Catégories
International Metal Progressif Sludge

Mastodon : l’introspection [Interview]

Soyons clairs, le 28 août dernier, MASTODON a sorti l’album de l’année. Une évidence difficilement contestable pour tout fan de Metal, tant « Marrow Deep » explore des sphères et des atmosphères multiples, en puisant au plus profond de l’identité-même du groupe et avec la technicité qu’on lui connaît. Avec un style d’une telle richesse, regroupant en son sein autant de courants, la formation d’Atlanta semble être parvenue sur ce neuvième opus à un sommet de son art. Son Metal aux accents Sludge et aux teintes progressives, est plus percutant que jamais et la maîtrise affichée dévoile une musique d’une fluidité absolue. Si la présence d’une impressionnante liste d’invités apporte encore plus de saveur à l’ensemble, on retiendra aussi le moment très particulier dans lequel « Marrow Deep » surgit dans la vie du quintet. Fondateur, batteur, chanteur et compositeur, Brann Dailor revient sur ces dernières années en évoquant «Hushed And Grim », le concert-hommage à Black Sabbath, les récents changements de line-up et plus largement sa vision de la musique. Entretien.

– Sans revenir sur les drames personnels qui vous ont directement touchés, ainsi que l’ouragan Hélène il y a deux ans et dont vous parlez dans le morceaux « In The Ruins », est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez pu vous dire : ça commence à faire beaucoup ? Y a-t-il eu un certain fatalisme au sein du groupe à une période ?

(Silence) Je ne suis pas sûr… (Rires) Cela a été un moment difficile et long. Mais ça n’a pas été comme si nous nous étions arrêtés, car nous avons continué malgré tout. L’album a été compliqué à faire, car beaucoup de choses ont été bousculées, beaucoup plus que d’habitude. Que ce soit dans notre vie de manière générale et collective comme dans la vie personnelle de chaque membre, tout a été compliqué. Je pense que c’est ce qui explique qu’il nous aura fallu cinq ans pour y arriver. Mais nous sommes là, nous sommes passés de l’autre côté ! (Sourires)

– Ce qui est assez extraordinaire, c’est que vous donnez le sentiment de vous être alimentés de tous ces évènements pour afficher aujourd’hui une énergie et une force décuplée. « Marrow Deep » est probablement votre album le plus intense et dense à ce jour. Est-ce que tout ça vous a finalement aidés à inverser le cours des choses et à nourrir aussi votre inspiration ?

Oui, c’est certain. Je sais qu’à la sortie de « Hushed And Grim » (en 2021 – NDR), il y avait beaucoup de mélancolie qui se ressentait sur l’album. C’était dû à la pandémie et aux divers sentiments qui nous ont traversés à ce moment-là. Et puis, nous avions aussi perdu notre ami et manager Nick John… C’est comme ça que nous nous sentions à l’époque. Ensuite, on s’est retrouvés à avoir beaucoup de temps devant nous, comme la majorité des gens, et c’est ce qui nous a conduit à composer ce double-album. Cela dit, je pense que nous avions aussi voulu faire une sorte de volte-face en catalysant toute cette énergie engrangée à ce moment-là. Ça a été une espèce de mission, car nous n’avions bien sûr pas anticipé tous ces changements et ces tragédies. C’est une combinaison de tout ça.

Et puis, tu sais, quand tu perds un frère comme Brent (Hinds, guitariste et chanteur décédé en 2025 – NDR) et que tu dois aller en studio dix jours après, tu ressens vraiment le besoin de jouer, de chanter et d’écrire sur ce qui vient de se passer. Quand c’est quelqu’un d’aussi proche de toi et qui a le même âge, tu te sens obligé de chérir ta vie. Tu veux à tout prix te sentir vivant et je pense que c’est ce qui s’est passé pour nous tous pendant l’enregistrement. L’urgence à ce moment-là était de jouer quelque chose de rapide et de chaotique. J’avais vraiment besoin de me sentir vivant derrière ma batterie et en chantant… Et cela se ressent forcément dans l’album. Cela a aussi, d’une certaine manière, aidé à sa construction.

– « Marrow Deep » est donc votre neuvième album et peut-être aussi le plus contrasté. Il y a une tension très palpable, qui tient presque de la rage et de la colère, et aussi des moments très aériens et délicats, comme si vous observiez les choses de plus haut. Est-ce l’album le plus personnel et introspectif que vous ayez enregistré jusqu’à présent ?

Oui, je pense. Tout était tellement frais quand nous sommes allés en studio enregistrer. Tout ce que vous entendez sur l’album est le reflet de ce que nous sommes en tant que groupe dans notre quotidien. Les sentiments sont partout, mais ils sont finalement très rares. Il nous a fallu prendre la décision de sortir de tout ça, de nous mettre à nu, ou au contraire aussi de se cacher. On s’est retrouvé dans l’obligation de s’ouvrir à la critique de nos sentiments les plus profonds et les plus sombres. C’est parfois très difficile à faire. Mais je pense qu’avec l’aide de tous ceux qui étaient là avec nous en studio, nous avons acquis le fait qu’il n’y avait pas de mal à être si vulnérables et on a retrouvé beaucoup d’assurance. En effet, c’est probablement notre album le plus personnel, notamment au niveau des textes.

– Dans cette même optique, vous vous êtes aussi inspirés des Moires de la mythologie grecque et de ses trois divinités qui relient la vie, la perte et le destin en conclusion de l’album sur le morceau « The Three Fates », avec Neil Fallon de Clutch. Est-ce que, de cette manière, vous considérez « Marrow Deep » comme le début d’un nouveau chapitre pour MASTODON, car c’est un peu l’impression qu’il donne ?

Oui, je le pense vraiment et spécialement sur et avec cette dernière chanson, « The Three Fates ». Cela se ressent surtout sur le troisième mouvement, qui est une conversation musicale entre João (Nogueira, claviers – NDR) et Nick (Johnston, guitare – NDR) qui devient fusionnelle. Pour nous, c’est un regard très réconfortant sur l’avenir du groupe. Cela arrive en fin d’album et on ressent peut-être l’angoisse, la tristesse et l’introspection qu’il y a tout au long de l’album. C’est un focus sur la musique de ces deux musiciens, qui sont les derniers arrivés dans l’équipe. Pour moi, cela représente l’avenir et ça dit aussi que tout va bien. C’est une fin très réconfortante ! (Sourires)

– Justement, un mot aussi sur Nick Johnston (guitare) et João Nogueira (claviers), vos deux anciens musiciens de scène qui vous ont officiellement rejoints. J’imagine que leur intégration s’est faite naturellement, mais est-ce que vous avez songé un moment à d’autres nouveaux partenaires ?

Non, pas du tout, car João est arrivé au moment de « Hushed And Grim ». il a joué un peu en studio, puis il est venu avec nous en tournée. Cela fait maintenant cinq ans qu’il est avec nous et c’est un musicien incroyable. Et Nick est là depuis environ deux ans et c’est un mec formidable aussi et un grand musicien. Même s’il a été créatif, il n’a pas eu l’occasion de s’exprimer pleinement, parce que nous avions déjà écrit beaucoup de choses avant son arrivée. J’ai vraiment hâte de répéter avec eux deux dans le futur. Nick a déjà proposé des riffs, des parties entières et des morceaux presque complets et il est vraiment très enthousiaste ! Ce sont tous les deux des gens et des musiciens incroyables et il y a une super ambiance entre nous. Ils sont très créatifs et c’est exactement ce dont nous avons besoin.

– D’ailleurs, vous coproduisez aussi « Marrow Deep ». Est-ce que, vu le contexte, vous avez tenu à être plus présents que d’habitude dans le processus complet de l’album, qui a été enregistré dans votre studio, mais que vous avez laissé d’autres mixer ?

En fait, nous sommes toujours producteurs, ou coproducteurs de nos albums. Nous n’avons jamais envoyé nos idées à quelqu’un d’autre. En revanche, c’est agréable d’avoir un regard extérieur une fois que les choses ont bien avancé. On peut rester bloqué sur un arrangement ou une chanson pendant des mois et c’est là qu’une autre perspective peut faire avancer des situations. Changer ou déplacer une partie, par exemple, peut vraiment changer un morceau. Donc, pour cette raison, c’est sympa. Mais pas trop non plus, c’est notre groupe ! (Rires) Nous sommes des grands garçons et nous savons ce que nous voulons. Mais nous restons ouverts à d’autres propositions quand elles viennent de personnes, qui ont suffisamment d’expérience pour cela. Oui, nous sommes toujours les seuls responsables de notre musique ! (Sourires)

– Sur « Marrow Deep », vous accueillez aussi des guests de renom comme Josh Homme, la rythmique de Converge, le chanteur de Clutch, Neil Fallon, votre ami Randy Blythe de Lamb Of God ou encore l’ex-Black Sabbath Geezer Butler. Est-ce que les circonstances ont fait que vous aviez besoin du soutien d’amis musiciens, ou est-ce une démarche purement artistique ?

C’est un peu des deux, à mon avis. En le faisant, je n’ai pas réfléchi à ce que nos amis pouvaient s’imaginer. Peut-être qu’ils pensaient que nous étions blessés et qu’ils aimeraient aider si possible. Après, ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. Nous avons toujours eu des invités sur nos albums. En fait, nous sommes même toujours en train de chercher ! (Sourires) Le plus spécial était probablement d’avoir Geezer Butler. Nous avons baigné pendant des mois dans Black Sabbath, ce qui a aussi été amplifié avec le concert ‘Back To The Beginning’. Donc, tout était très frais dans nos esprits. Je me suis dit que l’intro d’une chanson comme « The Vanishing » lui conviendrait parfaitement. On lui a demandé et on a eu la chance qu’il accepte. C’était très excitant et aussi un grand honneur de l’avoir sur l’album. C’est le mec le plus cool que j’ai jamais vu ! (Sourires)

– Un mot aussi sur notre ‘Frenchy’, Joe Duplantier de Gojira, sur « The Vanishing » avec qui vous êtes amis de longues dates. Comment se concrétise cette connexion entre vous depuis si longtemps ?

Nous avons toujours été similaires dans notre façon de nous présenter l’un à l’autre et nous sommes animés d’une même mentalité artistique, je crois. Nous nous connaissons depuis de longues années et nous sommes très proches. On a toujours eu envie d’avoir Joe, ou l’un des membres de Gojira sur nos morceaux. Et ce moment s’est présenté avec ce titre très lourd. Joe possède la voix parfaite avec son scream puissant. C’était l’occasion idéale pour l’accueillir. Il était super content et qu’il y ait aussi Geezer Butler sur le morceau a été la cerise sur le gâteau ! (Sourires) Nous aimons vraiment les gars de Gojira. On a commencé à tourner ensemble en 2014 et notre relation a beaucoup de sens. Nous sommes toujours en contact et on s’envoie beaucoup de messages. Nous sommes de bons amis et c’était génial d’avoir Joe sur l’album. C’est le meilleur ! (Sourires)

– Par ailleurs, les gens te connaissent surtout en tant que batteur, mais tu es aussi chanteur, bassiste et compositeur. Comment se passe le processus d’écriture au sein de MASTODON ? Chacun apporte ses morceaux ou le travail est-il plutôt collectif ?

C’est un peu plus collaboratif aujourd’hui. Avant, quand nous commencions à écrite, je m’en occupais en général avec Bill (Kelliher – NDR). Nous sommes très proches, car nous vivons à un peu plus d’un quartier l’un de l’autre. Donc, je passe le matin avec un café dans son studio et on commence à tester et imaginer des riffs pour voir si ça sonne bien. Ou alors, j’arrive avec une idée de morceau, par exemple. Je la lui soumets et on en parle. Ensuite, on prend nos guitares et on joue ce qu’on a aimé. Puis, si on se dit qu’il fait trois parties, il nous faut un chorus, un pont, un riff de fin, etc… C’est un peu comme ça qu’on bosse ! (Sourires) On travaille tous les deux environ huit heures par jour, peu importe le nombre de journées qu’on y passe. On pose les bases, en fait. Mais parfois, il arrive aussi que quelqu’un arrive avec un morceau complet et c’est toujours bienvenu. Mais c’est vrai que sur les derniers albums, Bill et moi entrions en studio avec beaucoup de matières, plus ou moins abouties, que nous présentions. Cela dit, sur « Hushed And Grim », Brent (Hinds – NDR) avait aussi apporté quelques idées et nous avions travaillé les arrangements ensemble pour les faire aboutir.

– L’an dernier, vous avez joué au fameux concert ‘Back To The Beginning’ pour célébrer Black Sabbath. Comment as-tu vécu ce moment et que représentait Ozzy pour toi ? Une sorte de père spirituel ? Un mentor ?

Oui, Black Sabbath et Ozzy sont tout pour moi. Ils ont inventé cette forme d’art qu’on appelle le Heavy Metal. C’est une sorte de lieu où nous pouvons nous exprimer et laisser flotter le drapeau de cette musique. C’est la tribu à laquelle j’appartiens ! Tu sais, j’écoute toutes sortes de musiques et il y a beaucoup de choses que j’aime dans tous les genres. Mais le Heavy Metal est vraiment celui auquel je m’identifie. Et cela vient aussi de mes souvenirs d’enfance. J’ai grandi en écoutant du Metal avec Black Sabbath et Ozzy, Iron Maiden et Judas Priest. Un peu plus tard dans ma scolarité, ça a été Metallica, Slayer et les autres. Tous mes amis écoutaient ça ! Depuis mes six ans, Ozzy a toujours été là. Quand j’étais petit, je croyais même que c’était un personnage de dessin animé ! Je trouvais qu’il avait une tête de chauve-souris et qu’il était fou ! (Rires) Tout le monde autour de moi aimait Ozzy !

Alors, être invité à ce concert a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Jouer dans ce stade et en premier… C’était le plus grand honneur que je pouvais espérer. Et puis, je ne voulais pas qu’on soit le groupe qui fait de la merde ! (Rires) J’avais carrément toutes les paroles des morceaux sur un tom de ma batterie. C’est vraiment le truc le plus cool que j’ai pu faire ! (Sourires) C’était juste 15 minutes, mais c’était comme sortir d’un avion après avoir fait un voyage. Cela a vraiment été l’une des expériences musicales les plus marquantes que je n’ai jamais faites. Et il y avait tellement d’amour dans l’air, tout le monde était très excité. C’est l’un des meilleurs concerts auquel j’ai assisté aussi, car c’était la célébration des fans de Heavy Metal pour eux-mêmes et ils honoraient aussi leurs pères en montrant qu’ils étaient très fiers de faire partie de cette communauté. La veille à Birmingham, l’ambiance était incroyable. Et puis, c’était également la même chose pour tous les groupes qui ont joué. On avait tous le même objectif. Nous étions là pour honorer Black Sabbath et Ozzy et leur offrir le rendez-vous qu’ils méritaient en leur montrant tout notre respect pour tout ce qu’ils ont donné en tant que musiciens. Il y avait un sentiment très fort de fierté. Que ce soit Metallica, Slayer, Tool, Alice In Chains, Lamb Of God, Gojira et tous les autres : on leur a tout donné. Personne n’était au-dessus de l’autre. Et ensuite, je suis allé dans le public, j’ai pris une bière et j’ai commencé à fêter ça avec tout le monde. Et quand Ozzy est arrivé, on a tous commencé à pleurer ensemble et à chanter. C’était vraiment incroyable…

– J’aimerais qu’on dise aussi un mot de « Floods Of Triton », ce morceau que vous aviez sorti avec Lamb Of God il y a deux ans. Outre le fait de vous retrouver entre amis, quelle était votre intention en sortant un titre hors-album, pour les deux groupes d’ailleurs ?

En fait, nous étions en tournée pour célébrer l’anniversaire des vingt ans de leur album « Ashes Of The Wake » et celui de « Leviathan », le nôtre. Par pure coïncidence, ils étaient sortis le même jour en 2004. Et il y a dix ans peut-être, nous nous sommes dits que si nous étions encore vivants, il faudrait faire une tournée ensemble pour célébrer ces deux disques qui sont sortis ensemble ! (Sourires) Tu sais, c’est compliqué d’être dans un groupe qui dure dans le temps. Nous sommes chanceux de ce point de vue-là. Alors, il fallait fêter ça ! Donc, c’était cool de faire le lien entre nos deux groupes à travers cette tournée. Et puis, nous avions ce morceau que nous pensions parfait pour Randy (Blythe, chanteur de Lamb Of God – NDR). Oui, je pense que cela s’est bien passé et j’aime beaucoup ce titre ! (Sourires) Les gars de Lamb Of God sont des gens que j’adore, ce sont vraiment des amis.

– Enfin, pour vous suivre depuis longtemps et pour vous avoir aussi vu au Bataclan à Paris en 2012 sur la tournée de « The Hunter », MASTODON donne l’impression d’avoir éclairci son jeu, tout en restant fidèle au Sludge et au Stoner. Etes-vous en quête de précision musicale, ou c’est une évolution finalement très naturelle ?

Je pense que c’est assez naturel. Quand tu as l’opportunité d’écrire de nouvelles chansons, tu vois ce qui se passe et tu es toujours excité de continuer dans cette perspective. C’est intéressant de regarder le passé avec le recul et de voir ce qui te fait toujours vibrer. Pour ce qui concerne la précision musicale, de mon pont de vue, quand je suis derrière ma batterie et que je fais un concert, j’essaie toujours d’être le plus parfait dans mon jeu. En tout cas, j’essaie ! (Sourires) Et il y a toujours des trucs qu’on oublie de faire, ou d’autres qu’on est content d’avoir trouvés ! C’est toujours très amusant ! (Rires) Par ailleurs, je recherche aussi cette expérience spirituelle en étant sur scène avec les gars et toucher cet instant dans une chanson qui peut atteindre un sommet. Je cherche toujours ce moment-là. Atteindre ça derrière ma batterie, le tout combiné à d’autres impacts émotionnels, est une chose qui reste gravée pour toujours. A ce moment-là, il y a une véritable et réelle connexion avec le public… Je les vois chanter… C’est ça que je recherche en fin de compte ! (Sourires)

Le nouvel album de MASTODON, « Marrow Deep », est disponible chez Loma Vista Recordings.

Photos : William Lacalmontie (1, 4, 5) et Deathcats (2).

Retrouvez la chronique de l’album…

… Et celle de « Hushed And Grim » :

Catégories
Blues Rock Hard'n Heavy International Rock

Carmine Appice : golden sticks [Interview]

Un groove imparable, un toucher et une frappe inimitables : CARMINE APPICE a laissé son empreinte au fil des décennies à travers un nombre impressionnant de collaborations et à la tête aussi de groupes devenus cultes. De Vanilla Fudge à Rod Steward, en passant par Cactus bien sûr, Blue Murder, Guitar Zeus ou King Kobra, il a aussi accompagné Ozzy et Ted Nugent, joué avec Jeff Beck, Pat Travers, Rick Derringer ou Paul Stanley. L’américain est ce qu’on pourrait appelé un batteur complet, et si ses racines et ses inspirations musicales viennent surtout du Jazz, on retient aussi ses effets de double grosses caisses, bien avant l’heure, et ses légendaires jonglages de baguettes. Depuis quelques années, c’est au sein de son groupe de toujours, Cactus, qu’il impose sa frappe sur un Blues Rock solide qu’il partage avec des musiciens de renom. Bien sûr, il est difficile de retracer une telle carrière sur une interview, mais l’Américain revient avec plaisir sur un parcours étonnant et d’une incroyable richesse. Rencontre.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne brièvement sur ton parcours, car il est assez atypique et unique. Tu fais tes débuts avec Vanilla Fudge et son côté psychédélique, puis c’est Cactus et son Blues assez lourd. Ensuite, les années 80 et 90 sont plus Hard Rock et Heavy Metal avec Blue Murder et King Kobra surtout. Et il y a également de très nombreux projets ou participations à de nombreux albums. Est-ce ta curiosité qui te pousse toujours ? Une certaine soif de découverte ?

J’aime juste jouer. Malheureusement, je n’ai jamais été dans de grands groupes comme John Bonham avec Led Zeppelin ou Neil Peart avec Rush. A chaque fois que j’étais dans un groupe, il a splitté et j’ai du retrouver autre chose. C’est ce qui m’a mené dans de nombreuses directions. J’ai donc joué dans beaucoup de groupes de Blues, de Jazz, de Rock et j’ai aussi fait des shows de batterie. J’ai adoré ça, car ce n’était jamais la même chose ! Je n’aurais pas pu jouer les mêmes chansons pendant 50 ans ! (Rires) J’ai du utiliser mes talents pour d’autres choses. J’ai aussi eu la chance de créer Guitar Zeus, par exemple. Cela dit, tous les projets que j’ai faits ont été assez connus dans le monde, ce n’est pas comme si c’était sorti dans l’anonymat le plus complet ! (Rires) J’ai quand même vendu beaucoup de disques avec Guitar Zeus, Blue Murder, King Cobra et Cactus, notamment les derniers albums.

– Tu as justement forgé ta réputation et ta légende à travers des styles très différents. Est-ce cette polyvalence qui, selon toi, fait la marque des grands batteurs ? Une grande capacité à s’adapter à tous les registres ?

Oui, mais un grand batteur ne peut pas forcément tout jouer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de grands batteurs de Metal. Ils jouent vite et c’est dégueulasse. Sont-ils capables de jouer avec des balais ? Je ne crois pas. J’ai joué du Jazz, de la musique latine, du Rock, de la Soul… J’ai vraiment jouer de tout quand j’étais très jeune. Tu vois, à cette époque, il n’y avait ni Hard Rock, ni Heavy Metal. Il y avait surtout des choses comme Frank Sinatra, alors je jouais ce genre de choses… (Sourires) Mais quand je fais du Rock, je suis toujours moi-même. Quand j’étais avec Rod Stewart, cela n’avait rien à voir avec les autres batteurs de ses albums. Je reste ce que je suis avec ma façon de jouer. J’ai pu faire beaucoup de choses très différentes et ça me faisait très plaisir, parce que c’était toujours d’une grande fraîcheur ! (Sourires)

– Avant de reparler de Cactus, qui est ton actualité la plus récente, j’aimerais qu’on dise un mot de King Kobra, dont le dernier album, « We Are Warriors », est sorti il y a maintenant trois ans. Est-ce que le groupe va continuer son activité ? Et y a-t il des projets en cours de ce côté-là ?

En fait, quand on a lancé ça, cela ne s’est pas très bien passé. On avait pourtant fait des tournées en Europe, un bon album et quelques gros festivals. Ensuite, on avait juste sorti une chanson. Et puis, Paul (Shortino, chant – NDR) est très occupé, il chante partout dans le monde. Comme c’est pareil de mon côté, je ne sais pas pour le moment si King Kobra aura une suite, ou pas.

– Un mot aussi sur ton instrument, la batterie. Toi qui as parcouru tant de styles et d’époques différentes, restes-tu fidèle à un kit en particulier, ou est-ce que tu évolues aussi suivant les musiques sur lesquelles tu joues, voire les avancées techniques ?

Je pense que mon jeu a évolué au fil des années. Quant à mon kit de batterie, pour les enregistrements, je garde le même, d’autant que j’ai un studio à la maison. Oui, c’est sensiblement le même kit, il n’a pas tellement bougé… (Sourires) J’ai encore les toms sur lesquels je jouais avec Cactus en 1971, une Slingerland de 2004, quelques D-Drum qui sonnent bien aussi. Je n’en change pas, car je peux réenregistrer d’une semaine à l’autre des plans qui ne me plaise pas. En revanche, pour la scène, j’utilise toujours le même kit, peu importe la formation avec laquelle je joue. Je l’utilisais déjà avec Vanilla Fudge, Rod Steward et aussi Cactus. En fait, c’est juste une question de changement de style de jeu, de dynamique. Il suffit de s’ajuster au mieux à chacun ! (Sourires)

– Il y a peu de batteurs dans le monde du Rock notamment qui sont identifiables en quelques secondes. Il y a notamment John Bonham, Stewart Copeland, Dave Lombardo, Mick Portnoy et toi. Comment expliques-tu que ton style se soit si facilement imposé, là où les gens se concentrent surtout sur les chanteurs et les guitaristes ?

Wow ! Merci beaucoup ! (Sourires) Mon grand rêve était de devenir le Gene Krupa du Rock (un grand batteur et chef d’orchestre de Jazz, décédé en 1973 – NDR) ! Il s’amusait tellement ! J’ai grandi en l’écoutant, car ma mère me racontait ses performances au Paramount Theater à Brooklyn. Il m’a beaucoup inspiré, lui et tous les grands batteurs de Jazz comme Buddy Rich, Max Roach ou Joe Morello. C’est vraiment ce que je voulais être et je pense que j’ai un peu réalisé mon rêve… (Sourires) Je ne voulais pas être juste le gars qui joue derrière le groupe, je voulais aussi amuser les gens. C’est de cette façon que j’ai développé mon style au fil du temps, même s’ils sont vraiment restés mes modèles. Et c’est vrai aussi pour John Bonham, Ian Paice et moi. On s’est emprunté des choses, on nous a en aussi pris et ça continue. Personne n’a tout à lui dès le départ. On se façonne. Et j’ai eu la chance d’être au début de tout ça. Et il n’y avait pas tous ces amplis d’aujourd’hui, non plus. Il fallait vraiment cogner, lever les bras au ciel et y retourner en fracassant les toms ! (Rires) Et en le faisant, j’ai créé un style. Je ne le savais pas à ce moment-là, car je le faisais vraiment par nécessité… (Rires)

– Revenons sur Cactus que tu as ressuscité plus de 30 ans après son dernier album « Ot ’n’ Sweaty ». Même si Vanilla Fudge reste un groupe très important, on a vraiment le sentiment que Cactus reste ton véritable groupe, celui où tu t’exprimes peut-être le plus librement aussi. Est-ce le cas ?

Ce sont deux groupes vraiment différents. On a fait beaucoup de concerts avec Vanilla Fudge et nous avions même enregistré un live au ‘Sweden Rock’. C’était rigolo, parce que nous avions joué avec les deux groupes sur la même édition, Vanilla Fudge et King Kobra. Ça reste un bon souvenir ! (Sourires) Mais j’ai l’impression que l’industrie musicale ne s’intéresse plus à la nouvelle musique que peuvent produire certains groupes. Elle veut juste leurs classiques, pourtant nous avions composé de nouvelles choses et le public aimait ça. Les nouveaux albums de ce genre de groupes n’intéressent plus. C’est pour cette raison que nous avons enregistré « Temple Of Blues I » (paru en 2024 – NDR) avec Cactus. C’était d’ailleurs une demande du label, qui voulait que je rassemble des musiciens qui avaient été influencés par le groupe. Et il y a eu du beau monde à nos côtés comme Joe Bonamassa, Warren Haynes, Slash, … L’album a même été classé numéro 3 dans les Charts. Le label nous a proposé de continuer et j’ai dit que j’étais d’accord, si nous faisions un vrai album de Blues. Je me suis donc concentré sur ce qui m’avait vraiment influencé en y ajoutant trois morceaux de Cactus. Puis, nous avons fait six/sept concerts par an et d’autres sont actuellement en préparation. Ce qu’il faut absolument, c’est prendre du plaisir et s’amuser. La musique de Vanilla Fudge était trop sérieuse pour moi, alors que le reste de ma carrière est beaucoup plus fun. Cactus, BBA (Beck, Bogert & Appice – NDR), Rob Stewart, Ted Nugent, King Kobra… Tout ça était vraiment très amusant ! (Sourires)

– Et justement, Cactus, s’il reste très Rock, est surtout Blues. D’ailleurs, c’est le style qui te suit le plus dans ta carrière avec tes collaborations avec Jeff Beck, KGB ou ton groupe avec Pat Travers. Est-ce que, finalement, tu te sens l’âme du bluesman ?

Je ne sais pas… Personnellement, je n’aime pas tellement le Blues, parce que c’est un peu ennuyeux à jouer ! (Rires) Mais les chansons que nous avons reprises avaient toutes un très bon batteur. Morris Jennings en est un très bon exemple. Il était fantastique. Je m’en suis inspiré, mais à ma façon. Et quand tu joues, tu t’amuses vraiment ! (Sourires) Quand je jouais avec Pat Travers, par exemple, on jouait du Blues, mais c’était du Rock en fait. On faisait du Rock ! La base était Blues, mais on jouait du Rock ! On s’est vraiment amusé, même à écrire les paroles. On a passé de bons moments et ça reste de très bonnes chansons, je trouve. Pat est génial, c’est comme un frère pour moi ! On se voit très souvent et on organise une fête tous les ans en Floride où l’on se retrouve. Il a un super groupe et c’est vrai qu’on a fait de bonnes choses ensemble.

– En juillet dernier, tu as aussi sorti la vidéo du morceau « United States » à l’occasion des deux cent cinquante ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était aussi un hommage à Rick Derringer, décédé l’an dernier. C’était important pour toi de réaliser finalement cette double-célébration ?

J’ai enregistré cette chanson avec Rick il y a cinq/six ans. Et on n’en avait rien fait. Je suis toujours en contact avec sa femme et j’en avais même parlé avec Rick la nuit avant sa mort. On parlait beaucoup tous les deux… (Silence) Alors qu’on évoquait le 250ème anniversaire de l’Indépendance avec Jenda (la dernière femme de Rick Derringer – NDR), je lui ai demandé où était la chanson qu’on avait faite ensemble ? Elle s’appelait donc « United States » et c’était un super titre. Elle a regardé et elle me l’a envoyé. Je lui ai dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec ça. Alors, je l’ai envoyé à mon ingénieur Pat Regan, qui a produit tous les albums de Cactus et de King Kobra. Je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire pour que ça sonne mieux. Il a viré toute la batterie, puis il a tout remastérisé. Et l’ensemble sonne vraiment bien. Ensuite, on avait juste une journée pour en faire une vidéo et on a décidé de ressusciter Rick avec l’IA en le rajeunissant un peu. Il a aussi fallu lui mettre des lunettes de soleil pour des raisons d’autorisation légale. Mais peu importe, le résultat est génial et c’est une très belle fin. Et le sortir le 4 juillet était bien sûr la cerise sur le gâteau, c’est un titre magnifique ! (Sourires)

– En avril dernier, tu as sorti avec Cactus «Temple Of Blues II » avec un ‘All-Stars band’ vraiment exceptionnel. C’est un projet très ambitieux et audacieux aussi. Tu te retrouves en véritable chef d’orchestre et le choix des morceaux est lui aussi très judicieux. C’est un casting et une setlist que tu avais depuis longtemps en tête ?  

Non car, en fait, je ne fonctionne pas comme ça. D’abord, j’enregistre quelques chansons avec mon ingénieur du son. Ensuite, avec Brian du label, on s’est demandé ce que nous allions faire. J’ai alors pensé à trois morceaux de Cactus que je souhaitais jouer. Ensuite, on a fait « Purple Haze » avec Melanie et on a enchaîné jusqu’à obtenir une démo. Après, j’ai appelé des gens en commençant par Dee Snider et au fil des discussions, Tracii Guns, Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Steve Morse, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore se sont joints à nous. 

– Par ailleurs, il y a un peu plus d’un an Ozzy nous quittait après un ultime concert. Toi qui a joué avec lui sur la tournée de « Bark At The Moon » en 1983, que retiens-tu du chanteur et aussi du personnage qu’il était ?

Je connais Ozzy depuis 1971 quand Cactus et Black Sabbath ont joué ensemble pour la première fois. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on les a considéré comme les ‘pères du Heavy Metal’, car dans les années 60, il y avait des groupes qui jouaient déjà des trucs très lourds. Ils sont passés dans l’anonymat après un disque seulement. Ensuite, Black Sabbath s’est construit une image anti-Dieu avec des histoires de diable, etc… J’ai donc connu Ozzy à cette époque-là. Pour l’anecdote, un jour, alors qu’on était ensemble, quelqu’un a volé une petite boîte de marijuana à l’un de mes amis. On s’est carrément embrouillé à cause de ça ! Mais ensuite, Black Sabbath et Cactus se sont rabibochés. On en a reparlé avec Ozzy des années après et on s’est bien marré ! (Rires) Sur « Back At The Moon », après l’enregistrement, je suis devenu producteur associé pour les 500.000 premiers disques. Je devais donc recevoir un bonus là-dessus et Sharon n’a pas aimé. C’est probablement pour ça qu’elle m’a viré, elle ne tenait pas le bon accord. Mais j’adorais Ozzy, on était amis bien avant qu’elle n’arrive dans sa vie. Bon, la drogue et l’alcool ne le rendaient pas bon, mais c’était quelqu’un qui avait du cœur. Il avait vraiment bon cœur… (Silence) Plus tard, je l’ai même amené en studio et on lui a joué du King Kobra ! Il a vraiment aimé, c’était drôle ! (Rires) Mais bon, à chaque fois qu’on se voyait et que sa femme arrivait, ça devenait désagréable. Oui, je me suis vraiment senti mal quand il nous a quittés… (Silence)

– Loin d’avoir envie de te voir poser les baguettes, quel batteur a ta préférence aujourd’hui, et en qui tu pourrais voir un éventuel héritier ?

(Silence) Ils jouent tous la même chose ! (et il mime un rythme effréné à la bouche – NDR) J’étais au téléphone avec Dennis Chambers (un grand batteur américain de Jazz et de Funk – NDR) l’autre jour et on parlait des batteurs d’aujourd’hui. Il me disait qu’ils étaient tous incroyablement rapides, avec les mains comme avec les pieds. Mais qu’il n’y avait aucun groove ! J’ai reçu une vidéo sur mon téléphone, il n’y a pas si longtemps, de Terry Bozio (autre phénoménal batteur américain – NDR), qui jouait avec son groupe Missing Persons dans un festival ici aux Etats-Unis. Ce qu’il a fait était juste incroyable comme l’est Dennis également ! Billy Cobham (Jazz Fusion – NDR) est incroyable aussi. Aujourd’hui, ils sont tous rapides, mais ils ne savent pas utiliser la vitesse. Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi beaucoup plus vite, ça m’a même énormément influencé. Mais c’était d’abord le groove qui était le moteur avec la technique, bien sûr. Mais bon, je ne suis plus un jeune homme, je suis vieux et j’ai vu beaucoup de choses ! (Rires) J’ai même essayé de transmettre mon travail à travers des méthodes, dont même Greg Bissonette et Kenny Aronoff se sont inspirés. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a de jeunes enfants de cinq/six ans, qui jouent de manière incroyable aussi. Le truc, c’est juste qu’ils trouvent quelque chose à dire et qu’il en fasse quelque chose ! (Rires)

– Enfin, avec quelle formation vas-tu nous surprendre la prochaine fois ? Cactus ? King Kobra ? Un autre projet peut-être ?

Probablement Cactus, car pour King Kobra, c’est plus compliqué. Et puis, Cactus est un groupe avec lequel je m’amuse vraiment ! Et j’aimerais avoir encore plus de musiciens à venir jouer avec moi, car il a influencé beaucoup de gens finalement. J’ai même vu dans une émission Joe Bonamassa dire que nous l’avions influencé ! (Sourires) Et c’est le cas pour tous ceux qui sont venus jouer comme Warren Haynes, Steve Stevens ou Alex Skolnick. Cela n’aurait pas pu se faire avec King Kobra, car c’est juste Paul Shortino, Johnny Rod à la basse, Carlos Cavazo et Rowan Robertson aux guitares et moi à la batterie. Mais qui sait ? Ça ne coûte rien d’essayer ! (Sourires)

Retrouvez les chroniques des albums de CACTUS, « Tightrope » et « Temple Of Blues II » :

Catégories
Hard Rock

Iconic : la force de l’expérience

Avec « II », ICONIC affine la vision de son Hard Rock et offre une bonne continuité à ses débuts remarqués. Originaires des Etats-Unis pour la plupart, c’est pourtant un frontman britannique qui guide les chevronnés musiciens de ce combo à la composition assez exceptionnelle. Si la technologie actuelle permet beaucoup de choses, et pas toujours heureuses d’ailleurs, la magie opère entre des partenaires qui se trouvent les yeux fermés à travers un style classique, relevé et vigoureux.

ICONIC

« II »

(Frontiers Music)

Forte d’un bon premier album en 2022, « Second Skin », la formation anglo-américaine récidive avec « II » et démontre ainsi qu’il ne s’agissait pas d’un one-shot. Car ICONIC se présente comme un supergroupe. Rangé derrière le chanteur Nathan James d’Inglorious, c’est un line-up cinq étoiles que l’on retrouve à la manœuvre. Aux guitares, Michael Sweet (Stryper) et Joel Hoekstra (Whitesnake) donnent le ton et rivalisent de prouesses, tant à travers des riffs acérés que des solos de haute volée, sur lesquels ils se relaient avec virtuosité.

Quant à la rythmique, elle est tout aussi bétonnée. Derrière les fûts, l’inamovible Tommy Aldridge (Whitesnake, Ozzy) se montre implacable et très complice avec Marco Mendoza (Whitesnake, Twisted Sister), qu’il connaît bien. ICONIC a donc très fière allure et se montre techniquement irréprochable. En affichant une sorte de version actuelle du Serpent Blanc, le quintet ne prend pas beaucoup de risques, mais il reste convaincant. L’écriture est soignée et efficace, l’interprétation imparable et son Hard rock accrocheur et mélodique.

Forcément ancré dans un esprit très 80/90’s, les cinq musiciens ont compris qu’ils devaient se renouveler, tout en gardant cette touche unique qui a toujours fait leur force et qui leur accorde même une certaine intemporalité. Même si « II » ne possède pas le panache de « Second Skin », ICONIC n’a aucun mal à s’affirmer et à préciser une identité musicale forte. Elegant et légèrement bluesy, les titres de ce nouvel opus ne manquent ni d’énergie, ni de variations (« Cry No More », « Open My Eyes », « SOS », « Far Away », « Hearts Of Stone »). Flamboyant et intense.

Photo : Justin Roszkowski

Catégories
Hard Rock Heavy Stoner International

The Quill : through dark clouds [Interview]

Les groupes de la trempe de THE QUILL se font de plus en plus rares, comme une espèce en voie de disparition face à une scène mondiale Rock et Metal, qui tend inévitablement vers une uniformité aussi triste que blafarde et insignifiante. Or, en plus de 30 ans de carrière, les Suédois n’ont jamais dévié d’une trajectoire qui passe par un Heavy Stoner couplé à un Hard Rock massif, et qui se renouvellent toujours au fil des albums. Sur « Master Of The Skies », la maturité, l’expérience et la créativité se disputent le premier rôle dans un unique et tourbillonnant élan. Le quatuor y atteint des sommets, déploie avec force une identité forgée au fil des disques et des tournées par quatre musiciens au caractère affirmé. Robustes et alimentant toujours une petite lueur vintage réconfortante, les Scandinaves se montrent d’un impact encore une fois redoutable, et c’est leur bassiste au groove granitique, Roger Nilsson, qui revient sur ce nouvel opus déjà incontournable.

– Même si vous n’avez jamais caché votre admiration pour le groupe, j’ai l’impression que « Master Of The Skies » est le plus sabbathien de vos albums. Est-ce que, même inconsciemment, la mort d’Ozzy a pu avoir un impact sur son écriture ?

La majeure partie de l’album a en réalité été écrite avant le décès d’Ozzy, donc il n’y a pas eu de tentative consciente de s’inspirer de lui plus que d’habitude. Mais soyons honnêtes : Ozzy et Black Sabbath font partie intégrante de notre musique depuis le début. C’est en partie grâce à eux que nous avons commencé à jouer de la musique. Nous avons d’ailleurs donné un concert hommage à Ozzy en plein milieu de l’enregistrement, alors je pense que quelques petites touches Black Sabbath se sont glissées dans l’album sans même que nous nous en rendions compte. Plus inconsciemment qu’intentionnellement. Mais oui… c’est encore irréel qu’il soit parti. On perd nos héros à un rythme alarmant ces temps-ci, et c’est déchirant. C’étaient les géants sur les épaules desquels nous nous sommes hissés.

– Est-ce qu’après presque 35 ans de carrière et une douzaine d’albums à votre actif, le fait de vous retrouver à nouveau aux studios 491 à Oskarshamn avec Erik Nilsson peut avoir quelque chose de rassurant et de confortable, puisque vous y avez vos habitudes maintenant ? Cela peut aussi contribuer à un certain bien-être et une meilleure concentration, non ?

Absolument. Erik est presque un cinquième membre du groupe, sans pour autant avoir à apprendre la setlist par cœur ! (Sourires) Il sait parfaitement quand nous pousser, quand nous freiner, et quand dire à quatre musiciens de Rock têtus d’arrêter de se disputer et de se remettre au travail. Nous sommes tous des créatifs au caractère bien trempé, alors l’ambiance peut vite devenir électrique en studio. Erik est celui qui intervient, tape dans les mains et dit : « Ça suffit les gars ! Voilà la direction à prendre ». Et il a généralement raison. Le Studio 491 est aussi incroyablement pratique. Magnus, Christian et moi habitons à une demi-heure d’ici, donc on ne perd pas des heures dans les transports et des hôtels hors de prix. C’est un peu notre deuxième salon, avec une meilleure acoustique… (Sourires)

– « Master Of Skies » est un album percutant, mais surtout très atmosphérique avec une sensation sonore qui créé une sorte d’unité. Est-ce que vous l’avez conçu et composé comme un album concept, car il y a certains aspects notables dans sa structure ?

Ce n’est pas à proprement parler un album concept, mais nous l’avons abordé avec une structure très précise. Nous voulions offrir une expérience d’écoute complète, quelque chose qu’on apprécie du début à la fin, et non pas une simple liste de chansons. Nous avions près de 30 titres composés, et nous avons donc passé beaucoup de temps à choisir ceux qui se complétaient et créaient des ambiances différentes. Pour la toute première fois, la tracklist était quasiment définitive avant même le début de l’enregistrement. Cela nous a permis de façonner l’atmosphère de l’album de manière beaucoup plus réfléchie.

– D’ailleurs, vous ouvrez avec le morceau-titre que l’on retrouve également en reprise en fin d’album, comme pour boucler la boucle ? Est-ce une chanson qui vous a suivi tout au long du processus ? Et l’avez-vous d’ailleurs composé en tout premier ?

Le morceau-titre a été composé très tôt dans le processus et, à l’origine, les deux parties étaient assemblées en un seul long morceau. Mais une fois que nous avons envisagé l’album comme un voyage complet, l’idée nous est venue de l’encadrer, c’est-à-dire de commencer et de terminer par le même thème pour créer un sentiment d’achèvement. Cela nous a semblé juste et presque cinématographique. Comme si l’histoire commençait et se terminait au même endroit, mais que l’auditeur n’était plus la même personne.

– « Master Of Skies » est sans doute l’un des albums les plus sombres de THE QUILL. Pourtant, il y a toujours un aspect lumineux comme sur « Son Of Light », par exemple. On a presque l’impression que le travail sur les contrastes a été aussi important que sur les mélodies elles-mêmes. Est-ce le cas ?

Absolument. On a toujours adoré mélanger des riffs puissants avec des passages plus doux et lumineux. Beaucoup de groupes de Heavy Metal aujourd’hui enchaînent les riffs à un rythme effréné, et au bout de quelques morceaux, mes oreilles commencent à souffrir. Mais quand on intègre des passages plus légers, les parties puissantes ont un impact bien plus fort. Tout est une question de dynamique, d’ombre et de lumière. Comme dans la vie. On n’apprécierait pas son plat préféré si on devait le manger tous les jours, pas vrai ? (Sourires)

– La patte et le style de THE QUILL sont toujours très identifiables et son groove inimitable. Est-ce ce qui rend le groupe si intemporel, et êtes-vous d’ailleurs dans cette quête qui transcende les modes ?

Je le crois. Tous les quatre, nous avons une alchimie très particulière, une façon de jouer ensemble qui a quelque chose de presque magique. Et honnêtement, on essaie de ne pas trop l’analyser. On ne voudrait pas réveiller la magie et briser le charme par inadvertance. On fait ça depuis plus de 30 ans. Les modes sont allées et venues, l’industrie musicale s’est réinventée plusieurs fois, et la façon dont les gens écoutent de la musique a complètement changé. Mais nous sommes restés fidèles à nous-mêmes. On écrit avec le cœur, on joue ce qui nous semble juste et on a toujours fait les choses à notre façon. Pour paraphraser Sinatra : on l’a fait à notre manière. (Sourires)

– « Master Of The Skies » est un album puissant, qui montre beaucoup de caractère à travers toutes les ambiances qu’il traverse. Penses–tu, comme moi, que THE QUILL est aujourd’hui à un sommet de sa carrière ?

THE QUILL se porte vraiment bien ces temps-ci, peut-être même mieux que depuis longtemps. On ressent une confiance et une sérénité au sein du groupe, fruits de trois décennies passées à faire les choses à notre façon, à traverser les modes et à toujours ressentir cette étincelle. Nous sommes créatifs, productifs et, surtout… nous prenons du plaisir. Ça peut paraître simple, mais après tant d’années, c’est vraiment le secret. Nous sommes toujours quatre personnes qui aimons jouer ensemble, à débattre juste ce qu’il faut pour que ça reste intéressant, à découvrir de nouvelles idées et à sentir que la musique a toujours autant d’importance. Il y a aussi un profond sentiment de gratitude : les gens s’intéressent encore à nous, nous écoutent encore, viennent encore à nos concerts. On ne tient plus ça pour acquis et on apprend à l’apprécier encore davantage avec l’âge.

– Enfin, j’aimerais avoir ton regard sur ces trois dernières décennies durant lesquelles l’industrie musicale a connu de gros bouleversements. L’adaptation est toujours en cours et l’IA commence aussi à émerger. Comment peut-on encore rester un acteur important dans ce climat ? Et la liberté va-t-elle venir de l’indépendance des artistes, ou certaines structures ont encore du poids, selon vous ?

Excellente question. Je pense que tout dépend de la raison pour laquelle on fait de la musique. Si votre objectif est de suivre les tendances, de dominer les classements et de vous conformer à la mode du moment, alors oui, l’IA représente une réelle menace. Elle peut imiter les tendances plus rapidement que n’importe quel humain. Mais si votre objectif est de créer une musique qui puise son inspiration dans des émotions humaines authentiques, alors je pense que le public en aura toujours besoin. Peut-être même plus aujourd’hui, alors que tant de choses autour de nous deviennent artificielles. L’authenticité comptera plus que jamais. De la vraie musique, créée par de vraies personnes pour de vrais auditeurs.

Le nouvel album de THE QUILL, « Master Of The Skies », est disponible chez Metalville.

Photos : Johan Gustavsson (1, 4)

Retrouvez aussi les chroniques de « Wheel Of Illusion » et « Earthrise » :

Catégories
Heavy metal Proto-Metal

Sahg : born in hell

Sans détour et sans fioriture, le Heavy Metal teinté de Doom du trio norvégien propose un retour aux sources démoniaque et fougueux. Rugueux et brut, ce nouvel album va à l’essentiel sur dix morceaux exaltants et dynamiques. Le registre de SAHG est imparable et « Born Demon » se présente déjà comme un album majeur du groupe, dont le line-up s’est d’ailleurs resserré.

SAHG

« Born Demon »

(Drakkar Entertainment)

Personne ne déteste fondamentalement le proto-Metal ou, pour être moins technique, le Heavy Metal originel, c’est-à-dire celui de Black Sabbath en l’occurrence. Et c’est une bonne chose, puisque SAHG n’a pas dévié d’un iota son ambition des débuts. Mieux, le trio nous plonge dans un Metal revival 70’s et 80’s parfaitement orchestré. Les riffs rivalisent avec la rythmique en termes de pesanteur et le chant nous transporte à son tour.

Si les ombres d’Ozzy et de Tommy Iommi plane sur ce sixième album des Scandinaves, on ne saurait leur en tenir gré, tant le trio a mis toute son âme sur ce « Born Demon ». Les riffs sont costauds et appuyés, la rythmique est solide et massive et surtout l’envie est bel et bien là. L’esprit old school de SAHG rayonne et on se laisse prendre au jeu sans mal, car l’interprétation est magistrale et le feeling constant.

Cette immersion au cœur des origines du Heavy Metal montre aussi toute l’authenticité du groupe et le beau travail de production réalisé par Russ Russell (Napalm Death, Dimmu Borgir) offre de belles perspectives (« Fall Into Fire », « Evil Immortal », « Salvation Damnation », « Destroyer Of The Earth »). SAHG se montre original et furieux et « Born Demon » est une offrande du meilleur effet.

Photo : Francisco Munoz
Catégories
Hard Rock

The Dead Daisies : une fontaine de jouvence

Un Anglais, un Australien et deux Américains avec du talent à revendre, telle est la recette et l’alchimie de THE DEAD DAISIES. Plus qu’une réunion de stars, le groupe, qui livre son sixième album, n’entre pas dans cette catégorie des ‘all-stars-band’, qui font étalage de leur virtuosité. Non ici, il est surtout question de feeling et d’une unité dans l’écriture, comme dans l’interprétation, qui force le respect. Et « Radiance », vient rappeler ô combien le Hard Rock a de beaux jours devant lui.  

THE DEAD DAISIES

« Radiance »

(SPV/Steamhammer)

Malgré le tumulte des changements de line-up dont THE DEAD DAISIES s’impose en spécialiste, c’est déjà le deuxième album avec la même formation et le sixième d’une réjouissante discographie. Preuve que le groupe s’inscrit dans la durée ? A l’écoute de « Radiance », c’est vraiment ce que l’on souhaite tant le Hard Rock de ces musiciens hors-norme, et aujourd’hui presqu’iconiques, est limpide, inspiré, d’une fraîcheur et d’une ardeur sans faille. Ces quatre-là n’ont pas dit leur dernier mot, bien au contraire.

Autour de Glenn Hugues (ex-Deep Purple) à l’éternel jeunesse au chant et à la basse, de Doug Aldrich (ex-Whitesnake) héroïque à la guitare aux côtés de l’aviateur acrobate David Lowy et du batteur Brian Tichy (Whitesnake, Billy Idol, Ozzy, …), THE DEAD DAISIES flambe dans un registre immédiatement identifiable où, curieusement, personne ne tire la couverture à soi, mais se met plutôt au service de morceaux énergiques et interprétés par des passionnés comme on en rencontre peu.

Preuve de l’intemporalité du quatuor, le septuagénaire Glenn Hugues se montre aussi performant qu’à ses débuts avec une voix à la fois puissante et tellement Soul. Son groove associé à la frappe délicate de Brian Tichy est ravageur et tellement naturel. Chez THE DEAD DAISIES, tout semble couler de source. C’est tellement évident qu’on se laisse prendre au jeu sans résistance. Le mur du son bâtit par les riffs appuyés et spontanés de David Lowy laisse les mains libres à Doug Aldrich, dont le feeling et la dextérité sont d’une émotion rare.

Sans donner la leçon (car il le pourrait !), le groupe se fait surtout plaisir sur ce « Radiance », bien trop court, mais si bon. Heavy sur le morceau-titre et « Shine On », un  brin vintage sur « Born To Fly », presque Southern sur « Courageous », mordant sur « Not Human », sabbathien sur « Cascade », THE DEAD DAISIES ne s’interdit rien, pas même ce clin d’œil à Richie Sambora sur l’intro de « Kiss The Sun ». Et la production de l’immense Ben Grosse ne fait que mettre en lumière la qualité des mélodies et la précision des arrangements.

Savoir tout faire est une force et lorsque le souffle de la créativité bat son plein, il suffit de le canaliser. Et pour ça, on peut compter sur ces quatre musiciens aux parcours uniques et qui semblent loin d’être rassasiés. L’enthousiasme et l’exaltation sont intactes (« Face Your Fear », « Hypnotize Yourself ») et THE DEAD DAISIES joue des mélodies avec tellement d’habileté et de maestria qu’il entraîne tout sur son passage et clôt ce bel album avec un splendide « Roll On », scintillant de classe. In-con-tour-na-ble !

Catégories
Heavy Rock Proto-Metal

Freedom Hawk : de cimes en cieux

Chaleureux et hypnotique, ce sixième album du quatuor de Virginie est suffisamment bluffant pour captiver sans peine tous les amoureux de gros son des années 70. Entre proto-Metal et Heavy Rock bluesy appuyé et galopant, « Take All You Can » montre un quatuor sincère et l’atmosphère très organique distillée par FREEDOM HAWK font de lui le représentant d’un style devenu bien trop rare.

FREEDOM HAWK

« Take All You Can »

(Ripple Music)

Malgré ce que sa musique pourrait laisser penser, c’est bien de la côte Est, et non de Californie, que débarque FREEDOM HAWK. Son style nous amène à imaginer de grandes fêtes sur des plages ensoleillées où les décibels font trembler une foule joyeuse. Passé d’évidents clichés, il faut bien reconnaître que « Take All You Can », sixième album du groupe, rassemble tout ça, et pour un peu, on entendrait même le bruit des vagues.

Si les oreilles de notre bon Ozzy ont dû siffler pour la première fois en 2008 à la sortie de « Sunlight », un large sourire s’est certainement figé depuis. En effet, le rapprochement entre le Prince des Ténèbres et le chanteur et guitariste TR Morton est facile et surtout crève les oreilles ! Au-delà de la filialité vocale entre les deux frontmen, FREEDOM HAWK a le bon goût de faire le lien entre plusieurs registres avec une grande et étonnante fluidité.

En enregistrant eux-mêmes « Take All You Can », les Américains réussissent à nous plonger dans une ambiance très 70’s et 80’s entre Hard Rock, Heavy Metal et des envolées guitaristiques bluesy envoûtantes. Le proto-Metal bluesy de FREEDOM HAWK est savoureux et intemporel à la fois et semble sortir tout droit d’un univers parallèle (« Age Of The Idiot », « We All Need Rock’n’Roll », « Skies So Blue », « Desert Song » et le morceau-titre). Vibratoire et positif.  

Catégories
Hard Rock Heavy metal

Ozzy Osbourne : mad man returns

Est-ce la pléiade d’invités aussi prestigieux qui a redonné toute sa folie et surtout son envie d’en découdre au mad man ? Une chose est sûre, OZZY OSBOURNE est (déjà) de retour et celui-ci est fracassant de classe et laisse de nouveau resplendir l’énorme talent de ce père du Heavy Metal. « Patient Number 9 » chasse les doutes et on retrouve le son, le style, la patte et la créativité de celui qui avait auparavant plongé les années 80 et 90 dans les ténèbres. 

OZZY OSBOURNE

« Patient Number 9 »

(Sony Music)

Malgré une succession de communiqués médicaux assez alarmants ces derniers mois, ainsi qu’un très moyen « Ordinary Man » il y a deux ans, il faut bien reconnaitre que le « Patient Number 9 » se porte aujourd’hui très bien. Avec ce nouvel album, l’iconique OZZY OSBOURNE, rare légende du Heavy Metal encore en activité, vient faire taire l’ensemble de ses détracteurs (mea culpa !), qui ne croyaient plus en cette folie unique qui anime le Britannique depuis toujours.

Loin de se cacher derrière les illustres guitaristes présents, le frontman met en avant sa voix fine et perçante, qui le rend si particulier. OZZY OSBOURNE est d’une justesse incroyable allant jusqu’à afficher une grande ambition artistique que d’aucun croyait perdue. Bien sûr, le Prince des Ténèbres n’a plus rien à prouver et c’est même tout l’inverse. On sent sur « Patient Number 9 » un chanteur radieux et qui, avec un professionnalisme sans faille, s’élève encore un peu plus.

Et ce treizième album solo pourrait bien être celui de la chance, tant il possède tous les ingrédients. Car le noyau dur de « Patient Number 9 » s’articule autour de Chad Smith à la batterie (RHCP), Robert Trujillo (Metallica) et Duff McKagan (GNR) à la basse et du musicien et producteur Andrew Watt, qui a également assuré les guitares rythmiques. Avec la participation du regretté Taylor Hawkins des Foo Fighters, de Josh Homme (QOTSA) et de Chris Chaney de Jane’s Addiction, OZZY OSBOURNE réunit déjà un casting incroyable.

Et sur ce socle somptueux, une pluie de stars déferlent sur les treize (forcément !) morceaux. Et les occasions de se réjouir sont nombreuses. A noter la présence exceptionnelle de Tony Iommi qui, pour la première fois, participe à un album solo d’OZZY sur « No Escape From Now » et « Degradation Blues ». Autres retrouvailles, celles avec Zach Wylde qui voient se reformer ce duo magique sur quatre titres parmi les meilleurs de l’album : « Parasite », « Mr Darkness », « Nothing Feels Right » et « Evil Shuffle ».

Et la fête n’est pas terminée, elle bat même son plein avec Jeff Beck sur le génial morceau-titre en ouverture, puis sur « Immortal » avec Mike McCready de Pearl Jam. Rien n’est impossible quand on est OZZY OSBOURNE. Ainsi, Eric Clapton apporte toute sa finesse bluesy sur « One of Those Days » pour une rencontre du troisième type éblouissante. Grâce à un très bon mix et des arrangements particulièrement soignés, le chanteur signe l’un de ses meilleurs albums depuis très longtemps.

Ceux qui ne donnaient pas chère de la peau d’OZZY OSBOURNE vont en avoir pour leur argent, car il apparaît au sommet de son art et à même de réunir ses fans de la première heure comme la nouvelle génération. « Patient Number 9 » est le disque que l’on n’attendait plus de la part de celui qui multiplie les frasques depuis des décennies. Grand architecte du Heavy Metal, l’ancien Black Sabbath présente des titres épiques, mélodies et sombres, auréolés de cette présence inégalable, qui le rend tellement irrésistible.

Catégories
Hard Rock Southern Rock

Black Label Society : en toute simplicité

Trois ans après « Grimmest Hits », c’est avec un tout nouvel album que le très prolifique Zakk Wylde refait surface avec BLACK LABEL SOCIETY. Solide et sans artifice, « Doom Crew Inc. » rend hommage à l’entourage du groupe et salue également l’arrivée de Dario Lorina à la guitare. Peaufinant sa culture du riff, l’Américain et son groupe rendent comme toujours une très belle copie.

BLACK LABEL SOCIETY

« Doom Crew Inc. »

(Spinefarm Records)

Une fois n’est pas coutume, Zakk Wylde a décidé de faire un peu de place à un autre six-cordiste, une chose presqu’impensable jusqu’ici. Le brillant guitariste rend ici hommage à son road crew et aux fans du groupe à travers ce « Doom Crew Inc. », qui paraît presque modeste et humble en comparaison de la carrière de l’Américain et des albums sur lesquels il a joué. BLACK LABEL SOCIETY joue la carte de la sincérité et ça lui va bien. Plus direct, le jeu du quatuor s’est aussi légèrement plus épuré.

Toujours accompagné de John De Servio à la basse et de Jeff Fabb à la batterie, Zakk Wylde tient le micro (et rappelle de plus en plus Ozzy !) et partage donc quelques solos avec Dario Lorina (Lizzy Borden), venu remplacer Nick Casanese. Et à l’écoute de « Doom Crew Inc. », il faut reconnaître que l’association tombe sous le sens, tant la complicité et la complémentarité des deux musiciens résonnent au diapason dans cette nouvelle formule de BLACK LABEL SOCIETY.

Zakk Wylde pousse sa culture du riff au paroxysme et renoue avec une certaine simplicité, ce qui donne à ce nouvel album une approche plus brute et efficace (« Set You Free », « Destroy & Conquer », « You Made Me Want To Live »). Très à l’aise sur les ballades (« Forever And A Day », « Love Reign Down »), BLACK LABEL SOCIETY n’a rien perdu de sa hargne et de son mordant pour autant (« Gather All My Sins », « Ruins », « Forsaken »). Un album qui fait du bien !