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Hard'n Heavy

Bruce Dickinson : escapade en solitaire

Dans ses interviews comme dans son écriture, BRUCE DICKINSON a toujours eu une forte tendance à intellectualiser les choses et la musique notamment, et c’est en soi très honorable au regard de beaucoup d’autres. A ceci près qu’il en oublie ce brin de folie propre au Metal (au sens large) et c’est précisément ce qui manque cruellement à « The Mandrake Project », où ce côté trop ‘mature’ ne dégage aucune envie, ni éclat au point même de s’époumoner sur certains titres. On plonge dans un style convenu, ancré dans une zone en tous points très confortable.

BRUCE DICKINSON

« The Mandrake Project »

(BMG)

Quel site indigne serait Rock’n Force si l’album de l’intouchable BRUCE DICKINSON n’y était pas chroniqué ! Car, en parcourant quelques écrits de confrères, il apparaît que « The Mandrake Project » est déjà en lice pour figurer parmi les meilleures productions de l’année. Rien que ça ! On ne doit pas avoir le même degré d’exigence. Alors après tout, et comme il m’est souvent reproché de parler uniquement en bien des groupes, je me suis (vraiment)  longuement penché sur cette septième merveille du chanteur anglais, qui pointe le bout de son nez 19 ans après la précédente. Presqu’une génération !

En effet, il faut remonter à « Tyranny Of Souls » pour retrouver trace du dernier effort en solo du frontman d’Iron Maiden. On ne va pas se mentir, j’ai au moins un point commun avec BRUCE DICKINSON : je suis délicatement ‘Old School’ et subtilement ‘vintage’, moi aussi. Ainsi, lorsque le streaming de « The Mandrake Project » est arrivé, le fait de l’écouter sur une page Internet n’a pas aidé. Ensuite, les fichiers numériques n’y ont rien changé. Mais lorsque le CD est arrivé, la lumière est revenue. Il manquait le son pour constater et percevoir la qualité de la production… qui est bonne.

Photo : John McMurtrie

Et avec du matériel adéquat, les choses s’éclaircissent et mettent en évidence les nouvelles, enfin presque, compositions du Britannique associé à son ami de longue date Roy Z (Roy Ramirez) à la guitare et à la production justement. L’entame est très plaisante et solide (« Afterglow Of Ragnarök », « Resurrection Man », « Mistress Of Mercy »). BRUCE DICKINSON en profite aussi pour récupérer « Eternity Has Failed », paru en 2015 sur « The Book Of Souls » de Maiden sous le titre « If Eternity Should Fail », qu’il a réarrangé et dont il a modifié quelques paroles. Et Gus G. y livre d’ailleurs un beau solo.

Alors, bien sûr, les titres sont bien goupillés, très bien interprétés et « The Mandrake Project » tient évidemment la route. On est assez loin, sans l’être de trop non plus, de ce qu’il a l’habitude de faire avec la Vierge de Fer, mais on reconnaît la touche personnelle de BRUCE DICKINSON dans cette écriture très narrative (« Shadows Of The Gods », « Sonata (Immortal Beloved) ». Pour autant, si le registre entre Hard et Heavy est comme toujours très maîtrisé, il y manque cette étincelle qui ferait décoller un peu l’ensemble pour le rendre plus pertinent surtout, et mémorable aussi.

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France Hard'n Heavy

RollyWoodLand : they are back ! [Interview]

Cela faisait plus de dix ans que ROLLYWOODLAND était (presque) en sommeil. Le power trio basé dans le sud-est de la France revient en force avec un deuxième album, « Dark Fate For Judgment Day », sorte de flashback musical et cinématographique des années 80/90, celles d’un Hard Rock qui savait aussi se faire très Heavy. Sans nostalgie et avec une production très actuelle, le groupe aborde cette nouvelle étape avec enthousiasme et un  regard clair sur ses intentions. Entretien avec Rolly Wood, chanteur et bassiste du combo.

– « Appetite For Seduction », votre premier album, était sorti en 2012 et il aura fallu attendre 2024 pour vous retrouver avec « Dark Fate For Judgment Day ». Que s’est-il passé en plus de 10 ans ? Vous avez fait une pause musicale, ou est-ce que chacun d’entre-vous s’est concentré sur d’autres projets artistiques ?

Il y a un peu de tout ça. On a commencé à bosser sur l’album presque tout de suite après la sortie du premier. Ensuite, on a fait un break de trois ans en 2015, suite à des changements de boulot, des enfants, … On a repris en 2018 et quand on a commencé à être bien, il y a eu le Covid. Comme on habite tous assez loin les uns des autres, on n’a pas pu se voir. Pendant, cette période, j’ai réenregistré le chant chez moi. Ensuite, on a fait les grattes chez le guitariste entre 2020 et 2022 environ. Et tout ce qui est additionnel a aussi été réalisé à ce moment-là. C’est vrai que l’album est prêt quelque temps, mais la recherche de label et puis le calendrier de sorties des autres groupes ont fait que l’album sort aujourd’hui.

– ROLLYWOODLAND a forcément beaucoup changé en plus d’une décennie. Quels ont été les changements majeurs que vous souhaitiez apporté au groupe, si tant est qu’il y en est eu ?

Il y a déjà eu un changement de line-up. Notre batteur, Ben avec qui je jouais déjà avant notre premier album, nous a rejoints. Yohan, le guitariste qui était avec nous depuis 2013, est aussi revenu en 2018, lorsque l’on s’est reformé. Le line-up est stable depuis quelques années maintenant.

– Avant de parler de l’album, j’aimerais aussi avoir ton regard sur le petit monde de la musique qui a aussi beaucoup changé. Le milieu a connu une certaine métamorphose dans son fonctionnement avec surtout la main mise des réseaux sociaux sur cet environnement au détriment assez souvent de la musique. « Dark Fate For Judgement Day » arrive un peu dans un autre monde, non ?

Complètement ! Et un monde qui n’est pas le mien ! (Rires) Au sein du groupe, on n’est pas branché réseaux sociaux. On n’est pas récalcitrant, mais ce n’est pas notre façon de fonctionner en montrant notre vie en permanence. Le ‘m’as-tu vu’ et le voyeurisme, on n’est pas trop dedans. Avant, les choses se faisaient via le bouche à oreille et les concerts faisaient parler toi. Aujourd’hui, j’ai l’impression que ça se joue au nombre de followers. Sachant qu’en plus, c’est un peu biaisé car on peut en acheter, je ne vois pas vraiment l’intérêt de tout ça.

– En tout cas, une chose est sûre, votre musique reste dans la lignée de ce vous avez toujours fait avec les mêmes repères aussi. Finalement, ce Hard Rock aux teintes Glam Metal un peu Sleaze est quelque chose d’assez immuable et d’intemporel ? D’ailleurs, comment vivez-vous ce petit ‘revival’ actuel à l’étranger comme en France ? Et est-ce que vous avez gardé un œil là-dessus ?

C’est peut-être que cette musique est la bonne, tout simplement ! (Rires) Je pense que la bonne musique ne suit pas les modes, c’est quelque chose d’intemporel. Par ailleurs, parmi tous ces groupes un peu ‘revival’, il y a un grand côté parodique. Maintenant, je ne sais pas si nous sommes les rois de l’originalité, mais il y a souvent ce manque dans les groupes actuels. Ils ne cherchent pas forcément à s’émanciper d’une certaine masse. Tous ces groupes actuels de Glam, de Sleaze, etc… me font penser aux Inconnus (les humoristes ! – NDR). C’est vrai que ce n’est pas une scène que je suis vraiment. Le plus Glam que j’écoute, ça doit être Mötley. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, je suis plus Hard Rock pur. C’est pour ça que j’ai du mal à nous identifier à cette scène, car tous les chanteurs ont un peu la même voix. C’est ça qui me manque actuellement, ce sont les chanteurs qui ont une voix à part. Il n’y a plus grand-chose d’immédiatement identifiable. Et puis, tout le monde a le même son de batterie, etc… C’est un peu mon ressenti là-dessus. Aujourd’hui, les deux seuls groupes que j’écoute de cette nouvelle scène sont Audrey Horne et Volbeat, qui ont une identité musicale assez marquée et puis, ça joue !

– Parlons de ce nouvel album. Même si les références américaines et surtout californiennes ont assez évidentes sur certains morceaux, le son de ROLLYWOODLAND s’inscrit tout de même dans un registre français et plus largement européen. C’est quelque chose à laquelle vous tenez, ou cela s’est fait finalement inconsciemment ?

Sonner à tout prix américain est quelque chose que je refuse de faire. Tu vois, j’adore Steel Panther, mais je trouve que tous leurs albums se ressemblent. Je n’ai pas du tout envie qu’on entre dans ce genre de truc. Je trouve que beaucoup de groupe essaient de faire comme les autres, histoire d’être sûrs que leur musique va être bien reçue. Alors que je pense que ce qui plait aux gens, c’est peut-être les 2% d’originalité que tu peux avoir. Une chanson, c’est un type de mélodie et un son que tu vas aller rechercher. Alors, si les gens peuvent venir à nous pour cette raison, j’en serai le premier ravi et satisfait.  

– Lorsque l’on parle de ce type de Hard Rock, c’est-à-dire avec des couleurs assez Glam et Sleaze, on pense à un style forcément festif. Or, ce n’est pas forcément le cas sur « Dark Fate For Judgement Day », qui est souvent sombre, même un peu sérieux et finalement très Heavy. Pour vous, c’est dû à cette époque que l’on vit et qui n’invite pas toujours à la rigolade, ou alors, ce n’est pas votre vision avec ROLLYWOODLAND, malgré des morceaux comme « JCVD » ou « Nunchaku »… 

C’est vrai que la plupart des gens pensent d’abord au côté festif, et c’est intéressant de voir que chacun peut avoir un ressenti différent par rapport au contenu ou à travers les textes. Notre album est très Hard’n Heavy avec des thèmes très différents, à travers des morceaux très introspectifs comme « Militærritory » ou « We All Come From Outer Space », par exemple. C’est une façon pudique finalement de m’exprimer aussi dans une autre langue. C’est vrai que « JCVD » et « Nunchaku » sont des titres plus légers qui s’inscrivent dans un univers de films d’action. Finalement, le morceau le plus sombre est « Heaven For Paradise », qui est ma chanson anti-jihad que j’ai écrite juste après les attentas de Charlie.

– Les clins d’œil aux années 80 et 90 ne manquent pas, et c’était déjà le cas sur « Appetite For Seduction », mais elles ne concernent pas seulement la musique. Cette fois, c’est un véritable hommage à ‘Terminator’ avec « « Dark Fate For Judgement Day ». Ce sont deux décennie et un groupe (Guns N’Roses a aussi chanté « You Could Be Mine » sur la BO – NDR) qui vous a marqué à ce point-là, car on ne vous sent pas forcément nostalgique ?

En fait, l’idée de ‘Terminator’ est partie d’un délire, puisqu’on jouait le thème en répétition et on a ensuite décidé d’en faire une vraie intro pour les concerts. Finalement, on l’a enregistré et c’est à ce moment-là que l’idée d’appeler l’album « Judgement Day » est arrivée. C’est quand même un titre qui claque ! Pour la pochette, j’avais d’ailleurs pensé au pouce levé à la fin du film. Et on a finalement choisi cette main, qui est propre à l’univers du Rock et du Metal. On s’est dit que cela parlerait aux gens en s’appropriant la scène, et c’est là qu’avec l’arrivée du dernier film, on a opté pour « Dark Fate For A Judgement Day ».

On a réussi à avoir les droits avec le Studio Canal pour la reproduction du thème. On avait fait la démarche auprès de la SACEM. Pareil pour « Another Part Of Me » de Michael Jackson, qui était au départ assez mal embarqué, puisque la personne de Sony que j’avais eu m’avait dit que les ayants droits refusaient systématiquement toute demande. Elle a d’ailleurs été la première surprise qu’ils aient validé positivement. C’est un morceau que j’avais retravaillé en me disant que ce serait une bonne reprise et elle s’inscrit finalement hyper bien à notre répertoire. On dirait presque une compo ! Si tu ne sais pas que c’est une chanson de Michael Jackson, elle passe comme une composition du groupe. Pour moi, c’est d‘ailleurs le propre d’une reprise réussie.

– Votre album est très varié, puisqu’on y trouve aussi des ballades et même des morceaux instrumentaux. C’est d’ailleurs assez étonnant de trouver une telle diversité aujourd’hui dans le Heavy Rock. C’est une volonté de ne pas se laisser enfermer dans un seul registre ?

J’ai toujours aimé les petits instrus, comme dans les albums de Van Halen, ainsi que l’idée que cela t’amène sur un thème. Par exemple, « The Epic Split » a été composé pour faire introduction à « JVCD ». Il y a un but précis. On l’a écrit parce qu’on voulait une partie instrumentale. Je trouve, en fait, qu’un album est un peu comme un film. C’est une succession de scènes différentes. C’est pour ça aussi que c’est intéressant de l’écouter dans son entier, car on retrouve cette sensation.

– Un mot aussi sur la durée de l’album qui atteint presque l’heure, ce qui est devenu très rare. Aujourd’hui, tout est très formaté et tout le monde reste dans les clous. Pourquoi avoir sorti un album aussi long ? C’est parce que vous aviez plus de 10 ans à rattraper ?

(Rires) A l’origine, on avait enregistré 14 titres en 2015. Donc, on avait déjà tous ces morceaux. Et puis, à l’instar du « Black Album », sans comparaison aucune et avec beaucoup de modestie, enlever un morceau était juste quelque chose d’impossible pour nous. Ensuite, quitte à payer du studio, on a cherché le meilleur ordre possible et aujourd’hui, j’aurais vraiment du mal à imaginer l’album, sans l’un des morceaux qui le compose.

– Pour conclure, j’imagine qu’avec un tel album, vous allez prendre la route pour le défendre. D’ailleurs, avec cet écart entre vos deux disques, est-ce que vous allez réarranger certains morceaux du premier ? Leur faire un petit lifting ?

En fait, il y a juste deux morceaux du premier album que l’on joue encore. Ils sont dans la lignée de ce qui a été enregistré dernièrement, même si cela s’est fait avec des personnes différentes. Globalement, les structures n’ont pas changé. C’est vrai qu’on pourrait en prendre d’autres, mais on est déjà en train de bosser sur le prochain. Pour le moment, on est plutôt dans l’optique de développer de nouveaux titres. D’ailleurs, on devrait être prêt à enregistrer en fin d’année ou en début d’année prochaine.

L’album « Dark Fate For A Judgement Day » de ROLLYWOODLAND est disponible chez M&O Music.

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Classic Hard Rock Proto-Metal Stoner Rock

Tigers On Opium : un panache hyper-Rock

Pour son premier album, c’est presqu’une leçon que donne TIGERS ON OPIUM, tant les sonorités à l’œuvre sur les titres de « Psychodrama » paraissent à la fois tellement évidentes et d’une grande créativité. C’est une espèce de revue des effectifs Rock et Metal qu’est parvenu à réaliser la formation, tant les ambiances et les mélodies impressionnent par leur maîtrise et leur originalité. On assiste très rarement à de telles entrées en matière aussi Heavy et planantes que groovy et percutantes.  

TIGERS ON OPIUM

« Psychodrama »

(Heavy Psych Sounds)

Après avoir écumé les scènes de l’Ouest des Etats-Unis et sorti deux EP, le fougueux groupe de Portland, Oregon, passe enfin aux choses sérieuses et présente « Psychodrama », un premier effort exceptionnel. On y découvre sur la longueur tout le talent des Américains à travers un style personnel très particulier, qui se trouve au croisement de nombreux registres qui se fondent dans une belle et fluide harmonie. TIGERS ON OPIUM développe un Classic Rock mâtiné de proto-Metal avec des éclats de Stoner Rock bien sentis et quelques solides coups de Fuzz.

« Psychodrama » est une sorte de concept-album, basé sur le modèle d’une thérapie de groupe dont le frontman Juan Carlos Careres s’est inspiré pour l’écriture des morceaux. Abordant des sujets graves, TIGERS ON OPIUM ne livre pourtant pas un album trop sombre, malgré quelques passages tempétueux, où il flirte même avec le Psych et le Doom. La richesse musicale du quatuor sort vraiment des sentiers battus et la production très organique de l’ensemble a un côté épique et solaire, avec ce grain 70’s parfaitement distillé.

Autour des deux six-cordistes, on se perd dans les twin-guitares, les riffs soutenus et les solos aériens. TIGERS ON OPIUM parvient toujours à capter l’attention grâce à la voix directe de son chanteur, soutenu par ses camarades aux chœurs. Les quelques parties de piano viennent apporter ce qu’il faut d’accalmie dans ce dédale d’émotion (« Black Mass », « Diabolique », « Sky Below My Feet »). Avec une grande liberté, le combo s’offre de magnifiques envolées, qui culminent sur les géniaux « Radioactive » et « Separation Of Mind ». Du grand art !

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Classic Hard Rock

Ace Frehley : vintage flash

Trahi par une production qui sonne très actuelle, « 10,000 Volts » aurait très pu être composé entre 1979 et 1983, tant le temps semble avoir figé notre guitar-hero dans une éternelle boucle spatio-temporelle. Pour autant, cette nouvelle réalisation n’est pas dénuée d’intérêt, ne serait-ce que pour les talents guitaristiques de l’ancienne comète de Kiss. Seulement, on n’en voit passer qu’une seule fois en une vie, des comètes, et le grand ACE FREHLEY ne se résout pas à l’accepter.

ACE FREHLEY

« 10,000 Volts »

(MNRK Music Group)

Alors que ses anciens camarades de Kiss sont allés vivre dans le Metaverse, c’est bel et bien en chair et en os qu’ACE FREHLEY sort son huitième effort solo, après les deux volumes « Origins », où il s’est fait plaisir à reprendre les standards qui l’ont marqué. C’est donc avec du matériel tout neuf qu’il a co-écrit et co-produit avec son ami Steve Brown (Trixter) qu’il se présente ici. Avec un jeu toujours aussi identifiable et une fibre Hard Rock hors du temps, il confirme qu’il n’a rien perdu de sa virtuosité.

Six ans après son dernier opus original, le guitariste et chanteur se montre toujours aussi électrique et il faut bien connaître que le New-Yorkais en a encore sous le pied. Fidèle à sa réputation, le ‘Spaceman’ n’est pas avare en riffs bien sentis et en solos sous haute tension. Cependant, on aurait pu s’attendre de sa part à un « 10,000 Volts » portant sur l’héritage de Kiss, ce qui aurait d’ailleurs été très légitime. Or, c’est clairement du côté d’Alice Cooper qu’ACE FREHLEY a trouvé l’inspiration. Et on ne saurait lui en vouloir.

Si la longévité de notre vétéran de 72 ans est plus que respectable et qu’on lui doit quelques monuments, cette nouvelle réalisation n’apporte malheureusement pas grand-chose de frémissant. L’aspect Old School et vintage est agréable et rassurant, mais quelques avancées et un brin de modernité dans l’écriture auraient été plus que bienvenus. Pourtant, ACE FREHLEY n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’envoyer quelques fulgurances dont il a le secret, mais elles sont bien trop rares (« Up The Sky », « Cosmic Heart », « Blinded » et « 10,000 Volts »).

Photo : Jayme Thornton
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Hard US Hard'n Heavy

Mick Mars : one-man-crew

Histoire d’être raccord, MICK MARS aurait pu patienter quelques jours pour sortir son premier effort solo. Plus sérieusement, voici enfin le très attendu « The Other Side Of Mars », qui marque les débuts de l’aventure en solidaire de l’ex-Mötley Crüe. Enfin, pas si seul que ça, puisque notre emblématique faiseur de riffs s’est entouré d’une équipe assez restreinte, mais terriblement efficace. Très moderne dans le son, les morceaux oscillent entre Hard et Heavy et offrent une belle diversité.

MICK MARS

« The Other Side of Mars »

(1313, LLC/MRI)

A priori l’ambiance glaciale et la bataille judicaire en cours depuis deux ans, suite à son départ pas complètement volontaire de Mötley Crüe, n’ont pas eu raison des velléités artistiques du guitariste. A l’œuvre plus de quatre décennies au sein du gang de Los Angeles, c’est un aspect de lui assez méconnu que présente MICK MARS sur son premier album solo, loin du Glam qui l’a accompagné tant d’années. Sorti sur son propre label et avec son ami Michael Wagener aux manettes, « The Other Side Of Mars » est aussi étonnant que sombre. L’homme en noir est fidèle à lui-même.

Avant même l’écoute, les titres des morceaux parlent d’eux-mêmes : ça sent la revanche, voire la vengeance. Assez discret par rapport à ses anciens camarades, l’Américain annonce donc un opus plus personnel et forcément assez différent de ce que l’on connait de lui. Pour l’épauler, MICK MARS a co-écrit les morceaux avec Paul Taylor (claviers, ex-Winger), tandis que Ray Luzier (Korn) est derrière les fûts et Chris Collier à la basse, ainsi qu’au mix et son travail est d’ailleurs musclé et dynamique. Une production qui ne manque pas d’éclat.

Au chant, Jacob Bunton, frontman de L.A. Guns, interprète l’essentiel du disque à l’exception de « Undone » et « Killing Breed » par Brion Gamboa. Même si, fondamentalement, cela ne change pas grand-chose, cela n’aide pas non plus à l’unité et à la cohérence musicale de l’ensemble. Car, à vouloir tout explorer du Heavy, il n’en ressort rien de très identifiable. On découvre plusieurs facettes de MICK MARS, certes, mais rien de très probant malgré quelques moments forts (« Loyal To The Lie », « Ready To Roll », « Ain’t Going Back »). Loin d’être renversant.

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AOR Hard FM Hard Rock

Lionheart : pacification

Si l’esprit est ouvertement 80’s/90’s, les compos et l’interprétation ne dévoilent pas la moindre ride. Chevronnés et très inspirés, les musiciens de LIONHEART surfent toujours sur une belle vague de Hard Rock mélodique, entre Hard FM et AOR (oui, il y a une différence !). Solide et fédératrice, leur dernière production navigue entre des émotions dues au thème à l’œuvre ici et des envolées dignes des plus belles heures du genre. « The Grace Of A Dragonfly » allie puissance et intemporalité.  

LIONHEART

« The Grace Of A Dragonfly »

(Metalville)

Malgré une histoire qui a commence à la fin des années 80 et un line-up qui a tout du ‘All-Stars Band’, LIONHEART ne compte que quatre opus à son actif, en incluant « The Grace Of A Dragonfly ». Mais depuis « Second Nature » en 2017, les Anglais sont sur une belle dynamique et cette nouvelle réalisation vient confirmer les belles choses entrevues sur « The Reality Of Miracles » (2020). Avec une base Hard Rock, la cuvée 2024 nous embarque sur des refrains accrocheurs dans un Hard FM très soigné.

Forts une réputation qui les précède, Dennis Stratton (guitare, ex-Maiden), Steven Mann (guitare, MSG), Rocky Newton (basse, Wildfire, Schenker), Clive Edwards (batterie, Uli Jon Roth)v et Lee Small (chant, Shy) livrent leur premier concept-album. Centré sur la Seconde Guerre Mondiale, celui-ci se veut un hommage anti-guerre basé sur un travail mélodique exceptionnel. LIONHEART s’est focalisé sur les voix et tout le monde fait d’ailleurs les chœurs, mais c’est guitaristiquement que les Britanniques se montrent brillants.

Réaliser un disque aussi positif sur un thème guerrier n’était pas la chose la plus évidente et pourtant le quintet y est parvenu, grâce à des morceaux harmonieux et finement composés. Les chorus, les twin-guitares, les solos et les riffs du duo Stratton/Mann rayonnent enveloppé de claviers à la fois discrets et efficaces (« Declaration », « V Is For Victory », « The Longuest Night », « Just A Man », « UXB » et le morceau-titre). Tout en maîtrise, LIONHEART se montre sous son meilleur jour et fait parler l’expérience.

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Hard Rock Heavy metal

Art Of Anarchy : no trouble

Avec autant de chanteurs que d’albums à son actif, ART OF ANARCHY a finalement livré trois réalisations qui finissent par lui ressembler. Il faut dire que ses fondations sont solides et que ses membres parviennent toujours à ajuster leurs compositions au timbre vocale du nouveau venu. C’est encore le cas avec Jeff Scott Soto, qui fait parler l’expérience, sur ce « Let There Be Anarchy », qui ouvre peut-être un nouveau chapitre, tant l’harmonie est flagrante.

ART OF ANARCHY

« Let There Be Anarchy »

(Pavement Entertainment)

ART OF ANARCHY, c’est avant tout une aventure commencée en 2011 par Ron ‘Bumblefoot’ Thal et les frères jumeaux Votta, Jon à la guitare et Vince derrière les fûts. Et pour ce qui est de ce socle fondateur, il est toujours en place, malgré une histoire chaotique faite de désaccords et aussi de deuil. C’est Scott Weiland de Stone Temple Pilots, qui œuvra sur l’opus éponyme des Américains en 2015, et que l’on retrouvera mort dans son tour bus après avoir quitté le groupe. Puis, c’est Scott Stapp de Creed que l’on retrouve au chant sur « The Madness » en 2017, avant d’acter son départ l’année suivante. 

Après deux chanteurs de ce calibre, il fallait donc à ART OF ANARCHY un frontman à la hauteur des espoirs et des attentes du quintet, dont Tony Dickinson (ex-Trans-Siberian Orchestra) tient d’ailleurs basse aujourd’hui. Et c’est Jeff Scott Soto, qui a notamment laissé une trace indélébile sur « Rising Force » (1984) et « Marching Out » (1985) d’Yngwie J. Malmsteen, que l’on retrouve derrière le micro. Une reprise de flambeau très largement à sa portée, mais on ne peut s’empêcher de regretter un tel gâchis de talent depuis les débuts du combo. L’anarchie dans toute sa splendeur !

En revanche, il faut reconnaître à ART OF ANARCHY une qualité qui fait sa force, c’est celle d’avoir réussi à adapter son jeu à une nouvelle couleur vocale à chacune de ses productions. Et c’est encore le cas sur « Let There Be Anarchy », taillée sur mesure pour un Soto au meilleur de sa forme. Il se fond et surnage même dans de nouvelles compos massives et musclées. Le Hard Rock très Heavy affiché ici va comme un gant au frontman, plus aiguisé que jamais, et parfaitement en phase avec ses partenaires (« Die Hard », « Echoes Your Madness », « Dying Days », « Rivals », « Vilified »). Enfin, l’heure de la stabilité ?  

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Hard Rock Heavy Rock Stoner Rock

Emergency Rule : en acier trempé

Tout vient à point à qui sait attendre. Tel pourrait être le mantra d’EMERGENCY RULE, qui a patienté plus d’une décennie avant de sortir « The King Of Ithaca ». Et cette première réalisation est une bombe qui nous plonge dans la fureur et l’efficacité primale et palpitante du Rock véritable. Apre et mélodique, véloce et écrasant, fédérateur et musclé, le combo est à découvrir de toute urgence… et à écouter très fort !

EMERGENCY RULE

« The King of Ithaca »

(Wormholedeath Records)

Si les Australiens sortent aujourd’hui leur premier album, ce n’est pas pour autant des nouveaux venus sur la scène Metal et Rock. Depuis 2012, EMERCENCY RULE distille des singles au compte-goutte (« Snakes Eyes », « Blind », « Flag And A Medal », « The Zealot »). Composé de musiciens plus qu’aguerris ayant œuvré aux côtés d’Universum, Bruce Kulick et Mike Tramp, le quatuor balance un énorme pavé de Hard Rock avec « The King Of Ithaca », dont le contenu est d’une rare explosivité.

Si la puissance paraît être l’un des principaux arguments du groupe, c’est sans compter sur la richesse des genres présents sur ce très vigoureux opus. Le groove épais et gras des deux guitaristes, Chris George et Cal Wegener, mène la danse sur des riffs massifs et incendiaires, qui deviennent inévitablement contagieux au fil du disque. Il y a du Zakk Wylde dans l’air. Et EMERGENCY RULE s’appuie sur les martèlements de son cogneur de batteur, tout autant que sur les lignes de basse de Doug Clark, également chanteur.

Rugueux et brut, le style de la formation océanique puise dans les origines du Heavy, du Hard Rock, ainsi que du Southern et du Stoner. Difficile de résister à cet ouragan de décibels et à la voix rauque et enveloppante de son frontman. L’approche résolument live d’EMERGENCY RULE le rend irrésistible et très vite addictif (« Garden », « Bartender », « Abuse », « Ulysses », « Corporation », « From The Grave »). Et comme chez beaucoup de ses compatriotes, on retrouve cette touche si identifiable de son île-continent.

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Hard Rock Heavy metal Sleaze

Smoking Snakes : alive & kickin’

La suède a toujours été une terre très fertile en termes de Metal et ce nouveau venu vient confirmer une belle tradition. Heavy à souhait, irrévérencieux au possible et détenteur d’un grain de folie surdimensionné, SMOKING SNAKES déboule pleine balle avec un premier opus qui va faire beaucoup de bruit. « Danger Zone » est l’incarnation du renouveau du Sleaze Metal et il permet avec fougue et panache à ce registre de rajeunir de 40 ans. Une petite bombe à écouter sans modération.

SMOKING SNAKES

« Danger Zone »

(Frontiers Music)

Il semble souffler un vent nouveau chez Frontiers Music. Le label italien paraît renouer avec une fraîcheur évaporée dans des productions convenues depuis quelques temps, et surtout son rôle de découvreur de talent est à nouveau à l’ordre du jour. Place donc à SMOKING SNAKES, sulfureux quatuor qui donne un sacré de jeune au Sleaze Metal. S’il ne renie pas ses modèles et ses inspirations fondatrices, car ce serait de toutes façons peine perdue, ce premier album renverse la table avec une passion très palpable, et qui fait très plaisir.

Il y a tout juste deux ans, le groupe a fait une entrée fracassante sur la scène de Göteborg avec une démo explosive et une série de concerts percutante. SMOKING SNAKES n’a ensuite pas tardé à entrer en studio pour l’enregistrement de « Danger Zone » et s’est mis tous les atouts de son côté. C’est aux Top Floor Studios qu’il est allé confectionner sa première réalisation et avec son emblématique patron aux mannettes. C’est donc Jakob Herrmann (Amaranthe, Raised Fist, Evergrey) qui produit l’ensemble et ça sonne sévère.

Très brutes et mêmes assez âpres, les compositions affichent une puissance décomplexée, des refrains entêtants, une cascade de riffs racés et tranchants, des solos incendiaires et une rythmique massive. SMOKING SNAKES revigore le style si fédérateur de ses aînés avec une fausse négligence, qui tente de dissimuler une minutieuse application. Et les Scandinaves enchaînement brillamment et enfoncent le clou avec méthode (« There Is No Tomorrow », « No Future », « Angels Calling », « Lady Luck », « Excited », « We Are Alive »). Titanesque !

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Hard US Sleaze

Eve’s Bite : Forez guns

De Saint-Etienne à la Cité des Anges, le vol est direct et finalement la distance importe peu, tant les idées et la musique rapprochent inévitablement. Riffs tendus, solos millimétrés, rythmique appuyée, rien ne manque à EVE’S BITE, dont les refrains et le chant de ce premier opus sont entêtants et fédérateurs. Avec « Blessed In Hell », le groupe se montre créatif et s’inscrit dans une belle tradition à laquelle il fait vraiment honneur. L’énergie très live qu’il dégage s’ouvre sur un univers très personnel.  

EVE’S BITE

« Blessed In Hell »

(M&O Music)

A l’œuvre depuis un bon moment maintenant, le revival Hard, Heavy et Glam Metal de la fin des 80’s et des 90’s commence sérieusement à prendre de l’ampleur aux Etats-Unis bien sûr, et aussi dans nos contrées. Et il faut croire que ce bel héritage a été parfaitement digéré, car la scène hexagonale n’est pas en reste. Avec « Blessed In Hell », EVE’S BITE vient grossir les rangs et présente un premier album autoproduit sous la bannière de M&O Music. Et si la production est un peu froide, l’ensemble se veut musclé.

Certes, on est un peu loin de la chaleur californienne, mais les Stéphanois n’ont pas froid aux yeux et montrent de bien belles choses. Leur Hard Rock est racé et efficace, les mélodies sont accrocheuses et les touches Glam et Metal habillement distillées. « Blessed In Hell » court d’ailleurs sur près d’une heure, preuve que sur ses 12 morceaux, le quatuor a des choses à dire. EVE’S BITE se montre infatigable, un brin Sleaze et la puissance affichée ne manque ni de maîtrise, ni d’entrain.

Bon, on ne va pas se mentir non plus, on pense très fort au Skid Row de la belle (et unique !) époque de Sebastian Bach, notamment au niveau du chant. Pour le reste, les Français s’appuient sur des valeurs sûres comme Dokken pour le côté Heavy et Mötley Crüe pour la partie texte notamment. Appliqué et sérieux, EVE’S BITE fait preuve de beaucoup d’’explosivité et on se prend vite au jeu (« Fire, Fire, Disaster », « She’s Got More Balls Than You », « Rock Fever », « Shits On The Radio », « Waiting For The Night »). Bouillonnant !