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Carmine Appice : golden sticks [Interview]

Un groove imparable, un toucher et une frappe inimitables : CARMINE APPICE a laissé son empreinte au fil des décennies à travers un nombre impressionnant de collaborations et à la tête aussi de groupes devenus cultes. De Vanilla Fudge à Rod Steward, en passant par Cactus bien sûr, Blue Murder, Guitar Zeus ou King Kobra, il a aussi accompagné Ozzy et Ted Nugent, joué avec Jeff Beck, Pat Travers, Rick Derringer ou Paul Stanley. L’américain est ce qu’on pourrait appelé un batteur complet, et si ses racines et ses inspirations musicales viennent surtout du Jazz, on retient aussi ses effets de double grosses caisses, bien avant l’heure, et ses légendaires jonglages de baguettes. Depuis quelques années, c’est au sein de son groupe de toujours, Cactus, qu’il impose sa frappe sur un Blues Rock solide qu’il partage avec des musiciens de renom. Bien sûr, il est difficile de retracer une telle carrière sur une interview, mais l’Américain revient avec plaisir sur un parcours étonnant et d’une incroyable richesse. Rencontre.

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne brièvement sur ton parcours, car il est assez atypique et unique. Tu fais tes débuts avec Vanilla Fudge et son côté psychédélique, puis c’est Cactus et son Blues assez lourd. Ensuite, les années 80 et 90 sont plus Hard Rock et Heavy Metal avec Blue Murder et King Kobra surtout. Et il y a également de très nombreux projets ou participations à de nombreux albums. Est-ce ta curiosité qui te pousse toujours ? Une certaine soif de découverte ?

J’aime juste jouer. Malheureusement, je n’ai jamais été dans de grands groupes comme John Bonham avec Led Zeppelin ou Neil Peart avec Rush. A chaque fois que j’étais dans un groupe, il a splitté et j’ai du retrouver autre chose. C’est ce qui m’a mené dans de nombreuses directions. J’ai donc joué dans beaucoup de groupes de Blues, de Jazz, de Rock et j’ai aussi fait des shows de batterie. J’ai adoré ça, car ce n’était jamais la même chose ! Je n’aurais pas pu jouer les mêmes chansons pendant 50 ans ! (Rires) J’ai du utiliser mes talents pour d’autres choses. J’ai aussi eu la chance de créer Guitar Zeus, par exemple. Cela dit, tous les projets que j’ai faits ont été assez connus dans le monde, ce n’est pas comme si c’était sorti dans l’anonymat le plus complet ! (Rires) J’ai quand même vendu beaucoup de disques avec Guitar Zeus, Blue Murder, King Cobra et Cactus, notamment les derniers albums.

– Tu as justement forgé ta réputation et ta légende à travers des styles très différents. Est-ce cette polyvalence qui, selon toi, fait la marque des grands batteurs ? Une grande capacité à s’adapter à tous les registres ?

Oui, mais un grand batteur ne peut pas forcément tout jouer. Aujourd’hui, il y a beaucoup de grands batteurs de Metal. Ils jouent vite et c’est dégueulasse. Sont-ils capables de jouer avec des balais ? Je ne crois pas. J’ai joué du Jazz, de la musique latine, du Rock, de la Soul… J’ai vraiment jouer de tout quand j’étais très jeune. Tu vois, à cette époque, il n’y avait ni Hard Rock, ni Heavy Metal. Il y avait surtout des choses comme Frank Sinatra, alors je jouais ce genre de choses… (Sourires) Mais quand je fais du Rock, je suis toujours moi-même. Quand j’étais avec Rod Stewart, cela n’avait rien à voir avec les autres batteurs de ses albums. Je reste ce que je suis avec ma façon de jouer. J’ai pu faire beaucoup de choses très différentes et ça me faisait très plaisir, parce que c’était toujours d’une grande fraîcheur ! (Sourires)

– Avant de reparler de Cactus, qui est ton actualité la plus récente, j’aimerais qu’on dise un mot de King Kobra, dont le dernier album, « We Are Warriors », est sorti il y a maintenant trois ans. Est-ce que le groupe va continuer son activité ? Et y a-t il des projets en cours de ce côté-là ?

En fait, quand on a lancé ça, cela ne s’est pas très bien passé. On avait pourtant fait des tournées en Europe, un bon album et quelques gros festivals. Ensuite, on avait juste sorti une chanson. Et puis, Paul (Shortino, chant – NDR) est très occupé, il chante partout dans le monde. Comme c’est pareil de mon côté, je ne sais pas pour le moment si King Kobra aura une suite, ou pas.

– Un mot aussi sur ton instrument, la batterie. Toi qui as parcouru tant de styles et d’époques différentes, restes-tu fidèle à un kit en particulier, ou est-ce que tu évolues aussi suivant les musiques sur lesquelles tu joues, voire les avancées techniques ?

Je pense que mon jeu a évolué au fil des années. Quant à mon kit de batterie, pour les enregistrements, je garde le même, d’autant que j’ai un studio à la maison. Oui, c’est sensiblement le même kit, il n’a pas tellement bougé… (Sourires) J’ai encore les toms sur lesquels je jouais avec Cactus en 1971, une Slingerland de 2004, quelques D-Drum qui sonnent bien aussi. Je n’en change pas, car je peux réenregistrer d’une semaine à l’autre des plans qui ne me plaise pas. En revanche, pour la scène, j’utilise toujours le même kit, peu importe la formation avec laquelle je joue. Je l’utilisais déjà avec Vanilla Fudge, Rod Steward et aussi Cactus. En fait, c’est juste une question de changement de style de jeu, de dynamique. Il suffit de s’ajuster au mieux à chacun ! (Sourires)

– Il y a peu de batteurs dans le monde du Rock notamment qui sont identifiables en quelques secondes. Il y a notamment John Bonham, Stewart Copeland, Dave Lombardo, Mick Portnoy et toi. Comment expliques-tu que ton style se soit si facilement imposé, là où les gens se concentrent surtout sur les chanteurs et les guitaristes ?

Wow ! Merci beaucoup ! (Sourires) Mon grand rêve était de devenir le Gene Krupa du Rock (un grand batteur et chef d’orchestre de Jazz, décédé en 1973 – NDR) ! Il s’amusait tellement ! J’ai grandi en l’écoutant, car ma mère me racontait ses performances au Paramount Theater à Brooklyn. Il m’a beaucoup inspiré, lui et tous les grands batteurs de Jazz comme Buddy Rich, Max Roach ou Joe Morello. C’est vraiment ce que je voulais être et je pense que j’ai un peu réalisé mon rêve… (Sourires) Je ne voulais pas être juste le gars qui joue derrière le groupe, je voulais aussi amuser les gens. C’est de cette façon que j’ai développé mon style au fil du temps, même s’ils sont vraiment restés mes modèles. Et c’est vrai aussi pour John Bonham, Ian Paice et moi. On s’est emprunté des choses, on nous a en aussi pris et ça continue. Personne n’a tout à lui dès le départ. On se façonne. Et j’ai eu la chance d’être au début de tout ça. Et il n’y avait pas tous ces amplis d’aujourd’hui, non plus. Il fallait vraiment cogner, lever les bras au ciel et y retourner en fracassant les toms ! (Rires) Et en le faisant, j’ai créé un style. Je ne le savais pas à ce moment-là, car je le faisais vraiment par nécessité… (Rires)

– Revenons sur Cactus que tu as ressuscité plus de 30 ans après son dernier album « Ot ’n’ Sweaty ». Même si Vanilla Fudge reste un groupe très important, on a vraiment le sentiment que Cactus reste ton véritable groupe, celui où tu t’exprimes peut-être le plus librement aussi. Est-ce le cas ?

Ce sont deux groupes vraiment différents. On a fait beaucoup de concerts avec Vanilla Fudge et nous avions même enregistré un live au ‘Sweden Rock’. C’était rigolo, parce que nous avions joué avec les deux groupes sur la même édition, Vanilla Fudge et King Kobra. Ça reste un bon souvenir ! (Sourires) Mais j’ai l’impression que l’industrie musicale ne s’intéresse plus à la nouvelle musique que peuvent produire certains groupes. Elle veut juste leurs classiques, pourtant nous avions composé de nouvelles choses et le public aimait ça. Les nouveaux albums de ce genre de groupes n’intéressent plus. C’est pour cette raison que nous avons enregistré « Temple Of Blues I » (paru en 2024 – NDR) avec Cactus. C’était d’ailleurs une demande du label, qui voulait que je rassemble des musiciens qui avaient été influencés par le groupe. Et il y a eu du beau monde à nos côtés comme Joe Bonamassa, Warren Haynes, Slash, … L’album a même été classé numéro 3 dans les Charts. Le label nous a proposé de continuer et j’ai dit que j’étais d’accord, si nous faisions un vrai album de Blues. Je me suis donc concentré sur ce qui m’avait vraiment influencé en y ajoutant trois morceaux de Cactus. Puis, nous avons fait six/sept concerts par an et d’autres sont actuellement en préparation. Ce qu’il faut absolument, c’est prendre du plaisir et s’amuser. La musique de Vanilla Fudge était trop sérieuse pour moi, alors que le reste de ma carrière est beaucoup plus fun. Cactus, BBA (Beck, Bogert & Appice – NDR), Rob Stewart, Ted Nugent, King Kobra… Tout ça était vraiment très amusant ! (Sourires)

– Et justement, Cactus, s’il reste très Rock, est surtout Blues. D’ailleurs, c’est le style qui te suit le plus dans ta carrière avec tes collaborations avec Jeff Beck, KGB ou ton groupe avec Pat Travers. Est-ce que, finalement, tu te sens l’âme du bluesman ?

Je ne sais pas… Personnellement, je n’aime pas tellement le Blues, parce que c’est un peu ennuyeux à jouer ! (Rires) Mais les chansons que nous avons reprises avaient toutes un très bon batteur. Morris Jennings en est un très bon exemple. Il était fantastique. Je m’en suis inspiré, mais à ma façon. Et quand tu joues, tu t’amuses vraiment ! (Sourires) Quand je jouais avec Pat Travers, par exemple, on jouait du Blues, mais c’était du Rock en fait. On faisait du Rock ! La base était Blues, mais on jouait du Rock ! On s’est vraiment amusé, même à écrire les paroles. On a passé de bons moments et ça reste de très bonnes chansons, je trouve. Pat est génial, c’est comme un frère pour moi ! On se voit très souvent et on organise une fête tous les ans en Floride où l’on se retrouve. Il a un super groupe et c’est vrai qu’on a fait de bonnes choses ensemble.

– En juillet dernier, tu as aussi sorti la vidéo du morceau « United States » à l’occasion des deux cent cinquante ans de l’indépendance des Etats-Unis. C’était aussi un hommage à Rick Derringer, décédé l’an dernier. C’était important pour toi de réaliser finalement cette double-célébration ?

J’ai enregistré cette chanson avec Rick il y a cinq/six ans. Et on n’en avait rien fait. Je suis toujours en contact avec sa femme et j’en avais même parlé avec Rick la nuit avant sa mort. On parlait beaucoup tous les deux… (Silence) Alors qu’on évoquait le 250ème anniversaire de l’Indépendance avec Jenda (la dernière femme de Rick Derringer – NDR), je lui ai demandé où était la chanson qu’on avait faite ensemble ? Elle s’appelait donc « United States » et c’était un super titre. Elle a regardé et elle me l’a envoyé. Je lui ai dit qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec ça. Alors, je l’ai envoyé à mon ingénieur Pat Regan, qui a produit tous les albums de Cactus et de King Kobra. Je lui ai demandé ce qu’il pouvait faire pour que ça sonne mieux. Il a viré toute la batterie, puis il a tout remastérisé. Et l’ensemble sonne vraiment bien. Ensuite, on avait juste une journée pour en faire une vidéo et on a décidé de ressusciter Rick avec l’IA en le rajeunissant un peu. Il a aussi fallu lui mettre des lunettes de soleil pour des raisons d’autorisation légale. Mais peu importe, le résultat est génial et c’est une très belle fin. Et le sortir le 4 juillet était bien sûr la cerise sur le gâteau, c’est un titre magnifique ! (Sourires)

– En avril dernier, tu as sorti avec Cactus «Temple Of Blues II » avec un ‘All-Stars band’ vraiment exceptionnel. C’est un projet très ambitieux et audacieux aussi. Tu te retrouves en véritable chef d’orchestre et le choix des morceaux est lui aussi très judicieux. C’est un casting et une setlist que tu avais depuis longtemps en tête ?  

Non car, en fait, je ne fonctionne pas comme ça. D’abord, j’enregistre quelques chansons avec mon ingénieur du son. Ensuite, avec Brian du label, on s’est demandé ce que nous allions faire. J’ai alors pensé à trois morceaux de Cactus que je souhaitais jouer. Ensuite, on a fait « Purple Haze » avec Melanie et on a enchaîné jusqu’à obtenir une démo. Après, j’ai appelé des gens en commençant par Dee Snider et au fil des discussions, Tracii Guns, Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Steve Morse, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore se sont joints à nous. 

Par ailleurs, il y a un peu plus d’un an Ozzy nous quittait après un ultime concert. Toi qui a joué avec lui sur la tournée de « Bark At The Moon » en 1983, que retiens-tu du chanteur et aussi du personnage qu’il était ?

Je connais Ozzy depuis 1971 quand Cactus et Black Sabbath ont joué ensemble pour la première fois. Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi on les a considéré comme les ‘pères du Heavy Metal’, car dans les années 60, il y avait des groupes qui jouaient déjà des trucs très lourds. Ils sont passés dans l’anonymat après un disque seulement. Ensuite, Black Sabbath s’est construit une image anti-Dieu avec des histoires de diable, etc… J’ai donc connu Ozzy à cette époque-là. Pour l’anecdote, un jour, alors qu’on était ensemble, quelqu’un a volé une petite boîte de marijuana à l’un de mes amis. On s’est carrément embrouillé à cause de ça ! Mais ensuite, Black Sabbath et Cactus se sont rabibochés. On en a reparlé avec Ozzy des années après et on s’est bien marré ! (Rires) Sur « Back At The Moon », après l’enregistrement, je suis devenu producteur associé pour les 500.000 premiers disques. Je devais donc recevoir un bonus là-dessus et Sharon n’a pas aimé. C’est probablement pour ça qu’elle m’a viré, elle ne tenait pas le bon accord. Mais j’adorais Ozzy, on était amis bien avant qu’elle n’arrive dans sa vie. Bon, la drogue et l’alcool ne le rendaient pas bon, mais c’était quelqu’un qui avait du cœur. Il avait vraiment bon cœur… (Silence) Plus tard, je l’ai même amené en studio et on lui a joué du King Kobra ! Il a vraiment aimé, c’était drôle ! (Rires) Mais bon, à chaque fois qu’on se voyait et que sa femme arrivait, ça devenait désagréable. Oui, je me suis vraiment senti mal quand il nous a quittés… (Silence)

– Loin d’avoir envie de te voir poser les baguettes, quel batteur a ta préférence aujourd’hui, et en qui tu pourrais voir un éventuel héritier ?

(Silence) Ils jouent tous la même chose ! (et il mime un rythme effréné à la bouche – NDR) J’étais au téléphone avec Dennis Chambers (un grand batteur américain de Jazz et de Funk – NDR) l’autre jour et on parlait des batteurs d’aujourd’hui. Il me disait qu’ils étaient tous incroyablement rapides, avec les mains comme avec les pieds. Mais qu’il n’y avait aucun groove ! J’ai reçu une vidéo sur mon téléphone, il n’y a pas si longtemps, de Terry Bozio (autre phénoménal batteur américain – NDR), qui jouait avec son groupe Missing Persons dans un festival ici aux Etats-Unis. Ce qu’il a fait était juste incroyable comme l’est Dennis également ! Billy Cobham (Jazz Fusion – NDR) est incroyable aussi. Aujourd’hui, ils sont tous rapides, mais ils ne savent pas utiliser la vitesse. Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi beaucoup plus vite, ça m’a même énormément influencé. Mais c’était d’abord le groove qui était le moteur avec la technique, bien sûr. Mais bon, je ne suis plus un jeune homme, je suis vieux et j’ai vu beaucoup de choses ! (Rires) J’ai même essayé de transmettre mon travail à travers des méthodes, dont même Greg Bissonette et Kenny Aronoff se sont inspirés. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il y a de jeunes enfants de cinq/six ans, qui jouent de manière incroyable aussi. Le truc, c’est juste qu’ils trouvent quelque chose à dire et qu’il en fasse quelque chose ! (Rires)

– Enfin, avec quelle formation vas-tu nous surprendre la prochaine fois ? Cactus ? King Kobra ? Un autre projet peut-être ?

Probablement Cactus, car pour King Kobra, c’est plus compliqué. Et puis, Cactus est un groupe avec lequel je m’amuse vraiment ! Et j’aimerais avoir encore plus de musiciens à venir jouer avec moi, car il a influencé beaucoup de gens finalement. J’ai même vu dans une émission Joe Bonamassa dire que nous l’avions influencé ! (Sourires) Et c’est le cas pour tous ceux qui sont venus jouer comme Warren Haynes, Steve Stevens ou Alex Skolnick. Cela n’aurait pas pu se faire avec King Kobra, car c’est juste Paul Shortino, Johnny Rod à la basse, Carlos Cavazo et Rowan Robertson aux guitares et moi à la batterie. Mais qui sait ? Ça ne coûte rien d’essayer ! (Sourires)

Retrouvez les chroniques des albums de CACTUS, « Tightrope » et « Temple Of Blues II » :

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Blues Rock

Cactus : pleasure revisited

Son incroyable polyvalence, son toucher unique, son feeling et son groove phénoménal ont fait de Carmine Appice une légende mondiale de la batterie. Et plus de cinq décennies après ses débuts, il ne semble prêt à raccrocher les baguettes, loin de là. Et ce serait d’ailleurs une bien triste chose, lorsque l’on voit le jeu produit sur « Temple Of Blues II – All Stars » de CACTUS, son groupe de toujours. Des guests de renom, des titres imparables et un Blues Rock incandescent aussi puissant que profond : tout y est !

CACTUS

« Temple Of Blues II – All-Stars »

(Cleopatra Records)

Il existe assez peu de batteur identifiable entre mille et le grand Carmine Appice en fait bien évidemment partie. Celui qui a joué dans Vanilla Fudge au début de sa carrière, puis aux côtés de Jan Akkerman, Jeff Beck, Paul Stanley, King Kobra, Blue Murder, Pat Travers, Pink Floyd et même Christophe (Gloups!) a aussi fondé CACTUS, dont le premier album éponyme est sorti en 1970. Désormais seul membre vivant du line-up originel, il a remis le couvert et réactiver la machine en 2006 avec « Cactus V » avec d’autres musiciens, compagnons de toujours pour beaucoup.

Après un premier volume sorti il y a deux ans, Carmine Appice fait son retour avec « Temple Of Blues II » en version ‘All Stars’. Et il faut bien reconnaître que le casting de CACTUS est prestigieux et que chaque invité possède un CV long comme le bras. Alors, avant de parler du contenu, les voici : Ted Nugent, Billy Sheehan, Ron ‘Bumblefoot’ Thal, Dee Snider, Steve Morse, Tracii Guns, Joe Lynn Turner, Rudy Sarzo (Ozzy, Quiet Riot), Alex Skolnick (Testament), Derek Sherinian (Dream Theater), le Bluesman Eric Gales et quelques autres encore. Du beau monde !

Dans un Blues Rock enflammé et musclé, ce deuxième chapitre est constitué de reprises pour l’essentiel, dont celles de Willie Dixon, Jimi Hendrix, Howlin’ Wolf, ainsi que du répertoire de CACTUS. La touche de Carmine Appice est indiscutablement la valeur ajoutée du disque, qui revêt parfois des allures de ‘Tribute’. Cela dit, et même si aucun titre n’est joué par les mêmes musiciens, il y a une sorte d’unité qui ressort des onze morceaux. Et il faut préciser que la qualité de la production rend l’ensemble très homogène. Ensuite, leur talent à tous s’exprime avec classe.

Retrouvez la chronique de « Tightrope » :

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Hard Blues Southern Rock

Two Wolf : the Indian shadow

Son groove est inimitable, tout comme le son de sa basse. Véritable institution du Rock Sudiste dans sa branche la plus musclée, proche du Hard Rock, Greg T Walker fait un retour discographique marquant avec la première réalisation de TWO WOLF. Puissant et rebelle, le jeu du quatuor fait feu de toutes parts avec des duels guitaristiques éclatants, une rythmique sismique et trois chanteurs explosifs. La Floride reste une place forte du Southern Rock, version survoltée.

TWO WOLF

« Two Wolf »

(Cleopatra Records)

Il aura fallu une dizaine d’années au légendaire Greg T Walker pour fixer enfin un solide line-up à TWO WOLF. Et s’il dirige l’ensemble, il faut reconnaître qu’il s’est entouré de fines gâchettes, à savoir l’excellent Lance Lopez et le non-moins électrisant Kris Bell. Les deux guitaristes, qui mènent de solides carrières de leur côté, se partagent le chant avec le Floridien et surtout rivalisent de fougue et de fraîcheur sur des riffs sauvages et des solos où ils se répondent  brillamment dans une belle tradition sudiste respectée.

Derrière les fûts, c’est Rusty Valentine qui hypnotise le groove avec le patron et offre une belle dynamique à ce premier album éponyme. Cela dit, l’emblématique bassiste, passé chez Lynyrd Skynyrd et surtout fondateur de Blackfoot, ne reste pas très éloigné de sa formation originelle. En effet, TWO WOLF reprend « Too Hard To Handle » et « Diary of A Working Man » (issus de l’album « Marauder », sorti en 1981) et « Fox Chase » (« Tomcattin’ » – 1980) dans des variantes qui sentent la poudre et prennent ici un bon coup de jeune.

Outre l’envie très compréhensible de revisiter ces morceaux avec cette belle armada, Greg T Walker se montre toujours aussi impressionnant sur des titres composés par Kris Bell (« Will I Believe », « The Wrong Road », « Livin’ For Tomorrow ») Lance Lopez (« Romeo »), ou co-écrits (« Traveler » avec feu-Jackson Spires et « Great Spirit » avec R Luciano). Entre un Hard Rock brut et un Southern Rock intemporel, TWO WOLF traverse les générations et fait le pont entre l’héritage de Blackfoot et l’énergie d’un Black Stone Cherry avec classe.

Photo : Darin Back

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Hard US Hard'n Heavy Sleaze

L.A. Guns : wild cat

Indémodable et toujours aussi fringuant, L.A. GUNS reste ce combo attachant, parfois surprenant, et bondissant souvent là où on ne l’attend pas. En quatre décennies d’une carrière sinueuse et improbable à l’occasion, il reste cette formidable machine à riffs, aux mélodies intemporelles et avec cette manière toute personnelle de faire des disques avec une déconcertante facilité. Une fois encore, l’expérience et l’inspiration brillent sur ce « Leopard Skin », dont on n’est pas près de se lasser.      

L.A. GUNS

« Leopard Skin »

(Cleopatra Records)

Huit ans après l’heureux rabibochage entre le guitariste Tracii Guns et son frontman Phil Lewis, L.A. GUNS fait toujours vibrer son Sleaze Rock, qui respire le Sunset Strip à plein poumon, là où d’autres ont depuis longtemps déposé les armes. Et comme pour mieux célébrer cette incroyable longévité, notre infatigable quintet souffle cette année ses 40 bougies. D’ailleurs, à l’écoute de « Leopard Skin », on peine à croire que les Américains soient encore capables de livrer des albums d’une telle fraîcheur… le quinzième en l’occurrence et sûrement pas le dernier.

Bardé de riffs affûtés comme s’il en pleuvait, L.A. GUNS n’a rien perdu de son mordant et se fend même d’un opus parfaitement ancré dans son temps, à mille lieux de toute nostalgie, et qui aurait même pu faire rougir certaines formations du temps de la splendeur de la Cité des Anges. Increvables et créatifs, nos vétérans paraissent sortir tout droit d’une cure de jouvence et vont carrément jusqu’à redonner foi en un style qui s’effrite au point de devenir aujourd’hui presqu’invisible. « Leopard Sin » transpire le Rock’n’Roll par tous les pores et devient vite addictif.

Racé sur « Taste It », plus classique sur « Hit And Run », presque champêtre sur « Runaway Train », fusionnel sur « Lucky Motherfucker », bluesy sur « The Grinder » ou grinçant sur « I’m Not Your Candyman », L.A. GUNS sort l’artillerie lourde et se montre largement à la hauteur de sa légende. Entre refrains entêtants et solos incandescents, les Californiens bénéficient de surcroît d’une production puissante et limpide, qui laisse exploser leur panache et une énergie toujours aussi présente. Direct et efficace, le groupe a un sens inné de ce Hard Rock débridé qui devient si rare.  

Retrouvez les chroniques des deux albums précédents :

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Classic Hard Rock Hard Rock

King Kobra : non venimeux

Warriors un jour, Warriors toujours ? Sur le papier, c’est une évidence et à en jauger par le pédigrée des musiciens ici présents, menés par la légende Carmine Appice, dont les baguettes virevoltent toujours autant qu’elles assomment, on ne devrait pas être déçu par la la sixième livration de KING KOBRA. Et pourtant, les morceaux restent assez convenus et la production est un sabotage en  règle. Mais les bons souvenirs ont la dent dure…

KING KOBRA

« We Are Warriors »

(Cleopatra Records)

C’est toujours sympa de voir KING KOBRA refaire surface avec un nouvel album. Il faut aussi préciser que Carmine Appice et ses camarades de jeu ont des emplois du temps assez chargés, ce que explique les sorties très épisodiques de leurs disques. La première salve a eu lieu dans les années 80, puis de 2011 à 2013, alors attendons de voir de ce va donner cet énième retour après « Kobra II » il y a dix ans, car celui-ci est marqué par quelques changements de personnel.

Derrière les fûts, pas de surprises bien sûr, ni au chant où l’on retrouve Paul Shortino, ni à la basse que tient toujours Johnny Rod. En revanche, KING KOBRA accueille en son sein les guitaristes Carlos Cavazo (Quiet Riot) et Rowan Robertson (ex-Dio). Du beau monde, qui n‘est malheureusement pas mis en lumière par le mix de « We Are Warriors ». Produit par Appice et Shortino, ils se sont faits un plaisir en mettent en avant, très en avant la batterie et le chant. Dommage et un vrai gâchis !

En dehors de ce problème de surmixage qui nous contraint à tendre l’oreille ; KING KOBRA tient son rage en interprétant le Hard Rock classique qu’il distille depuis des années. Avançant à l’occasion sur un groove bluesy (« Music Is A Piece Of Art »), les Américains savent toujours accélérer le tempo tout en mettant les mélodies à l’honneur (« Secret And Lies », « Drownin’ », « On More Night »). Et le quintet s’offre même une belle reprise de « Love Hunts » de Nazareth. Agréable sans être transcendant.

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Blues Rock Hard Blues

Lance Lopez : retour en force

Au meilleur de sa forme, LANCE LOPEZ est capable de livrer des morceaux d’une phénoménale intensité. C’est très précisément le cas avec ce dixième album solo, « Trouble Is Good », où le musicien se montre brillant et souvent même étourdissant. Son Blues Rock est flamboyant et distille une chaleur très sudiste. Massif et virtuose.

LANCE LOPEZ

« Trouble Is Good »

(Cleopatra Records)

Après avoir dû surmonter plusieurs problèmes personnels, LANCE LOPEZ semble requinqué à en en juger par ce très bon « Trouble Is Good », qui arrive cinq ans après « Tell The Truth ». Le Texan d’adoption (il est né en Louisiane) se présente avec un nouvel album dont la direction musicale est nettement plus précise et faite d’un Blues Rock hyper-musclé et tirant même vers le Hard Rock, tout en laissant parler ses émotions.

Guidé par une passion débordante, le guitariste, chanteur et songwriter fait toujours autant preuve de dextérité et de feeling. Les riffs et les solos semblent glisser sous ses doigts et les chevauchées de l’Américain sont aussi fougueuses qu’impressionnantes. « Trouble Is Good » donne presque l’impression d’un LANCE LOPEZ jusqu’ici bridé. Et s’il reste dans les pas de Stevie Ray Vaughan et de Billy Gibbons, c’est avec beaucoup de personnalité.

Le fondateur de Supersonic Blues Machine en a encore sous le pied et conserve avec une magie intacte toute la rugosité du Texas Blues imprégné d’un grain très 70’s et d’une puissance saisissante. L’énergie très live de LANCE LOPEZ est brûlante et même carrément grisante (« Jam With Me », « Take A Swing », « Wild Country », « Trying In The Tri State » et le mystique « Voyager : Sunrise, Voyager, I Am Ra ». Etincelant !

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Hard 70's Proto-Metal

Bang : born again

BANG fait partie de ces groupes cultes qui peuplent l’imaginaire qui entoure les pionniers du Hard Rock et du Heavy Metal. Avec une poignée d’albums entre 1971 et 1973, les Américains ont gravé leur nom dans le marbre, grâce à des débuts aussi audacieux que prometteurs. Après tout ce temps et poussés par leurs fans, ils sont de retour avec un disque original et toujours aussi fougueux, « Another Me ».

BANG

« Another Me »

(Cleopatra Records)

Il n’aura fallu que trois albums à BANG pour entrer dans la légende, ou plutôt pour créer un mythe, car sa carrière n’a pas pris l’envol qu’elle aurait dû. Après « Death Of A Country » (1971), « Bang » (1972), « Mother/Bow To The King » (1972) et « Music » (1973) sortis chez Capitol à l’époque, le groupe s’est mis en veille jusqu’à l’aube des années 2000 avec un bref retour passé presqu’inaperçu. La sauce n’avait pas pris, mais il est aujourd’hui de retour.

Comme à ses débuts il y a cinq décennies, BANG s’est réuni autour du même line-up pour composer un tout nouvel opus, « Another Me ». On retrouve donc les incontournables Frank Ferrara (basse, chant), Frankie Gilcken (guitare) et Tony Diorio (batterie, parolier) et il faut bien avouer que la magie opère toujours. Le trio de Philadelphie reprend les choses là où elles étaient des années auparavant et de bien belle manière.

La petite histoire raconte que BANG était au départ la réponse américaine à Black Sabbath. Ça, c’est probablement pour l’anecdote, car on est plutôt dans un Hard Rock originel, aujourd’hui décrit comme vintage avec des sonorités proto-Metal bien musclées. Et c’est le même son, la même envie et la même créativité que l’on retrouve sur « Another me », un album qui devrait ravir les fans de la première heure.

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Blues Rock

Pat Travers : une légende intacte

Véritable homme de scène, PAT TRAVERS continue sa route, cultivant son Blues Rock avec une classe incomparable. Depuis son premier album éponyme en 1976, le Canadien n’a eu de cesse de peaufiner son jeu et de créer sa légende. Avec « The Art Of Time Travel », le guitariste et chanteur parvient encore et toujours à éblouir.

PAT TRAVERS

« The Art of Time Travel »

(Cleopatra Records)

Figure iconique du Blues Rock à l’incroyable discographie, PAT TRAVERS semble traverser sa carrière avec une fougue de jeune homme. Preuve en est ce nouvel album, « The Art Of Time Travel », où l’on retrouve intacte toute la dextérité, le feeling et l’explosivité du guitariste-chanteur. Et c’est en trio, le line-up le plus authentique et expressif, qu’il nous le livre et la rythmique qui l’accompagne est exemplaire.

Reconnaissable entre mille, le jeu du Canadien fait toujours des étincelles et sa guitare comble harmonieusement l’espace sonore sur l’ensemble de « The Art Of Time Travel ». Tout en abordant des thèmes d’actualité sur ses nouveaux titres, PAT TRAVERS reste fidèle au son qui a forgé cette touche si particulière et qu’il l’a rendu au fil du temps indémodable et attaché à un Blues Rock sincère.

Fortement influencé par Ronnie Montrose, autant par le musicien que par l’homme, PAT TRAVERS lui rend un bel hommage sur le morceau « Ronnie » et son ombre semble même planer sur tout le disque. (« Push Yourself », « Breaking Up In Lockdown », « Full Spectrum »). Pêchu et débordant d’énergie, « The Art Of Time Travel » doit aussi beaucoup aux choristes présentes, qui le rendent vraiment lumineux.

Photo : Daryl Bughman
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Blues Hard Rock Rock

Cactus : toujours autant de piquant

L’infatigable Carmine Appice ne semble pas avoir fini de malmener ses fûts et vient le prouver encore avec ce nouvel album de CACTUS. En seulement six albums depuis les 70’s, les Américains se sont forgé une réputation et un statut de légende indiscutable. Le Classic Rock très Blues du quintet a inspiré plus d’un groupe depuis cinq décennies, et « Tightrope » vient nous rappeler son pouvoir d’attraction et sa grande classe.

CACTUS

« Tightrope »

(Cleopatra Records)

Dès sa formation en 1969, CACTUS a marqué les esprits et s’affiche comme l’un des précurseurs du Hard Rock, aujourd’hui qualifié de Classic Rock, et fut même surnommé le ‘Led Zeppelin américain’. Après une décennie de gloire assez mouvementée, le groupe se sépare avant de réapparaître près de 30 ans plus tard avec un cinquième album qui marque encore une fois les esprits. « Tightrope » est donc le septième méfait des vétérans.

Toujours mené par l’emblématique batteur Carmine Appice, Jimmy Kunes au chant et Randy Pratt à l’harmonica, CACTUS fait revivre la légende avec ce nouvel album entre Rock Hard nerveux et Blues Rock enivrant. Rejoints par le guitariste-chanteur Paul Warren (ex-Rod Stewart, Tina Turner, Joe Cocker) et James Caputo à la basse, les Américains semblent retrouver une seconde jeunesse sur ce « Tightrope » de haut vol.

Les douze titres de l’album naviguent avec toujours autant de feeling dans un style qui a forgé la légende du groupe. Entre clins d’œil aux Rock Progressif des 70’s, rythmiques affolantes et des parties vocales incroyables soutenues par un harmonica endiablé, CACTUS réinvente sa légende avec une malice toujours très présente. On notera d’ailleurs les apparitions du guitariste original Jim McCarty et du chanteur Phil Naro. Un régal !