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Blues Rock

Erja Lyytinen : scenic flashbacks

Généreuse et enflammée, la virtuose guitariste venue du grand Nord a célébré son anniversaire avec panache, se faisant plaisir sur scène, mais surtout en offrant à son public une prestation intense. Avec 13 albums studios et ce cinquième live à son actif, ERJA LYYTINEN est parvenu à braquer les projecteurs sur son Blues Rock, bien sûr, mais aussi son pays. La compositrice a également imposé un style très identifiable, finalement assez éloigné des standards habituels dans les mélodies notamment. Ce « 50th Birthday – Live 2026 » vient ponctuer une carrière exemplaire, toujours pleine de surprises, et explosive.

ERJA LYYTINEN

« 50th Birthday – Live 2026 »

(Tuohi Records)

Lorsque la fougueuse chanteuse et guitariste fête son anniversaire, elle ne fait pas les choses à moitié. Tout d’abord, c’est dans le bel écrin de la ‘House of Culture’, surnommé ‘Kultsa’ à Helsinki qu’elle a soufflé ses bougies devant un public acquis et enthousiaste. Comme on le comprend ! Le 21 mars dernier, ERJA LYYTINEN a donc offert un beau cadeau à ses fans à travers une performance comme toujours électrique et pleine d’émotion. Pendant 90 minutes, la musicienne a parcouru sa discographie, et l’on mesure ainsi facilement son statut d’icône nationale dans sa Finlande natale.

A travers 15 morceaux soigneusement sélectionnés, on replonge dans la belle carrière de la blueswoman. Forcément, toutes ces chansons sont autant de moments qu’ERJA LYYTINEN joue et vit intensément. Parmi elles, on retiendra « One Thing I Won’t Change », sur laquelle le bassiste Sami Yaffa (Hanoï Rocks, New York Dolls, Joan Jett) l’accompagne aussi aux chœurs. Un beau moment de complicité. Bien sûr, et vu la proximité d’avec son dernier album studio en date, on retrouve plusieurs titres de « Smell The Roses ». Un disque qui vient marquer le second cadeau.

En effet, c’est un double-live qu’offre la Scandinave avec un autre concert enregistré durant sa dernière tournée au ‘Tempo’ de Mikkeli, toujours en Finlande, et en octobre 2025 cette fois. L’ensemble est plus Rock, à l’image de « Smell The Roses », et ERJA LYYTINEN est fascinante sur « Dragonfly », « Abyss », « Stoney Creek », « The Ring », le délicat « Empty Hours », sans oublier les versions dantesques de « You Talk Dirty » et « Wedding Day », désormais des classiques de son répertoire. Rayonnante, la rockeuse fait vibrer le Blues avec une approche nordique irrésistible.

Photo : Elsa Wellamo

Retrouvez l’interview d’ERJA LYYTINEN à l’occasion de la sortie de « Smell The Roses »…

… Et les chroniques de ses récents albums :

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Southern Blues Rock

Warren Haynes : orchestral Blues

Le temps que l’orchestre s’accorde et c’est une salve d’applaudissements qui accueille le héro local et son groupe. Ils étaient plusieurs dizaines sur scène ces deux soirs-là, il y a sept ans, pour accompagner WARREN HAYNES dans l’une de ses plus aventureuses performances. Et comme par magie, le Blues et le Southern Rock de cette légende se sont parés de notes symphoniques pour prendre encore plus d’ampleur et de volume, tout en ne s’éloignant pas d’un accord de ses racines. Tout simplement exceptionnel !

WARREN HAYNES

« Dreams & Songs : A Symphonic Journey »

(Artone Label Group/Provogue)

WARREN HAYNES est aussi créatif qu’il aime les défis. Et c’est dans sa ville natale d’Asheville en Caroline du Nord, là où tout a commencé et où il est venu applaudir d’autres dans sa jeunesse, qu’il avait posé ses guitares le temps de deux soirées mémorables en 2019. Le Thomas Wolfe Auditorium avait vibré à l’unisson grâce à ce grand bluesman, bien sûr, mais aussi aux 64 musiciens composant l’incroyable Asheville Symphony Orchestra. Et ceux qui l’accompagnent étaient sur la même longueur d’onde pour parcourir trois décennies d’une carrière époustouflante.

En effet, l’objectif de WARREN HAYNES était plutôt ambitieux, mais très largement à sa portée, si l’on en juge par le résultat. Ainsi, de Grateful Dead au Allman Brothers Band, en passant par Gov’t Mule bien sûr, sa carrière solo et quelques reprises auxquelles ils avaient participé, c’est tout un pan du Southern Rock et du Blues qui rayonne sur les 16 morceaux de ce « Dreams & Songs : A Symphonic Journey ». Orchestral sans être pompeux, ce nouvel album live se distingue aussi par les prouesses du grand Bob Clearmountain, dont le mix est magistral.

Comme toujours avec WARREN HAYNES, l’ensemble donne l’impression d’une vaste improvisation, tant il est surprenant et fluide. Pourtant, derrière ce feeling de chaque instant, se cache une précision d’orfèvre rendue possible après des heures de répétitions et un travail minutieux sur les arrangements. Ovationné titre après titre dans une ambiance chaleureuse, le citoyen d’Asheville effectue un retour aux sources encore et toujours virtuose (« Banks Of The Deep End », « Spots Of Time », « Broken Promised Land », « Just Another Rider », « Whipping Post »). Magistral !

Photo : David Simchock

Retrouvez l’interview de WARREN HAYNES à l’occasion de la sortie de « Million Voices Whisper » et la chronique de l’album…

… Et les chroniques des derniers albums de GOV’T MULE :

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Classic Rock Psychedelic Rock

Gin Lady : magic trip

Avec ce premier opus live, les Suédois établissent une belle et solide connexion entre leurs terres nordiques et la chaleur espagnole. Dans une ambiance vintage, solaire et un brin expérimentale, GIN LADY présente le premier volume de « Toads & Diamonds » en laissant d’ailleurs penser qu’il y en aura d’autres. Original et virtuose, le Classic Rock très Psych des cinq musiciens prend toute sa dimension en concert en se faisant aussi instinctif que mélodique, grâce à une setlist très soignée.

GIN LADY

« Toads And Diamonds Volume One : Live In Spain »

(Ripple Music)

Pour qui apprécie l’époque, les années 60 et 70 ont quelque chose de réconfortant et de fascinant, et on ne parle pas ici de nostalgie, mais plutôt d’un son organique et chaleureux qui a sérieusement tendance à disparaître. C’est justement le credo choisi par GIN LADY qui œuvre dans un Classic Rock aux couleurs psychédéliques littéralement envoûtant. Avec déjà sept réalisations au compteur, dont « Before The Dawn Of Time » sorti l’an dernier, le groupe originaire du nord de la Suède s’est déjà taillé une solide réputation scénique.

Et c’est justement l’aspect live de sa musique que le quintet a souhaité partager avec « Toads And Diamonds Volume One : Live In Spain », enregistré l’hiver dernier lors de sa tournée ibérique. Et l’offrande est belle. Parfaitement captée, GIN LADY nous transporte au cœur de sa musique grâce à une production remarquable et un goût du détail prononcé. Très immersif, l’album brille par les prestations des deux guitaristes et les harmonies vocales à trois offrent un incroyable relief à des morceaux vraiment accrocheurs. Un régal.

D’une incroyable fluidité, le Rock de GIN LADY emporte le public dès « Call The Nation », suivi de « Mighty River » qui confirme que le voyage ne fait que commencer. Il s’agit un peu de ça, car la formation se laisse aller à de délicieuses improvisations sans perdre pour autant l’auditeur. Les morceaux ne s’étalent pas en longueur et respirent autant qu’ils entraînent comme le bluesy « Tingens Sanna Natur », le sudiste « I’m Your Friend », « Flower People » ou le génial et aérien « Brothers Of Canyon » qui clot ce magnifique live. Le quintet s’affirme vraiment sur scène.

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Hard 70's International Psychedelic Rock Rock Progressif Space Rock

Motorpsycho : free psychoverse [Interview]

Erigé au rang de groupe culte par certains, voire qualifié d’intellectuel du Rock par d’autres, MOTORPSYCHO présente cependant une musique d’une fluidité qui la rend vraiment accessible. Certes, elle va se nicher dans les années 70, une période qui peut paraître lointaine pour beaucoup, mais elle prend finalement son élan depuis la source-même du Rock. Cela signifie aussi qu’elle intègre une multitude de courants allant du Progressif au Psychédélique, avec des embardées parfois Metal, Hard Rock ou Folk, notamment. Le son des Norvégiens révèle une authenticité très live, spontanée et instinctive qui est le fruit d’un travail minutieux et d’une recherche constante. A l’occasion de la sortie du nouvel album, « The Gaia II Space Corps », l’un de ses fondateurs, le chanteur et multi-instrumentiste Bent Sæther, nous éclaire sur la démarche de son atypique formation. Entretien avec un passionné qui cultive l’émerveillement.

– MOTORPSYCHO existe depuis un peu plus de 35 ans aujourd’hui, et vous avez sorti une trentaine d’albums et beaucoup d’EPs. C’est devenu assez rare de nos jours. Diriez-vous que vous êtes des boulimiques de travail ou, plus simplement, que c’est votre manière de vous exprimer et que vous avez beaucoup de choses à dire ?

Nous avons tendance à considérer le groupe comme un projet artistique continu centré sur la musique, plutôt que tout ce qui précède, si tu vois ce que je veux dire ? C’est quelque chose que nous sommes en quelque sorte ‘obligés’ de faire, je crois, et nous essayons de nous concentrer sur la musique elle-même, et pas tellement sur les facteurs extérieurs qu’elle peut engendrer comme la gloire, la fortune, etc… Puisque MOTORPSYCHO ne se limite à aucun style ou genre musical spécifique, nous nous sommes autorisés à utiliser une palette aussi large que nous le souhaitions, et avec le temps, chaque type d’expression musicale est devenu valide dans notre ‘Psychoverse’. De plus, quand on a dit quelque chose, on ne devrait pas avoir à le répéter sans cesse . Cela signifie simplement qu’on n’a pas réussi la dernière fois et c’est une façon un peu bête de faire les choses. Alors nous ne le faisons pas, mais nous laissons les muses nous guider vers d’autres musiques et d’autres ambitions. Et je pense que nous continuerons tant qu’elles viendront frapper à notre porte ! Dans cette optique, 30 albums en 35 ans, ce n’est finalement pas si énorme ! (Sourires)

– D’ailleurs, parmi cette vaste discographie, on retrouve assez peu d’albums live au regard du reste. Pourtant et paradoxalement, vous êtes un groupe qui a toujours sonné très live. Votre préférence va plus à la création qu’à la performance et au fait d’en garder une trace discographique ?

La réponse dépend du moment où la question se pose et nous essayons de mélanger les deux, c’est-à-dire la création et l’interprétation, autant que possible. Mais nous avons généralement abandonné l’idée que la version studio enregistrée soit la représentation parfaite d’une chanson, car chaque fois que nous la jouons, elle sera légèrement différente, et c’est très bien comme ça. La version enregistrée reflète simplement le son du groupe à un moment donné, avec cette formation et dans un endroit précis. Parfois, une chanson atteint son apogée en studio et devient imbattable en concert, et d’autres fois, c’est l’inverse. On ne sait jamais. Mais c’est justement ce qui est intéressant : quelle est la richesse de cette structure musicale ? Jusqu’où peut-on la pousser tout en la reconnaissant ? Et quand l’avons-nous épuisée ? L’album est une sorte de portrait idéalisé de notre musique, mais très rarement la version finale et parfaite ! (Sourires) Pour faciliter la vie des fans de concerts avides d’enregistrements live, nous avons récemment créé nos propres pages sur Internet Archive (https://archive.org/details/MotorpsychoBand), où chacun peut télécharger ses enregistrements, ou écouter ceux des autres gratuitement. Je pense qu’il y a déjà au moins 100 concerts disponibles, et ce nombre ne cesse d’augmenter ! (Large sourire)

– MOTORPSYCHO est porté depuis le début par vous deux, Hans et toi, et beaucoup de batteurs se sont succédés au fil des années. Cela dit, Tomas Järmyr a un temps été officiellement le troisième membre du groupe. Que se passe-t-il avec vos batteurs, parce qu’il faut vraiment vous suivre ?

(Rires) Parfois, les choses vont vite dans le ‘Psychoverse’. Tomas a quitté le groupe en 2022 et il n’en fait plus partie. Aujourd’hui, les deux seuls membres permanents sont Hans (Magnus Ryan, guitariste et chanteur – NDR) et moi, mais Reine Fiske (guitariste, NDR) est membre associée depuis 2013. Nous avons actuellement une organisation plus ponctuelle avec des batteurs de projets, comme Ingvald Vassboe (Kaanan) et Olaf Olsen (Big Bang, divers projets de Jazz), qui participent à différents enregistrements et concerts. Olaf joue d’ailleurs sur ‘Gaia’. Chaque batteur a un rythme et un feeling différents, et chacun de ceux avec qui nous avons joué a apporté sa touche personnelle. Travailler avec eux a toujours été intéressant, chacun à sa manière. Certains s’intégraient mieux que d’autres, mais tous ont apporté des interprétations personnelles intéressantes à notre musique, ce qui est tout ce qu’on peut demander. Et nous les remercions tous !

– L’an dernier, vous avez sorti votre album éponyme, ce qui n’est jamais anodin pour un groupe. Est-ce que vous avez considéré que « Motorpsycho » est la quintessence de votre style, même si celui-ci reste toujours aussi difficile à saisir ?

Après toute cette période de pandémie, et les deux albums plus ou moins enregistrés à la maison qui en sont sortis (« Yay! » et « Neigh!! »), ainsi que le départ de Tomas juste après le confinement et la création de notre label au même moment, l’album éponyme nous a donné l’impression de nous rassembler autour d’une bannière commune et de réaliser un album marquant, pour nous et pour nos fans. Nous avions besoin de faire quelque chose d’important et d’ambitieux, une véritable déclaration artistique, et c’est ce que nous avons finalement obtenu. D’une certaine manière, c’est un ‘album typique de MOTORPSYCHO’, diraient certains, mais… je ne sais pas ! Il y a quand même un sentiment de plénitude, le résultat est à peu près conforme à nos attentes, et c’est toujours bon signe ! (Sourires)

– On l’a dit, MOTORPSYCHO se nourrit de Rock Progressif, de Space Rock, de Rock Psychédélique, de Folk aussi et même de Metal, de Hard Rock et de quelques élans Free Jazz à l’occasion. Malgré toutes ces influences, vous parvenez à rassembler et le groupe est aujourd’hui une institution très respectée. Avec aussi une approche très cérébrale, diriez-vous que le groupe a un petit côté élitiste et réservé à un public connaisseur à l’instar d’un Frank Zappa, par exemple ?

Si c’est le cas, ce n’est pas intentionnel, je te le garantis ! Comment disaient-ils ça dans ‘Spinal Tap’ ? « Ils s’adressent à un public de niche » ou quelque chose comme ça ? L’expression de ‘Spinal Tap’ me semble plus juste qu’‘élitiste’, mais bon, c’est du pareil au même, non ? (Sourires) Nous pensons que les choses les plus intéressantes se situent entre les archétypes, et nous cherchons toujours à créer des œuvres qui ne se laissent pas facilement catégoriser. Cette approche musicale simpliste est insupportable, mais c’est aussi la plus commerciale. C’est pourquoi nous sommes passés relativement inaperçus dans certains pays, comme la France, et nous comprenons que cela puisse paraître élitiste, mais… J’imagine que notre approche a sûrement dérouté beaucoup de gens ? Je ne sais pas, mais on n’a jamais vraiment réussi à trouver un large public en France. Et si on reste assez longtemps dans l’underground, on finit par devenir soit un phénomène culte, soit un truc élitiste, qu’on le veuille ou non ! (Sourires) Alors, que faire ? Comme tu l’as sans doute compris, on n’a pas de grand plan, ni de modèle économique. On laisse parler la musique et on sait bien qu’on n’est plus les petits nouveaux, mais c’est super de susciter de l’intérêt sur un terrain qui était jusqu’ici inexploré pour nous. Alors, merci ! (Sourires)

– Revenons à « The Gaia II Space Corps », dont le titre donne déjà des indications sur l’aspect Space Rock du contenu. Derrière un côté très jam, on perçoit que les morceaux sont très écrits et minutieux. Est-ce que c’est, selon vous, la précision de l’écriture et donc du jeu, qui vous permet autant de liberté artistique ?  

Merci pour tes compliments ! Je crois que tu as mis le doigt sur quelque chose, car malgré l’énergie brute du live, un travail considérable est consacré aux arrangements et aux détails avant l’enregistrement. Ce travail permet de définir l’ensemble et facilite grandement l’enregistrement lui-même. Pour l’album « Gaia », les structures musicales et l’ambition artistique étaient si bien définies que nous savions tous, presque intuitivement, quoi jouer et comment le jouer. Il y a eu une période faste dans l’histoire du Rock autour de 1970 où tout, sauf les Beatles, était qualifié d’’underground’. Le Progressif, le Heavy Metal et bien d’autres genres sont devenus grand public bien plus tard. Dans ce bouillonnement post-LSD et hippie, une musique empreinte d’une certaine liberté et d’un mépris des conventions a émergé. Au Royaume-Uni, The Pretty Things, Soft Machine, Family, Mighty Baby… et en France, Magma, Gong et d’autres encore. Tous étaient des groupes qui créaient une musique à la croisée des genres. Une musique en pleine création. En clair, c’est l’atmosphère de ces albums que nous recherchions.

– Etonnamment, les morceaux de ce nouvel album sont assez courts, même si l’on sent que vous pourriez prolonger votre plaisir de jouer, car certains sont même shuntés. Est-ce que sur scène, on peut s’attendre à des titres qui s’étalent en longueur, d’autant que c’est quelque chose que vous semblez vraiment apprécier ?

Au fil des ans, nous avons composé quelques odyssées de plus de 20 minutes, et un nombre surprenant d’entre-elles sont en fait jouables en live. C’est pourquoi nous essayons d’en inclure une ou deux chaque soir. De plus, nous faisons pas mal d’improvisation à chaque concert, généralement au milieu d’un morceau plus court, donc… un concert de MOTORPSYCHO prend un peu de temps ! (Sourires) Sur « Gaia », la durée idéale des morceaux semblait être plutôt courte, ils sont donc tous assez concis. Avec un titre comme celui-là, on s’attend à un peu d’improvisation, je sais, mais… on se rattrapera en live ! (Sourires)

– « The Gaia II Space Corps » est très fortement porté par un Hard Psych 70’s, qui fait une sorte de jonction entre Led Zeppelin et les Doors, avec un côté direct et l’autre plus aérien. Je trouve que c’est peut-être l’album qui définit le mieux le MOTORPSYCHO de ces dernières années ? Est-ce aussi votre impression et peut-être votre objectif aussi ?

Je ne sais pas si c’est aussi bien pensé que ça ! J’aimerais bien ! (Sourires) Ecoute, on écrit des chansons tout le temps, et parfois, quand tu fouilles dans tes archives pour voir ce que tu as accumulé, tu remarques un fil conducteur entre certains morceaux. C’est ce qui s’est passé ici : ces chansons semblaient bien s’accorder et elles correspondaient aussi très bien à Reine et Olaf et à leurs styles de jeu, alors on s’est dit que ce serait sympa de faire un album dans ce registre-là. A bien des égards, je pense que l’album éponyme de l’année dernière est plus proche de ce que nous voulons faire intellectuellement en termes d’aspirations et d’ambitions compositionnelles, comme sur « Super Ego », mais « Gaia » est probablement ce qui se rapproche le plus de l’identité propre du groupe. (Sourires)

– Un mot aussi sur la production, qui est très organique avec une couleur vintage, et qui nous propulse quelques décennies en arrière. On a presque l’impression que vous donnez autant d’importance à la composition qu’à son rendu sonore. Est-ce le cas et l’enregistrement s’est-il fait en conditions live, car il est d’une incroyable spontanéité ?

La plupart des enregistrements ont été réalisés en live, mais deux ou trois ont nécessité des overdubs. Et oui, on retrouve vraiment le son d’un groupe de Rock en live ! L’idéal sonore, sans aucun doute ! (Sourires) Côté production, je dirais que les albums enregistrés par Martin Birch dans le garage de sa mère en 1969/70 nous servent de modèle : « In Rock » de Deep Purple, le premier album de Wishbone Ash, « Then Play On » de Fleetwood Mac, The Faces, Jeff Beck avec « Beck-ola », The Groundhogs… Ils ont tous ce côté brut et authentique qui est vraiment excitant. C’est aussi ce que nous recherchons : une musique non pas trop léchée, mais pleine d’énergie, de vie et d’une ambiance incroyable !

– Enfin, il y a une question que je voulais vous poser depuis longtemps. Comment élaborez-vous vos setlists pour la scène ? Vous les axez sur l’album qui vient de sortir, ou un mix de vos meilleurs morceaux est-il encore possible sans faire un concert de quatre heure ?

En général, on tâte le terrain pour voir si quelles vieilles chansons ont encore du potentiel, puis on sélectionne celles qui nous semblent pertinentes parmi les autres époques du groupe et on les ajoute à ce qu’on peut jouer du nouvel album. Du coup, on se retrouve avec un répertoire d’environ 50 à 80 chansons parmi lesquelles choisir. Chaque soir, on se réunit et on essaie de créer une progression dramatique, qui maintiendra l’intérêt et l’énergie du public pendant deux à trois heures. Chaque soir, on propose une nouvelle combinaison de chansons, en reprenant celles qu’on a moins bien jouées la veille et en ajoutant d’autres pour remplacer celles qu’on a vraiment bien jouées. C’est un peu aléatoire : parfois on a beaucoup de chance, d’autres fois c’est un peu le bazar ! (Sourires) Mais l’important c’est de se renouveler constamment et de ne pas chercher le spectacle ou l’enchaînement parfait : on cherche à atteindre le nirvana musical à partir de rien. Et chaque soirée, c’est différent. Psychologiquement, c’est vraiment libérateur, et ça rend les choses beaucoup plus amusantes pour tout le monde ! (Sourires)

Le nouvel album de MOTORPSYCHO, « The Gaia ll Space Corps », est disponible sur le label du groupe Nordenfjeldske Grammofonselskab.   

Photos : Espen Haslene

Retrouvez aussi quelques chroniques du groupe :

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Blues Blues Rock

Lee O’Nell : le feeling pour unique guide

Avec beaucoup d’énergie et de finesse, LEE O’NELL se dévoile sur scène dans un set incandescent, où son Blues Rock donne toute sa puissance. La guitare est affûtée, les claviers scintillants, la rythmique d’un groove hyper-précis et la voix de Gipsy enveloppe de sa belle tessiture. Tout est en parfaite symbiose sur ce « Live », parfaitement capté et restitué sans fioriture avec une authenticité de chaque instant. Léger, jazzy, swing ou plus musclé, le registre du combo hexagonal fait des merveilles et nous emporte avec lui.

LEE O’NELL

« Live »

(Independant)

Après deux albums studio avec son Blues Gang, « Different Shades OF Love » (2020) et « This Is Us… » (2022), c’est avec une réalisation sobrement intitulée « Live » que Lionel Wernert, alias LEE O’NELL, fat son retour de très belle manière. Car le Blues Rock et le Blues plus largement, peut-être plus que d’autres registres qui misent dorénavant sur des shows exubérants plus préoccupés par l’image que la musique, se vit et se ressent en concert et face au public. Et en ce sens, le quintet vosgien ne triche pas et ses morceaux sont d’une sincérité sans faille.

Enregistré en octobre dernier à Vitry-le-François devant des spectateurs attentifs et enthousiastes, « Live » s’étend sur une petite heure, où l’on se délecte des multiples facettes de LEE O’NELL. Avec sa chanteuse Gipsy, ils forment un duo fusionnel, où le chant communique et répond aux assauts guitaristiques du principal compositeur de la formation. Cette dernière est d’ailleurs complétée avec beaucoup de talent par Pierre-Alain Delannoy (batterie), Phil Dandrimont (basse) et François Barisaux (claviers) dans une belle osmose.

Complices et complémentaires, les cinq musiciens manient puissance et délicatesse sur des titres très accrocheurs, dont l’objectif (atteint!) est d’abord de livrer beaucoup d’émotion (« Come What May », « Be A Man », « Different Shades Of Love », « Kiss Me Again », « Never Again », « Paradise Highway »). Et cerise sur le gâteau, on retrouve en toute fin le single « O Gimme Faith » qui, espérons-le, est le présage d’un beau troisième effort à venir. Avec ce « Live », LEE O’NELL est dans son élément, brillamment accompagné et avec une telle frontwoman, l’avenir s’annonce radieux.

Photo : Thierry Wakx

Retrouvez la chronique de « This Is Us… » :

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Blues Soul

Tedeschi Trucks Band And Leon Russell : magic communion

Dix ans après une prestation qui a du laisser des étoiles dans les yeux des spectateurs, TEDESCHI TRUCKS BAND AND LEON RUSSELL nous offrent enfin un témoignage concret de leur passage au ‘Lockn’ Festival’ américain et de leur réinterprétation du fiévreux album live de Joe Cocker, « Mad Dogs & Englishmen », paru quelques décennies plus tôt. La ferveur est là et la performance exceptionnelle, d’autant que ce disque pour le moins mythique traverse les âges avec une élégance rare et un sens de la Soul et du Blues qui atteint des sommets.

TEDESCHI TRUCKS BAND AND LEON RUSSELL

« Mad Dogs & Englishmen Revisited – Live At Lockn’ »

(Fantasy Records)

Alors que Susan Tedeschi voyait le jour et que neuf ans plus tard, ce serait au tour de Derek Trucks, Joe Cocker, quant à lui, enregistrait l’emblématique « Mad Dogs & Englishmen » au Fillmore East de New-York les 27 et 28 mars 1970. Un disque qui les a donc marqués au fer rouge. A l’époque, c’est le claviériste, chanteur et directeur musical LEON RUSSELL qui était aux manettes et c’est aussi lui que l’on retrouve, bien accompagné, à la production de cette version revisitée par le TEDESCHI TRUCKS BAND et captée en septembre 2015 au ‘Lockn’ Festival’ d’Arrington, en Virginie.

45 ans après l’édition originale, quelques musiciens de Mad Dogs sont revenus fouler la scène et Rita Coolidge, Claudia Lennear et Chris Stainton sont toujours aussi rayonnants. Et comme pour rendre cet hommage inoubliable, TEDESCHI TRUCKS BAND et LEON RUSSELL ont convié quelques invités de marque, qui confèrent à cet album une incroyable générosité. Cette célébration collective rappelle d’ailleurs naturellement celles de Joe Cocker. Ici aussi, on a le sentiment que des amis se sont rassemblés dans une harmonie très fluide et une énergie communicative.

Si à eux seuls, TEDESCHI TRUCKS BAND et LEON RUSELL font trembler n’importe quelle scène, alors imaginez un peu les frissons supplémentaires procurés par Chris Robinson des Black Crowes, John Bell, le grand Warren Haynes, Anders Osborne, Doyle Bramhall II et Shannon McNally. Il y a autant d’électricité que de magie pendant plus d’une heure de concert. Susan Tedeschi est impériale au chant, son guitariste de mari Derek Trucks brille de mille feux et les chœurs omniprésents font jaillir autant de lumière et de sourires que la vibrante section de cuivres. Incontournable !

Retrouvez les chroniques de l’album en quatre actes « I Am The Moon » du groupe :

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Blues Rock France Soul Southern Blues

Jessie Lee & The Alchemists : nourrir l’héritage [Interview]

Fort d’un nouvel album dont les morceaux ont déjà été bien éprouvés sur scène, JESSIE LEE & THE ALCHEMISTS livre « Legacy » à travers lequel il revient sur ses racines. On y décèle un hommage, bien sûr, mais pour autant les Français continue d’œuvrer dans la démarche qui les guide depuis leurs débuts. Très live et organique, la production dégage une chaleur enveloppante, inhérente au style et avec une touche très 70’s. La chanteuse et son groupe ont une fois encore façonné une belle réalisation et ils reviennent sur sa conception.

– Ce troisième album est assez spécial pour plusieurs raisons. La première est que vous avez composé les morceaux pour ensuite les roder sur scène Qu’est-ce qui vous a mené à ce processus ?

Nous avons toujours fait comme ça, dès le début du groupe. Nous répétons peu les nouveaux morceaux, nous les laissons évoluer et s’affiner sur scène, ensuite seulement nous répétons pour préparer l’album. Cela nous permet aussi de ne pas nous poser de question au moment de l’enregistrement. Les titres sont digérés tout en gardant la fraîcheur de la nouveauté. En studio, nous jouons live en essayant de garder le même feeling que sur scène, c’est donc important pour nous que tous les titres aient été rodés avant.

– D’habitude, les groupes attendent la sortie du disque pour le défendre sur scène, ce qui créée aussi une certaine émulation pour le groupe comme pour les fans. Comme vous avez joué ces morceaux lors votre dernière tournée européenne, est-ce que cela vous a consolidé dans la composition de certains, et d’ailleurs en avez-vous retiré de votre répertoire suivant les réactions ?

Plein de petits détails s’affinent à force de jouer les nouveaux titres en live et ils continuent d’ailleurs à évoluer même après l’enregistrement de l’album. Et les réactions du public peuvent aussi contribuer à conforter nos choix, bien sûr.

– Si on reste sur l’aspect scénique, la sortie de « Legacy » signifie aller tourner de nouveau avec ces mêmes morceaux. Comment, et allez-vous d’ailleurs le faire, réinventer vos setlists ?

En réalité, nous introduisons des nouveaux titres à l’intérieur de la setlist précédente, donc ils arrivent par ‘roulement’, un ou deux, comme une sorte d’exclusivité pour le public. Seulement maintenant, nous jouons tous les titres du nouvel album avec un nouveau show. Il est d’ailleurs possible, d’ici quelques temps, que des nouveautés se glissent dans ce dernier !

– Musicalement aussi, votre démarche peut paraître surprenante. On a tendance à imaginer un troisième album comme celui qui vient conforter la personnalité d’un style. Or, ici, vous rendez hommage à vos racines musicales. C’est tout aussi enthousiasmant, mais c’est le genre de réalisation qu’on attend peut-être plus tard dans une discographie. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ?

Il n’y a rien de bien différent. Ce sont toujours des compositions originales avec notre son et notre personnalité, plus affirmée que jamais. Chaque album se doit d’être différent, et chaque morceau une histoire et un tableau à lui seul. La démarche était plutôt de revenir à ce par quoi nous avions commencé, s’inspirer de nos racines tout en mettant en avant le groupe live et ‘jam band’ que nous sommes. Nous nous laissons avant tout porter par nos envies du moment.

– « Legacy » a aussi été enregistré en studio dans des conditions live. Est-ce justement parce qu’il a été joué sur scène que vous avez opté pour cette façon de procéder ?

Tous nos albums ont été enregistrés de cette façon, tout en produisant de façon plus ou moins sophistiquée les morceaux, en ajoutant des guitares, des claviers, etc… C’est important pour nous de garder cette énergie live, qui doit rester la base des titres.

– Ce nouvel album est aussi un beau voyage musical à travers le Blues bien sûr, la Soul, le Rythm’n’ Blues et le Southern Rock, tout ce qui vous caractérise. Justement, comment avez-vous réussi à éviter les clichés des habituels hommages, tout en gardant votre identité artistique ?

Merci ! Les morceaux sont avant tout des originaux, notre identité artistique et musicale est partout. Ce sont plus des évocations, des clins d’œil, une manière de jouer et une façon de composer, qui rendent hommage à certains artistes et certains morceaux.

– Un mot aussi sur la production de l’album, qui est entièrement analogique et réalisée sur du matériel vintage. Est-ce que ce n’est finalement pas ça l’essence-même du Blues et ce qui retranscrit le mieux son âme ?

Il est important pour nous de ne jouer que sur du matériel analogique, des lampes dans les amplis, un vrai piano, un vrai orgue Hammond, etc… C’est ce avec quoi nous avons grandi et, effectivement, c’est ce que nous aimons et avons dans les oreilles. Nous n’allions pas faire de clins d’œil aux Allman Brothers, Edgar Winter ou à Jeff Beck, pour n’en citer que quelques uns, en utilisant des modélisations numériques ! (Rires)

– Enfin, vous reprenez « You’re The One That I Want » de John Farrar, rendu populaire par le film « Grease ». Vous en faites même une version presque Reggae, même si le final est beaucoup plus puissant. L’objectif de départ était-il de déconstruire l’original pour vous l’approprier ensuite complètement ?

Exactement, y mettre de nous, et prendre à contre-pied ce morceau que nous adorons ! La chose amusante est le refrain. Alors, nous avons modulé la tonalité, changé l’harmonie et la mélodie, ainsi que le rythme et pourtant on le reconnait. Il n’y a qu’une petite guitare qui fait un clin d’œil aux choeurs originaux du morceau. C’était un vrai challenge !

Le nouvel album de JESSIE LEE & THE ALCHEMISTS, « Legacy », est disponible chez Binaural Production/Absilone.

Photos : Eric Martin

Retrouvez aussi la chronique de leur album précédent, « Let It Shine » :

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Heavy Stoner Psych Proto-Metal

Hippie Death Cult : sismique

Spontané, rugueux et instinctif, HIPPIE DEATH CULT donne déjà entière satisfaction sur album, alors que dire de ses performances live ! Celle captée à domicile le 9 novembre dernier au ‘Star Theater’ de Portland a dû résonner et retentir un long moment, tant la prestation offerte relève d’une intense déflagration. Les trois musiciens ont atteint des sphères Heavy Psych bardées de proto-Metal et d’un Stoner Doom puissant et aérien. Une véritable prouesse !

HIPPIE DEATH CULT

« Live At The Star Theater »

(Heavy Psych Sounds Records)

Le temps de trois réalisations studio, d’un changement de line-up qui a vu sa bassiste prendre aussi le chant, et la configuration passer en power trio, et HIPPIE DEATH CULT a effectué sa mue de la plus belle des manières. D’ailleurs, « Helichrysum », sorti il y a deux ans, avait déjà confirmé un virage vers un proto-Metal très Heavy aux contours Doom et à l’approche toujours aussi Psych. Avec le départ de son chanteur et claviériste Ben Jackson, les Américains ont adopté une ligne plus brute et musclée qui leur va franchement bien.

Plus épanouie que jamais, la frontwoman a vraiment pris les reines du groupe et donne le ton de ce « Live At The Star Theater ». Ce concert, que l’on ne retrouve ici qu’en partie, venait clore une tournée en 2024 où HIPPIE DEATH CULT avait parcouru les Etats-Unis, le Canada et l’Europe sans (presque) lever le pied. Et forcément, il fallait que le final ait lieu chez lui, à Portland dans l’Oregon, là où tout a commencé. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il a fait trembler l’édifice du lieu… et pas à moitié !

Devant quelques privilégiés (que l’on entend même parler), le combo fait surtout la part belle à son dernier disque (« Arise », « Toxic Annihilator », « Shadows »,  et « Red Giant ») et termine ce live avec « Circle Of Days », morceau-titre de son deuxième opus. Et sur plus de 16 minutes, HIPPIE DEATH CULT prend magistralement son envol, scotche tout le monde et, finalement, nous laisse sur notre faim…  mais bien sonner tout de même. A eux trois, Eddie Brnabic (guitare), Harry Silvers (batterie) et Laura Phillips (basse, chant) ont tout retourné.

Retrouvez aussi les chroniques des deux derniers albums du groupe :

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Blues Rock Heavy Blues

Erja Lyytinen : un Blues épiné

Suave et percutante, ERJA LYYTINEN a le don de se renouveler à chaque réalisation, comme si elle partait à la recherche d’elle-même. Avec « Smell The Roses », c’est l’efficacité qui prime. Non qu’elle ait perdu la délicatesse de son jeu, ou toutes les nuances de son chant, bien au contraire, mais la songwriter a délibérément choisi une approche plus épurée… Et que cela lui va très bien ! Entre une lumière presqu’éblouissante et la noirceur des abysses, la frontwoman s’affirme comme jamais, faisant preuve d’une maturité artistique élégante et forte.

ERJA LYYTINEN

« Smell The Roses »

(Tuohi Records)

A peine avait-elle sorti ce treizième et très électrique nouvel album qu’ERJA LYYTINEN reprenait la route pour y délivrer son Blues Rock. Il faut dire que la Finlandaise n’est jamais aussi bien que sur scène, son terrain de jeu favori, là où sa musique prend toute son ampleur. D’autant qu’avec « Smell The Roses », la musicienne a sérieusement musclé son jeu poussant son registre jusque dans des contrées aux riffs Hard Rock. Bien sûr, l’ensemble porte toujours cette touche inimitable guidée par une féminité affirmée et un Rock moderne, nappé d’un Blues audacieux.

Depuis deux décennies, ERJA LYYTINEN est devenue une artiste incontournable de la scène Blues Rock mondiale, rivalisant sans peine avec ses consœurs les plus médiatisées. Il y a chez elle un parfum et une saveur très nordiques, qui offrent des sonorités spéciales à ce Blues Rock explosif. Cette fois, elle a souhaité faire de ce « Smell The Roses » un disque résolument Rock, à base de riffs puissants et massifs, de refrains imparables et entêtants, portés par des solos incandescents et où la reine de la slide se fait immensément plaisir. Il y beaucoup de vie et d’énergie sur les neuf titres de cet opus.   

En formation classique et dans un style peut-être plus frontal qu’à l’habitude, la guitariste et chanteuse ne s’économise pas une seul instant, même si elle laisse toujours une belle place à des chansons plus intimes et personnelles, laissant ainsi sa douceur s’exprimer (« Empty Hours »). Et si le morceau-titre est déjà incontournable, d’autres surprises se nichent au cœur de « Smell The Roses ». «  Going To Hell », « Abyss » ou « Stoney Creek » captivent par leur relief, tandis que « Dragonfly » ou « The Ring » laissent cette impression de contrôle et de détermination, si présente chez elle. Et quelle voix !  

Photo : Adam Kennedy

Retrouvez la récente interview de l’artiste et les chroniques de ses deux derniers albums :

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Blues Rock Heavy Blues International

Erja Lyytinen : the northern star [Interview]

Très explosif et féminin, ce nouvel album de la Finlandaise vient bousculer le Blues déjà très Rock, auquel elle nous a habitués depuis une vingtaine d’année maintenant. Toujours aussi virtuose, elle sait aussi se faire plus sensuelle vocalement, soufflant le chaud et le froid à grand renfort de cette slide incroyable, dont elle a le secret. « Smell The Roses » sonne comme un retour aux fondamentaux, où le superflu n’a pas sa place. ERJA LYYTINEN offre une production très personnelle, intime et la fougue dont elle fait preuve ici ne laisse pas de place à l’hésitation. Rencontre avec une artiste passionnée et grande technicienne, qui se nourrit d’une sincérité de chaque instant.   

– « Smell The Roses » est l’un de tes albums le plus Rock et le plus brut, et pourtant on te voit poser avec une belle rose rouge. Quel contraste, ou sur quel paradoxe, as-tu voulu jouer sur cette pochette ?

Mon intention était de créer quelque chose de nouveau sur la pochette de l’album. Dès que j’ai su que le titre serait « Smell The Roses », j’ai voulu poser avec une rose, mais sous un angle différent de d’habitude. Sur la pochette, je la tiens dans ma bouche et mon expression légèrement surprise me dit : mais qu’est-ce que c’est ? Je voulais faire quelque chose de rafraîchissant, quelque chose qui donne envie de s’arrêter et de regarder à nouveau et de se demander ce qui se passe. Et pour les photos promotionnelles, nous avons opté pour un style plus classique, où la rose est idéalement placée entre les cordes de ma guitare. Il y a donc deux types de poses avec la rose. Et je trouve qu’elle va très bien avec le Rock !

– L’impression qui domine à l’écoute de « Smell The Roses », c’est cette production très épurée et sans fioritures, très instinctive. Est-ce que ton objectif était d’aller à l’essentiel, de ne pas trop d’encombrer d’arrangements superflus en livrant une expression très directe de tes chansons ?

Avec « Smell The Roses », je voulais faire un album purement Rock avec un groupe en formation classique. Et une guitare électrique, un orgue Hammond, une basse et une batterie constituent une base solide. Il n’y a pas beaucoup de superpositions. Nous voulions une ambiance live et créer des chansons et des sonorités qui donnent envie de se dire ‘Ouais, c’est du Rock !’. C’est mon album le plus heavy à ce jour, et j’y ai joué beaucoup de riffs de guitares. C’était rafraîchissant de faire simple. Je trouve qu’on a trop de fouillis de nos jours… trop de matériel, trop de tout. Donc, rester simple et directe, avec un esprit Rock des années 60 et 70 était vraiment l’objectif et nous y sommes parvenus.

– Cette fois encore, tu produis ce nouvel album. On peut facilement comprendre ton désir d’avoir la main sur tes chansons du début à la fin. Cependant, avec l’expérience que tu as aujourd’hui, tu n’as jamais été tenté par faire appel à un producteur américain, ou anglais, de renommée mondiale et qui t’ouvrirait peut-être nouveaux horizons musicaux, comme tu l’avais déjà fait avec David et Kinney Kimbrough dans le passé, par exemple ?

Oui, bien sûr, j’ai été tentée de faire appel à des producteurs de renommée mondiale ! Cependant, j’ai moi-même une vision claire et je n’ai pas peur de prendre des décisions. J’ai aussi enregistré moi-même mes solos de guitare et mes voix pour l’album, et j’apprécie beaucoup ce processus. Pour beaucoup d’artistes indépendants, produire ses propres enregistrements est aussi une option économique. J’ai adoré travailler avec Chris Kimsey et nous restons en contact. L’enregistrement de « Stolen Hearts » aux studios ‘State Of The Ark’ à Londres avec lui a été une expérience formidable en 2016. Il y a aussi des producteurs avec qui il serait intéressant de produire les prochains albums. On verra bien ce que l’avenir nous réserve pour la suite. Mais produire « Smell The Roses » seule était intéressant et assez facile, car je travaille avec mon groupe et mon ingénieur du son depuis un certain temps déjà. Tout s’est donc bien passé.

– Sur ce nouvel album, il y a des chansons comme « Going To Hell », « Abyss » ou « Empty Hours », qui sont très profondes avec des textes forts pleins de sens. Ce n’est pas la première fois que tu fais preuve d’autant d’audace, mais la thématique est peut-être plus sombre et plus dure aussi cette fois. C’est le monde actuel avec ses allures de chaos qui t’a poussé à aller dans ce sens ?

Le monde est dans un état étrange en ce moment et cela doit aussi se refléter dans la musique. Il y a aussi quelques ‘démons personnels’ que je libère toujours dans mes albums. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de fiction, l’objectif étant d’émouvoir l’auditeur, de l’inciter à s’arrêter, à écouter et à trouver sa propre signification dans les chansons. Mais oui, cet album est bien plus sombre que mes précédents. Je n’ai pas peur d’aborder des sujets difficiles et d’apporter une touche de mysticisme à mes chansons. Par exemple, « Stoney Creek » est une histoire mystérieuse, qui n’a pas encore été résolue. Je trouve fascinant d’écrire des paroles dignes d’un film… de peindre un tableau pour l’auditeur.

– Tu as également multiplié les collaborations tout au long de ta carrière, dont beaucoup de très prestigieuses. Avec « Smell The Roses », tu donnes l’impression de vouloir revenir à quelque chose de plus personnel et de plus intime. Tu avais l’envie de revenir à l’essence-même de ton Blues Rock et à un style peut-être plus débridé ?

Personnel et intime, voilà ce dont nous avons besoin en ce moment. De l’honnêteté et de la sincérité. C’est la meilleure façon de toucher les gens : être ouvert et franc. C’est difficile pour nous, les gens, d’avoir ce genre de choses. Cet album doit être nouveau de ce point de vue, et je suppose que c’est pour cela que les gens l’apprécient. En écrivant les chansons, je ne voulais me limiter en aucune façon. La simplicité réside dans la production, mais les solos de guitare sont très intenses et je me suis efforcé de jouer différemment sur cet album que sur le précédent, « Waiting For The Daylight ». L’album est donc orienté Blues et Rock avec quelques touches de Hard Rock.

– Tu as déjà sorti cinq albums live et, justement, « Smell The Roses » a une sonorité très live et immédiate. Toi qui es une artiste de scène, tu as ressenti le besoin de revenir à un enregistrement qui se rapproche de tes prestations en concert ?

J’adore jouer en live. Et en écrivant pour cet album, j’ai aussi réfléchi à ce que j’aimerais jouer sur scène ces deux prochaines années. Nous avons aussi répété les morceaux avec mon groupe pendant les balances de notre tournée européenne et cela a dû influencer le matériel : les chansons fonctionnent sur scène comme sur l’album. Il est très organique. Nous avons déjà joué beaucoup de morceaux en concert et ils fonctionnent très bien en live. Je n’ai pas eu besoin de composer grand-chose pour mes parties de guitare. Donc, pour moi, c’est parfait !

– Justement, puisqu’on parle de concert, tu as aussi sorti il y a quelques semaines l’album « 20 Years Of Blues Rock ! » enregistré dans ta ville natale d’Helsinki pour marquer les 20 ans de ton premier album « Wildflower ». C’est un disque très fort émotionnellement. Quel regard portes-tu sur cet album par rapport à « Diamonds on the Road – Live », notamment, qui était sorti l’année précédente ? Le premier est-il plutôt destiné à tes fans de la première heure ?

« 20 Years of Blues Rock! » est un album live que nous avons enregistré lors de mon concert pour les 20 ans de ma carrière au légendaire ‘Tavastia Club’ d’Helsinki. L’album comprend deux CD et un DVD, ce qui en fait un disque vraiment sympa. J’avais invité toutes mes sections rythmiques depuis 2003 à jouer ce soir-là. Il y avait donc cinq bassistes, cinq batteurs et plein d’autres invités. C’était très nostalgique, très exaltant, une longue soirée pleine de souvenirs ! Nous avons joué des morceaux de chacun de mes albums studio avec les formations originales. C’était vraiment génial ! C’est donc un produit que nous allons continuer à proposer pendant un certain temps, car il s’adresse vraiment à mes fans de longue date, qui suivent ma carrière depuis l’enregistrement de mon premier album en 2003.

– En réécoutant ton album précédent, « Waiting For The Daylight », mais surtout tes albums live, j’ai noté une évolution dans ton jeu, pas au sens strictement technique, mais plutôt dans le jeu et la façon d’aborder les mélodies. Quel regard poses-tu justement sur ta façon de jouer ? Qu’est-ce qui a le plus changé, selon toi, dans ton rapport à ton instrument ?

Je joue de la guitare depuis plus de trente ans et c’est agréable d’entendre que les gens perçoivent mon évolution. Je n’ai pas peur de dépasser les limites et, aujourd’hui, j’essaie d’utiliser ouvertement tout ce que j’ai appris au fil des ans sur la guitare et la musique. Je suis donc très ouverte à l’exploration de cet instrument. J’apprécie également la musique progressive et la fusion. À l’époque, lorsque je jouais principalement dans les clubs de Blues, je ne pouvais pas vraiment jouer de musique progressive, mais aujourd’hui, je m’exprime plus librement, en espérant que mon public l’appréciera aussi. Et il semble qu’ils aient été plutôt satisfaits de mon approche plus Rock et progressive, que ce soit dans les mélodies ou les harmonies.

– Tu as toujours eu un son européen qu’on pourrait même qualifier de ‘nordique’ au regard de la scène britannique, par exemple. C’est ce qui te rend immédiatement identifiable et unique sur la scène Blues Rock mondiale. Justement quel regard portes-tu sur l’actuelle et  effervescente scène Blues, et notamment sur les femmes qui commencent enfin de plus en plus à occuper les premiers rangs ?

Mes origines finlandaises ont forcément un impact sur ma musique. C’est pourquoi je mélange mes racines nordiques avec la tradition du Rock et du Blues britannique et américain. C’est fascinant de voir de plus en plus de femmes évoluer dans le monde de la musique. Cela diversifie le secteur, offre davantage de possibilités aux femmes et aux jeunes filles et les encourage à suivre leur propre voie. Je pense que cela contribuera à l’essor de toute l’industrie. Quand j’ai commencé la guitare électrique à quinze ans, le paysage musical était très masculin, et le changement a été considérable ces dix dernières années.

– Enfin, avec son côté presque frontal, très Rock et parfois rugueux, « Smell The Roses » est peut-être l’album qui te ressemble le plus dans ses textes, mais aussi dans ton jeu, où tu sembles revenir à l’essentiel avec beaucoup de facilité d’ailleurs. Est-ce que tu te sens à un sommet de ta carrière aujourd’hui artistiquement ?

Eh bien, j’apprécie vraiment cette aventure ! Certaines choses me semblent beaucoup plus faciles aujourd’hui. J’ai un groupe et une équipe formidables avec qui travailler, j’aime jouer en live et écrire des chansons. Je suis heureuse et c’est particulièrement important. Le chemin a été long pour en arriver là, mais je sens qu’il y a encore beaucoup à faire. En tout cas, j’ai très envie de continuer et de découvrir ce que l’avenir nous réserve de génial !

Le nouvel album d’ERJA LYYTINEN, « Smell The Roses », sort chez Tuohi Records et est disponible sur son site : https://erjalyytinen.com

Photos : Ville Juurikkala

Retrouvez la chroniques du nouvel album, ainsi que celles des précédents :