Déjantés et un brin irrévérencieux, les Transalpins font un retour costaud et enthousiaste. Capables de belles fulgurances et livrant des mélodies claires et puissantes, SPEED STROKE joue sur une certaine nostalgie, tout en imprimant une touche très actuelle, histoire de faire durer le plaisir du Glam et du Sleaze Rock. Et « Damage Control » mène cette mission à bien. Traditionnel et exalté, le groupe offre une belle performance et garde toute la légèreté inhérente au style. Un disque qui respire, dopé à un carburant Metal/Rock détonant.
SPEED STROKE
« Damage Control »
(Scarlet Records)
Alors que le Glam et le Sleaze, Rock comme Metal d’ailleurs, semblent reprendre des couleurs depuis un moment déjà, c’est du côté de l’Italie qu’il résonne cette fois. Fondé en 2010, SPEED STROKE sort son quatrième album, quelques six ans après « Scene Of The Crime ». Cependant, si elle est moins prolifique que d’autres, la formation d’Imola n’a rien perdu de son mordant, ni de cette énergie si communicative. Et avec « Damage Control », les ambiances plus Heavy et Hard Rock dominent et donnent du corps à l’ensemble.
Guidé par un frontman percutant, SPEED STROKE évolue dans un univers positif et dynamique. Très direct, le Heavy Glam du combo fait mouche. Riffs acérés et solos plus ou moins épiques, la recette fonctionne bien et les refrains accrocheurs finissent vite par devenir entêtants. Bien sûr, c’est l’esprit 90’s qui donne le ton et il va puiser autant dans la fondatrice scène californienne que dans celle, plus récente, issue de Scandinavie. Le mix est audacieux et l’assimilation des deux héritages plutôt réussie. La connexion est établie.
En ouvrant avec l’explosif « Glorious Breakdown », SPEED STROKE tape dans le mille et s’assure toute notre attention. Le travail sur les guitares est remarquable et les twins donnent du volume à un registre bien maîtrisé (« State Of Shock », « In Flames », « All For The Week-end », « Blessed By Misery » en duo avec la chanteuse Giorgia Colleluori d’It’sAlie, et le morceau-titre). Même s’il affiche quelques baisses de régime, « Damage Control » est un bon album, bien produit aussi, et qui confirme les qualités du quintet. Le Glam Metal et Sleaze Rock n’ont pas dit leur dernier mot.
En un peu de plus de 15 ans, la formation d’Atlanta a imposé sa patte sur la scène Hard Rock internationale avec ce côté Sleaze, un brin Glam et sans compromis qu’elle affiche en étendard. Avec « Anthems From The Underground », KICKIN VALENTINA fait bien plus que de rendre hommage à ce milieu en marge des productions mainstream, il salue un public fidèle, sincère et amoureux d’un style que le quatuor porte haut et qu’il fait sonner avec une modernité qui ne néglige pas cet état d’esprit et cette attitude si Rock’n’Roll. Ce nouvel album est un hymne à la liberté, à un style de vie aussi et surtout à une obstination à ne pas se plier aux règles, ni aux dictâtes quels qu’ils soient. Et c’est encore le très direct frontman et parolier D.K. Revelle, qui s’exprime le mieux sur la démarche ‘underground’ et authentique, si chère au combo.
– Ce cinquième album, hors EPs bien sûr, est assez spécial puisque vous y clamez votre amour pour le Hard Rock underground, dont vous êtes issus. Pourtant, votre notoriété dépasse aujourd’hui largement le milieu. Est-ce à dire que vous ne vous sentez pas à votre place dans un cercle plus mainstream ?
Le terme ‘Underground’, tel que nous l’utilisons dans le titre du nouvel album, « Anthems From the Underground », signifie simplement que, puisque le ‘Rock’n’Roll’ n’est pas ‘grand public’ actuellement et ce depuis un certain temps, et que nous sommes un groupe de ‘Rock’n’Roll’, le style de musique que nous produisons est, selon nous, ‘Underground’ aujourd’hui. C’est ainsi qu’est né ce titre, finalement, c’est notre vision des choses.
– D’ailleurs, si l’underground est d’abord une question d’attitude et d’état d’esprit, tout se joue aussi dans le son et le contenu des morceaux et, en ce sens, KICKIN VALENTINA est sans concession. Est-ce ce qui vous rattache en premier lieu à cet univers ? Sa sonorité et son ambiance si particulières ?
Les quatre membres de ce groupe jouent et composent ce style de Rock depuis les années 80… On y était ! D’ailleurs, je me fais peut-être vieux ! (Rires) Mais honnêtement, c’est ce qu’on ressent individuellement et collectivement, et c’est ce qui fait la magie du groupe.
– « Anthems From The Underground » reste ancré dans ce que vous avez toujours joué. Cependant, je le trouve peut-être moins Sleaze et moins festif. Sans être sombre, il paraît moins léger et plus sérieux. Etait-ce votre intention de marquer une sorte de virage ?Et puis, cette fois, vous avez travaillé avec Pete Newdeck et c’est peut-être cela qui donne cette sonorité si particulière à « Anthems From The Underground ». Avez-vous senti qu’il fallait aborder un nouveau chapitre après « Star Spangled Fist Fight » ?
Non… Excellentes questions, mais non… (Sourires) L’ambiance et le son de ce nouvel album sont surtout dus à la présence de notre ami et frère Pete Newdeck à la production. Il nous a suggéré de nouvelles pistes que nous n’aurions peut-être pas explorées sur les précédents albums de KICKIN VALENTINA… De plus, l’écriture des chansons n’est pas préméditée. C’est simplement ce qui nous est venu naturellement cette fois-ci, et je trouve que c’est une évolution naturelle pour nous. Nous n’avons jamais de direction prédéfinie, ni ne suivons aucune tendance lorsque nous commençons à écrire un nouvel album. On ne se prend pas la tête, on fait juste ce qui nous vient instinctivement… (Sourires)
– Justement, est-ce également sur scène que de telles décisions se prennent avec l’envie de peut-être apporter de nouveau arrangements à d’anciens morceaux, tout en pensant aux prochains ?
Non… Les vieux morceaux sont à peu près les mêmes et nos concerts sont improvisés à 75 % et structurés à 25 %, en ce qui concerne la setlist… Et c’est le live et l’énergie du public, qui nous anime. Il n’y a pas de pistes préenregistrées, pas de métronome, etc… Et vous ne savez jamais à quoi vous attendre de nous, soir après soir ! (Sourires)
– Vous avez déclaré que vous vouliez rendre hommage à vos fans sur ce nouvel album. Est-ce que vous avez articulé l’ensemble du disque en ce sens ?
Non, encore une fois… J’aime à penser que tous nos albums rendent hommage non seulement à nos fans, la ‘Kickin Valentine Mob’, mais aussi à nos héros du Rock’n’Roll, d’hier comme d’aujourd’hui.
– D’ailleurs, il y a une chose qui peut également expliquer ce changement dans le son d’« Anthems From The Underground ». En effet, vous l’avez enregistré chez vous à Atlanta, puis il a été mixé en Angleterre avant d’être masterisé à Toronto au Canada par Harry Hess. Si la technologie permet beaucoup de choses, votre album a beaucoup voyagé. Etait-ce trop compliqué de tout faire en Georgie ?
Non… C’est juste le chemin qu’on a choisi cette fois-ci et on en est contents ! (Sourires) D’ailleurs, un grand merci à Pete Newdeck et Harry Hess !
– Enfin, il y a une question que j’aimerais te poser. Est-ce que tu connais des groupes issus de l’underground, qui sont aujourd’hui suivi par un très grand nombre de fans à travers la planète, et qui se déclarent toujours de ce milieu ? Et d’ailleurs, est-ce vraiment possible de revendiquer ce statut à partir d’un certain moment quand le succès est au rendez-vous ?
Hmmmm… Je ne suis pas sûr de connaître beaucoup de nouveaux groupes underground qui jouissent d’une grande popularité, ou d’un succès retentissant… Aux Etats-Unis, on ne soutient pas les nouveaux groupes de Rock autant qu’on le faisait avec ceux des années 80… Et à mon humble avis, il est temps de passer le flambeau à des groupes comme le nôtre… (Sourires) On est toujours là, on y croit et on y croit encore. Et grâce à nos fans du monde entier, on progresse avec succès, album après album, concert après concert, année après année. Et on continuera à le faire à la manière de KICKIN VALENTINA : en live, brut, fort et sans complexe !
Le nouvel album de KICKIN VALENTINA, « Anthems For The Underground », est disponible chez Mighty Music.
Photos : John Mortensson (3, 4)
Retrouvez aussi la chronique du précédent album de KICKIN VALENTINA :
Il y a quelques décennies maintenant, ces deux-là ont fait entrer la Suède dans l’ère du Glam et du Sleaze, grâce à un Hard Rock pêchu et accrocheur. Aujourd’hui, le frontman et le six-cordiste remettent le couvert avec le premier opus de ZAN/CODY, « Beautiful’n Damned », et il se murmure même qu’un deuxième est en cours d’écriture. L’alchimie est palpable et le talent vivace. Explosif et très contemporain, le duo a retrouvé ses marques et ne manque pas de repères.
ZAN/CODY
« Beautiful’n Damned »
(Frontiers Music)
Malgré trois albums seulement entre 1988 et 1993, Shotgun Messiah a laissé une empreinte forte dans le Hard Rock européen et surtout il fut précurseur du Glam Metal scandinave en ouvrant la voie à toute une génération, et même à d’autres depuis. De son line-up, on se souvent bien sûr du guitariste Harry Cody et du chanteur Zinny Zan, qui n’était pourtant présent que sur le premier effort éponyme, mais qui fut aussi le plus marquant. Et c’est dans cette perspective qu’est né ZAN/CODY, à savoir retrouver cette atmosphère aussi emblématique que particulière.
Bien sûr, les années ont passé et l’intention des deux Suédois n’est pas de livrer une réplique de leur ancien groupe. Et si on retrouve en partie le son qui a fait son succès, celui-ci s’est considérablement modernisé avec même un aspect presque futuriste, et un peu dérangeant. Car sur le papier, ZAN/CODY n’est crédité que des deux hommes, au chant et à la guitare. C’est-à-dire que le reste consiste en de la programmation, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour qui aime le Hard Rock brut et sincère. La production y est donc essentielle.
En la confiant à Chris Laney (Pretty Maids, Crazy Lixx, Ronnie Atkins), le duo a tapé dans le mille et l’esprit d’un Hard Rock moderne et mélodique est parfaitement restitué. Les riffs de Harry Cody sont précis et incisifs et ses solos survolent les morceaux. Quant à Zinny Zan, sa puissance vocale est intacte et a même très bien mûri avec le temps. ZAN/CODY ne s’interdit pas quelques éclairs Sleaze et Glam et avance même sur un train d’enfer (« Sever », « I Am The Shit », « She Walks With Violence », « Damn » et le morceau-titre). On attend la suite !
D’une vitalité franchement réjouissante, cela fait maintenant deux ans que TOO HOT FOR LEATHER a émergé de la cité de la Country Music à grand renfort de solides guitares et sur un rythme effréné. Massif et mélodique, « Superhero Wannabes! » nous emporte dans un tourbillon globalement Hard Rock, mais aux multiples variables. Guidé par son intenable chanteuse, le combo se présente avec un nouveau format court, auquel il est bien difficile de résister.
TOO HOT FOR LEATHER
« Superhero Wannabes! »
(Independant)
Enjouée et hyper-Rock’n’Roll, l’aventure du quatuor a réellement commencé en juillet 2024, date à laquelle il a présenté son tout premier single, « Show Me What You’ve Got », un titre entêtant et ravageur. Originaire de Nashville, TOO HOT FOR LEATHER fait partie de cette nouvelle génération qui distille sa musique au compte goutte sur les plateformes, et qui semble peu préoccupée par le fait de sortir un album. Avec « Superhero Wannabes! », c’est donc un EP qu’il propose, lequel inclut d’ailleurs « Beef Stew » et « Doubt », sortis précédemment.
Héritier direct de la scène Hard Rock et Sleaze américaine, et avec un soupçon Punk Rock californien dans l’énergie et l’attitude, le groupe laisse paraître une sensation de légèreté en contraste avec la puissance affichée. TOO HOT FOR LEATHER s’amuse et distille sa bonne humeur à travers des riffs musclés, une rythmique percutante et sa frontwoman porte le tout avec une certaine désinvolture, mais aussi beaucoup de sérieux. Car, les sept chansons de cet EP, le deuxième, sont très en place et l’excellente production ne doit rien au hasard, non plus.
Sur une petite demi-heure, la formation du Tennessee se fait vraiment plaisir et l’aspect très dansant et festif de son Rock est un véritable remède à la morosité. A la fois envoûtante, magnétique et fédératrice, Shannon Sperl se montre irrésistible et surprend même par sa large palette vocale, comme sur la ballade piano-voix, « Father’s Daughter », qui clot « Superhero Wannabes! ». Littéralement taillé pour la scène, le répertoire de TOO HOT FOR LEATHER devient vite addictif (« Super Hero », « Kid Again », « All Talk »). Le Rock est plus vivant que jamais !
Rare formation européenne à pouvoir tenir tête aux locomotives américaines, en tout cas au souvenir qu’elles ont laissé, CRASHDÏET a pourtant essuyé bien des écueils pour se faire sa place. Pas de quoi saper le moral de nos rockeurs, qui n’en eu de cesse d’aller de l’avant, imposant un Glam Metal, croisé à un Sleaze Rock, qui se veut aussi irrévérencieux qu’appliqué. Chaque album semble un défi et avec « Art Of Chaos », il est à nouveau relevé avec classe et constance. Une persévérance qui rend la formation nordique aussi enthousiasmante que déchaînée.
CRASHDÏET
« Art Of Chaos »
(Ninetone Records)
Septième album en plus de 20 ans de carrière pour les Suédois, dont l’histoire a été pour le moins agitée et même dramatique après le décès de son chanteur et fondateur Dave Lepard en 2006. Pourtant, CRASHDÏET n’a pas baissé les bras et reste aujourd’hui encore l’emblème du Glam Metal et du Sleaze Rock made in Europe. Et si les frontmen s’y sont succédés, quatre au total, John Elliot tient le micro avec brio, livrant ici son premier opus avec le groupe. Et on notera aussi l’absence prolongée du bassiste Peter London.
Et il faut reconnaître que l’arrivée de Chris Young en remplacement fait beaucoup de bien à CRASHDÏET qui trouve dans cet « Art Of Chaos » un second souffle, porté par le groove implacable mis en place avec le batteur Michael Sweet, par ailleurs principal compositeur. Quant au guitariste originel Martin Sweet, frère de Michael, son jeu est toujours aussi accrocheur et incisif : l’essence-même du genre. On sent le quatuor soudé et l’énergie qu’il déploie ici souligne autant sa solidité que sa créativité. Et tous ces éléments assemblés sont explosifs.
L’objectif de CRASHDÏET n’est pas forcément de réhabiliter l’âge d’or du style et de reculer de quelques décennies en y allant sans charisme, ni envie, façon Steel Panther. Au contraire, il impose sa patte, peaufine son identité et donne de l’oxygène à un style qui ne demande que ça, notamment par les temps qui courent. Déterminés et enjoués, les Scandinaves lâchent les chevaux (« Satizfaction », « Chaos Magnetic », « Get Out », « Killing It Now », « Silent Place »). Et sur cette belle dynamique, on ne laisse facilement prendre dans cet esprit délicieusement débridé.
Fondé sur les cendres encore brûlantes de Nux Vomica, Deathammer et Raw Filth, les membres de TOTAL MANIAC connaissent bien les méandres de l’underground du Maryland. Quatre ans après un premier album éponyme, ils remettent ça et leur proto-Speed Metal est clairement bien aiguisé. Old School et percutant, le quintet avance sans trembler et avec le sourire sur ce « Love Overdrive » pêchu et puissant. Les clins d’œil sont multiples et assumés, et la surchauffe est délicieusement addictive.
TOTAL MANIAC
« Love Overdrive »
(Independant)
La formation de Baltimore qualifie elle-même son style de ‘Thrash And Roll’ et on y trouver son compte, c’est vrai. Cela dit, TOTAL MANIAC évolue plus précisément dans un Street Metal tranchant et racé directement inspiré des années 80 et avec un petit côté Sleaze que n’aurait pas renié Mötley Crüe à ses débuts. Le combo ne s’interdit donc pas grand-chose et l’on retrouve même l’aspect brut de Motörhead enrobé de la précision du Judas Priest de la grande époque. « Love Overdrive » concentre ainsi une sacrée dose d’énergie et d’explosivité prête à l’emploi.
Niveau efficacité, TOTAL MANIAC n’est pas en reste et expédie ses huit nouveaux morceaux en 27 petites minutes. Pour autant, « Love Overdrive » n’oublie pas d’être accrocheur et très fédérateur, grâce à des titres entêtants aux riffs acérés et à l’humour décapant. Car, dans toute cette agréable sauvagerie musicale, les Américains sont diablement irrévérencieux et costauds, un état d’esprit que l’on retrouvait sur la côte ouest au siècle passé. Et entre des références rappelant Riot et d’autres le Sunset Strip de jadis, le pont est solidement construit et même inébranlable.
Un bâton de dynamite à la main, TOTAL MANIAC se défend de faire dans la dentelle et c’est justement cette fraîcheur et cet élan très instinctif qui fait tout son charme. Il y a même un côté Punk dans la dynamique de ses brûlots hyper-Rock’n’Roll. Le frontman harangue, chante à tue-tête et entraîne ses camarades dans des chœurs rageux et même ironiques à l’occasion. Festif et Heavy Metal, ce deuxième effort ne se perdre pas en conventions et balance des claques à tout-va (« Just Another », « Devil In Plain Sight », « Drinkin’ Our Way To Hell », « Blooze » et le morceau-titre).
Difficile de ne pas se laisser embarquer par le Rock pétillant et costaud de ce rockeur venu du grand Nord. Depuis des décennies, MICHAEL MONROE perpétue une tradition née dans les années 80 à base de Sleaze Rock, de Hard Glam et d’un zeste Punk pour le décorum. Véritable légende en Finlande, il ne contente pas de faire durer le plaisir en quête du cacheton supplémentaire. Il fait le show, car c’est en lui et qu’il respire le Rock avec intensité et authenticité, elles-mêmes alimentées d’une spontanéité de chaque instant. « Outerstellar » résume assez bien une carrière certes chaotique, mais toujours honnête.
MICHAEL MONROE
« Outerstellar »
(Silver Lining Music)
Avec cette pochette, le frontman a-t-il voulu faire un clin d‘œil à celle de « Sensory Overdrive » sorti il y a 15 ans ? C’est fort possible si l’on prend en compte que son groupe a très peu bougé et que les fidèles Steve Combe (guitare) et Sami Yaffa (basse) sont toujours de la partie. Et puis, MICHAEL MONROE n’est pas homme à passer d’un registre à l’autre, d’autant qu’il confectionne son Sleazy Hard Glam depuis de longues années maintenant. Ainsi, pas de réelle surprise sur « Outerstellar », si ce n’est celle de retrouver cette voix unique et cette explosivité qui ne faiblit pas, bien au contraire.
Le finlandais ne triche pas et ce treizième album atteste de nouveau de son indéfectible sincérité. Entre Rock musclé et jet de paillettes, il n’a jamais choisi et ce savoureux mix, qu’il est à peu près le seul à offrir de si longtemps, fait toujours son petit effet. Son Hard Rock est toujours aussi Glam et son côté Punk finalement très apprêté. MICHAEL MONROE vit pour la scène et on retrouve cette même instantanéité sur ses disques, « Outerstellar » y compris bien sûr. Et l’atmosphère est encore une fois insouciante, colorée et délurée, comme figée dans le temps, un bon remède à une morosité ambiante bien sombre.
Très bien produit, le coup de poing arrive d’entrée de jeu avec le débridé « Rockin’ Horse », preuve que le chanteur conserve une énergie intacte. L’ensemble est concis, percutant, entraînant et d’une jeunesse éternelle (« Newtro Bombs », « Shinola »), MICHAEL MONROE se fiche du qu’en-dira-t-on, garde une attitude souvent irrévérencieuse, mais avec toujours une certaine classe (« Black Cadillac », « Paintless », « Disconnected », « Pushin’ Me Back » et le très surprenant « One More Sunrise » et ses sept minutes où il rayonne littéralement). « Outerstellar » s’inscrit parmi les meilleures réalisations de sa discographie.
En injectant autant d’adrénaline dans un style qui n’en manque déjà pas, MÄDHOUSE lâche les chevaux, refuse les limites et semble ne pas se soucier du qu’en-dira-t-on. Irrévérencieux, mais solide et consistant, le quintet originaire d’Autriche affiche un visage à la fois classieux et hyper-Rock’n’Roll et une attitude qui prend sa source en Californie il y a quelques décennies et qui, pourtant, s’inscrit parfaitement dans son temps, bien aidé par un son massif.
MÄDHOUSE
« Plead The Fifth »
(Rock Of Angels Records)
Formé en 2017 par son guitariste et compositeur Mikky Stixx, MÄDHOUSE a bloqué le curseur sur les années 80/90 et à l’écoute de ce quatrième album, on ne peut que s’en réjouir. Comme on faisait de très belles choses au siècle dernier, l’idée d’y ajouter une énergie très actuelle, histoire d’affûter le registre, est une bonne chose d’autant que le résultat est explosif, enthousiaste et irrésistible. Bien sûr, il y a comme une sensation de déjà-vu, mais elle nous replonge dans des atmosphères aux plaisirs indélébiles.
Les Autrichiens ont été biberonnés au son du meilleur de Skid Row, Mötley Crüe et Def Leppard notamment et sont parvenus à en garder et à en extraire la substantifique moelle. Technique et inspiré, MÄDHOUSE ne révolutionne un genre auquel il serait malheureux de toucher, mais lui offre un élan pêchu et des mélodies accrocheuses. Si la très bonne production de « Plead The Fifth » trahit un peu son époque, il aurait très largement pu figurer aux côtés de certains classiques d’antan, vu le travail accompli.
Epaulé par Thommy Black à, la guitare, Mikky Stixx peut aussi compter sur une puissante et millimétrée rythmique composée de Rickey Dee (basse) et Bobby B. Bastard (batterie). Au chant, Tommy Lovelace fait des étincelles, se montre aussi dynamique qu’irréprochable (« Midnight Fever », « Bring On The Night », « Shotgun Rider », « Get A Grip », « It’s A Monster In My Head », « Mad To The Bone », …). MÄDHOUSE est électrisant, ne tient pas en place et s’affirme avec un opus de haut vol, qui tient littéralement en haleine.
Indémodable et toujours aussi fringuant, L.A. GUNS reste ce combo attachant, parfois surprenant, et bondissant souvent là où on ne l’attend pas. En quatre décennies d’une carrière sinueuse et improbable à l’occasion, il reste cette formidable machine à riffs, aux mélodies intemporelles et avec cette manière toute personnelle de faire des disques avec une déconcertante facilité. Une fois encore, l’expérience et l’inspiration brillent sur ce « Leopard Skin », dont on n’est pas près de se lasser.
L.A. GUNS
« Leopard Skin »
(Cleopatra Records)
Huit ans après l’heureux rabibochage entre le guitariste Tracii Guns et son frontman Phil Lewis, L.A. GUNS fait toujours vibrer son Sleaze Rock, qui respire le Sunset Strip à plein poumon, là où d’autres ont depuis longtemps déposé les armes. Et comme pour mieux célébrer cette incroyable longévité, notre infatigable quintet souffle cette année ses 40 bougies. D’ailleurs, à l’écoute de « Leopard Skin », on peine à croire que les Américains soient encore capables de livrer des albums d’une telle fraîcheur… le quinzième en l’occurrence et sûrement pas le dernier.
Bardé de riffs affûtés comme s’il en pleuvait, L.A. GUNS n’a rien perdu de son mordant et se fend même d’un opus parfaitement ancré dans son temps, à mille lieux de toute nostalgie, et qui aurait même pu faire rougir certaines formations du temps de la splendeur de la Cité des Anges. Increvables et créatifs, nos vétérans paraissent sortir tout droit d’une cure de jouvence et vont carrément jusqu’à redonner foi en un style qui s’effrite au point de devenir aujourd’hui presqu’invisible. « Leopard Sin » transpire le Rock’n’Roll par tous les pores et devient vite addictif.
Racé sur « Taste It », plus classique sur « Hit And Run », presque champêtre sur « Runaway Train », fusionnel sur « Lucky Motherfucker », bluesy sur « The Grinder » ou grinçant sur « I’m Not Your Candyman », L.A. GUNS sort l’artillerie lourde et se montre largement à la hauteur de sa légende. Entre refrains entêtants et solos incandescents, les Californiens bénéficient de surcroît d’une production puissante et limpide, qui laisse exploser leur panache et une énergie toujours aussi présente. Direct et efficace, le groupe a un sens inné de ce Hard Rock débridé qui devient si rare.
Retrouvez les chroniques des deux albums précédents :
On n’est pas prêt de déloger le toujours aussi prolifique Ginger Wildheart et c’est une très bonne chose ! Malgré les années qui passent et les modes qui défilent, le frontman britannique fait face aux vents et aux marées, solidement amarré à un Hard Rock à propulsion Punk, tout en affichant le visage exalté d’une âme intacte. THE WILDHEARTS livre donc son dernier brûlot, une réalisation pointilleuse, accrocheuse et explosive. Avec « Satanic Rites Of The Wildhearts », la modernité côtoie un savoir-faire inaltérable avec brio et sans la moindre hésitation.
THE WILDHEARTS
« Satanic Rites Of The Wildhearts »
(Snakefarm Records)
Plus de 35 ans après sa formation à Newcastle, THE WILDHEARTS tient toujours debout, malgré des splits incessants et, sans doute, une discographie qui aurait largement due être plus fournie qu’elle ne l’est. « Satanic Rites OF The Wildhearts » est le onzième album du groupe et il présente derrière l’inamovible et irréductible Ginger Wildheart au chant et à la guitare, Ben Marsden (guitare), Jon Poole (basse) et Charles Evans (batterie). Bien sûr, on n’y voit que du feu, tant l’identité musicale du groupe survole les membres qui le composent. Et il faut reconnaître que « Satanic Rites OF The Wildhearts » est un très grand cru. Les Anglais semblent avoir trouvé un nouvel élan, franchement réjouissant.
Avec un tel titre, on est en droit de s’attendre à un album musclé et irrévérencieux comme il sait le faire. Et THE WILDHEARTS ne déçoit pas, bien au contraire. Ce nouvel opus est l’un de ses meilleurs depuis très, très longtemps. Remarquablement produit par Jim Pinder qui l’a également mixé avec Carl Bown, il y a presque un air de revanche qui plane sur les nouveaux morceaux. Très actuel et percutant, mais aussi bénéficiant d’un travail minutieux sur les mélodies qui gardent leur côté so british avec cette petite touche punkisante sur les refrains, l’ensemble est hyper-fédérateur, à l’esprit très live et conçu à m’en pas douter pour offrir sur scène un débordement monumental d’énergie.
Surtout, THE WILDHEARTS s’amuse et cela se sent vraiment ! Malgré un titre et une pochette qui pourraient laisser penser le contraire, le quatuor s’éclate et la maîtrise est telle qu’elle lui permet de s’aventurer à peu près dans toutes les ambiances sans sourciller. Toujours aussi créatif, Ginger Wildheart amène tout son monde dans une débauche de riffs, de rythmiques claquantes et harangue presque l’auditeur. (« Eventually », « Troubadour Moon », « Maintain Radio Silence », « I’ll Be Your Monster » feat. Jørgen Munkeby). Le combo se présente comme une véritable confrérie d’un Hard Rock décomplexé, insouciant et imprévisible, qui manque singulièrement dans le paysage musical actuel.