C’est dans les grands espaces canadiens que HEAVY TRIP, qui porte bien son nom, est allé puiser l’inspiration pour livrer un Stoner Heavy et Doom de haute volée. Dès son premier album, le trio se fait aussi hypnotique que fracassant et laisse place à toute sorte de rêveries malgré l’épaisseur de son jeu. Une grosse, grosse claque !
HEAVY TRIP
« Heavy Trip »
(Burning World Records)
En livrant un premier album de cette trempe, HEAVY TRIP met tout de suite les choses au clair. Ça joue et en bons Canadiens, ça envoie du bois. Le trio de Vancouver propose un opus éponyme en forme de gigantesque jam, où la lourde rythmique combine avec une basse groove et des guitares flamboyantes. Entièrement instrumentaux, les quatre longs morceaux sont aussi Acid que Psych.
Grasse et aérienne, la déferlante de riffs s’abat massivement dès les premières notes de « Lunar Throne » que HEAVY TRIP réussit parfaitement à faire monter en puissance avec une assurance qui fait vite oublier qu’il ne s’agit que de sa première réalisation. La production très organique de l’ensemble invite au voyage et on se laisse perdre dans les interminables et transcendants solos (« Mind Leaf »).
Peu à peu, l’esprit s’envole et les pensées vont se nicher dans les montagnes de la côte de la province de la Colombie-Britannique, où HEAVY TRIP a façonné son Stoner Psych aux frontières du Doom et du Heavy (« Treespinner »). Mélodique et addictif, le trio est plus que généreux en riffs hallucinatoires et la rythmique métronomique prend des allures de marteau-pilon sur « Hand Of Shroomr », le coup de grâce.
Si beaucoup verront dans cet album de BRUIT ≤ une sorte de laboratoire musical, ce premier opus (au nom interminable) va bien au-delà et présente au contraire une unité et une progression musicale saisissante, dans un style qui voit se télescoper de multiples émotions. Les Toulousains font preuve d’une créativité et d’une musicalité incroyable.
BRUIT ≤
« The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again »
(Independant)
J’ai toujours eu un faible pour les groupes qui vont à contre-courant en brisant les codes et les règles établies. Dans le cas de BRUIT ≤, c’est même un sacré coup de cœur. Pour commencer, même si le sens du titre de ce premier album est limpide, il faut s’y prendre à plusieurs fois pour le mémoriser. Ensuite, le quatuor toulousain a décidé de le sortir et de le rendre disponible uniquement sur Bandcamp, sans maison de disques.
Ainsi après un premier EP en 2018, « Monolith », voici le premier album du groupe qui, à travers quatre morceaux s’étalant sur 40 minutes, présente un registre post-Rock (presqu’instrumental) franchement immersif et parfaitement interprété. Grâce à une production et des arrangements très soignés, BRUIT ≤ parvient à nous emporter dans un monde musical aux contours cinématographiques et à la poésie évidente.
Autour d’éléments électroniques discrets et quelques éléments de musique classique, ce premier album s’écoute comme on regarde un film tant les quatre morceaux montrent une progression musicale étonnante. Conçu comme un conte philosophique sur la chute et la renaissance des civilisations, cet opus vient marquer les solides convictions humanistes de BRUIT ≤. Saisissant, le quatuor apaise et invite aussi à la réflexion. Une réussite totale.
Chaque nouvel album de GOD IS AN ASTRONAUT est un petit événement en soi. Le post-Rock des Irlandais a de quoi séduire et pour son dixième album, « Ghost Tape #10 », le groupe a délaissé les sons électroniques pour revenir à l’essence même de son style organique et épuré. Une petite merveille.
GOD IS AN ASTRONAUT
« Ghost tape #10 »
(Napalm Records)
Voilà maintenant près de deux décennies que GOD IS AN ASTRONAUT mène sa barque de façon assez discrète, toute en ayant fédéré un grand nombre de fans de son post-Rock instrumental. Respecté comme étant l’un des groupes référence du registre, le quatuor irlandais se démarque à nouveau avec un dixième album créatif et immersif.
Fondé par les frères jumeaux Niels et Torsten Kinsella, on éprouve toujours autant de plaisir à suivre l’inspiration du guitariste et pianiste Jamie Dean, qui fait autant preuve d’imagination que de dextérité (« Adrift », « Spectres »). Tout en mouvement, GIAA peut aussi compter sur son second guitariste, Jimmy Scanlan, qui apporte une belle férocité à « Ghost Tape #10 ».
Bruts et profonds, des morceaux comme « Burial », « In Flux » ou « Barren Trees » développent des atmosphères saisissantes, captivantes qui sont la patte très personnelle de GIAA. Frôlant la transe, les Irlandais nous promènent dans des contrées musicales presque méditatives (« Luminous Waves ». Et on notera enfin la présence de l’incroyable violoncelliste Jo Quail qui illumine l’album.
Suffisamment originale pour être remarquée, la démarche du trio italien IKITAN sur son premier EP est une réussite totale. Son Stoner Psych Rock rayonne sur un seul et même morceau, « Twenty-Twenty », dont les solides fondations permettent aux Transalpins de belles évasions sonores. Rencontre avec des musiciens libres et décomplexés…
– Avant de parler de « Twenty-Twenty », j’aimerais que vous nous présentiez le groupe en quelques mots…
IKITAN est un un trio instrumental de Gênes en Italie, et nous jouons un genre qui peut être défini comme du post-Rock lourd avec une pincée de Stoner et de Progressif. Le groupe est né en septembre 2019, et est composé de Luca Nash Nasciuti (guitares), Frik Et (basse) et Enrico Meloni (batterie). Notre nom vient d’une source non-certifiée trouvée par Luca sur le Net un peu par hasard. Ca signifie « Le Dieu du son provenant des pierres ». Il a vraiment adoré et c’est une source d’inspiration depuis, et il sonne parfaitement pour le groupe. Depuis, nous avons appris que cette signification n’existait pas… Mais cela n’a plus vraiment d’importance. IKITAN est le Dieu du son des pierres, point final. (Rires)
– « Twenty-Twenty » est votre premier EP. Pourquoi avez-vous décidé de ne proposer qu’un seul morceau, même s’il dure 20 minutes ? Et rassurez-moi, vous en avez d’autres dans votre répertoire ?
Nous avons commencé à jouer dès notre première rencontre début octobre 2019. Et certains riffs de « Twenty-Twenty » proviennent même de ces jams ! Nous enregistrons toujours ce que nous jouons, car chaque note est importante et peut devenir une chanson à part entière. Les erreurs sont particulièrement cruciales et peuvent parfois mener à quelque chose de complètement nouveau. En ce qui concerne le morceau, au printemps 2020, nous avions suffisamment de matériel pour sortir trois chansons différentes. Mais compte tenu de la situation causée par le Covid, nous nous sommes dit que c’était une chance de mettre le mot fin à cette première partie de l’histoire du groupe. Et comme personne ne savait ce qui allait se passer par la suite, nous avons voulu inscrire ce moment sur CD. Au final, la chanson dure 20 minutes et 20 secondes. L’album est intitulé « Twenty-Twenty » et il est sorti le vendredi 20 novembre 2020. Ca fait beaucoup de 20 ! (Rires)
Pour rendre le projet encore plus spécial et aller au bout de notre effort, nous l’avons sorti sous forme de digipack en édition limitée avec une affiche et un autocollant. L’ensemble a été réalisé par Luca Marcenaro qui a fait un travail formidable. Et puis, nous ne nous soucions pas beaucoup de tout ce qui est commercial ou adapté pour la radio. Mais nous avons pris les choses au sérieux en décidant de nous en tenir à nos premières intentions.
Nous voulions faire quelque chose d’unique, nous différencier dans cet océan de groupes et faire nos débuts avec cette chanson difficile à approcher, mais totalement écoutable, et c’est sûrement la chose dont les gens se souviendront d’IKITAN ! De plus, nous sommes de grands fans du post-Rock et de Progressif, où si votre chanson ne dure pas au moins 10 minutes… vous n’êtes vraiment personne ! (Rires) L’idée vient aussi de là.
Et bien sûr que nous avons plus de chansons ! Beaucoup de riffs sympas ont dû être laissés de côté quand nous nous sommes concentrés sur cette idée de 20 minutes 20 secondes. Ils trouveront donc leur place dans de futures versions.
– Ce qui ressort d’IKITAN est ce très fort esprit Jam qui règne dans le groupe. Ca vient votre façon de composer ? D’être complètement libre ?
Jammer est une chose très naturelle pour nous. Nous avons tous eu beaucoup de groupes dans nos vies, et il y a toujours eu cette approche dans l’apprentissage d’une chanson. De fait, la phase de composition est totalement libre et axée sur le jam. Quand nous entrons en répétition, aucun de nous n’offre de chansons complètes ou d’idées définitives aux autres. Nous laissons toujours la musique nous guider et l’improvisation joue donc un rôle-clé. Et puis, nous nous amusons beaucoup. (Rires)
N’oublions pas, quand on parle de liberté, que nous sommes un groupe instrumental. Ne pas avoir de chanteur nous donne une totale latitude dans l’approche intro-couplet-refrain. Nous avons donc une belle opportunité, avec IKITAN, d’expérimenter et de rassembler une large gamme de styles. Ce qui est cool, c’est que nous avons appris à nous écouter attentivement. De cette façon, nous parvenons à avoir un son cohérent.
Nous partageons aussi l’amour de certains groupes, le plus important étant probablement Tool. Mais à part cela, nous avons des antécédents variés et tout cela se mélange dans un mix un peu dingue de post-Rock, de Progressif, de Metal, de Stoner et de Desert Rock. C’est tout ce que nous aimons et nous essayons de varier notre musique le plus possible.
– Sur « Twenty-Twenty », vous alternez les ambiances passant d’un Stoner Psych à des moments plus Heavy et presque Desert Rock. Ce morceau était aussi l’occasion de montrer toutes les facettes d’IKITAN ?
Cet album n’a pas été construit avec la ferme intention de mettre en valeur la variété de ce que nous jouons, certainement pas. Il se trouve que nous jouons de cette manière, car nous avons un fond artistique commun. « Twenty-Twenty » peut être considéré en trois chapitres que nous avons voulu simplement assembler en une chanson. Nous visons à être aussi différents dans nos futurs morceaux. Il n’y a pas de limite.
Sans prétention, nous aimons que notre musique ait du caractère, et soit même surprenante si possible. Nous voulons créer des paysages et des voyages sonores. Parfois ça vient du post-Rock, d’autres fois c’est plus Progressif ou alors totalement Stoner… En gardant cet esprit de liberté, nous pourrions avoir des chansons plus courtes ou même avec des voix à l’avenir… qui sait ! (Rires)
– Depuis quelques temps maintenant, l’Italie occupe une place de choix en ce qui concerne le Stoner en général avec de très bons groupes et labels. Qu’en pensez-vous et quel regard portez-vous sur cette scène émergeante et même très installée ?
L’Italie a en effet une scène Stoner formidable et dynamique. Ce que vous pouvez voir de l’étranger n’est que la pointe émergée de l’iceberg. En Italie même, certaines choses sont de véritables joyaux cachés. Beaucoup de groupes sympas sont autoproduits, donc ils ne sont pas couverts par les médias grand public, ou même par des blogs ou des sites Web gérés par des fans.
Nous sommes de Gênes et ici la scène Stoner et Rock (sans parler d’autres scènes comme celle du Prog qui est également très active) compte d’excellents groupes, tels que Isaak, CRTVTR, Stalker, Burn the Ocean, Kurt Russhell, NAAT et beaucoup d’autres. Rassurez-vous, l’Underground est incandescent par ici !
« Twenty-Twenty » d’IKITAN est disponible en édition limitée (200 copies) sur Bandcamp : https://linktr.ee/ikitan
Guitariste reconnu et devenu incontournable dans l’hexagone, Yarol Poupaud a contribué à l’explosion de FFF avant de multiplier les collaborations aussi diverses que variées. Et curieusement, UNITED GUITARS est un projet qui l’a surpris à bien des égards…
Photo : Christian Viala
– Tout d’abord, dans quelle mesure la participation à un project collectif est-elle différente d’un projet solo ? Même si là aussi, tu composes le morceau…
Il y a pas mal de choses qui diffèrent. Par exemple, je ne connaissais pas les musiciens de la section rythmique avec qui j’allais travailler. Déjà, j’étais ravi de les rencontrer et de bosser avec eux. Et puis la différence aussi, c’est qu’on n’avait pas tout un album à faire ! (Rires)
– Est-ce que le fait de figurer aux côtés d’autres guitaristes aussi talentueux créé une forme d’exaltation, une envie de se dépasser ou un désir d’impressionner techniquement les autres musiciens ?
En fait, je suis passé par plein d’états d’esprit. Quand j’ai dit oui à Ludovic (Egraz – réalisateur de l’album – NDR), je me demandais ce que j’allais faire. Ce n’est pas ma tasse de thé la musique instrumentale. En général, je fais des chansons ou des choses en groupe. J’étais un peu paniqué au départ. Et c’est vrai que la barre était très haute au niveau des autres participants. Ensuite, le riff est venu en faisant un jam lors de l’un de mes rares concerts de cet été, et puis on a développé le thème. En ce qui concerne les autres guitaristes, soit je me mettais une pression de dingue ou alors je passais à autre chose, et c’est ce que j’ai fini par faire.
– Cette participation à « United Guitars » a-t-elle aussi été l’occasion pour toi de sortir de ton registre ou de bousculer certaines habitudes ?
Ah oui, je ne fais jamais de morceaux instrumentaux comme je te le disais. Ensuite, mon registre musical est tellement vaste que je ne réfléchis pas de cette manière. Je fais aussi bien des disques de Reggae que des albums de Country, de Punk Rock ou de la musique Electro. Je ne suis pas figé dans un style. C’est sûr que guitaristiquement, j’apporte ma patte et mon identité et j’espère que cela s’entend. Mais c’est vrai que je suis sorti de ma zone de confort pour composer ce morceau et faire un titre instrumental qui tienne la route.
– Parmi, les talentueux guitaristes qui figurent sur ce volume 2 de « United Guitars », avec qui aurais-tu vraiment eu envie de faire un duo si l’occasion s’était présentée ?
Il y en a plein, car je fonctionne par rencontre. Malheureusement, je n’ai pas croisé grand-monde sur le projet et j’espère qu’on aura vite l’occasion de faire un concert avec tout ce beau monde. C’est vrai qu’avec Fred Chapellier, on se connait bien depuis les « Vieilles Canailles » et on s’entend très bien. J’aime beaucoup Nina Attal aussi. Elle a vraiment du talent et fait plein de choses intéressantes.