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Carmine Appice : golden sticks [Interview]

Un groove imparable, un toucher et une frappe inimitables : CARMINE APPICE a laissé son empreinte au fil des décennies à travers un nombre impressionnant de collaborations et à la tête aussi de groupes devenus cultes. De Vanilla Fudge à Rod Steward, en passant par Cactus bien sûr, Blue Murder, Guitar Zeus ou King Kobra, il a aussi accompagné Ozzy et Ted Nugent, joué avec Jeff Beck, Pat Travers, Rick Derringer ou Paul Stanley. L’américain est ce qu’on pourrait appelé un batteur complet, et si ses racines et ses inspirations musicales viennent surtout du Jazz, on retient aussi ses effets de double grosses caisses, bien avant l’heure, et ses légendaires jonglages de baguettes. Depuis quelques années, c’est au sein de son groupe de toujours, Cactus, qu’il impose sa frappe sur un Blues Rock solide qu’il partage avec des musiciens de renom. Bien sûr, il est difficile de retracer une telle carrière sur une interview, mais l’Américain revient avec plaisir sur un parcours étonnant et d’une incroyable richesse. Rencontre.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne brièvement sur ton parcours, car il est assez atypique et unique. Tu fais tes débuts avec Vanilla Fudge et son côté psychédélique, puis c’est Cactus et son Blues assez lourd. Ensuite, les années 80 et 90 sont plus Hard Rock et Heavy Metal avec Blue Murder et King Kobra surtout. Et il y a également de très nombreux projets ou participations à de nombreux albums. Est-ce ta curiosité qui te pousse toujours ? Une certaine soif de découverte ?

J’aime juste jouer. Malheureusement, je n’ai jamais été dans de grands groupes comme John Bonham avec Led Zeppelin ou Neil Peart avec Rush. A chaque fois que j’étais dans un groupe, il a splitté et j’ai du retrouver autre chose. C’est ce qui m’a mené dans de nombreuses directions. J’ai donc joué dans beaucoup de groupes de Blues, de Jazz, de Rock et j’ai aussi fait des shows de batterie. J’ai adoré ça, car ce n’était jamais la même chose ! Je n’aurais pas pu jouer les mêmes chansons pendant 50 ans ! (Rires) J’ai du utiliser mes talents pour d’autres choses. J’ai aussi eu la chance de créer Guitar Zeus, par exemple. Cela dit, tous les projets que j’ai faits ont été assez connus dans le monde, ce n’est pas comme si c’était sorti dans l’anonymat le plus complet ! (Rires) J’ai quand même vendu beaucoup de disques avec Guitar Zeus, Blue Murder, King Cobra et Cactus, notamment les derniers albums.

– Tu as justement forgé ta réputation et ta légende à travers des styles très différents. Est-ce cette polyvalence qui, selon toi, fait la marque des grands batteurs ? Une grande capacité à s’adapter à tous les registres ?

Oui, mais un grand batteur ne peut pas forcément tout jouer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de grands batteurs de Metal. Ils jouent vite et c’est dégueulasse. Sont-ils capables de jouer avec des balais ? Je ne crois pas. J’ai joué du Jazz, de la musique latine, du Rock, de la Soul… J’ai vraiment jouer de tout quand j’étais très jeune. Tu vois, à cette époque, il n’y avait ni Hard Rock, ni Heavy Metal. Il y avait surtout des choses comme Frank Sinatra, alors je jouais ce genre de choses… (Sourires) Mais quand je fais du Rock, je suis toujours moi-même. Quand j’étais avec Rod Stewart, cela n’avait rien à voir avec les autres batteurs de ses albums. Je reste ce que je suis avec ma façon de jouer. J’ai pu faire beaucoup de choses très différentes et ça me faisait très plaisir, parce que c’était toujours d’une grande fraîcheur ! (Sourires)

– Avant de reparler de Cactus, qui est ton actualité la plus récente, j’aimerais qu’on dise un mot de King Kobra, dont le dernier album, « We Are Warriors », est sorti il y a maintenant trois ans. Est-ce que le groupe va continuer son activité ? Et y a-t il des projets en cours de ce côté-là ?

En fait, quand on a lancé ça, cela ne s’est pas très bien passé. On avait pourtant fait des tournées en Europe, un bon album et quelques gros festivals. Ensuite, on avait juste sorti une chanson. Et puis, Paul (Shortino, chant – NDR) est très occupé, il chante partout dans le monde. Comme c’est pareil de mon côté, je ne sais pas pour le moment si King Kobra aura une suite, ou pas.

– Un mot aussi sur ton instrument, la batterie. Toi qui as parcouru tant de styles et d’époques différentes, restes-tu fidèle à un kit en particulier, ou est-ce que tu évolues aussi suivant les musiques sur lesquelles tu joues, voire les avancées techniques ?

Je pense que mon jeu a évolué au fil des années. Quant à mon kit de batterie, pour les enregistrements, je garde le même, d’autant que j’ai un studio à la maison. Oui, c’est sensiblement le même kit, il n’a pas tellement bougé… (Sourires) J’ai encore les toms sur lesquels je jouais avec Cactus en 1971, une Slingerland de 2004, quelques D-Drum qui sonnent bien aussi. Je n’en change pas, car je peux réenregistrer d’une semaine à l’autre des plans qui ne me plaise pas. En revanche, pour la scène, j’utilise toujours le même kit, peu importe la formation avec laquelle je joue. Je l’utilisais déjà avec Vanilla Fudge, Rod Steward et aussi Cactus. En fait, c’est juste une question de changement de style de jeu, de dynamique. Il suffit de s’ajuster au mieux à chacun ! (Sourires)

– Il y a peu de batteurs dans le monde du Rock notamment qui sont identifiables en quelques secondes. Il y a notamment John Bonham, Stewart Copeland, Dave Lombardo, Mick Portnoy et toi. Comment expliques-tu que ton style se soit si facilement imposé, là où les gens se concentrent surtout sur les chanteurs et les guitaristes ?

Wow ! Merci beaucoup ! (Sourires) Mon grand rêve était de devenir le Gene Krupa du Rock (un grand batteur et chef d’orchestre de Jazz, décédé en 1973 – NDR) ! Il s’amusait tellement ! J’ai grandi en l’écoutant, car ma mère me racontait ses performances au Paramount Theater à Brooklyn. Il m’a beaucoup inspiré, lui et tous les grands batteurs de Jazz comme Buddy Rich, Max Roach ou Joe Morello. C’est vraiment ce que je voulais être et je pense que j’ai un peu réalisé mon rêve… (Sourires) Je ne voulais pas être juste le gars qui joue derrière le groupe, je voulais aussi amuser les gens. C’est de cette façon que j’ai développé mon style au fil du temps, même s’ils sont vraiment restés mes modèles. Et c’est vrai aussi pour John Bonham, Ian Paice et moi. On s’est emprunté des choses, on nous a en aussi pris et ça continue. Personne n’a tout à lui dès le départ. On se façonne. Et j’ai eu la chance d’être au début de tout ça. Et il n’y avait pas tous ces amplis d’aujourd’hui, non plus. Il fallait vraiment cogner, lever les bras au ciel et y retourner en fracassant les toms ! (Rires) Et en le faisant, j’ai créé un style. Je ne le savais pas à ce moment-là, car je le faisais vraiment par nécessité… (Rires)

– Revenons sur Cactus que tu as ressuscité plus de 30 ans après son dernier album « Ot ’n’ Sweaty ». Même si Vanilla Fudge reste un groupe très important, on a vraiment le sentiment que Cactus reste ton véritable groupe, celui où tu t’exprimes peut-être le plus librement aussi. Est-ce le cas ?

Ce sont deux groupes vraiment différents. On a fait beaucoup de concerts avec Vanilla Fudge et nous avions même enregistré un live au ‘Sweden Rock’. C’était rigolo, parce que nous avions joué avec les deux groupes sur la même édition, Vanilla Fudge et King Kobra. Ça reste un bon souvenir ! (Sourires) Mais j’ai l’impression que l’industrie musicale ne s’intéresse plus à la nouvelle musique que peuvent produire certains groupes. Elle veut juste leurs classiques, pourtant nous avions composé de nouvelles choses et le public aimait ça. Les nouveaux albums de ce genre de groupes n’intéressent plus. C’est pour cette raison que nous avons enregistré « Temple Of Blues I » (paru en 2024 – NDR) avec Cactus. C’était d’ailleurs une demande du label, qui voulait que je rassemble des musiciens qui avaient été influencés par le groupe. Et il y a eu du beau monde à nos côtés comme Joe Bonamassa, Warren Haynes, Slash, … L’album a même été classé numéro 3 dans les Charts. Le label nous a proposé de continuer et j’ai dit que j’étais d’accord, si nous faisions un vrai album de Blues. Je me suis donc concentré sur ce qui m’avait vraiment influencé en y ajoutant trois morceaux de Cactus. Puis, nous avons fait six/sept concerts par an et d’autres sont actuellement en préparation. Ce qu’il faut absolument, c’est prendre du plaisir et s’amuser. La musique de Vanilla Fudge était trop sérieuse pour moi, alors que le reste de ma carrière est beaucoup plus fun. Cactus, BBA (Beck, Bogert & Appice – NDR), Rob Stewart, Ted Nugent, King Kobra… Tout ça était vraiment très amusant ! (Sourires)

– Et justement, Cactus, s’il reste très Rock, est surtout Blues. D’ailleurs, c’est le style qui te suit le plus dans ta carrière avec tes collaborations avec Jeff Beck, KGB ou ton groupe avec Pat Travers. Est-ce que, finalement, tu te sens l’âme du bluesman ?

Je ne sais pas… Personnellement, je n’aime pas tellement le Blues, parce que c’est un peu ennuyeux à jouer ! (Rires) Mais les chansons que nous avons reprises avaient toutes un très bon batteur. Morris Jennings en est un très bon exemple. Il était fantastique. Je m’en suis inspiré, mais à ma façon. Et quand tu joues, tu t’amuses vraiment ! (Sourires) Quand je jouais avec Pat Travers, par exemple, on jouait du Blues, mais c’était du Rock en fait. On faisait du Rock ! La base était Blues, mais on jouait du Rock ! On s’est vraiment amusé, même à écrire les paroles. On a passé de bons moments et ça reste de très bonnes chansons, je trouve. Pat est génial, c’est comme un frère pour moi ! On se voit très souvent et on organise une fête tous les ans en Floride où l’on se retrouve. Il a un super groupe et c’est vrai qu’on a fait de bonnes choses ensemble.

– En juillet dernier, tu as aussi sorti la vidéo du morceau « United States » à l’occasion des deux cent cinquante ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était aussi un hommage à Rick Derringer, décédé l’an dernier. C’était important pour toi de réaliser finalement cette double-célébration ?

J’ai enregistré cette chanson avec Rick il y a cinq/six ans. Et on n’en avait rien fait. Je suis toujours en contact avec sa femme et j’en avais même parlé avec Rick la nuit avant sa mort. On parlait beaucoup tous les deux… (Silence) Alors qu’on évoquait le 250ème anniversaire de l’Indépendance avec Jenda (la dernière femme de Rick Derringer – NDR), je lui ai demandé où était la chanson qu’on avait faite ensemble ? Elle s’appelait donc « United States » et c’était un super titre. Elle a regardé et elle me l’a envoyé. Je lui ai dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec ça. Alors, je l’ai envoyé à mon ingénieur Pat Regan, qui a produit tous les albums de Cactus et de King Kobra. Je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire pour que ça sonne mieux. Il a viré toute la batterie, puis il a tout remastérisé. Et l’ensemble sonne vraiment bien. Ensuite, on avait juste une journée pour en faire une vidéo et on a décidé de ressusciter Rick avec l’IA en le rajeunissant un peu. Il a aussi fallu lui mettre des lunettes de soleil pour des raisons d’autorisation légale. Mais peu importe, le résultat est génial et c’est une très belle fin. Et le sortir le 4 juillet était bien sûr la cerise sur le gâteau, c’est un titre magnifique ! (Sourires)

– En avril dernier, tu as sorti avec Cactus «Temple Of Blues II » avec un ‘All-Stars band’ vraiment exceptionnel. C’est un projet très ambitieux et audacieux aussi. Tu te retrouves en véritable chef d’orchestre et le choix des morceaux est lui aussi très judicieux. C’est un casting et une setlist que tu avais depuis longtemps en tête ?  

Non car, en fait, je ne fonctionne pas comme ça. D’abord, j’enregistre quelques chansons avec mon ingénieur du son. Ensuite, avec Brian du label, on s’est demandé ce que nous allions faire. J’ai alors pensé à trois morceaux de Cactus que je souhaitais jouer. Ensuite, on a fait « Purple Haze » avec Melanie et on a enchaîné jusqu’à obtenir une démo. Après, j’ai appelé des gens en commençant par Dee Snider et au fil des discussions, Tracii Guns, Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Steve Morse, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore se sont joints à nous. 

– Par ailleurs, il y a un peu plus d’un an Ozzy nous quittait après un ultime concert. Toi qui a joué avec lui sur la tournée de « Bark At The Moon » en 1983, que retiens-tu du chanteur et aussi du personnage qu’il était ?

Je connais Ozzy depuis 1971 quand Cactus et Black Sabbath ont joué ensemble pour la première fois. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on les a considéré comme les ‘pères du Heavy Metal’, car dans les années 60, il y avait des groupes qui jouaient déjà des trucs très lourds. Ils sont passés dans l’anonymat après un disque seulement. Ensuite, Black Sabbath s’est construit une image anti-Dieu avec des histoires de diable, etc… J’ai donc connu Ozzy à cette époque-là. Pour l’anecdote, un jour, alors qu’on était ensemble, quelqu’un a volé une petite boîte de marijuana à l’un de mes amis. On s’est carrément embrouillé à cause de ça ! Mais ensuite, Black Sabbath et Cactus se sont rabibochés. On en a reparlé avec Ozzy des années après et on s’est bien marré ! (Rires) Sur « Back At The Moon », après l’enregistrement, je suis devenu producteur associé pour les 500.000 premiers disques. Je devais donc recevoir un bonus là-dessus et Sharon n’a pas aimé. C’est probablement pour ça qu’elle m’a viré, elle ne tenait pas le bon accord. Mais j’adorais Ozzy, on était amis bien avant qu’elle n’arrive dans sa vie. Bon, la drogue et l’alcool ne le rendaient pas bon, mais c’était quelqu’un qui avait du cœur. Il avait vraiment bon cœur… (Silence) Plus tard, je l’ai même amené en studio et on lui a joué du King Kobra ! Il a vraiment aimé, c’était drôle ! (Rires) Mais bon, à chaque fois qu’on se voyait et que sa femme arrivait, ça devenait désagréable. Oui, je me suis vraiment senti mal quand il nous a quittés… (Silence)

– Loin d’avoir envie de te voir poser les baguettes, quel batteur a ta préférence aujourd’hui, et en qui tu pourrais voir un éventuel héritier ?

(Silence) Ils jouent tous la même chose ! (et il mime un rythme effréné à la bouche – NDR) J’étais au téléphone avec Dennis Chambers (un grand batteur américain de Jazz et de Funk – NDR) l’autre jour et on parlait des batteurs d’aujourd’hui. Il me disait qu’ils étaient tous incroyablement rapides, avec les mains comme avec les pieds. Mais qu’il n’y avait aucun groove ! J’ai reçu une vidéo sur mon téléphone, il n’y a pas si longtemps, de Terry Bozio (autre phénoménal batteur américain – NDR), qui jouait avec son groupe Missing Persons dans un festival ici aux Etats-Unis. Ce qu’il a fait était juste incroyable comme l’est Dennis également ! Billy Cobham (Jazz Fusion – NDR) est incroyable aussi. Aujourd’hui, ils sont tous rapides, mais ils ne savent pas utiliser la vitesse. Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi beaucoup plus vite, ça m’a même énormément influencé. Mais c’était d’abord le groove qui était le moteur avec la technique, bien sûr. Mais bon, je ne suis plus un jeune homme, je suis vieux et j’ai vu beaucoup de choses ! (Rires) J’ai même essayé de transmettre mon travail à travers des méthodes, dont même Greg Bissonette et Kenny Aronoff se sont inspirés. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a de jeunes enfants de cinq/six ans, qui jouent de manière incroyable aussi. Le truc, c’est juste qu’ils trouvent quelque chose à dire et qu’il en fasse quelque chose ! (Rires)

– Enfin, avec quelle formation vas-tu nous surprendre la prochaine fois ? Cactus ? King Kobra ? Un autre projet peut-être ?

Probablement Cactus, car pour King Kobra, c’est plus compliqué. Et puis, Cactus est un groupe avec lequel je m’amuse vraiment ! Et j’aimerais avoir encore plus de musiciens à venir jouer avec moi, car il a influencé beaucoup de gens finalement. J’ai même vu dans une émission Joe Bonamassa dire que nous l’avions influencé ! (Sourires) Et c’est le cas pour tous ceux qui sont venus jouer comme Warren Haynes, Steve Stevens ou Alex Skolnick. Cela n’aurait pas pu se faire avec King Kobra, car c’est juste Paul Shortino, Johnny Rod à la basse, Carlos Cavazo et Rowan Robertson aux guitares et moi à la batterie. Mais qui sait ? Ça ne coûte rien d’essayer ! (Sourires)

Retrouvez les chroniques des albums de CACTUS, « Tightrope » et « Temple Of Blues II » :

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Americana Blues Rock

Nico Chona : en quête d’espace

Onze titres pour autant d’ambiances aux notes bleutées sur ce « Sometimes The Tears », qui fait suite à « Old Western Star », paru il y a cinq ans déjà et qui avait fait forte impression. En mode one-man-band, le Lyonnais est de chaque note sur cette nouvelle réalisation enchanteresse. Songwriter affûté et musicien virtuose, NICO CHONA fait le choix d’un style assez épuré et captivant, et évite ainsi avec soin toute démonstration superflue. Un équilibre solide assuré par une voix plein de sensibilité.

NICO CHONA

« Sometimes The Tears »

(Bozeman Records)

Auteur et composteur, mais aussi guitariste, chanteur et batteur, NICO CHONA sait à peu près tout faire. Et cela tombe bien puisque, pour son troisième album, il s’est occupé de tout, y compris de la production. S’il est entièrement seul à l’œuvre sur « Sometimes The Tears », il réussit le tour de force de donner l’impression d’un véritable travail de groupe. Ici, pas de bidouillages, mais beaucoup de fluidité et de chaleur, le tout enregistré par ses soins en analogique et sur du matériel vintage pour encore plus d’authenticité et de proximité. 

Habitué des projets ‘United Guitars’ et animateur d’une chaîne YouTube, NICO CHONA renoue donc avec le format long après « Modern Delta », dernier EP en date sorti en 2021. Et s’il a lui-même le posé ses chansons sur bande, le mix de « Sometimes The Tears » a été confié aux multi-primé Bill Mims, qui a côtoyé des sommités. Toujours à Los Angeles, c’est Gavin Lurssen, autre ponte dans le domaine, qui s’est chargé du mastering. Autant dire que ça sonne et que son Blues Rock délicat aux saveurs Americana est vraiment resplendissant.

Cela dit, c’est presque la moindre des choses vu la qualité des compositions, qui proposent un voyage musical varié et changeant au fil des pistes. Du morceau-titre à « George », qui clot l’album avec classe, NICO CHONA reste chevillé à un Blues sincère, qui lorgne sur le Rock, l’Americana et même le Jazz sur « 7th Avenue ». Pour autant, c’est son style et sa patte qui brille sur « Sometimes The Tears ». Son feeling enveloppe ce bel opus à l’atmosphère très live (« Lilly Honey », « Silver Highway », « Drop Me In A River »). Un beau moment suspendu.

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Doom Doom Rock

Messa : magic waves

Après avoir marqué les esprits grâce à un Doom d’une grande richesse musicale en l’espace de seulement de trois albums (et un Live), les Transalpins sont forcément attendus au tournant. Et il faut admettre qu’avec « The Spin », celui-ci est parfaitement négocié. MESSA étend encore son champ d’action. Le groupe est toujours aussi insaisissable et en sortant de sa zone de confort, il asseoit sa réputation avec élégance, tout en restant percutant et sauvage. Plein de rebondissements, cette nouvelle réalisation résonne avec un instinct hors-norme et un feeling débridé.

MESSA

« The Spin »

(Metal Blade Records)

S’imposer aussi fermement et faire l’unanimité à ce point est assez rare dans le monde du Metal, y compris dans un registre comme le Doom. Pourtant, c’est avec beaucoup de classe et surtout un art du renouvellement impressionnant que MESSA est devenu incontournable. Grâce à des certitudes fortes et un line-up soudé et créatif, les Italiens parviennent avec « The Spin » à se surpasser et à surprendre avec énormément d’habileté et une imagination guidée par une audace que rien ne semble pouvoir freiner.

Toujours aussi atypique, le quatuor a jeté son dévolu sur les années 80 à travers des sonorités et une production signée Maurizio Biaggio (The Soft Spoon, Boy Harsher), qui nous renvoie quelques décennies en arrière. Cela dit, pas question pour MESSA de faire dans le réchauffé. « The Spin » ne manque pas d’originalité et les atmosphères dans lesquelles il se déploie sont toujours aussi envoûtantes. Et si la voix toute en nuances de Sara Bianchin y est pour beaucoup, c’est qu’elle est aussi magnifiquement accompagnée.

Avec une douce saveur vintage, « The Spin » n’en demeure pas moins actuel, ou hors du temps, c’est selon. Mélangeant synthés et grosses guitares dans un spectre allant du Metal au Jazz avec une touche Rock, MESSA s’ouvre de nouveaux horizons. L’univers de ce nouvel opus brille par sa diversité et même s’il semble plus compact, il captive dès la première écoute (« Void Meridian », « At Races », « Fire On The Roof », « The Dress », « Thicker Blood »). Déjà incontournable, le groupe signe un disque marquant et authentique. 

Retrouvez la chronique de l’album Live du groupe sorti il y a deux ans :

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Doom France Metal Progressif

Welcome-X : un groove sismique [Interview]

Conçu sur les bases d’un Metal Progressif à multiples facettes, WELCOME-X ne se refuse aucune incartades, qu’elles soient Jazz, Doom ou plus extrêmes et c’est ce qui fait sa force. Le quintet vient tout juste de livrer un « Vol.2 » à travers lequel il continue d’explorer de bien belle manière des horizons musicaux inattendus et particulièrement saisissants. Entretien avec Phil Bussonnet, bassiste et compositeur du groupe.

– Tout d’abord, un petit mot sur votre concert de vendredi dernier (interview réalisée le 05/07) au Triton aux Lilas, près de Paris. Comment ça s’est passé ? J’imagine que ça doit être un grand plaisir de retrouver la scène après tout ce temps ?

C’est vrai qu’en dehors d’un festival au mois d’août de l’année dernière en Bretagne, on n’avait pas rejoué du tout depuis et ça fait quand même très long. Ca ne m’est jamais arrivé de toute ma vie de rester aussi longtemps sans faire de scène. C’était vraiment un bonheur ! Même si la jauge est limitée et les gens masqués, tout le monde était content et on sentait une énergie vraiment étonnante.

– Restons un peu au Triton, puisque vous y avez enregistré ce deuxième album, et il y est même produit. C’est votre base ? Quels sont vos liens avec l’endroit ?

Ce sont des gens avec lesquels je travaille depuis très longtemps avec qui on a réalisé beaucoup de choses et différents projets. En ce qui nous concerne, ils sont plus ou moins producteurs. Pour l’album, on a transformé le club en studio, on y a fait toutes les prises et ils prennent toutes les charges de production à leur compte, c’est-à-dire le mix, le pressage et la distribution. C’est un partenariat très précieux pour moi. Et surtout, ils nous laissent toute latitude sur le disque au niveau artistique. Nous sommes complètement libres. C’est essentiel, car on garde un regard sur toute la réalisation de l’album.

– Parlons de votre deuxième album sobrement intitulé « Vol. 2 ». C’est le prolongement et la suite du premier, ou est-ce que justement vous avez souhaité partir dans d’autres directions ?

C’est vraiment la suite immédiate du premier. Ce sont des morceaux qui ont été écrits directement dans la foulée et dans la même veine. L’album n’est pas vraiment détaché du premier, au contraire même. C’est comme si on avait fait un double-album, sauf qu’on a mis deux ans à le faire.

– Musicalement, et pour faire court, WELCOME-X évolue dans un registre Metal Progressif, dans lequel vous vous démarquez franchement. C’est peut-être aussi dû au fait qu’il n’y ait pas vraiment de références purement Heavy Metal dans votre musique. C’est aussi votre sentiment ?

On a des références, mais elles sont vraiment très variées. Cela va de Black Sabbath à Meshuggah et bien d’autres. En fait, on n’a pas la volonté d’écrire dans un style très ciblé. Je suis vraiment mon propre groove et l’inspiration vient sur le moment. Il n’y a aucun cahier des charges sur le plan styliste, donc c’est un mélange de plein de choses qui nous ont nourris au fil du temps.

– Justement, vous affichez un style très Metal à grands renforts de gros riffs, de solides rythmiques et d’un chant qui côtoie souvent les extrêmes. C’est cet aspect qui vous permet de libérer toute cette énergie ? Ces fondations très musclées ?

Exactement. De toutes manières, j’avais envie de faire une musique très pêchue. C’est un projet que j’ai depuis bien longtemps et je voulais faire quelque chose de résolument Rock, c’est-à-dire une écriture à base de riffs de guitare et c’est ce qu’on a réussi à faire. Au niveau des voix, j’aime beaucoup l’approche de Sam (Kün, chanteur – NDR) dans le sens où il possède différents registres. C’est une vraie richesse d’avoir toute cette palette.

– Dans le même temps, WELCOME-X développe aussi beaucoup d’éléments Jazz, dans lesquels vous êtes d’ailleurs très à votre aise. C’est votre passé musical individuel qui veut ça ?

Sans doute, oui. J’en ai pratiqué beaucoup dans toutes sortes de contextes, même si mes premières amours musicales sont vraiment Rock. J’ai été amené à jouer avec beaucoup de musiciens de Jazz de différents horizons et je pense que cela m’a aussi nourri avec ces ouvertures harmoniques et cette possibilité d’improviser, même si on ne l’utilise pas au sein du groupe. Toute la musique que l’on fait est très écrite.

– Est-ce qu’en faisant cohabiter des ambiances Doom avec des atmosphères très aériennes, et notamment jazzy, vous n’avez pas peur de déstabiliser des auditeurs pas forcément adeptes de ces deux styles, mais plutôt de l’un ou de l’autre ?

C’est justement la liberté que je me réserve. Après, j’espère que ce ne sera pas trop déstabilisant et que les gens seront sensibles à ça. C’est vraiment ce que j’avais envie de proposer et c’est peut-être aussi la marque de fabrique de WELCOME-X, avec de multiples facettes et un mélange des genres.

– En parcourant le livret du disque, on observe un environnement assez sombre et même assez énigmatique, qui traduit aussi le contenu des textes. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur l’aspect conceptuel de ce nouvel album ?

Les deux ont été construit de la même manière et illustrer par notre ami Paul d’Emgalaï Grafik, qui a réalisé tous les graphiques et les dessins. Au niveau des ambiances musicales et des textes, c’est un peu une chronique du monde dans le lequel on vit à travers notre ressenti, ainsi que de la vie qu’on mène au milieu de tout ça. Le constat n’est pas forcément très gai, mais sans être forcément pessimiste non plus. On observe ce qui nous entoure et on a envie d’en parler et aussi peut-être de donner notre avis sur le sujet.

– Pour conclure, vous venez tout juste de reprendre les concerts. Est-ce qu’une tournée est prévue dans les mois ou semaines à venir, afin de faire vivre ce « Vol. 2 » sur scène ?

Pour le moment, il n’y a rien de concret, juste quelques pistes. C’est encore un peu compliqué au niveau de l’organisation. Ca commence à bouger un peu pour cet automne, mais très timidement. Pour l’instant, c’est encore un peu flou.

L’album « Vol.2 » de WELCOME-X est disponible depuis le 25 juin (Production Le Triton).

https://www.letriton.com/shop/fr/cd/214-welcome-x-vol2.html?search_query=welcome&results=4

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Blues Folk/Americana Rock

Gary Lucas : essentiel et indispensable

Joueur de Blues, de Rock Psychédélique, de Jazz, compositeur de musique classique et de films, GARY LUCAS est une bande originale de son époque à lui tout seul. Songwriter et guitariste hors-pair et aux mille visages, l’Américain est aussi incontournable que discret, dont le talent et la virtuosité parlent pour lui. Aujourd’hui sort « The Essential », une belle représentation de l’éclectisme et de l’élégance du musicien.

GARY LUCAS

« The Essential »

(Knitting Factory Records/PIAS)

Je sais que je ne chronique habituellement pas les compilations, mais si vous n’avez aucun album de GARY LUCAS, c’est le moment de vous procurer « The Essentiel ». Le double-album retrace sur 36 titres les 40 ans de l’incroyable carrière de ce guitariste de génie. Bien plus qu’un guitar-hero, l’Américain est un héro de la guitare à qui aucun style ne résiste : un touche-à-tout capable de tous les grands écarts possible.

Le leader de Captain Beefheart, puis de Gods & Monsters, a joué avec les plus grands groupes et artistes et compte également une trentaine d’albums solos à son actif et dans des registres très différents. Parmi ses collaborations, GARY LUCAS a côtoyé Leonard Bernstein, Chris Cornell, Nick Cave, Warren Haynes (Allman Brothers), Iggy Pop, Dr John… La liste est très longue !  

Mais le fait le plus marquant et célèbre du guitariste reste la découverte de Jeff Buckley dont il devient le mentor et pour qui il écrira « Mojo Pin » et « Grace », devenus des classiques. Producteur des Français de Tanger et co-compositeur de « Spider Web » de Joan Osborne, GARY LUCAS a même signé des bandes originales de films et de séries TV. Virtuose au jeu élégant, l’Américain est bien plus qu’une référence.

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Blues

Bjørn Berge : en toute liberté

Connu et reconnu pour ses prestations époustouflantes en solo (allez voir!), BJØRN BERGE revient cette fois en trio avec un « Heavy Gauge » plein de groove et tout en feeling. Toujours aussi technique, le Norvégien livre un Blues dont lui seul a le secret. Le musicien est toujours aussi surprenant dans ses compositions et le son de sa guitare.

BJØRN BERGE

« Heavy Gauge »

(Independant)

Qu’elles aient six ou douze cordes, les guitares qui passent entre les mains de BJØRN BERGE laissent toujours exploser des sonorités et des mélodies irrésistibles. Techniquement hors-norme, le maître norvégien du picking et de la slide apporte une nouvelle et indispensable œuvre à sa belle et grande discographie. Et cette fois, le guitariste n’est pas venu seul.

Le Scandinave s’est particulièrement bien entouré pour livrer le digne successeur de « Who Else ? ». On retrouve à la basse Kjetikl Ulland et Kim Christer Hylland derrière les fûts. Et comme d’habitude, ce Blues venu du Nord ne manque pas de groove. BJØRN BERGE y glisse quelques touches Folk, jazzy et Rock bien sûr, le tout avec une déconcertante facilité.

Rugueux et suave à la fois, le guitariste excelle dans un Blues Rock qu’il maîtrise totalement (« The Wrangler Man ») sans négliger quelques fantaisies. Très technique, le songwriter se montre pourtant d’un feeling incroyable à travers des morceaux qui lui ressemblent tellement dans leur diversité (« I Got It Made », « Straydog », « Coliseum » et l’étonnant (« Rip Off »). Un grand bol d’air frais !

Bandcamp : https://bjornberge.bandcamp.com/

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Extrême

Philm : avant-gardiste et instinctif

Psychédélique et vertigineuse, la musique de PHILM se balade entre plusieurs styles dans lesquels les Californiens excellent et affichent une grande maîtrise. Avant-gardiste et expérimental, son leader Gerry Nestler a su créer un univers étonnant où règne une liberté absolue. « Time Burner » est aussi inclassable que subtil.

PHILM

« Time Burner »

(Metalville Records)

C’est d’abord avec son groupe Civil Defiance que le génial multi-instrumentiste Gerry Nestler a fait son apparition sur la scène Metal américaine du côté de Los Angeles. Ce n’est qu’en 2010 qu’il fonde PHILM avec un certain Dave Lombardo derrière les fûts, qui partira assez vite chez Slayer. Devenu une référence de l’expérimental underground, c’est en trio que le musicien fait son retour.

Le leader et fondateur de PHILM n’aime pas être coincé dans un registre et c’est ce que l’on comprend vite à l’écoute de « Time Burner ». Metal, Stoner, Blues et même Jazz, ce nouvel album se veut avant-gardiste. Particulièrement libres dans l’interprétation, les Américains donneraient presque l’impression de faire une grosse jam, si l’ensemble n’était pas aussi bien ficelé et précis.

Après « Harmonic » et « Fire From The Evening Sun », PHILM livre un troisième album dans une atmosphère sombre et mélancolique d’où émane aussi une grande colère. L’incroyable complicité entre les trois musiciens est évidente, et Gerry Nestler a composé des morceaux d’une rare profondeur (« Cries Of The Century », « 1942 », « Spanish Flowers » et le morceau-titre long de 14 minutes). Un gouffre sans fond !