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Hard 70's International Proto-Metal

Lynx : a vintage claw [Interview]

Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.

– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?

C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.

– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?

Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.

– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?

Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.

– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?

Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.

– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?

Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)

– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?

On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.

– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?

Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.

– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?

Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.

Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.

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Heavy metal Proto-Metal Sleaze Speed Metal

Total Maniac : full sleaze

Fondé sur les cendres encore brûlantes de Nux Vomica, Deathammer et Raw Filth, les membres de TOTAL MANIAC connaissent bien les méandres de l’underground du Maryland. Quatre ans après un premier album éponyme, ils remettent ça et leur proto-Speed Metal est clairement bien aiguisé. Old School et percutant, le quintet avance sans trembler et avec le sourire sur ce « Love Overdrive » pêchu et puissant. Les clins d’œil sont multiples et assumés, et la surchauffe est délicieusement addictive.

TOTAL MANIAC

« Love Overdrive »

(Independant)

La formation de Baltimore qualifie elle-même son style de ‘Thrash And Roll’ et on y trouver son compte, c’est vrai. Cela dit, TOTAL MANIAC évolue plus précisément dans un Street Metal tranchant et racé directement inspiré des années 80 et avec un petit côté Sleaze que n’aurait pas renié Mötley Crüe à ses débuts. Le combo ne s’interdit donc pas grand-chose et l’on retrouve même l’aspect brut de Motörhead enrobé de la précision du Judas Priest de la grande époque. « Love Overdrive » concentre ainsi une sacrée dose d’énergie et d’explosivité prête à l’emploi.

Niveau efficacité, TOTAL MANIAC n’est pas en reste et expédie ses huit nouveaux morceaux en 27 petites minutes. Pour autant, « Love Overdrive » n’oublie pas d’être accrocheur et très fédérateur, grâce à des titres entêtants aux riffs acérés et à l’humour décapant. Car, dans toute cette agréable sauvagerie musicale, les Américains sont diablement irrévérencieux et costauds, un état d’esprit que l’on retrouvait sur la côte ouest au siècle passé. Et entre des références rappelant Riot et d’autres le Sunset Strip de jadis, le pont est solidement construit et même inébranlable.

Un bâton de dynamite à la main, TOTAL MANIAC se défend de faire dans la dentelle et c’est justement cette fraîcheur et cet élan très instinctif qui fait tout son charme. Il y a même un côté Punk dans la dynamique de ses brûlots hyper-Rock’n’Roll. Le frontman harangue, chante à tue-tête et entraîne ses camarades dans des chœurs rageux et même ironiques à l’occasion. Festif et Heavy Metal, ce deuxième effort ne se perdre pas en conventions et balance des claques à tout-va (« Just Another », « Devil In Plain Sight », « Drinkin’ Our Way To Hell », « Blooze » et le morceau-titre).

Photo : Marie Machin

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Proto-Metal Psychedelic Rock Space Rock

Fangus : un brumeux rituel

Déjantée, débridée mais tout en contrôle, cette première réalisation des Québécois est d’une fraîcheur réjouissante. Evoluant dans un proto-Metal psychédélique sur lequel un léger voile Doom repose, FANGUS passe d’une dimension à l’autre sur des mélodies accrocheuses portées par des riffs massifs et une rythmique tourbillonnante. Omniprésents, les claviers donnent un relief hallucinatoire à « Emerald Dream », dont la proximité sonore et la performance de ses musiciens sont irréprochables.

FANGUS

« Emerald Dream »

(From The Urn Records)

Il y a de la magie et de la sauvagerie dans ce premier album de FANGUS. Fondé du côté de Montréal il y a quelques années seulement, on se doute pourtant que les musiciens à l’œuvre sur « Emerald Dream » sont plus que chevronnés et ce qu’ils nous proposent ici nous propulse plus de 50 ans en arrière avec quelque chose de surréaliste, au sens premier du terme. Faisant la jonction entre proto-Metal, Space Rock et Heavy Psych, il s’en dégage une sensation initiatique et presque mystique dans l’approche comme dans la production, par ailleurs très organique et brute.

L’un des aspects les plus marquants d’« Emerald Dream » sont les parties d’orgue et de synthés, qui alimentent le climat inquiétant de ce premier effort. FANGUS y développe un univers singulier, envoûtant et occulte, qui renvoie autant à Deep Purple, Coven, The Doors et aux plus sombres méfaits de Black Sabbath. Et par dessus tout, l’ensemble est très complet, délicieusement vintage et ce Rock psychédélique qui surfe sur des ambiances un brin rituelles, semble tout droit débarquer du début des années 70, avec tout ce que cela comporte de rageux comme de planant.

Incisif et mené par un frontman habité, le quintet se dévoile au fil des titres dans cet esprit rétro, dont émane une incroyable intensité. De la prise de son jusqu’aux intentions des Canadiens, ce bond dans le temps est fait avec une telle exactitude et tant de précision que l’on croirait « Emerald Dream » issu de cette époque si fertile musicalement (« Howling Hammer », « Pyre Of Love », « Quest Of Fire », « Shapeshifter », « Stardust Regulator » et le morceau-titre). FANGUS fait une entrée fracassante et son Heavy Rock labyrinthique a quelque chose de vraiment obsédant.

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Hard 70's Proto-Metal Psych

Siena Root : vintage steam

Avec ce nouveau double-album live, la formation de Stockhölm propose un voyage dont il a le secret à travers 12 morceaux soigneusement choisis et sur plus d’une heure et quart. SIENA ROOT y parcourt l’essentiel de sa discographie avec cette liberté qu’on lui connaît, c’est-à-dire une proportion à réarranger ses compostions pour les laisser atteindre des sommets d’improvisation. Capté sur bandes, « Made In KuBa » offre une chaleur et une proximité qui font le sel de ses productions depuis la fin des années 90.

SIENA ROOT

« Made In KuBa (Live) »

(Perception)

Après son dernier album studio, le très bon « Revelation » (2022), SIENA ROOT revient à ce qui fait l’essence-même de sa musique : la scène. Si le quatuor a déjà sorti huit opus, il faut revenir en 2011 et à « Root Jam » pour trouver une trace discographique du groupe en live. « Made In KuBa » est donc très attendu par les fans, et pas seulement. C’est en mars 2024 que les Suédois ont donné une série de concerts à Iéna en Allemagne et précisément au ‘Kulturbahnhof’, plus communément appelé le ‘KuBa’. 

Entièrement enregistré en analogique par l’ingénieur du son du combo, Ove Noring, qui travaille avec lui depuis « Kaleidoscope » paru en 2006, « Made In KuBa » relate à la perfection l’ambiance de ces trois soirées et surtout ce ‘Classic Roots Rock’ que SIENA ROOT élabore depuis une vingtaine d’années maintenant. Cultivant un esprit jam très créatif qui prend régulièrement le dessus, son registre défie le temps et se montre captivant dès les premières notes, où le Psych Rock côtoie le proto-Metal.

Sous l’impulsion de sa frontwoman, Zubaida Solid, également à l’orgue, les quatre musiciens s’engouffrent dans un répertoire savamment sélectionné pour le plus grand plaisir de la chanceuse assemblée présente ces soirs-là. Délicatement rétro, atmosphérique et capable d’éruptions sonores déflagrantes, SIENA ROOT accueille aussi à ses côtés Erik Petersson aux claviers Rhodes et la flûtiste et chanteuse Lisa Isaksson, qui viennent enrichir des morceaux aux riches tessitures. Une saveur vintage qui devient très vite envoûtante.  

Photo : Petter Hilber

Retrouvez la chronique de « Revelation » :

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Proto-Metal Stoner Doom Metal

Hebi Katana : samouraï Doom

Si avec un titre comme celui-ci, HEBI KATANA semble jouer la carte de la modestie, le contenu de cette nouvelle réalisation n’a franchement rien de timide ou d’emprunté. Au contraire, « Imperfection », qui marque par ailleurs l’arrivée de la formation nipponne chez Ripple Music, est audacieux, parfois complexe, occulte aussi et d’une intensité brute et organique. Heavy et sombre, la musique des Tokyoïtes prend une forme saisissante.

HEBI KATANA

« Imperfection »

(Ripple Music)

Avec cette pochette qui en rappelle une autre très célèbre, les Japonais donnent quelques indices quant au contenu de leur quatrième album. Mais si l’univers de HEBI KATANA s’inscrit clairement dans un proto-Metal puissant et véloce, il faut aussi y ajouter des notes Doom, Punk et Hard Rock dans une épaisse atmosphère Stoner. Et cette fusion opérée par le power trio révèle encore d’autres surprises qui mènent à des élans très Heavy avec un groove sauvage directement ancré dans les années 70 et 80.

Sur ce nouvel opus, HEBI KATANA conjugue la philosophie traditionnelle wabi-sabi basée sur l’acceptation de l’imperfection et celle de la fugacité avec son ‘samouraï Doom’ aussi riche que varié. En mélangeant ainsi les genres, le groupe s’évertue surtout à rassembler les courants touchant de près ou de loin au Heavy Metal au sens large du terme. On pourrait même imaginer qu’il est en quête d’un style absolu qui touche à l’intemporel. Et c’est vrai qu’en ce sens, « Imperfection » est un modèle du genre, aussi humble que féroce.

Malgré les lourdeurs inhérentes au Doom, HEBI KATANA sait aussi se montrer plus léger et épuré, laissant ainsi apparaître des mélodies soignées. Assez classique dans l’ensemble, la tension est palpable sur des titres comme « Dead Horse Requiem », « Praise The Shadows » ou encore « Echoes From The Old Tree ». Très Fuzz notamment sur les basses, le combo affiche à l’occasion un aspect épique et plus sensible (« Blood Spirit Rising »), démontrant sa faculté à se jouer des étiquettes. « Imperfection » traduit une évidente maturité artistique.

Retrouvez la chronique de leur premier album éponyme :

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Proto-Metal Stoner Doom

Margarita Witch Cult : breuvage maléfique

S’il ne fait pas dans le détail, le Stoner Doom du trio britannique se meut pourtant dans une harmonie toute personnelle, malgré des déflagrations aussi soudaines que régulières. Avec « Strung Out In Hell », MARGARITA WITCH CULT impose son style et ne manque pas d’imagination. Ecorché et enflammé, le combo sort des ténèbres pour se montrer intraitable. Stoner, Doom et attaché au Heavy Metal originel, il fracasse méticuleusement tout sur son passage.

MARGARITA WITCH CULT

« Strung Out In Hell »

(Heavy Psych Sounds)

Deux ans après un premier album remarqué, le trio de Birmingham vient enfoncer le clou avec « Strung Out In Hell », brûlot explosif et démoniaque. Et forcément, lorsqu’on est originaire de la ‘Sabbath City’, berceau du Metal, il est difficile de ne pas y trouver quelques références que MARGARITA WITCH CULT semble parfaitement assumer. Pas franchement Heavy Metal malgré des embardées rappelant ponctuellement la NWOBHM, le Stoner Doom des Anglais se veut surtout épais, massif et teinté de proto-Metal.

Avec un héritage revendiqué, Scott Abbott (guitare, chant), George Casual (batterie) et Jim Thing (basse) s’ouvrent les portes de l’enfer de la manière la plus débridée qui soit dans un maelstrom décibélique au groove épique et dans une ambiance maléfique. Très 70’s dans l’esprit, on retrouve chez MARGARITA WITCH CULT quelques éclairs que n’auraient pas renié Alice Cooper, Deep Purple et bien sûr Black Sabbath. Et, passé à la moulinette Stoner, l’ensemble prend une dimension grasse et écrasante.

La tempête commence dès les premières notes de « Scream Bloody Murder » et ne faiblit pas un instant sur « Conqueror Worm » et « Witches Candle ». L’entame est lourde et fulgurante. Mais c’est sans compter sur le sens de l’humour de MARGARITA WITCH CULT qui nous balance une reprise façon bulldozer et bardée de riffs taillés à la hache de « White Wedding » de Billy Idol. Une petite douceur avant l’agressif « Dig Your Way Out », puis « The Fool » et son dantesque solo de saxo. Un retournement de cerveau dans les règles !

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International Proto-Metal Psychedelic Rock Rock 70's

Electric Citizen : sensational reveries [Interview]

Clairement ancré dans des sonorités Rock et Metal très 70’s, le quintet de Cincinnati, Ohio, fait un retour lumineux avec « EC4 », un quatrième album qui présente aussi un nouveau membre à part entière aux claviers et surtout une inspiration hors-norme. Sur un proto-Metal dominant, ELECTRIC CITIZEN s’engouffre dans des effluves psychédéliques où des passages Folk côtoient des ambiances plus Doom. Tout en restant attachés à une approche classique du genre, les Américains redoublent de créativité à travers d’incroyables arrangements, des riffs captivants et une voix envoûtante. C’est donc Laura Dolan, la frontwoman du groupe, qui revient sur l’élaboration de ce nouvel opus polymorphe et hypnotique, qui se révèle un peu plus à chaque écoute.    

– Cela fait maintenant sept ans que l’on attend le successeur de « Helltown ». Même s’il y a eu la pandémie et que vous avez aussi beaucoup tourné, l’idée était-elle de faire un retour avec un album hors-norme comme c’est le cas, ce qui prend donc plus de temps ?

Dès le début, nous avons souhaité aborder cet album avec la même patience et le même soin que pour le premier, en le laissant se développer naturellement. Les sept dernières années ont été marquées par des défis auxquels nous avons tous les quatre été confrontés : le Covid, la famille, la santé, la vie quotidienne, mais malgré tout, nous n’avons jamais cessé d’écrire et de travailler sur « EC4 ». Nous adorons faire de la musique ensemble, et ce temps supplémentaire nous a aussi permis de créer quelque chose que nous sommes vraiment fiers de partager.

– Vous avez élaboré ce quatrième album pendant des années et cela s’entend. En quoi a-t-il nécessité plus de temps que les autres ? L’enregistrement en lui-même, ou son écriture ?

Avec des conflits d’emploi du temps entre les membres du groupe et les ingénieurs, nous aurions pu nous précipiter ou changer de cap, mais nous l’avons maintenu et continué à peaufiner les choses jusqu’à ce que l’album soit prêt à être présenté à un label. Pour « EC4 », nous voulions expérimenter avec des sons différents et superposés, un peu plus doux et avec de longues parties, qui ouvrent de nouveaux paysages sonores.

Ross (Dolan, guitare – NDR) gère la plupart de nos compositions instrumentales et ses idées ont tendance à se concrétiser rapidement, même si c’est toujours un travail collaboratif avec le groupe. Nick (Vogelpohl, basse – NDR) apporte des lignes de basse percutantes et une contribution créative. Owen (Lee, claviers – NDR) a co-écrit « Tuning Tree » et a ajouté des couches de clavier essentielles, tandis que la batterie et les percussions de Nate (Wagner, batterie – NDR) opèrent leur magie habituelle. Et enfin, j’écris les paroles et les mélodies vocales, bien que Ross ait eu les idées initiales pour « Lizard Brian ».

Je dois aussi aborder un sujet personnel, qui a certainement ralenti le processus. Pendant l’écriture de l’album, j’ai été confronté à un grave problème de santé : un mélanome. Grâce à un dépistage précoce et à une opération chirurgicale, je suis là aujourd’hui et complètement rétablie. Alors, tout le monde, faites examiner votre peau. Ce n’est pas seulement un conseil, c’est ce qui m’a sauvé la vie.

– Vous avez déclaré que « EC4 » amorçait un renouveau pour ELECTRIC CITIZEN. Même si musicalement, on note quelques changements, qu’entendez-vous par un retour aux sources ? Une façon de revenir à l’essentiel du Rock, même si vous ne vous en êtes jamais vraiment éloigné ?

C’est la première fois depuis notre premier album « Sateen » que nous composons avec un claviériste dédié. Sur « Higher Time » et « Helltown », nous avons fait appel à des musiciens invités pour apporter des parties sur des morceaux déjà terminés. Si ces collaborations ont été excellentes, le fait que ces textures soient intégrées dès le début de la composition façonne véritablement la façon dont le groupe aborde la musique. Nous sommes toujours restés très liés à notre son de base, mais nous avons aussi toujours souhaité évoluer en tant que musiciens. Cette approche nous permet d’explorer de nouveaux sons, tout en restant fidèles à nous-mêmes.

– Pour le mix et le mastering de l’album, vous avez fait appel à Collin Dupuis (Lana Del Rey, The Black Keys) et JJ Golden (Calexico), qui n’évoluent pas forcément dans le même univers que vous. Vous aviez besoin d’un regard neuf pour ces nouveaux morceaux ?

Ce sont tous deux des ingénieurs du son pour lesquels nous avons un immense respect. Nous avions déjà travaillé avec Collin sur « Higher Time ». C’est le genre de gars qui comprend immédiatement ce que l’on veut. Son véritable génie est de réussir à intégrer parfaitement chaque instrument dans le mix sans qu’ils se gênent. Pour cet album, il nous a recommandé JJ, et il a réussi à sublimer le tout en restant fidèle aux mixages originaux. Nous avons eu beaucoup de chance de travailler avec eux deux.

– Ce qui surprend sur « EC4 », c’est la construction des morceaux qui évoluent dans des ambiances très variées et surtout qui bénéficient d’arrangements particulièrement soignés. Votre objectif était-il de fusionner tous les genres qui forgent votre identité musicale ?

Oui, c’est une approche que nous défendons, car rien ne se crée de manière isolée. La musique s’appuie sur ce qui l’a précédée, à travers toutes les époques et tous les styles. Je pense que la clef est d’honorer toutes ces influences en créant en même temps quelque chose qui reste profondément personnel. Nous sommes attirés par les sonorités vintage, mais nous ne cherchons pas simplement à les reproduire. Pour nous, il s’agit d’intégrer cet esprit dans quelque chose de nouveau et d’actuel.

– Par ailleurs, le sentiment qui domine sur certains titres est qu’ils suivent tes lignes vocales. Avez-vous composé dans ce sens, ou peut-être avez-vous changé votre façon de travailler ?

Ross a toujours été notre moteur. Il pose d’abord les bases de chaque chanson et cette approche n’a pas changé. Pour ma part, je traite les mélodies vocales comme un instrument supplémentaire. Parfois, elles se faufilent dans la musique, parfois elles lui répondent. C’était particulièrement agréable de chanter sur « Tuning Tree », par exemple, grâce à la façon dont mon chant se combine à la basse, comme si elle était une seconde voix dans la conversation.

– Cette fois encore, vous puisez dans le proto-Metal, le Psych et le proto-Doom, ce qui est la marque de fabrique d’ELECTRIC CITIZEN. Est-ce que dans la déferlante de productions et les changements de supports d’écoute actuels, c’est le son et la créativité des années 70 qui vous touchent toujours le plus ?

Oui, on adore ces genres, surtout les sons des années 60 et 70. Mais on apprécie aussi le classique, la Soul et le Folk, pour n’en citer que quelques-uns. Nos goûts sont très variés. Quant aux sons Heavy du passé, ils alimentent ceux du futur. Et si on y participe, même un peu, c’est l’essentiel.

– Comme toujours, l’ensemble est très organique avec une forte présence de sonorités acoustiques, qui confèrent à « EC4 » un aspect presque épuré. C’est un contraste que lequel vous vouliez jouer également, malgré la densité des morceaux ?

Merci de l’avoir remarqué ! Oui, c’était intentionnel. Nous voulions des couches riches qui fonctionnent ensemble, et non les unes contre les autres. Le retour de la guitare acoustique, que nous n’avions d’ailleurs pas utilisée depuis notre premier album, a permis de libérer ce potentiel. Elle apporte des textures Folk très organiques, tout en ajoutant une profondeur qui s’intègre parfaitement au mix.

– Un petit mot aussi sur la pochette de l’album signée Neil Krug, qui avait réalisé celle de votre premier album, « Sateen ». On peut d’ailleurs y voir beaucoup de symbolique, dont j’aimerais que tu nous parles. Est-ce que cela fait-il aussi partie de ce retour dont vous parliez ?

Nous avons l’immense chance de collaborer avec Neil Krug, car sa vision photographique est unique. Les images de la pochette et de la back cover proviennent de ses archives. Nous lui avons parlé de notre nouvel album et de sa direction générale, et il a trouvé la perle rare. C’est l’un de ces moments heureux, où des morceaux distincts s’assemblent comme s’ils étaient faits pour être ensemble. Les thèmes de ces chansons, qui s’articulent toujours autour de visions surnaturelles, de futurs apocalyptiques et de démons intérieurs obsédants, s’accordent avec ses images d’une manière que nous n’aurions jamais pu imaginer.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise aussi un mot sur votre changement de label avec une signature chez Heavy Psych Sounds. Qu’est-ce qui a motivé le choix d’une maison de disques européenne ?

Nous sommes ravis de collaborer avec Heavy Psych Sounds. Ils nous correspondent parfaitement et ont été des partenaires fantastiques sur cet album. Pour nous, la question de savoir si un label est américain ou européen ne s’est jamais vraiment posée, puisque nous tournons sur les deux marchés.

Cela dit, nous serons toujours reconnaissants à Riding Easy Records d’avoir lancé notre groupe. Ils nous ont permis de démarrer et nous entretenons toujours une excellente relation. Nous continuons de collaborer sur les licences de nos trois premiers albums, dès que l’occasion se présente.

Le nouvel album d’ELECTRIC CITIZEN, « EC4 », est disponible chez Heavy Psych Sounds.

Photos : Kevin Blumeyer (1), Sally Townsend (4) et Andrew Benge (5).

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Proto-Metal Stoner Doom

Crystal Spiders : un univers parallèle

CRYSTAL VIPERS continue de brillamment tisser sa toile et ce troisième effort vient assoir une position rapidement acquise. Guidée par la voix captivante de Brenna Leath, « Metanoia » va encore plus loin que son prédécesseur pour nous faire voyager dans des atmosphères intenses flirtant avec le Psych. Subtil et fascinant, bien que dévastatrice et fulgurante, cette nouvelle pierre fait encore grandir un édifice de plus en plus solide et les trois musiciens impriment un caractère bien trempé.

CRYSTAL SPIDERS

« Metanoia »

(Ripple Music)

Quatre ans après « Morieris », le power trio est enfin de retour avec un troisième album sur lequel il élève encore son niveau de jeu. Fondé en 2019 par la chanteuse et bassiste Brenna Leath, CRYSTAL VIPERS a rapidement fait l’unanimité, grâce à un style très protéiforme qu’on pourrait presque comparer aux fluctuations d’un line-up qui change à chaque réalisation. Pour « Metanoia », l’Américaine est accompagnée d’Aaron Willis à la batterie et de Reid Rogers à la guitare et l’ensemble est une fois encore très cohérent.

Toujours produit par le bassiste de Corrosion Of Conformity, Mike Dean, ce nouvel opus conforte le style et la sonorité de la formation de Caroline du Nord, preuve en est que la leader du combo sait parfaitement où elle va. Œuvrant entre proto-Metal et Stoner Doom, CRYSTAL VIPERS possède une patte toute particulière où des teintes Psych se joignent à des riffs directement inspirés du Heavy originel. D’ailleurs, son goût pour la NWOBHM est toujours présent et sa frontwoman pourrait même évoquer une sorte d’Ozzy au féminin.

En gardant son aspect très live, le groupe continue donc son exploration et développe un univers personnel. Il multiplie les combinaisons et les dimensions, tout en restant fidèle à une ligne musicale bien définie, organique et en intégrant des touches occultes bien senties (« Torche », « Blue Death », « Ignite », « Maslow », « O.S. »). L’aventure continue de très belle manière et trouve son identité artistique bien au-delà de l’impact vocal très prégnant de Brenna Leath. Une belle ascension qui va de paire avec une créativité bouillonnante.

Retrouvez la chronique de l’album précédent :

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Heavy Stoner Psych Proto-Metal

Hippie Death Cult : sismique

Spontané, rugueux et instinctif, HIPPIE DEATH CULT donne déjà entière satisfaction sur album, alors que dire de ses performances live ! Celle captée à domicile le 9 novembre dernier au ‘Star Theater’ de Portland a dû résonner et retentir un long moment, tant la prestation offerte relève d’une intense déflagration. Les trois musiciens ont atteint des sphères Heavy Psych bardées de proto-Metal et d’un Stoner Doom puissant et aérien. Une véritable prouesse !

HIPPIE DEATH CULT

« Live At The Star Theater »

(Heavy Psych Sounds Records)

Le temps de trois réalisations studio, d’un changement de line-up qui a vu sa bassiste prendre aussi le chant, et la configuration passer en power trio, et HIPPIE DEATH CULT a effectué sa mue de la plus belle des manières. D’ailleurs, « Helichrysum », sorti il y a deux ans, avait déjà confirmé un virage vers un proto-Metal très Heavy aux contours Doom et à l’approche toujours aussi Psych. Avec le départ de son chanteur et claviériste Ben Jackson, les Américains ont adopté une ligne plus brute et musclée qui leur va franchement bien.

Plus épanouie que jamais, la frontwoman a vraiment pris les reines du groupe et donne le ton de ce « Live At The Star Theater ». Ce concert, que l’on ne retrouve ici qu’en partie, venait clore une tournée en 2024 où HIPPIE DEATH CULT avait parcouru les Etats-Unis, le Canada et l’Europe sans (presque) lever le pied. Et forcément, il fallait que le final ait lieu chez lui, à Portland dans l’Oregon, là où tout a commencé. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il a fait trembler l’édifice du lieu… et pas à moitié !

Devant quelques privilégiés (que l’on entend même parler), le combo fait surtout la part belle à son dernier disque (« Arise », « Toxic Annihilator », « Shadows »,  et « Red Giant ») et termine ce live avec « Circle Of Days », morceau-titre de son deuxième opus. Et sur plus de 16 minutes, HIPPIE DEATH CULT prend magistralement son envol, scotche tout le monde et, finalement, nous laisse sur notre faim…  mais bien sonner tout de même. A eux trois, Eddie Brnabic (guitare), Harry Silvers (batterie) et Laura Phillips (basse, chant) ont tout retourné.

Retrouvez aussi les chroniques des deux derniers albums du groupe :

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Hard 70's Old School Proto-Metal

The Riven : awesome revival

Des twin-guitars au diapason, un rythme soutenu du début à la fin et une chanteuse à l’énergie communicative, il n’en fallait pas plus pour que THE RIVEN vienne confirmer avec force que sa présence dans le paysage Rock/Metal était tout sauf un hasard. Avec « Visions Of Tomorrow », la formation de Stockhölm passe le cap des trois albums avec une assurance qui fait d’elle l’une des meilleures représentantes de l’héritage laissé par la flamboyante NWOBHM. Et Totta Ekebergh assoit avec brio son statut de l’une des plus belles voix du style depuis longtemps.

THE RIVEN

« Visions Of Tomorrow »

(Dying Victims Productions)

Continuant son exploration dans un réjouissant revival 70’s et 80’s, les Suédois livrent leur troisième opus, « Visions Of Tomorrow », somptueux mélange de Power Rock, de Heavy Metal, de Hard Rock et d’un soupçon de Prog originel. En bientôt dix ans d’existence, THE RIVEN a très bien digéré ses influences pour atteindre une identité musicale désormais très personnelle et identifiable. Il s’appuie sur ses points forts, à savoir de belles combinaisons de guitares, une rythmique galopante et un chant féroce et aérien.

Après le très bon « Peace And Conflict » sorti en 2022, on attendait beaucoup du quintet et il y a de quoi de réjouir avec cet éblouissant « Visions OF Tomorrow ». Tout d’abord, l’excellente production signée Robert Pehrsson (The Hellacopters) met parfaitement en lumière le registre frais et direct du groupe. Sur un son très organique, THE RIVEN déploie son talent librement, loin des réalisations aseptisées d’aujourd’hui, avec une authenticité réelle et un sentiment d’urgence très perceptible. La performance est véloce et brute.

Avec une frontwoman en état de grâce et au sommet de son art, la confiance semble encore renforcée et les Scandinaves laissent pleinement « Visions Of Tomorrow » prendre son envol. Nerveux et massifs, ces nouveaux morceaux sont particulièrement affûtés et transmettent  une sensation immédiate de familiarité, tout en restant originaux (« Far Away From Home », « Killing Machine », « Crystals », « Seen It All », « Follow You » et le morceau-titre). THE RIVEN frappe fort et marque les esprits grâce à un élan créatif décisif.

Retrouvez la chronique de « Peace And Conflict » :