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Blues

Selwyn Birchwood : éclatant de vérité

Remarqué dès ses débuts pour sa technicité et surtout son feeling, le guitariste et chanteur américain SELWYN BIRCHWOOD brille une fois encore sur ce troisième album, « Living In A Burning House », au groove et à l’originalité imparable. Accrocheur et sensible, le bluesman se veut très contemporain, tout en respectant l’héritage de ses aînés, et affiche une touche très personnelle.

SELWYN BIRCHWOOD

« Living In A Burning House »

(Alligator Records)

Après avoir été le guitariste de Sonny Rhodes, SELWYN BIRCHWOOD s’est lancé en solo en 2014 avec « Don’t Call No Ambulance », puis «  Pick Your Poison » deux ans plus tard. C’est sur le prestigieux label Alligator Records que le Floridien livre son troisième album, gage de la qualité et du talent du musicien. Et produit par Tom Hambridge (Buddy Guy, Susan Tedeschi), « Living In A Burning House » est une fois encore très relevé.

Brillamment accompagné par le saxophoniste baryton Regi Oliver, l’expérimenté batteur Philip Walter, le bassiste Donald Wright et Walter May aux claviers, SELWYN BIRCHWOOD fait parler le groove et son feeling à travers un Blues teinté de Rock et de Soul. Joueur de lap steel, on retrouve ce son si particulier au fil de l’album, apportant beaucoup de fraîcheur à des morceaux d’une énergie folle et d’une grande authenticité.

Influencé par Buddy Guy, Muddy Waters et Jimi Hendrix, l’Américain a parfaitement réussi à se créer une réelle identité, très identifiable grâce notamment à sa voix grave, son jeu virevoltant et un humour très présent. Sur une belle dynamique, SELWYN BIRCHWOOD distille ses morceaux avec une envie communicative et contagieuse (« Freaks Come Out At Night », « Can’t Steal My Shine », « I Got Drunk Laid And Stoned », le morceau-titre et « Mama Knows Best », un duo endiablé avec Diunna Greenleaf). Réjouissant !

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Blues

Ally Venable : Texas rules !

Si ALLY VENABLE fait sonner sa Gibson et entendre sa voix depuis seulement cinq ans, c’est en blueswoman aguerrie et au style très personnel qu’elle livre un quatrième album authentique, entre un Blues Rock imprégné de SRV et un Southern Rock très percutant. « Heart Of Fire » est une réalisation à la hauteur du grand talent de la jeune texane.

ALLY VENABLE

« Heart Of Fire »

(Ruf Records)

Le monde du Blues Rock se féminise peu à peu depuis quelques années et c’est une très bonne chose ! Si Ana Popovic, Jessie Lee ou Samantha Fish sont aujourd’hui reconnues, d’autres ont pris le train en marche pour s’affirmer non seulement comme de très bonnes chanteuses, mais aussi et surtout comme des musiciennes hors-pair. Et c’est le cas pour ALLY VENABLE, jeune texane de 22 ans, nourrie au Blues et au Southern que sa fougueuse jeunesse semble avoir parfaitement assimilé.

La précocité de la chanteuse et guitariste vient tout de même rappeler qu’elle publie rien moins que son quatrième album en cinq ans d’une carrière menée tambour-battant. Si son jeu n’est pas sans évoquer Buddy Miles, Robin Trower voire Lynyrd Skynyrd ou Bad Company, ALLY VENABLE présente un style très actuel, où ses capacités vocales semblent déjà prendre une place prépondérante. D’ailleurs, quelques grands noms ne s’y sont pas trompés et sont venus apporter une belle contribution à « Heart Of Fire ».

Sur « Road To Nowhere », c’est le grand Devon Allman himself qui vient juste poser des chœurs et quelques accords. Et ce n’est pas tout puisque le virtuose Kenny Wayne Shepherd offre un superbe solo en forme de duel sur le génial « Bring On The Pain », empreint d’une fièvre très Southern. Justement, « Hard Change » et « Do It In Hells » restent dans cette veine, tout comme « Sad Situation ». Très à l’aise sur sa Gibson à travers des riffs classieux, ALLY VENABLE s’avère également redoutable à la slide, la wah-wah ou au dobro.    

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Blues

The Bad Day Blues Band : un jour avec !

THE BAD DAY BLUES BAND est un groupe de scène et cela s’entend vraiment sur « Table By The Wall », à travers lequel les Anglais font déjà figure de vieux briscards du Blues Rock. Les douze titres chauffés à blanc et magnifiquement enregistrés dans les légendaires studios d’Abbey Road mettent en valeur le quatuor, qui surprend déjà avec un album aussi abouti.

THE BAD DAY BLUES BAND

« Table By The Wall »

(Lunaria Records)

THE BAD DAY BLUES BAND a pris les choses par le bon bout en écumant les scènes pour y distiller ses morceaux et conquérir une solide fan-base avant de se lancer dans l’aventure d’un album. Quatre ans intenses passés sur les route avec en point d’orgue un concert au Times Square de New-York aux côtés du grand Delbert McClinton ont solidifié et mûri leur savoureux répertoire que l’on retrouve aujourd’hui sur « Table By The Wall ».

Avec une patte très 70’s, le quatuor anglais avance dans un Blues Rock frais et vigoureux. Sans tomber dans les clichés, THE BAD DAY BLUES BAND s’inscrit au contraire dans l’air du temps avec des morceaux explosifs, guidés par de gros riffs et un harmonica intenable (« Hold On (I’m Coming) », « Fatman »). Gourmand et généreux, les Londoniens enchaînent les perles sur un rythme frénétique (« Hurricane », « The Hustler »).

Mené par leur bassiste et chanteur Adam Rigg et sa voix de velours, les bluesmen s’échappent des conventions (« Stop ») sur des rythmiques effrénées,  solides, entraînantes et dont les refrains galvanisent (« Jump » et son clin d’œil à « La Grange », « Wandering Man »). Grâce à une production très roots et claire, THE BAD DAY BLUES BAND nous propulse au cœur de son jeu avec un savoir-faire malicieux et authentique.        

Bandcamp : https://thebaddaybluesband.bandcamp.com/album/table-by-the-wall

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Blues

Justin Light : un Blues resilient

Entre confinement et Brexit, JUSTIN LIGHT a eu le temps de la réflexion. Le songwriter anglais en a profité pour écrire, jouer, enregistrer et produire son premier album solo. Dans un registre Blues très British, le musicien livre un album élégant, plein d’émotion et optimiste. « Sunshine Cafe » dégage une belle luminosité musicale.

JUSTIN LIGHT

« Sunshine Cafe »

(Independant)

Après 35 ans de carrière passés à partager la scène avec de grands noms et au sein des groupes The Atomic Workers et The Sonic Jewels, JUSTIN LIGHT a profité du confinement dans son pays, l’Angleterre, pour enregistrer pendant l’été dernier son premier album solo. Et celui-ci penche cette fois pour le Blues.

Guitariste et chanteur, le Britannique a donc mis à profit la situation sanitaire pour composer « Sunshine Cafe », et pourtant ce premier essai solo est tout sauf triste ou morose. Plein d’humour, les morceaux de JUSTIN LIGHT respirent et véhiculent une douceur enveloppante, malgré la pandémie et le Brexit qui ont guidé certains titres.

Très british dans le son et les compos, le songwriter développe un registre très souple et délicat sans se priver d’élever le niveau à l’occasion (« Loneliness Is A Blues », « Making It Alright In The End », « Goodbye To My Poison », « Your Payback’s Overdue »). JUSTIN LIGHT régale et on perçoit très rapidement la longue expérience du musicien.

Bandcamp : https://justinlight.bandcamp.com/

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Blues

Bjørn Berge : en toute liberté

Connu et reconnu pour ses prestations époustouflantes en solo (allez voir!), BJØRN BERGE revient cette fois en trio avec un « Heavy Gauge » plein de groove et tout en feeling. Toujours aussi technique, le Norvégien livre un Blues dont lui seul a le secret. Le musicien est toujours aussi surprenant dans ses compositions et le son de sa guitare.

BJØRN BERGE

« Heavy Gauge »

(Independant)

Qu’elles aient six ou douze cordes, les guitares qui passent entre les mains de BJØRN BERGE laissent toujours exploser des sonorités et des mélodies irrésistibles. Techniquement hors-norme, le maître norvégien du picking et de la slide apporte une nouvelle et indispensable œuvre à sa belle et grande discographie. Et cette fois, le guitariste n’est pas venu seul.

Le Scandinave s’est particulièrement bien entouré pour livrer le digne successeur de « Who Else ? ». On retrouve à la basse Kjetikl Ulland et Kim Christer Hylland derrière les fûts. Et comme d’habitude, ce Blues venu du Nord ne manque pas de groove. BJØRN BERGE y glisse quelques touches Folk, jazzy et Rock bien sûr, le tout avec une déconcertante facilité.

Rugueux et suave à la fois, le guitariste excelle dans un Blues Rock qu’il maîtrise totalement (« The Wrangler Man ») sans négliger quelques fantaisies. Très technique, le songwriter se montre pourtant d’un feeling incroyable à travers des morceaux qui lui ressemblent tellement dans leur diversité (« I Got It Made », « Straydog », « Coliseum » et l’étonnant (« Rip Off »). Un grand bol d’air frais !

Bandcamp : https://bjornberge.bandcamp.com/

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Blues International

Popa Chubby : (quel) chapeau l’artiste ! [Interview]

La dernière année a bouleversé POPA CHUBBY, mais l’a également rendu très créatif… Une constante, certes. C’est avec son chapeau d’aluminium (« Tinfoil Hat »), que le New-Yorkais a composé ce nouvel album entièrement réalisé à la maison. Moqueur, tendre, en colère et toujours plein d’humour, le bluesman passe en revue les sentiments qui l’ont traversé ces derniers mois. Court entretien avant la sortie de l’album prévue le 12 mars chez Dixiefrog.

– Il y a un an, tu célébrais tes 30 ans de carrière avec l’excellent « It’s A Mighty Hard Road ». Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’album, et que ressens-tu de l’avoir si peu défendu sur scène ?

En fait, nous avions tourné en Europe début 2020, et donc réussi à défendre un peu le disque. Ensuite, nous avons terminé en Amérique du Nord le 16 mars, donc cette défense était en fait une attaque ! Et je prévois aussi de revisiter ce disque à mon retour sur scène.

– Sur ce même album, on ressentait un grand sentiment de liberté avec des morceaux très Blues Rock, mais aussi des sonorités latines, Reggae, Funk et une superbe reprise de Prince. Avec « Tinfoil Hat », tu reviens aux fondamentaux du Blues dans un style très épuré. Avant d’entrer dans les détails, on te sent moins insouciant, non ?

Au contraire, « Tinfoil Hat » est plus un cri de bonne santé mentale et de raison. Et c’était aussi un devoir artistique pour moi de commenter tous ces événements. Et je n’oublie jamais le public, non plus. Mais c’est vrai que « Mighty Hard Road » était plus une célébration.

– Parlons de « Tinfoil Hat », qui est autant un cri de colère que d’amour. On sait que tu as été très affecté par cette pandémie et par les événements que nous avons traversés …

Pour être honnête, je pense que le disque illustre toutes les émotions et les histoires que j’ai vécues pendant la pandémie. C’est un large éventail de ressentis formés de rage d’aimer, ainsi que de peur mais avec beaucoup l’humour. C’est toujours la muse qui dicte finalement. Et dans ce cas présent, elle a été gentille.

– Tu as entièrement joué et enregistré l’album chez toi, tout en étant très présent sur les réseaux sociaux. Comment t’es-tu adapté à cette situation inédite ? Rester en contact avec tes fans t’a semblé important compte tenu de l’absence de concerts ?

L’enregistrement chez moi n’est pas nouveau. ‘Chubbyland’ est mon laboratoire depuis de nombreuses années et entièrement équipé avec vraiment tout ce qu’il faut. La pandémie m’a permis d’atteindre de nouveaux niveaux sur tous mes instruments. Je pense que le résultat reflète mon expression la plus authentique. Et c’est vrai que les réseaux sociaux me permettent d’avoir un contact direct avec mes amis et mes fans, et c’est un moyen de partager le processus dans son immédiateté.

– En plus de parler du Covid, l’album évoque aussi très frontalement la situation politique américaine. Décidemment, quelle année chaotique ! Elle est à vite oublier, ou au contraire il y a quelques leçons à en tirer ?

Humm… Honnêtement, je déteste la politique, mais Trump a été une abomination. Cela a également vraiment mis en lumière ce qu’est l’Amérique : une nation raciste. La tendance à oublier a beaucoup à voir avec le maintien des personnes au pouvoir. Biden est le bon gars pour le moment. Uncle Joe ! Et c’est même étonnant de voir de quelle manière il a mis en place tant de choses en si peu de temps. Mais nous avons encore un long chemin à parcourir.

– Malgré de la colère, de la frustration et de la rage, on perçoit aussi beaucoup d’amour sur « Tinfoil Hat ». Comme toujours, tu es très sincère et authentique dans tes propos et tu es vraiment très soutenu par tes fans. C’est essentiel pour toi ? Pour continuer d’avancer ?

J’aime mon peuple, mais je ne peux pas calmer les fans, car cela impliquerait que je suis mieux. Et je ne le suis pas. Et puis, j’en connais tellement personnellement, ainsi que leurs histoires personnelles. Oui, ce sont mes amis et ils me soutiennent.

– Avec le rayon de soleil qu’offre ce nouvel album, quels sont tes souhaits et tes espoirs pour les mois à venir ? Un rapide retour sur scène ?

Je ne peux plus attendre ! Je veux partir tourner au plus vite ! J’espère que nous serons tous vaccinés et que je serai à l’Olympia en octobre 2021 !

« Tinfoil Hat » sera disponible le 12 mars chez Dixiefrog/PIAS.

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Blues Folk/Americana

Théo Charaf : l’appel des grands espaces

Pour son premier album éponyme, THÉO CHARAF sort des sentiers battus en livrant dix très bons morceaux entre Folk, Blues et Americana. Avec un art très personnel du storytelling, le songwriter s’accompagne à la guitare acoustique sur une production élégante et éthérée. Le musicien français peut aller se frotter à la scène américaine sans crainte.

THÉO CHARAF

« Théo Charaf »

(Wita Records/Dangerhouse Skylab/Baco Distribution)

Ce premier album du Lyonnais THÉO CHARAF est la vraie belle surprise de ce début d’année en matière de Folk. Eponyme, l’opus est aussi épuré qu’il est abouti. Sans fioriture et soigneusement arrangé, il nous emmène en voyage dans les grands espaces américains avec un large et généreux détour par le delta du Mississippi. Et à la manière des mythiques folksingers, le musicien déroule des morceaux très bien ficelés. 

Le Français s’est forgé un style très personnel assez rare dans l’hexagone. Sa Folk aux accents bluesy prend un relief saisissant grâce à une production très brute. Et la profondeur de la voix de THÉO CHARAF prend toute son ampleur à travers une belle diversité où il joue sur différentes intonations et brille complètement sur « Oh Sister », où il est doublé et accompagné par une voix féminine qui apporte beaucoup d’élégance au morceau.

Folk pour l’essentiel, le songwriter traverse évidemment des contrées Americana (« Forward », In Vain », » Waiting Around To Die ») avec un sens du storytelling que l’on retrouve aussi sur « Vampire » plus Folk. Avec beaucoup d’émotion, THÉO CHARAF se fait plus bluesy sur « Going Down » et « Devil Got My Woman ». Et ce n’est qu’en fin d’album qu’il branche sa guitare pour le très bon « Hard Time Killing Floor Blues ». Une vraie réussite.

Bandcamp : https://theocharaf.bandcamp.com/releases  

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Blues International

Ghalia Volt : roots, organique et sans fioritures [Interview]

Si le Blues coule dans la peau de la jeune artiste belge GHALIA VOLT, c’est aux Etats-Unis et notamment à la Nouvelle Orléans que son style s’est révélé. Avec déjà trois albums au compteur, elle a joué avec des pointures du genre tout en affirmant un style très personnel. Rencontre avec une artiste qui n’a pas froid aux yeux.

– Tout d’abord, quel a été le déclic qui t’a décidé à traverser l’Atlantique et te poser à la Nouvelle Orléans ? Sachant que la ville compte un grand nombre de talentueux musiciens, tu n’as pas été trop intimidée en arrivant ? Et est-ce que ton adaptation s’est faite facilement ?

En 2014, je pars pour la première fois aux Etats-Unis dans l’idée d’aller visiter les villes dont parlent les chansons que j’écoute. A 21 ans, avec mon sac à dos et mes petites économies construites par une multitude de séries « Busking » au centre de Bruxelles. Je commence par New Orleans, puis je traverse toute la Louisiane, le Texas, le Mississippi, le Tennessee, l’Arkansas le Missouri et enfin l’Illinois. Si je décide de m’installer ici, c’est qu’il n’y pas deux endroits comme cela. Je tombe sous le charme directement. Marcher dans New Orleans, c’est comme marcher dans un recueil de poésie. Oui, l’intégration s’est faite facilement grâce à mes contacts et diverses expériences. Comme d’habitude pendant tout le voyage, je suis vite montée sur scène, j’ai rencontré des groupes, des musiciens et j’ai enregistré… J’ai fait une démo, à la base pour le fun, avec un groupe nommé les « Mama’s Boys », qui a attiré l’attention de mon label, Ruf Records, et qui m’a demandé d’y retourner enregistrer l’album complet. C’est ainsi qu’après quelques aller-retours entre l’Europe et les USA, je me suis installée en 2016. Effectivement à New Orleans, il y a 20.000 musiciens. Ce n’est pas une légende. Avant le Covid, je pouvais facilement faire 5 à 6 concerts par semaine, quand je ne suis pas en tournée. Mais comme dans la vie en général, il faut se démener pour se faire une place.

– J’imagine que tu es arrivée aux Etats-Unis avec des certitudes et surtout une vision personnelle de ta musique. As-tu changé ton jeu, ou est-ce qu’au contraire le contexte l’a fait évoluer ?

Absolument, à tous les niveaux. Je suis arrivée aux USA avec beaucoup de passion pour la musique et un certain bagage culturel. Tout a bien sûr évolué, de mes connaissances à mes compétences. Tu grandis facilement, car tu es entourée de talents dont tu t’inspires et apprends comme de bons amis tels que Watermelon Slim, Sean Bad Apple et bien d’autres. Mais j’ai aussi évolué rapidement car je joue tout le temps. J’ai toujours une guitare en main, une situation qui me pousse à écrire, l’envie de chanter, une jam… Et puis, ces fameux concerts dans les clubs qui durent jusqu’à 4 heures. Si tu fais le compte : 4 heures, cinq fois semaines, ça fait pas mal d’heures de performance. Chaque rencontre, chaque expérience, chaque voyage offre un apprentissage important.

– Tu as sorti rapidement « Let The Demons Out » puis « Mississippi Blend », deux albums que tu as enregistrés avec des pointures du genre. Qu’est-ce qui a été le plus enrichissant humainement et artistiquement ?

Les deux albums sont deux expériences tout à fait différentes. « Let The Demons Out » enregistré à New Orleans avec les Mama’s Boys était magique. Ils sont devenus comme ma famille et ils le sont d’ailleurs toujours. Nous nous retrouvons encore pour fêter Thanksgiving, ou lors de simples occasions pour boire une bière. On a vécu de très beaux moments ensemble. L’un des souvenirs mémorables a été la Norvège pendant l’une des tournées européennes. Avec l’album « Mississippi Blend », c’est un autre rêve qui s’est réalisé. On a enregistré au Zebra Ranch Studio, dans le Hillcountry du Mississippi, fondé par Jim Dickinson qui a accueilli des pointures allant de Bob Dylan à Robert Plante ou aux Cramps, en passant par R.L Burnisde ou Othar Turner. J’ai coproduis l’album et j’ai invité mes comparses des Mama’s Boys, Smokehouse Brown et Dean Zucchero, mais aussi mes chers amis Watermelon Slim et Lightnin’ Malcolm qui m’ont fait l’honneur de quelques morceaux. Collaborer avec Cedric Burnside et Cody Dickinson a été magique. Le Mississippi n’est pas très grand et tout le monde se connaît. Depuis 2014, je parcours toutes les villes et festivals de la région. J’ai vite rencontré Cedric qui m’a toujours fasciné. C’est un honneur de l’avoir sur l’album et un réel plaisir de travailler avec lui. Son groove a donné une autre dimension à mes compositions, et je suis heureuse d’avoir pu capter ça en studio.

– Alors que sur les albums précédents tu jouais en groupe, sur « One Woman Band », tu es seule aux commandes. Comment la transition s’est-elle passée et cela t’a-t-il obligé à changer certaines choses dans ton jeu et dans l’approche des morceaux ?

Disons que c’est un challenge différent, mais l’approche créative des morceaux est plus ou moins identique. J’écris les paroles, les mélodies et les grooves, et puis je les répète. Il a fallu énormément de pratique et de répétitions pour pouvoir enregistrer ce set-up live en studio.  Se rappeler des paroles, les chanter, faire attention à la prononciation tout en jouant de la guitare et battre le rythme avec les deux pieds sur trois éléments de batterie différents était un vrai défi à relever !

– Justement, ton jeu est très roots avec un son de guitare très rugueux et massif. On n’a pas vraiment l’impression d’écouter une Européenne. Comment t’es-tu appropriée cette façon si singulière de jouer ? Tu l’avais déjà en arrivant en Louisiane ?

Non effectivement, j’ai appris sur le tas. Je n’ai jamais été une élève très assidue. Mon jeu de guitare s’inspire des vinyles que j’écoute et de mes voyages. Au niveau du son, j’adore le son traditionnel d’un bon Elmore James ou Magic Sam : simple, gras et efficace. Pas de pédales nécessaires, juste un bon vieil ampli dont tu peux faire craquer la membrane. Au niveau du jeu de guitare, cela s’est effectivement fait en me baladant à droite à gauche, en regardant pendant des heures des musiciens passionnants et en allant à leur rencontre. Ce n’est pas mon style de regarder des vidéos sur YouTube ou d’apprendre des partitions… A travers mes voyages, j’ai pu observer, rencontrer, échanger et partager avec des personnes qui ont eux-mêmes appris de cette façon-là. Par exemple, Sean Bad Apple, qui est devenu un ami proche ou Jimmy Duck Holmes, m’ont montré des licks et tricks, qu’eux-mêmes ont appris par Jack Owens qui a appris aux côtés de Skip James. C’est cette approche que j’aime dans mon apprentissage.

– D’ailleurs, peux-tu parler de ton jeu de slide, qui est presque saturé et omniprésent ? C’est d’autant plus surprenant car la slide est habillement utilisé de manière limpide et cristalline. Ton Blues est finalement très Rock en plus d’être roots…

Oui, il y a deux écoles pour la slide. Il y a le son clean comme les Allman Brothers, Derek Truck, etc… Que j’aime beaucoup et dont j’admire la technique. Et puis, il y a le côté plus Delta Blues avec des personnes comme Son House, Fred McDowell, Robert Johnson, Elmore James, Muddy Waters, etc… qui au contraire se veut dirty, gras et pas bichonné. Je pense que, pour l’instant, c’est ce qui me parle le plus, mais ça pourrait changer d’un morceau à l’autre.

– Tu as composé ce nouvel album en parcourant une grande partie des Etats-Unis en train. Cela t’a inspiré au niveau musical ou plutôt dans le contenu des textes avec des thèmes que tu n’abordais pas auparavant ?

Je dirais surtout dans le contenu des textes. Il était facile de se retrouver dans un rêve éveillé à la vue tous ces paysages. 18 états, un bon paquet de villes, des déserts, des montagnes, l’océan, etc… Puis, les aventures et les expériences vécues pendant le trajet ou le fait aussi et surtout d’être un mois toute seule, confrontée à mes pensées, ma solitude et ma créativité. Et puis beaucoup d’heures de train, où je me suis retrouvée face à mon cahier et collée à ma guitare.

– Pour conclure, comment qualifierais-tu le son de « One Woman Band » ? Plutôt américain ? Européen ? Ou à mi-chemin entre les deux ?

Cela ne ferait pas partie de ma définition. Peu importe. Je crois que même si j’y travaille, ma prononciation laisse entendre que je suis Européenne. Pour parler du son de « One Woman Band », comme sur mes autres albums, j’aime aller vers quelque chose d’organique sans fioritures. Le son se veut ’raw’ avec une distorsion naturelle et une voix chaleureuse mise en avant. L’album a été enregistré en grande partie en live et sans multipiste. Je chante, je joue de la guitare et de la batterie, le tout simultanément et cela s’entend. Je cherche une approche traditionnelle tout essayant d’innover. La seule chanson enregistrée en deux étapes est « Espiritu Papago ». J’ai enregistré la guitare rythmique et la batterie en une fois et suis revenue enregistrer la voix séparément, car c’était plus excitant pour moi de me concentrer uniquement sur la partie vocale. Sur cet album, j’ai aussi invité Dean Zucchero et Monster Mike Welch, qui ont fait des overdubs sur deux chansons chacun… C’est la cerise sur le gâteau !

www.ghaliavolt.com

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Blues

Grant Haua : le blues Maori

Guitare à la main, GRANT HAUA a longtemps bourlingué entre son pays, la Nouvelle-Zélande, et l’Australie où il a pu se créer un univers musical et surtout un son très personnel. Avec « Awa Blues », le bluesman nous transporte dans un monde apaisant, simple et qui va à l’essentiel. En plein cœur.

GRANT HAUA

« Awa Blues »

(Dixiefrog)

C’est depuis sa Nouvelle-Zélande natale en solo puis avec le groupe Swamp Things que le songwriter GRANT HAUA a peaufiné et personnalisé sa vision du Blues. Entre l’important héritage du style et sa culture Maori qui reste au cœur de ses morceaux, le guitariste et chanteur présente une technique et un feeling incroyables et « Awa Blues » est exceptionnel en tout point.

Ce nouvel album de GRANT HAUA est de ceux qui guérissent les âmes. Sur un songwriting très soigné, le musicien conserve un style très roots, authentique et sincère. Très épuré dans l’ensemble, on notera la grande prestation de Tim Julian à la basse (et quelques autres instruments). Son groove hors-norme offre un relief incroyable aux morceaux (« Got Something », « Addiction », « My Baby »).

La très bonne production de « Awa Blues » met en avant toute l’intensité et l’émotion des chansons de GRANT HAUA, qui sont toutes des moments forts de sa vie (« Be Yourself », « Though Love Mama », « Better Day »). Le point culminant de l’album est sans conteste le très addictif « This Is The Place » et son refrain en Maori. Accrocheur comme rarement, il reste en tête un très long moment…

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Blues

Ghalia Volt : une slide sous haute tension

Fougueuse et délicate, la Blueswoman GHALIA VOLT a un parcours qui force le respect. Quitter le Plat Pays pour s’expatrier au cœur des origines du Blues et côtoyer presqu’aussitôt les meilleurs musiciens du genre semble avoir été quelque chose de très naturelle pour la chanteuse et compositrice, qui livre avec « One Woman Band », un album troublant de sincérité.

GHALIA VOLT

« One Woman Band »

(Ruf Records)

Cela fait déjà quelques années que GHALIA VOLT, a quitté sa Belgique natale pour partir à la conquête des Etats-Unis. Blueswoman dans l’âme, c’est assez naturellement qu’elle s’est installée dans le sud du pays, plus précisément en Louisiane à la Nouvelle-Orléans. Elle n’a pas mis bien longtemps à séduire quelques pointures locales et la revoici avec un troisième album sensible et très roots, « One Woman Band », où elle excelle de bout en bout.

Après le très bon accueil de « Let The Demons Out » en 2017 et « Mississippi Blend » en 2019, la chanteuse et songwriter a décidé de faire fi des restrictions sanitaires due à la pandémie et de relever le défi en enregistrant elle-même tous les instruments et essentiellement en direct de son nouvel album « One Woman Band ». Et le résultat est aussi époustouflant que bluffant. GHALIA VOLT n’a (presque) besoin de personne, même si elle a co-produit ce nouvel opus avec Lawrence Boo Mitchell (quand même !).

Sur un Blues très Roots aux guitares saturées et avec une voix aussi sensuelle que puissante, la musicienne livre onze nouveaux titres entièrement écrits à partir d’une traversée des Etats-Unis. Parcourant un grand nombre d’Etats où résonne le Blues, elle en a profité pour composer des morceaux aussi profonds qu’explosifs (« Last Minute Packer », « Evil Thoughts », « Loving Me Is A Full Time Job », « Bad Apple », …). Et armée d’une Slide rugueuse et intense, GHALIA VOLT est d’une authenticité rare.   

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