Avec « II », ICONIC affine la vision de son Hard Rock et offre une bonne continuité à ses débuts remarqués. Originaires des Etats-Unis pour la plupart, c’est pourtant un frontman britannique qui guide les chevronnés musiciens de ce combo à la composition assez exceptionnelle. Si la technologie actuelle permet beaucoup de choses, et pas toujours heureuses d’ailleurs, la magie opère entre des partenaires qui se trouvent les yeux fermés à travers un style classique, relevé et vigoureux.
ICONIC
« II »
(Frontiers Music)
Forte d’un bon premier album en 2022, « Second Skin », la formation anglo-américaine récidive avec « II » et démontre ainsi qu’il ne s’agissait pas d’un one-shot. Car ICONIC se présente comme un supergroupe. Rangé derrière le chanteur Nathan James d’Inglorious, c’est un line-up cinq étoiles que l’on retrouve à la manœuvre. Aux guitares, Michael Sweet (Stryper) et Joel Hoekstra (Whitesnake) donnent le ton et rivalisent de prouesses, tant à travers des riffs acérés que des solos de haute volée, sur lesquels ils se relaient avec virtuosité.
Quant à la rythmique, elle est tout aussi bétonnée. Derrière les fûts, l’inamovible Tommy Aldridge (Whitesnake, Ozzy) se montre implacable et très complice avec Marco Mendoza (Whitesnake, Twisted Sister), qu’il connaît bien. ICONIC a donc très fière allure et se montre techniquement irréprochable. En affichant une sorte de version actuelle du Serpent Blanc, le quintet ne prend pas beaucoup de risques, mais il reste convaincant. L’écriture est soignée et efficace, l’interprétation imparable et son Hard rock accrocheur et mélodique.
Forcément ancré dans un esprit très 80/90’s, les cinq musiciens ont compris qu’ils devaient se renouveler, tout en gardant cette touche unique qui a toujours fait leur force et qui leur accorde même une certaine intemporalité. Même si « II » ne possède pas le panache de « Second Skin », ICONIC n’a aucun mal à s’affirmer et à préciser une identité musicale forte. Elegant et légèrement bluesy, les titres de ce nouvel opus ne manquent ni d’énergie, ni de variations (« Cry No More », « Open My Eyes », « SOS », « Far Away », « Hearts Of Stone »). Flamboyant et intense.
Originaire de la capitale nippone, le tandem commence à se faire une place sur la scène underground. Fort d’un style tranchant et mélodique, COVEN JAPAN livre un deuxième opus très convaincant à l’identité de plus en plus distincte. Si certaines références, issues d’Europe comme du Japon, sont encore évidentes, « Promised Land » s’en détache sur des parties de guitares soignées, un chant solide et une rythmique galopante. L’esprit vintage est assumé et le registre direct.
COVEN JAPAN
« Promised Land »
(No Remorse Records)
Fervents adeptes du DIY, c’est tout d’abord sous le nom de Coven (quelle drôle d’idée!) que la chanteuse Taka et le guitariste Akihiro Ito ont fondé leur groupe en 2016. L’année suivante, leur premier EP, « The Advent », leur a ouvert de nombreuses portes, dont celles du label grec No Remorse Records chez qui ils ont sorti l’album « Earthlings » fin 2023, mais cette fois sous la bannière de COVEN JAPAN. Dix ans après sa création, les Japonais se sont donc développés à l’international et « Promised Land » confirment de belles prédispositions.
Défenseurs d’un Heavy Metal Old School et fortement inspiré par la NWOBHM, les Tokyoïtes ont cependant su imposer une marque bien à eux. En premier lieu, la frontwoman use de sa langue maternelle et aussi de l’anglais (à l’accent prononcé), ce qui donne une saveur spéciale aux morceaux. Ces derniers sont d’ailleurs souvent imprégnés de leur culture, de sonorités de certains groupes de leur pays (Blaze, Blizard) et de chansons d’animation. COVEN JAPAN s’est créé un univers personnel parfois étonnant et dont les différentes atmosphères sont très accrocheuses.
Auteur, compositeur et interprète, le duo a également enregistré et mixé ensemble « Promised Land », ce qui lui donne beaucoup de certitudes sur ses intentions et sa maîtrise. A noter également que les parties de basse et de batterie sont assurées par les deux musiciens, contribuant au son très organique de COVEN JAPAN. Racé et efficace, le Heavy Metal proposé est rétro et dynamique, et les featurings du suédois Tomas Ericson de Helvetets Port sur « Witchfinder » et celui du Français Niels Bang d’Animalize sur « Breath Of The Distand » sont costauds. A découvrir !
En trouvant le juste milieu entre puissance et refrains fédérateurs, ESCAPE THE HIVE assume pleinement son amour pour un Hard Rock d’apparence légère, mais à la technique redoutable. Originaire de Phoenix, Arizona, le quatuor renoue avec un style originel avec élégance et intensité en insufflant un élan moderne sur des sonorités familières. « Fight Or Flight » frappe juste et fort et rappelle ô combien ce registre est toujours aussi rassembleur.
ESCAPE THE HIVE
« Fight Or Flight »
(Deko Entertainment/ Warner)
Trois ans après « This Is Gonna Sting », qui avait montré de belles choses et qui lui avait surtout permis d’enchaîner les concerts, ESCAPE THE HIVE s’affirme véritablement avec un deuxième effort plein de saveurs. Renouer avec le meilleur des années 80 semble la mission que s’est donné le groupe et de ce côté-là, « Fight Or Flight » montre beaucoup d’envie et la démarche est habillement menée. Riffs appuyés, solos virtuoses et mélodies imparables, l’ensemble est accrocheur, dynamique et d’une totale fraîcheur.
Il faut aussi préciser que les membres d’ESCAPE THE HIVE n’en sont pas à leur coup d’essai et qu’ils présentent tous une solide expérience. Au chant, on retrouve Michael Thomas Beck, qui a œuvré aux côtés de Jake E. Lee au sein de Red Dragon Cartel, l’ex-bassiste de D.L. Marble Paul Williams apporte de la rondeur, le chevronné Rich Hinshaw martèle ses fûts avec force et le fougueux Conrad Vareta livre des parties de guitares redoutables. A eux quatre, ils nous replongent à l’âge d’or du Hard Rock, aux grandes heures de Van Halen, Dokken, Warrant et d’autres, sans effet vintage.
Avec un frontman de cette trempe, les Américains possèdent un sérieux atout, mais c’est surtout la connexion entre les musiciens qui fait de « Fight Or Flight » un album dont on a du mal à se défaire. L’atmosphère est chaleureuse et entraînante, le groove constant et ce petit côté classique a quelque chose d’irrésistible. Concis et précis, ESCAPE THE HIVE ne cherche pas à réinventer le genre, mais plutôt à faire durer le plaisir (« Stings Like The Truth », « Around The Sun », « Skin And Bone », « Don’t Spill The Wine », « Oh Brother »). Un disque qui fait du bien !
Très créatifs et percutants, les musiciens de MASTER MASSIVE mènent une espèce d’armada Heavy Metal, qui s’engouffre dans de très nombreux courants comme pour mieux établir une identité musicale plus forte. Avec « White Shadows », leur troisième album, les Scandinaves se montrent très techniques, mélodiques et véloces. Classique dans le fond, la forme quant à elle est pleine d’imprévus et prend bien soin d’éviter des clichés souvent incontournables. Inattendu et musclé, le jeu du combo sort des sentiers battus avec autant d’allant et de maîtrise que de finesse.
MASTER MASSIVE
« White Shadows »
(Fireflash Records)
Les Suédois ne donnent pas souvent de leurs nouvelles, alors si en plus elles sont bonnes, le plaisir n’en est que décuplé. Fondé en 1993 par le guitariste Janne Strandh, il aura pourtant fallu attendre 2015 pour que « The Pendulum » voit le jour, puis « Black Feathers On Their Graves », cinq ans plus tard. Autant dire que MASTER MASSIVE avance à un rythme de sénateur, mais avec la manière et la certitude de bien faire les choses et de délivrer de très belles surprises. Et sur « White Shadows », c’est notamment le line-up qui détonne.
Le groupe se présente avec trois chanteurs et affiche une phénoménale force de frappe, ainsi son Heavy Metal devient plus polymorphe encore. Tony Niva (ex-Lion’s Share, Zanity), Viktor Gustafsson (Lethal Steel) et Marcus Karlsson, qui faisait déjà partie de l’aventure, se complètent à merveille et ont surtout la particularité d’offrir un panel vocal plus que conséquent à MASTER MASSIVE. Aigus, massifs, agressifs ou rauques, les registres empruntés par le trio ne montrent pas la moindre faiblesse et l’ensemble est étincelant.
Si l’atmosphère est clairement Old School, le Heavy Metal du sextet est quant à lui beaucoup plus complexe. En ouvrant avec le morceau « Noah’s Cross » et ses onze minutes, le ton est donné et l’audace, dont fait preuve la formation, laisse supposer que la suite s’annonce étonnante… et elle l’est ! Entre Speed Metal, Power, Prog et Doom, MASTER MASSIVE ne s’interdit rien, fait une très belle synthèse et obtient un son et un style originaux (« Islands And Bells », « Blood On The Floor », « Silver Bullet » et le morceau-titre). Solide et virtuose !
Petit à petit, la scène Hard Rock hexagonale commence à avoir fière allure, grâce à des groupes qui s’approprient avec talent un héritage essentiellement américains, tout en s’en éloignant judicieusement pour imposer une patte originale. HARSH est de ceux-là et ce nouvel album vient confirmer que leur entrée en matière n’avait franchement rien d’anecdotique. Il faudra dorénavant compter sur la formation de la capitale et « Feels » l’installe avec vigueur. Fédérateurs dans les refrains, musclés dans les parties de guitares, tout comme dans une rythmique implacable, les quatre musiciens sont aussi déterminés qu’irrésistibles.
HARSH
« Feels »
(Fireflash Records)
Certains penseront peut-être que HARSH se cherche toujours, que ce soit dans le style comme dans le son et ce n’est pas complètement faux. Avec ce deuxième opus, le quatuor a de quoi se montrer déroutant, même si on n’est pas non plus dans l’antithèse d’« Out Of Control », sorti en 2022. Quatre ans plus tard, et après avoir pas mal tourné, le combo a pris le temps de se pencher sur les sentiments qui l’ont traversé au fil du temps et le résultat se reflète sur « Feels », où une très nette évolution se ressent. Groove et Rock s’entremêlent harmonieusement.
Alors que le premier effort était clairement estampillé Glam Rock, celui-ci vise un Hard Rock moins festif et donc plus sérieux. On doit sans doute cette différence de ton à l’envie d’être plus costaud et massif. Et c’est réussi. Cela dit, la production effectuée par Hannes Braun, chanteur de Kissin’ Dynamite et qui a également travaillé avec BlackRain, y est sûrement pour beaucoup. HARSH a donc opéré un léger changement de cap et dans la sonorité, on se rapproche un peu plus des réalisations germaniques, forcément, mais aussi scandinaves.
Pour autant, les Parisiens n’ont rien perdu de leur sens de la mélodie et surtout de leur facilité à se rendre très accrocheurs. A grand renfort de chœurs bien placés et pas trop envahissants, ils prouvent que leurs influences sont bien dirigées et moins présentes. Le chant tout en puissance et en délicatesse guide des morceaux, où les guitares tiennent les rênes de ces nouvelles compositions. Entre riffs entraînants et solos plein de feeling, HARSH laisse aussi échapper un parfum très 80’s, sans pour autant tomber dans une nostalgie exacerbée. Fougueux et solide !
Retrouvez la chronique du premier album de HARSH :
C’est assez rare de voir des groupes de Metal se prêter au jeu de la musique de film, notamment lorsqu’il s’agit de la réinventer en se démarquant de l’originale. Pourtant, les Californiens de SLEEPBOMB se sont engouffrés dans le créneau et leur fertile créativité fait le reste. Dans ses moindres détails, « Songs in The Key Of Conan » restitue l’esprit de l’univers de « Conan le Barbare » et nous permet même de voir défiler certaines scènes. Loin d’en être à leur coup d’essai, celui-ci est un véritable coup de maître.
SLEEPBOMB
« Songs In The Key Of Conan »
(Koolarrow Records)
Jadis, il y a bien longtemps, la musique se jouait en live durant les projections de films. Mais ça, c’était avant. Alors, les Américains s’en sont fait une spécialité et aujourd’hui, on en garde une trace sur différents supports. SLEEPBOMB s’est déjà distingué en (re)composant des bandes originales pour des classiques comme « Nosferatu », « Metropolis », « La Nuit Des Morts-Vivants » ou encore « Le Cabinet Du Docteur Caligari ». Certes, il y a des similitudes entre les genres cinématographiques abordés mais, surtout, la maîtrise est totale.
Signé chez Koolarrow Records, le label du légendaire bassiste de Faith No More Billy Gould, le groupe de San Francisco a décidé cette fois de muscler son jeu en s’attaquant à l’iconique « Conan Le Barbare » de John Milius, sorti en 1982. A l’époque, le film présentait assez peu de dialogues, il faut le reconnaître, et SLEEPBOMB s’est jeté dans cette épopée instrumentale de plus d’une heure et quart et nous fait revivre de manière plus que convaincante l’atmosphère du long métrage qui a fait connaître un certain Arnold Schwarzenegger.
Et le groupe parvient sans mal à nous faire revivre les aventures du guerrier dans un style Cinematic Doom aux teintes post-Metal et au relief tribal. En jouant sur les tessitures sonores et avec l’apport de voix féminines éthérées, de quelques cuivres, de percussions, de synthés et même de clarinette, SLEEPBOMB renoue également avec l’ambiance très 80’s du film. Aussi percutants que contemplatifs, les 16 morceaux forment un ensemble profond et envoûtant. L’album « Songs In The Key Of Conan » mériterait de devenir aussi culte que la pellicule.
Six ans après « Punching The Sky », période passée essentiellement à tourner, puis à mettre au point un nouveau chapitre de leur histoire, les Californiens se sont remis à l’ouvrage sous la houlette de leur leader Joey Vera. Spontané, mais réglé au millimètre, ARMORED SAINT n’a pas son pareil pour faire le lien entre Heavy Metal et Hard Rock et entre la tradition et son époque. Et « Emotion Factory Reset » est le reflet d’un style très personnel qui ne cesse d’évoluer au même titre que les émotions qu’il véhicule.
ARMORED SAINT
« Emotion Factory Reset »
(Metal Blade Records)
ARMORED SAINT est probablement le groupe le moins exposé médiatiquement de la côte ouest, et pourtant il est devenu au fil des ans l’un des plus emblématiques, élevé même au rang de culte par certains qui voit toujours en « March Of The Saint » (1984) une sorte de maître étalon du genre. Mais le combo doit surtout d’être sous-estimé en raison des allers-retours de son chanteur John Bush chez Anthrax 13 ans durant, avec même un rapide retour en 2009. Un manque de reconnaissance, qui s’explique donc par une absence de constance. Cela dit, ce neuvième album en quatre décennies confirme qu’il n’a jamais trahi son public. Une régularité incontestable.
Par ailleurs, il y a un grief que l’on ne pourra pas tenir à ARMORED SAINT, c’est celui de faire deux fois le même disque. C’en est presque à croire qu’il ne regarde jamais en arrière et qu’il ne mise que sur l’avenir. Ainsi, Il prolonge en quelque sorte son œuvre, ce qui signifie aussi l’absence de surprise, ainsi que d’éventuelles déceptions dans un certain sens. « Emotion Factory Reset » correspond parfaitement à son époque et le Heavy Metal déployé ici conserve autant de solides bases établies au début des années 80 qu’il use de sonorités et d’une productions très actuelles. La capacité d’adaptation des Américains fait vraiment partie de leur ADN et cela s’entend.
Guidé par son duo composé du chanteur John Bush et de Joey Vera, bassiste et producteur, le quintet avance naturellement grâce au groove massif de Gonzo Sandoval, qui martèle ses fûts comme peu le font encore. Et cette belle rythmique profite au tandem Phil Sandoval, le frérot, et Jeff Duncan, qui brillent sur des riffs tranchants et entraînants, ainsi que des solos terriblement accrocheurs. ARMORED SAINT transpire le Heavy Metal et on se laisse emporter (« Close to The Bone », « Hit A Moonshot », « Compromise », « It’s A Buzzkill », « Epilogue »). Brut de décoffrage, « Emotion Factory Reset » ne laisse planer aucun doute et se montre imparable.
Vaillants et déterminés, les Lisboètes arrivent à un stade de leur carrière, où ils sont en pleine maîtrise de leur jeu et confortés aussi dans leurs choix artistiques. TOXIKULL est indomptable et entraînant, et chaque morceau de « Turbulence » est une prise d’assaut et une sorte d’acte héroïque, entièrement dédié à un Heavy Metal originel indéboulonnable depuis sa création. Et il sait d’ailleurs aussi très bien se renouveler en se réoxygénant avec force. Le quatuor en est donc un héritier direct que rien ne semble pouvoir arrêter.
TOXIKULL
« Turbulence »
(Dying Victims Productions)
Avec un quatrième album en l’espace de dix ans, TOXIKULL semble avoir trouvé son allure de croisière et continue son immersion dans un Heavy Metal Old School, de celui qui secoue le genre depuis les années 80 notamment. Classique, certes, mais pas en manque d’idées, « Turbulence » est d’une énergie viscérale et atteste d’une maturité acquise patiemment. Agrémenté d’un soupçon de Speed Metal, tout en restant mélodique et accrocheur, ce nouvel opus ne jette pas pour autant un regard passéiste, mais prouve au contraire que l’avenir lui tend les bras. La dynamique est activée.
Deux ans après « Under The Southern Light », et juste après un live sorti l’année dernière, « Echoes From The Arena », sur lequel il a démontré qu’il était réellement taillé pour la scène, TOXIKULL ne relâche donc pas la pression et va de l’avant avec le percutant « Turbulence », le bien-nommé. Racé et tranchant, l’ensemble est très bien produit par Jaime Gómez Arellano (Opeth, Angel Witch, Paradise Lost, Moonspell), qui a parfaitement su retranscrire la passion du combo pour un Heavy Metal authentique et direct. Et entre Judas Priest, King Diamond ou WASP, il a trouvé sa voie et son style.
Grâce à un son actuel, TOXIKULL rend son approche un peu plus intemporelle encore et son duo de guitaristes y est pour beaucoup. Les rythmiques sont percutantes, les solos millimétrés et relevés et les titres sont galvanisés par un frontman en grande forme, qui livre une prestation remarquable. De « Midnight Fire », à « Dragon Magic », en passant par « Dying Star », « Strike Again », « Hard To Break », « Flames Of Glory » ou le morceau-titre, les Portugais nous tiennent en haleine avec beaucoup de ferveur et ils s’adressent aux metalheads avec beaucoup de conviction et d’envie.
Depuis qu’il a complété et solidifié son line-up il y a trois ans en le rodant sur quelques scènes notamment, CRIMSON GLORY prépare son retour discographique, afin de livrer son cinquième album en plus de quatre décennies d’existence. Avec « Chasing The Hydra », le quintet reprend les choses là où il les avait laissé, nourri d’une inspiration réactivée. Toujours très progressif, son Heavy Metal s’est aussi durci, grâce à un travail exemplaire sur le son, mais surtout sur des compositions pointues et enflammées.
CRIMSON GLORY
« Chasing The Hydra »
(Bravewords Records)
27 ans après sa dernière réalisation studio, « Astronomica », CRIMSON GLORY ose le pari d’un retour très attendu. Grâce à une fan-base d’une rare fidélité et surtout l’arrivée de Mark Borgmeyer à la guitare et de Travis Wills au chant. D’ailleurs, le nouveau frontman est le point fort du groupe et il parvient sans mal à nous faire oublier les passages de Wade Black et de Todd La Torre derrière le micro. Les Américains tiennent enfin le digne successeur du regretté Midnight, et « Chasing The Hydra » vient se hisser au rang de leurs meilleurs disques.
Fidèles au poste, on retrouve le guitariste Ben Jackson, le bassiste Jeff Lords et le cogneur Dana Burnell, qui restent à eux trois l’âme et les solides fondations de CRIMSON GLORY. Avec une très bonne production signée par l’incontournable Jim Morris, « Chasing The Hydra » s’inscrit dans les traces et la tradition du groupe. Certes, il y a une saveur Old School sur ce nouvel opus, et cela devrait rassurer les fans de la première heure. Et c’est ce côté intemporel qui fait le charme de ces nouveaux morceaux. Pas de révolution, mais une belle continuité.
Précis et tranchant, le Heavy Metal Progressif de CRIMSON GLORY fait toujours des étincelles et libère une puissance intacte. Dans l’esprit de sa dynamique scénique, la formation floridienne se met en ordre de marche dès « Redden The Sun » et son côté aussi atmosphérique que frontal. Et si le fond est assez sombre, l’ensemble est à son image avec des titres très bien structurés, jalonnés de breaks aériens qui servent de rampes de lancement à une nouvelle réalisation racée (« Chasing The Hydra », « Indelible Ashes », « Pearls Of Dust », « Angel In My Nightmare »). Retour gagnant !
Pionnier du Heavy Metal de la côte ouest américaine dans les années 80 et malgré une histoire interne faite de hauts et de bas, METAL CHURCH a su résister au temps et aux modes en imposant un style inimitable et inamovible devenu sa marque de fabrique. Racé et tranchant, la formation continue son chemin et ce sont des renfort de choc qui viennent ici la réalimenter, elle qui était en sommeil depuis les mois qui ont suivi la sortie de « Congregation Of Annihilation » en 2023. Gardien du temple depuis sa création, le guitariste, compositeur et producteur Kurdt Vanderhoof affiche aujourd’hui un large sourire, tant ce « Dead For Rights » vient raviver une flamme devenue chancelante, malgré une constante évolution. Il nous parle avec enthousiasme de son groupe et de ce percutant et flamboyant 14ème album.
– En tant que membre fondateur de METAL CHURCH et dernier représentant de la formation originel, comment regardes-tu ces 46 années d’activités faites de succès, mais aussi de tragédies et de multiples changements de line-up ?
Le première motivation a toujours été de continuer le groupe, même si on a vécu des moments vraiment difficiles, car perdre quelqu’un, par exemple, est une chose très compliqué à accepter. Mais avec le recul, aujourd’hui, je veux avancer en maintenant une certaine qualité et une intégrité dans le groupe. C’est très important. Tu sais, quand tu perds des membres, des amis, ce sont des moments très durs et parvenir à l’admettre n’est pas facile. Mais quelque part, il faut y arriver, car des gens comptent aussi sur toi et c’est d’ailleurs toujours une grande source d’inspiration et de soutien !
– Le line-up de METAL CHURCH a toujours été, pour diverses raisons, difficiles à stabiliser. Avec « Congregation Of Annihilation », on aurait pu y croire, mais cela n’a pas duré. Sur « Dead For Rights », le légendaire bassiste David Ellefson, l’excellent batteur Ken Mary et Brian Allen au chant viennent renforcer le groupe. Comment est-ce qu’on parvient à conserver une continuité artistique dans de telles conditions ?
Comme j’écris les chansons, c’est sans doute plus facile. Ensuite, quand vous avez des musiciens de ce calibre qui rejoignent le groupe, ça facilite énormément les choses. Et puis, je ne tiens pas forcément à ce que cela ressemble toujours à ce que j’ai en tête. Je respecte le talent et l’intégrité de chacun. C’était donc important qu’ils fassent les choses à leur façon. Quant à Brian, le fait qu’il est lui-même été influencé par le METAL CHURCH des débuts, celui des années 80, lui a permis de faire les choses très naturellement. Il a été très inspiré ! (Sourires)
– A une époque, tu avais entamé une carrière solo. Est-ce qu’avant de travailler sur « Dead For Rights », et alors que le groupe était sur pause, l’idée t’a traversé l’esprit de la reprendre avec un nouvel album, par exemple ?
J’avais en effet d’autres projets sur lesquels je travaille avec Rat Pak Records, mais qui sont toujours restés un peu en stand-by. Il y a Presto Ballet, qui est un groupe de Rock Progressif et Hall Of Flame, qui est juste une formation Rock’n’Roll. J’ai donc toujours eu d’autres projets sur lesquels je bosse d’ailleurs encore. C’est toujours sur le feu et je n’ai pas abandonné l’idée de continuer un jour ou l’autre. Tout ça était actif avant le reformation actuelle de METAL CHURCH. Mais oui, je continue ma carrière solo en dehors du groupe.
– Le coffret « Reforged », sorti l’an dernier, regroupe les albums de la période 1999-2013 avec deux chanteurs différents, David Wayne et Ronny Munroe, et pourtant METAL CHURCH conserve son identité musicale. On a presque l’impression qu’aucun chanteur, en dehors du regretté Mike Howe, n’est parvenu à s’imposer sur le long terme. Est-ce un poids trop lourd à porter pour certains, selon toi ? L’héritage de Mike étant conséquent…
Oui, c’est sûr et je suis ravi de de ne pas être le chanteur ! (Rires) Blague à part, c’est beaucoup de pression, même si Brian adore être dans le groupe aujourd’hui ! C’est quelque chose à laquelle j’ai énormément pensé quand on avait un nouveau chanteur. C’est un travail difficile. Tu sais, il doivent imposer leur propre identité, ce qui n’est pas aisé. Mais nous en avons eu de très bons tout au long de notre parcours, de notre histoire. Et Brian est définitivement l’homme de la situation. Il a fait un excellent travail. Mais je ne voudrais vraiment pas le faire, car je n’en serai pas capable ! (Rires) Et je respecte tous ceux qui l’ont fait auparavant, et très bien fait, car c’est un poste franchement très compliqué ! (Sourires)
– Dans l’ordre de ses rééditions, il y a « Masterpeace », qui intervient à l’époque juste après votre reformation. Est-ce qu’il a servi de détonateur, de point de départ pour le suite du coffret, et aussi en 1999 pour le groupe ?
Je ne sais pas si « Masterpiece » a pu être le point de départ de l’idée de « Reforged ». Je pense qu’il y avait un côté ‘archive’ dans la démarche du label dans la mesure où ces albums n’étaient plus disponibles. Mais pour ce qui est du disque en lui-même, marquant notre reformation, il n’a pas permis de fédérer et de souder le groupe. J’ai même un peu de regret de l’avoir fait, tu vois. Je me suis soudainement retrouvé avec tout sur le dos et cela a été beaucoup de pression, car tout dépendait en fait de moi. L’album aurait du être fait différemment, mais on a fait du mieux que l’on pouvait à l’époque ! (Rires)
– Enfin, vu le titre de « Dead For Rights » et la situation mondiale actuelle, on peut y voir un message politique. Doit-on s’attendre à un album engagé de la part de METAL CHURCH ?
Non. C’est vrai qu’il y a un climat politique en ce moment dans le monde, qui a pu sûrement inspirer quelques paroles. Mais ce n’est pas un album politique, pas du tout. Bon, il y a certaines choses auxquelles j’ai pu faire référence indirectement. Mais cela ne va pas plus loin. Bien sûr qu’avec tout ce qui se passe aujourd’hui, on peut retrouver un certain climat et cela peut dépeindre sur quelques textes. Mais, on ne peut pas dire qu’il y ait un traitement politique sur l’album. Il y a juste quelques allusions dans les situations. Nous ne prenons pas partie politiquement, il n’y a aucun message. Il faut juste le prendre comme un clin d’œil Heavy Metal très léger, parce que tout ce qui se passe en ce moment est fou et on a besoin de choses et de textes légers ! Et puis, c’est un truc surtout lié au style musical en général ! (Rires)
Le nouvel album de METAL CHURCH, « Dead For Rights », est disponible chez Reaper Entertainment.
Retrouvez aussi la chronique de « Congregation OF Annihilation » :