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Metal Fusion

Slope : funky blast

Le groove est monumental, les riffs aussi funky que tranchants, la rythmique virevolte et claque et le flow du frontman est aussi accrocheur que revendicatif. SLOPE a su s’approprier les codes d’un genre né au siècle dernier : le Metal Fusion. Avec « Freak Dreams », nos amis germaniques manient de multiples ambiances avec une énergie contagieuse et un songwriting dont le processus est redoutable d’efficacité. Ca slape, ça percute, ça harangue de toutes parts pour fédérer avec une malice et une légèreté qui font mouche avec talent.

SLOPE

« Freak Dreams »

(Century Media)

A Duisburg, près de Düsseldorf, se trouvent cinq jeunes gens dont les goûts et les influences sont restés figés dans les 90’s et dans ce qu’elles avaient de plus imaginatif et explosif. Dans cette décennie bénie entre toutes, le Metal se mêlait avec ingéniosité, savoir-faire et beaucoup d’audace à d’autres styles, donnant lieu à une fusion des genres restée depuis inégalée. Si les modèles sont évidents, la créativité de SLOPE nous replonge avec plaisir dans une registre tellement rafraîchissant.

Dix ans après sa formation, le groupe continue sa remontée dans le temps et fait jaillir de belles sensations restées enfouies quelque part dans de nombreuses discothèques et aujourd’hui, malheureusement, submergées par de fades expérimentations dérivées du MetalCore et autres éléments sonores de supermarché. SLOPE se sert très habillement de cette scène un peu vintage et lui redonne du brillant et du lustre à travers une production moderne et irrépressible. Un régal.

Mais revenons à ce très bon album des Allemands, « Freak Dreams », qui fait suite à « Street Heart » (2021), lui-même précédé des EP « Helix » (2014) et « Losin’ Grip » (2017). Si le quintet est fortement imprégné des premiers Red Hot, le combo a également très bien assimilé les œuvres de RATM, Faith No Moire, Bad Brains, Suicidal Tendencies et même celles des Beasties Boys. Réjouissant, donc ! Le Metal Fusion de SLOPE se pare de Funk, de Rap et de Hard-Core avec brio et c’est la belle surprise de ce début d’année !

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Hard Rock International

Blind Channel : le Metal en mondovision [Interview]

Avec sa récente participation à l’Eurovision, les Finlandais de BLIND CHANNEL sont sortis du bois avec un morceau qui a propulsé le groupe sous les projecteurs. A l’image de Lordi en son temps, le sextet défend un registre assez peu présent dans les médias, malgré la multitude festivals et de concerts, et surtout à grande échelle et à travers un très grand nombre de télévisions européennes. Retour avec le combo sur cette expérience particulière et surtout sur un album à venir très attendu.

Photo : Mona Salminen

– Vous avez sorti deux singles en 2014, puis un premier album en 2016 et ensuite en continuant votre carrière sur un rythme plus classique. Vous vous attendiez à représenter votre pays, même si vous notoriété est solide, mais modeste ?

Oui, nous avons commencé au lycée en 2013. Après cela, nous avons commencé à travailler avec notre propre musique et notre propre son. L’Eurovision n’a jamais été un rêve ou un objectif, mais il s’est avéré être l’une des meilleures vitrines pour montrer ce sur quoi nous travaillons depuis des années.

– De quelle manière vous êtes-vous retrouvés dans cette aventure ? Comment se sont passés les premiers contacts ? C’est une personne de votre délégation qui a eu un véritable coup de foudre pour BLIND CHANNEL, ou est-ce vous qui avez entrepris les démarches ?

Nous avions entendu que la société de diffusion finlandaise YLE (la BBC finlandaise – NDR) était intéressée pour avoir des groupes de Rock et de Metal modernes pour la compétition. La Finlande est très connue pour sa scène Metal et Rock internationalement, donc nous avons pensé que ce serait une belle occasion de représenter notre drapeau !

– Est-ce que lorsqu’on évolue dans un registre Metal ou Hard Rock, on a une obligation de jouer de manière peut-être plus accessible ?

Si vous pensez à l’Eurovision en elle-même, il s’agit principalement de chansons Pop et de ballades, il est donc assez facile de se démarquer avec une chanson plus Rock ou Metal. Dans notre cas, nous pensions avoir quelque chose d’assez unique dans les mains et nous avons également une très forte confiance en ce que nous faisons.

Photo : Mona Salminen

– Votre dernier album date de 2020 (« Violent Pop »), et j’imagine que l’Eurovision vous apporté un sérieux coup de boost. Est-ce que vous travaillez déjà sur votre prochain album, et est-ce que du coup, vous êtes obligés d’accélérer un peu les choses ? 

Oui, nous travaillons actuellement à fond pour notre quatrième album. Nous avons passé un énorme contrat avec Century Media/Sony, donc la machine derrière nous est énorme. Heureusement, nous avons fait beaucoup de démos à l’automne 2020, nous n’avons donc pas à trop nous dépêcher et nous pouvons vraiment nous concentrer sur le contenu ! Et l’album sera épique.

-Est-ce que cette participation et cette belle sixième place vous obligent-elles à ralentir un peu le rythme et la percussion de vos prochaines compositions, ou au contraire elles vous apportent un élan supplémentaire via une nouvelle explosivité ?

Cette sixième place et le succès à l’Eurovision n’affectent pas notre musique. Nous continuons toujours à faire les choses selon nos propres envies et sans aucun compromis. Ça a toujours été comme ça et ça le restera !

– Une petite question me titille : comment est-ce qu’on peut sortir une vingtaine de singles en ne proposant que trois albums depuis vos débuts ? C’est plus facile à mettre en œuvre, ou est-ce une réelle volonté de notre part ?   

Nous écrivons essentiellement des chansons assez courtes. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais c’est comme ça ! Donc, elles s’adaptent très bien au format du single. Et puis, nous pensons toujours que chaque morceau doit être assez bon pour devenir un single. Donc la barre est assez haute au niveau de la composition, je pense.

Photo : Mona Salminen

– Cette participation à l’Eurovision a également décuplé votre notoriété, et il est aujourd’hui difficile de passer à côté de BLIND CHANNEL et de votre single « Dark Side ». Est-ce que vous pensez que votre succès assez soudain va changer quelque chose à votre démarche et surtout à l’intention musicale du groupe ?

Non, et comme je l’ai mentionné, nous ferons toujours les choses comme nous le souhaitons et sans aucun compromis. Nous croyons que si l’on fait les choses avec le cœur, cela fonctionne. Dans notre cas, le succès semble être arrivé assez rapidement, mais en fait nous avons fait un sacré boulot avant et nous avons mangé notre pain noir ! Donc, BLIND CHANNEL ne sera jamais un groupe de « vendu ». Jamais.

– Dernière question, histoire de détendre cette atmosphère déjà détendue, ça a dû vous amusé cette micro-polémique créée par les Italiens de  Måneskin. Avouez que ça frôle le comique, notamment dans le milieu du Rock et du Metal, non ?

Nous adorons Måneskin et nous avons passé un bon moment avec eux à Rotterdam. Je suppose que certaines personnes aiment nous comparer. Nous avons tous les deux la même mission : apporter la musique Rock au grand public. Et avec ce qui se passe, il semble que cela va vraiment arriver ! Et on adore vraiment ça !

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Heavy metal

Bewitcher : la messe est dite

Bewitcher a vendu son âme au Rock’n’Roll et au Heavy Metal sans sourciller… et cela s’entend sur ce très bon deuxième album du trio américain. Brut et rugueux, le son de « Cursed Be Thy Kingdom » vibre des émanations sataniques et infernales des riffs torturés et de la rythmique sauvage et massive du combo. BEWITCHER promet l’enfer et le livre sur un plateau ! 

BEWITCHER

« Cursed Be Thy Kingdom »

(Century Media)

Ce nouvel album de BEWITCHER remonte tout droit des entrailles de l’enfer. « Cursed Be Thy Kingdom » sent le souffre blasphématoire et obsédant de l’underground américain. Originaire de Portland, Oregon, le ténébreux trio vient de rejoindre Century Media et offre un deuxième opus à la croisée des chemins d’un Rock’n’Roll rugueux et d’un Heavy Metal pur et dur, voire légèrement Speed et Thrash.

Après une première démo produite par Joel Grind (Toxic Holocaust) et un album qui leur a ouvert bien des portes, BEWITCHER est parti du côté de Los Angeles enregistrer son troisième méfait. Mixé par Cameron Webb (Megadeth, Motörhead), « Cursed Be Thy Kingdom » dispose d’un son puissant et très compact, qui retranscrit parfaitement l’esprit des morceaux dont les riffs cognent sans relâche (« Satanic Magick Attack », « Electric Phantoms »).

Lancinant et gras à souhait sur « Mystifier (White Night City) » et « Valley Of The Ravens » à l’esprit presque Doom, BEWITCHER avance sur une solide rythmique sombre d’où jaillit  un peu de clarté à travers quelques solos de guitares bien sentis (« Death Returns… », « Metal Burner », « The Widow’s Blade »). Satanique par conviction, le trio américain semble plus s’en amuser et exprimer ses nombreux péchés dans une ambiance de messe noire.

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Heavy metal Progressif

Witherfall : chauffé à blanc

Lorsque quatre virtuoses décident de se défouler et de n’en faire qu’à leur tête, ça peut vite tourner au cauchemar… ou au mal de crâne. Avec WITHERFALL, c’est plutôt une explosion de mélodies mêlées à une technique et un groove hors-norme qui prend le dessus. Animés par une rage très virulente, les Californiens sont venus pour en découdre et « Curse Of Autumn » fait ressortir toute la classe de cet incroyable quatuor.   

WITHERFALL

« Curse Of Autumn »

(Century Media)

En seulement deux EP et ce troisième album, WITHERFALL s’est fait une place de choix dans le paysage Metal. Terriblement Heavy, un brin vintage, hyper-technique et très mélodique, le quatuor américain s’est créé un univers autour d’un style unique et original. Il faut dire qu’avec un line-up et une équipe pareille, le quatuor est à même d’en laisser plus d’un sur le carreau. Et pourtant, les Californiens sont en colère et « Curse Of Autumn » a été conçu dans l’optique de régler certains comptes et d’exorciser leur exaspération.

Avec pour ambition d’enterrer littéralement tous ceux qui ont entravé leur parcours, la formation menée par le chanteur et claviériste Joseph Michael et l’incroyable guitariste Jake Dreyer se fait franchement plaisir. Accompagné par Marco Minnemann (Demons & Wizards) derrière les fûts et Anthony Crawford et son groove légendaire à la basse fretless, le duo prend le taureau par les cornes et s’abat comme la vérole sur le bas-clergé… WITHERFALL n’en fait qu’à sa tête en brouillant sans cesse les pistes.

Faisant sans trembler le grand écart entre un Heavy Metal musclé, un Metal Progressif très structuré et un Technical Thrash totalement débridé, les Californiens en rajoutent et ne se perdent jamais. Breaks et ponts à perte de vue, solos à faire pâlir un Malmsteen (« The Last Scar ») et longs titres épiques (« And They All Blew Away », « Tempest »), WITHERFALL met tout le monde à terre entre demonstrations hallucinantes et mélodies radieuses (« As I Lie Awake », « Curse Of Autumn », « The Other Side of Fear »). Juste éblouissant !

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Extrême

Baest : perpétuer et enrichir la tradition

Et si l’avenir du Death Metal venait du grand nord ? Du Danemark précisément ? C’est en tout cas ce que laisse penser ce troisième album, « Necro Sapiens », du jeune groupe BAEST. Faire évoluer la tradition tout en la respectant n’est jamais une tache aisée, et pourtant le quintet y parvient avec une maîtrise et une maturité de vieux briscards. Sûrs de leur coup !

BAEST

« Necro Sapiens »

(Century Media)

Avec un album par an depuis trois ans, BAEST semble avoir trouvé son rythme de croisière et il est plutôt élevé. Annoncé depuis ses débuts comme l’un des groupes extrêmes les plus attrayants du Danemark, le quintet tient toutes les promesses placées en lui. Le groupe livre avec « Necro Sapiens » un troisième album dense et riche où il affiche un style enfin plus personnel.

Dans les pas des légendes qui ont établi le genre comme Dismember, Entombed, Death ou Morbid Angel, BAEST ne renie pas ses influences, mais s’en détache de manière très significative. Intelligemment, les Scandinaves n’ont pas apporté plus de vitesse ou de technicité au registre, mais l’ont étoffé en jouant sur les ambiances avec une belle maturité.

Profond, puissant et massif, BAEST prouve avec force que le Death Metal peut et doit se renouveler (« Genesis », « Abattoir », « Meathook Massacre »). Les Danois offrent un vrai lifting au Death Metal old school en y insufflant un nouvel élan dans la forme tout en respectant le fond. « Necro Sapiens » vient remettre bien des choses en place. Une prouesse !

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Extrême

Asphyx : Au-delà du précipice

Particulièrement dense et consistant, ce nouvel album d’ASPHYX est aussi massif que violent et présente dix morceaux très volumineux. Entre Death et Doom, les Néerlandais reviennent avec un dixième opus efficace, pertinent et colérique. « Necroceros » est une bête à dompter.

ASPHYX

« Necroceros »

(Century Media Records)

En 30 ans de carrière et ce dixième album dévastateur, ASPHYX ne s’est jamais relâché et malgré des soubresauts qui auraient pu avoir sa peau, le groupe est toujours debout et revient avec le digne successeur de « Incoming Death » : « Necroceros ». Le quatuor néerlandais a toujours les crocs et montre les dents sur les dix titres de ce très bon opus.

Entièrement composé et réalisé pendant la pandémie, il n’en fallait pas plus pour démultiplier la déjà très présente rage du gang de Martin Van Drunen, dont le growl oscille entre puissance et agonie. Entre Death et Doom, ASPHYX ravage tout sur son passage bien aidé par des cascades de riffs tranchants et une rythmique aussi caverneuse que brutale.

Dès « The Sole Cure is Death », le combo fait parler la poudre (« Botox Implosion », « In Blazing Oceans » et « Knights Templar Stand »). Mais ASPHYX se laisse aussi aller à des titres plus mélodiques (« Mount Skull ») avant de se servir un Doom lugubre (« Molten Black Earth », « Three Years of Famine » et l’excellent morceau-titre). Dévastateur !

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Extrême

Old School Rules !

Le talent n’attend pas le nombre des années, et FROZEN SOUL est là pour le confirmer. Nouvelle signature chez Century Media, le groupe américain avance sur un Death Metal très Old School, mené de main de maître par un quintet déjà sûr de son fait. « Crypt Of Ice » rafraichit les esprits avec une grande efficacité.

FROZEN SOUL

« Crypt Of Ice »

(Century Media Records)

Avec ce premier album de FROZEN SOUL, une première précaution d’impose : mettre une petite laine ! Si les premiers morceaux de « Crypt Of Ice » font indéniablement penser à la scène européenne nordique, c’est pourtant vers la Texas qu’il faut aller chercher le quintet. Et c’est d’ailleurs aussi peut-être de là que vient la variété des titres. Pas de carcans, mais plutôt une belle envie de se démarquer des pionniers du genre.

Anciennement batteur de Vulgar Display, c’est Chad Green qui tient vaillamment le micro avec un growl aussi profond qu’ancré dans un Death Metal Old School, qui ne vieillit pas (« Arctic Stranglehold, « Wraith Of Death »). Plus métronomique qu’étalant une technique dont on sent FROZEN SOUL largement capable, le combo présente un « Crypt Of Ice », rondement mené et incisif.  

Grâce à de bonnes intros qui apportent une ambiance toute particulière et glaciale, le quintet américain livre un premier album de grande qualité et largement à même de rivaliser avec certains groupes bien installés (« Encased In Ice », « Twist The Knife »). FROZEN SOUL fait preuve d’un savoir-faire incontestable, tout en maintenant l’esprit et la tradition du Death Metal avec brio.