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Death Metal International Progressif

Luna’s Call : d’une rive à l’autre sans complexe [Interview]

Après avoir sorti son deuxième album l’an dernier de son côté et entre deux déconfinements, le groupe a été approché par Listenable Records pour la distribution de « Void », petit bijou de Death Metal Progressif. LUNA’S CALL a dorénavant les coudées franches pour avancer plus librement et surtout s’adresser à un plus large public. Il faut dire que « Void » est étonnant et percutant, tout en étant très technique. L’occasion était donc trop belle pour en parler avec son chanteur et guitariste Neil Purdy.

– En dehors du fait que vous ayez sorti votre premier album « Divinity » en 2016 et que vous êtes anglais, on vous connait malheureusement assez peu en France. Pouvez-vous nous dire dans quelles conditions s’est créé LUNA’S CALL et ce qu’il représente musicalement pour vous ?

En effet, nous sommes un quatuor de Death Metal Progressif originaire du Lincolnshire, au Royaume-Uni. Tout a commencé en 2012, c’était mon projet solo alors que j’étudiais à l’université. J’ai écrit et enregistré une démo et j’ai demandé à mes colocataires de l’époque, Brad et James, s’ils aimeraient me rejoindre pour réenregistrer les parties de basse et de batterie. J’avais déjà fait partie de plusieurs groupes avec Brad (Laver – basse) et James (Batt – batterie), donc je savais que nous aurions une bonne base pour le groupe. Puis, nous avons rencontré Liam (Underdown – guitare), lors d’un concert, où il jouait avec un autre groupe. On a tout de suite su qu’il devait rejoindre LUNA’S CALL. Ironiquement, alors que nous avons tous des goûts musicaux différents, nous n’écoutons pas beaucoup de Death Metal Progressif. En fait, nous faisons la musique que nous aimerions écouter !

– Votre deuxième album, « Void », est sorti en août 2020 et la situation due à la pandémie a bouleversé beaucoup de choses. C’est pour cette raison que vous le ressortez actuellement chez Listenable Records ?

Listenable Records nous a contacté fin 2020 et nous a demandé si nous serions intéressés pour rééditer « Void ». La raison pour laquelle nous les avons rejoint est que nous voulions que notre musique atteigne un public beaucoup plus large. Le fait qu’ils prennent en charge nos ventes physiques me libère plus de temps pour travailler sur d’autres choses, comme l’écriture et l’enregistrement de nouveaux morceaux. La pandémie nous avait en fait aidé à prendre du recul par rapport à la pratique, et à nous concentrer davantage sur la promotion en ligne de « Void ».

– Par rapport au premier album, « Void » est nettement plus abouti et il semble aussi que vous soyez vraiment parvenu à définir votre style et votre son. C’est aussi votre sentiment ?

Écrire les chansons de « Void » nous a semblé beaucoup plus naturel. Après de nombreuses années à jouer ensemble, il est bon de connaître ses forces, mais aussi ses faiblesses, pour savoir comment avancer musicalement. « Divinity » était plus une expérience personnelle pour voir comment je pouvais me dépasser en tant que guitariste. « Void » a un son plus défini, mais cela changera, espérons-le, encore une fois sur le prochain album. Nous voulons continuer à être un groupe ‘Progressif’, de par la nature même de ce terme. On veut grandir, se développer et modifier notre son au fur et à mesure.

– Ce nouvel album est particulièrement bien réalisé et sa production est toute aussi massive. Dans quelles conditions l’avez-vous enregistré, avec qui et quelle a été votre degré d’implication dans les différentes étapes du processus ?

Nous avons réalisé la majorité de la production nous-mêmes. L’album a été écrit en l’espace d’un an et demi environ, puis on est entré en phase d’enregistrement en 2018. Nous voulions faire tout ça près de chez nous et enregistrer autant que nous le pouvions nous-mêmes. La batterie a été enregistrée dans notre studio de répétition. Nous l’avons réservé pendant cinq jours d’affilée et avons essayé d’enregistrer autant que possible. On n’avait pas de date limite pour l’album, et avec les concerts et le travail à temps plein, on a du espacer l’enregistrement de toutes les instruments. Il a parfois fallu plusieurs semaines entre les prises !

Ces courtes pauses m’ont permis de réfléchir à chaque morceau et de continuer à expérimenter d’autres idées, telles que les percussions ou les éléments orchestraux. Ce n’est que lorsque tout a été enregistré et terminé que nous avons demandé à Russ Russell de mixer et de masteriser l’album. Nous savions que Russ ferait un travail incroyable et que le disque était entre de bonnes mains. J’ai eu la chance de passer quelques jours avec lui à le regarder mixer les morceaux et dans l’ensemble, j’ai eu très peu de choses à lui demander. Dès le début, il était clair qu’il savait ce que nous essayions de réaliser avec cet album, et il est même allé au-delà.

– La musique de LUNA’S CALL est assez complexe notamment dans la structure des morceaux et à travers son aspect très technique. De quelle manière travaillez-vous et combien de temps vous a pris l’écriture de « Void » ?

Il y a une grande partie de moi qui souhaite pouvoir être un musicien capable de s’asseoir dans une pièce avec d’autres et jouer. Mais le compositeur solitaire que je suis préfère rester avec ses idées et les sculpter lentement. Habituellement, j’essaie d’intégrer dans les démos ce qui va ressembler à l’idée finale avant de les envoyer au reste du groupe. Puis, il y a encore beaucoup d’apports et de changements dans l’étape de pré-production et même pendant l’enregistrement. L’album n’ayant pas de date limite, nous avons pu expérimenter et essayer différentes approches des chansons et des arrangements.

– Votre Death Metal Progressif emprunte autant à un style très brutal qu’à des composantes de Rock Progressif plus classiques. On a souvent l’impression que contrairement à d’autres groupes, vous tenez presque à séparer et distinguer les deux registres. C’est quelque chose qui vous a paru important dans vos morceaux et sur l’ensemble de l’album ?

Il n’a jamais été dans mon intention de séparer les différents styles en deux registres. J’ai toujours essayé de me mettre au service de la chanson et cela a été un objectif majeur dans l’écriture de « Void ». Je voulais que les chansons possèdent une sensation et un flux naturels, plutôt que de se sentir forcés de passer d’une section Death Metal à du Rock Progressif. L’idée était qu’elles se fondent l’une dans l’autre. Être étiqueté comme groupe progressif me donne certainement la liberté artistique d’expérimenter et d’inclure toutes ces idées.

– LUNA’S CALL se distingue aussi à travers le chant qui est tantôt clair, tantôt growl. Est-ce parce que vous tenez à ce que certains textes soient plus compréhensibles afin de faire passer certains messages, par exemple ?

C’est un point de vue intéressant ! Je suppose que je fais ce qui sonne le mieux pour la chanson. J’essaie souvent différentes approches du chant (clean ou growls) dans certaines parties et je garde la version qui me convient le mieux au final.

– Techniquement, à travers «  Void », vous êtes assez étourdissants tout en maintenant une grande cohésion sur tout l’album. Vous n’avez jamais peur d’en faire trop ? Ou au contraire, est-ce que vous vous freinez même un peu ?

On a voulu que « Void » ait des moments très techniques et extrêmes propres au Metal. Cependant, l’équilibre est quelque chose que nous voulions maintenir tout au long de l’album. Nous aimons le Death Metal Technique et même les formes extrêmes de musique progressive, mais un album entier peut, selon moi, souvent paraître épuisant et un peu fatiguant pour l’auditeur. Nous voulions que « Void » l’emmène dans un voyage, un peu comme dans un film. Il y a des moments extrêmes et d’autres plus calmes tout au long de l’album. L’essentiel est que les choses soient fraîches et intéressantes.

– Enfin, j’ai lu beaucoup d’articles sur LUNA’S CALL et tous vous comparent sans cesse à Opeth. Si le lien existe, c’est indéniable, c’est assez hallucinant et très restrictif de s’en contenter. De votre côté, vous êtes amusés ou agacés par le manque d’imagination et finalement de culture musicale de certains médias Metal ?

Un peu des deux je suppose ? Nous sommes ravis de la comparaison avec Opeth, et il me semble que tous les groupes qui impliquent à la fois du clair et de l’extrême leur seront désormais comparés par défaut. Nous avons eu cette discussion d’innombrables fois, et nous ne voyons pas d’autres raisons que celle d’avoir une gamme vocale et un style similaires. Bien que nous ne puissions nier qu’Opeth nous ait influencé en tant que musiciens, ils ne représentent qu’une petite partie du nombre d’artistes que nous aimons et par lesquels nous sommes influencés.

L’album « Void » est disponible chez Listenable Records depuis le 30 avril.

Bandcamp : https://lunascall.bandcamp.com/

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Blues Stoner/Desert

The Blind Pilots : un groove imparable et exalté

Avec un premier album pareil, THE BLIND PILOTS met un joli coup de pied dans la fourmilière Blues Rock classique. Le quatuor australien fait preuve d’une énergie considérable en injectant des riffs Stoner sur des Slides entraînantes, soutenues par un harmonica débridé. L’unité et la puissance affichées font franchement plaisir à entendre.   

THE BLIND PILOTS

« All Kinds Of Crazy »

(Independant)

Le Blues australien se détecte dès les premières notes et THE BLIND PILOTS ne faillit pas à la règle. Très brut, Rock et flirtant avec insistance avec le Stoner, le quatuor de Sydney propose un premier album costaud, éprouvé sur scène et qui se veut rassembleur. Avec « All Kinds Of Crazy », le combo affiche un feeling incroyable et une puissance très créative. La saveur très roots de cet opus est savoureuse.

Le premier EP sorti en 2019 avait déjà fait résonner le nom du groupe jusqu’à le faire figurer dans les charts australiens, et si tout va bien ce premier album devrait très rapidement prendre le même chemin. L’énergie déployée et l’intensité de « All Kinds Of Crazy » montrent que THE BLIND PILOTS dispose d’un style dont les variations font mouche, mais pas seulement.

A grands renforts de Slide et avec un harmonica rugueux très présent, les gros riffs d’Owen Mancell combinés à sa voix chaleureuse font du combo une vraie machine à secouer les foules (« I’d Be Lying », « Car Crash », « Probably Think Of You »). THE BLIND PILOTS se montre très accrocheur et moderne tout en montrant un grand respect pour les pères du Blues (« Take Me Home », « Mood Of The Dude »). Un modèle du genre !

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Progressif Stoner/Desert

Hippie Death Cult : peace, love & death

En l’espace de trois ans, HIPPIE DEATH CULT est parvenu à conquérir la scène de Portland et le quatuor ne compte pas s’arrêter là. Après un premier album (« 111 »), une participation à une compilation en hommage à Black Sabbath et à la bande-son du film « All Gone Wrong », le combo de Stoner Psych Prog débarque avec un deuxième album addictif.  

HIPPIE DEATH CULT

« Circle Of Days »

(Heavy Psych Sounds Records)

Sous de faux airs sabbathiens, le quatuor de Portland explore bien d’autres sphères musicales, qui vont du Heavy aux riffs bien gras à un Psych Progressif tirant sur le Doom et le Classic Rock. HIPPIE DEATH CULT propose sur « Circles Of Days » une synthèse pertinente entre Metal et Rock après seulement trois ans d’existence. Il faut dire que les Américains ne sont pas restés les bras croisés, loin de là.

Et c’est cette faculté à fusionner les genres qui rend la musique du groupe aussi efficace et rassembleuse. Le quatuor s’amuse des styles et des époques pour livrer des morceaux intemporels et pourtant bien ancrés dans leur temps. Composé de seulement cinq titres et s’étirant sur près de 40 minutes, « Circles Of Days » montrent aussi un beau panel du registre de HIPPIE DEATH CULT, à commencer par le morceau-titre de l’album.

Dès le brumeux « Red Meat Tricks », le combo nous enveloppe avec un son à la fois lointain, langoureux et massif. Le clavier vient apporter une touche apaisante à la solide rythmique des Américains (« Hornet Party », « Eye In The Sky »), qui est guidée par la touchante et captivante voix de Ben Jackson. HIPPIE DEATH CULT est aussi véloce qu’extatique et est surtout capable de belles variations (« Walk Within »).

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Death Metal Doom Extrême

Hundred Headless Horsemen : immersion pathologique

Avec son Psychedelic Death Metal, HUNDRED HEADLESS HORSEMEN part explorer des contrées musicales aussi profondes que prenantes. A travers « Apokalepsia », le quatuor finlandais propose un concept-album étonnant et riche, qui nous pousse au bord de l’asphyxie, grâce à une interprétation irréprochable et captivante.

HUNDRED HEADLESS HORSEMEN

« Apokalepsia »

(Inverse records)

Préservant son anonymat, on sait seulement de HUNDRED HEADLESS HORSEMEN qu’il s’agit d’un quatuor originaire d’Helsinki en Finlande. Le combo sort son premier opus, un concept-album autour de l’apoplexie, une maladie regroupant de multiples symptômes caractérisés par de nombreuses crises. Au programme, arrêts des fonctions cérébrales, pertes de connaissance, paralysie, suspension de la circulation du sang et de la respiration… Ambiance !  

Et l’album des Scandinaves plonge dans les méandres et les ténèbres engendrés pour s’engouffrer dans un Death Metal Psychédélique, empruntant aussi des sonorités Doom et atmosphériques. Dire que la musique de HUNDRED HEADLESS HORSEMEN est très dark est doux euphémisme. Grâce à une production très soignée dont le mastering a été confié au grand Magnus Lindberg, « Apokalepsia » fait ressortir des ambiances étouffantes et oppressantes.

Dès les premières onze minutes de « The Road » qui ouvre l’album, les Finlandais font preuve de beaucoup de finesse. Les guitares pesantes et la lourde rythmique offrent un contraste assez saisissant avec le chant. Contrairement à la plupart des groupes du genre, celui de HUNDRED HEADLESS HORSEMEN est presque chuchoté et vient se fondre dans les morceaux avec un rare souci du détail (« Breath To Death », « Echoes », « Spleen »). Original et très bien ficelé, « Apokalepsia » ouvre de nouvelles voies.

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post-Rock Progressif

Glen : lumineux et élégant

Quand l’intelligence, la technique et le savoir-faire convergent et font sens dans un post-Rock Progressif qui allie puissance, mélodie et légèreté, ça donne « Pull ! », deuxième album du quatuor berlinois GLEN. Malgré la complexité du jeu et la précision des arrangements, le groupe évolue dans un registre instrumental très abordable, efficace et captivant. Un modèle d’authenticité en somme !

GLEN

« Pull ! »

(Anesthetize Productions)

Basé à Berlin, GLEN a pourtant la particularité d’être guidé par le multi-instrumentiste et compositeur de musique de film Wilhelm Stegmeier, de la Grecque Eleni Ampelakioutou (guitare, piano, percus), de la Gréco-autrichienne Maria Zastrow (basse) et de l’Américain Brendan Dougherty (batterie). Et le quatuor réserve encore bien des surprises sur cet addictif « Pull ! », qui s’écoute et se réécoute à l’envie.  

Les cinq morceaux (enfin sur la version physique, celle qui s’écoute) oscillent en neuf et douze minutes, qui ne sont pas de trop pour poser les atmosphères qui font de ce deuxième album une sphère musicale où il fait bon se laisser aller. Cantonner GLEN a un simple groupe de post-Rock serait également réducteur, tant les quatre musiciens sont d’une musicalité pointue et minutieuse, mais sans jamais tomber dans une béatitude trop technique et démonstrative.  

Mixé par le grand Reinhold Mack, « Pull ! » bénéficie d’une production à la hauteur des compositions des Berlinois. Outre un groove qui ne faiblit jamais, le travail effectué sur les guitares est exceptionnel et ne sombre pas dans des textures trop saturées. Cette légèreté apparente doit également beaucoup à la composante progressive et instrumentale de GLEN. Et même en l’absence de chant, le quatuor raconte pourtant de belles histoires.

L’envoûtement commence avec « Lecture » et son enchevêtrement de guitares, avant de se laisser porter par les percussions de « Korinth » dont le crescendo et le lead de la guitare sont particulièrement expressifs. La ligne de basse sur le très rythmé « Ahab » continue de captiver, avant le plongeon dans l’accrocheuse mélodie de « Davos ». Doux et léger, le morceau se fait plus planant grâce à des notes d’orgue très pertinentes. Enfin, GLEN se fait plaisir avec « Buffalo Bullet », reprise de John Cale et seul titre chanté de l’album.

Très travaillé et pourtant très accessible, « Pull ! » est d’une beauté renversante et saisissante. Efficace et entraînant, l’album met en lumière le talent des musiciens, qui portent l’ensemble et se mettent au service de morceaux dont la progression et la grande qualité des arrangements font des merveilles. GLEN joue sur les sensations avec un feeling tellement fluide qu’il en est irrésistible. Et il est aussi question de baleine… mais c’est une autre histoire !  

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Hard Rock International Rock

The Damn Truth : highway to Rock [Interview]

THE DAMN TRUTH, c’est avant tout une musique chargée d’ondes positives, de vibrations intenses d’où émane un aspect solaire et créatif incroyable. Après moins de dix ans d’existence, le quatuor de Montréal vient tout juste de sortir « Now Or Nowhere », son troisième album, et celui-ci se présente comme celui de l’éclosion véritable des Canadiens. Entretien avec un groupe qui ne devrait pas mettre bien longtemps à faire beaucoup parler de lui et à déferler sur les scènes du monde entier.

Photo : Mikael Theimer

– Avant d’entrer dans le détail, quels sont les sentiments qui vous animent quelques jours après la sortie de « Now Or Nowhere », un album aussi époustouflant qu’ébouriffant ?

On est très excité de pouvoir enfin partager « Now Or Nowhere » avec nos fans et avec beaucoup d’autres aussi, on l’espère ! Et puis, on a tellement travaillé dur sur l’album et tout ce qui l’entoure.


– THE DAMN TRUTH existe depuis maintenant neuf ans et est l’un des fers de lance de la scène Rock underground de Montréal. Est-ce que toutes ces années et les deux premiers albums sortis en indépendant étaient nécessaires et indispensables pour forger votre identité musicale et aller au bout de votre expérience en autoproduction ?


Oui, certainement. Notre groupe et notre musique sont un amalgame de toutes nos histoires et nos expériences de vie. Chaque concert et chaque album nous ont guidé vers ce que nous sommes aujourd’hui. Chaque jour est une leçon et on a beaucoup appris durant toutes ces années, qui ont été très formatrices.


– Même si vous avez tourné en Europe et aux Etats-Unis voisins aux côtés de grands noms, quel a été le déclic pour ce nouvel album, car on ressent une réelle évolution et même un nouveau cap de franchi ?


Pour cet album, on a pris la décision très consciemment d’écrire des chansons plus positives et remplies d’amour. Pendant ces quatre dernières années de tournées intenses, on a eu la chance de rencontrer des milliers de personnes. On a vraiment pu avoir une vue à la fois très large, mais aussi très intime de notre société. Nous avons partagé des histoires et beaucoup de moments intenses avec énormément de monde. Et le lien commun entre tous, c’est le désir d’amitié, d’amour et de vibrations positives. Alors cette fois-ci, on a voulu apporter avec nous tous ces éléments en studio pour les retranscrire dans les arrangements de nos chansons.


– Comment a eu lieu cette connexion avec le grand producteur Bob Rock ? Qui a contacté l’autre ? J’imagine que si malheureusement l’album n’a pas été jusqu’à son terme, ce doit être une expérience très enrichissante ?


On a eu la chance que notre manageur, Ralph Alfonso, ait travaillé avec The Payolas, qui était le groupe de Bob Rock dans les années 80. Quand on est rentré de notre tournée européenne à Montréal, on voulait vraiment envoyer nos chansons à Bob. Ralph nous a dit : « Avec Bob, on a une seule chance, alors on a besoin de bonnes chansons ! » On pensait vraiment les avoir, alors Tom (Shemer, guitariste – NDR) a appelé Ralph à tous les jours jusqu’au moment où il a envoyé les chansons ! (Rires) En moins de 24 heures, Bob nous a invité à venir enregistrer l’album à Vancouver au Warehouse.


– Justement, a-t-il changé et fait évoluer votre son, ou tout du moins votre approche musicale, lors de l’enregistrement dans le studio de Bryan Adams à Vancouver ?


Oui, vraiment. Il nous a beaucoup appris et il nous a projeté dans un monde hyper-créatif dès notre arrivée à Vancouver. Avant d’y aller, on avait travaillé les chansons pendant cinq mois et 6 jours par semaine. On voulait vraiment essayer tout ce qu’on pouvait en termes d’arrangements pour être prêts pour n’importe quelle configuration en studio. On était sûrement un petit peu nerveux aussi ! (Rires) Mais en arrivant, Bob nous a mis à l’aise en quelques secondes.

Bob Rock a une façon tellement sensible de faire ressortir ce qu’il veut entendre, presque sans dire un mot ! Il est extrêmement doué en musique et il a une culture encyclopédique ! Nous nous sommes tous profondément investis et il était vraiment exciter de travailler sur un album de Rock’n’Roll. Il nous a dit : «  Je vais faire des suggestions, on essaie tout et on garde juste ce que l’on aime ». Du coup, on avait énormément de liberté pour tenter beaucoup de nouvelles choses. Il y a vraiment eu une belle alchimie. On a appris tellement de choses durant cette expérience avec Bob. Et ça nous a aussi aidé au moment de produire les trois dernières chansons à Montréal dans nos studios Freqshop et Grandma’s house.

Photo : Martin Brisson


– Vous avez terminé l’album avec Jean Massicotte, Vance Powell, Nick Didia et Mike Plotnikoff, qui sont autant de grands noms. Leur avez-vous demandé, ou ont-ils décidé, de travailler dans la même logique et la continuité de ce qu’avait déjà effectué Bob Rock, afin de ne pas perdre l’unité de l’album ?


En fait, on a fini l’album nous-mêmes à Montréal. Ensuite, Vance, Nick, Mike et Jean ont travaillé sur le mix de certaines chansons. C’était durant la période de confinement, alors on a fait des sessions de mixage à distance. C’était vraiment cool d’entendre Vance travailler depuis Nashville pendant qu’on l’écoutait en live au Freqshop, qui est le studio de Dave ici à Montréal. Un grand merci à la technologie !


– Pour « Now Or Nowhere », vous avez mis toutes les chances de votre côté en allant dans un grand studio avec de grands producteurs et le résultat est très franchement à la hauteur. C’est aussi ce que vous aviez en tête dès le début ? Les morceaux devaient sonner comme cela dans votre esprit, ou est-ce que de nouvelles idées et de nouvelles envies sont apparues au fur et à mesure ?


On voulait vraiment garder notre esprit et notre cœur ouverts. On avait déjà des démos de très bonne qualité. Après des mois de répétitions, nous sommes partis à l’aventure en studio à Vancouver sans vraiment savoir à quoi s’attendre. On avait déjà trouvé beaucoup de sons, alors on a amené beaucoup d’équipement pour pouvoir les reproduire. On savait aussi qu’on avait seulement quatre jours pour enregistrer six chansons, c’est-à-dire assez peu de temps. Quand on est arrivé, la batterie était déjà prête pour les sessions d’enregistrement. C’était celle d’Abe Laboriel Jr., le batteur de Paul McCartney. Le set-up était vraiment nouveau pour nous et avec les hauts plafonds le son était franchement massif et impressionnant ! Pendant les sessions, Bob a sorti plein de guitares de rêves ! Tom a utilisé la Stratocaster de Richie Sambora sur le solo de « This is Who We Are Now » et PY a utilisé la basse de Bryan Adams sur « Look Innocent ». Lee-La a même eu la chance de chanter dans le micro de Frank Sinatra. On avait l’impression que tout cet équipement très vintage et chargé de tant d’histoires a fait ressortir quelque chose en nous de très spécial. Avant les sessions, Bob nous avait dit : « Attendez d’entrer dans le studio A, c’est là que la magie va se faire ». Et il avait raison !


– Vos compos sont toutes très abouties et matures et dégagent une énergie incroyable. Il y a un côté très live et on a même l’impression que vous les avez enregistrées en prise directe. C’est cette sensation très brute que vous recherchiez ?


Oui, c’était très important pour nous que la plupart des morceaux soit enregistrée en prise directe. On croit vraiment en notre musicalité et en l’énergie d’une performance. Dans beaucoup de musique actuelle, tout est coupé, copié et collé et ce n’est vraiment pas notre son. On voulait livrer quelque chose d’authentique et d’organique. Bob était vraiment concentré sur le côté ‘vibe’ des performances tout au long des sessions. Je crois qu’on a vraiment pu capter ces moments-là durant l’enregistrement.


– En plus d’être très dynamique et mélodique, il y a un côté très solaire et positif qui se ressent à travers l’ensemble de l’album. On vous sent aussi libérés qu’appliqués d’autant qu’il en émane une force et une grande puissance. C’est quelque chose que vous gardez toujours à l’esprit en composant ?


Sous une étiquette Rock, on peut prendre beaucoup de directions. Les fans de Rock ont un esprit ouvert et on a l’avantage de composer une musique très vaste. D’ailleurs, nos grandes influences comme Led Zeppelin, les Beatles ou Jefferson Airplane avaient tous cette grande diversité. Et on adore ça.

Cela se ressent énormément sur « Now Or Nowhere », je pense. Nos deux premiers albums étaient beaucoup plus sombres avec des textes assez revendicatifs. Après nos expériences diverses à travers le monde, on a ressenti que nos fans et nous-mêmes avions besoin de plus de positivité et d’optimisme.

C’est un message qui a toujours été présent dans notre musique, mais on l’a poussé plus en avant cette fois. Surtout qu’aujourd’hui, nous avons tous besoin de sentir de l’amour et de ressentir des vibrations et des influences positives autour de nous. On a vraiment hâte que tout le monde puisse enfin se serrer dans les bras, et plus fort que jamais.


– Musicalement, votre Rock sonne très américain avec d’évidentes vibrations 70’s et assez vintage. Tout en étant très actuel, votre style semble intemporel. C’est une façon de libérer les musiques qui vous ont influencé tout en leur donnant un sacré coup de boost ?


On est quatre musiciens avec des influences très diverses. On aime le Classic Rock, le Psychédélique, la Folk, le Rock Progressif, le Hard Rock, le Metal et même la Pop et beaucoup d’autres choses encore… N’oublions pas que nous avons tous grandi pendant les années Grunge. Alors nos influences viennent vraiment de partout, puis on passe tout ça à la moulinette THE DAMN TRUTH !


– De cette puissance affichée se dégage une chaleur et une générosité sur chaque note et à travers chaque parole. Quel est le processus de création au sein de THE DAMN TRUTH ? C’est un travail en commun, ou est-ce que chacun apporte ses idées, ses textes ?


Les idées sont partagées pendant les jams et chaque morceau évolue dans cet espace-là. On peut commencer avec un ou deux riffs, ou bien un couplet-refrain, et on travaille dessus tous ensemble. Dès le moment où nous jouons ensemble, ça évolue et ça sonne assez rapidement et instinctivement THE DAMN TRUTH. Le processus est très démocratique, il y a des moments chargés d’émotions, et nous connaissons très bien nos forces aussi. On essaie à ce moment-là de toujours les utiliser à notre avantage.


– Avec un album aussi réussi, vous vous doutez bien que votre exposition et votre notoriété vont exploser. C’est quelque chose que vous attendez depuis longtemps et à laquelle vous êtes préparés ou, au contraire, qui ne changera rien à votre quotidien ?


On fait de la musique pour le frisson de voyager et d’être créatif ensemble. Partir à l’aventure et vivre une vie unique. C’est ça notre but et si on peut continuer à faire ça, alors on aura réussi.


– Un dernière question : si « Now Or Nowhere » s’adresse bien sûr aux amateurs de Rock, voire même de Hard Rock, il y a une telle diversité et un son qui le rendent aussi très accessible. Votre démarche est aussi de vous adresser au plus grand nombre ?


On écrit d’abord la musique pour nous-mêmes et également pour faire des albums qu’on voudrait sans cesse écouter. Alors si en plus les gens aiment ça, c’est du bonus. Comme nous allons jouer ces morceaux des milliers fois, il faut d’abord les aimer comme nos propres enfants. C’est notre point de départ et si, en plus, le succès vient s’y ajouter, ce ne sera que mieux !

« Now Or Nowhere » de THE DAMN TRUTH est disponible chez Spectra Musique/Sony Music.

Retrouvez la chronique de l’album : https://rocknforce.com/the-damn-truth-lexplosive-revelation-quebecoise/

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Doom Stoner/Desert

Moon Coven : cerné par une brume épaisse

Sur un groove dark et des fulgurances Fuzz démonstratives et massives, MOON COVEN surgit avec un Stoner très Doom et Psych, dont la précision et l’efficacité viennent souligner l’expérience acquisse par les Suédois en seulement trois albums. « Slumber Wood » est d’une rare noirceur, dont on a bien du mal à se défaire.

MOON COVEN

« Slumber Wood »

(Ripple Music)

Après cinq ans d’absence, MOON COVEN est de retour sur le devant de la scène avec un troisième album, qui montre encore une belle évolution dans le style des Suédois. Suite à « Amanita Kingdom » puis à un second album éponyme, le quatuor semble désormais délaisser quelque peu son Stoner pour un Doom plus marqué. Plus Metal dans l’approche, les Scandinaves sont plus ombres encore (« Eye Of The Night », « Potbelly Hill »).

Plongé dans une épaisse brume, MOON COVEN promet et garantit un voyage au cœur du Doom le plus profond grâce à un son lourd et très Psych. Guidés par leur guitariste et chanteur David Leban, les Suédois sont de plus en plus mystiques et leur registre se pare même de sonorités orientales sur certains titres, tout en présentant un travail remarquable sur les guitares (« Further », « Bahgsu Nag »).

Très Fuzz, le quatuor n’a pas pour autant délaissé ses racines Stoner aux riffs aiguisés et aux ambiances aériennes (« My Melting Mind », « Ceremony », « Seagull »). Le chant toujours aussi lointain et écorché donne une dimension très 70’s à ce nouvel album qui révèle autant de surprises à chaque écoute. MOON COVEN livre un très bon troisième album et travaille déjà sur le suivant. Les Suédois sont en forme !

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Hard Rock Rock

Electric Boys : serrage de boulons

Mélodique, costaud et enthousiasmant, ELECTRIC BOYS n’a rien change à son élan créatif et revient avec « Ups!de Down », un album où les Suédois distillent des sonorités et des compos beaucoup plus Rock et rentre-dedans que sur leurs dernières productions. Un retour aux sources frais et dynamique.

ELECTRIC BOYS

« Ups!de Down »

(Mighty Music)

Un peu plus de trente ans d’activité et septième album pour les iconoclastes Suédois d’ELECTRIC BOYS et, une fois encore, « Ups!de Down », est une petiote pépite. Etiqueté vintage depuis ses débuts, le quatuor continue de surprendre même si ce nouvel opus est peut-être plus consensuel que ces prédécesseurs. Résolument Hard Rock, les escapades Funk ont quasiment disparu au profit d’un son plus Rock.  

Toujours produit par l’excellent David Castillo (Katatonia, White Chapel), ELECTRIC BOYS accueille aussi en son sein Martin Thomander à la guitare, mais a du se passer de son batteur Niclas Sigevall confiné à Los Angles (mais toujours membre à part entière), et habillement remplacé par Jolle Atlangic. Ne manquant jamais d’audace, les Scandinaves ouvrent l’album avec un instrumental de sept minutes, rien que ça !, qui donne le ton. 

Composé par son charismatique guitariste et chanteur Conny Bloom, ELECTRIC BOYS propose avec « Ups!de Down » une sorte de parcours initiatique à travers des morceaux pêchus (« Twang’Em & Kerrang’Em »), d’autres plus bluesy (« The Duds & The Dancers »), terriblement accrocheurs et groovy (« Tumblinb’ Dominoes », « It’s Not The End ») ou cosmiques (« Interstellafella »). Comme toujours, le combo reste irrésistible et livre une belle prestation. 

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Progressif Stoner/Desert

Vokonis : la tangente progressive

Depuis son premier album, « Olde One Ascending » en 2016, VOKONIS semble en constante mutation. Après des débuts dans un Stoner Metal qui se sont prolongés vers des ambiances plus Doom, c’est dans une direction plus progressive et moins virulente que se projette aujourd’hui le quatuor suédois avec ce très bon « Odyssey », un voyage musical plein de surprises.

VOKONIS

« Odyssey »

(The Sign Records)

Après la Californie, la Suède est la seconde patrie du Stoner et ce n’est donc pas une surprise de voir VOKONIS sortir un aussi bon album. Il faut aussi dire que le groupe a connu quelques évolutions depuis « Grasping Time » (2019) pour son plus grand bien d’ailleurs. Musicalement, les Scandinaves ont encore peaufiné leur jeu, qui met beaucoup plus l’accent sur le côté progressif de son style.

« Odyssey » voit le batteur Peter Ottoson prendre vraiment du volume et guider le groupe. VOKONIS accueille aussi aux claviers (définitivement, espérons-le) Per Wiberg qui officie chez Spiritual Beggars et Kamchatka après avoir quitté Opeth il y a dix ans. Il se fond parfaitement dans ce nouvel album en appuyant de manière assez discrète, mais efficace, les morceaux (« Hollow Waters », « Through The Depths »).

Profond et puissant, ce quatrième opus voit aussi son bassiste Jonte Johansson prendre plus de responsabilité au chant dans un style épuré et plus mélodique. Le quatuor n’a en revanche rien perdu de son intensité et les riffs tranchants et l’agressivité vocale de Simon Ohlsson maintiennent la percussion et le côté massif de VOKONIS (« Blackened Wings », « Rebellion » et le génial morceau-titre). Un album complet et créatif.

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Hard Rock Rock

Greta Van Fleet : enfin incomparable !

Entre Hard Rock et ambiances bluesy lancinantes, GRETA VAN FLEET s’est forge un style qui en rappelle d’autres bien sûr, mais qui paradoxalement est très personnel et inspiré. Avec « The Battle At Garden’s Gate », le quatuor américain signe un superbe et très positif album emprunt de liberté et à la performance irréprochable.  

GRETA VAN FLEET

« The Battle At Garden’s Gate »

(Republic Records)

Formé en 2012 dans le Michigan, GRETA VAN FEET a commencé à faire parler de lui cinq ans plus tard avec « Black Smoke Rising », un EP qui est apparu comme un rayon de soleil. Le quatuor a décidé de remonter le temps en s’inspirant de modèles comme Led Zeppelin ou Janis Joplin auxquels il apporte une sensibilité très particulière et une sonorité intemporelle tout en respectant le patrimoine Rock. 

Près de trois ans après leur premier album, « Anthem Of The Peaceful Army », les Américains sont de retour avec un album qui leur ressemble enfin et d’où émanent une authenticité et une sincérité qui vont faire taire leurs nombreux détracteurs. Toujours mené par la fratrie Kiszka (Josh, Jack et Sam) et l’excellent Danny Wagner à la batterie, GRETA VAN FLEET brille par sa passion et son feeling très Rock.

Sur une production classicieuse et très organique signée Greg Kurstin, le groupe enchaine des morceaux exceptionnels et d’une justesse d’interprétation incroyable (« The Heat Above », « Broken Bells », « Built By Nations »). Virtuose, le quatuor signe un « Age Of Machine » de haute volée et enchaine sur les brillants « Stardust Chords » et « Weight Of Dreams » avec maestria. GRETA VAN FLEET est plus étincelant que jamais.