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International Rock Progressif

Pure Reason Revolution : spiritual contradictions [Interview]

Loin de la douceur de « Coming Up To Consciousness », Les Britanniques empruntent cette fois des chemins plus ardus pour naviguer dans des paysages sonores assombris par des guitares tranchantes, des rythmiques à la fois lourdes et véloces et des harmonies vocales, qui s’entremêlent dans une harmonie aux reliefs saisissants. La remise en question est permanente chez PURE REASON REVOLUTION et c’est en cela que le trio parvient à surprendre sur chacun de ses albums à travers du Rock Progressif an perpétuel évolution. « Terrifying Angels » est le septième et son exploration de certains cieux nous fait traverser autant d’orages inquiétants que d’éclaircies presque éblouissantes. Un équilibre que les Anglais maîtrisent parfaitement et qui est même inscrit dans l’ADN du groupe depuis ses débuts. De l’obscurité à l’éblouissement, ce nouvel album révèle des trésors d’atmosphères au sein desquelles des arrangements d’une grande subtilité se dévoilent au fil des écoutes. Guitariste, bassiste, claviériste et producteur, Jon Courtney revient sur le processus de création et l’approche artistique qui l’ont guidé sur ce magnifique « Terrifying Angels ».

– On s’était quittés il y a deux ans avec «« Coming Up To Consciousness », qui était aussi positif que lumineux. Tout d’abord, en termes de line-up, on retrouve ici les mêmes musiciens au sein de PURE REASON REVOLUTION. Est-ce aussi un gage de constance que tu recherchais, afin de mener à bien ce nouvel album ?

Oui, absolument. Je pense que conserver la même formation était important, car il existe une réelle cohérence et une grande entente entre nous, en tant que musiciens. Au fil des années, nous avons développé une méthode de travail commune qui nous offre une base solide pour construire l’avenir. Parallèlement, je ne voulais pas que cette cohérence se résume à répéter ce que nous avions déjà fait. Je souhaitais que nous allions de l’avant avec cet album, que nous avancions et explorions de nouveaux horizons, plutôt que de stagner. Pour moi, il s’agissait donc de préserver l’alchimie et l’identité du groupe tout en nous surpassant sur le plan créatif et en voyant où cela pouvait nous mener.

–  A l’inverse du précédent album, «Terrifying Angels » est peut-être plus sombre, notamment au niveau des textes. Tout d’abord, il y a déjà cette notion d’ange à laquelle d’ailleurs il faut croire, même si elle peut être aussi bien sûr métaphorique. Cependant, ce nouvel album a-t-il, selon toi, une teneur plus spirituelle ?

Oui, je pense qu’il y a probablement une dimension spirituelle plus profonde à cet album, même si je ne le qualifierais pas forcément de religieux. L’idée des anges peut s’interpréter de bien des façons, et pour moi, ils sont davantage une métaphore de quelque chose qui nous dépasse, que ce soit l’espoir, la protection, le guide, ou simplement quelque chose d’inexplicable.

C’est aussi de là que vient l’idée des ‘Anges Terrifiants’. Il y a quelque chose de paradoxal chez un ange. Traditionnellement, on les perçoit comme bienveillants ou protecteurs, mais ils peuvent aussi représenter quelque chose d’immense et d’inconnaissable, quelque chose qui dépasse notre entendement et qui, de ce fait, peut être effrayant. J’aimais cette contradiction, à savoir l’idée que quelque chose puisse être à la fois beau et réconfortant, et troublant.

Je pense que cette part d’ombre transparaît dans certains textes de cet album. Mais même au sein de cette obscurité, on perçoit encore une quête de quelque chose de positif ou de significatif. La dimension spirituelle de l’album découle donc davantage de cette quête et de l’exploration de ces contradictions.

– On l’a dit, le line-up de PURE REASON REVOLUTION est le même avec Ravi Kesavaram à la batterie et Annicke Shireen aux claviers, ainsi qu’au chant. D’ailleurs, sa voix prend une place plus importante sur l’album. Sans parler de duo, est-ce aussi quelque chose que tu recherchais ? Une sorte d’accompagnement et de soutien de ce côté-là, capable aussi d’ouvrir d’autres chemins à votre musique ?

Oui, absolument. La voix d’Annicke s’est naturellement affirmée et elle enrichit la musique, à la fois en contrepoint à ma voix et comme un instrument à part entière dans les arrangements. Pour autant, je ne considère pas le groupe comme un duo. Ravi reste un élément essentiel de notre son, et Greg, notre guitariste d’origine (Jong, membre fondateur du groupe – NDR), participe également à l’écriture des morceaux avec moi. La diversité de ces voix et de ces perspectives nous offre davantage de possibilités d’expérimentation et nous permet de faire évoluer notre musique.

– On sait à quel point la minutie et la perfection ont toujours été des éléments très importants chez PURE REASON REVOLUTION. Or, tu as déclaré avoir été plutôt en quête de satisfaction et de plaisir. Est-ce que tu as trouvé cette fois plus d’inspiration dans une sorte de lâcher-prise ?

Oui, absolument. Avant, je travaillais comme un forcené, sept jours sur sept et jusque tard dans la nuit, en quête de perfection. Il m’arrive encore de me perdre dans mes pensées et de travailler tard, mais aujourd’hui, je prends beaucoup plus de plaisir à créer de la musique. La collaboration y contribue grandement. Franchement, je me lasse parfois de mes propres idées, alors je ne ressens plus le besoin de mener à bien ma vision initiale. Je suis beaucoup plus ouvert à ce que les autres apportent à la musique, et j’apprécie les idées auxquelles je n’aurais pas pensé. Cela donne à la musique une diversité bien plus grande que lorsque tout est filtré par moi. Les résultats sont-ils meilleurs ? Sont-ils les mêmes ? Peu m’importe. Mais ai-je davantage apprécié le processus ? Probablement, et c’est ce qui compte.

– Par ailleurs, là où « Coming To Consciousness » avait un côté presque apaisant, « Terrifying Angels » se veut plus puissant avec des élans parfois très Metal. Est-ce que ce changement d’ambiance et de ton a un lien direct avec notre société et ce monde devenu plus incertain que jamais. Ou alors, est-ce une démarche purement artistique et une volonté de surprendre peut-être ?

Je répondrais à cette question en reconnaissant l’atmosphère plus sombre sans pour autant en faire une prise de position politique ou sociale directe. Je pense que c’est un peu des deux. Je ne dirais pas que nous avons cherché à créer un album reflétant l’état du monde, mais il est impossible de rester insensible à ce qui se passe autour de nous. Il y a indéniablement une atmosphère plus inquiétante et imprévisible dans la musique, et cela tient peut-être en partie à l’époque que nous vivons. En même temps, c’est un instinct artistique. Je ne voulais pas simplement répéter ce que nous avions déjà fait, et les passages plus intenses m’ont semblé une manière naturelle de créer du contraste et de la surprise. Je pense que la musique doit pouvoir aller où elle veut, plutôt que d’être contrainte par les attentes du public envers PURE REASON REVOLUTION.

– Un nouvel album de PURE REASON REVOLUTION ne saurait être tout à fait ‘normal’, s’il n’y a avait pas la présence de guests. Et c’est bien sûr le cas avec les bassistes Mariusz Duda de Lunatic Soul et Krisfoffer Gildenlöw de Pain Of Salvation notamment. C’est important pour toi d’avoir l’apport de musiciens extérieurs ? Et en quoi apportent-ils leur touche, ou ouvrent-ils d’autres voies au groupe ?

Oui, j’apprécie beaucoup la collaboration, même si le rôle des deux bassistes a peut-être été légèrement surestimé. Mariusz Duda et Kristoffer Gildenlöw ont chacun joué sur une petite partie de l’album, mais j’ai assuré environ 90% des parties de basse moi-même. Je suis très content de leur contribution, mais ils n’étaient pas responsables de la basse sur l’ensemble de l’album. Plus généralement, j’apprécie la diversité des points de vue. D’autres musiciens peuvent apporter une ambiance ou une interprétation différente à une partie, et parfois emmener la musique dans des directions que je n’aurais pas explorées moi-même. Cette diversité est quelque chose que je valorise énormément. J’adorerais collaborer à nouveau avec Mariusz.

– Depuis ces deux derniers albums, vous faites aussi confiance à Bruce Soord de The Pineapple Thief pour le mix. Est-ce qu’à tes yeux, il a parfaitement su saisir l’identité et l’atmosphère de la musique de PURE REASON REVOLUTION ? Ou plus largement, est-il peut-être aussi le garant de cette touche si particulière et unique du Rock Progressif anglais ?

Oui, absolument. Bruce comprend parfaitement l’ADN du groupe et il règne une réelle confiance entre nous. Il sait quand préserver l’essence de notre musique et quand explorer de nouvelles pistes. Je ne dirais pas qu’il est le garant du Rock Progressif anglais, mais il saisit parfaitement l’atmosphère et l’identité que nous recherchons. Travailler avec lui est devenu une évidence.

– Enfin, j’aimerais qu’on dise un mot du morceau-titre, qui est littéralement tentaculaire du haut de ses 12 minutes. Comment est-ce qu’un tel morceau, aux ambiances si variées, se construit-il ? Et surtout est-ce que faire ressurgir une atmosphère globale et un thème principal s’avèrent être le plus délicat, finalement ?

Le morceau-titre est né d’une jam session improvisée dans le sous-sol de Greg à Portland, avec deux autres musiciens. Cette première improvisation a donné naissance aux trois premières minutes, et à partir de là, les autres parties ont émergé. Nous avons progressivement façonné le tout en un seul morceau. Le défi consistait à créer une cohérence entre les différentes parties, plutôt que de donner l’impression d’un assemblage d’idées disparates. Greg et moi nous connaissons bien, donc nous arrivons assez vite à obtenir ce que nous voulons. Mais un morceau comme celui-ci implique aussi beaucoup d’essais et d’erreurs : on écrit des sections, on les teste et parfois, on les abandonne complètement. Pour moi, l’atmosphère générale est primordiale. Une fois qu’elle est là, le reste peut se construire autour.

Le nouvel album de PURE REASON REVOLUTION, « Terrifying Angels », est disponible chez InsideOut Music.

Photos : Valentin Ottone.

Retrouvez les chroniques des deux derniers albums…

… et l’interview du groupe à l’occasion de la sortie d’« Eupnea » :

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Metal Progressif

Dream Theater : l’éveil

« Parasomnia » est probablement l’album le plus attendu de ce début d’année dans la sphère Metal. 16 ans après son départ, Mike Portnoy fait son retour en patron et DREAM THEATER célèbre comme il se doit les quatre décennies d’une carrière incroyable, faite de quelques turbulences, mais d’une exemplarité remarquable. Ce nouvel opus témoigne du savoir-faire, de la créativité et de la technicité qui rendent unique son Metal Progressif. Et si certains y trouvent déjà redire, quelle importance, finalement…

DREAM THEATER

« Parasomnia »

(InsideOut Music/Sony Music)

Totalement réfrigéré par un « A View From The Top Of The World » ennuyeux et démonstratif, lequel a pourtant reçu toutes les louanges possibles et même un Grammy Award, c’est avec un peu d’appréhension que j’ai glissé « Parasomnia » dans la platine. Cela dit, le retour du grand Mike Portnoy derrière les fûts avait de quoi me rassurer, puisqu’il nous rend le DREAM THEATER dans son line-up originel et inégalable avec James LaBrie au chant, John Petrucci à la guitare, John Myung à la basse et Jordan Rudess aux claviers.

Et c’est sans doute cette alchimie qui manquait depuis « Black Clouds & Silver Linings » sorti il y a déjà plus de 15 ans. Un seul être vous manque… Pour autant, les Américains ont gardé leurs bonnes  habitudes, puisqu’on retrouve Petrucci à la production, James ‘Jimmy T’ Meslin à l’enregistrement et Andy Sneap au mix. Et il ne faut pas attendre bien longtemps pour voir DREAM THEATER rayonner de nouveau. D’ailleurs, l’instrumental qui ouvre « Parasomnia », « In The Arms Of Morpheus », donne déjà le ton et l’atmosphère du disque. 

Ce seizième album sonne même comme une libération pour le quintet. Comme souvent, il dépasse largement l’heure et il n’est pas lassant un seul instant (sauf pour les grincheux, bien sûr !). L’exigence est toujours au rendez-vous et l’inspiration ne manque pas. Et si l’ensemble est assez sombre et très Heavy, les morceaux sont d’une fluidité absolue, mélangeant à la fois les mélodies et une technique irréprochable (« Night Terror », « Dead Asleep », « Midnight Messiah » et le monumental « The Shadow Man Incident » et ses 19mn). DREAM THEATER renoue littéralement avec son ADN et s’offre un nouveau souffle.

Photo : Mark Maryanovich

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Rock Progressif

Pure Reason Revolution : rêveries célestes

Avec une régularité presque métronomique, les Britanniques livrent un splendide « Coming Up To Consciousness », élevant une fois encore leur niveau de composition grâce à une interprétation toujours aussi minutieuse et perfectionniste jusqu’au moindre détail. Ce nouvel opus porte sur le rêve à travers un voyage passionnant, ponctué de moments épiques, aériens et immersifs. PURE REASON REVOLUTION explore des sensations souvent sombres dans les paroles, mais avec le talent de les rendre lumineuses.  

PURE REASON REVOLUTION

« Coming Up To Consciousness »

(InsideOut Music)

Depuis sa reformation en 2019, chaque nouvel album de PURE REASON REVOLUTION focalise avec raison l’attention des amoureux de Rock Progressif. Il faut bien admettre aussi que les Anglais sont parmi les plus créatifs et surprenants de la scène actuelle. Et ce sixième opus apporte également son lot de surprise, à commencer par quelques changements au niveau du line-up. Autour des piliers Jon Courtney (chant, guitare, claviers) et Greg Jong (guitare, chant), on retrouve la chanteuse Annicke Shireen (Heilung) en lieu et place de Chloë Alper. Et sa prestation est irréprochable, compte tenu qu’elle succède à l’une des fondatrices, ce qui est quelque chose de toujours un peu délicat.

C’est Ravi Kesavaram de My Vitriol, qui assure la batterie, et Guy Pratt, qui a notamment œuvré chez Pink Floyd, qui tient la basse. Un duo percutant et très polymorphe, auquel il convient d’ajouter Jon Sykes à la basse aussi sur un titre. Et pour assurer à PURE REASON REVOLUTION ce son qui est littéralement devenu son identité musicale, le mix est réalisé par Bruce Soord de The Pineapple Thief et le mastering par l’orfèvre Steve Kitch. Avec de telles bases sonores, « Coming Up To Consciousness » possède tous les atouts pour captiver et envoûter son auditoire. Et c’est réussi puisque cette nouvelle production élève encore un peu plus le Rock Progressif du quatuor de Westminster.

On notera tout d’abord que ce nouvel album contient 14 titres, dont six sont des interludes de quelques secondes, qui font le lien et aussi le liant entre des compositions très éthérées, toujours aussi atmosphériques et aux magnifiques mélodies. PURE REASON REVOLUTION ne se contente pas de proposer un style contemplatif, bien au contraire, sa rythmique et les parties de guitares ont cette faculté de faire basculer les ambiances. Les parties vocales sont d’une rare beauté sur des textes entre émotion et mélancolie, dus à des événements récents ayant affectés Jon Courtney. Pour autant, « Coming Up To Consciousness » nous embarque dans une rêverie très positive et optimiste avec une précision artistique incroyable.  

Retrouvez la chronique de l’album « Above Cirrus » et l’interview accordée à Rock’n Force à la sortie de « Eupnea » :

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Metal Progressif

Caligula’s Horse : au sommet

Quand la délicatesse guide la robustesse du Metal avec autant de savoir-faire et d’inspiration, il est très difficile d’y résister. S’affirmant au fil de ses réalisations avec une créativité qui conjugue des moments éthérés avec d’autres résolument fracassants, CALIGULA’S HORSE n’a plus à chercher ou courir après une identité musicale, qui est devenue tellement évidente. « Charcoal Grace » élève encore le niveau dans des sphères où le Metal Progressif proposé n’a que très peu d’égal actuellement dans le monde.   

CALIGULA’S HORSE

« Charcoal Grace »

(InsideOut Music)

Les Australiens peuvent maudire la période du Covid. Un cinquième album, « Rise Radiant », aussi lumineux que puissant presque passé à la trappe, puis le départ du guitariste Adrian Goleby dans la foulée, ont réduit à néant les efforts dans ce (long) moment. Pas, puis très peu de scènes, CALIGULA’S HORSE s’est donc remis à l’ouvrage et même si le contenu de l’album traite du sujet qui a occupé et pollué l’esprit du quatuor, « Charcoal Grace » est de loin la production la plus ambitieuse et audacieuse du groupe depuis ses débuts. En prenant des risques, il se hisse avec force au sommet du Metal Progressif actuel… avec Soen !

Ni le changement de line-up, ni la frustration engendrée par des mois incertains n’ont remis en cause ou en question cette faculté incroyable à composer une musique dont la technique et la technicité se mettent au service de l’émotion. On reconnaît CALIGULA’S HORSE dès l’entame de « Charcoal Grace » et il ne cherche pas à révolutionner le genre, ce qui serait peine perdue. Cependant, s’il est presqu’impossible de réinventer un style déjà très riche, certains parviennent pourtant à renouveler la seule chose qui puisse l’être encore : sa beauté. Et ce sixième opus vient le démontrer avec brio sur une heure intense.

« Charcoal Grace » est un disque assez particulier puisqu’il s’articule autour de sa pièce maîtresse : le morceau-titre courant sur 24 minutes et scindé en quatre parties. Sans pour autant livrer un album-concept, CALIGULA’S HORSE impose un lien entre les morceaux, qui naviguent entre instants suspendus, charges Heavy et massives et une poésie qui croise le fer avec une énergie souvent colossale (le torturé « Golem », le rêveur « Sails », l’accrocheur « The Stormchaser », ou « Mute » et sa flûte enchanteresse). Malgré la longueur des titres, on ne s’y perd jamais, tant l’originalité du combo est unique en son genre.  

Photo : Andrew Basso
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Livre Rock Progressif

Yes : à l’assaut d’une icône [Livre]

Auteur très prolifique et grand connaisseur du monde du Rock dans ses grandes largeurs, Dominique Dupuis récidive avec un livre consacré au mythique quintet YES. Dans la foulée d’« Emerson Lake & Palmer », c’est à un autre monstre sacré du Rock Progressif, un style qu’il connait parfaitement, et aussi à une époque pionnière en la matière, qu’il s’attèle avec la même passion et la même ferveur. Ce beau pavé se dévore autant qu’il semble avoir inspiré son rédacteur.

YES

Dominique Dupuis

(Editions du Layeur)

Si vous pensiez tout connaître au sujet de YES, ce groupe phare qui a écrit parmi les plus belles pages du Rock Progressif depuis les années 70 jusqu’à « Mirror To The Sky » sorti en mai dernier chez InsideOut Music, c’était sans compter sur Dominique Dupuis et son érudition. Ayant vécu ‘en temps réel’, les débuts, l’ascension et l’apogée des Anglais et ayant déjà publié des ouvrages sur Frank Zappa, Pink Floyd, Deep Purple et plus récemment sur Emerson Lake & Palmer, « Yes » est une suite finalement très logique de son immersion dans cette époque si riche musicalement et dans l’univers progressif.

Sur 365 pages, l’auteur retrace avec minutie l’œuvre gigantesque de YES, à travers ses classiques, ses albums studios, ses live bien sûr et de nombreuses archives bien mises en valeur par un travail iconographique remarquable. Avec des hauts et des bas, des séparations et des reformations, on retient tout de même un line-up de légende marqué par l’empreinte artistique de Jon Anderson (chant), Chris Squire (basse, décédé en 2015), Steve Howe (guitare), Bill Bruford et Alan White (batterie), ainsi que Rick Wakeman (claviers). Et malgré les nombreux changements, l’identité est toujours aussi bien préservée.

Ainsi, l’héritage des Britanniques est bel et bien vivant et c’est aussi ce que vient rappeler le beau livre de Dominique Dupuis. Fourmillant de détails sur les multiples rencontres, collaborations, albums solos de ses membres et avec une précision absolue sur chaque disque, « Yes » revient également sur l’incroyable illustrateur Roger Dean qui a littéralement façonné l’image du groupe. Ses illustrations parlent à l’imaginaire collectif et c’est, là aussi, toute la force et le talent de YES depuis plus de cinq décennies. Pas seulement réservé aux fans, cette somme d’informations s’adresse à tous les amoureux de Rock, progressif ou non.

Editions du Layeur / 365 pages / 45€

Retrouvez la présentation du livre « Emerson Lake And Palmer » :

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Alternative Metal Alternative Rock Progressif

Molybaron : une noblesse acquise

Il faut dorénavant de plus en plus compter sur la scène française, car que ce soit en termes de Metal ou de Rock, l’hexagone tient la draguée haute au reste de l’Europe et même beaucoup plus loin. Avec sa troisième réalisation, « Something Ominous », MOLYBARON se fait une place de choix dans un registre Alternative Metal/Rock aux contours très progressifs.

MOLYBARON

« Something Ominous »

(InsideOut Music)

Après des débuts assez discrets en 2017 avec un premier album éponyme, puis une belle montrée en puissance quatre ans plus tard avec « The Mutiny », c’est à peine si l’on reconnait MOLYBARON. Le combo franco-irlandais a gagné en volume, en maturité aussi et surtout son frontman, Gary Kelly, prend enfin ses responsabilités et l’Irlandais semble avoir définitivement perdu toute timidité pour s’affirmer avec force. Un réel plaisir !

Et il n’est le seul à avoir vécu une petite métamorphose. Si l’arrivée de Florian Soum à la guitare a un impact certain sur le jeu du quatuor, la prise de confiance à l’œuvre chez MOLYBARON parait plutôt collective. La rythmique transpire le groove et les attaques sont incessantes, malgré des mélodies omniprésentes entre Metal et Rock, et d’où émane une atmosphère progressive qui plane sur l’ensemble de « Something Ominous ».

Percutant et fédérateur, le groupe rappelle les Américains de Live, mais la patte est plus musclée et bien plus féroce (« Billion Dollar Shakedown », « Breakdown », « Anyway », « Daylight Dies In Darkness », « Pendulum » et le massif morceau-titre). MOLYBARON vit littéralement ses compositions et l’énergie déployée ici est électrisante et captivante. Bien au-delà d’avoir gagné ses galons, il s’impose avec brio et avec la fougue qu’on attendait.

Photo : Teddy Masson
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Metal Progressif

Ray Alder : la passe de deux

RAY ALDER n’est pas du genre à rester les deux pieds dans le même sabot. Pour preuve, le leader de Fates Warning multiplie les projets artistiques, tout en restant dans un Metal Progressif qu’il maîtrise parfaitement. Avec cette deuxième réalisation sous son nom, « II », il fait encore la démonstration de sa polyvalence et de sa faculté à s’approprier les mélodies avec talent. 

RAY ALDER

« II »

(InsideOut Music)

Figure emblématique du monde du Metal Progressif depuis 1988 avec Fates Warning avec qui il a sorti une dizaine d’albums, ainsi qu’avec Engine, With Redemption et A-Z depuis l’an dernier, RAY ALDER se balade en solo. Son nouvel opus, « II », fait suite à « What The Water Wants » (2019) et offre également d’autres perspectives au chanteur américain, qui est une fois encore très bien accompagné.

Ainsi, Mike Abdow qui tourne aussi avec Fates Warning et Tony Hernando (Lords Of Black) qui jouent tous les deux les basses et le batteur Craig Anderson (Ignite, Crescend Shield) font partie de l’aventure. Et tout ce petit monde s’entend à merveille et libère une grande vélocité sur « II ». RAY ALDER livre comme toujours une très belle prestation et s’affirme comme la pièce centrale du groupe.

Très bien produit et avec un mix particulièrement bien équilibré, ce nouvel opus va encore plus loin dans l’exploration musicale proposée habituellement par le frontman. Sur des refrains accrocheurs et des riffs intenses, RAY ALDER se montre audacieux, percutant et tout en puissance (« The Hollow Shell », « My Oblivion », « Waiting For Some Sun », « Changes »). Et grâce à des solos tout en finesse, « II » s’impose brillamment.

Photo : Jorge Cueto
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Rock Progressif

Pure Reason Revolution : en perpétuelle évolution

En l’espace de cinq albums, ponctués par une longue coupure, PURE REASON REVOLUTION a su imposer un style et un son très personnel. Parfaitement structuré et bénéficiant d’une incroyable production, « Above Cirrus » parcourt le monde progressif avec brio entre Rock, Metal et électronique et à travers de multiples émotions.

PURE REASON REVOLUTION

« Above Cirrus »

(InsideOut Music)

Depuis sa reformation il y a trois ans, PURE REASON REVOLUTION semble bénéficier d’un nouveau souffle créatif. Après l’excellent « Eupnea », les Anglais livrent « Above Cirrus » et retrouve par la même occasion le chanteur et guitariste Greg Jong, déjà à l’œuvre sur l’EP « Cautionary Tales For The Brave » paru en 2005. Et il faut reconnaître que le trio se trouve les yeux fermés et s’aventure même hors des sentiers battus, tout en gardant une maîtrise complète de son jeu.

Comme toujours, PRR présente un équilibre parfait entre des atmosphères lumineuses, d’autres plus sombres et mélancoliques et un mix entre sonorités électroniques et organiques, qui viennent apporter un relief et un volume particulier au style des Britanniques. Et la touche du duo fondateur composé de Chloë Alper (basse, claviers, chant) et Jon Courtney (guitare, claviers, chant) continue de faire des étincelles, notamment sur les harmonies vocales.

L’aspect hybride, véritable marque de fabrique du désormais trio, se fait déjà sentir sur les premiers morceaux de l’album (« Prism », « New Kind Of Evil »). Ancré dans un Rock Progressif moderne, qui lorgne parfois même sur le Metal, PRR reste pointilleux, sophistiqué et toujours aussi intense (« Scream Sideways », « Dead Butterfly », « Lucid »). Mélodique, créatif et très élaboré, « Above Cirrus » brille aussi par ses arrangements très soignés. Classieux… encore !

Photo : Greg Jong

Retrouvez l’interview de Jon Courtney réalisée à la sortie de « Eupnea » :

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post-Rock Progressif

Toundra : de sombres tourments

A chaque nouvel album, TOUNDRA déconcerte autant qu’il envoûte et « Hex » ne faillit pas à la règle. Fort d’un univers très personnel, le quatuor espagnol joue de sa technicité pour rendre son style immersif à travers des morceaux pourtant très pêchus et relevés. Toujours instrumental, ce huitième opus est hypnotique et musclé.

TOUNDRA

« Hex »

(InsideOut Music)

Groupe incontournable de la scène post-Rock espagnole et même européenne, TOUNDRA est de retour moins de deux ans après « Das Cabinet Des Dr. Caligari », son précédent album. Comme beaucoup, le quotidien des Madrilènes a du faire face à de nombreux bouleversements et obstacles ces derniers mois. C’est donc dans une ambiance particulière qu’a été composé « Hex ».

Bravant des conditions pénibles, inhabituelles et inconfortables, le quatuor ibérique a fait de cette période une source d’inspiration. Forcément, ce huitième album de TOUNDRA est assez sombre et tourmenté et a, par ailleurs, été conçu à l’image d’un vinyle (format dans lequel il est disponible) en deux faces bien distinctes et musicalement très différentes et complémentaires.

« El Odio », qui constitue la première partie et aussi la première moitié de l’album, s’étale sur 22 minutes d’un post-Rock à la fois immersif et entraînant. Posant une atmosphère percutante et aérienne, TOUNDRA nous propulse dans un univers obsédant. Le très Electro « La Larga Marcha », le langoureux « Watt » et bien sûr « Fin » qui vient clore l’album sont tous d’une finesse et d’une précision rare.

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Metal Progressif

Dream Theater : Au-delà du supportable

On en viendrait presque à bénir le temps où, confinés et privés de concerts, il n’y avait que quelques albums très aboutis qui sortaient de temps en temps. Les ‘grosses’ machines, pour ne pas perdre de sous, nous ont laissé profiter de formations plus modestes dont beaucoup ont sorti de très bonnes choses. Et donc, revoilà DREAM THEATER qui déboule sur le devant de la scène avec un quinzième album d’un Metal Progressif longuet, surfait et hyper-démonstratif. Même Malmsteen serait gêné, parait-il…

DREAM THEATER

« A View From the Top of the World »

(InsideOut Music)

Autant éliminer les rancœurs d’entrée de jeu ! Pour commencer, le groupe américain refuse toutes interviews avec les journalistes qu’il ne connait pas. Je les ai pourtant interviewé plusieurs fois, mais bon… la mémoire, tout ça ! Les omégas 3 ! Bref, et puis, il y a cette histoire de profs de maths. Je pense que les seules personnes qui les aiment sont bonnes en maths. Ça doit être pour ça que nous ne sommes pas très proches. Et donc : DREAM THEATER, les profs de maths du Metal Progressif, font leur retour !

Donc après cette petite entrée en matière, revenons à « A View From the Top of the World », dont le titre n’est d’ailleurs pas sans prétention. Sept morceaux pour plus d’heure d’un Metal Progressif, qui s’étalent et n’emballent pas. DREAM THEATER reste un groupe très (trop) technique dans lequel les cinq musiciens se font tous plaisir chacun à leur tour, sans trop se préoccuper de l’auditeur. Car ce quinzième album des Américains est une sorte de supplice pour qui aurait le courage d’aller au bout. Ce que j’ai fait… trois fois !

Alors, je ne vais pas démonter l’album juste pour le plaisir et parce que je n’aime pas les maths, ce serait trop facile. Reconnaissons tout de même que la démonstration tourne rapidement au cauchemar avec des morceaux d’une longueur extrême en pénibilité. Cet étalage de gammes en tout genre est vite redondant. Au final, avec l’apport d’un producteur compétent, DREAM THEATER aurait du faire de « A View From the Top of the World » un bon EP d’une petite demi-heure, sans nous infliger une heure de cavalcades stériles et presque gênantes. Vivement les vacances !