui ont entendu le groupe l’ont trouvé vraiment bon, ont aimé sa musique et ont reconnu son talent. Il suffit de regarder les musiciens qui ont fait leur apparition chez SWEET SAVAGE : Vivian Campbell, qui a ensuite joué avec Dio, Whitesnake et maintenant Def Leppard, et bien sûr, Simon McBride, actuel guitariste de Deep Purple. Cela vous donne une idée du calibre des musiciens de SWEET SAVAGE. Malheureusement, nous avons conservé l’étiquette ‘underground’ simplement parce que nous n’avons jamais eu l’argent, ni le soutien nécessaires pour percer et nous faire connaître auprès d’un public plus large sur une plus grande scène. L’Irlande du Nord est à l’extrême limite de l’Europe. En fait, nous ne faisons même plus partie de l’Union Européenne, ce qui est incroyablement triste, même si c’est un tout autre sujet. Mais cela a clairement rendu plus difficile notre intégration dans le monde du Rock et du Metal grand public. Des fans m’ont déjà posé des questions à ce sujet et la vérité est simple : au début, nous n’avions tout simplement pas les moyens de faire des tournées. Nous ne pouvions pas louer de bus, ni payer les frais de transport pour quitter l’île et jouer devant un public plus large. Nous venions tous de milieux populaires, ce qui représentait des obstacles financiers majeurs pour nous et nos familles au début des années 80. J’aimerais bien que le groupe devienne plus grand public, bien sûr. Mais en même temps, je suis vraiment fier que nous soyons toujours reconnus tout en étant étiquetés comme ‘underground’.

– J’aimerais que tu me dises un mot sur la fameuse NWOBHM à laquelle vous êtes assimilés. Quel regard portais-tu à vos débuts sur ce mouvement, dont vous étiez aussi l’un des pionniers ? Et qu’en reste-il aujourd’hui, selon toi ?

Le mouvement NWOBHM était brillant à l’époque. Il s’inscrivait dans la lignée du mouvement Punk. Le Punk est arrivé et a ébranlé l’establishment. Les grands dieux du Rock de l’époque, des groupes comme Yes, Pink Floyd et d’autres, se sentaient intouchables. Ils donnaient l’impression que faire de la musique était une chose impossible pour les gens ordinaires, surtout issus d’un milieu ouvrier. Puis, le Punk est arrivé. Les punks ont montré au monde que c’était possible. Avec une guitare et le pire ampli possible, il suffisait de connaître trois accords pour monter un groupe et réussir. Pour moi, le NWOBHM était la version Heavy Metal du Punk. Ce n’est que mon avis, mais ce mouvement m’a permis, ainsi qu’à des groupes comme Def Leppard et Iron Maiden, de croire que nous pouvions écrire nos propres morceaux, les jouer et attirer les foules. Avant ça, l’idée semblait ridicule, du genre : « Ne sois pas stupide, tu ne seras jamais assez bon pour écrire une chanson ou enregistrer un album. » Mais la NWOBHM a permis à des jeunes comme moi de croire que nous pouvions y arriver. C’était incroyable à l’époque et c’est toujours formidable d’y être associé. Aujourd’hui, je pense que la NWOBHM est un mouvement musical légendaire. Je sais que beaucoup de jeunes fans de Metal à travers le monde en ont entendu parler. Ils ne comprennent peut-être pas vraiment ce que c’était véritablement, ni ce qu’elle représentait. La publication de ton interview contribuera, je pense, à expliquer aux jeunes lecteurs et aux auditeurs de Heavy Metal ce qu’était vraiment la NWOBHM. Son existence a ouvert la voie à des groupes comme Metallica, Slayer et Pantera. La NWOBHM nous a donné la conviction que nous pouvions faire partie de quelque chose de plus grand. Je serai toujours reconnaissant pour cette période de l’histoire de la musique, et je suis honoré d’être mentionné dans le mouvement que représente la NWOBHM.

– Avec un tel album et le soutien d’un label comme earMUSIC, SWEET SAVAGE est aujourd’hui sur une belle dynamique et possède tous les atouts pour bien défendre « Bang », notamment sur scène. Qu’en est-il de ce côté-là ?

C’est formidable d’avoir un label comme earMUSIC derrière nous. Je suis heureux qu’ils aient accepté de collaborer avec nous et sortir ce disque. Et ils l’adorent sincèrement. Tout le monde dans la maison de disques semble être un véritable mélomane. C’est vraiment un groupe de personnes incroyable, car elles se soucient de la musique elle-même. Max, le directeur du label, nous a confié à quel point il avait personnellement adoré ce disque et qu’il avait formé une équipe formidable autour de nous. Et elle a été géniale : tout le monde travaille dur, nous traite avec beaucoup d’attention et a tout donné pour créer le meilleur package possible. Je trouve que « Bang » est un excellent disque. Tout y est professionnel et cohérent. La production est fantastique, aucun détail n’a été négligé. La pochette est magnifique, les thèmes abordés tout au long des visuels et du packaging sont cohérents et reflètent parfaitement l’image et l’identité du disque, du début à la fin. Je suis vraiment fier de tout ce qui a trait à « Bang ». A chaque fois que je consulte les réseaux sociaux, je suis toujours impressionné par l’harmonie et la perfection de l’ensemble, et tout cela est dû à earMUSIC et à notre management. La prochaine étape est de le jouer en live. Avec sa sortie, nous prévoyons de jouer partout au Royaume-Uni, en Irlande, en Europe et, espérons-le, dans des endroits où nous ne sommes jamais allés auparavant. Ce serait formidable de toucher de nouveaux publics, notamment en Amérique latine, où les fans n’ont jamais eu la chance de nous voir en concert. J’imagine que nous allons d’abord nous produire en concert dans les principaux pays européens, avec l’intention de nous étendre à de nouveaux pays et de nouvelles villes sur le continent. Ce sera formidable de jouer cet album en live ! Les chansons prennent déjà une nouvelle énergie, même en répétition, et je suis impatient de pouvoir les faire découvrir au public.

– Enfin, et parce que la nouvelle génération ne le sait peut-être pas, SWEET SAVAGE a donc été le premier groupe de Vivian Campbell qui a  fait la carrière que l’on sait. Par la suite, Metallica a aussi repris votre morceau « Killing Time » et beaucoup de fans vous ont alors découvert. Quels sont vos liens aujourd’hui avec eux deux ? Et de manière plus anecdotique, ce sont des arguments marketing qui doivent faire pâlir de nombreux groupes actuels… Cela entretient-il aussi une certaine légende également, selon toi ?

Oui, SWEET SAVAGE était le premier groupe de Vivian Campbell. Vivian et moi l’avons formé il y a longtemps. Dès le début, j’ai su que Vivian était spécial. C’était un guitariste incroyable, dans la lignée des grands guitaristes irlandais comme Gary Moore et Rory Gallagher. Et maintenant, Simon McBride fait partie de ce top 4. C’est fou de penser que ces quatre-là, Gary Moore, Rory Gallagher, Vivian Campbell et Simon McBride, sont tous reconnus comme des guitaristes de renommée mondiale. Ils sont irlandais et deux d’entre eux ont joué dans SWEET SAVAGE. Cela en dit long sur le groupe et sur la qualité de la musique que nous avons créée au fil des ans. Puis, lorsque Vivian a rejoint Dio, Metallica a repris « Killing Time ». Honnêtement, il n’y a pas de meilleure reconnaissance que le plus grand groupe de Heavy Metal du monde choisisse de reprendre une de vos chansons. Quand les choses ont commencé à se calmer, quand le Grunge a pris le dessus, la reprise de « Killing Time » par Metallica nous a ramenés à la vie. Je ne les remercierai jamais assez, aujourd’hui encore. Chaque fois qu’ils nous mentionnent, ou nous font une publicité même infime, cela maintient le groupe en vie. Si Metallica parle de vous, vous recevrez l’appel d’un promoteur, ou d’un agent, pour demander si on peut faire un concert. Metallica nous a vraiment aidés à décrocher énormément d’opportunités. Honnêtement, je ne les remercierai jamais assez. Par ailleurs, je parle à Vivian au moins une fois par semaine depuis 40 ans. C’est l’un de mes meilleurs amis et j’ai des liens très étroits avec lui et sa famille. On fait cette interview un samedi, j’ai parlé à Vivian hier et je le vois lundi, car il arrive en avion pour un concert à Londres et il vient ensuite en Irlande. J’ai aussi de temps en temps des conversations avec les gars de Metallica, surtout quand ils jouent dans le coin. Je suis toujours à leur concert et on se retrouve à chaque fois. On boit généralement une bière et on parle de la vie de tous les jours. Je ne leur parle pas régulièrement, mais dès qu’ils sont en ville et si je suis là, on se voit. Et c’est toujours un plaisir. Ce sont des types comme toi et moi et ils jouent dans le plus grand groupe de Heavy Metal du monde. Mais sans leurs instruments, ce sont des types ordinaires, très terre-à-terre. Ils aiment parler de sport, de voitures, de météo, … C’est vraiment génial quand un groupe comme Metallica mentionne votre nom. Sans aucun doute, ça nous aide à rester sur le devant de la scène et à travailler.

Le nouvel album de SWEET SAVAGE, « Bang », est disponible chez earMUSIC.

Photos : Mark Hylands

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Heavy metal Old School Speed Metal

Iron Spell : devil inside

Originaire de Santiago au Chili, IRON SPELL cultive son amour pour le Heavy originel avec une minutie et une créativité que l’on ne voit d’ailleurs plus beaucoup chez les derniers représentants du genre. Avec un esprit très cinématographique, « From The Grave » possède ce côté épique propre au Metal du siècle dernier avec une bonne dose de Speed et de Power Metal de la première heure (le vrai !). Authentique et puissant, ce nouvel opus est l’un des meilleurs de l’année dans sa catégorie.

IRON SPELL

« From The Grave »

(Dying Victims Productions)

Chez IRON SPELL, on est tenace et combatif. Formé en 2013, le groupe a essuyé plusieurs changements de line-up, a sorti un premier album, « Electric Conjuring », trois ans plus tard et l’EP « Live Magic After Midnight » en 2021. Cela fait donc neuf ans que l’on attend ce deuxième effort et avec « From The Grave », le quintet frappe fort. Les bases sont forgées dans un Heavy Metal traditionnel et sur une thématique axée sur l’horreur dans ce qu’elle a de plus classique. Et s’il n’y a pas de révolution, il y a beaucoup de conviction.

Imperméables aux modes, les Chiliens arborent un registre Old School directement hérité de King Diamond, Iron Maiden, Black Sabbath, W.A.S.P. et Rainbow. Mystique et obscur, IRON SPELL emprunte autant au Speed Metal qu’au Hard Rock avec un penchant pour les grosses guitares. Et le duo à l’œuvre sur « From The Grave » a de la suite dans les idées. Riffs acérés, twin-guitares enflammées et solos tourbillonnants, la NWOBHM a aussi inspiré la formation sud-américaine et elle a su en garder le meilleur.

L’explosivité de cette nouvelle production doit aussi beaucoup à son frontman, dont l’amplitude vocale fait des merveilles. Diablement accrocheur, il guide IRON SPELL dans un univers horrifique bien à lui. Rapides et racés, les morceaux s’enchaînent affichant une belle polyvalence, des mélodies entêtantes et une personnalité artistique  où le côté Rock a aussi sa place (« Curse Of The Ushers », « Devil King », « Deep In The Night », « Black, Hot & Heavy », ainsi que l’interlude instrumentale menant au final « Children Of the Night »). Foudroyant !

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Proto-Metal Stoner Doom

Margarita Witch Cult : breuvage maléfique

S’il ne fait pas dans le détail, le Stoner Doom du trio britannique se meut pourtant dans une harmonie toute personnelle, malgré des déflagrations aussi soudaines que régulières. Avec « Strung Out In Hell », MARGARITA WITCH CULT impose son style et ne manque pas d’imagination. Ecorché et enflammé, le combo sort des ténèbres pour se montrer intraitable. Stoner, Doom et attaché au Heavy Metal originel, il fracasse méticuleusement tout sur son passage.

MARGARITA WITCH CULT

« Strung Out In Hell »

(Heavy Psych Sounds)

Deux ans après un premier album remarqué, le trio de Birmingham vient enfoncer le clou avec « Strung Out In Hell », brûlot explosif et démoniaque. Et forcément, lorsqu’on est originaire de la ‘Sabbath City’, berceau du Metal, il est difficile de ne pas y trouver quelques références que MARGARITA WITCH CULT semble parfaitement assumer. Pas franchement Heavy Metal malgré des embardées rappelant ponctuellement la NWOBHM, le Stoner Doom des Anglais se veut surtout épais, massif et teinté de proto-Metal.

Avec un héritage revendiqué, Scott Abbott (guitare, chant), George Casual (batterie) et Jim Thing (basse) s’ouvrent les portes de l’enfer de la manière la plus débridée qui soit dans un maelstrom décibélique au groove épique et dans une ambiance maléfique. Très 70’s dans l’esprit, on retrouve chez MARGARITA WITCH CULT quelques éclairs que n’auraient pas renié Alice Cooper, Deep Purple et bien sûr Black Sabbath. Et, passé à la moulinette Stoner, l’ensemble prend une dimension grasse et écrasante.

La tempête commence dès les premières notes de « Scream Bloody Murder » et ne faiblit pas un instant sur « Conqueror Worm » et « Witches Candle ». L’entame est lourde et fulgurante. Mais c’est sans compter sur le sens de l’humour de MARGARITA WITCH CULT qui nous balance une reprise façon bulldozer et bardée de riffs taillés à la hache de « White Wedding » de Billy Idol. Une petite douceur avant l’agressif « Dig Your Way Out », puis « The Fool » et son dantesque solo de saxo. Un retournement de cerveau dans les règles !

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Heavy metal

Crystal Viper : the electric stage

Au fil de ses réalisations, et notamment des deux dernières, CRYSTAL VIPER s’impose brillamment sur la scène Heavy Metal européenne. Il ne manquait qu’un témoignage en public pour confirmer l’ascension et la reconnaissance des fans à la formation polonaise pour assoir sa réputation. En offrant des performances de ce calibre, sa fondatrice est irrésistible et son groupe devient petit à petit un acteur incontournable du style. « The Live Quest » est juste renversant et électrisant.

CRYSTAL VIPER

« The Live Quest »

(Listenable Records)

Alors que les Polonais défendaient leur neuvième album, « The Silver Key », à travers toute l’Europe, ils ont eu la bonne idée d’enregistrer de nombreuses prestations que ce soit chez eux bien sûr, mais aussi en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Italie, en France, en Belgique et en République Tchèque. Et il faut reconnaître que l’accueil fait à CRYSTAL VIPER est unanime. Depuis « The Cult » sorti en 2021, le groupe a pris une nouvelle dimension, comme en témoigne « The Live Quest » et cela s’entend.

En tête d’affiche de sa tournée et fort de passages salués au Wacken Open Air et au Hellfest, le combo mené par avec force par sa chanteuse, bassiste et guitariste Martha Gabriel présente ici ses premières captations live. Très bon condensé d’une carrière en pleine ébullition, les concerts de CRYSTAL VIPER sont aussi explosifs que ses disques, et quelques classiques se démarquent même de ce répertoire qui commence à être bien étoffé. Et le public ne s’y trompe pas en rendant ses concerts inoubliables.

Dès la captivante intro « Return To Providence », puis  « Fever Of The Gods », on entre dans le vif du sujet. S’enchainent « The Silver Key », « The Cult », « Metal Nation » où la communion est totale, « Night Of The Sin », « Still Alive », … CRYSTAL VIPER affiche un Heavy Metal musclé, aux portes du Power, et la performance vocale de sa frontwoman est exemplaire. Elle est l’une des meilleures chanteuses actuelles et c’est de plus en plus incontestable. Brut et puissant, « The Live Quest » montre le meilleur du quatuor.

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums du groupe :

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Heavy metal

Saxon : l’éternel âge d’or

Il existe des groupes qui traversent le temps et font fi des modes et des courants avec une désinvolture et une facilité déconcertantes. SAXON en fait partie et leur venue l’an dernier au Hellfest en est la preuve éclatante. Mené par son emblématique et infaillible frontman, il a été magistral de bout en bout en parcourant un répertoire décidemment intemporel pour son douzième album live. Explosifs et jamais rassasiés, les Britanniques ont dynamité le festival avec classe et élégance, comme en témoigne « Eagles Over Hellfest ».

SAXON

« Eagles Over Hellfest »

(Silver Lining Music)

A quelques jours de l’ouverture de la 18ème édition du Hellfest à Clisson, SAXON partage son explosive prestation de l’an dernier, enregistrée le 29 juin juste après celle de Metallica. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Anglais ont mis le feu à la petite cité bretonne, grâce notamment à une setlist bien équilibrée et représentative d’une bonne partie de leur carrière. Les 14 morceaux sont triés sur le volet avec tout de même une belle saveur 80’s pour l’essentiel. Leur meilleure période, cela dit.

Pourtant, c’est avec le morceau-titre de son dernier album, « Hell, Fire And Damnation », que SAXON a entamé les festivités provoquant un premier électrochoc dans le public. Dans la foulée, Biff Byford y est allé d’un sifflement rassembleur sur « Motorcycle Man » pour nous renvoyer 45 ans en arrière. Malgré le temps qui sépare les deux premiers titres du concert, il est presque impossible de les dater. Mieux, la scène leur fait l’effet d’une véritable cure de jouvence. Puis, les classiques s’enchaînent avec une ferveur et une envie palpables.

L’un des exercices les plus périlleux d’un Live n’est pas tant la performance du combo que l’on sait inamovible, mais sa captation. Et sur ce point, « Eagle Over Hellfest » est remarquable. Le mix est irréprochable, l’équilibre entre la foule et le groupe respecté et on se délecte des hymnes qui se succèdent : « Dallas 1 PM », « The Eagle Has Landed », « Demin And Leather », « Wheels Of Steel », avant un final d’anthologie et des versions survitaminées de « Crusader » et « Princess Of The Night ». Inégalable ? Il y a de ça, oui !  

A noter que « Eagles Over Hellfest » existe dans une version double-CD avec l’intégralité de « Hell, Fire And Damnation » pour les retardataires.

Retrouvez aussi les chroniques des deux derniers albums du groupe :