Huit ans après son dernier effort, AVON revient irradier de son Desert Rock la planète Stoner. Toujours aussi californien dans le son comme dans l’esprit, il est plus irrésistible que jamais. Très organique et avec l’instinct du live, le groupe incarne l’essence-même du style avec tout ce qu’il contient d’instantanéité et de vérité dans le jeu. Expressif autant qu’explosif, « Black On Sunshine » fait l’équilibre entre onirisme et mélodies appuyée avec maestria.
AVON
« Black On Sunshine »
(Go Down Records)
Après « Mad Marco » (2016) et « Dave’s Dungeon » (2018), « Black In Sunshine » est donc le troisième album de l’emblématique trio AVON. Enregistré et produit par James Childs lui-même, on retrouve l’esthétisme du Desert/Stoner Rock dans toute sa splendeur . Malgré un nombre conséquent de productions du même genre, et même si ce nouvel opus dépasse tout juste les 30 minutes, les trois musiciens atteignent des sommets et se hissent tranquillement au dessus du lot. Soudés autour du même line-up depuis le début, l’osmose et la complicité sont palpables.
Il faut dire qu’ils ont du métier. Le batteur Alfredo Hernández a œuvré chez Kyuss, QOTSA et Yawning Man, James Childs au chant et à la guitare a pris la lumière avec les Anglais de Airbus notamment et Charles Pasreli fait vibrer sa basse sur la scène de Palm Springs au sein de plusieurs formations. AVON a donc beaucoup de caractère, d’expérience et possède surtout un sens du songwriting, qui semble tellement naturel. Le groove est épais, le Fuzz transcende les riffs et la voix du frontman vient éclairer des morceaux d’une rare efficacité et d’une intensité constante.
Et c’est un souffle chaud qui traverse « Black On Sunshine » dans la plus pure tradition Desert Rock. Rebelle et psychédélique, le Heavy Rock du combo livre aussi quelques clins d’œil bluesy, ou Surf sur l’éponyme titre d’ouverture. AVON vit et respire les sonorités de son désert voisin et atteste que Mojave n’est qu’à deux pas. En exhumant « Super Furry Antidote » et « Doorway », il jette un regard sur un passé pas si lointain, mais continue d’avancer sans nostalgie sur des morceaux percutants (« Awkwardness », « Spacebar », « Never In A Million Years », « Bandits »). Magique !
Depuis bientôt 30 ans, THE LORDS OF ALTAMONT mène une carrière sans concession et le sentiment de liberté qui se dégage de sa musique oscille entre fureur et joie, le tout dans un esprit débridé et loin de toutes conventions. Pourtant, le gang de Los Angeles ne se présente pas avec un Garage Punk aussi basique que sauvage, loin de là. En témoigne ce huitième album, « Forever Loaded », qui déferle comme un cri, une tornade sonore sortie directement des amplis, qui vient bousculer les bonnes manières et un establishment étouffant. Entre riffs appuyés très Punk et Garage, des effluves d’orgue très psychédéliques et un duo basse/batterie qui joue avec le feu du Rock’n’Roll, le quatuor continue ardemment à faire ce qu’il sait de faire de mieux : saccager les codes et les conventions. Entretien avec Jake Cavaliere, chanteur passionné et claviériste de ce combo hors-norme.
– Avant de parler de « Forever Loaded », vous allez bientôt arriver en France pour une série de 15 dates, ce qui est assez exceptionnel de nos jours pour un groupe américain. Quelle relation entretenez-vous avec vos fans français au point de donner autant de concerts ?
La France a toujours été, plus ou moins, le marché et le public numéro un des LORDS, depuis l’époque où nous étions chez Fargo Records au début des années 2000. Michel, chez Fargo, a investi beaucoup d’énergie pour nous faire connaître là-bas. Je pense que les tournées régulières au fil des ans y ont aussi contribué. J’adore les gens et les fans en France. C’est comme une deuxième maison. Quand un Français me dit qu’il aime quelque chose, je le crois. Pareil quand il ne l’aime pas ! (Rires) J’adore cette conviction, elle est authentique. Pour conclure, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande visibilité, et pourtant, elle a beaucoup de fans.
– D’ailleurs, pour en finir sur le sujet, la France n’est pas vraiment un pays où ce genre de musique bénéficie d’une grande exposition et pourtant, les fans ne manquent pas. Comment l’expliques–tu ? C’est encore et toujours le charme de l’underground ?
La France soutient le Rock’n’Roll ! Les gens repèrent facilement les contrefaçons, alors quand c’est authentique, ils adhèrent. Les LORDS ont eu de la chance, les gens sont restés avec nous, c’est comme s’ils faisaient partie de notre bande. J’ai personnellement eu l’occasion d’en rencontrer tellement au fil des ans. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose sans un bon voyage en France ! (Sourires) Je suis vraiment reconnaissant.
– Ce qu’il y a d’assez paradoxal chez THE LORDS OF ALTAMONT est que votre nom est synonyme pour beaucoup comme l’acte de décès du mouvement Hippie, suite aux douloureux incidents de ce festival en 1969. Or, l’un des instruments signature de votre style et de votre son est l’orgue qu’on pouvait retrouver dans beaucoup de formations psychédéliques de ces années-là. C’est un pied de nez de votre part, ou une sorte d’hommage déguisé ?
Ceci a été créé pour faire réfléchir. Ce jour mémorable, le festival d’Altamont, nous a changés à jamais : la musique, notre perspective, notre mode de vie. Il se passait tellement de choses, comme aujourd’hui d’ailleurs, les gens en avaient marre de cette ‘déroute’. Il fallait que ça change. Et la musique a évolué, c’est certain. Le message était clair : changez les choses, faites-vous entendre. Le mode de vie ‘standardisé’ des années 50 était mort. Trouver un boulot, acheter une maison, avoir des enfants, se reposer, mourir… Le modèle américain. Restez à votre place, sinon… Merde, on y est encore ! Et puis, je joue de l’orgue, parce que c’est l’instrument pour lequel j’ai été engagé dans mon premier groupe à 17 ans. Alors, ça m’est resté. Je suis un peu le ‘Sisyphe’ du Garage Punk ! (Rires) Je voulais lui redonner un peu de son intérêt. C’est marrant, l’orgue est probablement l’un des instruments les plus détestés du Rock’n’Roll, et pourtant j’en mets partout. Je pense qu’il peut avoir un impact considérable sur la musique s’il est utilisé avec goût. Ecoutez les albums des Sonics ! Aujourd’hui, Dani (Sindaco, guitare – NDR) est tellement bon guitariste qu’on n’a plus vraiment besoin de moi à l’orgue… Il me faut un point d’appui ! (Sourires)
– Décidément THE LORDS OF ALTAMONT n’est pas à un paradoxe près, puisque vous distillez un savoureux mélange de Punk, de Garage Rock et de Hard Rock. Ce sont des registres assez revendicatifs à leur façon, mais avec des origines très différentes. Est-ce que c’est finalement là que se situe l’essence-même du Rock’n’Roll, selon vous ?
Les LORDS font ce qu’ils font, et ça nous plaît. On espère que ça plaira à d’autres aussi ! (Sourires) Quand je regarde ma collection de disques, il n’y a pas qu’un seul style. Il y a tellement de créations à découvrir, tellement de façons différentes d’aborder la musique. Oui, THE LORDS est un groupe Garage, mais on est entourés d’une multitude d’influences. Je suis un passionné de musique, mon seul but est de créer et de recréer ce que j’aime tant. Au regard de notre huitième album, j’ai le sentiment qu’on a évolué tout en gardant nos racines classiques. Si on avait grandi dans les années 60, on aurait probablement été influencés par les Beatles et Chuck Berry. On a maintenant accès à toute la musique qui a été créée. On peut se replonger dans l’Histoire du Rock’n’Roll et choisir nos influences. On est en 2026, on a tout et ça continue de cartonner. De la super musique est créée en permanence. La musique n’est pas seulement contrôlée par les costards-cravates des grandes maisons de disques, c’est nous qui la contrôlons. C’est Punk à mort ! (Rires) On reprend les commandes et on mélange tout ! Jouez de tous les styles et donnez-vous à fond ! (Sourires)
– La pochette de « Forever Loaded » fait bien sûr directement référence au monde des motards, dont vous êtes et il y a aussi cette emblématique image qui rappelle l’As de pic, cher aussi à un certain Lemmy. Et c’est vrai qu’à l’évidence vos univers sont très proches. Est-ce un clin d’œil, ou y a-t-il autre chose derrière ce visuel ?
(Rires) La pochette de l’album a été un vrai défi pour Alex Hagen (leader du groupe Ravagers – NDR) et moi. Comme c’était notre huitième album, je voulais rendre hommage à l’un de mes albums préférés : « Let It Bleed » des Rolling Stones. Alex et moi avons longuement discuté des modifications sur le design jusqu’à ce qu’on y voie « LORDS ». Au début, j’hésitais à utiliser un casque sur la pochette, car pour moi, c’est un symbole de sécurité ! Or, on n’est pas en sécurité ! (Rires) J’ai peint un vieux casque de moto Bell et je me suis dit : « Merde, les pilotes de flat track portent des casques, et ils sont sacrément dangereux ! » Des motos sans freins, carrément ! (Sourires) L’As de pique (Lemmy RIP) est la carte de la mort et c’est aussi le logo au dos de nos vinyles. ‘DFFL’ (patch de biker signifiant « Dope pour toujours, toujours chargé » – NDR) me trottait dans la tête depuis toujours. C’était même inscrit sur la peau de notre batterie une époque. Parfois, les gens se demandent : « Mais qu’est-ce qu’ils racontent, ces gars-là ? » On parlait toujours en code, etc… Oui, tout cela remonte à la culture motarde des années 60 et 70.
– Ce nouvel album est aussi fiévreux qu’organique et son titre indique clairement que vous êtes perpétuellement au taquet. Contrairement à pas mal de groupes actuels, THE LORDS OF ALTAMONT ne risque donc pas de tomber en panne de batterie, comme l’indique le titre de l’album ?
(Rires) J’adore ta description. Depuis que l’album est sorti, on tourne comme des fous ! J’ai essayé de lever un peu le pied l’année dernière. Des hauts et des bas, avec quelques petits soucis de santé, m’ont fait croire que la meilleure chose à faire était d’arrêter. Je ne sais pas à quoi je pensais, ça n’aurait probablement fait qu’empirer les choses. Les problèmes de santé semblent être sous contrôle. Je me dis souvent que le Rock’n’Roll est un monde de jeunes, et que je devrais me retirer. Tant pis, il y a de la place pour tout le monde. Que le Rock continue ! (Sourires)
– Même si « Forever Loaded » a toujours une saveur assez 70’s, il est d’une énergie très contemporaine. Comment parvenez-vous à actualiser un style qui paraît dès le départ hors du temps ? Il demeure toujours cet aspect à la fois primitif et terriblement moderne…
Je n’y avais jamais vraiment pensé comme ça. Je crois que Dani et moi combinons nos idées, Barry (Van Esbroek, batterie – NDR) et Rob (Zimmermann, basse – NDR) contribuent par leur touche personnelle sur chaque morceau. Je dirais que je penche plutôt vers le Garage/Psychédélique, et Dani apporte des riffs plus Rock’n’Roll. Il y a un équilibre entre nous tous. Cela crée un Rock particulier, très influencé par le Garage Punk. J’adore le fait que chaque membre de ce groupe soit extrêmement unique, tant par son talent musical que par sa personnalité. Ils peuvent littéralement tout jouer, et le faire putain de bien ! (Sourires) En ce qui concerne l’enregistrement, nous essayons d’obtenir la meilleure qualité possible. Nous avons travaillé avec trois studios d’enregistrement différents. Paul Roessler (Ki En Robot, Los Angeles), Evan Foster (No Count Records/Studio Sea Le), et Sylvia (Studio Moskou, Utrecht). Et le mixage a finalement été réalisé chez Evan, où il garde tout en analogique vintage jusqu’au mix final.
– S’il y a toujours cette atmosphère très Garage, la production de l’album reste soignée et très équilibrée. Quant à l’instrumentation, elle est loin d’être aussi basique qu’elle n’en a l’air. Finalement, où se situe votre public, et parvenez-vous à fédérer la nouvelle génération, ce qui serait presque un acte de salubrité publique ?
(Rires) Nous sommes des serviteurs du Rock’n’Roll ! Nous faisons des albums parce que nous sommes des fans. Nous jouons en live parce que nous sommes des fans. C’est un immense honneur d’avoir l’opportunité de jouer et de rencontrer des gens qui partagent la même passion pour la musique que nous. Le Garage Rock/Punk a considérablement élargi son champ d’action au fil des ans. Quand j’étais gamin, si ça ne sonnait pas exactement comme en 1966, avec des guitares Vox saturées à bloc et un orgue Vox Connetal qui grésille… trois accords peut-être, tu étais un imposteur. La scène Glam Rock était tellement omniprésente à Los Angeles, c’en était presque agaçant… excessif. Les chemises à motifs cachemire et les guitares Vox avaient leur propre sous-culture. Mais maintenant, avec le streaming et l’’accès à absolument tout, le Garage s’est fondu dans tellement d’autres scènes. Un excellent exemple de crossover à l’époque, c’est Stiv Bators : du Punk Rock pur et dur, un peu Pop, un peu Goth et beaucoup Garage Punk. Les Cramps en sont un autre exemple. Aujourd’hui, Ty Seagull, The Killing Floors et The Mystery Lights mélangent les genres avec brio. J’ai le sentiment que les LORDS ont tracé la voie que nous suivons encore aujourd’hui. L’évolution s’est construite sur 27 ans de carrière avec plusieurs changements de formation, et nous a menés là où nous sommes maintenant. Un soupçon de Stiv et un zeste de 13th Floor Elevators, le tout baignant dans une cuve de LSD ! (Rires)
– Votre détermination et cette incroyable débauche d’énergie qui se diffusent sur tout l’album ne laissent aucun doute sur votre démarche, qui est toujours très liée aux bikers, bien sûr, et aussi à divers excès. Justement, où se trouve la place de THE LORDS OF ALTAMONT dans le monde actuel et dans une société qui manque plus que jamais de repères ? Vous êtes un phare dans la nuit ?
On veut être libres ! On veut être libres de faire ce qu’on veut. On veut être libres de rouler ! On veut être libres de rouler sur nos machines sans se faire embêter par les autorités. Et on veut se défoncer. Bref, on veut passer un bon moment. DFFL ! (Rires)
– Enfin, on imagine évidemment qu’il y a pas une once de numérique sur ce nouvel album, ou alors c’est très bien caché. Comment et dans quelles conditions l’avez-vous enregistré ? Vous êtes restés sur un fonctionnement à l’ancienne ?
Nous devons vraiment le son de l’album aux ingénieurs du son. Le mixage final avec Evan a été une expérience formidable. Auparavant, il avait mixé un album des Bomboras, mon ancien groupe de surf, dont le son évoquait les studios Capitol Records de 1962. Cela dit, nous savions que nous étions entre de bonnes mains avec lui. Evan et Paul Roessler s’investissent dans les enregistrements comme s’ils étaient membres du groupe. Et j’apprécie vraiment leur attention et leur perspicacité. L’enregistrement est vraiment une épreuve pour moi. Alors quand un ingénieur du son/producteur parvient à me mettre à l’aise, je me sens vraiment capable de faire mon travail ! (Sourires)
Le nouvel album de LORDS OF ALTAMONT, « Forever Loaded », est disponible chez Heavy Psych Sounds.
Photo : Jessica Calvo (4)
Toutes les dates de la tournée française du groupe sont à retrouver sur son site : www.lordsofaltamont.com
Retrouvez aussi la chronique de « Tune In, Turn On, Electrify ! » :
Souvent sous-estimé, faute sans doute de n’avoir pas bénéficié de la même exposition que ses homologues américains dans les années 90, HARDLINE reste pourtant une référence du Hard Rock. Toujours debout malgré un line-up qui a beaucoup changé au fil du temps, son frontman Johnny Gioeli reste la voix irrésistible d’une formation qui a aujourd’hui une saveur très italienne, au regard de ses débuts en Californie. Avec « Shout », le quintet fait bien plus que d’entretenir le mythe, il l’enrichit et le fait avancer, grâce à des musiciens aussi talentueux que complets. Alessandro Del Vecchio, claviériste, chanteur, compositeur et aussi producteur de ce huitième album, nous parle justement de la démarche et du fonctionnement de l’entité actuelle.
– Alessandro, cela fait maintenant 15 ans que tu joues avec HARDLINE et « Shout » est ton cinquième album avec le groupe. Même si Johnny reste le seul membre originel, comment s’y prend-on pour conserver l’ADN d’une formation créée en 1992 ?
C’est une excellente question, car nous en sommes parfaitement conscients. L’ADN d’un groupe ne réside pas dans sa composition, mais dans son identité. Et chez HARDLINE, cette identité est très claire : elle prend racine chez Johnny. Sa voix, son phrasé, son interprétation émotionnelle, c’est le cœur même de notre musique. Mon rôle, au fil des années, a été de comprendre profondément cette identité et de la préserver, tout en laissant le groupe évoluer naturellement. On ne préserve pas quelque chose en le figeant, on le préserve en comprenant ce qui fonctionne et en s’appuyant dessus. Ainsi, même si la composition du groupe a changé, l’essence demeure, et c’est à cela que les gens s’identifient.
– Vous avez dit vouloir reprendre les choses là où elles en étaient restées sur « Double Eclypse » il y a 34 ans. C’est vrai que c’est l’album le plus marquant de HARDLINE. Sur quelles bases es-tu parti pour garder cet état d’esprit sur les neuf chansons que tu as composé pour « Shout » ?
Le point de départ a toujours été la chanson. On ne s’est pas dit ‘recréons « Double Eclipse »’, on s’est concentrés sur ce qui a rendu cet album intemporel : des compositions solides, des refrains accrocheurs et une forte charge émotionnelle. L’idée était d’écrire des chansons qui se suffisent à elles-mêmes, même dans leur version la plus simple. Si une chanson fonctionne juste avec voix et piano ou guitare, alors on sait qu’on est sur la bonne voie. Tout le reste, c’est-à-dire la production, les arrangements, le son, vient après. C’est comme ça qu’on reste fidèle à cet héritage sans tomber dans la nostalgie.
– « Shout » a évidemment un son plus moderne que « Double Eclypse », mais l’approche est aussi différente. Quatre des cinq musiciens du groupe sont aujourd’hui italiennes et la touche est forcément moins californienne qu’au début. Est-ce à dire que le Hard Rock américain a encore de l’influence sur vous ?
Absolument, cette influence est toujours présente. Le Hard Rock américain, surtout celui de cette époque, fait partie intégrante de l’ADN du groupe et de mon éducation musicale. Parallèlement, nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, et le groupe possède un bagage culturel différent, ce qui influence naturellement notre son. Je ne le vois pas comme un manque d’authenticité californienne, mais plutôt comme une évolution de ce langage musical. La musique actuelle est bien plus globale, et c’est une bonne chose, tant que l’identité reste forte.
– Justement aujourd’hui, en plus du fait qu’on peut réaliser des albums à distance, j’ai l’impression que la différence de style entre l’Europe et les Etats-Unis est moins palpable et évidente qu’auparavant. Est-ce qu’on assiste à une uniformisation des styles et du son surtout, selon toi, qui es aussi producteur ?
Oui, dans une certaine mesure, nous le constatons. La technologie a rendu tout plus accessible, ce qui entraîne naturellement une certaine uniformisation des sonorités et des méthodes de production. Mais je pense aussi que la véritable différence aujourd’hui n’est pas géographique, elle est artistique. Tout se résume à avoir une identité forte, ou non. On peut utiliser les mêmes outils, les mêmes plugins, les mêmes techniques de production, mais si l’on a quelque chose à dire, on gardera sa propre signature sonore.
– Ce huitième album reprend finalement plusieurs éléments musicaux de la carrière du groupe avec un style globalement Hard’n Heavy et quelques touches AOR et même Glam à un moindre degré. Est-ce que HARDLINE joue et fait aujourd’hui des choses qu’il n’a jamais produit auparavant dans sa carrière ?
Je pense que ce que nous faisons aujourd’hui consiste davantage à peaufiner qu’à réinventer. Tous ces éléments, à savoir le Hard Rock, AOR, et même une touche de Glam, ont toujours fait partie intégrante de HARDLINE, d’une manière ou d’une autre. Ce qui change aujourd’hui, c’est notre prise de conscience. Nous savons précisément qui nous sommes, ce qui fonctionne et comment combiner ces éléments de façon plus ciblée. Il ne s’agit donc pas de créer quelque chose de totalement nouveau, mais de faire ce que nous faisons déjà, à un niveau supérieur et avec plus de clarté.
– D’ailleurs, si on entre dans le détail de « Shout », c’est peut-être l’album le plus personnel du groupe, notamment au niveau des textes. Est-ce que l’objectif était de vous dévoiler un peu plus, tout en étant le plus efficace possible dans les mélodies et solides sur les tempos ?
Oui, c’était tout à fait intentionnel. Il faut toujours trouver un équilibre entre l’authenticité et la capacité à créer des chansons qui touchent immédiatement. Nous voulions que les paroles soient sincères, qu’elles ne se contentent pas de thèmes génériques, tout en conservant la force mélodique et les arrangements solides qui caractérisent HARDLINE. L’objectif était d’allier profondeur et immédiateté, et je pense que c’est ce qui donne à l’album son côté plus humain.
– Et puis, il y a cette reprise de Scorpions, « When You Came Into My Life », sortie en 1996 et dont vous avez aussi fait un single. On revient à cette touche européenne, mais il possède également la touche HARDLINE. Comment s’est fait l’équilibre pour vous l’approprier tout en respectant l’originale ? Et est-ce qu’il peut y avoir eu une certaine retenue au départ ?
Il y a toujours une petite hésitation lorsqu’on aborde une chanson comme celle-ci, car elle est déjà parfaite en soi. Mais en même temps, c’est précisément pour cela qu’on la choisit. L’essentiel était de respecter l’essence même du morceau, la mélodie, l’émotion, et de construire autour avec notre propre son. Nous ne voulions pas la changer juste pour le plaisir de la modifier. Nous nous sommes demandé à quoi ressemblerait cette chanson si elle était écrite par HARDLINE aujourd’hui, et une fois cet équilibre trouvé, tout s’est mis en place naturellement.
– Enfin, et avant de partir en tournée, qu’est-ce que cela représente pour toi qui a déjà une longue discographie, d’enregistrer et de monter sur scène avec Johnny Gioeli, qui compte plus d’une centaine d’albums à son actif ? C’est le genre de musicien, qu’on ne rencontre pas souvent…
Cela compte énormément pour moi, tant sur le plan professionnel que personnel. Johnny fait partie de ces rares artistes qui ont conservé cette flamme, cette passion, mais aussi une immense expérience et une grande maturité. On se stimule mutuellement, surtout vocalement, car on partage cette même expérience, et on discute souvent de technique, d’approche et de la façon de garantir une performance constante soir après soir. Sur scène, il est une véritable force de la nature. On peut avoir toute l’expérience du monde, mais sans cette énergie et cette connexion avec le public, ça ne sert à rien. Johnny possède tout cela, et partager cette aventure avec lui est un privilège que je mesure pleinement.
Le nouvel album de HARDLINE, « Shout », est disponible chez Steamhammer.
Pierre angulaire du post-Metal depuis la fin du siècle dernier, la formation d’Oakland a montré la voie à un grand nombre de groupes, qu’ils évoluent dans un registre similaire, post-HardCore, Sludge ou même d’obédience Punk. Toute sa carrière, NEUROSIS n’a eu de cesse d’expérimenter et de repousser les limites de son imaginaire. Après de (trop) longues années d’absence, « An Undying Lover For A Burning World » marque la fin d’une pause globalement subie et d’une régénération audacieuse et solide.
NEUROSIS
« An Undying Love For A Burning World »
(Neurot Recordings)
Surprise de taille il y a quelques jours avec l’inattendu retour de NEUROSIS suite à une décennie de silence. Trois ans après « Fires Within Fires » en 2016, le groupe s’était également séparé de son leader Scott Kelly en raison de l’attitude inadmissible et condamnable de son guitariste et vocaliste envers ses proches. C’est dorénavant l’ancien frontman et six-cordiste d’Isis, Sumac et quelques autres, Aaron Turner, qui a pris le relais et de quelle manière ! Le combo semble prendre un nouvel élan, même si son jeu reste d’une noirceur et d’une obscurité inchangées, sorte d’abîme de la douleur. Et on retrouve toujours cet aspect viscéral et cathartique dans sa musique.
Le propos des Californiens n’est donc pas plus positif que jadis et se développe autour du sens à donner à une existence naviguant dans un monde aussi déconnecté que le nôtre. Sous cet angle, le point de vue vient alimenter l’univers déjà torturé de NEUROSIS et « An Undying Love For A Burning World » se révèle être un instantané de notre époque. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est que les dix ans passés et le changement majeur de line-up ont apporté encore plus de puissance et de profondeur à ce post-Metal très Doom, captivant et quasi-obsédant, le propulsant bien au-dessus du lot de très nombreuses productions actuelles.
Musicalement, ce douzième album commence sur des cris de détresse avec « We Are Torn Wide open », ouvrant l’espace sonore au monde si original de NEUROSIS. Devenu au fil du temps une influence incontournable dans le monde du Metal au sens large, le quintet n’a rien perdu de cette créativité unique et de cette facilité à exprimer des sentiments entremêlés qu’il est à peu près le seul à maîtriser à ce point. Bien sûr, on retiendra les mastodontes « First Red Rays », « Blind » et « Setting And Scattered », et le travail effectué sur les textures sonores, les combinaisons de guitares et des parties vocales qui restent une marque de fabrique si personnelle. Une claque !
Basée à San Diego, l’expérimentée californienne livre pour la première ses propres compositions, et quelques reprises particulièrement bien remaniées, sur « My Voice », une réalisation qu’elle a souhaité instrumentale et où sa guitare sert de guide. Imprégné de sonorités Southern et ne reniant pas une certaine filiation avec Chicago, le Blues de LAURA CHAVEZ est aussi Rock que délicat et flirte autant avec le R&B qu’avec ses origines mexicaines. Complet et inspiré, son univers est brut, coloré et entraînant. Une totale réussite et un dépaysement saisissant.
LAURA CHAVEZ
« My Voice »
(Ruf Records)
Après avoir accompagné des artistes comme Deborah Coleman, Dani Wilde, Monster Mike Welch ou Vanessa Collier, LAURA CHAVEZ se lance enfin en solo et ce premier opus sous son nom tombe à point nommé. Auréolée en 2023 du prix de la meilleure guitariste au Blues Music Awards, première et seule femme à l’être aujourd’hui, on la découvre ici sous un aspect plus personnel, dans un registre qui lui ressemble et à travers un jeu où le feeling prend le pas sur sa phénoménale technique. « My Voice » est un brassage de cultures et une ode à son instrument.
Et la première des surprises est que l’album est entièrement instrumental, une chose relativement rare dans le monde du Blues. Mais comme son titre l’indique sa guitare est sa voix et, au fil des titres, il faut reconnaître que toute note vocale serait presque superflue. LAURA CHAVEZ affiche une force narrative peu commune, qui ne se contente pas d’empiler les riffs et de multiplier les solos. Chaque morceau raconte une histoire et chaque ambiance nous transporte dans des émotions diverses traversant le Blues et le Rock avec une touche hispanique.
Co-produit avec le patron de son label, Thomas Ruf, « My Voice » a été enregistré en novembre dernier en Allemagne dans un esprit live. A ses côtés, on retrouve la Française Léa Worms (Gaëlle Buswel, Nina Attal) à l’orgue et au piano. L’excellent duo qu’elle forme avec LAURA CHAVEZ montre une réelle connexion entre les deux musiciennes, parfaitement soutenues par Tomex Germann (basse), Marty Dodson et Denis Palatin (batterie) et Antonio Econom aux percussions. Un disque haut en couleurs, riche en atmosphères, profond et porté par des virtuoses. Une pépite !
L’annonce avait fait l’effet d’une bombe dans le petit monde du Metal. L’un des membres du ‘Big Four’, et pas des moindres, tire sa révérence et met ainsi fin à l’âge d’or du Thrash ‘Made in Bay Area’ de la côte ouest américaine. Bien sûr, il reste une magnifique discographie, des coups de gueule et des petites phrases de son frontman qui resteront longtemps gravés, mais plus de disques. Cependant, le séisme aura quelques longues répliques, puisque le quatuor s’engage pour une tournée de trois ans. MEGADETH fait donc ses adieux vinyliques avec même un ultime pied de nez à ses meilleurs ennemis de Metallica en reprenant « Ride The Lightning », co-écrit avec James Hetfield, Cliff Burton et Lars Ulrich. « Megadeth » n’est probablement pas l’œuvre la plus marquante du groupe, mais il n’en est pas moins une très belle conclusion.
MEGADETH
« Megadeth »
(BLKIIBLK Records)
Chroniquer l’ultime opus d’une telle légende peut vite tourner à la nécrologie, sauf que l’envie et l’élan qu’apporte Dave Mustaine à ce « Megadeth », le bien-nommé, laissent sous-entendre que la tournée d’adieu devrait être musclée. Surtout, il parvient à réaliser le tour de force de représenter sur dix morceaux, et un joli bonus, l’ensemble des tendances du combo à travers les époques, bravant les modes en imposant un style unique et tellement personnel. Bien sûr, certains puristes ne jurent que par les quatre premières réalisations, tandis que d’autres sont tombés dans la marmite avec « Youthanasia » et son aspect plus mélodique. Et c’est aussi parce que MEGADETH incarne tous ces courants et reste au sommet à chaque fois qu’il demeure une machine inusable.
C’est donc une sorte de regard panoramique qu’offre « Megadeth » avec ce son et cette rugosité si particulière. De « Killing Is My Business… And Business Is Good! » à « The Sick, The Dying… And The Dead! » en passant par « So Far, So Good… So What! », « Rust In Peace », « Countdown To Extinction » ou même « Th1rt3en », la gamme de MEGADETH est si vaste qu’elle traverse avec classe le monde du Thrash Metal pour lequel il a tant œuvré. Au-delà de quelques titres de très bonne facture, c’est surtout un ensemble que l’on retient ici dans une ambiance globale et avec cette touche inimitable (« Tipping Point », « Hey God! », « Puppet Parade », « Made To Kill », « Obey The Call », « The Last Note » et la brillante cover de « Ride The Lightning »).
En bons mercenaires qu’ils sont, Teemu Mäntysaari (guitare), James LoMenzo (basse) et Dirk Verbeuren (batterie) peuvent remercier Dave Mustaine pour la faveur accordée, même si on aurait souhaité un tout autre line-up pour clore ce beau chapitre. On peut regretter les absences de David Ellefson pour plus de groove, ainsi qu’un clin d’œil du magicien Marty Friedman pour une dernière envolée sur un duel dont ils avaient le secret. Bref, la vraie formation ! Après tout, MEGADETH est l’œuvre de son fondateur et ne brille plus que par lui depuis longtemps déjà. Ce 17ème album est une vraie réussite et ce que l’on était en droit d’attendre d’une carrière longue de plus de quatre décennies en guise de clap de fin. Merci pour tout, Monsieur Mustaine.
Retrouvez la chronique de l’avant-dernier album du groupe :
Nombreux sont ceux qui gardent un souvenir ému de la sortie de « Wicked Sensation » en 1990, première réalisation du génial George Lynch en groupe après son départ de Dokken. Ce fut le début d’une belle envolée solo qui, si elle n’a jamais atteint le sommet des charts, aura été un formidable laboratoire pour un six-cordiste toujours en quête d’exploration et particulièrement doué. Avec un sens unique du riff et des solos plein de panache, il aura guidé LYNCH MOB pendant plus de deux décennies. Avec ce dernier « Dancing With The Devil », il affiche sa reconnaissance pour ses fans, loin de signer un lugubre chant du cygne.
LYNCH MOB
« Dancing With The Devil »
(Frontiers Music)
Clap de fin pour LYNCH MOB après 25 ans d’une belle aventure, qui se termine avec un neuvième album en forme de baroud d’honneur. Si le groupe demeure le plus emblématique de la carrière post-Dokken du guitariste, il reste un homme de projet et nul doute qu’il ne tardera pas à refaire surface. Alors pour cet ultime opus, il a reconduit le line-up présent sur « Babylon », sorti en 2023. On le retrouve donc aux côtés de Gabriel Colón au chant, Jaron Gulino à la basse et Jimmy D’Andra derrière les fûts, histoire d’œuvrer une dernière fois dans la continuité et la ligne artistique établie du combo.
L’une des dernières formations iconiques du Hard Rock américain tourne donc la page et même si de nombreux musiciens s’y sont succédé, la touche de LYNCH MOB reste tellement identifiable. Cependant, le musicien a su moderniser son approche au fil du temps, tout en conservant ce chaleureux côté bluesy qui le suit. Comme toujours « Dancing With The Devil » sonne juste, le songwriting est irréprochable, l’interprétation du combo remarquable et le jeu de George Lynch fait encore des étincelles. Technique, mais sans tomber de trop dans la démonstration, il laisse parler son feeling… ainsi que sa virtuosité.
Avec l’assurance et la technicité qu’on lui connaît, le Californien distille un Hard Rock toujours élégant et efficace. S’il ne prend pas le moindre risque, il joue sur les contrastes avec un groove éclatant et démontre qu’il reste un maître en la matière (« Dancing With The Devil », « Pictures Of The Dead », « Saints And Sinners », « Lift Up Your Soul », « Follow My Down »). Avec ce dernier effort, le guitar-hero semble aussi poser un regard satisfait sur ce pan de sa carrière et se contente même de beaucoup de sobriété sur l’instrumental « Golden Mirrors ». Et LYNCH MOB ferme même la parenthèse avec « Somewhere », uniquement présent sur l’édition européenne. Merci pour tout Monsieur !
Deux ans après l’étonnant « Long Walk Of The Navajo », YAWNING MAN semble plus apaisé et moins apocalyptique dans l’approche sur ce « Pavement Ends », qui renoue avec les saveurs arides qui font son ADN depuis sa création. D’ailleurs, Mario Lalli fait aussi son retour à la basse et, malgré le talent de Billy Cordell, il est l’un des piliers essentiels de la mythique formation. La rondeur et le groove de son jeu reste l’une des pièces maîtresses de la couleur artistique des pionniers de la côté ouest, comme en témoigne ce septième opus.
YAWNING MAN
« Pavement Ends »
(Heavy Psych Sounds)
Près de 40 ans déjà après sa formation dans la vallée de Coachella, YAWNING MAN continue de nourrir ce Desert Rock aux contours psychédéliques tellement identifiables qu’il a d’ailleurs lui-même créé. Toujours guidé par ses fondateurs Gary Arce (guitare) et Mario Lalli (basse) accompagnés depuis 2013 par le batteur Bill Stinson, qui a lui aussi fait grandir cet univers sonore, le trio ne cesse d’alimenter ses longues jams instrumentales, qui traversent le désert de Mojave avec une fluidité quasi-hypnotique et un magnétisme constant. Il y a de la poésie et du rêve chez ces musiciens.
Suite aux expérimentations Yawning Sons et Yawning Balch, le noyau dur est de nouveau à l’œuvre et « Pavement Ends » vient marquer un chapitre supplémentaire de la discographie et du style insaisissable des Américains. Toujours instrumentale, la musique de YAWNING MAN garde les pieds dans le sable chaud de Californie et les yeux tournés vers le ciel et ses étoiles. Sur six titres, l’envoûtement ne tarde pas entre contemplation, textures éthérées et tempos bruts et aérés. La recette des maîtres du genre évolue peu, certes, mais reste d’une redoutable efficacité.
« Burrito Power » donne le ton avec un riff très Stoner, où l’on retrouve le sens de l’humour décalé du groupe toujours attaché au Surf Rock. Car, YAWNING MAN est avant tout un état d’esprit et une vision très atypique d’un Desert Rock écrasé par la chaleur et la lumière. Entretenant un aspect mystérieux, souvent proche du mystique, le combo avance sur les incroyables lignes de basse de Mario Lalli, véritable architecte du groupe, tandis que les guitares prennent de la hauteur et se projette dans un horizon mouvant (« Dust Depression », « Bomba Negra », « Gestapo Pop » et le morceau-titre). Magistral !
L’entente américano-norvégienne entre Gary Arce et Pia Isaksen continue d’œuvrer dans un même élan avec un style qui s’affirme sur « Eternal Sunrise ». Changement de label et aussi de batteur pour le trio dont le Post-Rock au saveurs Desert Rock trouve son harmonie dans une lueur qu’a priori tout oppose. Cette nouvelle réalisation est dense, presque onirique, et invite autant à la rêverie qu’au voyage. L’immersion proposée par SOFTSUN brille aussi grâce à un jeu d’une incroyable minutie et des arrangements très soignés.
SOFTSUN
« Eternal Sunrise »
(Heavy Psych Sounds)
Depuis deux maintenant, la connexion entre les terres norvégiennes balayées par le froid et les paysages arides du désert de Mojave en Californie est établie et pas le moindre parasite à l’horizon. Un horizon justement aussi lointain qu’imprévisible que la chanteuse et bassiste scandinave Pia Isaksen et l’Américain Gary Arce à la guitare ont transformé en terrain de jeu. Assez éloigné de leurs projets musicaux respectifs (Superlynx et une carrière solo pour l’une, Yawning man et ses dérivés pour l’autre), SOFTSUN affiche une osmose évidente et un univers singulier.
Un an tout juste après un premier effort étonnant et réussi, les deux musiciens poursuivent leur belle aventure et développent encore un peu plus leur Post-Rock aux contours Shoegaze, Desert et parfois Drone. Légèrement moins expérimental, « Eternal Sunrise » s’inscrit pourtant dans la lignée de « Daylight In The Dark » avec toujours cette ambiance à la fois mystérieuse et emprunte d’une légèreté très fluide. Et puis, SOFTSUN acte aussi l’arrivée de Robert Garson, en lieu et place de Dan Joeright, derrière les fûts et la console, puisqu’il a également enregistré ce deuxième opus.
Toujours aussi aérien, le trio joue sur des tempos lents et hypnotiques, laissant tout le loisir à Gary Arce de s’engouffrer dans un flot d’effets captivants dessinant des atmosphères assez uniques. Vocalement lumineuse, Pia Isaksen distille son chant de manière très éthérée, tout en faisant bourdonner sa basse à l’envie. Sensuel, subtil et parfois mélancolique, SOFTSUN s’est façonné un registre bien à lui. Hypnotique et lancinant, « Eternal Sunrise » captive (« Sacred Heart », « A Hundred And Sixteen », « Abandoned Lands »). Le combo se dévoile ici encore un peu plus.
Retrouvez l’interview de Pia Isaksen et Gary Arce à l’occasion de la sortie de « Daylight In The Dark » :
Explosive et sensuelle, la compositrice, chanteuse et guitariste livre enfin son premier album, « Tell Your Ghost », après s’être dévoilée petit à petit à travers un nombre conséquent de singles. Désormais basée à Nashville, LEILANI KILGORE a pris son envol en affirmant une personnalité forte, que ce soit au chant ou à la guitare, où son jeu flamboyant fait des étincelles. Grâce à un songwriting d’une grande polyvalence, elle avance dans un Blues Rock, où rien n’est figé et où chaque chanson se distingue de l’autre. Pourtant identifiable au premier accord et au premier couplet, l’artiste américaine fait de cette diversité une marque de fabrique. Egalement productrice, le son très organique assure à ses compositions autant d’authenticité que de sincérité, le tout avec une signature solide et virtuose. Entretien avec une frontwoman créative et vibrante.
– Tu es originaire de la côte ouest et tu es installée à Nashville dans le Tennessee depuis un moment déjà. Pourquoi avoir quitté la Californie ? Le public n’était pas assez réceptif à ta musique, ou tu souhaitais te rapprocher d’une scène plus en phase avec ton registre et de ton univers ?
Excellente question. En fait, j’ai visité Nashville pour la première fois lors de ma dernière année de lycée pour passer une audition à l’université Belmont, et je suis immédiatement tombé amoureux de cette ville. J’y ai acheté ma première guitare Les Paul ‘vintage’, j’ai joué avec des musiciens de blues locaux et j’ai été stupéfaite par la quantité de talent et de musique réunis dans une seule ville. Après avoir étudié quelques semestres au Berklee College of Music de Boston, j’ai décidé d’abandonner mes études et de retourner à Nashville pour poursuivre ma carrière. Ce n’est pas que la côte ouest n’était pas accueillante, c’est simplement que je voyais plus d’opportunités de m’épanouir ailleurs. Mon premier véritable soutien, je l’ai trouvé en Californie et j’ai vraiment hâte d’y retourner maintenant, surtout que beaucoup de temps a passé et que ma carrière s’est développée si fortement !
– Après t’être forgée une solide réputation sur scène avec notamment un jeu de guitare flamboyant, tu as commencé à sortir plusieurs singles. Toutes ces étapes t’ont-elles semblé nécessaires avant de véritablement te lancer en enregistrant sous ton nom ? Ou était-ce peut-être aussi pour bien mieux cerner ton propre style et mieux cibler tes envies ?
Mes premières tentatives de composition musicale étaient très hésitantes et incertaines. J’étais encore adolescent lorsque j’ai sorti mon premier EP. Puis j’ai enregistré quelques morceaux par mes propres moyens à l’université, sans vraiment savoir ce que je faisais. Mais tout cela faisait partie d’un parcours nécessaire pour me permettre de me sentir un peu plus sûre de moi en tant qu’artiste au moment de la sortie de « XXX Moonshine » (chez Riff Bandit Records en 2021 – NDR), que je considère aujourd’hui comme ma première véritable réalisation. Les années que j’ai passées à me produire sur scène m’ont aidé à affiner mon style et ma présence scénique. C’est devenu plus facile d’écrire de la musique après avoir trouvé le style qui me correspondait, et aussi avec l’expérience musicale nécessaire pour le maîtriser.
– Depuis 2021, soit à partir de « XXX Moonshine » jusqu’au dernier morceau avant l’album « Snake In The Tall Grass », tu as sorti 13 singles, ce qui représentent plus d’une heure de musique. On sent bien sûr l’évolution de ton jeu, de ton chant et aussi de ton songwriting. Est-ce que tu vois toutes ces chansons comme autant d’expériences différentes ?
Oui, absolument. C’est tellement amusant de réécouter des chansons que j’ai sorties il y a seulement deux ans, car j’entends la différence dans mon écriture, ma façon de jouer et de chanter. C’est tout aussi intéressant de me replonger dans les histoires et les paroles, car elles représentent toutes des moments différents de ma vie et diverses facettes de ma personnalité. Je me souviens de l’endroit où j’étais lorsque j’ai écrit chacune de mes chansons et de ce qui m’a inspiré. C’est un sentiment presque narcissique car, même si je n’écoute généralement pas ma propre musique par pur plaisir, je suis tellement heureuse d’avoir ces petits instantanés de ma vie sur lesquels je peux me pencher. Et je suis encore plus heureuse que les gens y trouvent des échos de leur propre vie à travers des expériences communes. C’est bien là tout l’intérêt, non ? (Sourires)
– Ce qui est d’ailleurs intéressant, c’est que tous ces singles ne pourraient pas, en l’état, constituer un album, tant ils sont différents au contraire de l’unité que tu affiches aujourd’hui. Là encore, as-tu dû d’abord te « définir » artistiquement ?
Cet album est en réalité né d’un heureux hasard. La seule raison pour laquelle les chansons s’accordent si bien est qu’elles ont toutes été écrites sur une période de deux ou trois mois et qu’elles proviennent de la même source d’inspiration. Ce n’est qu’à la fin de l’été 2024, après avoir écouté toutes les démos, que j’ai réalisé qu’il s’agissait bel et bien d’un album. Et honnêtement, c’est tant mieux, car ces chansons ont toutes été écrites dans une démarche d’exploration artistique. Mises ensemble, elles représentent parfaitement ce dont je suis capable en tant qu’auteure-compositrice. Mais j’avais aussi un besoin urgent d’exprimer tout cela, comme si je devais me libérer d’un poids. Je sens que je peux désormais avancer artistiquement avec plus de sérénité et d’intention.
– Pour conclure que le sujet de ces 13 singles, y a-t-il aussi une sorte de timidité à ne pas se lancer dans un album, voire un EP, plus tôt ? Ou, plus simplement, ce sont les plateformes et les réseaux, qui autorisent et facilitent ce genre de démarche aujourd’hui ?
C’était simplement le résultat de conseils extérieurs. On m’avait dit que la meilleure méthode d’autopromotion consistait à sortir des singles les uns après les autres, et cela me convenait à l’époque. Mais j’aimais l’idée de me lancer dans un projet plus approfondi et plus ambitieux, c’est-à-dire un album. Même s’il est logique, du point de vue de la promotion sur les réseaux sociaux, de se limiter à la sortie de singles, je pense qu’il est plus révélateur de la personnalité créative d’un artiste de réaliser un projet de plus grande envergure. Cela permet au public de mieux comprendre qui il est.
– Parlons maintenant de ce premier album, « Tell Your Ghost ». Toi qui as débuté à l’âge de 14 ans, est-ce que tu y vois une forme de concrétisation de toutes ces années de travail et d’un long apprentissage vocal, guitaristique et de production également ?
Oui et non. Cet album est bien plus représentatif d’une période spécifique de ma vie et des émotions brutes que je traversais, mais en toute honnêteté, il est aussi le reflet de toutes les musiques qui m’ont inspiré tout au long de ma vie. J’entends tellement d’influences dans mes compositions. L’idée que je me faisais du musicien et de l’artiste que j’allais devenir à 14 ans est tellement différente de ce que je suis aujourd’hui, et pourtant, j’y retrouve encore beaucoup de mes musiques préférées. J’ai l’impression que cet album était resté enfermé dans une cocotte-minute que j’avais oubliée pendant la dernière décennie, et que je l’ai redécouvert après qu’elle ait explosé dans ma cuisine métaphorique. Quoi que cela puisse signifier ! (Sourires)
– Même s’il y avait parmi tes précédents singles des morceaux très aboutis et accrocheurs, la première impression avec « Tell Your Ghost » est cette variété dans les styles abordés. Bien sûr, l’ensemble est très Blues, mais aussi très Rock comme « High/Low », voire presque Hard Rock sur « Creepin’ », ainsi que des titres plus émouvants comme « Back To You » ou « Early Grave ». Ils ont tous en commun d’être très entraînants et communicatifs. Est-ce la première fois que tu te dévoiles à ce point en musique, notamment dans les textes ?
Je pense que la vulnérabilité et l’honnêteté sont les seules raisons pour lesquelles cet album fonctionne vraiment. Il aurait été sans valeur autrement. Je n’avais pas seulement besoin de le faire pour moi-même, j’avais aussi besoin de le faire pour le public, surtout parce que j’ai pris des risques avec les genres musicaux. Je savais que certaines de ces chansons sonneraient complètement différemment de ce à quoi mes fans s’attendaient, et si elles avaient été superficielles, rien n’aurait fonctionné. De plus, à quoi les auditeurs auraient-ils pu s’identifier ? J’ai écrit cette musique, parce que j’avais besoin d’extérioriser mes sentiments avant qu’ils ne me submergent. Recevoir des retours de personnes qui écoutent l’album et me disent y trouver du réconfort, ou un lien quelconque, est extrêmement important pour moi.
– Que ce soit vocalement ou à la guitare, il règne une authenticité et une chaleur de chaque instant, le tout dans une unité musicale qui libère une réelle signature artistique. Est-ce qu’au niveau de ta performance sur « Tell Your Ghost », tu penses avoir franchi un cap et atteint un premier accomplissement, qui se traduit dans ce songwriting précis et sincère ?
Je pense que c’est l’une des musiques les plus authentiques que j’aie jamais sorties. Il y a une part de moi dans tout ce que j’ai enregistré jusqu’à présent, mais certaines de ces chansons sont portées par une émotion pure et débridée. C’est un soulagement de constater qu’elles sont perçues ainsi… Et cela me prouve que j’ai bien fait mon travail ! (Sourires) Cela m’a également permis d’aller de l’avant et d’écrire de nouvelles musiques avec un objectif ou une orientation différente. « Tell Your Ghost » est, en fin de compte, un recueil de chansons que j’avais besoin d’écrire pour me sortir de la période sombre que je traversais. Cela m’a permis de transformer cette douleur, cette colère et ce chagrin en une forme tangible, afin de pouvoir les laisser derrière moi et passer à autre chose et pour cela, je leur serai éternellement reconnaissant. Savoir que l’authenticité et ma personnalité transparaissent toujours est la meilleure reconnaissance que je puisse espérer. (Sourires)
– Il se dégage aussi un souffle assez indescriptible de cet album et qui passe forcément par le son. Et tu as décidé de le produire toi-même, alors même que Nashville compte de grands producteurs. Il a une saveur très live et organique avec une belle énergie et une vraie complicité entre tes musiciens et toi. En seulement trois jours d’enregistrement, tu livres un disque assez époustouflant et plein de relief. L’idée était-elle de capturer l’intensité de tes prestations scéniques ?
Oui, c’était l’objectif principal pour mon groupe et moi lorsque nous avons décidé d’enregistrer cet album. Nous avons clairement indiqué à notre ingénieur du son que nous devions tous être dans la même pièce pour enregistrer les chansons, afin de capturer cette énergie et cette ambiance. David Paulin et Amry Truitt du studio Sound Emporium ont fait un travail remarquable pour y parvenir. J’avais toujours eu l’impression que mes enregistrements précédents manquaient de cette étincelle que j’avais trouvée avec la formation actuelle sur scène. Il était impératif pour la musique de cet album que nous retrouvions cette même énergie en studio.
– Enfin, il y a aussi sur « Tell Your Ghost » la sensation d’une page de ta vie que tu sembles tourner, tant l’émotion est présente à travers des solos déchirants et des envolées vocales très expressives. Est-ce que, finalement, ce premier album est une sorte de libération dans un certain sens, et le début d’une aventure qu’on sent déjà sereine et confiante ?
C’était vraiment libérateur. Mais je ne pense pas que le prochain album explorera autant de genres différents que « Tell Your Ghost ». C’est merveilleux de savoir que je peux écrire de manière aussi sincère, mais cet album m’a aussi appris que je peux créer de la musique dans n’importe quel univers sonore qui, selon moi, convient à la chanson. J’ai tellement appris de ce processus et cela me permet d’avancer artistiquement avec beaucoup plus de liberté. J’ai confiance en moi et en mon instinct ! (Sourires)
L’album de LEILANI KILGORE, « Tell Your Ghost », ainsi que tous les singles sont disponibles sur toutes les plateformes, ainsi que sur le site de l’artiste : https://leilanikilgore.com/