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Blues Folk/Americana

Mike Andersen : le Blues venu du Nord

C’est vrai que le Blues et l’Americana sont un peu la chasse gardée des Etats-Unis, terre nourricière du style, mais l’Europe compte aussi de belles formations et de grands artistes. Et même si le grand public reste à conquérir, certains mènent habillement leur chemin grâce à une créativité et une sincérité irréprochable. MIKE ANDERSEN fait partie de cette catégorie de songwriter au jeu très personnel et d’un esthétisme musical sensible et affirmé.   

MIKE ANDERSEN

« Raise Your Hand »

(Custom Records/Baco Music)

Reconnu à sa juste valeur en Scandinavie, le Danois MIKE ANDERSEN peine pourtant à émerger dans l’hexagone, malgré ce neuvième album qui vient s’ajouter à sa belle discographie. Depuis une vingtaine d’années maintenant, avec son groupe ou en solo, le songwriter est parvenu à imposer à son Blues Americana très Folk une identité qui fait de lui une valeur sûre du genre.

Caractérisé par une grande classe et une élégance naturelle, MIKE ANDERSEN parvient encore à se renouveler et « Raise Your Hand » marque un nouveau chapitre plein d’émotion à travers des compositions Blues, Country et Folk très bien senties. L’écriture raffinée du chanteur lui offre une fabuleuse marge de manœuvre, s’échappant aussi dans des sonorités nouvelles et des rythmes plus soutenus.

Ce n’est pas lui faire offense que de dire que son Blues sonne également terriblement européen, même si les codes viennent forcément d’outre-Atlantique (« Finally Free »). C’est justement ce qui fait l’une des particularités de MIKE ANDERSEN et son originalité. D’une grande fraîcheur et avec un chant très spontané, il parvient à envoûter son auditoire avec des morceaux à la fois touchants et authentiques (« I Can Dance », « Down In His Room », « What Can I Do »).

Photo : Rasmus Bundgaard
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Groove Metal Hard Rock Southern

I’ll Be Damned : incendaire

Ils seront damnés et ça ne fait aucun doute ! Peu importe, les Danois prennent le taureau par les cornes pour asséner un album très nerveux, où la fièvre du propos s’étend sur des morceaux d’une totale liberté et d’une explosivité de chaque instant. Sur un Hard Rock massif, percutant et aux éclats de Metal, I’LL BE DAMNED livre l’un des meilleurs albums dans ce registre depuis bien longtemps ! La machine est lancée…

I’LL BE DAMNED

« Culture »

(Mighty Music/Target Group)

Présenté comme un groupe de Groove Metal, c’est pourtant bel et bien dans un registre très Hard Rock bien gras et surpuissant, d’où s’échappent des solos bien Heavy, qu’évolue I’LL BE DAMNED. Alors pour ce qui est des références, allez plutôt chercher du coté de Clutch que de Down. Résolument Rock’n’Roll dans l’attitude, mais pas seulement, les Danois livrent un troisième album survolté, hargneux et vindicatif.

Que ce soit la politique, la religion, les médias et plus largement la société dans son ensemble, tout le monde en prend pour son grade. Et pas à moitié ! Avec l’arrivée d’Anders Gyldenøhr derrière les fûts et surtout de Mark Damgaard au chant, le quintet se montre incisif dans les riffs, massif dans la rythmique et très rugueux, tout en restant mélodique dans la voix. I’LL BE DAMNED n’est pas de retour pour trier les lentilles.

Les neuf morceaux de « Culture » sont autant de grosses claques en pleine face. Avec un côté Southern marqué, les Scandinaves avancent sur un groove épais et rageur entre colère et désespoir avec un cynisme et une ironie de chaque instant. Parfaitement structurés et remarquablement bien produits, les morceaux de I’LL BE DAMNED sont autant d’uppercuts (« FuckYourMoney », « Hell Come », « Through The Walls », « Forever, Right »). Jouissif !

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Rock Soft Rock

Mike Tramp : native songs

MIKE TRAMP est un personnage à part. Devenu star dans les années 80 avec le groupe White Lion, il a continué l’aventure avec Freak Of Nature avant de se lancer en solo en 1997 dans un registre plus Rock et souvent acoustique, dans lequel il excelle. Contre toutes attentes, il revient aujourd’hui avec un album, « For Første Gang », constitué de chansons douces et lumineuses, chantées en danois. Une première très réussie pour le frontman du nord…

MIKE TRAMP

« For Første Gang »

(Target Group)

Malgré une imposante discographie, « For Første Gang » (‘Pour La Première Fois’ en danois) est le tout premier album de l’ancien chanteur de White Lion et de Freak Of Nature dans sa langue maternelle. Un peu poussé par des amis qui lui ont écrit des textes et qui le connaissent parfaitement, MIKE TRAMP s’est laissé prendre au jeu en écrivant les musiques de ces morceaux dont les paroles, souvent intimes, sont l’exact reflet de sa personnalité.

Le songwriter l’assure lui-même : si on est loin de l’univers Rock et Hard Rock qu’il parcourt depuis plus des décennies, c’est bel et bien un disque très personnel dévoilant une autre facette musicale de l’artiste dont il est question. Au-delà des genres, MIKE TRAMP est avant tout reconnaissable par sa voix unique, son timbre aussi sauvage que rassurant et un art de la mélodie incontestable. Et le Danois a mis tout cela en œuvre sur cet étonnant « For Første Gang ».

Entièrement composées au piano, les chansons présentent en premier lieu un aspect surprenant, mais passé l’écueil de la langue, le talent et la présence vocale de MIKE TRAMP nous transportent dans un monde envoûtant aux harmonies sublimes (« Vejkort », « Porte Jeg Rapide », « Drømme », « Flamme Og Benzine »). Sensible et délicat, « For Første Gang » laisse apparaître un chanteur à fleur de peau et cela lui va à merveille.

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Metal Progressif Rock Progressif

Feather Mountain : clair-obscur

Les Danois de FEATHER MOUNTAIN soufflent le chaud et le froid sur leur deuxième album, « To Exit A Maelstrom », qui sort étonnamment en indépendant. Technique et véloce, le Metal Progressif du quatuor, teinté de Rock du même registre, se faufile brillamment à travers des atmosphères très variées d’où s’échappe une dualité artistique opposant complexité et légèreté.

FEATHER MOUNTAIN

« To Exit A Maelstrom »

(Independant)

En explorant des thèmes comme la maladie ou la perte d’un être cher, FEATHER MOUNTAIN n’a pas choisi le chemin le plus facile. Et pourtant, c’est la paix de l’esprit et un horizon d’espoir et de réconfort que vise le groupe. Et c’est réussi. A l’écoute de ce deuxième album, « To Exit A Maelstrom », qui succède à « Nidus » sorti il y a trois ans, le quatuor touche vraiment au but, grâce à des morceaux très travaillés et fournis.

Sur une production limpide et lumineuse signée Johan Emanuel Jørgensen, les Danois trouvent un bel équilibre entre un Metal Progressif lourd et massif et des envolées plus Rock propres à l’évasion. FEATHER MOUNTAIN développe des sujets existentiels à base de métaphores et de symboliques, ce qui donne une touche très particulière et tout en contraste à sa musique.

Très technique, les Scandinaves s’engouffrent dans des méandres très progressifs en alternant des titres très nerveux et féroces avec des ambiances plus légères, mais également saisissantes et envoûtantes (« August Mantra », « Pariah », « Cloud-Headed », « Bliss »,  et le génial « Maelstrom »). FEATHER MOUNTAIN séduit grâce à une approche très créative et une maîtrise qui lui ouvre tous les champs du possible.

Photo : Kim Song Sternkopf Heart Matter Artwork
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Musique traditionnelle Neo-Folk

Heilung : mystic & tribal

Instruments traditionnels, sons de la nature, mélodies envoûtantes et une production authentique et très actuelle, la réalisation de ce nouvel album de HEILUNG est encore exceptionnelle. « Drif » propose un tour du monde civilisationnel et ancestral porté par une néo-Folk addictive qui berce autant qu’elle interpelle. Une balade ascensionnelle sur une musique hors d’âge et presque hors du temps.

HEILUNG

« Drif »

(Season Of Mist)

Le succès de HEILUNG vient très certainement de son côté énigmatique, des mythes et légendes qu’il entretient et aussi sûrement de sa mise en scène. Et le fait que les amateurs de Metal, le plus souvent extrême, s’y retrouvent, tout comme chez Wardruna d’ailleurs, est plutôt une bonne chose et participe à une belle ouverture d’esprit. Et pour son troisième album studio, le groupe parvient une fois encore à captiver son auditoire.

Sur ce très bon « Drif », toujours pas de grosses guitares, ni de blasts surpuissants, mais une néo-Folk expérimentale et tribale qui prend directement aux tripes. HEILUNG n’utilise que des instruments traditionnels, comme à son habitude, et charme comme nul autre grâce à des chants rituels, des atmosphères chamaniques à la fois douce et cadencées et un ensemble porté des arrangements très modernes.

Car la formation composée de musiciens danois, norvégiens et allemands revisite des musiques d’anciennes civilisations en traversant le monde à travers les cultures de ses peuples. Des tribus celtes à l’empire romain en passant par la Scandinavie et même la Syrie, HEILUNG propose un incroyable voyage, plein de magie, sur neuf titres qui offrent à « Drif » une parfaite cohésion. Toujours aussi saisissant.

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Hard Rock

Nordic Union : une entente percutante

Surfant sur une belle dynamique entre Hard Rock et Heavy Metal, le Danois Ronnie Atkins de Pretty Maids et le Suédois Erik Martensson de W.E.T. et Eclipse se sont remis à l’œuvre et sortent le troisième album de NORDIC UNION. Très mélodique et pêchu, « Animalistic » fait la part belle à un songwriting infaillible.

NORDIC UNION

« Animalistic »

(Frontiers Music)

On n’arrête plus Ronnie Atkins ! Alors qu’on lui avait diagnostiqué un cancer en 2019 et que sortait l’album « Undress Your Madness » de son groupe Pretty Maids, le chanteur danois a décidé de prendre les choses en main et a sorti un premier album solo en 2021, « One Shot », suivi de « Make It Count » l’année suivante. Et presqu’au même moment, il travaillait déjà sur des morceaux pour NORDIC UNION. Un véritable bourreau de travail !

Imaginé par le patron de Frontiers Music désireux de sortir un solide opus de Hard Rock mélodique et un brin Heavy, le groupe s’est constitué autour de Ronnie Atkins au chant, bien sûr, et du Suédois Erik Martensson (Eclipse, W.E.T.), prolifique multi-instrumentiste et producteur. L’aventure du duo a commencé en 2015 avec un premier album éponyme en 2016, puis « Second Coming » en 2018. NORDIC UNION a ainsi consolidé ses fondations.

Avec « Animalistic », le duo fait de nouveau des étincelles sur des titres qui rappellent tout de même les formations respectives des deux musiciens, avec une légère touche de Talisman, mais confirme aussi une identité musicale bien à lui, bourrée d’énergie, de riffs aiguisés, de solos affûtés et de mélodies entêtantes (« On This Day I Fight », « Riot », « Scream », « Animalistic », « Last Man Alive »). NORDIC UNION séduit et se montre même redoutable.

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Modern Metal

Urban Primate : moderne et massif

Récemment signé chez Wormholedeath, URBAN PRIMATE ressort son très bon deuxième album, sorti discrètement l’an dernier, et il compte bien déverser son Modern Metal racé et fédérateur au-delà de son Danemark natal. Et le quintet a beaux arguments et affiche une force de frappe solide et efficace avec « Desolation ».

URBAN PRIMATE

« Desolation »

(Wormholedeath Records)

Depuis 2010, le parcours de URBAN PRIMATE ne manque pas de rebondissements. Formé au Danemark, le groupe a sorti un premier album éponyme dans un style plutôt axé sur un Stoner très Rock, léger et fédérateur avant un autre EP l’année suivante. Pourtant deux ans après, le combo se met en veille presqu’aussitôt pour réapparaître en 2021 avec « Desolation » dans un registre encore différent.  

Sur ce deuxième opus, URBAN PRIMATE se montre sous un nouveau jour dans un Metal affiné, très rentre-dedans et affichant un son et un style résolument modernes et très séduisants. Malgré tout, le quintet, dont il reste Benjamin Askholm Larsen (chant), Christian Kofod Christiansen (guitare) et Jakob Andresen (batterie) du line-up originel, a conservé un côté très Rock dans l’approche.

C’est donc en pleine pandémie que les Danois ont repris du poil de la bête et se sont attelés à la composition de « Desolation », fracassante et mature deuxième réalisation. Sur les riffs de ses deux guitaristes et une rythmique implacable, les Scandinaves envoient un Metal teinté de Groove, de quelques touches de Nu Metal avec précision et puissance. URBAN PRIMATE est dorénavant prêt à déferler sur les scènes du monde entier.

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Heavy metal Speed Metal

Wasted : les fantômes du Metal

En bons sénateurs, les membres de WASTED livrent leur quatrième album en quatre décennies. Toujours aussi racé et affichant une énergie brute, le quintet danois œuvre dans un Heavy metal assez Old School, d’où émanent quelques parties très musclées bien Speed Metal et presque Thrash. Entre deux fantômes, « The Haunted House » ouvre ses portes…

WASTED

« The Haunted House »

(Denomination Records)

WASTED est sans nul doute un groupe d’intermittents du spectacle… au sens premier du terme. Fondé au début des années 80, les Danois comptent plusieurs périodes d’activités. De 1981 à 1985 tout d’abord, puis un retour ponctuel en 1987 et finalement, le quintet montre une certaine constance depuis 2013. Et après 41 ans de carrière tout de même, un quatrième voit le jour et la fougue est intacte !

Vétéran de la scène danoise, c’est donc assez naturellement que WASTED évolue dans un registre Heavy Metal Old School, mais sans l’être pourtant vraiment. Sur des bases 80’s et 90’s, le combo a réussi à rendre sa production et surtout ses compositions très actuelles. Robuste et massif, le combo fait preuve d’une vigueur inchangée et un goût du riff insatiable et ferme.

WASTED nous laisse donc les clefs de « The Haunted House » avec son atmosphère pour le moins sombre. Entraînant et fédérateur, le groupe ne se contente pas d’envoyer la sauce, il expérimente judicieusement quelques pistes audacieuses (« Mr Black », « Coffin Maker », « Resurrection »). De solos hyper Heavy en rythmiques racées, le quintet fait le job, de bien belle manière, et espérons que ce quatrième opus soit celui d’un retour définitif.  

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Metal Progressif

Iotunn : l’aventure spatiale continue

Dans une atmosphère épique aux frontières du Space-Rock dans l’esprit et Si-Fi dans sa conception, IOTUNN avait sorti il y a tout juste un an « Access All Worlds », un album étonnant de Death Progressif parfaitement produit. Aujourd’hui, le quintet revient avec un titre-medley de plus de 16 minutes dans une configuration acoustique particulière et convaincante.

IOTUNN

« Access All Worlds – An Acoustic Voyage »

(Metal Blade Records)

Il y a cinq ans débarquait IOTUNN avec « The Wizard Falls », un premier album déjà très abouti. Puis, l’an dernier, c’est avec « Access All Worlds » que le jeune groupe danois confirmait tout son talent et son audace à travers un album étonnant et très mature. Après un changement de chanteur, le quintet avait trouvé sa voie.

Forts d’un incroyable soutien malgré l’impossibilité de défendre son deuxième opus sur scène, les Scandinaves ne sont pourtant pas restés les bras croisés. Pour remercier des fans de plus en plus nombreux, IOTUNN avait diffusé une vidéo sous la forme d’un medley parcourant « Access All Worlds » dans un esprit et des arrangements cosmiques.

Evoluant dans un registre Death Progressif, c’est cette fois en acoustique que se produit le combo danois. Et la surprise est de taille, tant les mélodies sont présentes, enveloppantes et invitent à cet « Acoustic Voyage ». Alors oui, de l’audace, il en fallait. IOTUNN a parfaitement sur relever le défi à travers un unique morceau de plus de 16 minutes. Magistral !

Retrouvez l’interview du groupe :

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Alternative Metal Alternative Rock

Volbeat : en bon soldat

Ce nouvel album de VOLBEAT est, à en croire la presse spécialisée, très bon et est surtout l’événement de ce mois de décembre et même de cette fin d’année. Très consensuel, « Servant Of The Mind » manque pourtant de ce mordant et de cette énergie qui ont toujours défini et caractérisé le groupe danois. Et si le quatuor rentrait finalement lui-aussi dans le rang ?

VOLBEAT

« Servant Of The Mind »

(Republic Records)

Faute de pouvoir tourner, VOLBEAT enchaine les albums même si le dernier en date était justement un Live. Michael Poulsen, leader, guitariste et chanteur du quatuor s’est occupé de tout et a composé l’ensemble de ce huitième album en trois mois seulement. Sans surprise, les Danois restent dans leur registre en ayant même légèrement arrondi les angles. Une étape supplémentaire vers une accessibilité totale que le groupe semble assumer au fil des disques.

VOLBEAT présente donc 13 nouveaux titres et ça tombe plutôt bien, parce qu’il faut attendre le troisième, « The Sacred Stones », pour entrer franchement dans le vif du sujet, même si le morceau d’ouverture, « Temple Of Ektur », ne manque pas d’intérêt. Les Scandinaves prennent vraiment de l’ampleur sur scène et se sont assurés que « Servant Of The Mind » aurait lui-aussi l’impact habituel (« Shotgun Blues », « The Devil Rages On »).

Sans forcément tomber dans la facilité, VOLBEAT livre de bons morceaux aux riffs acérés et très Metal (« Step Into Light », « Lasse’s Brigitta »). Souvent plus sombres que par le passé, les Danois insistent moins sur l’aspect Pop-Punk et Rockabilly de leurs débuts pour gagner en maturité. La version Deluxe de « Servant Of The Mind » est, pour une fois, très intéressante avec cinq bons morceaux, malgré une version en demi-teinte de « Don’t Treat On Me » de Metallica.