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Alter Bridge : into the core [Interview]

Plonger au cœur de son ADN musical en affichant clairement un son et un songwriting reconnaissables entre tous après plus de 20 ans de carrière, tel est l’objectif d’ALTER BRIDGE. Et le fait de sortir un huitième album éponyme ne doit rien au hasard. « Alter Bridge » reflète bel et bien l’essence-même du quatuor américain, et s’il avait encore des limites, elles sont franchies avec force et talent. Articulé autour de Mark Tremonti (Creed, Tremonti) et Myles Kennedy (Slash & The Conspirators et en solo), le groupe rayonne comme jamais, assène un mur de guitares imposant, un duo basse/batterie massif et un chant puissant, sans jamais négliger la finesse dont il a toujours fait preuve. Entretien avec Mr Kennedy, son frontman, guitariste et compositeur au regard passionné et passionnant sur son art.

– L’une des choses qui impressionne sur ce nouvel album, c’est le fait qu’il résume parfaitement le caractère du groupe d’une part et d’autre part, que vous avez aussi conservé le même line-up, ce qui devient assez rare aujourd’hui…

Oui, c’est vrai, mais je pense qu’aucun d’entre-nous n’aime les drames ! (Rires) Nous sommes des gars un peu sentimentaux et nous voulons juste faire de la musique. D’ailleurs, peut-être que s’il nous arrivait des choses un peu plus dramatiques, cela nous aiderait à progresser encore ! (Rires) En fait, je dis ça car parfois certains groupes, qui se battent en interne, sortent des albums brillants. Pour nous, c’est différent. Nous parvenons à créer ce que nous voulons et cela fonctionne très bien. On a su conservé un environnement de travail, qui est très préservé… (Sourires)

– D’ailleurs, dans ce style, vous êtes l’un des groupes les plus emblématiques de la période post-2000. Penses-tu que ce nouveau millénaire ait aussi déclenché une nouvelle façon d’aborder le Hard Rock dans le fond plus que dans la forme ?

Oui, absolument, car dans les années 90, l’époque était surtout au Grunge et au Rap. Quand nous sommes arrivés, beaucoup de gens ont même parlé de post-Grunge, juste parce que cela arrivait après l’énorme succès du style. C’est assez logique d’ailleurs. De notre côté, nous avons essayé d’intégrer de nouveaux éléments venant de différents courants et de nous les accaparer, d’en faire notre propre son. Nous avons été très influencés par Soundgarden, par exemple, mais aussi par d’autres groupes plus contemporains comme Mastodon, qui a eu un impact profond sur moi, comme Gojira aussi d’une certaine manière. En fait, ce que tu peux toujours essayer de faire, c’est d’écouter beaucoup de choses et d’en concevoir ta propre recette : une sorte de mélange Rock’n’Roll.

– L’album a été en partie conçu dans les studios 5150 d’Eddie Van Halen. J’imagine que l’émotion a du être grande là-bas. Comment avez-vous géré ça, car il doit y avoir un mélange d’émotion, de respect et d’humilité aussi ? Tout cela s’est-il transformé en moteur et peut-être même en source d’inspiration ?

Oh oui, c’est vraiment devenu une grande source d’inspiration. En ce qui concerne Mark et moi, en tant que guitaristes tous les deux, cela a beaucoup joué et l’album est ce qu’il est pour cette raison-là aussi, notamment au niveau des riffs. Nous sommes d’ailleurs arrivés avec beaucoup trop d’idées. On avait en tête le fait d’être dans l’un des endroits les plus prestigieux où tu as l’occasion de jouer dans une carrière, et où l’on peut faire à peu près tout ce qu’on veut par rapport aux guitares. Oui, je pense que tout cela nous a vraiment inspiré et aidé aussi à mettre un pied devant l’autre par rapport à nos propres idées. Cela a indiscutablement rendu l’album meilleur.

L’album est plus sombre que les précédents, avec un contenu aux paroles peut-être plus graves aussi. C’est vrai que le monde est de plus en plus incertain et son équilibre fragile. Est-ce que vous avez puisé dans ce contexte pour composer l’album ?

Oui, un peu, c’est vrai. Par exemple, il y a des thèmes comme celui des gens vraiment toxiques, qui attendent simplement votre réaction et vous regardent sombrer, ou d’autres personnes qui sont dans des relations malheureuses et abusives… Comment naviguer dans tout ça ? Comment y survivre ? C’est un peu tout ça qui se retrouve sur l’album et c’est vrai que ce sont, en effet, des choses très lourdes de sens et pesantes. De ce point de vue, c’est sans doute notre disque le plus intense.

– Après les studios 5150, vous êtes allés terminer l’album en Floride aux studios Barbarosa que vous connaissez très bien. Etait-ce aussi par désir de vous reconnecter à un lieu familier pour apporter la touche finale à l’enregistrement ?

Je pense que cela vient de Michael (‘Elvis’ Baskette, producteur – NDR). Il savait que nous avions terminé la préproduction aux studios 5150 et que cela nous ferait du bien de sortir de notre élément, car il nous influençait d’une certaine façon malgré nous. La préproduction est la partie la plus importante dans la création d’un album, car on prend toutes les idées, les chansons et on les solidifie, tout en sachant que les arrangements jouent un rôle important aussi plus tard. Donc, une fois que c’était fait, il ne restait que l’enregistrement, notamment celui de la batterie. Alors, nous sommes retournés en Floride pour ne pas non plus imposer notre présence à Wolfgang (Van Halen – NDR), afin qu’il puisse aussi utiliser le studio quand il le souhaitait. Et je pense que cela a été une bonne idée de retourner sur la côte Est pour enregistrer les voix et les guitares. Et puis, c’est aussi un endroit plus proche de chez nous, et logistiquement, cela avait donc plus de sens.

– Avec Mark, vous êtes deux guitaristes très affûtés et virtuoses et vous avez d’ailleurs deux styles assez différents. Comment avez-vous travaillé sur ce nouvel album ? Est-ce que chacun est venu avec ses idées et vous les avez confronté ou compléter, ou vous arrive-t-il aussi de composer ensemble, dans la même pièce ?

Cela dépend vraiment beaucoup, car nous sommes très souvent dans des endroits différents dans le pays. Parfois, j’aime laisser les chansons ouvertes en me disant que peut-être Mark, ou quelqu’un d’autre dans le groupe, aura une idée sur telle ou telle partie. Mais cela dépend vraiment des morceaux finalement. Il arrive régulièrement que Mark fasse des démos avec beaucoup de choses déjà abouties et je n’ai juste qu’à ajouter la mélodie. C’est un peu de cette façon que je travaille avec Slash aussi. Il m’envoie ses maquettes et je pose les couplets et les refrains. Mark a beaucoup d’idées et cela aide, bien sûr. Mais il n’y a pas de façon de faire vraiment systématique entre nous. C’est quelque chose qu’on fait depuis longtemps maintenant, et nous réussissons à trouver le meilleur de nous-mêmes comme ça. Je pense qu’il y a plein de façons pour parvenir à construire une bonne chanson.

– ALTER BRIDGE est toujours très pointu au niveau des guitares, bien sûr, mais pas seulement. Et vous restez toujours très fédérateurs dans les refrains et les mélodies. Comment faites-vous l’équilibre et quel est ton regard sur la scène actuelle de ce point de vue ?

Tu sais, nous faisons beaucoup de festivals et je vois peu à peu que les groupes commencent à adopter des voix qui s’éclaircissent de plus en plus, qui tirent vraiment vers le chant clair. Mais c’est cyclique et c’est assez marrant de voir cette évolution. (Sourires) J’aime bien regarder les tendances. Mais il y a toujours aussi des approches très primales, très lourdes et fortes. Et j’aime bien aussi… C’est une tonalité et une approche différentes ! (Sourires)

J’aimerais que l’on dise un mot « Slave To Master », un morceau qui fait presque dix minutes et qui est monumental. C’est d’ailleurs le plus long de votre discographie. Comment a-t-il vu le jour, car vous êtes habituellement plus direct et concis ?

Oui, mais au départ, l’objectif n’était pas d’en faire un morceau si long. En fait, c’était deux chansons distinctes. Une fois que j’avais trouvé les premières minutes du morceau, mon objectif était simplement d’atteindre le pont du titre. Et puis, Mark a eu cette partie vraiment cool, très spontanée qu’on a tous beaucoup aimé. Finalement, on s’est dit qu’on allait la prendre et la mettre à la suite d’une autre que j’avais déjà composé. Et c’est parti comme ça ! (Sourires) Si tu veux tout savoir, initialement, j’allais prendre le solo, puis c’était au tour de Mark. On était en studio et il a commencé à jouer. Il a commencé et c’était vraiment long ! J’ai trouvé ça franchement génial et puis, je n’avais que huit accords à faire. C’était tellement simple à jouer que cela offrait plus de liberté aux solos. Alors, Elvis m’a dit de le jouer avec mon cœur et c’est ce que j’ai fait. A la base, cela aurait du être beaucoup plus court, pas un peu plus de neuf minutes, en tout cas ! (Rires) C’est vrai que je n’y avais jamais pensé, merci de me l’avoir fait remarquer ! (Rires)

– Enfin, et en plus d’ALTER BRIDGE, tu joues parallèlement avec Slash & The Conspirators et en solo, et à chaque fois dans des ambiances différentes. Comment est-ce que tu t’y retrouves et est-ce que distinguer les trois formations se fait naturellement ?

C’est parfois difficile de donner du crédit à ce que j’écris. Est-ce que j’ai déjà fait ça il y a dix ans ? Est-ce que ça vient vraiment de moi ? C’est l’éternelle question. Je pense que le plus important est de rester le plus proche de ce que je suis et de mon ADN musical. C’est de cette façon que j’aborde mes albums solos en tout cas. Ce sont des choses que tu dois explorer, établir et le faire pour toi-même. Ensuite, quand je reviens avec Slash ou ALTER BRIDGE, je fais partie d’un groupe uni et il y a donc l’art du compromis, qui entre en compte. Mais c’est à travers ça que tu créés des choses que tu n’aurais jamais pu faire tout seul. Certains trouveront que c’est mieux quand je compose seul, par exemple. C’est aussi toute la beauté de la subjectivité ! (Sourires) Certaines personnes aiment le chocolat, d’autres c’est plutôt la vanille. Ce que j’essaie de faire, c’est juste de mixer l’ensemble et d’y apporter quelques saveurs pour en faire une bonne glace ! (Rires)

Le nouvel album éponyme d’ALTER BRIDGE est disponible chez Napalm Records.

Photo : Chuck Brueckmann

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums solos de Myles Kennedy :

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Creatures : fear of the dark

Originaire du sud du Brésil, CREATURES est (presque) un nouveau venu dans le paysage Metal sud-américain. Avec « Creatures II », son deuxième forfait donc, le jeune combo s’affirme avec vigueur et surtout un sens du songwriting et de l’interprétation remarquable. Ayant parfaitement assimilé et digéré une culture musicale ancrée dans les années 80/90, CREATURES parvient à se frayer un chemin original et pertinent dans cette vague revival et Old School, qui se porte de mieux en mieux.

CREATURES

« Creatures II »

(High Roller Records)

Présent depuis un peu plus de cinq ans sur la scène brésilienne, CREATURES est surtout l’œuvre de son guitariste, auteur et compositeur Mateus Cantaleäno, qui a même conçu la pochette de son nouvel opus. Alors qu’il avait réalisé le premier avec le multi-instrumentiste Roberto Scienza (Rope Bunny), c’est en groupe que « Creatures II » voit le jour et cela change pas mal la donne. Dans un Hard’n Heavy classique qui emprunte autant à l’énergie de Ratt, qu’à la puissance de Judas Priest et au panache de Dokken, le quatuor trouve sa place dans un registre mélodique et accrocheur, qui n’a franchement rien d’usé et qui rayonne.

Avec d’un line-up stabilisé autour de Marc Brito au chant, Ricke Nunes à la basse et Sidnei Dubiella à la batterie, ce deuxième effort a nettement plus de corps et de relief, d’autant que la production est réalisée avec soin par Arthur Mignotto (Hazy Hamlet) et Mateus Cantaleäno, bien sûr. Chaleureuse et aérée, elle offre un bel équilibre à des titres d’une redoutable efficacité. Grâce à un frontman hors-pair et un tel virtuose de la six-corde, la rythmique est le poumon de CREATURES, qui ne tarde pas à nous plonger dans un passé pas si lointain et fort bien actualisé. Un renouveau qu’on a d’ailleurs vu chez d’autres.

Sobre et maléfique, le quatuor se fond dans les codes traditionnels du Heavy Metal avec beaucoup de légèreté dans le ton et surtout un palpable plaisir dans l’interprétation. S’il y a du George Lynch et un brin d’Yngwie J. Malmsteen chez le maestro, il évite d’en faire de trop et se met littéralement au service de ses compositions, qui viennent vite se loger dans le crâne (le somptueux « Beware The Creatures » et sa version longue en bonus, « Dreams », « Queen Of Death », « Path In The Night », « Danger » et « Perfect Illusion » aussi en bonus). CREATURES signe un très bon disque et ne devrait pas rester longtemps dans l’ombre.

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Mammoth : le grand saut

De grosses guitares bien sûr, un duo basse/batterie hyper-groovy et un chant qui s’installe doucement, l’identité de WVH se dessine de plus en plus au moment même où trois lettres disparaissent de la pochette de ce nouvel effort. S’il est toujours question d’un travail personnel, c’est MAMMOTH qui domine et cela ressemble presque à une libération. Très Rock et pêchu, « The End » est plus organique que les deux premiers volumes et l’ensemble gagne de fait en fluidité. Une belle manière de clamer haut et fort qu’il n’a désormais plus rien à prouver.

MAMMOTH

« The End »

(BMG)

La passe de trois pour Wolfgang, qui s’émancipe réellement sur ce « The End » en livrant son disque le plus personnel à ce jour. S’il a de nouveau confié la production à Michael ‘Elvis’ Baskette (Slash, Alter Bridge, Sevendust) et que l’enregistrement s’est fait dans les familiaux Studios 5150, c’est dans l’approche musicale qu’il y a du neuf. Là où le multi-instrumentiste s’était jusqu’à présent appliqué à rendre une copie très propre (et elle l’est toujours !), MAMMOTH opte un son plus direct et plus live, comme si le jeune Californien s’était résolu à bannir toute fioritures, laissant de côté le poids d’un héritage paternel conséquent.

Et c’est plutôt bien vu, car les références sont moins présentes, hormis peut-être ce joli clin d’œil sur la chanson-éponyme « The End » justement, une façon aussi de confirmer que désormais le nom de sa formation se passerait de ses illustres initiales. Et il tape dans le mille. Très Rock tout en gardant des fulgurances très Heavy et Hard Rock, le Heavy Rock US de MAMMOTH commence à se faire identifiable, même si on pourrait lui reprocher un léger manque d’audace vocale. Car pour le reste, ce troisième album est très cohérent, très homogène et consistant, malgré quelques errements très pardonnables comme « Happy ».

En l’espace de cinq ans seulement, le musicien a affiné le songwriting, se fait aussi moins démonstratif et plus instinctif, et « The End » est à la fois élégant et plus cavalier (« I Really Wanna »). Très sincère dans le jeu, comme dans les textes, MAMMOTH n’écarte pas non plus le côté classique du genre, mais la jeunesse du combo vient rapidement rappeler qu’il vit dans son temps avec ce que ça comporte d’insouciance (« One Of A Kind », « The Spell », « Something New », « Selfish »). Il émane de ces dix titres un vent de liberté qui lui confère une touche de légèreté. Le musicien s’affranchit et se lance vers un avenir vraiment radieux.

Photo : Travis Shinn

Retrouvez les chroniques des premiers albums :

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Hard'n Heavy International

Dirkschneider & The Old Gang : un nouvel assaut [Interview]

Alors que le projet, né en 2020 au moment des confinements et des annulations successives de tournées, était destiné à soutenir son entourage, Udo Dirkschneider et une poignée d’amis avaient sorti «  Arising ». Réuni autour d’une même cause, le groupe composé de musiciens chevronnés n’avaient sûrement pas imaginé l’engouement qui se produirait autour de ce premier EP. Aujourd’hui, et entre plusieurs activités musicales, DIRKSCHNEIDER & THE OLD GANG présente un album complet, « Babylon », sur lequel la formation allemande évolue entre Hard Rock et Heavy Metal, deux registres qu’elle connait bien. Du nouveau aussi vocalement, puisqu’en plus de l’ancien frontman d’Accept, on retrouve au chant Peter Baltes et la chanteuse Manuela Bibert, qui apporte beaucoup de fraîcheur et une belle sensibilité féminine. Entretient avec le tenace leader du sextet…  

– Tout d’abord, j’aimerais que l’on revienne sur la genèse du groupe, qui était au départ un projet caritatif destiné à aider les artistes durant la pandémie. Comment s’est-il formé à l’époque et à l’initiative de qui ?

Oui, tout a démarré pendant la pandémie où nous avions écrit quatre morceaux. En fait, l’idée était de reverser l’argent à notre équipe, aux membres du groupe et aussi à notre entourage pour les soutenir pendant cette période. Il n’y avait pas de travail et c’était donc l’idée première. Ensuite, quand nous avons sorti ces quatre chansons, beaucoup de gens nous ont dit qu’on devrait faire un album. Or, ce n’était pas prévu à ce moment-là. On a donc commencé tout doucement en regardant un peu comment cela se passait jusqu’à ce que l’on arrive à un album complet. Pour ce qui est de la création du groupe, c’est parti d’une idée commune. On voulait vraiment aider les gens autour de nous et un EP nous a paru être une bonne idée. Et puis, pour le nom, en rassemblant Peter (Baltes, basse, chant – NDR), Stefan (Kaufmann, guitares – NDR), Mathias (Dieth, guitares – NDR) et moi-même, THE OLD GANG nous a semblé évident ! (Sourires)

– Dès 2020, puis l’année suivante avec la sortie de l’EP « Arising », le succès a été au rendez-vous. Vous attendiez-vous à un tel engouement aussi rapidement ?

C’est vrai qu’à la sortie de « Arising », les retours ont été très, très bons et les gens nous ont demandé plus. Mais tout ça n’était pas prévu ! Alors, nous nous sommes posés, on a discuté et nous nous sommes dits qu’en fonction du temps qu’on avait, on se mettrait à la composition d’un album. On se doutait que cela irait lentement. Je suis très occupé avec mes projets parallèles, et cela demande aussi du temps. Il nous a donc fallu attendre d’en avoir pour se retrouver tous ensemble et commencer à composer.

– Ce qui se voulait être un projet caritatif s’est donc transformé en véritable groupe. Cinq ans après sa création, votre premier album « Babylon » voit le jour. Qu’est-ce qui a changé pour vous depuis le début ? DATOG est-il devenu votre activité principale aujourd’hui ?

En fait, je pense que c’est avant tout un projet dans la mesure où rien n’a été prémédité. Nous n’avions rien planifié. C’est comme ça que nous le voyons et c’est surtout pour le fun que nous le faisons.

– Vous vous connaissez tous les six très bien, sur scène comme en studio. Comment se passe la composition des morceaux ? Est-ce que tout le monde y participe dans un même élan collectif ?

Oui, nous faisons tout ensemble. Personne ne compose seul les morceaux. Chacun apporte ses idées que ce soit Manuela (Bibert, chant, chœurs, claviers – NDR), Stephan, Peter, mon fils Sven (Dirkschneider, batterie – NDR) ou moi-même. C’est quelque chose que nous faisons vraiment tous ensemble, à partir des idées de chacun.

– D’ailleurs, l’une des particularités du groupe est que vous êtes trois au chant. Cela offre beaucoup de possibilités. Comment vous répartissez-vous les rôles et est-ce que chacun écrit ses propres parties ?

Là aussi, on travaille sur les voix ensemble. Il n’y a pas de leader de ce côté-là, non plus. Bien sûr, on retrouve certains d’entre-nous plus impliqués sur certaines chansons dont ils sont à l’origine. Mais au final, l’ensemble du travail est collectif sur tous les titres. Au début, j’ai enregistré quelques démos sur lesquelles on a ensuite travaillé. Mais pour les mélodies, c’est un travail de groupe et c’est le même processus sur tout l’album.

– Vous auriez aussi pu inclure les morceaux de « Arising » dans « Babylon », en les réenregistrant, par exemple. Mais vous avez préféré livrer un album entièrement inédit. Est-ce que dès vos premiers titres il y a cinq ans, vous avez été immédiatement convaincu que l’histoire ne faisait que commencer ?

En fait, une fois l’EP réalisé, il fallait passer à autre chose. « Arising » n’était que le début, c’est vrai, et c’est à ce moment-là que tout a commencé. Pour « Babylon », tous les morceaux sont inédits, en dehors de « Blindfold » qui est une chanson de Manuela et dont nous avons fait une nouvelle version.

– Globalement Hard Rock et aussi très Heavy, on retrouve des ambiances variées comme la très orientale « Babylon », la ballade « Strangers In Paradise » ou encore « Beyond The End Of Time », qui conclue l’album sur presque huit minutes…

« Strangers In Paradise » est bien sûr une idée de Manuela, qui en a trouvé le thème et sur lequel nous avons ensuite tous travaillé. Et c’est vrai que « Beyond The End Of Time » est une chanson très longue qui vient conclure l’album. Au départ, elle était même encore plus longue ! (Sourires) C’est d’ailleurs l’une de mes préférées de « Babylon ».

– Bien sûr, cinq ans se sont écoulés entre « Arising » et « Babylon » et DATOG a aussi changé de label entretemps. Est-ce que cela a aussi pu changer la trajectoire et l’élan du groupe ?

En fait, j’ai changé de label avec U.D.O. et Reigning Phoenix Music a pris le relais. Ils m’ont dit qu’ils aimeraient aussi avoir ce nouvel album de DATOG, et cela s’est fait tout seul finalement, car on se connait depuis très longtemps. Etant donné qu’ils travaillaient auparavant chez AFM Records, il n’y a donc eu aucun souci.

– Enfin, avec trois chanteurs, l’accent est aussi forcément mis sur les chœurs et des refrains très fédérateurs, taillés pour la scène et pour emporter le public. Est-ce quelque chose que vous aviez en tête dès le début, connaissant l’objectif premier du projet ? Et vous verra-t-on bientôt en concert ?

Oui, c’est vrai que nous avons trois très bons chanteurs que ce soit Peter ou Manuela et moi au milieu. Et celui qui a harmonisé l’ensemble en équilibrant les chœurs et les voix de tête sur les morceaux est Stephen, notre guitariste. Il connaît ma voix depuis très longtemps, il connaît aussi très bien celle de Peter et de Manuela bien sûr. Son implication a été totale et il a très bien su constituer les associations. Il a travaillé sur toutes les parties, ligne vocale par ligne vocale et a parfaitement défini qui devait chanter avec qui sur chaque morceau. C’est vraiment lui le grand organisateur du travail sur le placement de nos voix.

En ce qui concerne les concerts, rien n’est prévu pour le moment, ce n’est pas l’un de nos objectifs. En fait, j’ai beaucoup de travail avec U.D.O. et avec Dirkschneider et il y a aussi les 40 ans de l’album « Balls To the Wall ». Jusqu’à la fin de l’année, je dois aller jouer en Australie, au Japon, aux Etats-Unis, au Canada, … Je vais être très occupé. (Sourires) Et puis, je suis également en train de travailler sur le prochain album d’U.D.O. ! Donc, nous verrons si nous trouvons le temps plus tard. Je dis toujours qu’il ne faut jamais dire jamais, alors qui sait ? Peut-être une petite tournée ? En tout cas, à l’heure actuelle, il n’y a aucun projet de côté-là.

« Babylon », par DIRKSCHNEIDER & THE OLD GANG, sort chez Reigning Phoenix Music.

Photos : Eddi Bachmann Photography

Retrouvez aussi la chronique du dernier album de Dirkschneider et celles d’U.D.O. :

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Hard'n Heavy Melodic Metal

Sole Syndicate : une personnalité affirmée

Les Suédois prennent de la hauteur et haussent le ton, c’est en tout cas ainsi qu’on pourrait définir « The Reckoning » s’il n’était pas aussi fin dans son interprétation comme dans son écriture. Ce quatrième effort est terriblement efficace et accrocheur, preuve d’une maturité et de beaucoup de certitudes quant à la direction à mener. SOLE SYNDICATE a parfaitement cerné les contours de son Melodic Metal et se montre intraitable dans son exécution. En variant les sensations et les tempos, il s’affiche comme l’un des meilleurs groupes du genre et laisse exploser un caractère bien trempé.

SOLE SYNDICATE

« The Reckoning »

(El Puerto Records)

Et si ce quatrième album de SOLE SYNDICATE était enfin celui de la consécration sur la scène Metal européenne ? C’est en tout cas ce que laisse entrevoir « The Reckoning », qui montre le quatuor à un pic créatif évident. Trois ans après l’enthousiasmant « Into The Flames », le style est peaufiné, épuré au niveau des compositions, jadis parfois un peu pompeuses, pour revenir à l’essence-même du Melodic Metal, dont leur terre de Scandinavie est un vivier inépuisable et surtout porteuse de l’ADN du genre. Tonique et multipliant les émotions, ces dix nouveaux titres montrent une force et une assurance indiscutable.

Toujours mené par son fondateur, chanteur et guitariste Jonas Månsson, qui offre une performance incroyable et s’impose en leader incontestable, SOLE SYNDICATE avance pourtant d’un seul homme et sans la moindre hésitation. Si la voix à la fois ferme et touchante du frontman captive et séduit, la force du combo réside dans sa faculté à marier la puissance d’un Hard Rock tirant sur le Heavy avec des atmosphères plus planantes, guidé par un sens de la mélodie très travaillé, qui donne à « The Reckoning » une sorte d’évidence dans son déroulé. Tranchant et subtil, l’ensemble est minutieux et solide.

Produit en collaboration avec Jakob Herrmann, qui a notamment travaillé avec Evergrey et Art Nation, ce quatrième opus voit aussi la claviériste Katja Rasila prendre un peu plus de place au niveau du chant (« Love Is Only »), et c’est d’ailleurs une piste que SOLE SYNDICATE devrait explorer un peu plus sérieusement. Sur un groove musclé et une profondeur vocale envoûtante, les guitares sont explosives, serrées et toujours au service des morceaux (« On The Back Of A Angel », « The Way That You Are », « The Voice Inside », « The Mob Rules », « Rise Like A Phoenix », « Eye Of The Storm »). Moderne et audacieux, tout y est !   

Retrouvez la chronique de « Into The Flames » :

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Hard'n Heavy

Edgeland : towards the light

Jimmy Karlsson (chant, basse), Niklas Eriksson (guitare) et Magnus Blixt (batterie) donnent peut-être l’impression de prendre leur temps, mais à les écouter, ils ont bien raison. Pourtant, ces dernières années, EDGELAND a mis un sacré coup d’accélérateur et « Tunnels » vient confirmer cette véloce créativité qui l’anime désormais. Son Hard’n Heavy mélange les ambiances et affiche surtout une personnalité forte. Un opus que vous n’êtes pas prêts de lâcher.

EDGELAND

« Tunnels »

(Independant)

Malgré plus de trois décennies d’existence, EDGELAND a véritablement commencé à faire parler de lui avec le single « Fuel » en 2015, puis avec l’EP « Cabin E11even » deux ans plus tard. Après avoir distillé trois autres titres, c’est « Keeper Of The Light », son premier long format sorti en 2023, qui a mis en lumière le talent du power trio. Grâce à un sens plus qu’aiguisé de la mélodie couplé à un art du riff évident, il faut souhaiter que « Tunnels » soit enfin l’album qui révèle les Suédois, toujours étonnamment en autoproduction.

Rien ne manque sur ce deuxième opus. Les morceaux sont percutants, leur interprétation franchement irréprochable et la production est exemplaire, voire meilleure que beaucoup d’autres. EDGELAND est fin prêt et en bonne position sur une rampe de lancement qui n’attend que l’allumage. Car, malgré, sa sombre pochette, le combo scandinave se montre littéralement éclatant. Puissant et accrocheur, « Tunnels » est un disque complet à bien des égards et, entre Hard Rock et Heavy Metal, l’intensité et la vigueur font cause commune.

« The Release », paru précédemment en single, ouvre les hostilités de la plus belle des manières, suivi de près par « Crimson Coronation ». EDGELAND affiche une maîtrise totale, les refrains sont irrésistibles et si l’ensemble laisse échapper une saveur très 90’s, on est rapidement conquis par autant d’efficacité. Sur un groove musclé, le groupe enchaîne les titres avec beaucoup d’énergie (« Desolate Road », « The Closing Day », « Final Breath », « River Black »). Non sans émotion, « Tunnels » fait jaillir huit compositions entêtantes.

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Hard'n Heavy Heavy Rock International

The Violent Hour : rockin’ lady [Interview]

Après 15 ans passés à la tête des Butcher Babies, combo qu’elle avait fondé, et tout juste intronisée au chant chez Lords Of Acid, Carla Harvey se présente aujourd’hui avec un projet plus personnel et dans un registre très différent de ce qu’elle nous a jusqu’ici donné d’elle. Très californien dans l’esprit comme dans le son, la frontwoman a laissé les reines à Charlie Benante, prolifique multi-instrumentiste, producteur et membre d’Anthrax. Le résultat est un Heavy Rock bardé de mélodies entêtantes et accrocheuses, où l’on découvre d’ailleurs un nouvel aspect de ses capacités vocales et de son écriture. La chanteuse nous parle de ce premier EP éponyme de THE VIOLENT HOUR, sa nouvelle formation qui prendra la route en septembre…

– Carla, avant de parler de ce premier EP, j’aimerais qu’on dise un mot au sujet de Butcher Babies que tu as fondé et quitté 15 ans plus tard. Est-ce que tu as eu le sentiment d’en avoir fait le tour ? Qu’il te fallait peut-être passer à autre chose ?

Je suis très fière de mon travail au sein de Butcher Babies et de ce que nous avons accompli en tant que groupe. Nous sommes partis de rien, nous avons exploré le monde et nous avons enregistré six albums exceptionnels. Je n’avais pas l’impression d’avoir tout vu, au contraire. La vie et les priorités ont changé au fil de ces 15 ans et j’ai constaté qu’être sur la route dix mois par an n’était ni sain, ni propice à l’épanouissement. Les deux autres membres fondateurs du groupe étant en couple, être constamment sur la route ne leur posait donc aucun problème. Mais pour moi, cela impliquait de grands sacrifices.

– En janvier dernier, tu as annoncé ton arrivée au sein de Lords Of Acid. En plus de tes autres activités, tu as aussi besoin de mener de front plusieurs projets musicaux ? Et comment est-ce que cela s’est d’ailleurs fait ?

Je n’ai jamais caché que j’étais une grande fan de Lords of Acid. Alors quand ils ont eu besoin de quelqu’un au chant et qu’ils me l’ont proposé, j’ai sauté sur l’occasion. Je rentrais tout juste de ma première tournée avec eux et ce fut l’une des meilleures expériences que j’ai jamais vécues. Les concerts affichaient complet presque tous les soirs et l’énergie sur scène était incroyable. J’avais toujours le sourire et je me sentais tellement libre. Je vivais une sorte d’expérience extracorporelle chaque soir. Peut-être parce que je jouais la musique que j’adorais à 16 ans… Je l’ai fait avec un abandon total. Je ne considère pas cela comme une simple jonglerie entre plusieurs projets musicaux. Lords of Acid demande peu de temps, environ une tournée par an, pour une énorme récompense. Et puis, je suis également ravie de bientôt tourner avec THE VIOLENT HOUR.

– Entre le passé, le présent et le futur que l’on peut représenter par Butcher Babies, Lords Of Acid et THE VIOLENT HOUR, quel est le groupe qui te ressemble le plus et qui est le plus proche ta culture musicale ? Ce nouveau projet peut-être, qui dénote un peu des deux autres ?

Je pense que chaque groupe représente une part de moi à un moment précis. THE VIOLENT HOUR est celle qui me semble la plus précieuse, car le contenu des paroles n’appartient qu’à moi. Ces chansons m’ont aidée à traverser une période difficile et m’ont fait redécouvrir le processus créatif. Elles me rappellent aussi la Carla que j’étais à 16 ans, ce qu’elle aimait et cela me parle beaucoup également.

– Au regard de tes autres expériences musicales qui sont nettement plus Metal, tu donnes l’impression ici de t’épanouir pleinement dans ce Hard’n Heavy, qui se veut aussi plus intemporel. Et vocalement aussi, ta palette s’est agrandie. Est-ce que tu te sens plus libre au niveau du chant avec THE VIOLENT HOUR ?

Pour être honnête, au début, j’avais peur d’écrire ces chansons. Je pensais qu’après tant d’années à chanter avec une voix gutturale, c’était peut-être juste ça que les gens voulaient entendre de moi. En fait, quand j’ai essayé de les chanter pour la première fois, j’avais presque l’impression que ma voix était prisonnière. J’avais peur de la faire sortir. Puis, à un moment donné, pendant l’écriture, j’ai eu un déclic et j’ai commencé à m’amuser. Et ces voix que je n’ai jamais l’occasion d’utiliser ont commencé à jaillir de moi. Et même si j’ai toujours aimé le Metal, j’aime tout autant, peut-être même plus, le Hard Rock. Le premier groupe que j’ai vraiment adoré était Guns N’ Roses.

– « The Violent Hour » a été réalisé avec Charlie Benante d’Anthrax, multi-instrumentiste et producteur de l’EP. Comment s’est passée cette collaboration et, avant cela, votre rencontre, car vous œuvrez tous les deux dans des registres assez différents ?

Charlie et moi nous sommes rencontrés à un festival de musique où nous jouions tous les deux en 2014. Je crois que c’était le ‘KnotFest’. Mon groupe avait repris un morceau de SOD, « Pussy Whiped », et il m’a demandé pourquoi nous avions choisi de l’interpréter. Nous avons commencé à sortir ensemble en 2015 et la suite appartient à l’Histoire. Bien que nous ayons improvisé quelques morceaux ensemble pendant le Covid, nous n’avions pas vraiment collaboré comme nous le faisons maintenant.

Quand la séparation des Butcher Babies a eu lieu, je pense que Charlie a compris que je faisais le deuil de ce groupe que j’avais créé. Je ne savais pas ce qui m’attendait musicalement, mais il savait que je n’étais pas prête à abandonner. Il m’a en quelque sorte fait arrêter de me complaire dans la tristesse du moment en me disant : « Lève-toi, aujourd’hui, on va écrire, on va composer ! ». Et il a commencé à me proposer des idées qui me parlaient vraiment, car il connaît toutes mes premières influences. Par exemple, il savait que j’adorais Aerosmith et Guns N’ Roses, et c’est ainsi qu’est née la chanson « Hell Or Hollywood ».

Ecrire est redevenu passionnant, car nous avons composé des chansons qui parlent vraiment à l’enfant qui sommeille en moi. C’était très différent que la composition avec un groupe complet, car Charlie a écrit et joué de tous les instruments… Mais je lui fais vraiment confiance musicalement. C’est très important quand on est juste tous les deux à faire de la musique.

– Tu signes donc les paroles des cinq chansons et elles paraissent très personnelles à l’image de « Hell Of Hollywood », justement. Avec ce projet, on a le sentiment que tu te dévoiles un peu plus. D’ailleurs, comme THE VIOLENT HOUR est une aventure en solo, pourquoi ne pas l’avoir présenté sous ton nom ?

Quand j’écris de la musique, je suis vraiment sincère. Je ne peux être qu’authentique. J’adore raconter des histoires, et celles que je connais le mieux sont les miennes. J’aime aussi l’idée de pouvoir aider l’auditeur à se sentir moins seul en partageant quelque chose à laquelle il peut s’identifier. Quant à mon travail actuel, j’ai toujours détesté les projets dits ‘solo’. Je n’ai jamais voulu être une artiste solo, car j’ai toujours adoré l’idée de faire partie d’un groupe. Plus jeune, j’adorais que chaque membre ait une personnalité distincte. THE VIOLENT HOUR sera un groupe… Il y a d’ailleurs déjà des musiciens en répétition avec moi pour préparer nos premiers concerts.

– Par ailleurs, est-ce que c’est l’importance prise par les plateformes numériques aujourd’hui qui t’a convaincu de sortir un format court plutôt qu’un album ? On reste un peu sur notre faim…

J’aimerais que plus de gens aient la capacité d’écouter un album complet de nos jours. C’est aussi pour cela que je voulais accorder à chaque chanson une attention particulière et lui donner de l’espace pour respirer. Mais il y en a d’autres en préparation, crois-moi ! (Sourires)

– En plus de Charlie Benante, tu accueilles des guests de renom sur cet EP. On retrouve John5 de Mötley Crüe sur « Sick Ones » et Zakk Wylde sur « Hell Or Hollywood », ainsi que le chanteur de Crobot, Brandon Yeagley, sur « Portland, Oregon ». Ce sont des musiciens que tu connais depuis longtemps et avec qui tu avais déjà travaillé ?

Je dois dire que je suis très fière de Charlie et de tout ce qu’il a fait avec ces chansons. Si les gens ne le voient que comme un batteur, leur opinion changera complètement après avoir écouté cet EP. Il joue de tous les instruments sur ces chansons, y compris la guitare slide. J’étais vraiment ravi d’avoir aussi John5, Zakk Wylde et Brando sur l’album. J’ai d’ailleurs participé à un morceau de John5 et j’ai tourné plusieurs fois avec Zakk et Black Label Society. Comme Charlie est très ami avec eux, donc c’était naturel de leur demander de participer. Il a aussi travaillé avec Brandon sur ses jams de confinement en 2020. Ils sont donc devenus amis. Comme c’est agréable d’avoir des amis talentueux ! (Rires)

– De quelle manière avez-vous travaillé ensemble, notamment pour le duo avec Brandon Yeagley, et les deux guitaristes ont-ils eu carte blanche ? 

Le duo que j’ai fait avec Brandon est une reprise de la chanteuse et compositrice Loretta Lynn. J’ai toujours adoré cette chanson. C’est un morceau de Country impertinent et sexy qui parle d’une aventure d’un soir. Elle la chante avec Jack White et j’ai trouvé que Brandon avait la voix parfaite pour la chanter avec moi. Et quand John5 et Zakk Wylde ont fait les solos sur « Sick Ones » et « Hell Or Hollywood », je leur ai laissé une totale liberté. Lorsque j’ai récupéré les solos, ils étaient honnêtement encore meilleurs que ce que j’imaginais. Je crois même que j’en ai pleuré. Je n’arrivais pas à croire que ces solos phénoménaux figuraient sur mes chansons. Ce fut un vrai moment d’émotion.

– D’ailleurs, à propos de ces featurings, avez-vous pu travailler directement ensemble, sachant qu’aujourd’hui beaucoup de choses se font à distance ?

Comme chacun a son propre home studio, tout s’est donc fait à distance. Mais bien sûr, je passe beaucoup de temps avec Zakk Wylde.

– Enfin, j’imagine que tu dois être impatiente de présenter ces nouveaux morceaux à ton public sur scène. Est-ce que des concerts sont déjà prévus et y intègreras-tu aussi des chansons de Butcher Babies ?

J’ai tellement hâte de voir THE VIOLENT HOUR en tournée. J’ai un groupe féminin incroyable, dont je rêve depuis des années. Je suis une grande fan du mouvement ‘Riot Grrl’ des années 90. Nos premiers concerts auront lieu en septembre avec Buckcherry et Michael Monroe, et nous jouerons uniquement des compositions originales de THE VIOLENT HOUR.

Le premier EP éponyme de THE VIOLENT HOUR est disponible chez Megaforce Records.

Photos : Lynn Yati (1, 3)

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Hard'n Heavy

Front Row Warriors : Metal commando

Volontaire et dynamique, le sextet teuton est de retour avec un deuxième effort qui vient confirmer la qualité du premier. Avec la même énergie et des morceaux bien ciselés, FRONT ROW WARRIORS use de refrains entêtants tout en se montrant très Heavy. La voix de sa chanteuse est sans conteste l’un de ses plus grands atouts, et c’est avec force qu’il distille un Hard’n Heavy pointilleux sur ce « Running Out Of Time » franchement musclé, entraînant et très live dans l’intention.

FRONT ROW WARRIORS

« Running Out Of Time »

(ROAR)

Fondé en 2019 et composé de musiciens aguerris de la scène allemande, FRONT ROW WARRIORS s’est fait remarqué dès la sortie de son premier album, « Wheel Of Fortune », il y  a deux ans. Salué outre-Rhin, il a permis au groupe d’écumer le pays de salles en festivals pour renforcer ce bel élan. Issus de formations chevronnées, il s’inscrit dans un registre mêlant Hard Rock et Heavy Metal avec une teinte 90’s, qui ne l’empêche pas d’avoir une belle force de frappe et un son très actuel sur ce très bon « Running Out Of Time ».

Produit par Achim Köhler (Primal Scream, Brainstorm) et Michael Bormann (ex-Bloodbound et Bonfire), « Running Out Of Time » dispose d’un son riche et bien équilibré (ils sont six !) et si le chant d’Elkie Gee apporte énormément à ces nouvelles compositions, les riffs, les structures et les mélodies portent l’ensemble avec maîtrise et fluidité. FRONT ROW WARRIORS a trouvé son style et manie habillement un aspect percutant avec ses deux guitaristes et une présence discrète et efficace des claviers.

Le combo de Stuttgart se montre très accrocheur dès « Turn The Tide ». Classique et véloce, on perçoit aussi quelques références scandinaves dans son jeu, qui viennent confirmer son aisance et sa diversité d’écriture (« New Horizons », « Rise Against »). Avec une frontwoman qui fait ce qu’elle veut, FRONT ROW WARRIORS déroule et s’offre même une reprise très réussie du « Heartbreaker » de Pat Benatar. Et c’est avec le titre portant son nom, « Front Row Warriors », qu’il achève avec ardeur ce « Running Out Of Time » costaud et fédérateur.

Photo : Sermed Shaikh

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Hard Rock Occult Rock

Skräcken : nébuleux

Renouant avec un Hard Rock brut qui fait ses preuves dans les années 70 et 80, les Scandinaves s’assurent d’un auditoire fidèle, ce qui ne les empêche pas d’apporter une touche personnelle et un bel élan à travers cette première réalisation convaincante. SKRÄCKEN, qui signifie ‘la fissure’, joue sur un aspect vintage pour s’y engouffrer et la palette vocale de sa chanteuse lui permet d’évoluer avec une intensité constante. « Echoes From The Void » marque le début d’une belle aventure.

SKRÄCKEN

« Echoes From The Void »

(Dying Victims Productions)

La Suède se distingue par le nombre de groupes ayant à leur tête une chanteuse et c’est une très bonne chose d’autant que l’émulation est là et la diversité aussi. Formé il y a tout juste trois ans, SKRÄCKEN avait déjà commencé à faire parler de lui avec « The Presence », un premier EP où l’on avait vite compris qu’il ‘on n’avait pas à faire à des amateurs. Au chant, Sofie-Lee Johansson a œuvré chez Night Viper, tandis que Martin Nordin, l’un des deux guitaristes, a passé près de sept ans chez Lucifer. Ça en impose immédiatement.

Originaire de Göteborg, SKRÄCKEN sort donc son premier album et en combo aguerri, « Echoes From The Void » résonne d’une expérience acquise de longue date. Dans des méandres ténébreux, le Hard Rock Old School du quintet jaillit avec force dans un registre aux frontières du Heavy et aux portes du Doom. Le mix est habile et l’ensemble mené de main de maître. Il est ici question de visions et de mélancolie, mais le disque est très dynamique et imprégné d’atmosphères changeantes et captivantes.

Avec une frontwoman de ce calibre, SKRÄCKEN possède un atout de choc et de charme, mais ce qui séduit avant tout, c’est une unité artiste monumentale qui rayonne. Incisif et percutant, ce premier opus libère une belle et sombre énergie et on se laisse emporter dans ses brumes obscures (« By His Hand », « Witch », « Her Presence », « Sweet Silence », « Visions Of Fire » et le génial « Wasteland »). Particulièrement soudés et créatifs, les Suédois se montrent éclatants, solides et posent les fondations d’un avenir prometteur. 

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Hard Rock Hard'n Heavy

W’t’M : Wildness’t’Melody

Associées, la créativité scandinave et l’élégance italienne font des merveilles sur cette entrée en matière très réussie. L’idée du combo européen est d’apporter un souffle nouveau sur la scène Hard Rock, en affichant clairement l’ambition de présenter un style accessible en gardant un aspect explosif. Et le mélange entre un certain classicisme du genre sur une production très actuelle fait de W’t’M un nouveau venu plein d’impact et guidé par une voix exceptionnelle sur ce vigoureux « Witness The Madness » très prometteur.

W’t’M

« Witness The Madness »

(Popshit Records)

A en croire ce premier album, la ligne entre Copenhague et Rome fonctionne très bien et la connexion est même parfaite. Formé autour de Michael Bastholm Dahl, l’ancien chanteur d’Artillery et ici à la guitare, le groupe est essentiellement danois à l’exception de sa frontwoman, l’Italienne Marica Moire. Après plusieurs singles, W’t’M sort enfin son premier effort et « Witness The Madness » (titre dont il tire son nom en abrégé) est une bonne surprise. Un mix entre Hard Rock moderne et un Heavy polyvalent et costaud.

Sur une ligne mélodique aux structures souvent complexes, la dynamique est enthousiasmante et l’ensemble franchement rafraîchissant. La puissance vocale toute en nuances de la Romaine créé l’équilibre avec les guitares notamment, et elle marque littéralement d’une empreinte forte « Witness The Madness ». Et puis, W’t’M a pris autant de soin à se montrer véloce et percutant qu’à être très attentif aux moindres détails des arrangements. Rien n’est laissé au hasard et c’est justement ce savoir-faire qui brille ici.

Multipliant les changements de tempos, s’engouffrant dans des parties plus progressives et distillant habillement ses parties de claviers, la formation italo-danoise sait se montrer aussi puissante que d’une grande finesse. Dans un registre qu’elle maîtrise parfaitement, elle réoxygène un Hard Rock déjà moderne et, à ce niveau-là, la gamme vocale de sa chanteuse impressionne et fait toute la différence (« A Symphony Of Brillance », « Wake Up Too A Breakdown », « Moments Of Light », « One Reason », « Eternal Echoes »). Foudroyant !