Catégories
Hard'n Heavy

Elegant Weapons : target achieved

Sans doute désireux de prendre un peu la lumière en dehors de l’ombre de la légende avec laquelle il évolue d’habitude, Richie Faulkner mène depuis plus de trois ans maintenant ELEGANT WEAPONS avec quelques camarades soigneusement triés sur le volet. Et alors qu’on aurait pu y voir à l’époque un one-shot ou un simple plaisir passager, « Evolution » vient contredire ceux qui avaient un doute quant aux velléités du six-cordiste britannique. Ce deuxième opus est nettement plus varié, plus inspiré aussi et à l’évidence moins conventionnel que « Horns For A Halo ».

ELEGANT WEAPONS

« Evolution »

(Exciter Records)

Alors que son line-up avait soudainement changé après l’enregistrement de « Horns For A Halo », son premier effort, ELEGANT WEAPONS confirme sa détermination à s’installer durablement dans le paysage Metal. Cela dit, il faut ici surtout s’attendre à un Hard Rock assez classique aux reflets Heavy, certes, et même bluesy à l’occasion. Le guitariste de Judas Priest, Richie Faulkner, œuvre donc toujours aux côtés du caméléon Ronnie Romero (ex-Rainbow, MSG, …) au chant, du bassiste Dave Rimmer (Uriah Heep) et du batteur Christopher Williams (Accept). De la tenue, donc !

Toujours confié à Andy Sneap, son partenaire chez Judas Priest, la production confirme le son et le style d’ELEGANT WEAPONS et commence véritablement à le distinguer des groupes dont font partie les membres du combo. Très mélodique, « Evolution » prend une direction moins Heavy que son prédécesseur, ce qui laisse de fait l’opportunité à Richie Faulkner de montrer de nombreux aspects de son jeu. Plus personnel donc, on sent une réelle alchimie, même si le quatuor donne parfois l’impression de jouer un peu sur la retenue, mais non sans finesse et avec talent.

Loin de toutes extravagances guitaristiques (sauf peut-être sur les solos), l’instigateur du projet impose sa marque tout en laissant une belle place à ses partenaires. Et il ne sont d’ailleurs pas seuls. Côté invités, le claviériste Adam Wakeman pose de belles touches d’orgue Hammond sur « Come Back To Me » et « Keeper Of The Keys ». Et le jeune prodige Jared James Nichols se livre à une belle joute avec Faulkner sur « Thrown To The Wolf ». ELEGANT WEAPONS semble avoir trouvé son allure de croisière (« Holy Roller », « The Devil Calls », « Rupture »). Solide !

Retrouvez aussi la chronique du premier album :

Catégories
Hard Rock Heavy Stoner Rock

Masheena : survitaminé

Intense et d’une fraîcheur joyeuse, MASHEENA enchaîne avec un deuxième opus qui s’inscrit parfaitement dans la lignée du premier. Malgré une refonte en interne, le cap est maintenu entre un Heavy Stoner Rock ravageur et un Hard Rock solidement ancré dans les origines du style. Une fusion d’une densité incroyable qui libère une énergie porté par un Fuzz scotchant arrivé à maturité. « Let The Spiders In » est puissant, créatif et totalement addictif.

MASHEENA

« Let The Spiders In »

(Majestic Mountain Records/Ripple Music)

Malgré un line-up renouvelé de moitié, les intentions de la formation de Bergen ne semblent pas avoir énormément changé. Avec les renforts des multi-instrumentistes Martin Holmes et Tarjel A. Heggerness, Luis-Alberto et Bård Nordvick ont donc trouvé de solides compagnons de route et donnent une suite explosive au génial « West Coast Hard Rock », sorti en 2023. Avec beaucoup de savoir-faire et d’inspiration, MASHEENA a encore peaufiné son Stoner Rock mâtiné de Hard Rock et de quelques teintes solaires, empruntées à la Soul et au Blues.

Pour « Let The Spiders In », le quatuor a quitté sa Norvège pour les paysages arides d’Austin au Texas. Comme pour le premier album, c’est le producteur de renom Machine (Clutch, Lamb Of God, King Crimson), qui s’est chargé de l’enregistrement et du mix, ce qui offre une belle continuité à la démarche si originale de MASHEENA. Plus varié qu’auparavant, d’autres registres sont aussi abordés avec un naturel déconcertant. Outre le côté très scandinave de l’ensemble dans le son, quelques touches bluesy font donc leur apparition.

Sans doute est-ce atmosphère du sud américain, car ces morceaux sont littéralement lumineux. Bien sûr, le Stoner Hard Rock de MASHEENA est toujours aussi brut et massif, mais il a aussi gagné en vélocité et affiche une certaine légèreté et surtout une joie communicative. Gorgé de refrains entêtants, de mélodies accrocheuses et de riffs incisifs, « Let The Spiders In » brille aussi par son groove si organique et un songwriting d’une redoutable efficacité (« Been Waiting », « One Eye », « Sara Lost Her Way », « Don’t Tell Her », « You Owe Me »). Vivifiant !

Photo : El Profesor

Retrouvez la chronique du premier album, « West Coast Hard Rock » :

Catégories
Alternative Metal Alternative Rock

Faith In Agony : so alive

C’est dans un bel élan que FAITH IN AGONY donne une suite à « Drowned & Exalted », sorti en 2021. Très bien produit, « Insight » traduit avec efficacité une intensité introspective entre Rock et Metal. Très solide et tout en contraste, le combo n’élude pas une certaine vulnérabilité, qui se fond dans des morceaux d’une grande sincérité, souvent à fleur de peau. Sous l’impulsion de sa chanteuse, dont la performance surclasse beaucoup d’autres, la fraîcheur de la formation s’exprime dans une mixité très inspirée.

FAITH IN AGONY

« Insight »

(Independant)

Quelle audace ! Loin des productions hexagonales stéréotypées, convenues ou tellement prévisibles, le groupe signe un album intelligent et d’une grande variété. Même si l’on pourrait les ranger dans un style Alternative Metal/Rock, les Grenoblois œuvrent pourtant dans un registre bien plus large, dont les divers courants se conjuguent dans une belle harmonie. Autant que dire qu’avec « Insight », FAITH IN AGONY offre un grand bol d’air frais, et le paritaire combo fait preuve d’un éclectisme de plus en plus rare et très bienvenu.

Côté son, c’est Sébastien Camhi (Acod, Akiavel, Heart Attack, …) qui a enregistré et mixé ce deuxième opus au Studio Artmusic, lui assurant une belle puissance, du relief, ainsi qu’une mise en valeur des nombreux détails qui se nichent dans des arrangements très soignés. FAITH IN AGONY est donc sûr de son jeu et ses nouvelles compositions témoignent d’une maturité acquise et surtout d’une créativité qui ne s’interdit rien. Guidé par sa frontwoman Madie, passée un temps chez Nightmare, il avance avec force, délicatesse et assurance.   

Avec treize titres, « Insight » permet aussi au quatuor de multiplier les ambiances, les tempos et de dévoiler l’étendue de son univers. Doté d’une saveur très 90’s, ce deuxième effort complet reste très actuel. Tandis qu’Eva Riché (basse) et son frère Quentin (batterie) assurent un groove accrocheur, Guillaume Poupon distille des parties de guitares massives, percutantes et pleines d’émotion. Sur des sonorités Grunge, Fuzz et même bluesy, FAITH IN AGONY déploie une énergie phénoménale et montre une identité très personnelle. Complet et costaud !

Catégories
Hard 70's

Mirador : only roots

Malgré leur relative jeunesse, les membres de MIRADOR ont l’esprit vintage et ce premier effort est celui de quatre musiciens désireux de marcher le plus dignement possible dans les pas de leurs aînés. Moins délicate que le grand dirigeable et plus roots qu’un Rival Sons plus inspiré, la formation anglo-américaine sonne clairement british, communie avec des références musicales partagées et ce concentré d’énergie invoque la tradition sans un regard pour notre siècle. Mais malgré beaucoup d’envie, l’impression reste mitigée.

MIRADOR

« Mirador »

(Republic Records)

Annoncé comme l’un des événements Rock de cette rentrée, voici enfin le fruit de la collaboration, et parfois même de la confrontation entre l’Américain Jake Kiszka de Greta Van Fleet et le Britannique Chris Turpin, moitié de la formation Folk acoustique de Norfolk, au nord de Cambridge, Ida Mae. Tous deux chanteurs, guitaristes et compositeurs, leur rencontre date de 2018, mais ce n’est que l’an dernier qu’ils ont acté la naissance de MIRADOR, dont voici le premier album éponyme, une ode au Rock’n’Roll.

Le duo se veut très explosif et entretient un goût pour les racines 70’s du style et mêle un côté très Hard Rock à d’autres plus Folk avec un soupçon bluesy emprunté à l’American Roots Rock. Mais que l’on ne s’y trompe pas, cela va être très difficile, voire peine perdue, de vous enlever de la tête l’ombre pesante des maîtres du genre : Led Zeppelin. Par ailleurs, MIRADOR est complété par le batteur Mikey Sarbello et le bassiste et claviériste Nick Pini, tout deux Anglais. Ça aide et la sonorité dominante est bel et bien européenne.

C’est pourtant à Savannah en Georgie, sous la houlette et dans les studios de Dave Cobb, qu’a été enregistré « Mirador ». Des séances que MIRADOR a effectué après un mois de tournée, histoire de bien rôder les morceaux, et l’intensité de la scène se ressent tout au long du disque. Captés en conditions live, les chansons transpirent une passion commune, farouche et même sauvage pour le Rock’n’Roll avec un esprit jam très présent (« Feel Like Gold », « Fortune’s Fate », « Music Is Go Bound », « Heels Of The Hunt », « Skyway Drifter »).

Photo : Dean Chalkley

Catégories
Heavy Stoner Rock Stoner Doom

Borracho : swampy observation

Véritable concentré d’énergie, le Heavy Stoner Rock de BORRACHO vient frapper de nouveau avec une nouvelle réalisation où le Doom flotte toujours un peu à travers des mélodies tenaces. Avec des touches occultes et des fulgurances Sludge, « Ouroboros » a une teneur très politique et le fait que la formation frappe si fort avec une telle précision explique en partie son contenu. A la fois Rock et Metal, la percussion ne manque ni d’impact, ni de profondeur. Un brûlot électrisant !

BORRACHO

« Ouroboros »

(Ripple Music)

Il y a toujours eu quelque chose de titanesque chez BORRACHO, au sens premier du terme. Plus que jamais, l’appellation power trio prend toute sa mesure, tant ce sixième album atteint une dimension où règne un certain gigantisme qui passe par une attaque en règle des maux de notre société. Et étant basés et originaires de Washington DC, il faut dire que les trois musiciens sont aux premières loges pour constater l’étendu des dégâts à l’œuvre et avoir une vision claire de ceux à venir. Mais attardons-nous sur « Ouroboros »…

Moins Doom que ses prédécesseurs, ce nouvel opus présente une approche plus Rock et presque Hard Rock, tout en percussion malgré quelques passages psychédéliques qui, à l’occasion, offrent des moments de respiration. Il y a aussi une sensation d’odyssée dans ces sept nouveaux morceaux. Le Fuzz est épais à en être parfois étouffant, l’esprit Metal n’est jamais bien loin et BORRACHO montre une incroyable diversité dans les arrangements avec des sonorités Grunge, bluesy et Desert Rock. Et l’harmonie est totale du début à la fin.

Massifs et menaçants, les titres sont suffisamment longs pour laisser s’instaurer un côté jam, où le groupe développe des riffs lourds et entraînants. La pesante rythmique trouve sa place dans des atmosphères ténébreuses, mais libératoires. Si le chant donne des allures dystopiques à « Ouroboros », BORRACHO a bel et bien les pieds sur terre et son propos se veut aussi très actuel (« Vegas Baby », « Lord Of Suffering », « Machine Is The Master », « Broken Man »). Le chevronné combo américain se renouvelle encore une fois avec brio.

Catégories
Americana Roots Rock

Chris Berardo : wild hope

Enrobée de belles guitares et d’une slide scintillante, la musique de CHRIS BERARDO est d’abord accueillante. Profondément ancré dans une culture musicale du Sud des Etats-Unis, son Americana se télescope très naturellement avec un Rock véloce, laissant parfois quelques teintes Pop et Country s’y déposer. Et c’est cette singularité qui fait de cette réalisation tant attendue un modèle du genre. Un style qui touche tout le monde, brille par son accessibilité et ne renie rien d’une technicité implacable dans le songwriting et dans l’interprétation des musiciens hors-pair, qui l’accompagnent.

CHRIS BERARDO

« Wilder All The Time »

(Blue Élan Records)

Le retour de CHRIS BERARDO se sera fait longuement attendre, précisément depuis « All the Warning Signs » sorti en 2017 et qui avait été couronné de succès. Empêché par des problèmes de santé, le songwriter effectue un come-back magistral avec « Wilder All The Time » et semble même plus inspiré que jamais. Originaire du Connecticut, il signe là son quatrième album sur lequel on retrouve les membres de son groupe, à savoir Douglas Berardo (guitare), Billy Kelly (Guiatre), Lloyd Maines (steel guitare) et Bukka Allen (orgue).

Toujours produit par David Abeyta, ancien du groupe Country Reckless Kelly d’Austin, « Wilder All The Time » contient dix chansons d’un optimisme contagieux et d’une grande fraîcheur. Le genre de disque qui vous grave un grand sourire pour un bon moment. Très personnels, les textes de CHRIS BERARDO sont d’une bienveillance assumée et ils sont subliment portés par sa voix légèrement éraillée. Sincère et authentique, son univers est riche, léger et captivant à la fois… et les autres musiciens présents y sont aussi pour beaucoup.

Avec un optimisme forcené, l’Américain évoque pourtant les coups durs de la vie pour n’en garder que l’espoir et la volonté de les surmonter. Très Southern l’ambiance qui enveloppe son Americana Rock offre une vague de chaleur et de proximité à l’ensemble de « Wilder All The Time ». Pour autant, il ne faut pas s’attendre à une réalisation contemplative, CHRIS BERARDO présente un Roots Rock plutôt relevé (« Last Great Chance », « Wanda Leigh », « Somebody Like Me », « Underchiever », « The King Of Fun »). Une vraie bouffée d’oxygène !

Catégories
Hard Rock

Dark Chapel : rockin’ church

Basés à Las Vegas, les membres de ce tout nouveau combo du Nevada n’en sont pas à leur coup d’essai et leur leader, Dario Lorina, présente même un CV conséquent. Rien d’étonnant donc à ce que DARK CHAPEL sonne comme un groupe de vieux briscards. L’expérimenté six-cordiste et chanteur a façonné cette première réalisation pierre par pierre et le résultat est plus que convaincant. Derrière une impression ténébreuse, « Spirit In The Glass » est éclatant sur bien des points. Entre moments calmes et explosions spontanées, il est particulièrement rassembleur.

DARK CHAPEL

« Spirit In The Glass »

(MNRK Heavy)

Actif au sein de Black Label Society depuis plus dix ans, de nombreuses collaborations et deux albums solos instrumentaux à son actif, ça devait sûrement démanger Dario Lorina de créer une nouvelle entité plus personnelle. Celui qui a aussi œuvré chez Lizzy Borden pendant quatre années a donc fait appel à Brody DeRozie (guitare), Mike Gunn (basse) et Luiz Silva (batterie) pour donner vie à BLACK CHAPEL, nouveau projet Hard Rock teinté de nuances bluesy, un rien grungy et surtout aux sonorités sombres et au groove magnétique.

Moins rentre-dedans que la formation guidée par Zakk Wylde, le quatuor renoue avec l’esprit 90’s du genre, mais très modernisé dans le son comme dans la forme. DARK CHAPEL n’a absolument rien de passéiste ou de nostalgique, c’est même tout le contraire. Incisif et bardé de belles guitares, « Spirit In The Glass » passe en revue de nombreuses références, joue très habillement sur les mélodies et s’aventure aussi dans des ambiances unplugged plus légères (« All That Remains »). Les Américains maîtrisent et n’éludent rien.

La voix chaude et rauque de Lorina colle parfaitement au style que le guitariste a voulu déployer. Le travail sur les riffs et les solos est remarquable, tant il en émane de la sérénité et un aspect vraiment spontané (« Afterglow », « Hollow Smile », « Gravestoned Humanity », « Bullet In Our Chamber »). DARK CHAPEL réussit un coup de maître avec « Spirit In The Glass », souhaitons maintenant qu’il ne s’agisse pas d’une simple récréation, car ce premier opus a quelque chose de rafraîchissant, tant il est terriblement bien pensé.

Catégories
Psych Prog Rock 70's Soul / Funk

Rosalie Cunningham : out of time

Comme toujours, la vie rayonne de gaieté sur ce nouvel opus de ROSALIE CUNNINGHAM. Avec « To Shoot Another Day », la Britannique nous plonge dans les 70’s avec une joie omniprésente. Très riche musicalement et d’une énergie contagieuse, ses chansons ont ce point commun de toutes évoluer dans une ambiance très psychédélique, progressive aussi,  avec une liberté éclatante et sans se soucier vraiment d’une certaine nostalgie palpable, mais dont elle joue d’ailleurs avec malice et une désinvolture très élégante.

ROSALIE CUNNINGHAM

« To Shoot Another Day »

(Esoteric Recordings)

Décidemment, depuis le split de son groupe Purson en 2016, celle qui a aussi joué avec Jack White, vit un début de carrière en solo épanouissant. Après un premier album en 2019 suivi de l’excellent « Two Piece Puzzle » (2022), ROSALIE CUNNINGHAM a même sorti le très bon « Live At Capela » dans la foulée et nous revient aujourd’hui avec son troisième effort studio. Une fois encore, la jeune Anglaise se montre aussi surprenante que talentueuse et l’audace musicale dont elle fait preuve est juste incroyable.

La chanteuse, multi-instrumentiste et compositrice fait preuve d’une créativité débordante et « To Shoot Another Day » nous ballade dans des contrées Psych entre Rock, Soul, Funk et Blues avec une saveur vintage aussi délicate qu’authentique. Comme d’habitude, ROSALIE CUNNINGHAM s’est occupée de tout dans son home-studio avec la complicité de son guitariste et compagnon Rosco Wilson, qui a co-écrit quatre morceaux et participé au mix. Et les ambiances sont variées et chaleureuses pour devenir vite addictives.

Cela n’aura échappé à personne, le titre de cette nouvelle réalisation est un clin d’œil au légendaire James Bond, dont le thème de « Die Another Day » est repris dès le premier titre éponyme. Et l’atmosphère très cinématographique que l’on retrouve aussi sur la pochette se propage sur l’ensemble du disque à travers des chansons très soignées, pleines de paillettes sonores scintillantes et parfois dramatiques. Vocalement, ROSALIE CUNNINGHAM fait une véritable démonstration alternant fougue et douceur avec beaucoup de sensibilité.

Photo : Blackham Images

Catégories
Classic Rock Hard Blues

Lions In the Street : on the hunt

On n’en voudra pas à LIONS IN THE STREET d’être allé puiser dans de vieux morceaux pour constituer ce « Moving Along », bien au contraire. Sur une production tonique et vive, le quatuor américano-canadiens annonce la couleur et donne le ton. Rock’n’Roll jusqu’au bout des doigts, parfois bluesy, toujours groovy et avec un petit côté sudiste qui leur confère une saveur légèrement vintage, les lions entrent dans l’arène et ne font pas dans le détail. Réjouissants, imperturbables et honnêtes, les quatre musiciens se révèlent comme les prétendants à une relève très attendue. Un magnifique pavé dans la marre ! 

LIONS IN THE STREET

« Moving Along »

(Interior Castle Music)

Fondé en 2006, l’histoire de LIONS IN THE STREET a de quoi laisser songeur. Alors que le groupe avait toutes les cartes en main pour mener à bien une belle carrière, il n’en fut rien, même s’il n’est jamais trop tard, bien sûr. Managé par Allen Novac (Mötley Crüe, Blondie), signé chez TVT Records (Nine Inch Nails), puis 604 Records (Nickelback), le quatuor a tout envoyé balader et s’est retrouvé blacklisté par une industrie musicale rancunière. Mais après une longue traversée du désert, le retour est enthousiasmant et sonne comme une belle revanche.

Après deux Eps (« Cat Got Your Tongue » en 2006 et « On The Lam » en 2013), le combo, composé pour moitié de Canadiens de Vancouver et d’Américains de San Diego, a également sorti un premier album, « The Years » en 2016. Mais tout ceci s’est passé relativement dans l’ombre, sous les radars, ne parvenant pas à capter la chaleur des projecteurs pourtant bien méritée. Cette fois, Sean Casey (guitare), Enzo Figliuzzi (basse) et les frères Kinnon (Chris au chant et à la guitare et Jeff à la batterie) font rugir LIONS IN THE STREET pour de bon !

Et le bouleversement à l’œuvre avec l’avènement des plateformes et des réseaux sociaux a aussi bien aidé et ragaillardi la formation, qui fait son retour le couteau entre les dents. Armé d’un Classic Rock musclé et un brin arrogant, elle déroule ce « Moving Along » frais et fougueux avec une volonté exacerbée. Situé quelque part entre les Rolling Stones (même tout près !) et les Black Crows, LIONS IN THE STREET s’affirme à travers des titres entêtants (« Already Gone », « Gold Pour Down », « Shangri La », « Moving Along », « Truer Now ») Intègre !

(Photo : Gregory Crowe)

Catégories
Americana International Soul Southern Blues

Abby Bryant : sweet southern sounds [Interview]

Dans un univers très personnel où se mêlent harmonieusement toutes les sonorités propres au Sud américain, ABBY BRYANT s’impose comme une artiste étonnante, autant par la maturité qu’elle dégage que cette force qu’elle va puiser dans une liberté affichée. Souvent autobiographiques, ses textes prennent vie dans une Soul très Rock, un brin vintage et aux saveurs Americana. Révélée sur « Not Your Little Girl », elle affirme son style sur « Glowing », un deuxième album chaleureux, attachant et enthousiaste. Alors que sa Caroline du Nord natale vient de subir les foudres de l’ouragan Hélène, c’était l’occasion de faire le point sur la situation dans la région et de parler, évidemment, de cette superbe et nouvelle réalisation.

– Avant de parler de ton nouvel album, j’aimerais que tu nous donnes des nouvelles suite à l’ouragan Hélène qui a frappé notamment la Caroline Du Nord où tu résides. Comment est la situation à Asheville ?

Merci de prendre de nos nouvelles ! Asheville fait face à une dévastation sans précédent depuis l’ouragan Hélène, et nous nous en sortons un jour après l’autre. Avec le groupe, nous allons bien, nos maisons et nos biens sont presqu’intacts, mais tant de gens ont tout perdu. Ces dernières semaines ont été difficiles, mais c’était aussi magnifique de voir les gens s’unir pour s’entraider avec autant d’amour. Notre communauté est incroyable et plus forte que jamais.

– Outre l’impact tragique sur la population, certaines structures comme les studios et les lieux musicaux ont-ils été beaucoup touchés et la vie artistique va-t-elle pouvoir reprendre normalement assez vite ?

C’est une période très incertaine pour tous les artistes de notre région en ce moment. L’un de nos principaux pôles artistiques, le ‘River Arts District’, a été presque complètement balayé, tout comme l’une de nos salles de concert préférées. Tout est différent maintenant et nous avons du mal à comprendre que certains lieux qui faisaient partie intégrante de nos vies et de notre communauté ont tout simplement disparu. Mais l’art survit en dehors de tout lieu et de nombreux artistes sont plus inspirés que jamais pour créer en ce moment.

– Pour conclure sur le sujet, on a vu Dolly Parton et Taylor Swift notamment faire des dons importants à des associations pour les deux Etats de Caroline. Il y a toujours une entraide incroyable aux Etats-Unis après ce genre de catastrophe, et c’est important que les artistes se mobilisent aussi. Va-t-il y avoir des concerts de soutien dans la mesure du possible prochainement ? Et est-ce que tu y penses de ton côté ?

Nous avons vu une générosité incroyable de la part de tous et nous apprécions énormément les importantes contributions apportées à la région par de grands artistes. Nous voyons également nos amis musiciens ici organiser de nombreux concerts de charité en ce moment. Nous avons notamment collecté des dons lors de nos concerts pour soutenir les personnes de l’Ouest de la Caroline du Nord, qui n’ont pas d’électricité et qui ont besoin de chaleur, d’abri et de fournitures à l’approche du froid. Les gens nous surprennent constamment par leur générosité.

– Revenons à toi. Tu es chanteuse, musicienne, auteure et compositrice et tu as sorti deux albums en trois ans. Est-ce tu avais aussi eu des expériences de groupes avant ces deux disques ?

J’ai d’une certaine manière fait de la musique en groupe depuis le tout début, depuis les ensembles à l’église quand j’étais enfant jusqu’aux chorales et aux groupes vocaux de mon université. Puis, j’ai continué à jouer dans les groupes d’amis pendant mes études avant de former le mien. Ainsi, même si ces albums sont mes premiers vraiment complets, jouer de la musique en groupe a toujours occupé une grande place dans ma vie.

– Ton style musical est dominé par une forte empreinte Soul, où l’on trouve aussi des sonorités Blues, Americana, Rock, Country aussi et avec une touche Funky. Au-delà de sa forte identité Southern, comment définirais-tu ta musique ? On a parfois l’impression que tu cherches à échapper aux cases…

Les nombreux styles qui ont influencé ma musique et mes racines sudistes sont profondément ancrés dans ma mémoire. J’ai tendance à puiser dans une grande variété de genres, il est donc difficile de décrire ma musique. J’évite souvent les limites de genre et je vais là où l’inspiration me mène. Mais je pense que beaucoup résumeraient ce style à quelque chose comme du Southern Rock Soul américain. Personnellement, il y a tellement de saveurs uniques dans ma musique qu’aucun terme de genre de base ne me satisfait. Je dis simplement aux gens qui me posent des questions de venir au concert et d’en faire l’expérience par eux-mêmes.

– Trois ans après « Not Your Little Girl », tu viens de sortir « Glowing ». Il y a une réelle continuité musicale entre les deux albums. Quelle était ta priorité en composant ce deuxième album ? Apporter une sorte de prolongement au premier ?

Le deuxième album me donne l’impression d’une exploration plus profonde, à la fois sonore et lyrique. Mon premier album abordait des thèmes de la jeunesse, comme quitter la maison, trouver ma propre identité en dehors de mon éducation traditionnelle, trouver et perdre l’amour, etc… Bien qu’il y ait certainement un certain chevauchement dans les expériences qui ont conduit à l’écriture de ce deuxième album, je pense que « Glowing » capture une sorte de croissance qui est née de beaucoup de difficultés et de la redécouverte d’une appréciation de l’expérience humaine. Après avoir survécu à des hauts et des bas majeurs et réalisé que je peux affronter n’importe quelle tempête, la vie devient plus facile. Je pense que nous sommes tous tellement chanceux d’être ici pour avoir le cœur brisé et ramasser les morceaux, de nous aimer profondément et de trouver la joie et l’espoir dans toutes les difficultés. J’apprends à accepter le voyage.

– Sur ton premier album, tu affichais déjà beaucoup de caractère, ne serait-ce que dans son titre déjà. C’est une manière aussi en tant que chanteuse, songwriter et de femme de s’imposer dans un milieu parfois difficile ou hostile ?

Mon premier album était clairement axé sur l’affirmation de mon indépendance et la recherche de ma propre voie, comme le suggère le titre. Le message est toujours aussi pertinent pour moi. Mais le deuxième album s’appuie sur une version encore plus douce et plus forte de moi-même, qui partage toujours les mêmes valeurs et la même volonté d’encourager les femmes à se lever et à s’exprimer. J’apprends au fur et à mesure à faire preuve d’amour dans tout ce que je fais et à m’entourer de personnes qui font de même, et le monde qui m’entoure me semble un peu moins dur.

– D’ailleurs, tu guides fermement « Glowing » et pas seulement vocalement. Il a aussi une saveur assez rétro et vintage, ce qui peut paraître surprenant de la part d’une jeune femme comme toi. C’est un son et une époque dans lesquels tu te retrouves plus que dans la scène actuelle et donc plus moderne ?

Je suis définitivement attiré par des sons plus rétro lorsque je crée, et je m’inspire souvent d’époques bien plus anciennes. J’aime faire partie de ceux qui font découvrir les trésors de notre passé aux nouvelles générations. J’ai remarqué que d’autres nouveaux artistes comme Sierra Ferrell et Billy Strings nous ramènent à nos racines. Et je pense que c’est une belle chose de remettre au premier plan des sons depuis longtemps oubliés par une grande partie de notre culture actuelle.

– J’aimerais qu’on revienne sur ta performance vocale. J’ai vraiment l’impression qu’il y a eu une sorte de déclic entre les deux albums. On te sent épanouie et tu dégages beaucoup de force et d’assurance. Cette liberté perceptible, la dois-tu aux retours positifs de « Not Your Little Girl » et/ou aux concerts donnés depuis trois ans ?

Je suis tellement reconnaissante de la façon dont « Not Your Little Girl » a voyagé si loin et s’est frayé un chemin jusqu’aux mains de tant d’auditeurs. Pour ce dernier album, je me suis sentie encore plus inspirée à me fier davantage à ma propre intuition, à la fois dans ma performance vocale et dans l’écriture des chansons elles-mêmes. Je pense que le tournant que tu as ressenti avec plus de force et de confiance est que je suis devenue autonome et que j’ai appris à me faire de plus en plus confiance. J’ai hâte de voir où cette évolution me mènera ensuite !

– Au niveau de la production, celle-ci a aussi gagné en dynamique et s’est considérablement éclaircie. C’est Dave Schools qui a réalisé celle de « Glowing ». De quelle manière avez-vous travaillé ensemble ? Tu avais certains impératifs ?

Travailler avec Dave Schools a été une expérience incroyable. Il a apporté un élément plus organique et brut à ce disque en l’enregistrant en live autant que possible et en laissant la synergie que nous avons ressentie en créant ensemble en studio nous guider. Tout s’est mis en place rapidement d’une manière qui ressemblait à de la magie, même si nous avions une équipe incroyable avec un talent fantastique dès le départ ! Dave nous a aidés à accepter la beauté de l’imperfection humaine et a permis au processus de se dérouler d’une manière qui semblait plus naturelle que n’importe quel enregistrement que j’avais fait auparavant.

– Par rapport à la composition elle-même, tu travailles toujours avec Bailey Faulkner. Comment fonctionnez-vous ? Tu apportes les idées et vous les mettez en musique ensemble, ou  y a-t-il un effort collectif de tous les musiciens, car tu as gardé la même équipe, je crois ?

Oui, je travaille toujours avec Bailey et mon groupe. Nous écrivons toujours des chansons ensemble, parfois aux côtés d’autres excellents co-auteurs quand nous le pouvons. Nous avons chacun des approches différentes de l’écriture des chansons, mais qui semblent très complémentaires. Bailey commence souvent par une progression d’accords ou un groove et se laisse guider par le feeling sur les paroles et la mélodie. Pour ma part, je commence souvent par un sujet ou un message comme élément de base pour la mélodie. Une fois que nous avons une idée plus développée que nous avons construite ensemble, nous apportons la chanson au reste du groupe. Et ils ont souvent de bonnes idées à ajouter pour l’instrumentation, la performance, les arrangements, etc… On forme vraiment tout un village.

– Tu as donc sorti deux albums en indépendant et en te produisant. Vu la qualité des deux disques, tu aurais pu être approchée par un label, non ? Est-ce un choix de ta part, ou est-ce difficile aux USA aussi de se faire signer sur un label ?

Nous avons autoproduit notre premier album et avons fait appel à Dave pour produire le deuxième, mais nous avons sorti les deux albums de manière indépendante. C’est difficile de trouver le bon label avec lequel s’associer et nous sommes tout à fait ouverts à l’idée d’explorer cette option. Pour l’instant, rester indépendant a été notre meilleure option, même si nous continuerons à chercher un partenaire idéal.

– Enfin, un petit mot sur tes projets à venir. Bien sûr, la situation actuelle a figé et stoppé beaucoup de choses. Penses-tu reprendre les concerts rapidement et peut-être même partir en tournée ?

Nous avons continué à donner autant de concerts que possible. Et bien que de nombreuses opportunités locales ne soient actuellement pas disponibles, nous jouons hors de la ville la plupart des week-ends et nous demandons à notre public de soutenir la Caroline du Nord occidentale en apportant des dons que nous pourrons ramener chez nous à Asheville. Nous espérons reprendre un rythme de tournée régulier d’ici le printemps et continuer à faire des tournées pour le nouvel album.

Les albums sont disponibles sur le site de l’artiste : www.abbybryantmusic.com

Retrouvez la chronique du dernier album d’ABBY BRYANT…

… Et une plus courte du premier :