Avec beaucoup d’aplomb et d’envie, la formation basée à Londres est retournée en studio comme on monte sur scène : avec fougue et impulsivité. Mis en sommeil depuis 2020, THE TEMPERANCE MOVEMENT a remis le courant et repris ses bonnes habitudes pour livrer dix nouvelles compositions forgées dans un Southern Rock aux élans Hard Rock et à la constance bluesy. Passé une comparaison inévitable et manifeste avec The Black Crowes, « New Promise Land Incorporated » atteste tout de même d’une identité forte et d’un sens de la mélodie imparable.
THE TEMPERANCE MOVEMENT
« New Promise Land Incorporated »
(Earache Records)
Quinze ans après sa création et après avoir disparu des radars pendant huit longues années, les Britanniques donnent enfin une suite à « A Deaper Cut », sorti en 2018. Reformé dans l’idée de renouer avec son chaleureux Southern Rock, THE TEMPERANCE MOVEMENT est le fruit du même line-up, toujours guidé par l’Ecossais Phil Campbell au chant. Aux guitares, Luke Potashnick et Paul Sayer se montrent toujours aussi complices et la rythmique constituée du bassiste Nick Fyffe et du batteur Simon Lea distillent un groove familier et assuré. Et la magie opère encore.
Alors que le quintet avait ressuscité sur scène l’an dernier, il semblerait que ce soit le même élan qui les a mené sur le chemin du studio. Enregistré à la campagne en seulement cinq jours, « New Promise Land Incorporated » a été posé sur bandes et en conditions live en collaboration avec Ethan Johns (McCartney, Ray LaMontagne, Rufus Wainright). Seulement, et même si ces nouveaux morceaux sont solides, il y a peut-être eu un peu trop de précipitation de la part de THE TEMPERANCE MOVEMENT à vouloir si vite les immortaliser. Le talent a ses limites.
Côté spontanéité, on se croirait au milieu de la pièce avec les cinq musiciens et cette atmosphère a même un certain charme. Forcément, la production est loin d’être lisse et c’est tant mieux, mais l’ensemble est flou, manque de puissance et l’énergie se disperse. Malgré tout, ce nouvel opus contient des titres accrocheurs et sincères, des riffs et des solos étincelants et des parties vocales exaltées. THE TEMPERANCE MOVEMENT n’a rien perdu de son mordant, ni de sa sensibilité (« Shadows », « Eat You Alive », « Mongrels », « Love Kicks », « Saving Grace »). Une foi intacte.
Secoué par un récent changement de line-up, la formation de Göteborg a préféré resserrer les rangs plutôt que de se mettre en quête d’un nouveau membre. Et bien lui en a pris, car « Fever » a gagné en explosivité avec un côté direct et imposant, qui reste au plus près de l’esprit spontané qui l’anime depuis ses débuts. Non pas que GRAVEYARD se soit plongé dans le grand bain du Stoner, mais il faut reconnaître que c’est la ligne qui s’impose, toujours établit autour d’éléments Blues et psychédéliques. Une situation et une intention clarifiées au profit d’un opus massif et délicat.
GRAVEYARD
« Fever »
(Nuclear Blast Records)
Suite au départ de son guitariste, chanteur et fondateur Jonatan Larocca-Ramm en juin dernier, c’est donc en formule trio que se présente GRAVEYARD. Autour de Joakim Nilsson (guitare, chant), dernier pilier originel, Truis Mörck (basse, chant) et Oskar Bergenheim (batterie) semblent loin d’avoir laissé les bras. « Fever » arrive trois ans après « Six » et ils ont laissé son ambiance assez sombre pour renouer avec une énergie plus solaire. Toujours avec une touche vintage, leur style refuse encore d’être linéaire et il se renouvelle brillamment.
Plus frontal que son prédécesseur, ce septième album porte bien son nom. C’est un retours aux sources du Rock qu’effectue le groupe et s’il est toujours teinté de Blues et de gros riffs fuzz, le Stoner domine très largement. Il faut dire qu’en la matière, la Suède n’est pas en reste et compte même parmi les meilleurs représentants européens du genre. GRAVEYARD jour sur son aspect le plus brut pour mettre en lumière une identité forgée sur deux décennies. Organique et incandescent, « Fever » se déploie sur une production intemporelle et dynamique.
Si l’approche est différente, l’énergie reste le moteur du combo et elle alimente ce Heavy Rock solide de bout en bout. Le groove est épais, les morceaux tranchent dans le vif et GRAVEYARD semble inépuisable. Puissante, tout en restant mélodique, cette nouvelle réalisation brûle de toutes parts (« Back From The Grave », « Room Tempered », « Tongue Tied », « A Mens To An End », « Year Of The Horse » et l’excellent « Dead Note »). Efficace et sans concession, « Fever » est vraiment le disque qu’on attendait de la part des Scandinaves.
Immortalisé dans l’une des salles les plus emblématiques de leur capitale en mars dernier, et avant même la sortie d’un premier album studio (ce qui en dit déjà long), le « Tame The Flame – Genuine Live In Brussels » de ces quatre jeunes musiciens a franchement de quoi renverser la table. D’ailleurs, le public ne s’y est trompé lors de cette soirée mémorable. Dans les pas des pionniers du Rock 70’s, THE FLYNTS s’impose avec naturel et élégance dans un Classic Rock pêchu, mélodique et incandescent. Raphael Rufo (chant), Guillaume Lamont (guitare), Matthijs Machtelinckx (basse) et Gael Thiry (batterie) incarnent littéralement le renouveau d’un style intemporel et inépuisable, également en pleine effervescence depuis quelques temps. Et si les fondations sont solides, inébranlables et vite identifiables, c’est la touche du quatuor qui fait toute la différence. Sans artifice, ni calcul, le Classic Rock des Belges n’a rien poussiéreux, il regorge au contraire d’une énergie et d’une liberté absolue. Rencontre avec un quatuor, dont on n’a pas fini d’entendre parler…
– Avant de parler de cet incroyable album live, j’aimerais que l’on revienne sur votre parcours, qui est d’ailleurs encore très frais. On vous a découvert avec « First Spark » en 2024, puis avec le single « Tee Party » l’année suivante et enfin le tout dernier « Smoke And Mirrors » que vous aviez d’ailleurs présenté lors de ce concert à l’Ancienne Belgique. On a vraiment le sentiment dès que dès le départ, vous saviez ce que vous vouliez jouer. Le désir était-il de retrouver le piment des 70’s dans une version contemporaine ?
La volonté de faire la musique qu’on aime sans se demander si on allait trouver notre public et sans compromis a été le point de départ de THE FLYNTS. Depuis le début, l’idée est de retrouver le piment, l’étincelle et l’âme de la musique de cette époque en y apportant notre touche, ce qui rend les morceaux inévitablement plus contemporains. A force de composer, plus la direction s’est concrétisée, plus cette touche contemporaine dans les toplines et dans les refrains accrocheurs s’est imposée naturellement, un peu comme notre marque de fabrique. Aujourd’hui, on pense pouvoir dire que THE FLYNTS propose quelque chose d’authentique en construisant sur les fondations de ses idoles.
– Ce qui est d’ailleurs assez étonnant, c’est que l’on assiste aujourd’hui à un certain revival de ce Rock 70’s et d’un Classic Rock hors d’âge au moment-même où l’IA fait son intrusion jusque dans la création. Y voyez-vous un signe, et votre démarche est-elle aussi finalement un beau pied-de-nez à cette époque aussi curieuse qu’instable ?
C’est la plus belle des réponses à cette période étrange que l’on traverse. Dans une époque où tout doit être mis dans une case, où il devient parfois difficile de distinguer le vrai du faux, on voit de plus en plus fleurir des projets tellement uniques et singuliers. Ce n’est certainement pas un hasard si ce style de musique reprend du poil de la bête. Les gens sont à la recherche d’authenticité, du fameux grain de folie qu’on pouvait retrouver dans le Rock des années 70. La richesse et la liberté dont jouit la musique de cette époque font office de certification ‘Human-made’.
– Parlons de ce « Tame The Flame – Genuine Live In Brussels », qui est si brûlant que l’on croirait presque assister à une ‘release party’, tant l’accueil du public est phénoménal. Vous attendiez-vous à une telle soirée et surtout à un tel enthousiasme de la part de vos fans ?
Cette soirée reste encore un mystère à plein d’égards. La vitesse à laquelle se sont écoulés les tickets (sold-out en deux semaines seulement) a été une immense surprise pour nous. Néanmoins, cela nous a rapidement conforté dans le fait que les gens qui seraient là seraient bouillants dès les premières notes. Les cris assourdissants bourdonnent encore dans nos oreilles et la puissance de l’amour qu’on a reçu ce soir-là nous a complètement emportés. Quel bonheur fou d’entendre la foule s’époumoner sur nos morceaux et entonner nos refrains.
– Justement, lorsque l’on sait que le concert va donner lieu à une captation en vue d’un album live, est-ce que la préparation est différente de celle d’un concert ‘classique’ et y a-t-il un peu plus de pression ? Ou est-ce qu’une fois monté sur scène, on oublie tout ?
Oh que oui ! On s’est énormément préparés, avec deux résidences pour caler les sons, préparer la setlist idéale et tous les petits détails qui font la différence pour ce genre de concert. La pression s’est également invitée à la soirée, mais une fois un pied posé sur les planches et après les premières notes de guitare, la magie du live emporte tous les doutes. Tout disparaît et pendant une heure quinze, on vit avec le public un moment suspendu sans penser à quoi que ce soit, en laissant nos tripes sur scène. C’est en réécoutant le live que l’on redécouvre cette soirée et que l’on redécouvre l’état de trans dans lequel on était tous ce soir-là.
– D’ailleurs, l’album comporte 14 chansons, alors que vous n’en avez sorti que six. Comment se conçoit une telle playlist ? Est-ce qu’on pense d’abord au concert en lui-même et au public qu’il faut faire voyager d’une certaine manière, ou est-ce l’organisation des morceaux qui prime avec en ligne de mire l’album qui va suivre ?
Le live prime toujours pour nous. C’est réellement là que tout prend son sens. THE FLYNTS ne pourrait pas exister sans la perspective de jouer nos morceaux en concert. C’est pour ça que c’était aussi important pour nous d’immortaliser ce moment et de le partager avec le public. La phrase qu’on entend le plus à la fin de nos concerts est : ‘Je vous aimais déjà bien en vous écoutant sur les plateformes, mais alors en live, ça prend encore une toute autre dimension’. Et c’est ce qui se ressent dans l’album. La volonté était avant tout de gravé dans les mémoires cette nuit du 31 mars 2026. Et le fait d’avoir beaucoup de morceaux que les gens ne peuvent pas encore écouter chez eux rend le moment d’autant plus euphorique pour eux, le concert entier est une grande découverte.
– Cet album live sort très rapidement dans votre discographie, avant même un enregistrement studio complet. C’est très audacieux, d’autant que vous l’éditez aussi en double vinyle à une époque où règnent les plateformes. Est-ce l’énergie que vous avez recherché en premier lieu, car vos précédentes sorties avaient elles aussi une saveur très live ?
Ce n’est pas conventionnel, ça c’est clair. THE FLYNTS est comme un volcan sur le point d’entrer en éruption. En effet, notre premier single « White Lava » transpirait déjà d’une énergie live, car il avait été enregistré en situation live, tous ensemble dans la même pièce. Bien que cela puisse sembler audacieux pour d’autres, c’était assez naturel et logique pour nous que le premier long projet soit un album live. C’est ce qui capture le mieux l’essence de notre groupe. Pour revenir sur le sujet du vinyle, on était obligé… on nous l’a tellement demandé ! (Rires) Plus sérieusement, on a la chance d’avoir un public qui accorde encore beaucoup d’importance à honorer cette tradition du support physique, et on ne peut que les remercier. C’est comme ça qu’on est tombé amoureux de cette musique, à travers la collection de vinyles de nos parents, donc avoir notre propre 33 tours live, c’était comme un rêve de gosse qui se réalise.
– Un mot aussi sur cette reprise de Mountain avec l’un de ses classiques, « Mississippi Queen », sorti en 1970 sur le premier album. J’imagine qu’il ne doit rien au hasard, car pour qui ne le connaîtrait pas, il se fond parfaitement dans le set. Est-ce un exercice auquel vous vous prêtez régulièrement, celui de jouer de grands morceaux du répertoire Classic Rock ? Ou cette chanson a une saveur particulière pour vous ?
Ça nous fait infiniment plaisir que tu dises que la chanson se mêle parfaitement dans le set, parce qu’il y a eu un vrai travail de réappropriation du morceau. Si on veut intégrer une cover au set, notre objectif est que soit les gens ne se rendent même plus compte que c’est une cover, soit qu’ils saluent la proposition. Ce n’est pas un exercice que l’on fait très souvent et quand on le fait, on veut absolument amener le morceau dans notre univers. « Mississippi Queen », au-delà d’être un immense classique, est aussi un vrai coup de cœur. Donc, tout en respectant le morceau, on a voulu l’emmener dans notre univers. On s’est creusé la tête et on est super contents de tous les bons retours qu’on a de cette reprise.
– Par ailleurs, il se dégage une folle énergie sur ce live et également une réelle communion avec votre public. Cet esprit de liberté que vous transmettez très bien fait que l’on n’est pas franchement étonnés que vous soyez en autoproduction. Une signature sur un label n’est pas encore à l’ordre du jour ?
On ne se ferme aucune porte à l’heure actuelle et je dirais même que la porte est grand ouverte. On n’est pas du tout fermés à une signature avec un label. Si nous en intéressons un qui comprend notre vision, ça pourrait nous permettre d’aller encore plus vite et nous pousser à lancer des projets encore plus fous. L’important est la communication et pouvoir continuer à véhiculer cet esprit de liberté dont tu parles dans ta question, parce que c’est pour ça que notre public se déplace pour nous voir.
– Vous êtes également en train de travailler sur votre premier album studio et on y reviendra, car j’aimerais d’abord que vous évoquiez le changement de line-up intervenu cet été. Vous accueillez donc Guillaume Lamont à la guitare et Matthijs Machtelinckx à la basse. Que s’est-il passé et n’est-ce pas trop compliqué de reprendre avec une formation remaniée alors qu’un enregistrement se profile ?
Boris et Luca sentaient le besoin de prendre de la distance avec la musique, et surtout avec ses contraintes et ses pressions en général. Ils sont arrivés à une phase de leur vie, où ils souhaitaient réallouer plus de temps à leur vie personnelle. Un projet comme THE FLYNTS est devenu chronophage et énergivore, et cela devenait difficilement incompatible avec leurs aspirations personnelles. La transition n’a pas été de tout repos, car il y avait beaucoup de choses à préparer, mais elle s’est déroulée dans un cadre assez tranquille et dans le respect des aspirations de chacun. Boris et Luca nous ont laissé le temps de trouver des membres totalement alignés avec la vision du groupe et surtout qui sont plus motivés que jamais, avant de partir.
Heureusement, Guillaume et Matthijs sont tous les deux de vrais amoureux de Classic Rock, qui partagent nos influences et vivent la musique jusqu’au bout des ongles. Ils rendent la transition très simple par leur immense expérience. Ils ont tous les deux un CV bien rempli. On peut notamment citer les premières parties de Wolfmother, de DeWolff, mais également une tournée européenne en première partie de Royal Blood. Cela les a amenés à fouler les planches de salles et de festivals mythiques tels que ‘RockWerchter’, ‘AncienneBelgique’, ‘LottoArena’, etc…
En plus de ça, il y a tout de suite eu l’étincelle entre nous. Guillaume est très proche de notre producteur Mario Goossens et, dès que nous nous sommes mis à la recherche de nouveaux membres, il a immédiatement pensé à lui. Très rapidement, on s’est appelé, on a discuté autour d’un verre et finalement, en répétition, la magie a immédiatement opéré. Notre priorité étant de compléter le groupe par un duo plutôt que par deux musiciens, Guillaume a embrigadé son ami de longue date et camarade de RHEA (groupe belge originaire de Gand – NDR) pour compléter le quatuor. Les nouvelles compositions avancent à une vitesse folle et on a hâte de pouvoir dévoiler la suite.
– Enfin, vous préparez cet album à venir avec le batteur de Triggerfinger, Mario Goossens, et même si vous semblez savoir ce que vous voulez, va-t-il aussi participer et collaborer avec vous sur les arrangements peut-être, voire votre son ?
Mario a tellement d’expérience qu’il a toujours des conseils pertinents, que ce soit sur la construction d’un morceau, la façon de le jouer, la manière de continuer à surprendre, de le réarranger, de peaufiner le son et, surtout, de créer quelque chose d’unique. Il a réellement construit une carrière qui s’inscrit dans la durée et est toujours actif sur la scène européenne. C’est également notre objectif, donc nous sommes à bonne école. Et au-delà du musicien, il y a l’homme bienveillant qui s’attache à développer ce que nous proposons, et non pas à imposer quoi que ce soit. Il nous pousse constamment à éviter la facilité et à explorer le champ des possibles avant de considérer un morceau terminé. La phrase fétiche de Mario est ‘Let’s try It’ ! C’est un conseil qui peut sembler anodin, mais au-delà de ça, c’est presque un conseil de vie. Il nous pousse à ne pas nous faire un avis avant même d’avoir essayé et entendu ce que ça donne. Parce que le risque de ne pas essayer et de faire de la musique uniquement dans sa tête est de s’enfermer dans ce qu’on fait et qu’on connaît déjà ce qui, à terme, peut devenir une vraie prison, aussi dorée puisse-t-elle paraître. Donc oui, on reste bien évidemment ouverts à ses idées, que ce soit pour le son comme pour les arrangements.
L’album live de THE FLYNTS, « Tame The Flame – Genuine Live In Brussels », est sorti en autoproduction et est distribué par Inouie Distribution. Toutes les infos sur les réseaux sociaux du groupe.
Avec leur sixième album, les Catalans se sont délestés de tout superflu, de tous ces effets omniprésents sur les productions actuelles pour revenir à l’essentiel, à savoir la transmission des émotions. Et le résultat est criant de vérité et d’authenticité. SATURNA nous propulse au cœur de ses morceaux dans un environnement organique savoureux. Il faut dire que son registre s’y prête vraiment et que ces nouvelles compositions résonnent d’une grande justesse, d’un feeling de chaque instant doté d’arrangements bien sentis. En effet, « Light And Shadow » remonte le temps sous le prisme d’un Rock parfois psychédélique, aujourd’hui qualifié de ‘classique’, qui se veut direct et sincère. Rarement les instruments et le chant n’auront trouvé aussi facilement leur place au sein d’un Hard 70’s que le quatuor a délicatement voilé de Stoner Rock. Y compris dans le songwriting, rien n’est laissé au hasard. Les guitares sont scintillantes, la voix et les chœurs envoûtants et la rythmique nous ramène aux belles heures d’un groove presque charnel, le tout bercé par des mélodies irrésistibles. Les Espagnols atteignent ici à un sommet de leur art, et ce nouvel opus s’inscrit déjà parmi les meilleurs de l’année. Rencontre avec des musiciens qui ont une idée bien précise de leur musique et qui sont passés maîtres dans l’art de la capturer pour mieux la laisser respirer.
– « Light And Shadow » est votre sixième album et surtout, il marque l’arrivée à la guitare et à la composition de Max Erikson. Comment son intégration s’est-elle passée et explique-t-elle les trois ans depuis« The Reset », car vous nous aviez habitués à un rythme plus soutenu ?
L’arrivée de Max a évidemment apporté de nouvelles idées de composition. Par exemple, sur des morceaux comme « No Questions », largement inspiré de son idée personnelle, on perçoit un rythme et un style beaucoup plus rapides que ce que SATURNA proposait ces derniers temps. Et honnêtement, l’intégration s’est faite très naturellement. Il a été très actif, apportant de nouvelles idées, peaufinant celles que nous avions déjà et créant avec une énergie renouvelée en répétition. Il a également insufflé sa propre personnalité et son propre style aux anciens morceaux de notre setlist, composés avant son arrivée, et cela se ressent en concert notamment.
– Vous avez vous-mêmes enregistré ce nouvel album et confié le mix à votre batteur, Enric Verdaguer, ce qui est une première pour SATURNA. Est-ce que l’idée était de donner à « Light And Shadow » le son que vous recherchiez vraiment, à savoir un environnement très organique et une approche live ?
Ce n’est tout à fait pas la première fois qu’Enric mixe un album pour nous. Il l’avait déjà fait pour « Atlantis » et quelques autres titres pour des compilations. Ce changement de son est tout à fait intentionnel. Nous voulions nous éloigner du style de production de notre précédent album (« The Reset »), que nous adorons, mais qui impliquait beaucoup plus de préproduction, de nombreuses pistes, des samples et un montage poussé. Ici, nous voulions faire exactement l’inverse : de nombreuses prises complètes et sans coupure, un montage minimal et aucun sample.
Au lieu de trop lisser l’équalisation, nous voulions laisser chaque instrument respirer et conserver son timbre unique, loin de cette perfection moderne et lisse. Nous recherchions le son brut d’instruments jouant ensemble dans une même pièce, avec toutes leurs imperfections naturelles, leurs médiums un peu brouillés et leur résonance. L’objectif principal était de recréer au plus près le son de nos répétitions. C’est évidemment très différent des méthodes de production actuelles et cela ne plaira peut-être pas à tout le monde.
– Pour rester sur la production de l’album, vous avez confié sa distribution aux labels Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis. C’est assez inhabituel d’autant que vous le produisez. Comment s’organise un tel déploiement et qu’est-ce qui a motivé cette décision ?
Oui, même si nous avons géré l’enregistrement et le mixage nous-mêmes, des aspects comme le pressage physique et surtout la distribution, le marketing et les campagnes sur les réseaux sociaux, c’est-à-diretout ce qu’implique la sortie d’un album digne de ce nom, représentent une charge de travail bien trop importante pour que nous puissions la gérer seuls. C’est pourquoi nous sommes si reconnaissants, notamment envers Spinda Records et Dani de Discos Macarras. Cette fois-ci, ils se sont associés à Ripple Music, ce qui nous permet d’être distribués également aux Etats-Unis. Je trouve qu’ils font un travail formidable avec les médias, les relations presse et le positionnement, ce que nous n’aurions jamais pu réaliser seuls.
– Revenons à « Light And Shadow » qui, comme le titre le laisse entendre, traite de plusieurs dualités à savoir les ténèbres et la lumière, la vie et la mort et l’amour et la haine. Pourtant, là on aurait pu s’attendre à des atmosphères assez sombres, vous avez surtout jouer sur les textures sonores et l’ensemble est très homogène et lumineux. Plus que le contraste musical, l’objectif a-t-il été de mettre en avant les émotions ?
Au final, un album moins produit respire davantage. En épurant les choses et en évitant les arrangements et les orchestrations superflus, on laisse la composition s’exprimer pleinement. On apprécie mieux chaque élément, le son de chaque instrument et les textures spécifiques recherchées, le tout enregistré en live avec des effets, capturant la dynamique naturelle, l’interprétation vocale et tous ces détails. Tout est plus perceptible ainsi. Au final, l’essentiel est de mettre en valeur l’émotion brute. Par exemple, le morceau « About You » a été enregistré entièrement par Jimmy, en une seule prise sur laquelle il joue de la guitare et chante dans sa chambre. On a envisagé de le réenregistrer, mais on a finalement décidé de garder cette prise live enregistrée chez lui pour l’album. Et c’est peut-être ce que tu voulais dire : ne pas rechercher la perfection. Jimmy a simplement chanté et enregistré sur le vif, en fonction de ce qu’il ressentait, et quand je l’écoute aujourd’hui, ça se ressent vraiment. Une version studio aurait peut-être sonné beaucoup mieux techniquement, mais elle n’aurait pas transmis la même émotion que cette prise.
– Parmi les ambiances qui traversent « Light And Shadow », on retrouve ce qui fait votre style, c’est-à-dire un mélange savamment dosé de Hard Rock classique, de proto-Metal et de Rock psychédélique. Forcément, l’ensemble sonne très 70’s, mais l’album est loin d’être déconnecté de notre époque. Comment faites-vous le pont ? Grâce à l’écriture ou à l’état d’esprit global de SATURNA, qui reste très ouvert ?
Ce qui est génial avec ce groupe, c’est qu’on n’est pas des puristes. En fait, s’enfermer dans un genre précis peut parfois avoir une connotation négative. On a l’impression de se brider et de s’empêcher d’explorer de nouvelles pistes. Pour nous, c’est tout le contraire. On laisse simplement s’exprimer toute la musique qu’on a écoutée, vécue et aimée, quand elle en a besoin. C’est peut-être pour ça que nos chansons touchent autant les gens. Certains auditeurs nous entendent et se disent : « Punaise, on dirait un groupe tout droit sorti des années 70 ! » tandis que d’autres, plus sensibles aux années 90, disent qu’on sonne Grunge, Stoner ou un truc du genre. Au final, l’’important est de faire la musique qu’on a envie de faire. Nos racines et nos influences finissent toujours par ressurgir naturellement. Après, c’est aux autres de coller des étiquettes et de décider de notre style, mais pour nous, c’est toujours profondément personnel.
– Il y a aussi une chose marquante sur ce nouvel album, c’est le travail sur les guitares, qui montre la belle complicité entre James et Max, que ce soit au niveau des riffs comme de l’intensité des solos. Est-ce justement sur cet aspect que vous avez porté vos efforts cette fois-ci ?
Au final, tout cela nous ramène à ce que nous disions précédemment. L’album n’étant pas surproduit, tout repose essentiellement sur la composition. A cet égard, Jimmy et Max, malgré leur immense talent de musiciens, jouent toujours au service de la chanson. Chaque morceau est méticuleusement structuré, que ce soit dansle jeu de chaque guitare pendant que l’autre joue autre chose, ou encore l’exécution d’un solo. Même un solo spectaculaire s’accompagne toujours d’une ligne mélodique, qui s’intègre parfaitement au morceau, faisant office de transition entre les différentes sections. Ce sont ces détails sur lesquels nous nous sommes vraiment concentrés et que nous avons travaillés avec acharnement, aussi bien en studio que sur scène, et je pense que c’est précisément ce que l’on remarque à l’écoute de cet album.
– J’aimerais qu’on dise aussi un mot sur « About You » et « Opus One », qui sont tous les deux des titres acoustiques. Avez-vous conçu ces deux morceaux comme des sortes de respiration, au regard du reste de l’album ?
Honnêtement, au départ, ces chansons n’avaient pas d’autre but que de être simplement crées pour elles-mêmes, par besoin de transmettre quelque chose. Mais il est vrai qu’une fois l’album enregistré, après fait la même chose avec tous les morceaux que nous avions jusque-là, et surtout lorsqu’il faut faire un album avec une durée très limitée par face, on arrive à un moment où il faut établir la tracklist. C’est là qu’on réfléchit à la place de chaque chanson sur chaque face. Il faut que la durée soit plus ou moins la même sur les deux et il faut aussi éviter que la dynamique ne s’essouffle. Alors, à ce stade, on évite peut-être de placer deux chansons similaires trop près l’une de l’autre, tu vois ? On s’assure que tout s’enchaîne bien pour que l’album s’écoute d’une traite et que tout soit cohérent.
– Enfin, l’album s’achève avec « A Strange Mix Of Humans », qui est un texte de votre ami John Mann, illustrateur à Los Angeles. C’est un message qu’il vous a laissé et qui est d’une incroyable justesse et d’une grande profondeur. Il est d’ailleurs accompagné de la guitare classique de Mariano Rupil. Il résonne comme une sorte d’écho à une réflexion que peu ont dans l’industrie musicale actuelle. Dans quelle intention l’avez-vous intégré à « Light And Shadow » ?
Ce morceau est en fait un enregistrement vocal WhatsApp d’une conversation que Jimmy a eue avec lui. Si je me souviens bien, ils parlaient des Sex Pistols. Quand on l’a entendu, avec la voix de Johnny, son interprétation et ce qu’il a dit à ce moment-là, on s’est dit : « Il faut absolument que ce soit sur l’album ! » On a eu un moment la crainte que les gens pensent que c’était notre propre opinion et que ça sonne un peu… comment dire ?… un peu arrogant, voire prétentieux.
Mais au fond, je pense que c’est une opinion qui a toujours été présente dans l’Histoire de la musique. On peut former des super-groupes avec des membres incroyables dans leurs propres formations, mais ensuite, pour une raison ou une autre, quand ils forment ce nouveau groupe, ça ne marche pas. Ou on peut avoir d’excellents instrumentistes, mais quand on les réunit, ça ne donne pas de bonne musique. A l’inverse, parfois, quatre gars qui ne sont même pas particulièrement doués, ou qui, a priori, ne devraient pas travailler ensemble, finissent par faire de la super musique pour une raison inconnue. C’était simplement cette réflexion et nous l’avons adorée. Nous y avons ensuite ajouté l’accompagnement de guitare classique de Mariano. Au final, c’est tout simplement une idée qui nous plaisait beaucoup et nous trouvons qu’elle reflète bien la musique que nous écoutons.
Le nouvel album de SATURNA, « Light And Shadow », est disponible chez Spinda Records, Discos Macarras et Ripple Music pour les Etats-Unis.
Il reste encore aujourd’hui des groupes qui parviennent dès leur premier album à captiver et à fasciner. Comme si celui-ci avait déjà réussi à saisir l’essence de son jeu, de son écriture et du son qu’il souhaite développer dès son coup d’essai. C’est un peu le cas avec MANDY MANALA, dont le premier album éponyme semblait d’une telle évidence dans son contenu. Avec « Something Wicked », les Finlandais poursuivent et entretiennent cette dynamique, grâce une chanteuse magnétique soutenue avec brio par des musiciens qui font corps à travers un concept occulte d’une rare vitalité, naviguant entre un Stoner exalté, un Heavy Rock saisissant et une touche de Hard 70’s, qui prend ici toute sa dimension. Kenneth Norrlin, bassiste, compositeur et producteur du quintet revient sur la démarche et la vision artistique autant qu’imaginaire de sa musique.
– Tout d’abord, j’ai envie de vous demander qui ou qu’est-ce qui est ‘Wicked’ pour vous ? Est-ce un constat sur notre société, ou plus simplement un terme artistique lié à ce nouvel album ?
MANDY est la méchante. Elle symbolise la douleur et l’agonie. Quand j’écris des chansons, je dépose toute ma souffrance et ma tristesse sur ses épaules. Elle est cet être que j’ai créé, celui à qui je peux confier tous mes sentiments négatifs. Ma confidente, mon bouc émissaire, en quelque sorte. Mais MANDY peut représenter autre chose pour quelqu’un d’autre. Elle est ce dont vous avez besoin.
– Avant de parler de « Something Wicked », j’aimerais que l’on revienne sur votre premier album éponyme, qui était d’une incroyable maturité musicale. Et il y a d’ailleurs un côté très naturel dans votre évolution. Aviez-vous déjà en tête le style et aussi le son de MANDY MANALA au moment de la composition de vos premiers morceaux ?
Merci pour le compliment. Pour répondre à ta question, eh bien oui, on y a réfléchi et on l’a imaginé avant même de jouer la première note. Personnellement, j’en avais marre, et j’en ai toujours marre, du son du Metal moderne. Je le trouve trop clinique. Bien sûr, il y a des exceptions, mais en gros, toutes les pistes de guitare et de batterie se ressemblent actuellement, tandis que tous les groupes de Stoner semblent courir après le ‘son de guitare diabolique parfait’, au détriment du reste de la composition. Je voulais aller à contre-courant et créer quelque chose avec des amplis Old School, une batterie authentique et de bonnes compositions et plein de riffs accrocheurs. C’était ma vision dès le départ et je suis très fier de dire qu’on s’y est tenus. Bien sûr, dans un groupe, la vision évolue un peu quand les autres l’interprètent et apportent leurs idées. Mais c’est justement ce qui fait la beauté d’un groupe : la contribution de chacun. C’est alors que l’art de la composition musicale commence véritablement à s’épanouir.
– Justement, après un tel premier album, aviez-vous, ou vous êtes-vous mis, une pression supplémentaire ? Le deuxième est toujours un palier important et quelque chose d’attendu aussi…
Nous ne mesurons pas notre musique à l’aune du succès. Nous ne cherchons pas à devenir des stars du Rock, ni à faire carrière dans la musique. Nous ferions la même musique même si tout le monde détestait ce que nous faisons. Le succès ou l’échec m’importe peu. Il n’y avait donc aucune pression. Nous avons enregistré le deuxième album une semaine après la sortie du premier. Nous n’avons même pas eu le temps de lire les critiques, ni de réagir aux avis des autres, ce que je considère comme une bonne chose. Bien sûr, nous sentions que nous avions créé quelque chose de spécial après l’enregistrement du premier album. Mais ce sentiment serait resté le même même si tout le monde l’avait détesté. Rien ne peut altérer le processus créatif que nous vivons ensemble en tant que groupe lorsque nous composons.
– Par rapport au premier album, « Something Wicked » est plus sombre et l’aspect occulte et mystique est mis plus en avant également. Est-ce un thème, ou l’une de vos facettes, que vous n’aviez pas voulu dévoiler de trop sur « Mandy Manala » ?
Le personnage de MANDY se nourrit de la souffrance des autres, et son histoire se dévoile à mesure que le monde s’assombrit. Nous l’acceptons telle qu’elle vient. A la fin de « Something Wicked », nous racontons comment MANDY est brûlée comme sorcière et nous continuerons à développer cet aspect par la suite.
– D’ailleurs, j’aimerais qu’on parle de votre morceau « Psalm 77 :7 », dont l’introduction m’a immédiatement fait penser à Coven. Même si ce n’est pas votre génération, le groupe a-t-il eu une influence sur MANDY MANALA, ou est-ce que vos références sont plus actuelles ?
L’intro de « Psalm 77:7 » reprend les derniers vers de « L’Enfer » de Dante (prononcés avec la meilleure imitation de Nic Cage que je puisse faire), ce qui m’a beaucoup inspiré pour la composition de cet album. Bien sûr, nous sommes influencés par Coven. Mais il est plus complexe de citer simplement différents artistes comme influences. J’aime à penser que l’art imite davantage la vie que les artistes n’imitent d’autres artistes. Cela dit, je décris parfois MANDY MANALA comme une version de Fleetwood Mac, qui aurait sombré dans l’occultisme et se serait retrouvé à jouer aux échecs avec la mort dans un film d’Ingmar Bergman. N’est-ce pas là une description qui nous correspond aussi, à Coven et à nous-mêmes, à la fois comme imitateurs d’autres artistes et comme imitateurs de la vie elle-même ?
– « Something Wicked » est aussi plus profond dans sa réalisation malgré une dynamique très forte, et MANDA MANALA a aussi pris beaucoup de volume. La production a-t-elle pris plus d’importance sur ce nouvel album ?
Pas vraiment. Quand on décide que je serai le producteur de l’album, je laisse les chansons me guider dès le début. Je ne décide pas que ‘la production sera plus ambitieuse, plus claire, plus compacte’, ou quoi que ce soit de ce genre. Je fais ce que je juge nécessaire pour que la chanson prenne toute sa dimension. Et chacun fait de son mieux pour la ressentir et lui rendre justice.
– Pour qui ne connaîtrait pas votre premier album, vous avez donné une suite à « The Dark Passanger ». Que représente cette chanson pour le groupe, et aviez-vous un sentiment d’inachevé au point de faire durer le plaisir ?
Nous sentions simplement que l’histoire avait un potentiel de suite. Le cerveau reptilien est incontrôlable en cas de faim ou de stress, et il peut parfois prendre le dessus sur notre raisonnement logique. Et si ce cerveau reptilien prenait le contrôle à jamais, nous faisant réagir constamment sous l’impulsion de nos instincts primitifs ? Dans la deuxième partie, il devient évident que la boucle est bouclée et que la ‘victime’ se prépare à vivre avec cette réalité.
– Enfin, MANDY MANALA joue beaucoup sur les contrastes. Il y a la profondeur et la vélocité d’un côté, ainsi qu’un côté vintage mêlé à un Heavy Rock très actuel de l’autre. Est-ce que ce sont tous ces mélanges qui créent finalement votre identité première ?
Oui, probablement. Notre identité première serait d’écrire des chansons et des albums que nous aurions envie d’écouter nous-mêmes, pour nous amuser et nous évader un instant de la dure réalité. Je crois que c’est tout simplement ça….
Le nouvel album de MANDY MANALA, « Something Wicked », est disponible chez Argonauta Records.
Retrouvez aussi la chronique du premier album du groupe :
Authentique et capable de recréer des ambiances vieilles de quelques décennies, MIDNIGHT RIDER pose un regard bienveillant sans être passéiste sur une époque, où la genèse du Hard Rock et du Heavy Metal se faisait grâce à des formations désormais mythiques. La qualité des compositions et de leurs arrangements couplée à une belle et organique production fait de « Limited Infinity » un troisième album, où les riffs sont aussi peaufinés que les mélodies.
MIDNIGHT RIDER
« Limited Infinity »
(Massacre Records)
Changer le line-up d’un groupe au trois quart, et même si on en est le membre fondateur, est loin d’être anodin. C’est donc autour du guitariste Blumi que MIDNIGHT RIDER reprend son souffle et poursuit l’aventure. Il accueille Chris Black au chant, Hendrik à la batterie et Nik à la basse. Musicalement, on n’assiste pas à de profonds changements, mais plutôt à un nouveau souffle. Certes, l’ambiance rétro demeure et ce quatuor presque flambant neuf se meut dans un Hard 70’s et un proto-Metal enthousiasmants.
Tout en restant classique dans la forme comme dans le fond, MIDNIGHT RIDER s’est cependant détaché de l’empreinte de Judas Priest et de Black Sabbath, notamment très présente sur « Manifestation » (2017) et un peu moins sur « Beyond The Blood Red Horizon » (2022). Plus que jamais, les Allemands affichent une identité plus personnelle et surtout une détermination nettement plus palpable. Le nouveau frontman a parfaitement trouvé ses marques dans cet environnement 70’s et sa fluidité vocale fait vraiment plaisir à entendre.
Et si « Limited Infinity » est délicieusement vintage, il est aussi costaud et les parties de guitare, tout comme la rythmique, évoluent sur une belle dynamique. Le Hard Rock de MIDNIGHT RIDER a également quelque chose de très contemporain, ce qui confirme que le retour aux sources des Germaniques ne se fait pas sans garder en mémoire l’héritage de Montrose ou Riot notamment (« Charlemagne », « The Renegade », « Twice The Pride/Double The Fall », « Blitzlight », et l’acoustique « Evening Lights »). Un bel opus et de bonnes ondes.
Les groupes de la trempe de THE QUILL se font de plus en plus rares, comme une espèce en voie de disparition face à une scène mondiale Rock et Metal, qui tend inévitablement vers une uniformité aussi triste que blafarde et insignifiante. Or, en plus de 30 ans de carrière, les Suédois n’ont jamais dévié d’une trajectoire qui passe par un Heavy Stoner couplé à un Hard Rock massif, et qui se renouvellent toujours au fil des albums. Sur « Master Of The Skies », la maturité, l’expérience et la créativité se disputent le premier rôle dans un unique et tourbillonnant élan. Le quatuor y atteint des sommets, déploie avec force une identité forgée au fil des disques et des tournées par quatre musiciens au caractère affirmé. Robustes et alimentant toujours une petite lueur vintage réconfortante, les Scandinaves se montrent d’un impact encore une fois redoutable, et c’est leur bassiste au groove granitique, Roger Nilsson, qui revient sur ce nouvel opus déjà incontournable.
– Même si vous n’avez jamais caché votre admiration pour le groupe, j’ai l’impression que « Master Of The Skies » est le plus sabbathien de vos albums. Est-ce que, même inconsciemment, la mort d’Ozzy a pu avoir un impact sur son écriture ?
La majeure partie de l’album a en réalité été écrite avant le décès d’Ozzy, donc il n’y a pas eu de tentative consciente de s’inspirer de lui plus que d’habitude. Mais soyons honnêtes : Ozzy et Black Sabbath font partie intégrante de notre musique depuis le début. C’est en partie grâce à eux que nous avons commencé à jouer de la musique. Nous avons d’ailleurs donné un concert hommage à Ozzy en plein milieu de l’enregistrement, alors je pense que quelques petites touches Black Sabbath se sont glissées dans l’album sans même que nous nous en rendions compte. Plus inconsciemment qu’intentionnellement. Mais oui… c’est encore irréel qu’il soit parti. On perd nos héros à un rythme alarmant ces temps-ci, et c’est déchirant. C’étaient les géants sur les épaules desquels nous nous sommes hissés.
– Est-ce qu’après presque 35 ans de carrière et une douzaine d’albums à votre actif, le fait de vous retrouver à nouveau aux studios 491 à Oskarshamn avec Erik Nilsson peut avoir quelque chose de rassurant et de confortable, puisque vous y avez vos habitudes maintenant ? Cela peut aussi contribuer à un certain bien-être et une meilleure concentration, non ?
Absolument. Erik est presque un cinquième membre du groupe, sans pour autant avoir à apprendre la setlist par cœur ! (Sourires) Il sait parfaitement quand nous pousser, quand nous freiner, et quand dire à quatre musiciens de Rock têtus d’arrêter de se disputer et de se remettre au travail. Nous sommes tous des créatifs au caractère bien trempé, alors l’ambiance peut vite devenir électrique en studio. Erik est celui qui intervient, tape dans les mains et dit : « Ça suffit les gars ! Voilà la direction à prendre ». Et il a généralement raison. Le Studio 491 est aussi incroyablement pratique. Magnus, Christian et moi habitons à une demi-heure d’ici, donc on ne perd pas des heures dans les transports et des hôtels hors de prix. C’est un peu notre deuxième salon, avec une meilleure acoustique… (Sourires)
– « Master Of Skies » est un album percutant, mais surtout très atmosphérique avec une sensation sonore qui créé une sorte d’unité. Est-ce que vous l’avez conçu et composé comme un album concept, car il y a certains aspects notables dans sa structure ?
Ce n’est pas à proprement parler un album concept, mais nous l’avons abordé avec une structure très précise. Nous voulions offrir une expérience d’écoute complète, quelque chose qu’on apprécie du début à la fin, et non pas une simple liste de chansons. Nous avions près de 30 titres composés, et nous avons donc passé beaucoup de temps à choisir ceux qui se complétaient et créaient des ambiances différentes. Pour la toute première fois, la tracklist était quasiment définitive avant même le début de l’enregistrement. Cela nous a permis de façonner l’atmosphère de l’album de manière beaucoup plus réfléchie.
– D’ailleurs, vous ouvrez avec le morceau-titre que l’on retrouve également en reprise en fin d’album, comme pour boucler la boucle ? Est-ce une chanson qui vous a suivi tout au long du processus ? Et l’avez-vous d’ailleurs composé en tout premier ?
Le morceau-titre a été composé très tôt dans le processus et, à l’origine, les deux parties étaient assemblées en un seul long morceau. Mais une fois que nous avons envisagé l’album comme un voyage complet, l’idée nous est venue de l’encadrer, c’est-à-dire de commencer et de terminer par le même thème pour créer un sentiment d’achèvement. Cela nous a semblé juste et presque cinématographique. Comme si l’histoire commençait et se terminait au même endroit, mais que l’auditeur n’était plus la même personne.
– « Master Of Skies » est sans doute l’un des albums les plus sombres de THE QUILL. Pourtant, il y a toujours un aspect lumineux comme sur « Son Of Light », par exemple. On a presque l’impression que le travail sur les contrastes a été aussi important que sur les mélodies elles-mêmes. Est-ce le cas ?
Absolument. On a toujours adoré mélanger des riffs puissants avec des passages plus doux et lumineux. Beaucoup de groupes de Heavy Metal aujourd’hui enchaînent les riffs à un rythme effréné, et au bout de quelques morceaux, mes oreilles commencent à souffrir. Mais quand on intègre des passages plus légers, les parties puissantes ont un impact bien plus fort. Tout est une question de dynamique, d’ombre et de lumière. Comme dans la vie. On n’apprécierait pas son plat préféré si on devait le manger tous les jours, pas vrai ? (Sourires)
– La patte et le style de THE QUILL sont toujours très identifiables et son groove inimitable. Est-ce ce qui rend le groupe si intemporel, et êtes-vous d’ailleurs dans cette quête qui transcende les modes ?
Je le crois. Tous les quatre, nous avons une alchimie très particulière, une façon de jouer ensemble qui a quelque chose de presque magique. Et honnêtement, on essaie de ne pas trop l’analyser. On ne voudrait pas réveiller la magie et briser le charme par inadvertance. On fait ça depuis plus de 30 ans. Les modes sont allées et venues, l’industrie musicale s’est réinventée plusieurs fois, et la façon dont les gens écoutent de la musique a complètement changé. Mais nous sommes restés fidèles à nous-mêmes. On écrit avec le cœur, on joue ce qui nous semble juste et on a toujours fait les choses à notre façon. Pour paraphraser Sinatra : on l’a fait à notre manière. (Sourires)
– « Master Of The Skies » est un album puissant, qui montre beaucoup de caractère à travers toutes les ambiances qu’il traverse. Penses–tu, comme moi, que THE QUILL est aujourd’hui à un sommet de sa carrière ?
THE QUILL se porte vraiment bien ces temps-ci, peut-être même mieux que depuis longtemps. On ressent une confiance et une sérénité au sein du groupe, fruits de trois décennies passées à faire les choses à notre façon, à traverser les modes et à toujours ressentir cette étincelle. Nous sommes créatifs, productifs et, surtout… nous prenons du plaisir. Ça peut paraître simple, mais après tant d’années, c’est vraiment le secret. Nous sommes toujours quatre personnes qui aimons jouer ensemble, à débattre juste ce qu’il faut pour que ça reste intéressant, à découvrir de nouvelles idées et à sentir que la musique a toujours autant d’importance. Il y a aussi un profond sentiment de gratitude : les gens s’intéressent encore à nous, nous écoutent encore, viennent encore à nos concerts. On ne tient plus ça pour acquis et on apprend à l’apprécier encore davantage avec l’âge.
– Enfin, j’aimerais avoir ton regard sur ces trois dernières décennies durant lesquelles l’industrie musicale a connu de gros bouleversements. L’adaptation est toujours en cours et l’IA commence aussi à émerger. Comment peut-on encore rester un acteur important dans ce climat ? Et la liberté va-t-elle venir de l’indépendance des artistes, ou certaines structures ont encore du poids, selon vous ?
Excellente question. Je pense que tout dépend de la raison pour laquelle on fait de la musique. Si votre objectif est de suivre les tendances, de dominer les classements et de vous conformer à la mode du moment, alors oui, l’IA représente une réelle menace. Elle peut imiter les tendances plus rapidement que n’importe quel humain. Mais si votre objectif est de créer une musique qui puise son inspiration dans des émotions humaines authentiques, alors je pense que le public en aura toujours besoin. Peut-être même plus aujourd’hui, alors que tant de choses autour de nous deviennent artificielles. L’authenticité comptera plus que jamais. De la vraie musique, créée par de vraies personnes pour de vrais auditeurs.
Le nouvel album de THE QUILL, « Master Of The Skies », est disponible chez Metalville.
Photos : Johan Gustavsson (1, 4)
Retrouvez aussi les chroniques de « Wheel Of Illusion » et « Earthrise » :
Les trois singles dévoilés avaient déjà donné le ton de l’album des Norvégiens. Entre un Hard Rock vintage et quelques textures plus Desert ou Stoner Rock, le mix paraît si naturel pour les cinq musiciens de BONG VOYAGE, qui manient joie et sarcasme avec une délicatesse d’une précision d’orfèvre. Pertinemment intitulé « Hedonistic Hard Rock », ce premier opus nous plonge dans une piscine de sérotonine, où l’on se laisse porter par de bienfaitrices effluves de Rock’n’Roll sur des paroles à la fois grinçantes et terriblement fun.
BONG VOYAGE
« Hedonistic Hard Rock »
(Ripple Music)
Le risque, à vouloir faire de l’humour dans le petit monde du Rock’n’Roll, est de tomber soit dans la caricature, ce qui peut vite devenir gênant, soit de faire dans la kermesse ce qui, à moins de l’assumer pleinement, vous réduit à jouer pour un public intellectuellement sous-alimenté ou bien trop alimenté en boisson ou autre. La frontière est donc assez mince, mais pas si difficile à suivre lorsque toutes les conditions sont réunies. BONG VOYAGE n’a donc pas ce genre de soucis, et parvient sans mal à décrocher les sourires comme entraîner les vrais amoureux et connaisseurs de Rock au sens large dans une savoureuse communion.
Car aux manettes de ce joyeux quintet, on retrouve des membres de Håndgemeng, Suncraft et Buskas, autant de groupes établis et reconnus, et dont les musiciens s’offrent ici une sorte de parenthèse ludique, un laps de décompression, une espèce de lâcher-prise presque salvatrice. Car chez BONG VOYAGE, ça joue et ça joue même très bien. Que ce soit les mélodies accrocheuses, les refrains moqueurs ou une musique variée et maîtrisée bien au-delà de la moyenne, l’élan musical proposé par les Norvégiens tient plus de la récréation et ses textes de la taquinerie. Ici, on joue sur une certaine finesse en proposant un « Hedonistic Hard Rock » réjouissant.
Ça groove, les riffs déroulent dans une insouciante légèreté portés par des chœurs et des solos d’une très grande justesse. Un état d’esprit qui est l’essence-même de BONG VOYAGE et il suffit d’écouter « Saturday Rite Special », « UFOria », « One Hundred Million Billion », « Enabler » ou « Wizard Of Oslo » pour s’en convaincre. BONG VOYAGE multiplie les clins d’oeil, joue sur des références à peine voilées aux monstres sacrés des années 70, 80 et 2000. Et la bonne humeur des Scandinaves se diffuse au fil des titres et quelques minutes suffisent pour être réellement conquis ! Dans une société assombrie où les bonnes nouvelles se font rares, celle-ci arrive à point nommé !
Epanoui dans un registre 70’s, le style de LYNX peut paraître assez insaisissable. Ne reniant pas des références Hard Rock et proto-Metal, il y a également chez lui des élans progressifs et parfois même psychédéliques, qui offrent beaucoup de profondeur à ses compositions. Porté par une chanteuse et claviériste à la voix envoûtante, le quintet se présente avec un deuxième opus, « Trinity Of Suns », qui le voit encore évoluer dans son approche. Délicate, mais solide, la formation allemande n’a pas fait les choses à moitié et a opté pour un son organique, où le relief de ses morceaux prend toute son ampleur. Il aurait d’ailleurs été difficile de le concevoir autrement, tant l’authenticité sonore est liée à sa profondeur artistique. C’est l’un de ses fondateurs, le bassiste Phil Helm, qui revient sur l’évolution musicale et les changements de line-up qui ont émaillé le groupe entre ses deux albums.
– Avant de parler de ce nouvel album, j’aimerais qu’on évoque le changement de line-up depuis « Watcher Of Skies » sorti en 2021. Il y a eu l’arrivée d’Amy Zine au chant et aux claviers et celle de Janni à la guitare et au chant. Quel orientation cela a-t-il provoqué, notamment au niveau au niveau de la composition de « Trinity Of Suns »?
C’est une excellente question. Amy figurait déjà sur « Watcher Of Skies » en tant que choriste. Elle était une amie proche du groupe avant même de le rejoindre officiellement, et nous étions ravis de sa participation à ces enregistrements. Comme « Watcher Of Skies » est sorti avant même notre premier concert, nous n’avons commencé à réfléchir qu’après coup à la manière de gérer les synthés en live à quatre. Tim et moi avons fini par partager ces parties, alternant constamment entre nos instruments principaux et les synthés. C’est vraiment à ce moment-là qu’est née l’idée d’ajouter un cinquième membre. Avec Amy, nous avons non seulement accueilli une claviériste, mais aussi une chanteuse incroyable qui s’est progressivement imposée comme la voix principale du groupe. Janni nous a rejoints à la fin de l’été 2025. A ce moment-là, l’album était déjà écrit, et nous avions convenu que Marvin enregistrerait les parties de guitare en studio. Nous souhaitions néanmoins que Janni participe, il a donc contribué aux parties vocales de l’album.
– « Trinity Of Suns » est très différent de son prédécesseur, notamment dans le style, mais aussi dans le fait que le chant soit dorénavant essentiellement féminin. Est-ce qu’avoir une chanteuse a été un tournant pour le groupe, et cela a-t-il été aussi l’opportunité d’y apporter une nouvelle vision ?
Pour nous, la transition entre « Watcher Of Skies » et « Trinity Of Suns » a été très naturelle, car le changement de voix s’est opéré progressivement sur plusieurs années. Mais pour quelqu’un qui écoute les deux albums à la suite, le changement de son peut paraître radical. Grâce à la voix d’Amy, nous avons pu nous concentrer davantage sur les lignes vocales et donner à l’ensemble une dimension plus émotionnelle. Notre objectif était de créer un lien sensible plus profond avec les auditeurs.
– Vos deux albums pourraient presque être ceux de deux groupes différents pour qui ne vous connaîtrait pas bien. Est-ce que vous avez le sentiment que LYNX vit un nouveau départ ?
Comme je te le disais, cela nous semble être une évolution très naturelle et cohérente. Nous avons peaufiné le son que nous avions commencé à développer sur « Watcher Of Skies » et nous avons essayé de donner aux morceaux une plus grande profondeur émotionnelle sur « Trinity Of Suns ». Mais nous n’avons jamais eu l’impression de repartir de zéro.
– D’ailleurs, lors de vos concerts, vos setlists représentent-elles vos deux albums ? Et de quelle manière Amy s’est-elle approprié les anciens morceaux ?
Alors que « Trinity Of The Suns » n’était pas encore sorti, nous jouions déjà des morceaux du prochain album en concert depuis un certain temps. Depuis peu, plus de la moitié de notre setlist est composée de nouveaux titres, tout simplement parce que nous avons une grande confiance en leur qualité. Et nous avions joué « Island Universe » pour la première fois en 2023 à Athènes, lors du festival ‘Up The Hammers’. Les anciens morceaux se marient particulièrement bien avec la voix d’Amy, ils gagnent en profondeur et prennent une nouvelle dimension.
– « Trinity Of Suns » a un son très organique et il me semble que vous l’avez d’ailleurs enregistré en analogique. Etant donné le style de LYNX, j’imagine que le choix vous a paru évident. Et il possède aussi une approche très live. Etait-ce essentiel pour vous de réunir ces deux conditions ?
Il était primordial pour nous que l’album sonne le plus organique possible. C’est pourquoi nous avons choisi de l’enregistrer au Fat & Holy Studio avec René Hofmann, réputé pour ses enregistrements live. Ce processus a donné aux morceaux une dynamique impossible à obtenir dans des conditions de studio classiques. Nous avons aussi passé la majeure partie de ce temps ensemble en studio, ce qui a vraiment renforcé notre cohésion et notre lien avec l’album. C’était presque comme un petit voyage scolaire avec LYNX ! (Sourires)
– Parlons du style de ce nouvel album, qui est moins Metal et beaucoup plus Psych Prog. L’esprit 70’s est très présent et les morceaux sont aussi plus longs. L’idée était-elle d’être plus Rock et surtout de travailler plus sur les atmosphères ?
On adore tous le Rock des années 70, avant que le Heavy Metal ne devienne ce qu’il est devenu. Des groupes comme Blue Öyster Cult, Genesis, Pink Floyd, Jefferson Airplane, Led Zeppelin et, bien sûr, Black Sabbath, nous ont beaucoup influencés. On voulait composer des morceaux plus longs, plus profonds et plus intenses. On aime tous les morceaux Rock courts, mais un titre de huit minutes qui vous emmène en voyage, c’était vraiment notre objectif. Honnêtement, on n’a pas cherché consciemment à sonner moins Heavy, mais c’est en partie comme ça que l’album a pris cette tournure, et c’est très bien comme ça. On connaît tous des albums qui nous touchent profondément, et c’est ce qu’on voulait obtenir avec notre musique.
– LYNX peut aussi compter sur ses deux guitaristes et ses deux claviéristes, ce qui laisse un champ d’action très vaste. Sur quel instrument vous basez-vous pour composer et de quelle manière trouvez-vous l’équilibre, même si la guitare domine les compostions ?
Amy est notre principale claviériste, même si Tim a aussi enregistré quelques parties en studio. Composer est toujours un travail d’équipe pour nous. Parfois, l’un d’entre nous propose une idée de base, mais nous développons toujours les morceaux ensemble, en groupe. Il est important pour nous que chaque instrument puisse s’exprimer pleinement. Par exemple, le morceau-titre est construit autour d’une section rythmique basse-batterie très solide.
– Enfin, « Trinity Of Suns » a vraiment tous les attributs d’un album-concept. Est-ce le cas et sur quelle thématique vous êtes-vous concentrés pour créer l’ensemble ?
Je suis ravi que tu le perçoives ainsi, et oui, dans une certaine mesure, c’était le but. Tout comme dans « Watcher Of Skies », notre protagoniste fictif est le lynx, que nous envoyons en voyage. Dans « Trinity Of Suns », il l’entreprend réellement et vit des aventures qui se transforment également en un voyage intérieur et émotionnel. Nous souhaitions raconter une histoire à laquelle chacun puisse s’identifier, tout en laissant suffisamment de place à l’interprétation pour que chacun puisse se la forger sa propre vision.
Le nouvel de LYNX, « Trinity Of Suns », est disponible chez Dying Victims Productions.
Les Australiens ne font rien comme les autres et « Mondo Tomorrow » vient confirmer la liberté qui les anime. Toujours aussi inventifs, ils se fondent cette fois dans une ambiance Sci-Fi explosive et déroutante. D’une grande richesse instrumentale et reposant sur des arrangements minutieux, ce septième effort est toujours aussi entraînant, planant et incisif. La maturité artistique de THE NEPTUNE POWER FEDERATION est à son apogée et pourtant un large champ d’instigation lui tend encore les bras.
THE NEPTUNE POWER FEDERATION
« Mondo Tomorrow »
(Cruz Del Sur Music)
Deux ans après « Goodnight My Children », THE NEPTUNE POWER FEDERATION refait surface avec « Mondo Tomorrow », son septième album. Et il est toujours aussi enthousiasmant, tant l’univers du combo semble vaste. Et si sauvage et étrange sont les adjectifs qui reviennent avec évidence à chaque réalisation, on peut affirmer sans mal qu’ils s’appliquent encore une fois à celle-ci. Enregistré dans son antre, le Pet Food Factory de Marrickville à Sydney, ce nouvel opus nous plonge dans une vision rétro-futuriste et très personnelle de nos technologies.
Le Hard 70’s teinté de Psych et nappé d’un voile occulte prend ici une autre dimension, une façon pour le groupe d’explorer toujours plus et de repousser les limites de son registre. Et pour se faire, on peut compter sur la très magnétique ‘Screamin’ Loz Sutch’, dont la voix et la présence sont une composante essentielle de THE NEPTUNE POWER FEDERATION. Pour autant, son très bon duo de guitaristes mènent le jeu, soutenu de main de maître par une rythmique aussi rodée que créative. Quant à la production, elle est délicieusement organique.
Les premiers mots parlés par la ‘Prêtresse Impériale’ sur le morceau-titre qui ouvre « Mondo Tomorrow » donne le ton. Imprévisible et ensorceleur, le quintet reste une machine à riffs imparable, qui libère avec exaltation des mélodies entêtantes. Multipliant des approches musicales différentes à chaque disque, THE NEPTUNE POWER FEDERATION navigue entre Fuzz, Prog et dans une ambiance qui rappelle même à l’occasion Zodiac Mindwarp. Imposant, « Mondo Tomorrow » captive (« The Grip Of Death », « And The Bones Decay », « Cybernetic Times »). Puissant !
Retrouvez la chronique de l’album « Le Démon De L’Amour » :