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Heavy metal Power metal

Crystal Viper : conquérant

Toujours imprégné de la littérature de H.P. Lovecraft, c’est avec beaucoup d’allant que CRYSTAL VIPER mène sa barque depuis « The Curse Of Crystal Viper » sorti en 2007. Imperturbable, Martha Gabriel porte son groupe avec talent et a fait de lui une valeur sûre du Heavy Metal européen, tant au niveau de ses productions que de ses prestations live. Avec « The Silver Key », un nouveau cap est franchi au niveau du son, notamment, et de bien belle manière.

CRYSTAL VIPER

« The Silver Key »

(Listenable Records)

Trois ans après « The Cult » sorti quelques mois avant l’album solo de sa frontwoman, « Metal Queens », les Polonais font un retour en force avec « The Silver Key », qui vient les ancrer dans un True Metal musclé. Sur ce neuvième opus, Martha Gabriel et ses hommes personnifient encore un peu plus ce mélange de Heavy Metal Old School estampillé NWOBHM avec quelques touches de Power Metal, histoire de gagner en vélocité. Et CRYSTAL VIPER ne déçoit pas et livre même quelques bonnes surprises. 

Rangés derrière leur chanteuse, guitariste et bassiste, ainsi qu’Andy Wave (guitare), Kuba Galwas (batterie) et Guiseppe Taormina (guitare) font leur apparition pour la première fois sur un disque de CRYSTAL VIPER et l’addition des six-cordistes donne une certaine férocité à « The Silver Key ». Les riffs sont costauds, les solos bien pensés et les twin-guitares font des merveilles : un Heavy Metal qui fait plaisir. Les ambiances aussi sont multiples et vocalement l’ensemble est irréprochable et convaincant. 

Tout en maîtrise, ces nouvelles compos bénéficient d’une belle production, laquelle met parfaitement en relief la technique du quatuor. L’évolution sur « The Silver Key » est réellement palpable et non seulement CRYSTAL VIPER se montre à la hauteur de ses ambitions, mais se démarque aussi dans le style. Passé l’intro rétro-futuriste, on entre dans le vif du sujet avec « Return To Providence », qui annonce une suite plus que solide (« Heading Kadath », « Book Of The Deal », « Escape From Yaddith »).

Retrouvez la chronique de « The Cult »…

… et celle de l’album solo de Martha Gabriel :

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Heavy metal Power metal

Greyhawk : génération augmentée

Originaire de la côte ouest des Etats-Unis, GREYHAWK n’élude pas ses intentions, qui sont de moderniser le Heavy Metal classique, celui des Dio, Judas Priest, Malmsteen et autre Riot. Virtuose et inventif, le combo lustre l’héritage de ses aînés grâce à un chanteur au spectre vocal rare, deux guitaristes hors-pair et une rythmique ferme. Avec « Thunderheart », c’est un album-concept somptueux qu’il nous livre à travers des atmosphères épiques absolument addictives. Et ce n’est sans doute pas un hasard si c’est un label espagnol qui l’a pris sous son aile. Nul n’est prophète en son pays…!

GREYHAWK

« Thunderheart »

(Fighter Records)

Depuis quelques années et à travers le monde, on assiste à l’avènement de cette NWOTHM, à savoir cette vague de groupes qui se revendiquent acteurs d’un renouveau du Heavy Metal traditionnel. Là où certains y voient une saveur Old School ou vintage, d’autres pensent plutôt à une renaissance actualisée des plus belles heures de ce registre éternel. Et il faut bien avouer que cela dépend vraiment des cas. Pour ce qui est de GREYHAWK, on est clairement dans une continuité et seules la grande expérience de ses membres, une assimilation parfaite du style et une inspiration neuve les distinguent aussi brillamment.

Alors forcément, pour revenir à la source, il faut avoir été biberonné aux décibels des précurseurs, et c’est assez surprenant de constater avec quelle facilité le quintet de Seattle sonne si européen. C’était déjà flagrant sur leur premier EP (« Ride Out » – 2018), puis sur leur premier album (« Keepers Of The Flame » – 2020) et sur son dernier format court (« Call Of The Hawk » – 2022). Ici, GREYHAWK s’affiche au sommet de son art sur ce « Thunderheart », un deuxième opus plein de force, de mélodies épiques, de rythmiques galopantes et effrénés et d’une puissance Heavy, en effet, très contemporaine.

Entre Power Metal, solos néo-classiques, Hard Rock et riffs rapides et entraînants, l’identité des Américains se dessinent au fil des morceaux avec une précision chirurgicale et une maîtrise totale. A eux cinq, Rev Taylor (chant), Darin Wall (basse), Jesse Berlin et Rob Steinway (guitares) et Nate Butler (batterie) manient le chaud et le froid, entre passages fédérateurs et hymnes ravageurs. GREYHAWK fait plus que montrer les crocs, il donne une véritable leçon avec une énergie qui percute frontalement (« Spellstone », « Ombria (City Of The Night) », « Rock & Roll City », « Sacrifice Of Steel », « The Last Mile », …). Une claque ! 

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Power metal Speed Metal Thrash Metal

Rage : un Metal généreux

Depuis quatre décennies, Peavy Wagner est l’indétrônable fondateur, bassiste et frontman de RAGE, véritable institution outre-Rhin et bien au-delà. Avec près de 25 albums au compteur, sa passion et sa vigueur le guident et donnent ce même élan dévastateur qui constitue son ADN. Fort d’un Power Metal traditionnel très varié, ils sont maintenant trois à nous mener dans cette nouvelle réalisation, « Afterlifelines », très ambitieuse, surprenante et où ils ont vu double !

RAGE

« Afterlifelines »

(Steamhammer/SPV)

Pour fêter dignement ses 40 ans d’existence, RAGE a fait les choses en grand et offre en cadeau à ses fans, « Afterlifelines », un double-album de plus de 90 minutes. Une belle somme de travail que l’on doit à l’inoxydable Peter ‘Peavy’ Wagner aux manettes depuis 1984, à Jean Bormann (guitare) et à Vassilios ‘Lucky’ Maniatopoulos (batterie). Le quatuor est donc désormais trio depuis le départ du guitariste Stefan Weber après la sortie de « Resurrection Day » il y a trois ans. En tout cas, l’envie et la férocité sont intactes.

Produit par ses soins et enregistré dans son propre studio de Leverkusen, « Afterlifelines » combine de multiples courants, sans autant que RAGE ne perde le fil malgré une petite vingtaine de nouveaux morceaux. Les Allemands promettent l’apocalypse et ils s’y tiennent. Sur le premier CD intitulé « Afterlife », on retrouve le combo dans sa formule ‘classique’, basée sur un Power Metal à l’ancienne entre Speed et Thrash. Toujours garant de cette touche très teutonne, Peavy et ses hommes martèlent leur Metal avec conviction.

Le second CD, « Lifelines », est quant à lui très différent musicalement, même si l’identité du groupe est toujours aussi identifiable. La raison principale est la présence du claviériste Marco Grasshoff (AngelInc, PowerWorld), qui est venu orchestrer cette deuxième partie. Sans véritablement tomber dans le Symphonique pur jus, RAGE se déploie sur des arrangements de cordes, de piano et de synthés propres à un Heavy plus souple et mélodique. « Afterlifelines » montre un visage nouveau et très moderne, sans oublier de bien cogner !

Photo : Oliver Bob

Retrouvez la chronique de « Resurrection Day » :

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Heavy metal Power metal Speed Metal

Firewind : un vivifiant souffle Heavy

FIREWIND est devenu au fil de ses productions une référence qui s’étend dorénavant bien au-delà de sa Grèce natale. Avec un frontman dont le charisme explose enfin au grand jour, un duo basse/batterie intenable et un Gus G. des grands jours, le combo affiche un Heavy Metal racé enrichi de touches Hard Rock, Speed et Power Metal lui offrent un relief très véloce. « Stand United » est solide, accrocheur et nerveux. Sans se disperser, les quatre musiciens livrent une très bonne performance.

FIREWIND

« Stand United »

(AFM Records)

Cela fait maintenant un peu plus de 20 ans que FIREWIND domine, et dynamise aussi, la scène grecque Heavy Metal et chacune de ses réalisations apporte son lot de surprises. Le quatuor ne cesse de progresser dans la composition et l’écriture et « Stand United » est sans conteste le meilleur de ses dix albums. Petros Christo (basse) et Jo Nunez (batterie) assènent une rythmique imparable et martèlent avec une précision chirurgicale. De son côté, le chant de Herbie Langhans est plus efficace et maîtrisé que jamais. Et puis, il y a le petit génie, qui reste l’élément moteur ici encore.

On ne présente plus Gus G., virtuose de la six-corde au CV long comme le bras que ce soit en groupe ou en solo. Moins tourné sur son jeu, « Stand United », dont le titre parle de lui-même, est incontestablement un vrai disque de groupe, et plus seulement axé sur ses prouesses guitaristiques. Cela dit, il n’est pas beaucoup plus discret qu’auparavant, ce qui serait d’ailleurs dommage, mais ses envolées servent l’aspect mélodique et fédérateur des nouveaux titres de FIREWIND. Son Heavy Metal est nettement plus personnel et identifiable, et les fulgurances Speed et Power lui confèrent cette modernité, qui manquait peut-être.

Certes, ce nouvel opus reste assez classique dans la forme, mais « Stand United » est beaucoup plus accrocheur que ses prédécesseurs. Produite par Dennis Ward, la formation  hellène est toujours aussi épique dans l’intention et le dynamisme affiché devrait renverser les foules en concert (« Salvation Days », « Destiny Is Calling », « Fallen Angel », « Chains », « The Power Lies Within »). Histoire de se faire plaisir, FIREWIND s’est même fendu d’une reprise musclée de « Talking In Your Sleep » de The Romantics dans une fibre Hard Rock bien sentie. Le quatuor frappe fort et dans le mile.

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Melodic Metal Power metal

Amaranthe : le grand écart

Sauf à être d’un éclectisme absolu, ce nouvel opus des Scandinaves risque de laisser assez perplexe les fans de Metal, même au sens très large du terme. Si l’énergie déployée donne beaucoup de volume à « The Catalyst » et lui confère un côté racé salutaire, il est compliqué de se contenter de petits morceaux de bravoure éparpillés de-ci de-là. Car pour l’essentiel, ce nouvel opus d’AMARANTHE est très synthétique, assez froid dans sa production et littéralement enseveli de synthés Pop difficile à digérer. Et pourtant, le groupe ne manque pas de potentiel.

AMARANTHE

« The Catalyst »

(Nuclear Blast)

Avec un tel titre, on peut légitimement s’attendre à du changement de la part des Suédois. Septième album en 15 ans d’existence pour AMARANTHE, qui a tout d’abord changé de ‘growler’ avec l’arrivée de Mikael Sehlin en lieu et place d’Henrik ‘GG6’ Wilhelmsson ce qui, pour le spécialiste que je ne suis pas, ne change pas grand-chose à la donne. Alors, que donne le successeur de « Manifest » (2021) musicalement ? Très produit et super-compact, « The Catalyst » navigue dans des eaux troubles et c’est même un doux euphémisme. Pile-poil dans l’air du temps, donc.

D’un côté, le trio vocal mené par Elize Ryd, Nils Molin et donc Mikael Sehlin se montre soudé et propose de multiples variantes, presque symphoniques ou même parfois aux frontières du Metal extrême. Et de l’autre, il y a Olof Mörck que l’on pourrait penser un peu seul au monde avec sa guitare… sauf qu’il s’attèle aussi aux claviers. Et le fossé, pour ne pas dire le ravin, qui sépare sa pratique des deux instruments est assez vertigineux. Dès qu’AMARANTHE pousse un peu sur des riffs musclés, le côté Pop reprend vite le dessus avec insistance.

Alors, entre un Power Metal solide et massif et des sonorités Electro/Dance dignes d’un championnat du monde d’auto-tamponneuses gavées d’autotune, on s’y perd un peu. Le mélange des genres est aussi mal venu que mal maîtrisé, même si le six-cordiste maison s’en sort bien avec quelques solos salvateurs. AMARANTHE s’adresse probablement à une jeunesse qui écoute autant Meshuggah que Beyoncé, mais existe-t-elle seulement ? Si on appréciera l’aspect brutal et rentre-dedans du sextet, il sera en revanche très difficile de faire abstraction du reste.    

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Speed Metal Thrash Metal

Artillery : sans sommation

Fondé au début des années 80 par Michael Stützer, seul rescapé de la formation originelle, ARTILLERY a laissé une trace sur la scène Thrash Metal européenne et si sa route avait été moins sinueuse, elle serait même aujourd’hui bien plus importante. Qu’importe, en 2022 et après deux ans de pandémie, le combo est remontée sur scène, chez lui dans la capitale danoise, pour ce qui restera pour lui un concert d’anthologie. « Raw Live (In Copenhell) » est autant un hommage qu’il ouvre une nouvelle ère pour le groupe.

ARTILLERY

« Raw Live (In Copenhell) »

(Mighty Music)

Après 40 ans de carrière et un parcours assez chaotique avec une mise en pause assez conséquente au début des années 2000, ARTILLERY n’a pourtant jamais lâché l’affaire. Surmontant également de nombreux changements de line-up, le quintet est toujours d’attaque et ce « Raw Live (In Copenhell) » vient démontrer à quel point les Danois ont laissé une solide empreinte dans le monde du Thrash Metal. Enregistré à domicile il y a deux ans, ce live est aussi un beau témoignage.

Car malheureusement, « Raw Live (In Copenhell) » est aussi le dernier enregistrement avec le batteur Josua Madsen, disparu l’année suivante dans un accident de voiture. Depuis, les thrashers ont aussi remercié Michael Bastholm Dahl, leur frontman au chant très Heavy, et le guitariste Kraen Meier. C’est d’ailleurs Martin Steene (Iron Fire, Force Of Evil) qui se tiendra dorénavant derrière le micro. ARTILLERY se renouvelle en permanence, ce qui doit être un signe de vitalité chez lui.

Porté par un public entièrement acquis à leur cause et aussi sûrement par le fait de partager l’affiche avec le gratin du Metal mondial, les Scandinaves se donnent corps et âme dans une prestation qui frôle le sans-faute, notamment celle du batteur, exalté et rugueux comme jamais. Et ARTILLERY a également peaufiné sa setlist. Onze titres musclés et rageurs qui ne laisseront personne de marbre (« Devil’s Symphony », « The Face Of Fear », « Bomb Food », « In Thrash We Trust », « Legions », « Terror Squad »).

Retrouvez la chronique de leur album précédent :

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Heavy metal Speed Metal

Scanner : excursion galactique

Même s’ils se sont nettement plus penchés qu’à l’habitude sur les arrangements, les Allemands continuent de verser dans un Heavy Metal bien Speed, et peut-être un peu moins brut. Toujours guidé par l’inamovible Axel Julius, SCANNER se détache de belle manière de l’ombre d’Helloween, grâce à des titres plus personnels, gorgés de riffs tendus et de solos bien sentis. « The Cosmic Race » est plutôt une bonne surprise.

SCANNER

« The Cosmic Race »

(ROAR! Rock OF Angels Records)

Depuis quelques semaines, SCANNER met les bouchées doubles, bien décidé à marquer son retour en replongeant aussi dans les débuts de sa carrière. En décembre dernier, le groupe a réédité ses albums les plus emblématiques, à savoir « Hypertrace » (1988) avec une tracklist renouvelée, « Mental Reservation » (1995) qui inclue cette fois sa première démo, « Conception Of A Cure » (1994) et « Ball Of The Damned » (1996). Il faut dire qu’après neuf ans d’absence, une petite piqûre de rappel ne fait jamais de mal.

A l’arrêt depuis « The Judgement » (2015), SCANNER livre un album-concept basé sur une histoire peu joyeuse, où la survie sur Terre serait devenue difficile en raison de problèmes nucléaires notamment. Mais un nouveau monde s’offre à quelques élus qui reprennent espoir dans l’espace, mais la menace ressurgit sur cette autre planète. Bon, voilà pour le pitch. En l’occurrence, il vaut peut-être mieux s’intéresser et se pencher sur le Heavy Metal teinté de Speed, et d’un peu de Power, à l’œuvre sur « The Cosmic Race ».

Du line-up originel, seul Axel A.J. Julius reste en poste à la guitare et s’est même chargé de toute la composition, de l’enregistrement, du mix et de la production de ce septième opus. A noter aussi que Dominik Rothe (guitare) et Sascha Kurpanek (batterie) ont rejoint SCANNER et apportent un souffle assez vivifiant. Toujours aussi épique et ancré dans une tradition toute teutonne, le quintet ne bouleverse pas grand-chose, mais fait très bien le job. Les fans de Heavy classique peuvent donc se réjouir du come-back des Allemands.

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AOR Glam Metal Heavy metal Heavy Rock International Sleaze

Cobra Spell : ladies evil [Interview]

C’est du côté de l’Espagne que la guitariste, compositrice et productrice, Sonia Anubis est allée reconstruire le line-up de son groupe COBRA SPELL. Après avoir œuvré dans le Heavy Metal de Burning Witches et le Death Metal de Crypta, c’est dans un registre très 80’s que l’autodidacte hollandaise s’épanouit aujourd’hui. Après deux EP, c’est sous la bannière de Napalm Records que le quintet livre « 666 », un premier album très varié, Heavy et solide, où les femmes dictent leurs règles. Entretien avec une musicienne très enthousiaste.

Photo : Raquel Garcia

– Avant de parler de votre premier album, j’aimerais que l’on parle du line-up de COBRA SPELL, qui a changé depuis « Anthems Of The Night ». En dehors de toi bien sûr, Sonia, la formation est entièrement espagnole. Comment vous êtes réunies et est-ce que tout le groupe est dorénavant installé en Espagne… ou ailleurs ?

J’ai fondé le groupe avec le rêve de créer un groupe de Heavy Rock inspiré des années 80. COBRA SPELL a démarré comme un projet parallèle avec des musiciennes vivant à l’international. Les deux EP, « Love Venom » et « Anthems of the Night », ont été extrêmement bien reçus, au-delà même de nos attentes. Depuis, le groupe a grandi et a eu de belles et multiples opportunités, ce qui a conduit à des changements. Il faut être prêt à tout. Maintenant que nous avons signé avec Napalm Records et que nous sortons un premier album, le groupe avait besoin d’un line-up solide comme le roc et le moyen le plus simple d’y parvenir était de ne pas vivre trop loin les unes des autres. Nous sommes donc majoritairement installées en Espagne.

– Tu as fondé le groupe il y a quatre ans maintenant après tes expériences au sein de Crypta et Burning Witches, qui étaient également des groupes entièrement féminins. Que tu sois entourée de femmes était aussi ta priorité pour COBRA SPELL ?

En fait, COBRA SPELL a été fondé avant Crypta et non pas suite mon départ de ces groupes. Et faire partie d’une formation entièrement féminine est quelque chose de très valorisant. Lorsque je faisais partie de Crypta, j’ai vu beaucoup de jeunes femmes venir me voir et me dire que ce que je fais en tant que musicienne les inspirait. Le sentiment d’avoir cet effet sur d’autres femmes est incroyable. A l’époque où nous vivons, il existe toujours un déséquilibre entre les sexes et il est donc important d’avoir des modèles féminins et également de se serrer les coudes en tant que femmes et se soutenir mutuellement. J’ai donc décidé de faire de COBRA SPELL une formation entièrement féminine pour diffuser cette énergie dans le monde de la musique.

Sonia Anubis

– D’ailleurs, tes deux anciens groupes évoluent dans des styles très différents de COBRA SPELL. Est-ce que, maintenant, tu fais enfin ce que tu as toujours voulu musicalement et est-ce que c’est aussi ce qui t’avait déjà justement poussé à monter ton propre projet ?

Oui, c’est vrai ! COBRA SPELL est le groupe où je peux exprimer ma créativité et ma vision musicale sans contraintes. Après avoir été musicienne ‘live’ pendant dix ans auparavant, il était temps de me lancer dans quelque chose de plus personnel ! Et c’est la meilleure décision que je n’ai jamais prise de m’engager pleinement dans COBRA SPELL.

– Après « Venom Love » (2020) et « Anthems Of The Night » (2022), le premier album sort enfin. C’était important pour toi de passer avant par deux formats courts, ou c’est juste une question de circonstances ?

Il était important pour COBRA SPELL de sortir d’abord ces deux EP pour trouver la bonne identité au niveau du son, mais aussi au niveau du line-up. Je voulais aussi sortir un album uniquement avec le soutien d’un label. La signature avec Napalm Records et la solidification du line-up font que nous sommes prêtes à 100% pour ce premier album ! Hell yeah !

– Avec COBRA SPELL, vous explorez un Heavy Metal très Sleaze, aux multiples influences et surtout très marqué par les années 80. Est-ce que, comme beaucoup de fans, tu considères cette époque, qu’aucune d’entre-vous n’a d’ailleurs connu, comme l’âge d’or du Metal ?

Absolument ! Je ne l’ai pas vécu, mais la meilleure musique, les meilleurs films, les voitures, le design, tout ce que vous voulez… viennent des années 80 !

– « 666 » présente donc un Heavy très Sleaze et 80’s comme on l’a dit, où beaucoup de courants du Metal se croisent. C’était important pour toi qu’il soit le plus varié possible, d’autant que Kristina Vega, la frontwoman du groupe, possède une large palette vocale ?

Damn ! C’est un réel plaisir de travailler avec une telle professionnelle ! Kristina est une chanteuse incroyablement talentueuse avec de très grandes possibilités vocales. Quant à la composition et à l’écriture de la musique de COBRA SPELL, je ne me limite pas à un seul sous-genre des années 80. J’aime explorer de nombreux sons et des ambiances issues de courants comme l’AOR, le Speed Metal, le Power Metal, le Glam, le Rock’n’Roll et plus encore. Le mélange de toutes ces influences est ce qui devient finalement l’identité du son de COBRA SPELL.

– Au-delà du line-up, « 666 » est également très féminin dans le propos à travers des chansons et des textes souvent explicites. C’est aussi pour vous une façon de livrer un message à l’intention des femmes dans une période où leur parole se fait justement beaucoup mieux entendre ?

Les paroles ont été écrites sans filtre et avec le cœur ! Je n’aime pas faire de compromis sur les attentes du public, ou sur ce que les gens aimeraient entendre. Je suis assez intrépide à cet égard. C’est quelque chose de spontané et de naturel, car les paroles ont été écrites par une femme et les thèmes, s’ils proviennent souvent d’expériences personnelles, le sont toujours à travers le regard d’une femme.

– Entre Glam Rock, Heavy Metal, Sleaze et même Rock’n’Roll, COBRA SPELL montre beaucoup de diversité et il y a  aussi ce langoureux solo de saxo sur « Love = Love ». Il fallait un instant plus ‘glamour’ aussi sur cet explosif « 666 » ?

« Love = Love » est l’exemple parfait d’une chanson typiquement inspirée de l’AOR dans le style. Je compose d’ailleurs les morceaux les plus mélodiques sur un synthé, plutôt qu’à la guitare. Le solo de saxophone est une décision de dernière minute que j’ai proposée quand nous étions au studio d’enregistrement et le producteur a vraiment aimé l’idée ! Il devait y avoir un solo de guitare, mais non, c’est ça que je voulais… Il fallait qu’il y ait un solo de sax ! Alejandro, notre producteur, a donc cherché un saxophoniste parmi ses contacts et a contacté la bonne personne. La saxophoniste, Nata Estevez, a interprété un solo entièrement improvisé et qui figure désormais à jamais sur le disque. La chanson ressemble maintenant beaucoup plus à la bande originale d’un film des années 80 et j’adore ça !

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot des parties de guitares. On sent beaucoup de complicité entre toi et Noelle. Comment vous êtes-vous réparties les rôles et est-ce que vous avez composé ensemble les rythmiques et les solos ? A moins que tu aies conservé le lead sur tout l’album ?

J’ai composé toutes les chansons et les mélodies de « 666 », mais il y en a une sur laquelle Noelle m’a aidé, c’est « Love Crime ». Concernant les solos, c’est quelque chose que nous nous sommes partagées toutes les deux sur l’ensemble de l’album.

L’album de COBRA SPELL, « 666 », est disponible chez Napalm Records

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Power metal Progressive Heavy Metal Symphonic Metal

Angra : un nouveau cycle de confiance

Malgré la période difficile qui a suivi la sortie de « Ømni », ANGRA semble avoir fait de ces obstacles et de ses peines une force créatrice qui lui a permis de faire face, mais également de réaliser l’excellent « Cycles OF Pain ». Toujours sous la houlette du producteur Dennis Ward, cette dizième galette est d’une somptueuse diversité et prouve que le combo est bel et bien devenu le fer de lance de la scène Metal brésilienne. Délicat et massif, il navigue habillement entre Power, progressif, symphonique et Heavy Metal avec une technicité redoutable.

ANGRA

« Cycles Of Pain »

(Atomic Fire Records)

Depuis plus de 30 ans et surtout après la sortie du conceptuel « Holy Land » en 1996, ANGRA incarne le Heavy Metal brésilien grâce à des couleurs progressives, parfois symphoniques et même Power Metal plus récemment. Etonnamment, son ascension correspond au départ de Max Cavalera de l’emblématique et pionnier Sepultura. Il y avait donc une place à prendre et ça n’a pas traîné. Au contraire de ses compatriotes qui ne sont toujours pas parvenus à faire peau neuve, le groupe a montré beaucoup d’ambition et de créativité. Des éléments que l’on retrouve sur « Cycles Of Pain », son dixième album.

Toujours guidé par son guitariste Rafael Bittencourt, d’ailleurs seul rescapé du line-up originel et en état de grâce sur l’ensemble du disque, ANGRA livre aussi sans doute son album le plus sombre à ce jour. Les cinq dernières années ont été douloureuses à titre personnel pour le six-cordiste et est venue s’ajouter la disparition d’Andre Matos, ami et chanteur historique de la formation. Si le titre « Cycles Of Pain » parle de lui-même, son contenu n’en demeure pas moins très varié et il est même le plus brésilien jusqu’à présent depuis sa pochette jusque dans son contenu, qui libère paradoxalement une belle luminosité.

Si les compos de Bittencourt et du basiste Felipe Andreoli sont incroyables, que dire de la performance de l’ex-Rhapsody Of Fire, Fabio Lione ? Le frontman célèbre ses dix ans au sein d’ANGRA de la plus belle des manières avec une polyvalence vocale plus impressionnante que jamais (« Ride Into The Storm », « Gods Of War », « Tide Of Changes », « Faithless Sanctuary »). Très technique, mélodique et accrocheur, « Cycles Of Pain » est l’une des meilleures productions des Sud-Américains et la sensibilité et la puissance de ces nouveaux titres montrent à quel point le successeur de « Ømni » le surclasse. Magistral !

Photo : Marcos Hermes
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Heavy metal Power metal

Primal Fear : metal eagle

Entre Power et Heavy Metal, PRIMAL FEAR trace son chemin avec vigueur et ténacité depuis plus de 20 ans. Sans fléchir, les Allemands enchainent les albums avec la même envie et la même détermination dans un registre racé et des compos finement composées. Techniquement irréprochable et acéré, le quintet frappe encore très fort avec « Code Red » et promet des lives foudroyants.

PRIMAL FEAR

« Code Red »

(Atomic Fire Records)

Après « Metal Commando » couronné de succès il y a trois ans, Mat Sinner, bassiste, chanteur et producteur a dû combattre et vaincre la maladie. Une épreuve qui semble l’avoir même rendu plus fort si l’on en juge par cet ardent « Code Red » que nous présente aujourd’hui PRIMAL FEAR. Toujours aussi massif et puissant, ce treizième album est probablement même l’un des meilleurs de la formation germanique.

Au chant, Ralf Sheepers impressionne plus que jamais par l’agressivité dont il fait preuve, mais aussi et surtout par une maîtrise totale de son sujet et une incroyable polyvalence. « Code Red » est nettement plus varié et créatif que son prédécesseur et le Heavy Metal de PRIMAL FEAR semble même avoir trouvé un nouvel élan. Et comme d’habitude, le grand Jacob Hansen s’est occupé du reste et ça claque !

Volcanique et épique, le groupe maintient la pression tout au long de « Code Red » et l’ensemble est une tempête de riffs, de rythmiques frénétiques et de mélodies teintées d’un Power Metal très teuton. Explosif et sombre, PRIMAL FEAR dresse un constat un brin alarmiste sur le monde actuel dans des atmosphères lourdes et percutantes (« Another Hero », « Cancel Culture », « Their Gods Have Failed », « Deep In The Night »). Musclé !

Photo : Alex Kuehr